‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité (volume 2)Chapitre 85 sur 130 · EN · texte numérisé non relu

EN

Berlin

Leipzig

Prusse occidentale.

Basse Lusace. . . .

Baireuth

Amsterdam ....

Augsbourg

Erfurth

Londres

En Suède, les années 1757 et 1758 furent signalées par une extrême disette, tandis que les récoltes des deux années qui suivirent furent très abondantes. Or, d’après Wargentin, il y eut :

Mariages. Décès.

Dans les deux premières années.

Dans les deux dernières années .

SUBSISTANCES

En Angleterre, les années 1795 et 1800, particulièrement remarquables par la cherté des grains, donnèrent, pour le chiffre des décès, la première : 210,300; la seconde : 208,000, tandis que la moyenne ordinaire n’était que de 'J 93,000.

Mais c'est surtout delà comparaison des années 1816 et 1817, avec celles qui précédèrent et qui suivirent qu’on tire des résultats instructifs.

Dans le royaume des Pays-Bas, il y eut, pendant l’année 1817, 177,600 naissances, 4 52,500 décès, 33,880 mariages. Or, la moyenne a été de 499,200 naissances pour les 4 années 1815, 1816, 1819 et 1820; celle des décès, de 137,000, pour les 3 années 1815, 1816 et 1818; celle des mariages, de 42,700 pour les h années 1815, 1816, .1818 et 1819. Le prix du blé, qui a été, en moyenne, de 3 à h florins, pendant la période de 1819 à 1826, s’était élevé, en 1816, à 10 florins.

Les chiffres relatifs au royaume de Wurtemberg ne sont pas moins significatifs :

Moy enne des année». Naissances. Décès. Mariage»,

De 1815 à 1829. ....... 57,750 43,409 10,078

Année 1817 47,816 50,680 8, ‘200

En France et en Prusse, au contraire, la disette, quoiqu’elle y régnât comme ailleurs, n’influa presque pas sur le nombre des mariages, des naissances et des décès. Dans la monarchie prussienne, l’année 1817 ne se distingua pas sous ces divers rapports de celles qui la suivirent. En France, on remarque seulement, pour cette même année, une diminution assez considérable du nombre des mariages qui ne fut que de 205,000, tandis que la moyenne des douze années suivantes a été de 233,000; et pour l’année 1818, une diminution assez forte du nombre des naissances. Cette anomalie s’explique par la position exceptionnellement favorable où se trouvaient ces deux États, sous un régime de paix profonde succédant à de longues et désastreuses guerres.

Ce qui est encore plus remarquable, c’est que souvent l’influence de la disette se fait sentir à des degrés très différents dans des lieux tout voisins les uns des autres et où le prix des grains a été constamment uniforme. Ainsi, en 1817, les chiffres de Ja mortalité furent :

Pour le canton d’Appenzell 0,091

— de .Saint-Gall 0,059

— de Turgovie 0,045

— d’Argovie 0,028

— de Neufchâtel 0,024

440 r SUBSISTANCES.

On pont ni i L conclure de ces données el de celles du même genre que lu s ta lis tique fournirait, quels sont, cidre, plusieurs districts voisins, ceux où In population s’est le plus approchée de In limite des subsistances.

aux êtres les plus faibles de la société, les résultats que nous étudions seraient bien plus saillants si l’on pouvait connaître la mortalité relative des enfants, des vieillards et des pauvres, dans les années de disette. On peut s’en faire une idée par l’accroissement du nombre des admissions dans les hospices et les hôpitaux.

Ainsi, dans les hospices d’enfants trouvés de la Belgique, où ce nombre n’était, en moyenne, que de 3000 par année, il s’éleva, en 1817, à /|000. Dans la maison des enfants-trouvés de Milan, le chiffre des admissions s’éleva, pendant cette même année, à 3082, tandis que la moyenne des huit années suivantes ne fut que de 1750.

A ces renseignements, puisés dans un ouvrage qui est regardé avec raison comme classique pour la branche spéciale de statistique à laquelle il est consacré, nous ajouterons quelques données relatives aux années 1846 et 1847.

M. Moreau de Jonnès, dans une note communiquée par lui à l’Académie des sciences morales et politiques, constate que les mouvements de la population delà France, pendant l’année 1847, ont été soumis à une longue et violente perturbation, dont il n’hésite point à chercher la cause dans la disette causée par le déficit des récoltes, en 1846. Pendant les six premiers mois de 1846, dit-il, le blé a valu constamment 22 francs l’hectolitre. Il augmenta ensuite de prix chaque mois jusqu’au onzième, et à la fin de mai 1847, il valait 38 francs, par un terme moyen général et fort au delà de 50 dans son maximum local. L’influence de la disette sur les mouvements de la population est restée inappréciable pendant les derniers mois de 1846, lors même que le prix du blé s’était élevé à 28 francs. Il est probable que les ressources des familles indigentes n’étaient pas encore tout à fait épuisées et pourvoyaient à leur subsistance, du moins partiellement; mais, quand la valeur de l’hectolitre de froment dépassa 30 francs, en janvier 1847, et continua de s’accroître jusqu’en mai et juin, il se produisit dans la population des villes et des campagnes des effets désastreux analogues à ceux qu’enfantent les maladies épi-

SUBSISTANCES

démiques ou contagieuses les plus redoutables. La mortalité s’aumnenta, les mariages furent suspendus, et 65,000 enfants manquèrent à naître. La population totale, au lieu de s’accroître, comme l’année précédente, de 152,000 habitants, ou comme en 1845, de 237,000, ne gagna par l’excédant des naissances sur les décès que le chétif nombre de 6/i,800 personnes, accroissement inférieur de 73 pour 100 à celui qui avait eu lieu deux ans auparavant.

Les mouvements de 4S47, comparés à ceux de l’année précédente, présentent les termes généraux ci-après :

Naissances 983, .'473 918,581 Déficit. . . 64,892

Décès 831,498 856,026 Excédant. . 24,528

Mariages 270,633 249,797 Déficit. . . 20,636

Accroissement annuel. . 151,975 62,555 Déficit. . . 89,420

M. Charles Dupin, dans un travail, présenté aussi à l’Académie, sur les rapports du prix des grains avec les mouvements de la population, n’a point contesté ces résultats, ni la vérité qui en ressort si évidemment, quoiqu’il ait émis, sur l’année 1847, une opinion moins défavorable que ceHe de M. de Jonnès, qui la regarde comme une des plus désastreuses au point de vue de la mortalité.

Ajoutons un exemple récent et non moins frappant emprunté à M. Villermç, qui prépare, de son côté, une élude générale des dernières disettes dont sa prudente réserve retarde encore les conclusions. La maladie des pommes de terre et la mauvaise récolte des céréales, surtout du seigle, survenues, la première en 18Zi5, la seconde en 1846, ayant occasionné l’insuffisance des aliments dans le royaume belge, une partie de la population fut en proie aux rigueurs de la disette, je pourrais dire de la famine. Ce malheur lit considérablement accroître le nombre des morts, et diminuer celui des naissances ainsi que des mariages. Les chiffres suivants, tous extraits des mouvements annuels et officiels de l’état civil en Belgique, en sont des preuves :

Décès

Décès.

Années.

Enfants ne's vivants.

Mariages,

de la 1 r« année

de la vie.

Totaux.

SUBSISTANCES

Années.

Enfouis nés vivants.

Manuges.

Duces

de lu 1 rtt uuuec

Décès.

de la vie.

Totaux.

18/iG.

II semble résulter de ce tableau que l'influence de la diselte a porté, savoir :

Pour les naissances, sur 18/i6, seconde année de la crise alimentaire, puis sur 18/17 et 1 S /i 8 ;

Pour les mariages, sur 18/16 et 18/17;

Pour les décès totaux, sur la période quatriennalc de I8Z16 à 18/i9 inclusivement.

Mais le chiffre de 18/19 comprend 23,027 victimes du choléra épidémique. Par conséquent l’effet de la disette n’a pas été, cette année-là, tel qu’il paraît être d’abord, si même elle est entrée pour quelque chose dans la mortalité générale.

Quant aux enfants de zéro d’âge à un an, ils ne laissent apercevoir ni l’action du choléra ni celle de la disette. Ceci rend vraisemblable, du moins en apparence, que la tendre sollicitude des mères n’a fait défaut à aucun d'eux, malgré la profonde misère et les angoisses extrêmes où les deux fléaux ont plongé un si grand nombre de familles.

Les moyens de prévenir les disettes ne sont pas du ressort de l’hygiène et appartiennent plus spécialement à l’économie politique. Cependant nous ne résistons pas au désir de citer un travail d’un des membres les plus distingués de l’intendance militaire, M. Hausmann, travail doublement intéressant par l’importance actuelle du sujet et par l’esprit pratique et les connaissances spéciales de l’auteur. A l’aide de calculs qui ne diffèrent pas sensiblement des documents statistiques que nous avons produits, il est arrivé à évaluer le total des besoins annuels pour la partie de la population qui fait usage du pain et pour l’ensemencement de la terre à 80 millions d’hectolitres de grains, tandis que la production moyenne n’est, en réalité, que de 79,250,000 hectolitres. L’importation de blés étrangers fournit le reste. Il y a donc nécessité de prévoir les cas où les mauvaises récoltes ne peuvent être couvertes par celles qui, dans les années d’abondance, dépassent la

SUBSISTANCES

moyenne, et où la disette est imminente. Les moyens proposes par M. Hausmann qui semblent pratiques et d’une application assez facile, mais qui auraient besoin d’être consacrés par 1 expérience, consistent spécialement dans l’extension des achats de blés à l’étranger et des importations pour les grands approvisionnements publics pour les subsistances de l’armée, par exemple, des hôpitaux, etc..; dans la formation de réserves municipales obligatoires pour chaque ville, à laquelle la boulangerie sciait appelée à concourir; enfin dans la culture plus répandue des substances alimentaires d’un produit abondant et lacile les plus piopres à la panification. Comme exemple de ce dernier moyen, et parsuitedecette idée fort justeque l’usage du pain est, par malheur , singulièrement exagéré en France, M. llausmann propose 1 emploi d’un pain où la farine de maïs serait mélangée pour moitié ou pour un tiers à la farine de froment; ce qui, pour les habitants des campagnes, aurait l’avantage d’économiser, à la fois, l’argent du consommateur et une quantité de 20 à 25 millions d’hectolitres de blé sur la consommation totale du pays; et d être, en outre, de bien meilleure qualité que celui qu on mange dans la plupart de nos campagnes.

Subsistances animales. — Nous avons terminé l’exposé des

faits qui se rattachent aux subsistances fournies par le règne végétal et dues au travail agricole ; quelque incomplet que soit cet exposé, il peut cependant montrer la nécessité absolue de suppléer à l’irrégularité et à l’insuffisance delà production et de faire entrer pour une plus large part dans l’alimentation les produits des animaux; puisque indépendamment de l’importance physiologique de l’usage de la viande, il y aurait là un moyen assuré et supérieur à tout autre d’améliorer l’alimentation des peuples et de prévenir les disettes. A cet égard, tous les économistes, tous les médecins sont unanimes pour réclamer l’accroissement de la consommation de la viande; et le gouvernement se montre empressé à seconder de tous ses efforts ce mouvement salutaire.

Le décret qui abaisse dans une forte proportion les droits à l’importation des bestiaux et des viandes fraîches et salées est un premier , un très grand pas fait vers la transformation que nous appelons de tous nos vœux. Mais, ainsi que le fait justement remarquer M. Cador, pour que celte mesure trouve aux yeux des éleveurs une juste compensation , il ne faut pas que le gouvernement s’arrête à ce premier décret. Les douanes intérieures , les

ààà SUBSISTANCES.

octrois, doivent aussi être modiliés ou supprimés. C’est en portant i esolùment la main sur les taxes exorbitantes perçues par les villes sur la viande de boucherie, et en remplaçant ces taxes par des centimes additionnels, (pic l’important décret du U septembre aura toute son efficacité. A quoi bon, en effet, briser les barrières extérieures , si 1 on doit laisser subsister à l’intérieur les mille obstacles créés par les octrois ?

Le savant M. Payen, dans une publication récente très digne d être connue, est venu appuyer ces considérations par l’exposé statistique suivant que nous lui empruntons.

La production de la viande fait encore défaut en France, ainsi que la production des diverses substances animales qui pourraient y suppléer jusqu’à un certain point, le lait, les œufs, le fromage, etc. En effet, on obtient annuellement :

De l’espèce bovine 302,000,000 kilogr.

Des espèces ovine et caprine 83,000,000

De l’espèce porcine 315,000,000

Équivalant en volailles, gibier, poissons, œufs, fromages 280,000,000

Total 980,000,000

La population de la France étant évaluée à 35 millions d’individus, on voit que la quantité moyenne de viande ou d’aliments équivalents ne dépasse pas 28 kilogrammes par an ou 76 grammes 71 centigrammes par jour et par individu, tandis qu’en Angleterre elle est de 82 kilogrammes par an ou 22à grammes par jour. Cette quantité serait insuffisante pour satisfaire à une bonne alimentation; mais d’ailleurs il s’en faut bien que chaque individu, dans les campagnes , puisse disposer de cette quantité; la part est d’autant moindre que l’affluence de ces denrées alimentaires vers les centres de populations agglomérées en met à la disposition de chaque habitant des villes une plus forte quantité.

On donnera une idée des différences considérables qui existent à cet égard, en indiquant la consommation actuelle dans la ville de Paris. Le chiffre qui s’y était abaissé depuis soixante ans tend à se relever rapidement sous l’influence des modifications apportées récemment dans le commerce de la boucherie et notamment de la vente à la criée qui a été instituée et qui s’étend chaque jour dans les marchés de la capitale. Nous nous bornerons a indiquer le total de la consommation de la ville de Paris en denrées animales pour 1852 :

SUBSISTANCES

Viande de boucherie et de charcuterie 72,815,302 kilogr.

Fromages ( équivalent en viande) 1,996,118

Marée et poissons d’eau douce ( id .) 3,520 900

Volaille et gibier (id.) ’995,000

OEu fs (te?.) 2.412,500

I/ait (id-) 12,500,000

Ecrevisses, homards , sardines , anchois, pâtés, etc. . 150,000

,,llîtres 241,890

Tolal 94,414,710

En admettant que la population de Paris soit égale à un million d individus, on voit que chaque habitant consomme en moyenne par an 94 kilogrammes 414 grammes de viande, y compris l’équivalent delà viande en autres produits animaux, ou 258 grammes par jour.

Il est intéressant de rapprocher de ces faits un document que nous devons à deux observateurs aussi éclairés que consciencieux, MM. Loiset et Bergasse , et qui peut donner une idée du mouvement qu’a suivi la consommation de la viande dans ces dernières années au milieu de deux des principaux centres de population de notre pays, Lille et Rouen, et la relation qui existe entre ce fait et le mouvement de la population. Notons auparavant, qu’en 1840, la consommation était évaluée à 20 kilogrammes 50 centigrammes par individu pour la France orientale prise en masse, c’est-à-dire villes et campagnes réunies; et à 50 kilogrammes par habitant dans les chefs-lieux de départements et d’arrondissements étudiés

séparément, quantité qui n aurait pas sensiblement varié de 1816 a 1832.

En récapitulant et en mettant en regard les résultats généraux recueillis dans les anciennes capitales de la Flandre française et de la Normandie, relativement à la consommation de la viande de boucherie, on constate qu’une liaison très étroite unit le régime animal des populations de ces deux grandes cités.

L abatage moyen porte, en effet, par an et par 1000 habitants

A Lille, sur 423 animaux de diverses espèces et catégories • A Rouen , sur 511.

Ces animaux se répartissent de la manière suivante :

Bœufs, vaches, taureaux, génisses.

A Lille.

A Rouen

Veaux.

Moutons.

Porcs.

subsistances.

i ~~ r“* •*"> ui*^ nuuLc-puri inuyemie, savoir :

i, savoir :

A Lille, de.

A Rouen, de

42 kil. 252 45 070

Se décomposant de la manière suivante :

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