SUETTE MILIAIRE
Telle est, dans l’immense majorité des cas, la marche simple de la suelie et sa terminaison heureuse.
Les accidents que l’on observe, les morts que l’on a a déplorer, sont, en général, ou le résultat de complications ou la conséquence de la manière dont sc gouvernent les malades.
On se persuade, dans les campagnes surtout, qu’il est absolument nécessaire de tenir les malades très chaudement et de les faire suer. En conséquence, on les couvre avec excès, on les surcharge, on les étouffe pour ainsi dire: on leur donne en même temps des boissons chaudes et excitantes, du vin chaud ; on va même jusqu’à les empêcher de dormir.
Lien de plus dangereux : c’est presque toujours de là que viennent les accidents observés, le délire, l’oppression, une fièvre violente, et l’on peut assurer, sans exagération , que ces mauvaises pratiques font souvent plus de victimes que la maladie elle-même.
Dans des épidémies de suette regardées comme très graves et où il mourait, en effet, beaucoup de monde, on a remarqué, et cela encore tout récemment, qu’il suffisait de renoncer à l’emploi de pareils moyens pour voir diminuer aussitôt et même cesser la mortalité.
On ne saurait donc trop le dire, la suette en elle-même, et sous sa forme la plus ordinaire, n’est pas, en général, une maladie grave; la gravité est l’exception et résulte, dans la majorité des cas, du préjugé qui porte à couvrir les malades outre mesure, à leur faire prendre des boissons chaudes et excitantes, et à provoquer des sueurs immodérées.
D’après l’expérience de tous les temps, et les conseils des médecins les plus éclairés et qui ont le mieux observé la suette, voici à quoi doit se réduire la conduite à tenir dans cette maladie.
1" Il faut d’abord éviter une erreur très commune en temps d’épidémie de suette, c’est de considérer comme ayant la maladie toute personne qui est prise d’une sueur un peu abondante : la sueur seule ne constitue pas la suette; il s’y joint le mal de tête et une oppression particulière, avec serrement au bas de la poitrine et au creux de l’estomac.
2" Quand on éprouve, sans cause connue, ces trois choses, la sueur, le mal de tête et 1 oppression, il faut rester au lit; quelques médecins pensent que l’ou pourrait s’en dispenser et conseillent de traiter les malades levés.
3° 11 faut se couvrir modérément, comme on se couvre d’habitude, et même moins que d’habitude ; il suffit, dans les grandes chaleurs, saison ordinaire de la suette, d’un simple drap de lit ou de la couverture la plus légère.
U" A mesure que la sueur vient et que l’on en est imbibé, il faut changer de linge, avec la précaution , bien entendu, de ne mettre que du linge propre et bien sec.
Se persuader qu’il y a avantage à rester dans sa sueur est un dangereux que contraire à la propreté.
préjugé aussi
•T 11 faut bien se garder de donner des boissons chaudes, aromatiques ou stimulantes ou du vin chaud. Il faut donner, au contraire, des boissons adoucissantes et à peine tièdes, ou à la température de la chambre.
Ces boissons seront, selon le goût du malade, une infusion de (leurs de mauve
:,7„ “T",',1’0!'8' tlC chicndeMl' <lc l’cau P'in“. «juclqucfois une infusion
de (Ictus de tilleul ou de feuilles d’oranger, sucrées ou miellées.
■iÂk SUBITE MIL1A1KE.
Elles doivent êtic prises en quantité modérée, c’est-à-dire par petites tasses ou demi-verres.
Beaucoup de médecins donnent la préférence à une limonade légère, d’autres au petit-lait.
U abbé I essier, cet ami des cultivateurs et qui leur a laissé, sur beaucoup de choses, de si excellents conseils, ayant eu occasion, anciennement, de traiter la suette à Hardi villiers, en Picardie, employait tout simplement de l’eau dans laquelle, faute de citron ou d’orange, il faisait infuser un peu d’oseille.
On pourrait conseiller également de l’eau de réglisse ou une tisane de pomme de rainette.
On ne doit pas craindre d’accorder aux malades, de temps en temps, quelques cuillerées d’eau fraîche.
6° Il faut en même temps supprimer toute espèce de nourriture solide, et donner tout au plus quelques petits bouillons ou du lait.
7° L’air de la chambre doit être renouvelé souvent. Il faut tenir les rideaux ouverts, et même éloigner le lit de la muraille, afin que l’air puisse circuler librement.
8° Bien loin d’empêcher les malades de dormir, il faut respecter leur sommeil et écarter soigneusement tout ce qui pourrait le troubler.
9° Si le mal de tête était un peu violent, on pourrait, en attendant le médecin, donner un bain de pieds auquel on ajouterait de la farine de moutarde ou une pelletée de cendres. On pourrait aussi mettre les mains dans un bain préparé de la même manière, et appliquer des sinapismes soit aux pieds, soit aux mains.
Par ces moyens, la sueur reste modérée, l’éruption se fait bien, et la maladie parcourt ses périodes naturellement et presque toujours sans danger.
On a remarqué que les malades qui se gouvernent ainsi se rétablissent, en général, promptement, tandis que ceux que l’on a chargés de couvertures et auxquels on a fait prendre des boissons excitantes restent très longtemps faibles et ont beaucoup de peine à se remettre.
Ainsi donc, peu ou pas de chaleur ni d’excitants ; des couvertures légères et des boissons douces, simplement tièdes et même fraîches; un air pur et souvent renouvelé ; la diète ou un peu de bouillon ; quelquefois un bain de pieds ou des sinapismes : tels sont les moyens à opposer à la suette dans le plus grand nombre des’eas.
Ces indications ne sauraient dispenser de recourir au médecin; il faut, au contraire, l’appeler le plus promptement possible, car il est des cas qui réclament absolument sa présence. Une saignée est quelquefois nécessaire, paticulièrement au début; plus souvent un vomitif et quelques, autres médicaments; le médecin seul doit en décider. 11 ne s’agit ici que des soins généraux, de ces soins qui sont du domaine de tout le monde et que l’on peut toujours employer en attendant l’arrivée du médecin.
Bibliographie. — Uisloirc de l’épidémie de suette miliaire qui a régné en 1821, dans le departement de l’Oise , par P. Bayer. Paris, 1822, in-8. — Histoire de l’épi • demie de suette miliaire qui a régné dans le département de la Dordogne , par H. Parrot ( Mémoires de l’ Académie de médecine. Paris, 1848, t. X, p. 386). — Considérations sur l’épidémie de suette miliaire qui a régné à Poitiers , par M. Gaillard, 1845, in 8. — Archives de médecine , 1832 , t. XXIX. — Gazette médicale , 1839. — Rapport sur
suif (fonte dk).
la nuette miliaire, par J. Guérin ( Mémoires de l’Académie de médecine, 18ô3, U XVII, p. 1 et suiv.).
SUIF (FONTE DE). — Le commerce des suifs a beaucoup perdu de sou ancienne prospérité ; les progrès de l’industrie, et surtout la découverte du gaz hydrogène carboné, comme moyen d’éclairage, en ont singulièrement restreint la consommation et la production.
Les suifs extraits des animaux sont, ou fondus dans de vastes poêles, qui, placées en plein air, en contiennent jusqu à 7,000 kilogrammes, ou fondus, par des moyens chimiques, dans des vases clos. La première manière est fort simple : des garçons londeurs remuent la matière avec des espèces de poutrelles de '1 mètres 50 centimètres de longueur, pendant l’ébullition, afin d’empèclier qu’aucune partie ne s’attache à la poêle. Une huée lourde et nauséabonde s’élève pesamment au-dessus de cette poêle; elle répand son odeur fétide jusqu’aux alentours des abattoirs, et provoque fréquemment des réclamations de la part des voisins, qui oublient qu’ils sont venus fixer leur résidence près des fonderies très postérieurement à l’établissement des abattoirs, car depuis longtemps des ordonnances de police ne permettent que dans les abattoirs , à Paris , la fonte des suifs en branche , nom sous lequel on désigne toutes les parties graisseuses des animaux.
Les suifs fondus naturellement laissent un résidu, que l’on fait passer sous une puissante presse qui en exprime tout le jus. Le marc de ce résidu forme ce que l’on appelle le creton , lequel se vend pour la nourriture des porcs et des chiens, et peut être employé avantageusement comme engrais. La seconde manière de fondre le suif est celle qui s’exécute par des procédés chimiques à vases clos. Ce mode exclut la production du creton, qui est composé des débris de chairs attachées aux suifs en branche. Or, on introduit, dans le vase destiné à la fonte, des acides qui identifient ces chairs aux suifs, de sorte que la fonte ne produit plus que du suif sans aucun résidu. Le suif fondu à vases clos, par ce moyen, a moins d’odeur que celui fondu à vases découverts; l’acide modifie la nature de cette odeur, qui primitivement n’était pas insalubre, malgré son incommodité ; mais ainsi modifiée, elle peut prendre, au dire de M. Bizet, un véritable caractère d’insalubrité, quoiqu’elle soit moins incommode à l’odorat. Aussi , d’apr ès cet auteur, les ouvriers, employés à ce dernier genre de travail,
^56 SUIF (fonte de).
ressen liraicn t-ils des douleurs dans la poitrine avec un malaise qu’ils n’éprouvent point en travaillant à la fonte du suif dans les poêles.
Beaucoup de moyens ont été proposés pour détruire ou écarter l’odeur des vapeurs de suif : tantôt on a employé du chlorure de chaux, tantôt une cheminée d’aérage, tantôt des conduits pour amener ces vapeurs dans le foyer, et y faire consumer les matières inflammables qu’elles renferment; enfin l’on a proposé l’emploi des chaudières autoclaves. I)e tous ces movens, les uns sont insuflisants, les autres ne sont que de faibles palliatifs, d’autres présentent dans leur application des dangers qui doivent les faire repousser.
Le moyen le plus certain de ne pas présenter d’odeur incommode serait d’éviter la production même de ces vapeurs. C’est dans ce but que M. Delunel proposa le chauffage du suif en branche au bain-marie. Les avantages qu’il signale comme résultant de l’emploi de son procédé, sont de fournir une qualité de suif plus belle, d’éviter toute espèce de danger du feu, et de donner aucune odeur insalubre. Malheureusement son procédé n’a pas pu être mis à exécution avec profit; car quoique le suif fonde bien au-dessous de la température de l’eau bouillante, il faut une température plus élevée pour permettre à la matière grasse de rompre par sa dilatation le tissu cellulaire dont elle est enveloppée, et qui la retient emprisonnée. Nous devons à M. Dareet, dont le nom se rattache d’une manière si honorable à toutes les questions d’industrie, le procédé de fonte du suif à feu nu, qui présente le moins d’incommodité. Ce procédé consiste à introduire le suif en branche, coupé en petits morceaux, dans une chaudière de cuivre rouge, et de l’y chauffer en contact avec une certaine quantité d’eau et d’acide sulfurique. Les proportions indiquées par M. Dareet sont les suivantes : 100 parties de suif, 50 parties d’eau , 1 partie d’acide sulfurique.
La quantité d’acide sulfurique peut varier suivant la nature des graisses que l’on fait fondre.
Ce procédé présente, selon l’auteur, de grands avantages sous différents rapports. Quoiqu’il y ait encore production de vapeurs sébaciques, elles sont moins fortes et modifiées par l’action de l’acide sulfurique. Le suif étant produit à une température moins elevée , conserve une grande blancheur, et acquiert plus de fermeté par le refroidissement, que dans le procédé ordinaire. L ac-