‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 83 sur 130 · DU PRÉCÉDENT DÉCRET · texte numérisé non relu

DU PRÉCÉDENT DÉCRET

Monsieur le préfet, j'ai l’honneur de vous adresser ci-joint, avec quelques instructions destinées à en faciliter l’exécution, le décret du 1er juillet 1852, qui a institué des commissions de statistique au chef-lieu de chaque canton.

L’article 2 de ce décret appelle toute votre attention. L’avenir de la nouvelle institution dépend, en effet, tout entier, des choix que vous êtes chargé de faire. Elle doit produire tous les résultats que le Gouvernement en attend, si les membres des commissions cantonales sont tous pénétrés des services que peut rendre à l’administration et au pays une statistique exacte de la France, et s’ils sont en mesure, par leur zèle, par leurs lumières, par leurs relations dans le canton, de contribuer utilement à l’élaboration de cette statistique.

Le personnel de ces commissions vous est, d’ailleurs, naturellement désigné par le choix du canton, comme centre de leur organisation. Ce sont d’abord les fonctionnaires publics salariés et non salariés, que je diviserai en trois classes :

1° Fonctionnaires salariés par l’Etat, comprenant, dans les cantons ruraux, le juge de paix et son greffier, les percepteurs, l’agent, lorsqu’il en existe, des contributions indirectes ou de l’enregistrement et des domaines, le directeur du bureau de poste , le brigadier de gendarmerie, et dans les cantons chefs-lieux d’arrondissement ou de département , les membres du conseil de préfecture, les membres des tribunaux, les agents financiers de toute nature, les ingénieurs des ponts et chaussées, des mines et du génie maritime, les membres de l’enseignement à tous les degrés, les employés de la préfecture ou de la sous-préfecture, les directeurs et comptables des prisons centrales, l’officier commandant la gendarmerie, les agents des poids et mesures, etc., etc.

2° Fonctionnaires salariés, en tout ou en partie , par le département, comprenant l’archiviste de la préfecture, l’architecte du département, et, là où il existe, l’architecte de l’arrondissement, les directeurs et comptables des maisons d’arrêt et de justice, les inspecteurs du service des enfants trouvés, l’agent voyer en chef, les agents voyers ordinaires, les conducteurs et piqueurs du service des routes départementales, etc., etc.

3° Fonctionnaires ou agents salariés , en tout ou partie , par les communes, comprenant, dans les cantons ruraux, les secrétaires des mairies, les instituteurs communaux, les gardes-champêtres ; dans les cantons urbains, le receveur municipal, l’administrateur de l’octroi, l’archiviste-bibliothécaire de la ville, les professeurs du collège communal, le commissaire de police, les inspecteurs des marchés, les architectes voyers, les employés de la mairie, etc., etc.

l\" Fonctionnaires non salariés, comprenant les maires et adjoints, les membres des conseils municipaux, le membre du conseil d'arrondissement et du conseil général représentant le canton, le suppléant du juge de paix, les prud’hommes, les inspecteurs, à titre gratuit, des services payés par l’État, le dé-

STATISTIQUE

iMrt«meni ou les communes, les membres des chambres de commerce, des chambres consultatives des arts et manufactures et des chambres consultatives d’agriculture, les membres des comités d’hygiène, des jurys médicaux, etc., etc.

Leg ministres des cultes se recommandent également, monsieur le préfet, h

votre choix. , , . ,

Outre les fonctionnaires publics, salariés ou non, et les ministres des cultes,

vous devez porter, de préférence, vos voix sur les membres des sociétés savantes, des comices agricoles; sur les membres de l’enseignement libre ; sur les membres du corps médical ; sur les officiers ministériels, les négociants, les manufacturiers, les chefs d’ateliers et contre-maîtres ; sur les propriétaires ruraux et les fermiers dont l’expérience et la bonne volonté vous auront été spécialement signalées.

Il sera nécessaire, au surplus, qu’en ce qui concerne la nomination des membres non fonctionnaires publics , vous invitiez les maires dresser et à vous transmettre des listes de présentation.

Le nombre des membres de chaque commission ne saurait être déterminé ; il ne faut pas perdre de vue, en effet, que toutes les communes du canton doivent avoir, au sein de la commission, une représentation en rapport avec leur importance, et que le nombre de ces communes, ainsi que le chiffre de leur population, varie dans chaque canton.

Vos choix, monsieur le préfet, ne sauraient donc être limités que par la double convenance de ne pas prodiguer un titre qui doit toujours être recherché, et d’assurer, autant que possible, aux commissions, le concours de tous les hommes éclairés du canton.

Les membres des commissions ne seront pas nommés pour un temps déterminé. Ils ne devront cesser d’en faire partie que par suite de démission, de décès ou de révocation. Il n’y aura lieu de recourir à la mesure de la révocation que dans le cas où un membre continuerait, malgré les avertissements du président, ;'i ne prendre aucune part aux travaux communs , ou à faire entendre un langage de nature à porter le trouble et la désunion dans le sein de la commission.

Le même article (art. 2), en vous attribuant la nomination des membres des commissions cantonales, vous a également donné implicitement le droit de nommer leurs présidents. Les fonctions de président pourront être utilement conférées, soit au maire de la commune chef-lieu, soit au juge de paix, soit au membre du conseil d’arrondissement ou du conseil du département.

Aux termes de l’article U, dans les villes chefs-lieux d’arrondissement ou de département dont le territoire forme plusieurs circonscriptions cantonales, il ne doit y avoir qu’une seule commission de statistique pour les divers cantons. Cette disposition s’applique, par une analogie évidente, aux villes qui, sans être chefs-lieux d’arrondissement ou de département, formeraient plusieurs cantons. Vous aurez à nommer les présidents de ces commissions centrales , comme de toutes les autres.

L’article 7 remet à chaque commission le soin de nommer un ou plusieurs secrétaires-archivistes. Les principales fonctions de ces secrétaires consisteront à convoquer la commission aux jours fixés par le président, à dresser les procèsverbaux des séances, à inscrire sur le questionnaire, dont il sera ci-après parlé, les renseignements fournis par la commission ; enfin, à préparer la correspondance pour la signature du président.

L’article 8 prescrit aux commissions d’organiser leurs travaux dès leur pre-

Û‘28 STATISTIQUE

mière séance. Elles jugeront sans doute nécessaire de se diviser en sous-commissions. Ici se présente la question de savoir si ces sous-commissions devront être établies par spécialité de matières ou par communes. Dans les cantons ruraux, la division par communes, et dans les cantons urbains, la division par quartiers, paraît être à la fois la plus logique et la plus favorable aux travaux. Chaque sous-commission pourra, en outre, se subdiviser en sections, chaque section étant chargée d’une spécialité de recherches statistiques.

Les renseignements recueillis par chaque sous-commission seront discutés en assemblée générale, et leur approbation aura lieu à la simple majorité.

Les présidents comprendront la convenance de ne réunir la commission qu’aux jours fériés et h des intervalles calculés, de telle manière que leurs collègues ne soient pas obligés à des déplacements trop fréquents, et, par conséquent, onéreux. Ils tiendront également compte du temps que pourront exiger les travaux des sous-commissions. Quant à ces dernières, elles devront se réunir aussi souvent que possible, sous la présidence de l’un de leurs membres, pour se communiquer leurs travaux, les contrôler en commun et s’éclairer mutuellement. Si elles rencontraient, dans l’intervalle des réunions générales, des difficultés de nature à arrêter ou à retarder leurs travaux, elles en référeraient au président, qui, de son côté, prendrait, en cas de besoin , l’avis de la commission ou celui de l’autorité supérieure.

Dans les villes populeuses, les membres des commissions seront quelquefois dans l’obligation de recueillir des renseignements à domicile , auprès de personnes qui leur sont inconnues. Ils devront avoir soin, dans ce cas, de se munir de l’arrêté préfectoral qui les aura nommés.

J’ai l’honneur, monsieur le préfet, de vous adresser ci-joint un certain nombre d’exemplaires des deux tableaux questionnaires que les commissions auront à remplir, en 1853, conformément aux prescriptions de l’article 9. L’un de ces tableaux, et le plus important des deux, est celui qui doit être rempli tous les cinq ans. Il devra m’être adressé, pour la première fois, dans le courant de l’année prochaine. Ce tableau est destiné à faire connaître la situation de l’agriculture en 1852, et quelques faits industriels pour la même année. Les renseignements fournis en réponse aux demandes qu’il contient sur l’agriculture formeront l’étude statistique la plus complète qui aura encore été faite en France sur cette branche de la richesse nationale.

Le second tableau, ou tableau annuel, beaucoup moins étendu que le premier, contient un certain nombre de questions sur les principaux faits agricoles et industriels qui s’accompliront en 1853.

Vous trouverez également ci-joint un certain nombre de tableaux récapitulatifs synoptiques, sur lesquels MM. les sous-préfets auront à consigner les résultats du dépouillement de chacun des deux questionnaires, quand ces documents auront subi le contrôle déterminé par les articles 12 et 13 du décret, et dont il sera parlé ci-après. Quelques uns des renseignements demandés par les questionnaires ne pourront être exprimés en chiffres, et, par conséquent, ne sauraient trouver place dans les tableaux récapitulatifs. Les commissions devront les adresser à MM. les sous-préfets sur des feuilles détachées , dans la forme qu’elles jugeront la plus convenable , et en ayant soin d indiquer sur chaque feuille le canton , l’arrondissement et le département. Une note insérée dans le questionnaire leur signalera les renseignements qui devront ainsi être 1 objet d’un résumé spécial et distinct.

STATISTIQUE. GM

Je ne puis vous adresser que trois exemplaires par commission des deux tableaux questionnaires. Ce nombre est évidemment insuffisant, Chaque souscommission devant en posséder au moins un. Mais j’ai pensé que les sous-commissions pourraient faire copier les exemplaires dont elles auraient besoin. Si les sous-commissions se subdivisent en sections, il sera nécessaire que les membres de ces sections copient, pour leur usage, dans les questionnaires, les demandes de renseignements auxquelles ils se seront chargés de répondre.

L’article 10 exige que chaque tableau questionnaire soit, à la lin de l’année, déposé pendant un mois à la mairie du chef— lieu de canton, pour être communiqué au public. Cette disposition ne s’appliquera qu’au tableau annuel. Quant au tableau quinquennal, il devra, par exception, être rempli au plus tard à la fin de mars, et être exposé pendant le mois d’avril, pour m’être adressé vers la fin du mois de mai 1853. Les maires des communes chefs-lieux du canton voudront bien, sur votre invitation, monsieur le préfet, prendre les mesures nécessaires pour assurer l'exécution de l’article 10. Les convenances locales ne permettront peut-être pas toujours, au moins dans les cantons ruraux, de donner au dépôt du questionnaire, pendant le délai voulu, le caractère de permanence indiqué par le décret ; mais il sera nécessaire que la communication de ce document puisse avoir lieu au moins deux fois par semaine.

Pour que le tableau questionnaire annuel puisse être, de la part du public, l’objet d’un contrôle réel, la commission ne devra pas attendre, pour en effectuer le dépôt, jusqu'au dernier mois de l’année, c’est-à-dire jusqu’au moment où les mauvais temps rendent les communications difficiles. Il sera donc à désirer que son travail puisse être terminé à la fin de septembre, et exposé en octobre.

Le décret contient, sur le contrôle auquel les tableaux cantonaux doivent être soumis, une série de dispositions dont l’exécution ne paraît pas devoir rencontrer de difficultés. Dès que MM. les sous-préfets auront reçu des diverses commissions de leur arrondissement les questionnaires remplis, ils les soumettront d abord à l’examen de la commission du chef-lieu de l’arrondissement, puis, et pour la statistique agricole seulement, à celui de la chambre consultative d’agriculture.

Cette vérification devra être terminée, autant que possible, dans le mois qui suivra l’exposition du questionnaire à la mairie.

Si elle taisait reconnaître des omissions ou des erreurs graves dans un des tableaux cantonaux, ou si la commission de révision éprouvait, sur l’exactitude piobable d un document statistique, un doute fondé, ce tableau devrait être renvoyé pai les soins du sous-préfet au président de la commission d’où le document est émané, et celui-ci opérerait, s’il y avait lieu, ou d’initiative, en se repoitant aux procès-verbaux, ou, selon les cas, de l’avis de la commission, spécialement convoquée à cet effet, les rectifications jugées nécessaires.

Les tableaux questionnaires, une fois vérifiés, vous seront adressés par MM. les sous-préfets, avec un tableau récapitulatif par canton pour l’arrondissement. Vous devrez alors faire soumettre , dans vos bureaux, les tableaux cantonaux à un dernier examen, et vous assurer ensuite si les renseignements qu’ils contiennent ont été exactement reproduits sur le tableau récapitulatif.

Vous avez remarqué sans doute, monsieur le préfet, que, dans ce système de vérification et de contrôle , une exception est faite en ce qui concerne les travaux de commissions des cantons chefs-lieux d’arrondissement onde département,

STATISTIQUE

qui ue soûl l’objet d’aucune révision, sauf en ce qui concerne la statistique agricole. Ils devront donc être soumis, dans vos bureaux, à l’examen le plus attentif.

L’article 1/|, combiné avec l’article 17, vous prescrit de m’adresser un tableau récapitulatif, pour le département, des documents consignés dans l’ensemble des questionnaires. Ce travail, après une mûre réflexion, ne m’a pas paru indispensable. Vous pourrez donc vous borner à m’adresser les états récapitulatifs par arrondissement qui vous auront été transmis par MM. les sous-préfets, ainsi que celui que vous devez dresser pour l’arrondissement préfectoral. Le dépouillement de ces états pour chaque département sera opéré dans mes bureaux.

Je vous serai obligé de prendre les mesures nécessaires pour que ces envois me soient faits, au plus tard, dans les quatre premiers mois de l’année qui suivra celle dans le cours de laquelle les tableaux auront été remplis.

Vous voudrez bien y joindre les travaux particuliers de statistique (recherches, mémoires, monographies, etc.), que les membres des commissions auraient pu vous adresser en dehors de leur coopération à la rédaction des tableaux questionnaires. Ces travaux seront examinés avec intérêt.

Vous n’oublierez pas de m’adresser, en même temps, un rapport sur tous les faits de quelque intérêt se rattachant à l’organisation et au fonctionnement des commissions de votre département. Vous me ferez connaître notamment les diüicultés qu’aura pu rencontrer leur formation, quant au choix du personnel, l’esprit qui aura présidé à leurs travaux, le ton général des discussions dans les réunions, etc. Je tiens à connaître exactement celles qui se seront fait remarquer parleur empressement à fournir au Gouvernement les renseignements demandés, ou qui, au contraire, ne prêtant qu’un faible concours à l’exécution du décret, n’auront rempli le questionnaire qu’à la suite de nombreuses et pressantes sollicitations de l’autorité.

En exécution de l’article 18, je vous prie de me transmettre, dans la première quinzaine du mois de décembre prochain, la liste exacte des membres de chaque commission de votre département, avec la désignation de leurs noms, professions ou fonctions, et de la commune de leur domicile. Chaque année, vous m’indiquerez les modifications que ces listes auront subies par suite de décès, démissions, révocations et nominations nouvelles.

Si vous jugiez nécessaire d’user du pouvoir, que vous confère l’article 21, de dissoudre les commissions qui s’écarteraient du but de leur institution, vous prendriez, à cet effet, un arrêté motivé dont vous m’adresseriez une ampliation. La commission dissoute devrait être réorganisée dans le plus bref délai. Je n’ai pas besoin de vous dire que vous ne devez recourir à la mesure extrême de la dissolution qu’après des avertissements réitérés dont il n’aurait été tenu aucun compte.

L’article 22 met à la charge de la commune, chef-lieu du canton, les dépenses du matériel auxquelles donneront lieu les travaux des commissions. Il est évident qu’il ne s’agit ici que des fournitures de bureau, et des frais, nécessairement très minimes, de chauffage et d’éclairage que pourront nécessiter leurs réunions. Quant aux frais d’impression des questionnaires et des tableaux récapitulatifs, ils seront à la charge de mon département.

Il doit être entendu, d’ailleurs, que votre correspondance, ainsi que celle de MM. les sous-préfets avec les présidents des commissions cantonales, et réciproquement, aura toujours lieu sous le couvert du maire de la commune cheflieu du canton.

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Kn terminant, monsieur le préfet, je dois vous faire connaître que j’attache le plus vif intérêt à ce que vous ne négligiez aucun effort pour assurer l’exécution du décret du 1" juillet. L’institution des commissions cantonales de statistique ne peut, en effet, rendre au pays les services signalés que le Gouvernement en attend, que si elle est l’objet de votre constante sollicitude.

C’est ainsi que je vous verrai avec plaisir présider en personne la première séance de la commission du chef-lieu de votre département, et saisir cette occasion de faire connaître toute l’importance que le Gouvernement attache au succès de la nouvelle institution administrative.

Vous voudrez bien inviter MM. les sous-préfets à ouvrir également en personne la première session des commissions du chef-lieu de l’arrondissement.

Enfin, je vous prie de donner, dans votre département, la plus grande publicité possible au décret d’organisation des commissions cantonales, et de recommander à vos administrés, par l’intermédiaire des maires, de favoriser, par tous les moyens en leur pouvoir, les recherches statistiques dont elles sont chargées.

Veuillez, je vous prie, monsieur le préfet, m’accuser réception de cette circulaire, ainsi que des imprimés qui l’accompagnent.

Recevez, monsieur le préfet, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le ministre de l’intérieur , de l’agriculture et du commerce,

F. de Persigny.

Bibliographie. — Nous ne pouvons citer ici tous les ouvrages ou recueils statistiques qui peuvent fournir quelques renseignements à l’hygiène. Nous nous bornerons à indiquer quelques documents officiels et ouvrages récents français et étrangers : Les Recherches statistiques sur la ville de Paris et te département de la Seine ; les Rapports sur les hôpitaux et hospices de la ville de Paris ; les Comptes généraux de la justice criminelle en France; les Comptes rendus sur le recrutement de l’armée, de 1823 à 1849. — Essai de statistique morale de la France , par A. M. Guerry. Paris 1833, et surtout l’important ouvrage du même auteur : Statistique morale de l’Angleterre comparée à celle de la France, prêt à paraître. — Notices historiques et statistiques sur les colonies françaises, publiées par ordre du gouvernement, 1837-1839, h vol. in-8. — Tableaux des établissements français en Algérie. — Statistique du mouvement de la population en France , dans les Annuaires du bureau des longitudes.

— D’Angeville, Essai sur la statistique de la population de la France. Paris, 1836, in-4°. — Legoyt, la France statistique, d'après les documents les plus récents. Paris, 1843, in-8. — Patria , ou la France ancienne et moderne, morale et matérielle , etc. Paris, 1846, 2 gros vol. in-18. — Traité de géographie et de statistique médicale, par le docteui Boudin, 2 vol. in-8. Paris, 1854. — Annual report of tlie regislrar general ofbirths, deaths and mari iages in England, Report, i-vii. London, 1830-1851, in-8.

— Report of the commissioners for inquiry into tlie stalc of large towns andpopulous districts. London , 1844 , 3 vol. in-fol. — Statistical report on the sichness and mortality amongs the troops , London, 1841-1848. — Report from the poor law commissioners on an inquiry into tlie sanitary condition of the labouring population of Great-Britain. London , 1842.— Informazioni statistiche raccolte délia real cornmission e superiori de gli stati di S. M. in terra firma. Torino, 1839-1852. — Les nombreux mémoires de MM. Villermé, Quetelet, Benoiston de Cbâteauneuf” Moreau de Jonnès, les Recherches statistiques sur la mortalité dans la ville de Paris par M. Ad. Irébucbet (dans les Annales d’ hygiène publique ).

Voy. Administration, Conseil d’hygiène, Population, Sur-

SI STANCES

SUBSISTANCES

STÉARIQUE (ACIDE). — Nous II’ aurions rien à ajouter à ce que nous avons dit au sujet de la préparation des bougies stéariques, si un procédé récent n’en avait accru par un certain côté les inconvénients. Dans le but de donner aux produits plus de consistance, et d’augmenter le rendement, un industriel, dont l’exploitation a lieu aux portes de Paris, a imaginé de traiter préalablement l’huile de palme et les autres matières grasses par l’acide sulfurique avant de procéder à la distillation. Cette opération de l’acidification produit des vapeurs extrêmement fortes et pénétrantes. La cuve dans laquelle se fait le mélange doit donc être recouverte d’un couvercle très épais, et les vapeurs conduites par des tuyaux souterrains jusqu’au générateur, dans lequel elles doivent être brûlées. Cette dernière condition est essentielle; car pour peu qu’elles passent dans la cheminée sans avoir été détruites, et qu’elles se répandent dans l’atmosphère, elles y portent une odeur âcre, pénétrante, nauséabonde, extrêmement subtile, et d’une incommodité telle, que les propriétés voisines de l’établissement dont nous avons parlé ont été désertées.

Voy. Bougies, Suif.

SUBSISTANCES. — Sous le nom de subsistances , et dans sa plus grande généralité, on comprend toutes les substances nécessaires à l’alimentation des hommes. Cette simple définition suffit pour montrer à quels objets variés elle s’applique suivant les différences des climats, les habitudes et les ressources diverses des peuples, et les degrés de civilisation auxquels ils sont parvenus ; elle peut en même temps faire prévoir l’importance capitale qu’offre un tel sujet parmi les plus graves questions de l’économie politique, et nous n’aurons pas besoin d’insister longuement pour prouver par quels liens étroits il se rattache à l’hygiène publique. Le développement, la santé , la vie des hommes , considérés dans leur principe, dépendent, avant tout, d’une alimentation suffisante, convenable et assurée. Les économistes de tous les temps, les statisticiens , les philosophes, les médecins hygiénistes, ont unanimement reconnu l’influence constante, fatale, dominante, qu’exercent sur le mouvement des populations, sur la mortalité, l’équilibre des subsistances , la cherté des vivres , l’abondance ou la disette. Notre tâche se bornera â résumer ici â ce point de vue les documents les phis exacts et les plus récents sur la production et la consommation de la France, et plus spécialement sur les elîets,

SUBSISTANCES

uyi

tant il»* la surabondance et de l’avilissement que de l'insuflisance et du prix excessif des denrées alimentaires.

Nous n’avons pas à énumérer ici toutes les substances qui entrent dans l’alimentation de l’homme; et ce que nous avons à dire doit s’entendre uniquement des produits de la nature, qui, dans nos régions tempérées et dans les habitudes de notre civilisation moderne, forment la base de la consommation des peuples» A cet égard, il est une distinction principale à faire entre les subsistances tirées du règne végétal et celles qui sont fournies par les animaux; et un premier fait à signaler, l’inégalité extrême de la proportion pour laquelle chacune d’elles concourt à la consommation générale, et la prédominance dans le régime alimentaire de notre pays des produits végétaux compris sous le nom de céréales, prédominance telle, qu’elles constituent presque à elles seules les subsistances proprement dites, et forment le plus considérable des problèmes qui s’y rattachent.

Des subsistances végétales. — En laissant de coté les fruits et les légumes verts, et en ne comprenant parmi les subsistances végétales que les céréales et les légumes secs, nous dirons que l’on désigne le plus ordinairement sous ce nom, pour les premières, le froment, le méteil, le seigle, l’orge, le sarrasin, le riz, le maïs, le millet et l’avoine, et pour les secondes, les graines des légumineuses et autres menus grains, auxquels il convient d’ajouter la pomme de terre : ce sont là les principaux fruits de la production agricole, dont le plus grand nombre sert à composer l’aliment par excellence, l’aliment trop exclusif de notre pays, le pain .

Rappelons d’abord quelques principes d’un haut intérêt, qui paraîtront, nous n’en doutons pas, bien propres à donner une idée de la grandeur d’un tel sujet.

M. le baron Charles Dupin a établi dans une circonstance solennelle, qu’il faut que le territoire présente deux fois ou seulement une lois et demi autant d hectares qu’il y a d’habitants, pour que î les nations agricoles subsistent sans éprouver de difficultés pour leur alimentation. Lorsque la population est près d’offrir un habitant par hectare, il en resuite une perturbation qui amène forcé- : ment 1 émigration. En 1831, l’Angleterre ( Royaumes -Unis) l donnait par habitant 1 hectare et 29 centièmes, pour une population de 2à,350,000 habitants. En 1841, 1 hectare etl3 centièmes. En 1846, 1 hectare et 8 centièmes. En 1850, 1 hectare. Auf joui d hui, les trois Royaumes-Unis achètent à l’étranger, année

SUBSISTANCES

434 SUBSISTANCES

moyenne , pour 5,000,000 do produits alimentaires. En 1848,

17.147.000 hectolitres de grains. En 1849, 31 ,039,000. En 1848,

750.000 quintaux métriques de farine. Eu 1849, 2,058,000. Et malgré cela, la misère expulse du territoire, à partir de 1847, près de 300,000 habitants par année. En France, en 1850, la population est de 3(5,000,000 d’habitants; il y a par habitant 1 hectare 26 centièmes. En y ajoutant l’Algérie, on a par habitant 1 hectare 92 centièmes, etc. Tous les six ans, il faut nourrir un nouveau million d’habitants.

Ces chiffres sont de nature à frapper vivement les esprits et appellent la méditation. Il était utile de les rapprocher de ceux qui démontrent la richesse agricole de notre pays et des principaux Etats de l’Europe.

Production agricole. — Or, d’après M. Moreau de Jonnès, la production des céréales, en France, s’élevait, en 1840, à 182,516,848 hectolitres, se répartissant ainsi :

Froment et dpeautres 69,694,189 liectol. 39 p. 100

Méteil 11,829,448 — G p. 100

Seigle ' 27,811,700 — 15 p. 100

Orge 16,661,462 — 9 p. 100

Avoine 48,899,785 — 27 p. 100

Maïs 7,620,264 — 4 p. 100

182,516,848 hectol. 100 p. 100

La valeur moyenne de cette quantité de céréales était de

2.056.467.000 francs. Or, comme 13,900,262 hectares étaient cultivés en céréales, c’est un produit brut de 141 francs par hectare. M. Moreau de Jonnès estime qu’en 1700, la France ne produisait que 92,856,000 hectolitres, soit 472 litres par habitant. En 1760, 98,500,000 hectolitres ou 450 litres ; en 1788,

115.816.000 hectolitres ou 484 litres ; en 1813, 132,435,000 hectolitres ou 441 litres; enfin, elle est arrivée, en 1840, au chiffre de 183,516,000 hectolitres ou 541 litres par habitant. La quantité moyenne des récoltes, en France, aurait donc doublé depuis Louis XIV, tandis que la population n’a augmenté que de 70 pour 100. En 1700, ajoute encore M. Moreau de Jonnès, la production était de 8 hectolitres par hectare; en 1760, de 7 hectolitres; en 1788 et en 1813, de 8 hectolitres; en 1840, elle avait atteint le chiffre de 13, 14 hectolitres.

On évalue la production annuelle de l’Angleterre à 144,375,000

SUBSISTANCES. a,ÎJ

hectolitres de céréales de toute espèce ; de l’Autriche à206,740, 000 hectolitres; de la Prusse à 79,750,000 hectolitres ; du reste de P Allemagne à 57,705,900 hectolitres ; de la Russie etde la Pologne à 30/1,078,000 hectol.; de l’Europe entière à 1,171,217,000 hectol. La production des États-Unis n’est pas bien connue, mais on estime que la seule récolte du maïs s’élève à 170,000,000 hectol. Nous donnons sous toute réserve ces chiffres que fournit la statistique; mais on peut hardiment affirmer que l’alimentation des peuples n’a pas cessé de progresser, surtout au point de vue de la régularité des approvisionnements. Au moyen âge, les famines étaient fréquentes. En France seulement, les historiens en comptent 26 au xr siècle, et 51 au xn*; plus tard, dans le xvne siècle, on trouve 33 disettes et 11 famines; au xixe siècle (en 50 ans) 13 disettes et 1 famine. Il y a eu donc, sous ce rapport, une amélioration sensible. Sous le rapport de 1 abondance de l’alimentation , le progrès est moins visible, mais il n’est probablement pas moins réel; plusieurs écrivains pensent , à la vérité, que le prix des céréales a augmenté; ce qui serait l’indice d’une diminution relative de la production. M. Moreau de Jonnès, notamment, évalue à 11 francs en 1700, et à l/i francs en 1840, le prix moyen de l’hectolitre de céréales de toutes sortes ; mais , selon M. Passy, la différence du pouvoir de l’argent aux deux époques équivaut bien à celle du prix nominal des céréales. Au reste , depuis un demi-siècle , les prix ne semblent pas avoir varié sensiblement :

De 4.797 à 1807, le prix a été, en moyenne, par hectol. 20 fr. 20

De 4807 à 1817 21 84

De 1817 à 1827 19 69

De 1827 h 1837 19 03

De 1837 à 1847 20 05

Quant à la production actuelle de la France, on la trouvera très exactement dans les tableaux suivants, dressés d’après les chiffi •es officiels du bureau des subsistances, et avec les calculs de RIock. Le premier donne le produit moyen de cinq années ; le second, la production de 1852 pour une partie seulement. Nous devons faire remarquer que le chiffre relatif aux pommes de terre ne doit être considéré que comme une approximation, les renseignements authentiques manquant sur ce point, et les ravages de la maladie ayant réduit la production plus encore qu’on ne l’a supposé.

SUBSISTANCES

Produit moyen en hectolitres des cinq années, de 1848 « 1852.

Promeut.

Méteil.

Seigle.

Orge.

Sarrasin.

Maïs

et

millet.

Avoine. |

Production en 1852.

Orge.

Sarrasin.

Maïs

et

millet.

Avoine.

Légumes

secs.

Autres

menus

grains.

Pommes

de

terre.

Il convient, pour donner à la fois tous les termes du problème, de consigner ici en regard des chiffres qui précèdent le tableau le plus récent de la consommation de la France, dont nous devons les éléments à l’obligeance de M. Foubert, notre ancien collègue au comité d’hygiène, qui dirige aujourd’hui avec tant de talent le bureau des subsistances au ministère de l’agriculture et du commerce. ( Voy . ci-contre, page A37.)

Du rapport des subsistances avec le mouvement de la population. — Quelque importants que soient en apparence les résultats que nous venons de consigner, ils demeureraient stériles si nous ne montrions le rapport qui existe entre les variations d’équilibre de la production et de la consommation et les mouvements de la population; c’est là, pour l’hygiène publique, le côté le plus élevé de cette grande question. Il n’a pas échappé aux grands esprits qui l’ont abordé et a été mis dans tout son jour par l’un des premiers et des plus beaux travaux de notre éminent collègue M. Mêlier. Les graves conséquences du rapport que nous signalons seront plus frappantes si nous en indiquons avant tout la portée, en empruntant au mémoire que nous venons de rappeler ses importantes conclusions. « On peut considérer comme démontré que la mortalité dans les populations de l’Europe moderne est soumise à l’influence du prix du blé et du pain. Cette influence, très marquée autrefois, l’est moins aujourd’hui et a diminué progressivement par suite de plusieurs causes, on tète desquelles il

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