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moyens mécaiii(jues pour enlever les eaux; mais ils n’avaient pu réussir, et le représentant de ce dernier lit connaître à la Commission qu’il avait dû suspendre l’action de ces machines, parce que, le chenal d’écoulement ayant servi à l’introduction des eaux de la Garonne pour l’irrigation , les vases déposées par ces eaux en avaient exhaussé la sole, de manière quelle se trouvait plus élevée que les terrains dont ce chenal devait recevoir les eaux.
Un tel état de choses ne pouvait manquer de fixer l’attention de l’autorité supérieure. M. Mêlier, qui trouvait là une occasion nouvelle de prendre en main les intérêts de la santé publique, après avoir constaté par lui-même les laits que nous venons d’exposer, vint les retracer au Comité consultatif d’hygiène publique, qui, sur l’invitation spéciale de M. le ministre, ouvrit sur-le-champ une enquête sur Ce sujet, et adressa au Conseil d’hygiène de Bordeaux, si bien renseigné déjà, une série de questions, que nous croyons utile de reproduire ici , ainsi que les réponses qui y ont été faites :
1° Quelle est actuellement V étendue des marais ou étangs où l’on élève des sangsues dans le département de la Gironde?
Le relevé fourni par les maires porte cette étendue à 1100 hectares ; mais il est évident pour la Commission, qui a plusieurs fois visité attentivement les lieux, qu’il y a erreur dans cette indication ; on peut fixer l’étendue occupée par les bassins à 2000 hectares.
2° Des portions de rivage déjà desséchées ont-elles été converties de nouveau en marais ou étangs pour servir à V élève des sangsues ?
Ces bassins sont à peu près tous situés sur les deux rives de la Dordogne et de la Garonne, mais en plus grande partie sur la rive gauche de cette dernière rivière. Tous les marais où 1 on élève aujourd’hui les sangsues étaient desséchés d une manière plus ou moins parfaite. La plus grande partie ne se couvrait plus d eau, si ce n’est dans les hivers très pluvieux, lorsque les voies d écoulement devenaient insuffisantes. Alors même la submersion n était que de courte durée. On cultivait dans ces terrains des avoines , du mais, des menus grains , ou Ton y récoltait du loin , des louirages. Quelques rares portions gardaient les eaux durant une partie de l’hiver; mais elles se desséchaient dès le retour de la belle saison. On y trouvait , en été, de bons pâturages et d abon-
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dantes récoltes de jonc. Tous ces marais sont maintenant tenus sous l’eau pendant dix mois de l’année, au moyen d’irrigations faites à l’aide, soit des eaux du fleuve, soit de celles provenant de ruisseaux qui prennent leur source dans les Landes. Afin de faciliter l’introduction de ces dernières, on a coupé les digues ou cordons élevés par les premiers dessécheurs, uniquement dans le but d’en préserver ces fonds. Les eaux ne sont retirées de ces marais, lorsqu’il y a possibilité, que du 15 juin au 20 ou 30 août, pour faciliter la ponte et l’éclosion des cocons que les sangsues déposent à la surface, c’est-à-dire pendant la saison où, des terres restées longtemps mouillées, se dégagent des vapeurs qui engendrent les fièvres intermittentes, les fièvres typhoïdes chez les hommes et les épizooties parmi les bestiaux.
3° Les travaux qui ont été faits , soit dans les terrains qui nont jamais cessé d’être , du moins partiellement, inondés , soit dans les marais nouvellement formés pour y nourrir et y multiplier les sangsues , ces travaux ont -ils exercé quelque influence sur la salubrité?
Les rapports des médecins attestent que ni ces travaux , ni le nouvel état des marais n’ont eu aucun effet fâcheux sur la santé des habitants des lieux où siège l’industrie, ni sur celle des habitants des localités voisines. Il en est. même qui, ainsi (pie les maires, ont affirmé que ces travaux avaient contribué à l’amélioration de la santé publique. Les relevés des registres de l’état civil ont, en outre, établi que la mortalité ne s’était pas accrue. Toutefois ces laits, vrais pour le moment, ne tarderaient pas à se modifier fatalement si l’état des lieux ne Miangeait.
Ainsi qu’on l’a dit plus haut, une partie des marais où l’on élève les sangsues n’était desséchée qu’iraparfaitement; dès que des bassins ont dû y être établis, des travaux ont été exécutés pour faciliter le mouvement des eaux; elles peuvent être renouvelées. Il y a eu effectivement amélioration sous ce rapport; mais , d’un autre côté, ces terrains, qui consistent généralement en une couche de tourbe ou terre légère, reposant sur un fond fangeux, se dénaturent sous le séjour à peu près continu des eaux entretenues pour les sangsues; la partie solide, incessamment piétinée par les nombreux chevaux employés au gorgement , à l’alimentation des annélides , a été broyée et amenée à l’état de boue. 0,1 comprendra sans peine qu’à l’époque de la ponte et de l'éclo-
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sion , t'ii juin, juillet et août, il se dégagera nécessairement, de ees lieux exposés aux rayons ardents du soleil, des gaz délétères, et I on verra alors renaître les épidémies qui autrefois moissonnaient les populations et les forçaient, le parlement en télé à s’expatrier de Bordeaux.
Cet état est aujourd’hui incontestable dans la presque généralité des marais à sangsues : il ne faut que voir les lieux pour s’en convaincre. Il est venu justifier la justesse de cette observation consignée dans le rapport du Conseil du 19 juillet 1852 : « Cette » industrie, si elle n’était réglementée, serait fatale à la santé » publique , en même temps qu’elle mettrait obstacle à l’amélio- » ration de vastes étendues de marais. »
4“ Peut-on indiquer, d'une manière au moins approximative , le nombre des sangsues que les établissements formés dans la Gironde livrent actuellement au commerce, et quels ont été les progrès de cette industrie depuis 1850?
D’après les renseignements fournis par les maires , celte quantité serait de 5,000,000. Mais ici , de même que sur l’étendue j des marais exploités (première question), il y a erreur. Une quan- j tité beaucoup plus considérable a été pêchée et livrée au commerce pendant chacune des deux années qui viennent de s’écouler, j Il en a aussi été vendu beaucoup pour peupler les bassins nouvel- ^ lement formés. Il sera toujours difficile d’obtenir des éleveurs des \ renseignements exacts à ce sujet. Pour en avoir de positifs, il faudrait faire surveiller avec soin la pèche de l’un des bassins placés dans de bonnes conditions. Des indications données par des personnes qui ont quelque expérience , il résulterait que la production annuelle pourrait être portée en moyenne, dans ces conditions, de 15,000 à 20,000 sangsues par hectare.
Les progrès de cette industrie ont été très rapides depuis 1850. Comme le prévoyait le Conseil, dans le rapport du 19 juillet de cette année , les témoins des succès obtenus par les premiers éleveurs se hâtèrent de suivre leur exemple : alors les bassins pouvaient s’étendre à 300 hectares ; on a vu , par la réponse à la première question , qu’ils embrassent 2000 hectares. Ce rapprochement fait ressortir les rapides progrès de l’industrie qui aurait déjà probablement envahi tous les marais, sans exception , si les plaintes qui s’élèvent de tonies parts n’étaient venues en arrêter l’essor.
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5° Les sangsues fournies par ces etablissements sont -elles considérées comme étant en général de bonne qualité? — • Quelle est , approximativement , la quantité qu’on en consomme dans le département de la Gironde , et combien en exporte-t-on , soit à l'intérieur , soit à l’extérieur?
Les sangsues, lorsqu’elles ne sont pas gorgées , sont de bonne qualité, surtout les sangsues indigènes. Les hongroises et celles provenant des autres pays étrangers, introduites d’abord dans les bassins , en grande quantité, pour les peupler, sont moins appréciées. Les éleveurs s’attachent à les faire disparaître et à les remplacer par celles du pays.
Cette industrie n’étant soumise à aucun contrôle, il n’est pas possible d indiquer les quantités consommées dans le département, non plus que celles exportées, soit à l’intérieur, soit à l extérieur; mais il est constant que cette double exportation et la vente pour la consommation du département ont une grande importance.
(5° Lst-il établi , par des expériences positives, que les sangsues nourries artificiellement avec du sang de mammifères , prennent une croissance plus rapide et se multiplient davantage que celles qui sont abandonnées à elles-mêmes?
Il n’a pas été fait d’expériences positives et suivies à cet égard; mais le fait de la notable extension de l’industrie et de ses succès, depuis 1850 , prouve que l’alimentation avec le sang chaud des mammifères contribue puissamment au développement rapide des sangsues, puisqu’on les a vues devenir marchandes en beaucoup moins de temps qu’il n’en fallait lorsqu’on n’avait pas recours à ce moyen ou qu on n’en usait qu’avec réserve et, pour ainsi dire, accidentellement. On n’a pu acquérir la même certitude en ce qui regarde la multiplication ; le gorgement peut y contribuer en rendant la sangsue plus tôt apte à la reproduction et en augmentant sa fécondité.
On ne devrait cependant pas conclure de ces dernières observations, que la large multiplication qui s’est fait remarquer depuis peu doit être attribuée au nouveau mode de nourriture des san«»- ■sues. On en trouverait plutôt la véritable cause dans les circonstances que voici : Lorsque la pêche des sangsues n’avait pas pris rang parmi les industries , elle était faite par des femmes , des
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rosse, en (île, cl <|iii en était de nouveau couverte après quelques jours de pluie. Celte alternative de dessèchement à la surface et de submersion avait souvent lieu ùl’époque delà ponte ou pendant l’éclosion. Elle suflisait pour détruire toute une ponte. Elle se généralisait dans le département , et la production .se trouvait entièrement perdue. A cette époque aussi , les marais offraient
des pâturages qui , quoique médiocres, étaient utilisés ; on y conduisait les bestiaux qui, par le piétinement, écrasaient les cocons; enfin, la pèche avait lieu sans interruption, surtout lorsque la sangsue se préparait à la ponte. Telles sont les causes qui , avant que cette pèche passât â l’état d’industrie très lucrative , s’opposaient âla multiplication. 11 arrivait â ce sujet ce qui s’est produit dans les localités abondantes en poissons ou riches en coquillages, où les uns et les autres ont presque disparu par suite de l’inobservation des règlements interdisant la pêche pendant la saison du frai , et l’usage des engins qui les détruisaient.
Aujourd’hui les causes de destruction des sangsues ont disparu; en entretient à peu près constamment couvertes d’eau les surfaces des bassins dans lesquels les sangsues trouvent les insectes, les plantes qui les nourrissent. Partout où les mammifères ne pénètrent pas, les bassins sont desséchés â l’approche de la ponte jusqu’après l’éclosion ; les bestiaux en sont rigoureusement éloignés ; alors la pèche reste suspendue ; aucune circonstance ne peut arrêter la reproduction. Très certainement c’est à ces dispositions bien entendues, au point de vue de l’industrie, qu’on doit plus spécialement attribuer le développement de la multiplication depuis quelques années. En 1852, les longues pluies de juillet et d’août ayant fait disparaître l’une de ces conditions, le dessèchement de la surface, la plus grande partie de la ponte a été perdue. Il y a eu sur plusieurs points une atteinte grave portée a la reproduction. Quelques éleveurs, pour se soustraire à de semblables accidents, ont placé au milieu de leurs bassins de petites buttes où les sangsues vont déposer leurs cocons a 1 abri des eaux. Ce mode, qui permet le système d’inondation continue, a été de la part de M. Vayson l’objet d’un travail qui , vous le savez, a reçu votre approbation.
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7° Les sangsues nourries arec du sang des mammifères ne sont elles jamais livrées au commerce ou à la consommation qu après avoir été complètement dégorgées? — Quels sont les moyens de surveillance qu'on emploie à Bordeaux et dans les autres villes du département pour empêcher qu'on ne vende des sangsues gorgées?— A-t-on observé que depuis quelque temps des accidents, qu'on pourrait attribuer à l’usage des sangsues malsaines, soient devenus plus fréquents dans les hôpitaux de Bordeaux ou dans la pratique civile? — Quels sont ces accidents et quelles raisons a-t-on de croire qu on puisse les imputer à des sangsues nourries du sang d’animaux malades?
Presque toujours les sangsues sont vendues plus ou moins gorgées, malgré les soins que prennent les acheteurs pour s’en procurer qui aient subi un long jeûne, dont la durée indispensable n’a pas encore été déterminée d’une manière sûre, llien, d’ailleurs, ne la garantirait aujourd’hui, attendu que les éleveurs n’ont pas eu la précaution d’établir des bassins exclusivement destinés à recevoir les sangsues prises dans les bassins de gorgemen ^.disposition à laquelle on ne supplée pas suffisamment en retirant momentanément des bassins les chevaux, qu’on ne tarde pas à y ramener pour pousser au développement les nouveaux sujets mêlés à ceux qu’on se prépare à livrer au commerce.
Il résulte de cet usage un abus, une fraude réelle, préjudiciable au point de vue de la dépense, au consommateur obligé d’employer un plus grand nombre de sangsues, afin d’obtenir un effet utile, fraude qui peut aussi avoir des suites bien funestes, en faisant échouer, dans les cas pressants, le traitement auquel servent ces annélides ; car, les prescriptions du médecin reposant sur la supposition qu’elles sont en état de fonctionner efficacement, il peut se faire qu’elles ne produisent qu’un effet insuffisant si elles sont gorgées, et que les malades restent exposés aux plus graves dangers. C’est en considération de ces circonstances possibles, que les tribunaux ont toujours regardé le gorgement comme un fait très répréhensible; or, que le gorgement ait lieu artificiellement, ou qu’il soit le résultat du mode d’alimentation, ne peut-il pas avoir les mêmes conséquences et ne doit-il pas être également proscrit? Ceci mérite une sérieuse attention de la part de l’autorité supérieure. Il n’est, d’ailleurs, exercé à ce sujet aucune surveillance dans le département de la Gironde. La venfe n’est
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soumise à aucune règle; elle est. complètement libre, et les pharmaciens, les personnes <pii lont le commerce des sangsues, celles qui les consomment, sont livrés sans défense.
On n a pas constate d accidents attribués aux sangsues malsaines. Néanmoins, depuis qu’on a remarqué l’emploi d’un grand nombre de chevaux parvenus à l’état de dépérissement le plus déplorable, l’attention s’est portée sur certains faits qui pouvaient provenir de l’insanité de ces annélides. Ainsi, on a vu se développer des inflammations graves sur les parties où ils avaient été appliqués; des plaies d’un aspect fâcheux s’v sont quelquefois manifestées, sans cependant qu’on pût en trouver la cause dans l’état du malade. Maintenant on observe , et l’expérience viendra répandre la lumière sur cette question sur laquelle il n’y a eu encore que des doutes.
8° A combien évalue-t-on le nombre de vieux chevaux , de vieux
ânes qui sont livrés , annuellement , aux sangsues dans le département de la Gironde ?
Ici encore on n’a pu recueillir des renseignements positifs, chaque éleveur se croyant intéressé , pour masquer la mortalité, à déguiser la vérité. 11 paraît certain cependant que , dans les bassins où l’on force le gorgement, on peut porter à dix par hectare la quantité de vieux chevaux employés chaque année, et qui viennent trouver la mort sur ces terrains. Il faudrait une vigilance des plus soutenues pour arriver à être parfaitement fixé à cet égard. Les animaux, ne vivant pas longtemps, sont fréquemment remplacés; ce mouvement échappe nécessairement à la surveillance à peu près nulle maintenant, et qui restera telle tant que l’industrie n’aura pas été réglementée et soumise à l’inspection d’agents spéciaux. L’emploi de cette prodigieuse quantité de chevaux choisis parmi les sujets qui, devenus vieux, tarés, malades, ne peuvent plus faire aucun service , est une des pratiques qui peuvent rendre très dangereuse l’industrie des sangsues. Si l’on s’en rapporte aux renseignements fournis par les maires des localités, la mortalité des chevaux ne serait pas très considérable; l’enlèvement des cadavres s’opérerait immédiatement; les équarrisseurs les dépouilleraient de la peau et enfouiraient les autres parties, lorsqu’ils ne s’en serviraient pas pour la fabrication des engrais.
Ces fonctionnaires ont été mal renseignés incontestablement.
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Ainsi , un honorable propriétaire a écrit au Conseil que , fréquemment, on voyait près de la rivière, à une faible distance du hameau de Lagrange, commune de Parempuyre, des restes de nombreux chevaux abandonnés sur le sol, après l’enlèvement des peaux et des os, restes qui servaient de pâture aux chiens, et qui cependant étaient assez longtemps exposés au grand air pour répandre au loin une détestable odeur.
Par une lettre sous la date du 28 juin dernier, M. le maire de Bordeaux marquait ce qui suit au Conseil : « Les informations que je me suis hâté de prendre, et sur l’exactitude desquelles j’ai tout lieu de compter, confirment malheureusement les faits qui vous ont été signalés. Il est très vrai que la mortalité a été considérable parmi les chevaux, dans les marais à sangsues, pendant les mois de mai et de juin. Dans ce dernier mois, elle a dépassé 300. L’insuffisance des moyens de transport et l’inondation des marais rendent fort difficiles l’enlèvement des chevaux morts ; beaucoup restent sur la place. Parmi ces derniers, quelques uns sont enfouis, mais très imparfaitement; d’autres sont donnés en
pâture aux chiens préposés â la garde des marais, et ce qui reste des cadavres à demi dévorés se trouve entièrement et indéfiniment abandonné. C’est surtout, m’assure-t-on , dans les communes de Blanquefort et de Parempuyre que la mortalité a été la plus forte cette année. L’action de notre police ne peut s’étendre jusque sur ces communes; mais la portion des marais comprise dans le territoire de Bordeaux deviendra désormais l’objet d’une surveillance active, et il ne tiendra pas à moi que les faits si graves et si inquiétants pour la salubrité publique qui viennent de vous être révélés ne s’y reproduisent plus. »
Le 17 juillet dernier, M. le maire de Cussac écrivait : « J’ai appris que le Conseil d’hygiène, dans sa bienveillante sollicitude pour la santé publique , s’occupait des graves inconvénients qui se rattachent à l’établissement des réservoirs à sangsues. Je me permets de vous soumettre quelques observations. Il ne m’appartient pas de discuter ici si les lois philanthropiques qui défendent et punissent ceux qui maltraitent les animaux domestiques permettent de les faire manger vivants ; mais ayant remarqué ces jours-ci, des rives du Fort-Médoc au chenal de Beychevelie (distance de 3 à h kilomètres), dix-sept chevaux morts, et provenant sans doute des établissements à sangsues, lesquels cadavres, délaissés sur les vases par les Ilots , exhalent une odeur des plus
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fétides, j appelle toute Notre attention sur les inconvénients que je vous signale. »
On a cité un éleveur exploitant un marais de 27 hectares, dans la commune de Blanquefort, qui, du mois de mars au mois de juin dernier, en quatre mois, a perdu 190 chevaux.
La présence de ces nombreux animaux malades et tarés a commencé a porter de tristes fruits. Us sont signalés par RI. le médecin vétérinaire du département, dans sa lettre du 15 juillet dernier, ainsi conçue : « Depuis quelques mois, j’ai été appelé, dans les propriétés contiguës à nos marais à sangsues, à constater l’existence et à combattre quelques maladies contagieuses. L’espèce chevaline a été plus particulièrement victime. Les maladies observées sont la morve et la gale. Les propriétaires des animaux atteints attribuent l’invasion de ces affections à la contagion par les chevaux destinés à l’alimentation des sangsues, et ils redoutent de plus graves accidents pour l’avenir. Les divers renseignements que j’ai recueillis sur l’état sanitaire des animaux introduits et entretenus dans nos marais par bandes nombreuses justifient complètement le sentiment et les appréhensions des propriétaires. En général , on n’achète et ne sacrifie, pour l’alimentation de la sangsue, que des animaux condamnés déjà pour leurs infirmités, tares et maladies, au couteau de l’équarrisseur. Le plus grand nombre peut donc être affecté des maladies les plus graves et les plus dangereuses pour l’espèce chevaline. »
Un autre fait bien grave aussi a été porté à votre connaissance ; c’est celui attaché à l’enlèvement des chevaux morts dans les marais. On les transporte au milieu du jour, au nombre de quatre ou six, sur des charrettes, couverts simplement d’une toile. On leur fait parcourir plusieurs lieues pour les remettre aux équarrisseurs. Pendant la durée du trajet, ils répandent une odeur infecte; il est des voies publiques sur lesquelles ce fait se renouvelle à peu près tous les jours. Plusieurs convois ont été trouvés dans les rues situées au nord de Bordeaux et conduisant à la route du Médoc.
Ces divers faits, incontestables, prouvent que l’emploi des chevaux et des ânes, pour le gorgement ou l’alimentation des sangsues dans les bassins, non seulement accélère la détérioration des marais, mais peut encore devenir une des causes les plus compromettantes de la santé publique, surtout dans les localités autour desquelles se trouvent des centres de population , comme à Bordeaux ,
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par exemple, don l les bassins à sangsues ne sont pas éloignés de. plus de 3 à h kilométrés.
Tels sont les premiers résultats de l’enquête ouverte par l’administration supérieure, tel est l’état actuel de la question. Il ne nous appartient pas de prévoir la solution qu’elle recevra, mais nous n’hésitons pas à dire qu'il nous paraît impossible que l’autorité reste impuissante à combattre de telles causes d’insalubrité. Nous tenons pour certains les faits constatés avec tant de persévérance et d’impartialité par le Conseil de salubrité de bordeaux, et quelles que soient les prétendues réfutations dont elles aient été l’objet, nous adoptons complètement les vues énoncées dans les rapports de ce Conseil, et surtout la nécessité du classement des marais à sangsues.
L'intérêt même très respectable et nullement contesté de cette industrie le réclame; car il est bon que l’on sache que l’élève et la reproduction des sangsues peuvent s’opérer dans des conditions infiniment meilleures et à peu près insalubres.
En effet, une expérience récente et décisive a prouvé que l’on peut nourrir les sangsues avec le sang des animaux que l’on abat «à la boucherie. M. le professeur Soubeiran , dans l’intéressante notice qu’il vient de publier sur rétablissement si ingénieusement créé par M. Borne, en a fait ressortir ce résultat capital. « Cette expérience, dit-il, donne un démenti formel à quelques entêtés qui prétendent que le sang des animaux à sang chaud est funeste aux sangsues; mais ce qui est plus important, elle dément aussi l’opinion de ceux qui veulent que le sang ne leur soit bon qu’autant qu’elles le sucent elles-mêmes sur l’animal vivant. 31. Borne réussit à merveille en faisant prendre aux sangsues le sang encore chaud. »
D’une autre part, l’emploi des animaux vivants dans les marais à sangsues peut être mis en pratique avec moins de barbarie qu’on ne le fait à Bordeaux. 31. Soubeiran a pu s’en convaincre récemment à Hambourg, dans le marais de 31. Coyard :
« Des chevaux de peu de prix, ordinairement des chevaux fatigués, sont choisis par un vétérinaire. Dès leur entrée dans l’établissement, on les déferre et on ne leur demande plus aucun travail. Tous les quinze jours on les promène à travers les marais; mais dans l’intervalle ils reçoivent une nourriture abondante, •h' les ai vus a l’écurie, l’œil bon , le poil brillant; ils reprennent de I embonpoint , cl il arrive ordinairement qu’après quelques
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mois ils sont revendus avec bénéfice. Il y a loin de la à la méthode brutale des Bordelais, qui épuisent de malheureuses hôtes par des saignées frequentes et qui laissent leurs cadavres pourrir au milieu des étangs et infecter le voisinage. »
Mais il est juste de faire remarquer que, parmi les Bordelais eux-mêmes, il est des exceptions et des exemples à citer.
Un des plus intelligents parmi les éleveurs, un homme d’un rare esprit pratique, M. Louis Vayson, a tracé des règles qui, au point de vue de l’hygiène, mériteraient d’ètre généralement suivies. Et l’on voit aujourd’hui, sous la pression de l’opinion qui s’est vivement émue, et sous l’influence des constants efforts du Conseil d’hygiène de Bordeaux , la plupart des éleveurs de sangsues de la Gironde aller en quelque sorte au-devant d’une réglementation qui amènerait le bien et ne pourrait décourager que le mal et en indiquer les bases. Faciliter autant que possible le moyen de renouveler fréquemment les eaux; empêcher de les clarifier lors de leur introduction dans les marais; ne laisser pénétrer dans les bassins que des chevaux visités par un vétérinaire ; veiller à ce que ceux qui meurent soient immédiatement enlevés; faire nettoyer annuellement les fossés; enfin interdire la vente des sangsues, pour leur emploi thérapeutique, avant qu’elles aient subi un jeune nécessaire : telles seraient les mesures qui , en effet, pourraient jusqu’à un certain point concilier les intérêts de la santé publique et ceux de l’industrie privée dans cette grave et difficile question des marais à sangsues. — Voy. Marais.
Bibliographie. — Monographie des hirudinées, par le professeur Moquin-Tandon . nouvelle édition, Paris, 1846, 1 vol. in-8, avec allas. — Monographie des sangsues médicinales et officinales , par A. Charpentier, Paris, 1838 , in-8. — De la multiplication des sangsues , par M. Huzard lils, Paris, 1841. — Histoire pratique des sangsues, par Joseph Martin. Paris, 1845. — Du commerce des sangsues, par A. Chevallier (Ann. d’hyg. et de méd. lég., t. XXXIV, p. 6 L). —Rapport de M. le docteur Bonnieures, au nom de la commission chargée de visiter les bassins à sangsues (Ann. de la Soc. d’agric. arts et commerce de la Charente , t. XXVII, 1845). — Rapport sur le corn, merce des sangsues , sur les moyens de les multiplier, et sur l'emploi de celles qui ont déjà servi , par M. Soubeiran (Bulletin de l Académie de médecine , 1848, t. XIII, p. 613 et 887). — Notice sur l’établissement ci sangsues de Clairfontaine, par M. Soubeiran (Môme Bulletin, 1853, t XIX, p. 196). — Quatre rapports sur l’élève et la multiplication des sangsues, par M. Clémenceou (Travaux des conseils d hygiène et de salubrité du département de la Gironde, I. I et II, Bordeaux, 1851 et 185.3). Etudes hygiéniques sur l’élève des sangsues dans le departement de la Gironde , pat le docteur Ch. Levieux. Bordeaux , 1853. — Mémoire du conseil agricole central des éleveurs de sangsues de la Gironde. Bordeaux, 1853. — Guide pratique des éleveurs de sangsues, par Louis Vayson. Bordeaux, 1852. — Rapports des travaux du conseil d'hygiène des départements de la Mcurthc et de la. Nièvre , etc.
sauvetage.
sauenieks». — v°y- Skl-
sauvetage. — Nous avons fait connaître déjà les moyens de prévenir les différentes espèces d’AsPHYxiES, et de secourir ceux qui en sont victimes; nous avons également exposé les appareils usités dans les Incendies pour préserver les pompiers ou offrir un moyen de salut aux personnes incendiées, dans les Mines et dans tous les lieux où l’atmosphère a pu devenir méphitique et irrespirable. Il nous reste à entrer dans quelques détails sur les procédés de sauvetage destiné aux submergés ou aux naufragés.
Un grand nombre d’instruments ont été imaginés en Angleterre et en Allemagne pour rechercher les corps sous l’eau , et parmi eux il convient de citer l’explorateur et la pince de Braasch et la drague de Miller. Mais ces instruments , pour la plupart lourds, compliqués, difficilement maniables, n’ont pas rendu dans la pratique les avantages qu’on leur avait théoriquement attribués. Les crocs ordinaires, les simples gaffes de bateliers, que l’on trouve partout, sont encore les instruments les plus convenables, lorsqu'ils sont maniés avec précaution et par des mains habiles. On pourrait les perfectionner seulement par l’addition des crochets mousses ou boutonnés adoptés par la Société de Hambourg.
D’autres appareils, plus répandus et plus usités, sont les scaphandres (bateaux-hommes), qui sont des espèces de flotteurs de liège , de tissu imperméable, ou en cylindres métalliques creux et remplis d’air, ou môme simplement composés de gourdes assemblées, que l’on applique en ceinture aux secouristes, afin de les soutenir à la surface de l’eau. Ces moyens ont une utilité incontestable, et quelles que soient leurs formes diverses, ils peuvent rendre, dans une foule d’occasions, les plus grands services, en ménageant les forces et en assurant l’action de ceux qui se dévouent à la recherche des noyés ou des naufragés.
Il convient de mentionner le bateau à glace on bateau-traîneau de Ritzler, qui rend possible le sauvetage toujours si difficile et si périlleux des malheureux qui ont disparu sous la glace. Nous ne décrirons pas cet appareil dont l’application ne peut être généralisée que dans les pays du Nord, et qui ne se trouverait certainement pas à la disposition de ceux qui dans notre climat auraient de rares occasions de s’en servir. On peut en dire autant des traîneaux de Larsen et de Brizé-Fradin.
Les accidents de mer exigentdes moyens de sauvetage spéciaux ;