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dans lotis ses détails, et qui ait plus vivement excité la sollicitude de l'administration. Notre rôle doit se borner à analyser les admirables recherches que nous venons de rappeler.
Des marais salants. — Un marais salant, appelé aussi quelquefois un salin, consiste essentiellement en une vaste surface, destinée à l’évaporation spontanée de l’eau de mer. Cette surface d’évaporation est divisée en une série de compartiments que l’eau parcourt successivement avec une très petite vitesse, qu’on peut d’ailleurs régler à volonté. Lorsque l’eau est arrivée au terme de sa course, el (ju’elle a séjourné pendant quelque temps dans les derniers compartiments, elle a abandonné la plus grande partie du sel qu’elle renfermait en dissolution. Le salin est établi près delà mer, ou auprès d’un lac salé : on le place au niveau le plus bas possible, inférieur même a celui de la mer, si cela est possible. Lorsque cette condition est réalisée, l’eau arrive naturellement de la mer dans le salin, par l’effet des pentes ou des marées; et, à l’aide d’une écluse établie sur le canal de communication, on peut en régler la quantité à volonté. Le plus souvent, cependant, les marais salants se trouvent au-dessus du niveau de la mer et l’on est obligé d’élever l’eau avec des machines hydrauliques. On comprend facilement que ces masses d’eau salée, plus ou moins étendues, qui sont soumises sans cesse à une évaporation active, joignant à cela des alternatives fréquemment répétées d’accumulation et de dessèchement pour recueillir le sel déposé doivent apporter des éléments nuisibles pour les populations environnantes. 11 est facile de voir l’importance de la question des salines au point de vue de l’hygiène publique, surtout en songeant qu’une partie des habitants du littoral de nos départements de l’Ouest et du Midi vit de l’exploitation des marais, et que cette exploitation, qui est une nécessité de son existence, devient trop souvent, pour elle, la cause indirecte de maladies graves, d’une caducité précoce. On ; a pu voir, en parcourant les côtes de l’Océan, des plages autrefois couvertes d’une population nombreuse et en possession de fournir du sel pour l’approvisionnement de la France et de l’étranger, converties en marais infects, près desquels on rencontrait à peine quelques rares habitants dévorés par les fièvres intermittentes : les yeux étaient frappés du contraste que présentaient ces marais lorsqu’ils étaient abandonnés, ou lorsqu’ils ; étaient cultivés avec intelligence.
M. Mêlier a parfaitement démontré que l’industrie des marais
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salants n’a rien en soi d'essentiellement insalubre, et qu’un salin bien établi, bien exploité, bien entretenu, peut même être considéré, dans beaucoup de cas, comme un moyen d’assainissement; mais il est loin d’en être ainsi, quand on ne prend pas toutes les dispositions que commande l’intérêt de la santé publique, et l’abandon des marais salants, sans précautions préalables, constitue une cause puissante d’insalubrité. En fait, il n’v a peut-être pas un seul marais salant qui réunisse toutes les conditions désirables : création première, exploitation, entretien, présentent souvent de grandes imperfections, et les contrées où sont établis ces marais sont presque toutes plus ou moins désolées par les fièvres.
Si l’on se reporte à l’état de la législation avant 1848, on voit que les conditions auxquelles est soumise la création d’un nouveau marais salant, ont pour objet de garantir les intérêts du domaine et du fisc ; mais qu’elles sont loin de satisfaire à tout ce que réclamerait l’hygiène. Nulle mesure n’est prescrite pour que le marais ; soit établi de façon à atteindre, sans inconvénients, le but qu’on se propose. On ne s’informe pas , si l’eau y arrivera en suffisante quantité, et si elle pourra s’écouler facilement; si les eaux mères, dont le séjour paraît avoir surtout de si graves inconvénients, | pourront en être évacuées; si les niveaux ont été bien pris, et si l’on s’est suffisamment prémuni contre le mélange toujours si fâcheux des eaux douces et des eaux salées , etc. Il y a plus : l’administration des douanes exige que toute saline de quelque importance soit entourée d’un fossé d’enceinte, qui offre, il est vrai, une garantie réelle contre la fraude, mais qui ne paraît pas être sans danger pour la santé publique. Ce fossé plein d’eau, tantôt douce, tantôt salée, et plus souvent saumâtre, est généralement très mal tenu; M. Méfier le considère comme une des principales causes de l’insalubrité de certains salins du Midi.
S’il faut en croire un ancien sous-préfet de Marennes, M. Leterme, dont l’opinion fait autorité en celte matière, il n’y a peutêtre pas, dans cet arrondissement, un seul maître de marais au fait du nivellement et du cubage des terres, et les marais salants sont construits aujourd’hui comme on les construisait dans les temps d’ignorance et d’essais des vin9 et ixe siècles.
L’exploitation journalière et l’entretien des marais salants laissent aussi beaucoup à désirer au point de vue de l’hygiène, et, dans le rapport où il a consigné le résultat de ses recherches, M. le docteur Méfier déclare que l’intervention de l’administration se-
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mit nécessaire pour écarter une foule de causes d’insalubrité, et prescrire des moyens d’assainissement et de conservation que l’ignorance néglige, parce qu’elle n’en comprend pas l’utilité.
L’abandon des marais salants paraît surtout avoir besoin d’être réglementé d’une manière toute spéciale. Aujourd’hui, aucune condition n’est imposée au propriétaire qui veut abandonner un marais; il est aussi libre que s’il s’agissait d’un champ on d’un jardin; on quitte un marais salant comme on met un terrain en jachère. « Ce qui arrive alors, dit M. le docteur Mèlier, est » aisé à deviner : les canaux qui amenaient l’eau et ceux qui » devaient servir à la faire écouler, les pièces où on la eonserve, et celles où elle s’évapore, les rigoles destinées à la dis- » tribulion et les tables de cristallisation, tout cela, fossés, jas, » conebes, aiguilles, voies de circulation et d’écoulement, laissé à » l’abandon, se dégrade, s’envase, s’encombre ; les eaux douces » et les eaux salées, n’étant plus séparées, se mêlent, et réagissent « les unes sur les autres et sur les corps organisés qu’elles con- » tiennent. La fermentation s’établit partout, tout ce qui avait vie » meurt et se décompose, l’infection devient générale. »
« Ce n’est pas tout : comme en certains endroits, dans l’Ouest, b du moins, plusieurs marais salants sont ordinairement dans la » dépendance les uns des autres, et en quelque façon solidaires, » en ce sens qu’ils sont alimentés par une prise d’eau commune, b il arrive nécessairement que l’abandon de l’un amène bientôt la b ruine et l’abandon de l’autre, et c’est ainsi que se détruisent et se b perdent des établissements importants, quelquefois même tous b ceux d’une contrée, b
Il faut lire dans le rapport de M. le docteur Mèlier le récit delà ruine et de la dépopulation de l’ancienne ville de Brouage, pour se faire une idée de l’effrayante mortalité que peut occasionner l’abandon des marais salants.
Dans certaines communes qui avoisinent les anciens marais de Brouage, dont les sels étaient autrefois si renommés, la mortalité s’est élevée à la proportion de 1 habitant sur 13, et la moyenne du canton auquel appartient Brouage, calculée pour une période de seize ans , de 1817 à 1832, a donné 1 décès sur 21 habitants tandis que la mortalité de la France, prise en masse, était de 1 sur 40 environ.
Les salines de l’Est et les salins du Midi font déjà une redoutable concurrence à nos sels de l’Ouest ; mais cette concurrence ne semble