ROUISSAGE , BOUTOIRS
battes mécaniques adopté pour le lissage du lil, système actuellement en construction, le macquage, maillage ou marlillage, se pratique à la main, avec l’antique instrument que tous les pays liniers connaissent. Cette modification projetée, heureuse peut-être au point de vue industriel, augmente déjà et augmentera encore davantage plus tard les incommodités qui résultent, pour les ouvriers, d’une poussière abondante et très irritante qui s’élève des tiges linières battues.
MM. Scrive ont aussi simplifié le teillage mécanique anglais, en le réduisant à faire manœuvrer Y épée du teilleur par la force de la vapeur et en restituant à l’ouvrier la direction du travail, sans dépense d’efforts musculaires : cette innovation rationnelle, et qui semble définitivement acquise , n’atténue pourtant pas les inconvénients semblables à ceux du battage, concernant les débris corpusculaires tenus en suspension et qui chargent l’atmosphère de l’atelier de teillage, lesquels débris se rencontrent aussi, mais à un moindre degré, dans l’atelier du peignage. Pour obvier à ce que pourrait avoir de fâcheux, relativement à la santé des travailleurs, l’absorption de ces émanations solides, le chef de l’usine de Marcq, leur prescrit hebdomadairement, à l’exemple de ce qui se pratique à Belfast, l’usage du sel de Glauber : nous espérons, que quand le temps sera venu pour le Conseil central de salubrité de méditer les prescriptions sanitaires qu’il conviendrait d’appliquer à la nouvelle préparation linière, il trouvera des moyens plus efficaces, et qu’il préférera surtout prévenir le mal que de le combattre.
Nos investigations ont aussi porté sur un point très accessoire, industriellement parlant, mais qui a son importance au point de vue de l'hygiène publique : ce sont les eaux de macération provenant du rouissage. Nous avons fait connaître qu’à leur sortie des cuves, elles étaient reçues dans une citerne; là elles séjournent jusqu’à ce qu’elles aient déposé les matières en suspension dont elles sont chargées; puis, quand elles sont clarifiées, un aqueduc les dirige sur une prairie voisine, qu’elles servent à irriguer; quant au liquide le plus épais du réservoir citerné, il est destiné au môme usage que l’engrais flamand. Nous devons le déclarer < pourtant, ce n’est qu’avec une timide réserve que les cultivateurs ont consenti à essayer ces deux moyens de fertilisation, et jusqu’ici rien ne démontre que le manufacturier puisse trouver des compensations pécuniaires aux sacrifices qu’il s’est imposés au profit de
ROUISSAGE , ROUTOIRS.
l’agriculture et de la salubrité ; une autre remarque provoquée par ces détails de notre narration, c’est que l’existence des grands routoirs perfectionnés est incompatible avec de vastes agglomérations d’habitations.
« De l’ensemble des développements qui précèdent, il résulte que la production linière et les opérations agricoles qui s’v rattachent sont en ce moment dans une période de transition qui occasionne des souffrances trop réelles dans les campagnes, pour qu’on puisse songer à les aggraver, sans la plus absolue nécessité. D’ailleurs, les plaintes qui s’élèvent contre le rouissage ancien sont moins opportunes que jamais, puisque la culture du lin étant réduite des deux tiers, les inconvénients si justement reprochés à cette opération sont atténués dans la même proportion : aussi voyons-nous que la plupart de nos vieux routoirs, encore encombrés il y a douze à quinze ans durant la saison du rouissage par d’abondantes récoltes linières, presque déserts depuis les dernières années. Vouloir augmenter la sévérité des prescriptions sanitaires contre les routoirs, ce serait donc accroître les perturbations qui se font déjà si cruellement sentir sur les populations rurales, et l'on risquerait fort, pour prévenir un mal évident, d’en provoquer un autre non moins évident, mais plus grand encore. N’esL-il pas en outre de la prudence vulgaire, dans une révolution difficile et laborieuse, qui transforme toute une branche de travail national, d’attendre que ses évolutions se soient accomplies naturellement? avec un peu de patience l’amélioration hygiénique qu’on recherche se produira spontanément, sans froissement, et sur une échelle bien autrement étendue que celle qui dépendrait d’une mesure de police. »
Bibliographie. — Consultation sur des questions de salubrité relatives au rouissage [Ann. d’Injg. publ. et de méd. leg., lome I, p. 335). — Rapport fait à l’Académie de médecine sur les inconvénients que pourrait avoir le rouissage du chanvre dans l’eau qui alimente les fontaines de la ville du Mans, par Robiquet (Ibid , p. 343), suivi d’observations de M. Borruel (Ibid., p. 348). — Le rouissage du chanvre considéré sous le rapport de l'hygiène publique, par Parent-Duchûlelel (Ibid., t. Vil, p. 237). — Dictionnaire de l’industrie , t. IX, p. 657. — Rapports sut les travaux du conseil central de salubrité du département du Nord, 1830-1849-1850 et 1851. — Rapport à M. Dumas, ministre de l'agriculture et du commerce , par Théodore Mareau , membre de l’Assemblée législative.
RUES. — Voy. Balayage, Boues, Pavage.
RERAJLE. — Voy. Hygiène rurale.
SALAlSOiNS.
SACOCHE». — Voy. EstagnONS.
SAliAlSOîïS. — On a longtemps exagéré les inconvénients attachés à l’alimentation avec des viandes salces. S’il est vrai d’avancer que cette nourriture, prise d’une façon exclusive, peut offrir de sérieux inconvénients, il esX juste aussi de repousser les accusations qui ont été portées souvent contre l'usage des salaisons, comme cause des maladies scorbutiques. En 1771, AI. Poissonnier-Desperriers , inspecteur des hôpitaux de la marine et des colonies, proposa de modifier la ration des gens de mer, en la composant principalement de substances végétales. Ce médecin, attribuant à la nourriture animale l’origine des maladies putrides, et considérant le scorbut comme nécessairement produit par l’usage des viandes salées, croyait, par un régime presque exclusivement végétal, prévenir et guérir plus sûrement ces maladies. Ces idées eussent été plus justes, si, au lieu de semences légumineuses dans l’état sec , il eût été possible de conserver sur les vaisseaux des végétaux dans l’état frais. Cependant on voulut s’assurer par l’expérience de l’action qu’exercerait sur l’état physique des marins cette manière de les nourrir. La frégate la Belle-Poule fut approvisionnée en conséquence, et, après cinq mois de campagne, elle rentra à Brest sans avoir eu moins de malades, et avec un équipage qui portait les marques les plus évidentes de la maigreur et de l’affaiblissement. Un tel exemple ne put que confirmer cette vérité depuis longtemps reconnue, que la nourriture animale, même la salaison, est en général nécessaire au maintien de la vigueur et de la santé de l’homme. Néanmoins Liebig a montré que la salaison altère la composition de la viande dans une proportion bien plus considérable que ne le fait la coction avec l’eau. En effet, on sait que pour saler la viande, on l’imprègne et on la saupoudre de sel de cuisine ; aux points de contact de la viande et du sel, il se forme une saumure qui comprend environ le tiers et même la moitié du liquide contenu dans la viande fraîche. Le savant chimiste s’est assuré que cette saumure renferme les principes constituants du bouillon concentré. On peut donc dire qu’en salant la viande au point de provoquer la formation d’une saumure, on lui enlève en partie les principes nécessaires à sa constitution, et l’on diminue proportionnellement son pouvoir nutritif.
Quoi qu’il en soit , et quelque avantage qu’il pût y avoir à
SAl.AlhONS.
trouver le moyen de conserver les viandes par un procédé autre que le salage, l’usage des salaisons bien préparées n’est pas aussi nuisible qu’on a pu le supposer. Le chlorure de sodium est l’agent le plus propre a opérer la dessiccation nécessaire à la conservation des substances animales : ce sel absorbe successivement les liquides, à mesure qu’ils se séparent de la viande; mais on ne doit pas borner là ses effets, et l’on ne saurait contester la vertu antiseptique qui lui a été attribuée jusqu’ici. C’est donc par le salage qu’on peut surtout se proposer de conserver longtemps les viandes dans un état qui les rende encore propres à la nourriture de l’homme. S’il faut renoncer à les conserver par un autre agent (jue le sel marin, il n’est pas impossible de corriger l’âcreté des salaisons et d’adoucir ce genre d’aliments. Ainsi, en mélangeant la chair salée avec des végétaux au moment où on la consomme, elle s’adoucit et perd de sa causticité.
On n’opère guère la salaison que de la viande de bœuf et de porc. Ces viandes , préalablement saignées avec soin , apportées fraîches et dégagées de tout viscère, de toute issue, ne sauraient vicier l’air, puisque, dans ces conditions, elles ne répandent aucune odeur incommode ; pas plus que les diverses opérations auxquelles elles sont soumises. Dès leur arrivée à l’atelier, on les coupe en morceaux de dimensions données, et on les stratifie dans de larges cuves de bois, en recouvrant chaque couche avec du muriate de soude ; puis , quand la cuve est remplie , on répand une dernière couche de sel , au centre de laquelle on pratique avec le doigt un trou dans lequel on verse avec précaution et peu à peu, afin de ne pas déplacer les diverses couches de sel , une quantité de saumure suffisante pour remplir tous les interstices. Au bout de quelques jours, on retire les viandes, on les égoutte avec soin, et on les met de nouveau, par couches recouvertes de gros sel et de salpêtre, dans des barils où on les conserve pour la consommation. Le plus ordinairement, la surface du tout est parsemée, outre le sel et le salpêtre, de baies de genièvre, de poivre en grain et de feuilles de laurier. Ainsi , rien d’insalubre dans ces opérations.
11 est vrai , cependant, que la saumure retirée des cuves recèle des principes animaux putrescibles qu'elle a dissous, et notamment la sérosité des viandes avec un peu de sang, et que, dès lors, elle pourrait devenir cause d’émanations désagréables et même malfaisantes ; d’autant mieux qu’on la conserve pour de nouvelles