‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 73 sur 130 · SALAISONS · texte numérisé non relu

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salaisons, en la faisant successivement servir pendant la durée d’un an environ. Mais on comprend déjà qu’elle serait bientôt impropre à cette destination , si elle n’était pas débarrassée, après chaque opération de salaison, des principes fermentescibles dont elle s’est chargée. Pour y parvenir, on la bat dans des vases en bois, à large ouverture ; ce qui fait que les parties animales, comme la sérosité, gagnant, en raison de leur légèreté comparative, la surface du liquide salé, sont enlevées, sous forme d’écume, pour servir d’engrais dans le jardin de l’établissement.

Malgré cette pratique ingénieuse, il arrive cependant un temps où la saumure a été trop de fois chargée de principes animaux pour qu’on puisse désormais l’en débarrasser entièrement. Aussi, après un temps d’usage, qu'on évalue à un an environ, on fait bouillir cette saumure dans une chaudière, on évapore jusqu’à siccité, et l’on a une masse solide, composée de muriate de soude et de matières animales carbonisées : et, comme le sel contenu dans cette masse est tou jours propre aux salaisons , on le sépare du charbon animal, en faisant dissoudre, dans de l’eau et à chaud, la masse qu’on a brisée en morceaux, et en filtrant.

Ces détails nous ont paru nécessaires pour démontrer que l’industrie des salaisons ne compromet en rien la salubrité.

Les salaisons constituent pour la ville de Nantes une branche importante d’industrie, et la juste réputation qu’elle a acquise à cet égard, en fait pour elle un objet de commerce qui s’étend bien au delà de son port maritime. Le Conseil de salubrité de cette ville a été appelé plusieurs fois à donner son avis sur l’établissement d’ateliers de salaisons, et il a été toujours favorable à ces demandes. Mais, s’il est vrai de reconnaître, en effet, que la salaison des viandes n’entraîne pas avec elle beaucoup d’inconvénients plus ou moins sérieux, il faut avouer que les ateliers de salaison des poissons sont loin d’avoir la même innocuité, au moins ont-ils contre eux l’odeur fétide qu’ils exhalent. C’est pour cette dernière cause que ces établissements sont rangés dans la deuxième classe des établissements insalubres et incommodes. Le Conseil des

Bouches-du-Pdiône a été consulté un grand nombre de fois sur ces ateliers de salaisons ; en général, il a été favorable, mais en prescrivant d’enlever rigoureusement tous les débris de poissons. Le Conseil a plusieurs fois observé que leur accumulation sur un seul point avait de graves inconvénients et pouvait compromettre la santé publique, surtout dans les rues étroites, mal aérées et na-

in.

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turellemcnt sales des vieux quartiers de Marseille, où, par un arrêté municipal, ces ateliers se trouvent circonscrits. Il avait même émis le vœu qu’on ne devait pas négliger de prendre des mesures pour empêcher cette accumulation des ateliers de salaisons, qu’il serait plus convenable de disséminer au dehors de la ville et dans des lieux peu habités. C’est pourquoi le Conseil de salubrité a été opposé, en I8/1O, à une demande pour la formation d’un atelier de salaison à Martigues, se fondant sur ce qu’un atelier de deuxième classe ne devait pas être placé sur la seule place publique qui existât dans cette ville.

Nous donnerons ailleurs de plus complets détails sur cette importante industrie.

Voy. Boucherie, Charcuterie, Sécherie de morues.

Bibliographie. — Martfeldt (Chr.), Traité sur la salaison des viandes et du beurre en Irlande , et manière de fumer le bœuf à Hambourg, traduit du danois par T. C. Brunn Neergard. Paris, 1821 , in-8. — Keraudren, üe la nourriture des équipages et de l’amélioration des salaisons dans la marine française {Ann. d’hyg. et de mèd. lèg., 1829, t. I, p. 303). — Dictionnaire de l’industrie, t. X, p. 12. — Bizet, Du commerce de la boucherie et de la charcuterie de Paris. Paris, 1847. — Rapport du conseil de salubrité des Bouches-du-Rhône. Marseille, 1840. — Rapport du conseil de salubrité du département du Nord. Lille, 1830. — Rapport général du conseil de salubrité de Nantes et du département de la Loire-Inférieure. Nantes, 1846.

SAXIAES. — Voy. Sel.

SAXXES lï’ASIXE. — Voy. Asile.

SALPETRE, SAXPETRIÈRES. — Voy. Nitre , Ni- TRIÈRES.

SALUBRITÉ . — Voy. Hygiène publique.

S A AG. — Voy. Abattoirs, Bleu de Prusse, Sucre.

SAAGSUES. — Ce n’est pas au point de vue de leur histoire naturelle ni de leur emploi thérapeutique que les sangsues doivent être étudiées ici. Mais il est deux points, par lesquels l’élève et la reproduction de ces animaux, ainsi que le commerce dont ils sont l’objet, intéressent très directement l’hygiène publique. D'une part, en effet, l’état dans lequel les sangsues sont livrées au commerce a donné lieu souvent à des fraudes qu’il est bon de signaler; et d’une autre part, l’élève et la reproduction des sangsues constituent une industrie particulière tà certaines localités, et dont il importe d’examiner les conditions de salubrité.

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Celte dernière question, luttons-nous de le dire, a pris, dans ces derniers temps, et pour l’un des plus riches départements de la France, une telle extension et une telle gravité, qu’il n’est pas aujourd'hui de sujet d’étude plus neuf et plus intéressant (pie celui des marais à sangsues . Née de l’instruction du Conseil central d’hygiène et de salubrité de la Gironde, cette question lui appartient tout entière, et le temps n’est pas éloigné où mûrie par les efforts persévérants de son rapporteur, M. Clémenceau, et de son secrétaire général , M. le docteur Levieux, elle recevra au sein du Comité consultatif d’hygiène publique qui en est saisi une solution conforme à la gravité des intérêts qu’elle soulève.

1. Le commerce des sangsues s’exerce dans des conditions spéciales. Bien qu’il existe dans un grand nombre de départements, notamment dans ceux du Loiret, de Loir-et-Cher, de la Nièvre, de l’Indre, d’Indre-et-Loire, de Maine-et-Loire, de la Loire- Inférieure , de la Vienne , de la Vendée , des Deux-Sèvres , de la Charente, des Landes , de la Haute-Marne , de la Manche, du Calvados, de la Meurthe, etc., des marais autrefois peuplés de sangsues, ils sont aujourd’hui complètement épuisés; et à part la Gironde, la Corse et l’Algérie, qui entrent dans la consommation pour une part considérable, c’est à l’importation étrangère que la France est lorcée de recourir pour cet utile objet, soit pour son propre usage, soit pour l’exportation dans les pays d’outre-mer. La Turquie et la Hongrie sont actuellement les seuls pays producteurs qui ne soient pas épuisés. Nous ne nous arrêterons pas ici aux différentes espèces naturelles de sangsues. Nous nous bornerons aux distinctions qui, dans le commerce et dans la pratique, sont relatives à leur poids et à leur qualité.

On reconnaît pour le premier point cinq catégories :

1° Les filets, pesant, le 1000, en moyenne . . 385 ù Z*50 grammes.

T Les petites moyennes 625 à 750

3“ Les grosses moyennes 1125 à 1250

lxu Les grosses 2500 à 3000

5° Les vaches Û500 à 12000

Les grosses moyennes et les grosses sont celles qui sont du meilleur usage, et d’après M. le professeur Moquin-Tandon, les premières l’emportent encore sur les secondes. Des expériences, entreprises par M. le docteur A. Sanson, dans le cours d’une expertise relative à un procès intenté à des marchands de sangsues, inculpés de tromperie sur la nature de la marchandise vendue,

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ont montré, conlormémentà l’opinion du savant que nous venons de citer, que

Les grosses moyennes avaient absorbé de sang près de 7 fois leur poids.

Les grosses 5 fois 1/3

Les petites moyennes û fois 2/3

Les filets 3 fois 4/5

Le commerce des sangsues est l’objet de fraudes diverses: tantôt les choix sont mêlés; tantôt les sangsues sont gorgées de sang destiné à augmenter leur volume et leur poids ; tantôt, enfin, elles sont mélangées à des hirudinées d’un autre genre dites sangsues bâtardes. La principale de ces fraudes est celle qui consiste à vendre des sangsues gorgées. Des poursuites ont été, à plusieurs reprises, dirigées contre les marchands qui se rendaient coupables de ce commerce déloyal, et ont abouti à des condamnations. Dans l’une de ces affaires, devant le tribunal de la Seine, en 1847, M. l’avocat général, Ch. Berryat-Saint-Prix, réfutant cette objection, qu’il y avait eu tromperie sur la qualité, et non sur la nature de la marchandise , faisait remarquer que les sangsues n’étaient pas achetées pour servir passivement à des observations scientifiques, mais pour opérer des saignées; que c’étaient, en définitive, des machines vivantes à saignée dont la nature était d’être vides pour pouvoir fonctionner, et qu’ainsi les vendeurs, qui les avaient livrées gorgées, avaient trompé sur leur nature et non sur leur qualité. MM. les professeurs Magendie et Valenciennes de l’Institut, et M. le docteur A. Sanson, experts dans la même affaire, concluaient que les sangsues ne doivent pas être livrées au commerce gorgées de sang, quand bien même ce sang aurait été naturellement ingéré dans les marais et ne proviendrait pas d’engorgement. artificiel, les conséquences pratiques devant être les mêmes.

L’Académie de médecine, sur le remarquable rapport deM.Soubeiran , a consacré ces principes en demandant au ministre de défendre la vente des sangsues gorgées dans toute la France et de soumettre les vendeurs à une pénalité sévère ; d’interdire la pêclie et la vente des sangsues pesant moins de 2 grammes et plus de 6 grammes.

Nous empruntons à un négociant très expérimenté, M. Joseph Martin, les caractères les plus saillants des sangsues de bonne qualité et des sangsues gorgées.

Une sangsue de bonne qualité est très élastique. On triple la

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longueur quelle prend, dans sa marche ordinaire, en la tirant d’une manière suffisante par ses extrémités. Les points où il faut la saisir sont les rétrécissements des ventouses. On fixe la peau, qui tend à glisser, avec la face palmaire du pouce, sans cependant exercer une pression qui puisse écraser les chairs. Après cette traction, l’animal revient sur lui-même et ne paraît avoir été nullement blessé. En la voyant marcher, on reconnaît aussi une sangsue de bonne qualité à la vigueur et à la rapidité de ses contractions, à la quantité de recouvrements qu’opère chaque anneau l’un sur l'autre, à la certitude de sa marche, qui dépend surtout de la précision avec laquelle s’appliquent les ventouses. Elle est agile et ne reste pas au fond des vases. Lorsque des sangsues sont d’un bon choix, elles doivent toutes prendre , si on les applique avec les soins convenables, tels qu’ils se trouvent indiqués plus loin. Si, dans une application, il en est qui ne prennent pas, c’est qu’elles sont ou gorgées, ou malades, ou sont des annélides qui n’appartiennent pas au genre sanguisuga. Si elles tombent après avoir très peu piqué, elles sont ou gorgées ou malades. En examinant le corps d’une sangsue de bonne qualité, à l’état de repos, on voit que les segments se recouvrent de manière à faire disparaître entièrement les intervalles qui les séparent, à moins que la sangsue n’ait pris accidentellement une forme allongée. Plus elle se pelotonne sur elle-même, plus elle est vigoureuse. Les sangsues ont la propriété de gonfler leur corps, par une puissance de dilatation active, de manière à tromper sur leur volume. Un signe de bonne qualité est l’effilement de la partie antérieure de leur corps relativement à la partie postérieure. Un autre caractère consiste encore dans la dépression ou l’aplatissement du corps. Sous la main , au toucher, on sent également que les contractions s’exercent avec plus ou moins de vigueur. On conçoit que la faculté de rapprocher les anneaux, que l’élasticité du corps , que la forme aplatie de l’animal ne peuvent exister que si son tube intestinal est vide ou à peu près vide. On reconnaît d’ailleurs cet état de vacuité en exerçant entre les doigts une pression sur le corps de la sangsue. Les sangsues qui contiennent un huitième de sang, provenant du marais, sont encore d’une extrême avidité, caractère essentiel de toute bonne sangsue. La mauvaise qualité des sangsues dépend, lorsque l’espèce est bonne, de leur état de plénitude qui tient à deux causes : à ce qu’elles ont été gorgées de sang depuis qu’elles sont sorties du marais, ou à ce qu’elles se

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sont nourries récemment dans le marais. Par contraste avec les sangsues vides, les sangsues gorgées sont paresseuses, restent au fond des capacités qui les contiennent , s’allongent beaucoup moins et offrent des anneaux distants; ce qui leur ôte l'apparence velouté que présentent les sangsues vides. S’il existe du sang dans le canal intestinal, on sent une sorte de corde intérieure au centre du corps. En saisissant une sangsue gorgée des deux mains, et en faisant lléchir le corps à angle droit vers la partie moyenne; de plus, en pressant légèrement les deux moitiés vers le coude de courbure, on aperçoit, à travers la peau distendue de l’animal, un reflet d’un bleu rougeâtre indiquant qu’il existe du sang dans le tube digestif. Ce caractère ne se retrouve pas dans la sangsue de Turquie, qui a un système musculaire beaucoup plus épais. Si le sang est coagulé dans le corps de l’animal , on peut sentir, comme l’a signalé Vauquelin , à travers la peau, les caillots rouler en grumeaux.

Nous joignons à ces caractères l’avis officiel publié à ce sujet, en T 8 Zi (5 , par le préfet de police:

Il arrive quelquefois, malgré la surveillance de l’administration, que les sangsues vendues au public ont été préalablement gorgées de sang , afin d’en augmenter le volume et le poids.

Cette fraude est doublement préjudiciable ; d’abord, parce que la valeur des sangsues dans le commerce est en raison de leur poids et de leur volume , qui se trouvent ainsi artificiellement augmentés;

En second lieu , parce que les sangsues gorgées, quelle que soit l’origine du sang introduit dans le tube digestif, ne prennent pas lorsqu’on les applique sur la peau , ou ne tirent , lorsqu’elles prennent , qu’une quantité très minime de sang , ce qui peut , dans des cas graves où une médication active devient urgente , compromettre sérieusement l’existence des malades.

Ce gorgement, soit qu'il ait été opéré artificiellement, soit qu’il résulte des conditions naturelles dans lesquelles, par exception, la sangsue aurait pu se trouver, se reconnaît facilement de la manière suivante :

On saisit la sangsue que l’on veut examiner par l’extrémité postérieure , qui est la plus grosse , entre le pouce et l’index de l’une des deux mains ; en la pressant convenablement d’arrière en avant , entre deux doigts de l’autre , le sang contenu dans le tube intestinal reflue vers l’extrémité antérieure , et y forme un bourrelet plus ou moins volumineux, selon la quantité de sang ingéré.

Si la pression est forte , le sang ressort de lui-même par la bouche de la sangsue.

Ce procédé ne laisse aucune incertitude , à la condition seulement que la pression n’aura pas été assez forte pour déchirer les tissus soumis à l’expérience.

En portant à la connaissance du public les renseignements qui précèdent , et

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qui lui ont été fournis par l’École de pharmacie et par le conseil de salubrité , le pair de France , préfet de police , croit devoir ajouter que les mesures les plus sévères sont prises pour la recherche et la saisie des sangsues gorgées de sang , et pour la poursuite des auteurs de celte fraude devant les tribunaux.

La rareté et le prix élevé des sangsues ont suggéré l’idée de faire dégorger celles qui ont été déjà employées, et de les laire servir deux ou plusieurs fois. Cette pratique, quand elle est bien dirigée, n’offre pas d’inconvénients sérieux, et aucun fait authentique ne justifie les craintes que l’on a pu manifester à cet égard. L'usage s’en est établi avec succès dans les principaux établissements hospitaliers. Le Conseil de salubrité de Nancy a autorisé la demande d’un industriel qui voulait se faire livrer les sangsues employées à l’hôpital militaire, pour les placer dans des rivières où il se proposait d’en tenter la reproduction.

Nous empruntons au rapport du savant directeur de la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris, M. Soubeiran , des détails du plus haut intérêt sur cette question importante et à laquelle son nom restera attaché.

« Deux procédés sont mis en usage pour amener les sangsues qui ont servi à être propres à un nouvel emploi. On les vide de tout le sang qu’elles ont pris, ou bien on les dépose dans des réservoirs jusqu’au jour où elles l’auront digéré. Le premier moyen est mis en œuvre à Paris , à Reims et dans quelques autres localités. Dans les hôpitaux de Paris , les sangsues sont laissées pendant un instant dans de l’eau salée, puis on les vide en les pressant doucement entre les doigts , tandis qu’on les tient plongées dans de l’eau chaude. Huit jours de repos suffisent pour les remettre complètement; puis, après avoir été appliquées de nouveau, elles subissent parfois une deuxième et une troisième opération. Quand elles paraissent fatiguées, on les met dans de petits marais artificiels. Elles s’enfoncent dans la vase, s’y reposent et acquièrent une nouvelle vigueur. Avant d’adopter ce moyen , l’administration des hôpitaux a fait constater si la quantité de sang prise par les sangsues dégorgées est aussi grande que la quantité de sang tirée par les sangsues neuves. L’expérience a été faite par une commission composée de MM. Orfila, Serres et Soubeiran ; elle a prouvé que les sangsues dégorgées et reposées tirent autant de sang que les sangsues [irises dans le commerce.

» Le second procédé de dégorgement a été pratiqué à l’hôpital militaire de Metz. On n’a cessé de s’en servir que parce que le

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génie militaire a détruit le vivier qui servait à cet usage. A Koeheiort, I honorable M. Lesson a lait établir des bassins <jui , dés la première année, ont payé les frais de leur installation. Le dégorgement des sangsues , établi a Douai sur h; même système, a très bien réussi. M. Meurdefroy l’a appliqué aux hôpitaux militaires de Bordeaux et de Toulouse. Ce qui a été lait de mieux en ce genre peut-être est rétablissement des bassins de l’hôpital d’Angers. Ils ont été peuplés en une seule lois avec le nombre de sangsues nécessaire pour le service d’une année. Chaque jour on y pèche pour les besoins de la journée et l’on y rapporte les sangsues gorgées de sang qui viennent des salles. Ces sangsues s’enfoncent dans la terre, y digèrent à l’aise et ne répondent à l’appel (jue l’on fait en battant l’eau que lorsqu’elles sont reposées et que l’appétit leur est revenu. Les sangsues se sont multipliées dans les bassins; cependant, il y a un an , on a commencé à s’apercevoir d'une diminution dans les produits. On l’attribue à ce que les réservoirs sont trop petits et à ce que les jeunes sangsues n’v trouvent plus une nourriture suffisante.

» Les administrations hospitalières trouvent une économie considérable dans l’emploi répété des mêmes sangsues. A Paris, elle est d’une trentaine de mille francs par an. Nous avons dit déjà que l’on y emploie le procédé de dégorgement par une douce pression. Peut-être , en présence du bénéfice immédiat qu’elle réalise et de l’éventualité qui accompagne nécessairement l’établissement d’un bassin de reproduction , l’administration des hôpitaux de Paris se montrera-t-elle peu empressée d’adopter un nouveau système. Il serait à désirer cependant qu’elle fit une tentative dans une autre direction. Nous disons plus , il faudrait que l'Académie demandât à M. le ministre d’imposer à tous les établissements hospitaliers l’obligation d’établir des réservoirs assez vastes pour que les sangsues pussent en même temps s’y dégorger et s’y reproduire. »

Ajoutons que des essais dirigés dans ce but par M. Soubeiran lui-même ont déjà donné plus que des espérances, et que leur succès paraît assuré. Nous bornons à ce court aperçu les renseignements qui nous ont paru du ressort des hygiénistes touchant le commerce des sangsues.

II. L’élève et la reproduction des sangsues ne nous occuperaient pas, s’ils ne se liaient à la grave question de la révivification des marais, «t a l’industrie nouvelle dont nous avons parlé en coin-

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mençant cet article. Le simple exposé <le l’état des choses sufïira pour eu faire comprendre loule la gravité.

(l’est en J 8 5 0 , pour la première fois, que la vigilance du Conseil d’hygiène de Bordeaux fut appelée sur les établissements destines à la multiplication et à l’élève dos sangsues. Quelques uns des vastes marais, situés sur les bords de la Garonne, de la Gironde et de la Dordogne, jadis peuplés de sangsues, mais, pour la plupart, desséchés, étaient, devenus le siège d’une exploitation régulière et menaçaient de revivre pour servir à la production des sangsues. Un simple et obscur cultivateur, du nom de Béchade, avait opéré cette révolution, et le succès rapide de son entreprise avait déjà trouvé de nombreux imitateurs. Dès cette époque, le Conseil, craignant de voir cette affectation nouvelle des sols marécageux entraver le progrès des dessèchements, signalait la nécessité déréglementer sévèrement cette industrie, dont il reconnaissait toutefois l’importance, et demandait formellement le classement des établissements destinés à l’élève et à la multiplication des sangsues parmi ceux delà première classe des établissements réputés insalubres, qui ne peuvent être formés qu’avec l’aulorisasation du gouvernement, conformément au décret du 15 octobre 1810. Cette dernière demande, qui soulevait les plus graves questions de droit administratif, n’avait pu être accueillie par le ministre de l’avis même des deux Comités des arts et manufac-

tures et d hygiène publique. Il n’était d’ailleurs question alors que d une éventualité. Le Conseil se plaisait à reconnaître que certaines localités avaient été jusqu’à un certain point assainies par les travaux destines au bon etablissement des bassins à sangsues. Il ne se préoccupait pas le moins du monde alors de ce mode d’alimentation des sangsues, qui paraissait être le secret du succès de 1 enti epiise, et qui consistait a introduire dans les marais des chevaux, des mulets, des ânes, aux jambes desquels les annélides auraient produit le sang nécessaire à leur prompt développement.

Mais depuis trois ans les choses ont bien changé de face, elles prévisions du Conseil d’hygiène de Bordeaux ont été singulièrement dépassées. L’accroissement presque incroyable qu’a pris l’industrie dont il s’agit, les conditions dans lesquelles elle s’exerce, mieux connues, ont donné la mesure du danger qu’elle pouvait otlnr au point de vue de la salubrité. Deux ans se sont à peine écoulés, et la plus grande partie des marais, situés sur la rive gauche de la Garonne, sur une étendue de 16 kilomètres, est déjà

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consacrée aux sangsues. Près de âOOO hectares de marais , antérieurement desséchés ou en voie de dessèchement, loués à des prix exorbitants, sont rétablis pour servir à cette productive industrie, qui, affranchie de toute surveillance, de toute réglementation, présente un tableau vraiment saisissant. Nous en empruntons l’éloquente description aux rapports si remarquables du Conseil d’hygiène de Bordeaux.

Ces marais sont généralement composés d’une couche de tourbe peu profonde qui n’offre quelque consistance et ne résiste à la pression que parce qu’elle est entremêlée de racines d’herbes et de plantes aquatiques. Sous cette couche se trouve l’eau ou une boue dans laquelle les bestiaux sont menacés de s’engloutir, lorsque la couche supérieure cède sous leurs pieds ; elle est mainte- : nant altérée par le long séjour des eaux et par la présence des chevaux livrés en pâture aux sangsues, qui la piétinant incessamment, la transforment également en boue puante, aussitôt que les rayons du soleil la pénètrent. Cette détérioration du sol, sur certains points* est telle que les éleveurs sont obligée d’en retirer les bestiaux et de renoncer, pour longtemps, à ce moyen puissant de hâter le développement des sangsues. Ces localités sont autant de foyers d’infection.

Les innombrables chevaux, abandonnés aux sangsues, périssent sur ces terrains, trop éloignés de la voirie, pour qu’on puisse les y transporter sans des frais qu’on cherche à économiser; on ne peut les enfouir suffisamment sur les lieux, à cause du défaut de profondeur du sol : on se borne , dans ce cas , à couvrir les corps d’un peu de terre légère, au travers de laquelle les gaz trouvent un facile passage ; ils se répandent au loin et, mêlés à ceux qui s’élèvent des eaux croupissantes sur ces terrains, ils vicient l’air. Ajoutons que les chevaux conduits dans ces marais , sans être soumis à l’inspection des gens de l’art, sont vieux, souvent atteints de maladies d’une nature fâcheuse, que les sangsues abreuvées de leur sang pourraient peut-être inoculer à 1 homme.

A une époque plus récente encore, au mois de juin 1853, la commission du Conseil d’hygiène de Bordeaux parcourut ces marais.

A peu près partout, elle trouva les bassins a sangsues couverts d’une tranche d’eau variant de 15 à 60 centimètres ; elle constata que pour entretenir l’immersion de ces bassins , il fallait que les eaux fussent retenues au moyen de barrages jetés sur les print i-

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p8uv fossés d’écoulement , ù une hauteur telle <jue les propriétés voisines où il n’y avait pas de sangsues, restaient aussi forcément inondées. Elle remarqua encore, que, alors même que des précautions avaient été prises pour empêcher l’introduction des eaux sur ces derniers terrains , néanmoins , à raison de la nature perméable du sol, elles y parvenaient par infiltration, et y étaient maintenues par le niveau de celles couvrant les bassins à sangsues qui forment une sorte de digue.

De cet état de choses, il résulta la preuve incontestable que les eaux ne séjournaient pas seulement dans les bassins à sangsues, mais aussi sur les marais voisins avant le même niveau ou un niveau

inférieur, et que les uns et les autres étaient ramenés à l’état 011 ils se trouvaient avant les travaux entrepris pour en opérer le dessèchement; que, lorsque pour faciliter la ponte et l’éclosion des cocons, du 15 juin au 25 ou 30 août de chaque année, on faisait évacuer les eaux des bassins, les terrains voisins subissaient la même condition ; que tous offraient alors de vastes foyers d’où, pendant les fortes chaleurs, devraient nécessairement s’échapper des vapeurs très malfaisantes, aussitôt que la détérioration de ces terrains, déjà très avancée, serait plus complète.

Des chevaux de triste apparence , réduits à l’inaction par la souflranceetleur décrépitude, furentaperçus en assez grand nombre sur les marais à sangsues ; mais il demeura constant pour la Commission que ce n’étaient pas les seuls qui, en ce moment même, étaient destinés aux sangsues. Ces marais se trouvaient couverts d’eau, lors de la visite, par suite des pluies récemment tombées, et en partie aussi, parce que volontairement, pendant la nuit précédente, notamment dans les communes de Bordeaux et de Bruges, on y avait introduit celle du fleuve.

La Commission voulut également connaître l’état des marais, lorsqu’ils étaient mis à sec.

Elle s’y transporta de nouveau le 27 juillet; elle put alors se convaincre que ses prévisions de 1850 étaient fondées : elle trouva, sur plusieurs points, les marais n’ayant plus ou presque plus d’eau à la surface, mais en ayant encore assez conservé pour rester, partout où ils avaient été piétinés par de nombreux chevaux, a l’état de boue dans laquelle les hommes, aussi bien que les chevaux, s’enfoncaient profondément. Les propriétaires avaient fait de vains efforts pour les dessécher ; quelques uns avaient ouvert de nombreuses rigoles; un autre avait même eu recours à des

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