‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubritéChapitre 25 sur 58 · AKT. 1®''. — COMPOSITION DU RÉGIME · texte numérisé non relu

AKT. 1®''. — COMPOSITION DU RÉGIME

Le régime alimentaire se compose des aliments solides et des boissons.

§ l'L Aliments SOLIDES. — Les substances animales {viande et poisson), le pain, les végétaux, mucilagineux ou féculents, et les fruits sont les aliments solides dont le soldat doit faire babituellement usage.

L’expérience a démontré irréfragablement :

1" Qu’aucune substance alimentaire prise seule, pendant un temps prolongé, ne suflit à la nourriture complète de l’homme, ni quelquefois même à l’entretien de la vie Ainsi la viande, le pain, les légumes, le riz, etc., ne peuvent, chacun isolément, fournir une alimentation sufiisante ;

2 Que 1 usage persistant et invariable des mômes préparations alimentaires amène graduellement, dans les organes digestifs, un état ou de langueur ou d’irritaiion, et toujours de satiété, si ce n’est de dégoût, qui nuit ü la bonne élaboration des aliments, et par suite à la nutrition et à l’entretien des forces.

De ces faits, appuyés sur les données les plus positives de la science, découle le doidde principe : 1’ de composer, autant que possible, chaque repas d’aliments divers, en proportions convenables, comme viande, pain, légumes, poisson, etc. , 2 de varier le régime, de telle sorte que chaque jour ne ramène pas les mêmes aliments.

Il est démontré encore que, pour être bien digérées et foui nir au corps de omrm, tous es éléments de réparation matérielle et d’énergie dynamique dont 1 a lesoin, es substances alimentaires doivent être accompagnées de substances seulement stimulantes, qui constituent des assaisonnements. Le sel, le poivre, le girolle, 1 oignon l’ail, les principes aromatiques de quelques végétaux, comme e pci si , e cer euil, le thym, etc., constituent ces assaisonnements, qui excitent les surfaces muqueuses, iirovoquent des élaborations plus complètes et, peut-

178 llYClkNK MU.ITAIRK.

ôln>, oiilranl on combinaison avec les sues nnlrilils, on passant en nalui e dan» le sang, vont porter dans tout le corps une stimulation lavoiable à l’entretieu de la vitalité.

1" Proportions des divers aliments solides. — La proportion de ces divers aliments exerce une grande inllnence sur la santé des iiommes.

La viande, par les matériaux abondants qu’elle, fournit aux organes, presque immédiatement, sous un petit volume et sans grands ellorts de la part de l’estomac, doit prendre le premier rang dans le régime du soldat. L’expérience a prouvé la supériorité de l’alimentation animale pour l’entretien des forces et leur augmentation progressive, sur celle dont la base est formée de végétaux.

Il conviendrait, en conséquence, que le soldat pdt disposer de 300 à 350 grammes de viande par jour. C’est de ces termes qu’il importe de se rapprocher toutes les fois que les circonstances le permettent, et, pour y arriver, des économies peuvent être faites sur les autres parties de l’ordinaire.

Le pain peut n’être considéré que comme la seconde des parties fondamentales du régime.

800 à 875 grammes de pain suflisent, en général, à l’alimentation journalière du soldat. Lorsque le pain est bien préparé et de bonne qualité, il peut être employé en même temps pour la soupe et pour être mangé à la main ; le pain spécialement destiné à la soupe peut ainsi être supprimé avec avantage au profit de la viande. Si, an contraire, on continuait à faire usage d’un pain particulier, pour la soupe, il est bien entendu que celui-ci serait prélevé sur le poids total indiqué plus haut.

Les légumés enfin ne doivent former que la troisième et la plus faible partie des éléments du régime des soldats. Ils sont, en général, peu nourrissants. Mais leur usage, en certaines proportions, est indispensable à une alimentation complète et à l’entretien de la santé.

2“ Qualités que doivent avoir les divers aliments solides. Les viandes doivent être fraîches, bien saignées, provenant d’animaux sains et adultes. Les parties composées de chairs musculaires épaisses et massées sont plus nutritives que celles qui ne forment que des lames minces, entremêlées de lames blanches et filamenteu.ses qui constituent le tissu cellulaire et les aponévroses. Ces parties celluleuses, tendineuses et aponévrotiques ne nourrissent que peu.

Les viandes provenant d’animaux gras et vigoureux sont plus alibiles et plus salubres que celles fournies par des animaux maigres et languissants. Celle du bœuf est préférable à celle du taureau et de la vache.

La graisse dans la viande nourrit peu, mais elle fournit à l’homme un principe dont il a besoin. Les viandes accompagnées d’une médiocre quantité de graisse sont donc préférables à celles qui sont exclusivement compactes et

Bien qu’il paraisse ipie les viandes provenant d’animaux malades, même de ceux frappés par les épizooties, ne soient pas immédiatement mallaisantes, il est cependant prudent de les éviter. 11 n’est iicrmis d’en faire usage qu’en cas de nécessité absolue, urgente, et jamais cet usage ne peut être, prolonge, car i entraînerait inévitablement le développement de maladies très graves parmi les

viandes conservées, séchées, fumées, salées, nourrissent moins bien que les viandes fraîches. Si leur usage prolongé et constant ne soutient pas convena-

IIVGIENK MILITAIUH.

bleinent les lurces, excite la r(^iMi},Miance cl dispose aux maladies, comme la stomatite (iidlammatkm de la bouche), le scorbut, etc., cependant son introduction, en certaines proportions, dans le régime, est non seulement sans inconvénient, mais salutaire, en augmentant la variété.

Les poissons, et jtlus particuliérement les poissons salés, comme les morues, les harengs, les saumons, sont dans le môme cas que les viandes sî^lées. Les poissons frais de rivière ne nourrissent pas assez pour pouvoir constituer la base des repas habituels du soldat. Parmi les poissons de mer, frais ou salés, les plus gros, ceux dont la chair est le plus ferme et le plus colorée, nourrissent mieux que ceux qui sont plus petits, mous et blancs. On préférera donc les morues, les raies, les maquereaux, les soumons, les thons, les esturgeons, etc.

Le pain très épuré et très blanc nourrit moins que le pain de seconde qualité. Bien que les parties corticales du grain ou le son n’ajoutent pas sensiblement, pour riiomme, aux éléments nutritifs du pain, et soient, sous ce rapport, bien inférieures ii la fécule ou amidon, cependant elles communiquent au pain une substance aromatique, un goilt spécial, et surtout une résistance à une dissolution digestive trop prompte, qui favorisent manifestement l’action physiologique, et la rendent indirectement plus réparatrice.

H faut que le j)ain soit bien levé, c’est-à-dire pourvu d’yeux assez grands dans toutes ses parties; qu’il exhale l’odeur agréable qui lui est spéciale; que la mie soit homogène, élastique, et que les yeux y reparaissent quand on l’a modérément pressée ; enlin, que la croûte soit dorée, sonore, et partout attachée à la mie. Le pain est de mauvaise qualité, mal préparé ou mal cuit, quand il a une odeur fade ou de moisi ; quand sa teinte est trop foncée et inégale ; quand il contient des grumeaux de larine ; quand la mie se pelotonne en masse compacte ne revenant pas sur elle-même après la pression, ou est dillluente et grasse ;

enlin quand la croûte est molle, blanche, ou brûlée et séparée en dessus de la mie.

11 impoi te de se tenir en garde contre l’addition dans le pain de substances étrangères à la farine de froment, et contre la diminution, dans celle-ci, de la quantité proportionnelle et nécessaire de gluten. On y parvient par l’examen des faiines et par celui du pain, à l’aide de procédés et d’instruments qui sont à la disposition des oniders de santé, et qui ont déjà fait l’objet d’une instruction inséiée au Journal militaire officiel, 2' semestre :18/i7, page 397.

^ Leslégumes Irais sont en généralpréféral)lesaux légumcsconservéset secs. Les légumes farineux, comme la pomme de terre, les haricots, les lentilles, les pois nourrissent plus que les racines et leslégumes herbacés, tclsque les choux, lesépinm s, 1 oseille, etc.; cependant il y a de l’inconvénient à s’en nourrir d’une manière tiop continue, tiop exclusive. De temps a autre, en de certaines proportions, les CHOUX, les navets, les carottes constituent des aliments très salubres, qu’il ne tant point négliger. On peut ranger, sous le rapport de l’alimentation, à côté des

produits des céréales, savoir le gruau, le riz, le millet, etc. Ils se rapprochent des légumes féculents secs.

3o Préparation des aliments. La meilleure préparation de la viande, comme base du ixgime, est celle qui consiste à la faire bouillir et à obtenir de la soupe Les ragoûts et les rôtis ne conviennent qu’à titre d’additions à la base fondamentale du régime; mais cette addition .sera d’une grande utilité, et ne doit jamais être négligée lorsque les circonstances le permettent. ^

llVC-lKNIi MII.ITAIUK.

l’üiir la prcîparalion do la sotipe, il coiivionl (pie la viande soit mise d’abord dans l’eau froide, et le feu pousse', de manière à ce <pi<î la marmite entre aussi vite (pie possible en ébullition. Alors on enliîve avec, reienmoire ce epii arrive à la surface de l’can. Après cette opération, il faut ajouter le. sel, et le feu doit être ralenti, de manière à ne plus produire (pi’iin léger frémissement dans le li(piide.

C’est une très grande erreur (pic de jicnser obtenir une cuisson plus rapide en faisant bouillir promptement une marmite. 1/ean n’élève jamais, à l’air libre, sa température an delà de cent degrés; c’est à ce degré (pie la cuisson s’opère : (jiiand on fait bouillir fortement la marmite, l’ean, sans devenir pins chaude, s’évapore plus vite, et entraîne avec elle les éléments aromati([ues du bouillon, c’est-à-dire ce qui lui donne la sapidité qui constitue une de ses principales conditions.

Quatre ou cinq heures sont nécessaires pour faire une bonne soupe. Après la première heure ou plus tard, selon leur nature, on ajoute les légumes à la marmite. De ces légumes, les uns ont pour objet d’aromatiser, de colorer le bouillon, de le rendre plus sapidc et plus agréable ; les autres d’augmenter la quantité de substance nutritive destinée au repas. Des oignons ou des carottes brûlés ou séchés au four, une poignée de persil, quelques clous de girofle et un peu d’ail, plusieurs panais, des poireaux et des carottes fraîches, constituent les végétaux aromatisants. Nous le répétons, ils sont nécessaires, non seulement comme assaisonnement agréable, mais comme excitateurs du travail de la digestion.

Parmi les végétaux nourrissants, se trouvent les pommes de terre, les choux, les haricots, les pois, les lentilles et quelques produits de céréales comme le gruau et le riz. Jamais les légumes ne doivent être mis en telles proportions qu’ils altèrent profondément le bouillon, et lui fassent perdre son goût spécial. Les légumes frais sont préférables aux légumes secs; les farineux à écorce, comme les haricots, les pois et les lentilles, doivent, autant que possible, être alternés avec le gruau, le riz et surtout les herbacés associés aux racines, comme les choux, les pommes de terre, les carottes, etc. Les légumes farineux, et plus particulièrement les pois et les haricots, doivent être cuits de manière à ce (pie les enveloppes soient crevées et leur intérieur accessible au bouillon. Les légumes herbacés et les racines doivent être devenus fondants, sans dureté, et ne pas croquer sous la dent. 11 ne faut pas cependant qu’ils aient perdu leur forme et une certaine fermeté. Le gruau est dans le même cas. Le riz ne doit jamais être assez cuit pour perdre sa forme et pour se fondre dans la bouche : arrivé à cet état, il ne constitue plus qu’un corps diflluent, sans goût et sans faculté nutritive, la fécule étant presque entièrement décomposée.

La proportion d’eau à mettre à la marmite est telle que, pendant la cuisson, la réduction soit de un tiers, et lai.sse à l’homme une quantité raisonnable di’. bouillon pour tremper sa soupe. Jamais il ne faut ajouter, après la cuisson, (le l’eau à la marmite pour augmenter la quantité de bouillon. Cette pratique nuisible fait perdre à l’aliment ses meilleures qualités.

La soupe ne doit être ni trop épaisse ni trop claire. Le bouillon, versé bouillant sur le pain, doit l’avoir pénétré et ramolli dans toutes ses parties, sans lui avoir fait perdre sa forme et toute sa consistance. C’est à l’instant où l’on va tremper la soupe que le poivre doit être jeté sur le pain en proportion telle que le goût s’en fasse sentir, mais sans âcreté et sans échauller la bouche et e

gosier.

MYGIKNE MlUTAIllK.

Les ragoills qui peineiil être faits avec le bæuf frais ou déjà bouilli, le mouton, le porc, frais ou salé, substances auxquelles on ajoutera toujours des légumes nourrissants et des assaisonnements convenables, ces ragoilts doivent être préparés de telle sorte que les viandes, divisées par morceaux, y soient parfaitement cuites, et ([uc les légumes y aient été bien pénétrés des sucs et des principes aromatiques de ces viandes. Il en sera de même des poissons et des ragoûts composés avec eux.

Les rôtis au four ou à vase clos conviennent mieux, pour l’alimentation du soldat, que les rôtis à feu nu, difliciles à surveiller, et qui perdent par l’évaporation une partie considérable de leurs éléments liquides et aromatiques. Autour des rôtis au four, on peut placer des légumes tels que pommes de terre, carottes, etc., qui ajoutent à leur goût, et augmentent avec avantage la quantité de l’aliment.

Des légumes seuls peuvent être préparés, à certains jours, lorsque leur abondance le permet, soit au lard, soit à la graisse ; dans des conditions de bonne cuisson, ils fourniront une ressource très utile dans le régime du soldat.

Cette observation s’applique parfaitement à certains fromages fermes, qui contiennent tous les éléments du lait, sans avoir subi d’altération profonde par la fermentation, tels que les fromages de Gruyère et de Hollande. Dans les contrées abondantes en laitage, et dans des circonstances que les olliciers de santé détermineront, les fromages frais et le lait caillé, avec du pain ou des pomme.s de terre, pourront être employés avec réserve à la nourriture du soldat.

Les fruits bien mûrs et de bonne qualité, jtris en petite quantité à la lin du repas, ne peuvent qu’être utiles, en ajoutant à la variété de l’alimentation et en excitant agréablement le goût, ce qui est toujours une condition favorable à la digestion; mais ils ne conviennent point entre les repas, surtout si l’on prend en même temps des boissons aqueuses, et de très graves maladies, ainsi que le constatent des expériences trop nombreuses, peuvent résulter de leur abus.

§ 2. BOISSONS. — L’eau, les liquides fermentés et les liqueurs alcooliques provenant de ladistillation, sont les boissons dont l’homme faithabituellement usage. Les boissons sont des aliments liquides qui fournissent à l’homme, non seulement l’eau nécessaire pour diviser, suspendre et d ssoudreies matériaux solides, mais encore des élémentsqui, par leur combinai.son, augmentent la mas.se de ces matériaux. Plusieurs boissons contiennent de plus en solution des éléments nutritifs ou stimulants et aromatiques : telles sont la bière, le cidre, le vin.

Leau est la boisson la plus naturelle à l’homme et aux animaux. Elle doit être limpide, légère, dissolvant le savon sans former de grumeaux, et cuire bien les légumes .secs. Il est utile, lorsqu’on doit faire longtemps usage de la même eau, de s’assurerde .ses effets et de sa composition en [irenant des reirseignemenis auprès des habitants qui se trouvent à proximité et au moyen de l’examen que tous les officiers de santé sont à même, de faire. Certaines eaux de source et de puits, les eaux provenant de neiges fondues à peu de distance dans les montagnes, ou artihciellement, ne contiennent jias d’air et .sont pesantes à l’estomac • d faut les agiter ou les transvaser plusieurs fois on les versant de haut pour leur faire absorber le principe qui leur manque et qui est indispcn.sabic pour les rendre faciles à digérer. Les eaux stagnantes qui exhalent une odeur de marais ou de putridité, doivent être bouillies, ou mieux encore filtrées au charbon ; dans le premier cas, il faut leur restituer, par l’agitation, l’air que l’ébullition leur a

in(ilKNE Mll.liAlIlE.

fail perdre. Kniiii on débarrasse les eaux des matières boueuses qui les troublent on les faisant liltrer sur du sable ou du gravier.

Il est de la plus grande importance, pour la conservation de la santé, d’éviter l’usage trop abondant de l’eau, surtout entre les rei)as. La j)résence d’une grande quantité de ce liquide dans l’estomac le fatigue, lui fait perdre de son énergie et rend les digestions subséquentes plus pénibles. Les aliments mal élaborés ensuite fournissent des sucs imparfaits. Des diarrhées et d’autres alfections abdominales se développent, et la vie peut être très gravement compromise.

Tou ‘.es les fois que les circonstances et les ressources de l’ordinaire le permettront, il sera utile à la santé du soldat de boire, indépendamment de l’eau, une certaine quantité de liquide fermenté. A défaiit de vin rouge, qui est préférable sous tous les rapports, la bière, le cidre, le poiré, pourront être employés. Tous ces liquides doivent être francs, sans mélange, sans sophistication. Coupé avec de l’eau, le vin rouge forme, pendant les chaleurs de l’été, la meilleure boisson désaltérante pour le soldat. Les vins blancs, plus excitants, sont moins salutaires.

A défaut des liquides fermentés, généralement employés parmi les populations, le soldat peut préparer des bières légères, telles que celles de M. Durand, dont la formule a été publiée, et dont l’essai, fait dans plusieurs garnisons, a été très satisfaisant. Dans les pays chauds, l’infusion de café est une boisson excellente.

L’eau-de-vie, même la meilleure, prise habituellement, est peu favorable. Prise à jeun le matin, elle est pernicieuse et doit être généralement interdite. L’eau-de-vie ne peut être employée qu’à défaut de vin ou d’autre liquide fermenté, et étendue d’eau dans les proportions réglementaires. Il faut alors faire le mélange instantanément, dans des vases en grès revêtus intérieurement d’une bonne couverte vernissée. On peut y ajouter avec avantage de la réglisse, afin de la rendre plus agréable.

L’absinthe et les liqueurs analogues nuisent à la santé et déterminent d’autant plus promptement et plus sûrement des irritations des organes digestifs et du cerveau qu’elles sont prises plus habituellement, plus fortes, à plus hautes doses et à des intervalles plus rapprochés.

Art. il — composition des repas.

En général, on observe que deux repas seulement pour vingt-quatre heures ne suffisent pas à la bonne alimentation et à l’entretien convenable des fonctions digestives chez le soldat. Entre le repas du soir, de la veille, et celui du matin, le lendemain, l’intervalle de seize à dix-sept heures est trop prolongé ; l’estomac accuse son malaise par des tiraillements douloureux, et des hommes, en assez grand nombre, ou ne suffisent qu’à peine aux exercices, ou même tombent en défaillance.

Il serait donc utile de faire prendre au soldat, le matin avant les travaux de la journée, un premier repas léger, composé ou d’une partie de la viande bouillie de la veille, ou d’un potage facilement et instantanément préparé, comme la soupe aux poireaux, aux oignons, etc., ou enfin du fromage. Celte mesure doit être d’autant plus recommandée qu’elle pourra contribuer puissamment à détruire la pernicieuse habitude qu’ont trop de militaires de prendre de l’eau-de-vie à jeun.

HVCIK.NK Mll.lTAIKK. I S.'î

Le secoml repas esl le repas principal ; il doit, en slaiion, se com])os(.‘r invariablement de la soupe, du Iweuf et des h^guines qui ont forim? la marmite.

Le troisième repas, celui du soir, peut encore, à certains jours, se composer de la soupe et du bœuf; mais le plus ordinairement ce repas doit être fait avec une autre préparation, diMerminée d’après les circonstances de la saison et des ressources du pays.

Il est à désirer que le régime soit assez bien préparé, assez abondant et assez varié pour que le soldat n’ait que le moins de propension possible à aller dans les cabarets et les cantines, chercher ù y apporter des suppléments presque toujours de. mauvaise qualité et nuisibles à sa santé. Sous tous les rapports, il serait avantageux que la vie de l’ordinaire et les repas pris en commun bd devinssent assez agréables pour l’éloigner des autres lieux de réunion.

Voy. Acclimatemeint, Aiii, Ambulance, Blé, Caserne, Farine, Hôpitaux, Pain.

Bibliographie. — \La médecine d’armée, par Meyserey. Paris, 1754,3 vol. iii-12. — Description des maladies qui régnent le plus communément dans les armées , par Van Swieten. Paris, 17G1. — Médecine d’armée, par Monro; tradiqt cl augmenté par Le Bègue de Presle. Paris, 1769, 2 vol. in-8. — Médecine militaire, par Colombier. Paris, 1778, 7 vol. iii-8. — Observations sur les maladies des armées, par Pringle. Paris, 1793, in-12. — Hygiène militaire , par Révolat. Lyon, 1803, in-8. — Art. Réforme du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , par L.-J. Bégin, t. XIV, p.l39 cl suiv. — Quels sont tes moyens d’utiliser les loisirs du soldat en temps de paix, par le même. Paris, 1843 , in-8. — Éludes sur le service de santé militaire en France, par le même. Paris, 1849, in-8. — Éléments d’hygiène militaire, par Muld. Paris, 1843, in-12. Traité d'hygiéne publique et pi'ivée,]vir Michel Lévy, I. II, 2'édition. Paris, 1850. — Etudes d’ hygiène publique sur l’état sanitaire cl la mortalité des armées de terre et de mer, par M. Il.-D. Boudin {Ann. d’hyg. et de méd. lég., t. XXXV, XXXVI, XLI cl XLII) — Lois pathologiques de la mortalité, par le même, meme Jlecucil, t. XXXIX. — Mesures d prendre pour l’amélioration de l’état sanitaire de l’armée, par M. Re.sjoberl [Atin. d hyg. et de mcd. lég., I. XXXIX). — Traité de médecine légale et d’hygiène publique, par Eodéré , l. VI, p. 433. — Essai d'hygiène générale, par Motard, I. II, p. 266. — De la construction des casernes, au point de vue de l’hygiène, par le docteur -Ainand Mayenne. — Essai sur les maladies des gens de cheval, par Adrien-Jacques Renoull. Paris, 1803. — Gymnastique pratique, par M. Napoléon Laisné. Paris, 1851. — Dictionnaire général d’administration. Paris, 1849. — Comparaison on the sickness , mortality and prualing diseuses, among scamen and soldiers, by Tulloch, London , 1841. — Observations on the means of preserving the hcaltli of troops, by sclectens healihy localities , etc., by Bairour, London, 1844. — On the enlisting of soldiers, by Marshall. Edinburgh, 1839. — Comptes rendus au roi sur le recrutement de l’armée (années 1823 à 1829). — Mémoires sur la mortalité des troupes sardes, par Bonino [Ann. d'hyg. et de méd. lég., l. VI, p. 223). — Mortalité de l’infanterie française, par M. le docteur Benoislon de Chàleauneuf {Ann. d’hyg. et de méd. lég., t. X, p. 229 et suiv.). Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine, sous la direction du docteur A. 'Pardieu. — Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires. Collection importante pour l’étude de l’homme de guerre en santé et en maladie. Paris, 1815-1853, 70 vol. in 8. — Nous citerons particulièrement Instruction du conseil de santé, à l’effet de guider les troupes dans la composition de leur régime alimentaire {Recueil, 2" série, t. V, p. 343,. — Charge que portent les troupes en roule, par M. Cilgenscrantz {Recueil, !'• série, t. XLV,

HYCJIliNli NAVALE.

p. 1(36). — üésinfection, noie sur l'emploi de la suie de houille comme moyen de désinfection des baquets àurine {Ibid., I. LIV, p. .‘359). — Mémoire sur l’hygiène de l’homme de guerre dans le nord de l’Afrique, piir M. Ilulliier {liecucil, 1'^' série, I. XLIX, p. 202). — Stomatites occasionnées par l’encombrement des troupes dans les bâtiments où elles sont casernées {Recueil, l. XLV, p. 280). — Eau-de vie substituée au vinaigre {Journal militaire, If) mai 1832). — Décision ministérielle concernant quelques dispositions sur le service de propreté des casernes {Journal militaire, 1824 , 1*' semestre, 8 mai, p. 317). — Décision royale qui règle définitivement l’uniforme de l’infanterie {Journal militaire, 1845, l" semestre, p. G8-703). — Précautions hygiéniques à prendre pour conserver la santé du soldat {Ibid., 1842, 2' semestre, p. 108). — Dispositions relatives au régime des malades dans les hôpitaux militaires {Ibid., 1843, 2* semestre, p. 173 , 177, 179). — Des affections qui frappent plus particuliérement le soldat , par Gustave Lapeyre; thèses de Paris , 1850. — Considérations sur l’hygiène de la cavalerie légère en temps de paix, par Louis Lcuret; thèse de Paris, 1834. — Manuel d’hygiéne militaire, ou Recueil de notions applicables à l’entretien de la santé du soldat, publié par les soins d’un médecin de l’armée. Gand , 1834. — >4rc/t((;e» de médecine militaire. Bruxelles, 1849-1852 , 10 vol. in-8.

IlYGlÈlXfF: WAVilliE. — Ainsi que nous l’avons fait pour la profession militaire, nous ne pouvons considérer l’hygiène navale que dans ses rapports avec les conditions générales de la vie humaine en insistant seulement sur les points qui touchent à l’hygiène publique. Nous n’aurions d’ailleurs ni l’autorité ni le moyen d’ aborder dans son ensemble un sujet si vaste et si spécial. La vie de l’homme de mer a quelque chose de si particulier et de si crand à la fois, que, pour en tracer l’histoire et en apprécier exactement les influences complexes, il faudrait l’expérience et les études profondes des auteurs les plus connus qui ont écrit sur cette intéressante partie delà science, ou du savant qui dirige actuellement le service de santé de la marine. Ce n’est pas cependant que les

matériaux manquent; mais la plupart remontent a une époque déjà éloignée, surtout si l’oii considère les progrès immenses qui s’opèrent chaque jour dans les dilférents procédés scientifiques ou industriels qui par quelques côtés peuvent se rapporter à la marine. Ce serait aujourd’hui un beau et grand sujet de recherches de résumer ces découvertes récentes et de constituer sur ces bases nouvelles les lois de l’hygiène navale. 11 ne nous appartient à aucun titre de tenter une telle œuvre, et nous ne voulons donner place ici qu’à un aperçu très succinct des conditions hygiéniques de la profession du marin, et des elïéts que peuvent produire sur la salubrité générale les travaux maritimes, sans nous préoccuper de la santé individuelle des hommes de mer et des maladies parti-

culières qui les atteignent.

Cette grave question comprend trois éléments principaux

HYlilKNK NAVALE. 1 8:>

choix des Ijommes voués à hi prol'ession (h; marin ; les subsistances; la conslructiou cl rentrelien des navires.. Il ne faut j)as oublier, en elVet, que ceux-ci, après leur séjour sur des rades infectées, peuvent devenir des foyers de maladies épidémi(pjes , doïil les équipages à leur tour sont les agents de transmission. On voit , par cette seule remanpie, à (juelles considérations importantes et variées se rattache l’hygiène navale. Ajoutons que plusieurs d’entre elles ont été déjà traitées dans ce livre et que nous aurons seulement à les rappeler.

Le mode de recrutement de la marine de l’Etat ou du commerce dilfère de celui de l’armée de terre. L’honorable M. Lanjuinais a fait ressortir ces ditïérences dans l’excellent Rapport qu’il a présenté à ce sujet à la commission parlementaire d’enquête et auquel nous empruntons les details suivants. Si tous les hommes valides sont doués d une aptitude à peu près égale au service de l’armee de tei-re, il n’en est pas ainsi du service de la flotte oii les manœuvres ne peuvent être bien exécutées que par des hommes voués, dès l’enfance, à la jmofession de marin. Ces diffei ences profondes dans la nalui’e des choses devaient donner naissance a des diflérences égalés dans les lois destinées à assui-er le rc'crutement de l’armée et celui de la flotte. Nous avons piécédemment exposé le mode suivi pour la première. Quanta la seconde, le recrutement des matelots ne peut se faire que dans celte i)artie très limitée de la population qui, par l’exercice des ])rolessions mai'itimes, se trouve propre au service d’une flotte. A cet eflèt, des états nominatifs sont dressés dans chaque circonsciaption et comprennent tous les hommes âgés de dix-huit à cinquante ans , divisés suivant Tetat de célibat ou de mariage. C’est la ce que I on appelle l’inscription maritime établie par les lois des 15 mai et 31 décembre 1790, 13 mai 1791 et surtout celle du 3 brumaire an IV. Les levées d’abord faites seulement d’après I ordre d inscription et suivant un classement en quatre catéo-ories : 1» célibataires, 2° veufs sans enfants, 3° hommes mailés sans enlants, V pères de famille, ont été, par une simple circuaire du . avril 1835, rendues [lermanentes et comprennent dans la proportion annuellement fixée les hommes inscrits âgés de vingt a quarante ans ipii n’ont pas de service à l’état et à leur delaut les marins qui ont moins de quatre ans de service. Il faut ajouter le petit nombre de conscrits que le recrutement militaire donne a la marine. Les engagements volontaires fournissent aussi

1^6 llY(illiNR NAVALL.

(|iK‘l(|iics individus dont l(‘s nus, âges do pins do soi/o. ;ms, sont admis oommc! apprentis marins, oX dont los auli’os , pins jonnes, servent en qiialité do mousses. On a romanpiô depnis longtemps (|ne pinson est jenno , pins vite on sMial)ilne à la vie maritime; les jeunes entants (pie l’on omljar([no oommo monssos s’idontilient bienUH aveo le navire (p.ii les porte. Qu’ils soient m’^s sur l(*s C(')tes on an centre dos villes po]udens(is de rint('*rienr , sons l’inllnence de l’air de la mer, de l’exercice , dn r(*gime «pi’ils suivent sur les bâtiments, on voit leurs membres accjnérir de la force , leur poitrine se développer et tout leur corjis prendre mi accroissement notable. En 1850, la population maritime présentait un elTectif total de 139,310 hommes, parmi lesquels le personnel utile n’est guère que de 51,0/il olliciers, mariniers et matelots. La levée permanente a donné, depnis 1835, environ 5,000 marins par an. A ce mode de levée, suivant la juste remarque de M. Lanjuinais, il manque d’ètre réglé avec précision par la loi et d’être appuyé sur des garanties suffisantes en ce qui touche les exemptions pour cause d’intirmités et les dispenses accordées aux soutiens de famille. Si la loi ne parlait pas , la règle serait l’arbitraire. La question est d’ailleurs résolue depuis longtemps pour l’armée de terre, et d’analogie est évidente. Un conseil administratif et médical , établi dans chacun des cinq ports militaires , chefs-lieux des arrondissements maritimes, est appelé à statuer sur les exemptions pour cause d’inlirmité.

Dans l’état actuel des choses, une instruction, en date du 21 mai 1826, sur les cas de réforme dans la marine militaire, indique aux médecins chargés de visiter clunpie marin de levée les vices de constitution qui rendent l’homme impropre au service de la Hotte. Du reste, quand le vice de constitution est apparent, les commissaires de l’inscription maritime prononcent eux-mêmes, quand il est visible senlement pour les hommes de l art, ils consultent un médecin, ou mieux encore, ainsi (pie cela se prati([ue dans quelques quartiers, les commissaires envoient 1 homme au chef-lieu de l’arrondissement où il est visite par le conseil de

santé. .

Il est d’un haut intérêt de connaître la mortalité des marins,

et nous devons consigner ici les jirincipaux résultats des recheiches statistiques empruntées surtout aux documents anglais et recueillis par M. le docteur Boudin. Bien n’est plus propre a laire apprécier les conditions Hygiéniques de la profession maritime.

Les rapports olliciels publiés jiar le gouvernement de la (rraiifle- Rretagne établissent que de 1830 à 1836, inclusivement, le ehiffVe de la mortalité de la marine anglaise n’a pas dépassé la proportion de 13,8 sur 1000 hommes d’eUéclif; etcela pour l’ensemble des possessions britanniques y compris les stations les plus malsaines, telles que celles de l’Inde et de la côte occidentale d’Afrique. Cet état de choses peut être regardé comme le résultat de l’amélioralion progressive de l’hygiène navale. En elïét, sir Gilbert Blane a dressé le tableau comparatif de la mortalité à dilférentes époques, et l’on peut voir celle-ci décroître à mesure que la condition matérielle des gens de mer devient plus satisfaisante.

Aunëes.

Efleclif.

Malades.

Morls.

Rapport à reffectif.

1 sur 42

Si Ton

compare les

pertes de l’armée de terre avec celles de la

marine, défalquant les maladies et les décès causés par blessures ou accident, on trouve sur 1000 hommes serv'ant en Angleterre i

Dans la marine

Dans l’armée de terre 785,9

Dans la Méditerranée, pour la marine. . . 108,3 — pourl’arméede terre. 981

maladies et 8,8 morts.

La différence, on le voit, est en faveur de la marine, mais il ne faut pas oublier que la vie du marin et les conditions comme la durée de son service diffèrent profondément de celles du soldat ; ajoutons que pour la marine comme pour l’armée de terre, en temps de guerre, les pertes par maladies excèdent considérablement celles (fui ont lieu par blessures et mises hors de combat.

Telle est la constitution du personnel de la marine de l’État. Quant aux conditions de son existence, nous ne pouvons, ainsi que cela a etc dit, entrer dans les détails qui sont du domaine de l’hygy ne privée Mais nous allons essayer d’indiquer, en ce qui touche bygiene publique, les principes (fui dirigent l’administration dans la composition du matériel naval.

Le service des subsistances de la marine a subi des transformatiorjs necessaires et a paru à la commission d>n(iuôte, doni M. le baron Lacrosse s’est rendu l’interprète sur ce point, donner actuellement des résultats satisfaisants. L’alimentation des

hY(;iI;nk >\vai,f.

marins est saine oL siiHisanU*. Le rnaU'lol à la nier fait trois repas |)ar jour. Le matin il déjenne avec du café, dn liiscnit (‘t 0 ccnlililres d’ean-de-vie ; à midi, il reçoit nriiî ration de viande salée, des légumes, dn pain frais et 23 centilitres de vin; le soir, il a une soupe faite avec une assez grande (piantité de légumes, du biscuit et une ration de riz. Les vivres frais sont donnés sur les rades et toutes les fois que les circonstances le permettent. Il est accordé aux mécaniciens et aux cliaulléurs des bâtiments à vapeur.

les jours où la maebine fonctionne , une seconde ration de biscuit ou de pain frais et devin de campagne ou de vin journalier. La seule chose que l’on puisse reprocher à cette nourriture , c’est son uniformité en toutes saisons, sous tous les climats. Mais il est fort délicat d’apporter des modifications dans cette partie du service où les données hygiéniques ne peuvent être isolées d’une foule de considérations d’un autre ordre.

La marine fait son biscuit, son pain et, en grande partie, ses salaisons ; elle fait aussi quelques conserves, et achète tout le reste au commerce.

Le biscuit a toujours été fait par la marine beaucoup mieux que par qui que ce soit, et l’administration de la guerre lui en fait des demandes considérables. Il n’est pas indilférent de fabriquer du biscuit en toute saison; le biscuit qu’on fabrique de juin à septembre a toute chance de ne pas se conserver.

Les salaisons de lard fabriquées à Cherbourg et a Nantes, celles de bœuf, à Bordeaux, à Rochefort, sont d’une qualité supérieure. Après quatre et cinq ans, la viande est trouvée dans un état de parfaite conservation. On fabrique en moyenne a Cherbourg 300,000 kilogrammes de porc par année. C’est à Bordeaux, ainsi qu’à Toulon, que se trouvent les plus grands approvisionnements de vin , de vinaigre et d’eau-de-vie.

On a essayé récemment a Brest un nouveau mode de fabrication du pain particulièrement destiné aux malades. Dans ces essais suivis par la commission d’en([uête, 100 kilog. de blé sont moulus; on extrait 55 parties de farine; les /|5 autres parties sont divisées en deux paids. On extrait 10 portions de très bonne matière et 12 portions de son ; les 23 autres parts sont soumises à une seconde mouture ipii rend 22 parts que l’on blute, et dont on prend les 12 meilleures. On obtient ainsi 67 de farine; le reste est employé avec les farines de retour à la contection du ])ain destiné aux bagnes. On tire les farines d’armement de (|uel(pies

UY(ilÈNE NAVAI.K. 180

minotorios renommées. Les «[iialilés sont bonnes; eependaiiL on doute encore (jn’il soit possible de tirer des déductions certaines des instruments d’optique apj)liqués par M. Donny à la mesure des quantités de gluten et d’amidon contenues dans une quantité donnée, ainsi (|u’au blutage des larines. A Toulon, à Ilocbefort, à Lorient, à Cherbourg, la marine passe des marchés pour des froments (ju’elle est obligée de livrer aux meuniers du dehors, sans qu’il soit possible desavoir si la farine rendue provient bien réellement du blé qui leur a été remis. Certaines sophistications, tolérées autrefois , sont tentées encore et sont inévitables jusffu’à un certain point dans ce genre de mouture. Le port de Brest possède seul un établissement convenable; à l’instar des Anglais, il serait prélérable d’affecter des moteurs à vapeur à la préparation intérieure des farines.

Les vins employés dans la marine forment deux grandes catégories : ceux de Bordeaux et ceux de Provence. Les premiers sont surtout distribués comme vin de campagne et les seconds comme vin journalier. Bordeaux et Toulon sont les deux j)oints où chaque année sont concentrés et mélangés les vins des dilférents crus ; ils sont de la expédiés dans les ports où ils sont classés par antériorité. Les vins qui ont fait campagne acquièrent en général de bonnes qualités : ils sont mis en réserve pour les hôpitaux et sont très recherchés des états-majors.

Quant à l’eau douce, on comprend quelle question vitale constitue cette partie de l’approvisionnement naval. Grâce à l’emploi des caisses de fer et aux appareils distillatoires dont sont actuellement munis la plupart des bâtiments, le marin n’a plus à redouter les affreuses conséquences du manque d’eau dans les longues traversées. Les caisses de fer ne présentent pour tout inconvénient

^ . f , l eau causée par fa rouille, lorsqu’elles sont

restées longtemps sans être nettoyées. Autrement, quand l’eau provient de bonnes sources, elle peut se conserver pendant toute a duree d’une longue campagne. Quant aux appareils de distillalon , on ne saurait trop favoriser leur adoption générale; quand 1 s sont bien entretenus, ils ne présentent aucun danger. On est revenu maintenant de l’idée qu’on avait eue de leur attribuer la P us f,ran e fiequence des coliijues survenues sur certains points, -a petite quantité de sel marin qui se trouve presque inévitablement dans cette caisse achève de rendre l’eau potable, et elle est ''Oinenl bien prélérable aux eaux de sources qui dans cerlains

lIVCilENE NAVALE.

pays et dans cerlaiiies saisons, ont évidennnenl des ellels pernicieux. Il serait sans doute avantageux d(î recouvrir à l’intérieur d’une légère couche d’argent ]>ar le j)rocédé Unolz, le tuvau qu conduit l’eau distillée dans la caisse.

A bord des navires de l’Etat en station dans les colonies , ou naviguant entre les deux tropiques , les écjuipages reçoivent, indépendamnient de leur ration ordinaire, les articles suivants, qui sont inélés à l’eau :

Eau-de-vie, lalia ou rhum. . 25 millilitres

Sucre cassonade 10 grammes

Vinaigre 2 centilitres

C’est ce qu’on nomme acidulaye.

par homme et par jour.

Les 2 centilitres de vinaigre sont remplacés par un demi-citron ou par la moitié d’une orange amère, lorsque les bâtiments peuvent s’en procurer.il serait vivement à désirer que l’eau distribuée en supplément aux chauffeurs devant les fours fût également additionnée d’un peu d’eau-de-vie. La grande quantité d’eau pure et souvent tiède qu’ils sont obligés d’absorber pour suffire à leur énorme transpiration, ne tarde pas à porter des troubles assez graves dans les fonctions digestives.

Quant aux conserves culinaires animales et végétales, sur la préparation desquelles il est inutile de revenir, nous ne ferons que signaler les légumes desséchés et réduits à un très petit volume, d’après les procédés de M. Masson, lès mélanges d’équipage, qui sont composés de choux, de carottes, de pommes de terre, de pois et de riz. La ration de 120 grammes ne coûte que 5 centimes. Une boîte pour 500 hommes ne cube pas plus de 15 centimètres sur 30, ce ([ui diminue de quatre ciiapiièmes l’emplacement qui était jadis nécessaire pour les approvisionnements. L’expérience n’a pas encore entièrement prononcé sur la valeur de ces conserves, au premier abord si séduisantes. Cette question est actuellement à l’étude.

En résumé , l’alimentation des marins à bord des batiments de l’État est aujourd’hui assurée et réglée d’une manière satisfaisante au départ; mais trop de circonstances encore, dans les Ion- ^ gués traversées, viennent faire désirer ardemment les relâches sous ce rapport. Le régime des malades offre autant de difficultés (|u’o[i s’attache chaque jour à vaincre.

Beaucoup de navires de commerce sont loin d’ollrir, pour la qualité des denrées , les mêmes garanties. Il faut le dire , les ar-

HYGIENE NAVAI.E.

inateiirs édairés et comprenant réellement leurs intérêts apportent tous leurs soins à cette partie importante de rarmenient.

IVous ne possédons encore (jue fort peu de renseignements sur rintlueuce de la navigation à vapeur sur l’équipage, d’une manière générale, car le personnel spécialement attaché à la machine se trouve dans les conditions des ouvriers des professions à température élevée. Nous pensons que, en outre des causes plus fréquentes des brusques changements de température, la variation de l’atmosphère, du moins par les émanations des cales, doit surtout jouer un rôle important dans la constitution médicale des navires. Les eaux des cales, mêlées à une grande ([uantité de matières grasses qui découlent des mouvements de la machine, dégagent une notable proportion d’hydrogène sulfuré qui, suivant nous, détermine assez rapidement une altération du sang caractérisée par l’amaigrissement, la teinte jaune terreuse de la peau. La température, ordinairement plus élevée de l’intérieur de ces navires, surtout j)endant la nuit, favorise également l’anémie. Disons également que la somme de travail y est en général plus forte que sur les navires à voiles. Plus loin nous examinerons les

moyens propres à combattre la variation de l’atmosphère.

Nous n’avons pas à nous occuper des établissements maritimes qui existent dans les ports, lazarets, hôpitaux, écoles, arsenaux, casernes, ateliers, magasins de toutes sortes, qui n’oiïrent pas à vrai dire des conditions hygiéniques particulières ou qui doivent êtie l’objet d’une étude spéciale. Mais nous voulons dire quelques mots des construclions navales proprement dites et de la salubrité des bâtiments.

Le choix et la conservation des bois employés jiour la construction des navires ont, au ])ointde vue de la salubrité, une incontestable impoi tance. IMiisieurs foison a attribue, avec apparence de fondement, à la qualité du bois le mauvais état sanitaire que certains bâtiments ont présenté pendant que d’autres, dans les mêmes conditions, conservaient leurs équipages en bonne santé. Le savant Rapport de M. Maissiat au sein de la commission parlementaire , l’a fait ressortir et l’a éclairé d’un jour tout nouveau. Nous ne parlerons pas du choix des essences les jilus convenables rpii a été indi(|ué avec tant d’autorité par l’honorable représentant. Nous nous bornerons à ipielques remarques sur la conservation des bois destinés à la marine. Ceux-ci en effet sont exposés à plusieurs causes de destruction, la déconi-

iy'2 IJYGliiMi navai.k.

position s|)onlan('‘(“, la poiin'ilnrc (1 les aniinanx nuisibles, tels (|iie le ver marin on lai'et de Uoclieibrt , la limnoric'i perfoi’anln observée en AngleleiTe , le lime-bois on limexylon à Toulon , le termite dans les ports de l’Océan, (|ui minent sourdement et détruisent les pins belles pièces de bois, soit conservées en jiiles, à l'air et sous des hangars, soit conservées sous l’eau, suivant une très ancienne coutume suivie en Angleterre, en ïlollande et en France. On voitcpiel intérêt s’attache aux procédés et aux essais tentés pour prévenir et combattre ces causes multiples de destruction. Nous ne pouvons que rappeler les principaux. L’immersion dans la vase, qui étouffe les tarets; dans un mélange d’eau douce et d’eau salée, qui tue les mollusques et les crustacés destructeurs, ne constitue qu’un moyen insufiisant et incomplet. On connaît les belles expériences de 31. le docteur Boucherie qui, par une heureuse imitation des fonctions naturelles de l’arbre vivant, fait pénétrer dans le tronc abattu une substance conservatrice, et de préférence une solution de sulfate de cuivre aux 15 millièmes au moins. Malheureusement ce procédé n’est guère applicable aux bois de marine qui résistent en partie à l’injection, celle-ci ne pénétrant pas au cœur. M. 3Iaissiat a eu l’ingénieuse pensée de conseiller l’emploi de la chaux mêlée à l’eau des fosses où sont immergés les bois, ou bien étendus à leur surface. x3Iais dans l’état actuel de nos connaissances, tout ce qu’il est permis de dire, c’est que les soins conservateurs du bois doivent s’étendre depuis l’achat du bois brut jusqu’à la démolition du navire. Des expériences nouvelles sont encore nécessaires pour apprécier la valeur pratique et l’application aux besoins de la marine de 1 Etal, des essais de conservation par le moyen de la chaux, du procédé de 31. Boucherie, et de la perforation centrale avec introduction de matière conservatrice. Ajoutons que, sans qu’il soit possible d’en pressentir la raison, l’inégalité de conservation des bois amène une différence marquée entre les époques auxquelles survient pour chaque bâtiment le besoin de radoub.

Les dispositions intérieures des navires, que nous n avons pas à décrire ici, ont, relativement à leur salubrité, une extrême importance et renferment en elles-mêmes des causes presque inévitables d’insalubrité. En effet, on peut dire sans crainte d êtie démenti, que, malgré les progrès de l’hygiène navale, les batiments constituent des foyers d’air confiné rendus plus insalubres enewe par les exhalaisons du chargement et de la cale où sejonine

ime oau slaoiianU; eL forrompuc, el par rtMicombreiiieiiL des entrepüuls où se pressent dans nn étroit espace les hommes de ré(piipape. A cela il faut joindre rélévalion de la température et rimmidité des j)arties inférieures du bâtiment.

Ces causes d’insalubrité réclament, on le comprend, d’énergiques remèdes à la tète desquels se placent une ventilation bien réglée et une propreté rigoureuse. Les moyens très divers d’atteindre ce double but ne sauraient trouver place dans cet aperçu. Les fourneaux d’appel ont été, anciennement déjà, et utilement appbùpiés à l’aération des parties basses des navires ; mais ils ne peuvent pas être d’un usage fréquent, on craint et avec juste raison , à bord , si je puis m’exprimer ainsi , plus le feu que l’eau. Le renouvellement de l’eau dans la cale à l’aide de robinets ouverts sur les lianes du vaisseau pour donner à volonté accès à l’eau de la mer et le nettoyage à sec des parties intérieures des batiments, doivent être prescrits de manière à y maintenir une constante propreté. Mais les robinets de prise d’eau, difficiles à reparer et qui peuvent avoir de graves inconvénients, ne peuvent guère être mis en usage d’une manière suivie que sur les bateaux a vapeur, et encore ne donnent-ils pas sur ces derniers tout le résultat qu on serait porté a croire. Les matières grasses surnagent toujours et se déposent sur les parois de la cale à l’état de bouillie infecte et noire. Il faudrait pouvoir les saponifie?'. L’usage de la cbaux doit être surtout recommandé et appliqué fréquemment à l’intérieur des navires.

^ On ne peut méconnaître l’importance de ces soins minutieux C’est ce qu’a parfaitement compris M. Poiseuille dont nous croyons devoir citer ici les vues théoriques touchant la ventilation des navires envisagée surtout au point de vue de la destruction des loyers pestilentiels.

«Les navires niarclmnds, comme on sait, oll’rent ordinairement le pont, des cliambresd l'arriére, d’autres i. l’avant, et la cale ; faire cii'culer l’air dans ces divers points, lorsque le liâtiment est hors de I mlluence épidémique, est le luit que nous voulons atteindre IVous serons force d’apporter quelques modilicaüons dans l’arriinage ordinairement suivi de la cale ; mais si le commerce a ses exigences, la conservation de la santé de rhonime, la sécurité des populations ont aussi les leurs, et elles ne sont pas moins

Nous proposons d’abord de diviseï’ la cale, ipie nous su|)pose-

19/i HYGIÈNE NWALE.

TOUS, pour lixer los idées, (MilièiNMiienl lihi’e, en coiiiparlimenls à raide d(^ pièces de bois de lorte épaisseui’ ; ces pièc(!S de Ijois mobiles, en glissanl dans des conlisses placées an Tond dn naviia* cl à la lace iiderieure dn ponl, ou bien aux laces supérieures et inlerieures de cbarpcnlcs transversales, pourraient (Hr(^ espacées de manière à se prêter aux volumes divers (ju’oIVriraicyit b^s dillérentes parties de la cargaison ; ces ])ièces de bois ou meiidjrures auraient, en outre, pour objet de maintenir, j)ar leur résistance et leur solidité, les rapports des dillérentes piles de la cale; ces piles, espacées de 15 à 20 centimètres, olîriraient environ 1 mètre de largeur sur une longueur parallèle a l’axe longitudinal du navire, de 1*«,50 à 2 mètres ; la hauteur de ces piles, (pu pourraient présenter au besoin des espaces horizontaux de quelques centimètres, serait celle de la cale ; a l’exception toutefois d un espace de 2 décimètres, qu’on conserverait à leur partie inférieure, et qui les élèverait d’autant au-dessus du plancher de la sentine, et cela pour le libre passage de l’air.

» Nous nous bornons ici à cette idée générale de la disposition des marchandises de la cale; on pourra la modifier plus ou moins, suivant la nature du chargement, mais son observation rigoureuse nous permettra, comme on va le voir, de résoudre aussi complètement que possible la question que nous nous sommes proposée.

' » La cargaison étant ainsi disposée, des couches d’air longitudinales et transversales existent dans toute la capacité de la cale. Il ne s’agit plus maintenant que d’y faire circuler l’air extérieur, et dans des temps déterminés, c’est-à-dire lorsque le bâtiment est loin du lieu de l’épidémie.

» A l’avant du navire, sur le pont, est établi, sur la ligne médiane et à une distance de la proue de 1“,5 environ, un tuyau de 20 centimètres de diamètre environ, qui, coudé en deux emlroits, offre trois parties, la première verticale, la deuxième inclinée de bas en haut, et la troisième verticale ; la moyenne, par suite de sa disposition, passe à travers le foyer d’un fourneau placé sur le pont; ce tuyau, appelé luhe d’aspiration^ immédiatement après avoir pénétré à travers le pont, se bifurque en donnant naissance à deux branches de môme diamètre, dirigées respectivement a bâbord et à tribord, lesquelles, en se recourbant, cbeminent dans les chambres de l’avant et la cale, en ollrant en outre une double courbure pour s’accommoder à celles des lianes du navire' cl de

hygiène navale.

la pmiie ; les extrémilés iiilerieiires de ces deux branches ouvertes s’amHenl à une distance du plancher de la scntiue, de 30 à AO centimètres environ, et portent chacune une clef ou soupape; ces mêmes hranches ofirent aussi à leur partie supérieure, près de la bifurcation, deux autres soupapes qui permettent, comme les inférieures, de fermer au besoin chacun des tuyaux. Ces tuyaux, qui vont du pont vers le fond de la cale, présentent en outre des ouvertures rectangulaires occupant la moitié de leur contour et regardant l’arrière du bâtiment; ces ouvertures, espacées de 1™,5 environ, sont fermées par de petites portes qui sont les soupapes antérieures de l’appareil.

» A l’arrière du bâtiment est placé un tuyau bifurqué appelé tube d'inspiration, de môme forme et de môme construction que celui de 1 avant; il présente deux soupapes inférieures , deux autres supérieures, et des soupapes postérieures qui regardent la proue. Son extrémité supérieure difiëre de celle du tube d’aspiration de lavant; elle se rend dans la partie supérieure d’une caisse placée sur le pont, et qui contient des substances propres à fumiger au besoin l’intérieur du navire, par exemple du chlorure de chaux.

» Cette description succincte des diverses parties de l’appareil peut néanmoins faire concevoir de quelle manière il doit fonctionner, lorsque le fourneau du tuyau d’aspiration sera allumé après toutefois avoir fermé hermétiquement toutes les écoutilles du pont; seulement, dans ce court extrait de notre Mémoire il nous sullira d’indiquer que le jeu alternatif des soupapes respectives des tubes d aspiration et à'inspiration permet d’établir dans la cale des courants d’air, les uns parallèles aux flancs du navire et diagonalement de bâbord à tribord et de tribord à bâbord dans divers plans horizontaux ; les autres de môme variété, mais allant dans des plans de plus en plus obliques de l’arrière â l’avant soit de bas eu haut, soit réciproquement de haut en bas; ces derniers courants ne sauraient être négligés, puisque la cavité où nous voulons faire circuler l’air présente, ]>ar suite de l’irrégularité des masses qui l’encombrent, des anfractuosités d’où l’air ne peut être chassé qu’à la faveur de la direction multiple des counmts Le môme appareil donne aussi le moyen de venliler les ehambres, soit de l’avant, soit de l’arrière.

» Dans certaines circonstances des localités, où un aussi o-mud nombre de courants ne serait pas indispensable, par exemple s’il

HYGIENE NAVAEE.

s’agissait, de ventiler trois cliamhres placéi^s. 1(ïs mies au-dessus des autres, reiujiloi du tube d’aspii'atioii avee ses deux brauelies sullirait, en ayant soin de |)rati(|uer deux ouvertures, Tune à bâbord , l’autre à tribord , à rarrièrc du jilalond de la cbarnbre iiderieure où se rendent les extrémités ouvertes des deux branches du tube aspirateur situé à l’avant; deux autres ouvertures à l’avant et opposées aux premières , au plafond de la chambre placée au-dessus ; et enfin deux nouvelles ouvertures à l’arrière du plafond de la chambre la plus élevée , ouvertures que nous supposerons la faire communiquer avec l’atmosphère. On concevra aisément , sans môme le secoui’s d’une ligure , que le courant ascendant de l’air dans les deux branches du tube aspirateur déterminera, dans chacune des chambres, des courants de haut en bas, qui iront, pour la chambre supérieure, de l’arrière à l’avant, dans la moyenne, de l’avant à l’arrière, et, dans la chambre inférieure, de l’arrière à l’avant, ])Our se rendre dans le tube d’aspiration.

» Notre mode de ventilation concourrait non seulement à changer l’air des différentes parties du navire, mais à favoriser l’évaporation de l’humidité, qui est une cause incessante d’insalubrité à bord.

» Nous ne nous sommes occupé que des bâtiments marchands, mais il est facile de voir que cet appareil peut s’appliquer à toute autre espèce de navire, en lui faisant subir quelques modifications en rapport avec les dispositions diverses de l’emménagement, et en adoptant d’ailleurs quelques changements propres à favoriser le passage de l’air dans les divers compartiments du vaisseau ; ainsi il serait indispensable que les cloisons qui divisent la cale des bâtiments de guerre en différentes soutes fussent, autant (jue possible, â claire-voie, de manière à permettre à la plus grande quantité d’air de circuler d’une extrémité â l’autre delà cale.

» Quant aux bâtiments â vapeur dans lesquels l’avant est séparé de l’arrière par l’emplacement qu’occupe la machine, il suffira d’établir convenablement des tuyaux horizontaux le long des flancs du navire, pour mettre en communication les tuyaux d aspiration et d’inspiration.

» Il est facile de voir que cet appareil pourra fonctionner sans môme exiger tous les loisirs d’un seul homme.

» Le bâtiment ayant quitté le port (rime ville où l’on redoute la

HYGIKNB NAVALE.

pesU‘, si elle n’y sèviLdêjii, et se trouvant en dehors du rayon présumé du foyer épidéini(jue, on fera marcher le ventilateur au moins dix à douze heures par jour, pendant tout le temps de la traversée, en passant successivement des courants horizontaux aux courants obliques, et réciproquement.

» Si une attaque de peste a lieu à bord, il sera opportun de continuer la ventilation jour et nuit jusqu’à l’arrivée du navire, |)our empêcher qu’il ne flevienne foyer de peste, ainsi qu’on l’a vu nombre de fois.

» Est-il nécessaire d’ajouter que le bâtiment étant à l’ancre dans un des ports des mers du Levant, le ventilateur ne doit pas marcher. Alors il serait bien de boucher les ouvertures supérieures des deux tubes d’aspiration et d’inspiration.

» Il ne convient pas, sans doute, de discuter dès à présent les avantages et les inconvénients que peut présenter ce nouvel appareil de ventilation : qu’il nous soit permis cependant de faire remarquer, lo que les ventilateurs dus à Désaguliers, à Haies, à Ardent, à Wanlerse, etc., avaient pour objet de projeter l’air at- ‘ mosphérique dans la cale et les entreponts, et par conséquent de remédier à l’effet inconstant qui résultait de l’emploi des manches à vent; 2o que Duhamel, le docteur Sutton, utilisant le feu des cuisines du navire, que Forfait, Wettig, à l’aide d’un fourneau P ace sur le pont, avaient établi un tuyau d’évacuation qui, par son extrémité libre, allait renouveler l’air successivement dans les divers points du bâtiment.

» Dans tous ces procédés, sans nous arrêter ici aux manœuvres plus ou moins laborieuses qu’ils exigent, l’air n’est renouvelé que dans le point occupé par l’extrémité libre du tuyau. L’usao-e du second tuyau que nous proposons, et qui répond à l’appel de l’air du premier, la place qu’occupent nos deux tuyaux dans le navire le jeu de leurs soupapes, permettent d’établir des courants d’air non seulement constants, mais d’une multiplicité de directions pi il était impossible d’obtenir des divers modes de ventilation que nous venons de rappeler.

» Ajoutons encore que notre appareil facilite en même temps iiiti oduction, dans l’intérieur du bâtiment, des substances propres aux lumigations. » ^ ‘

Nous n’exposei-ons pas les nombreuses objections que l’on nournu ane application de l’appareil de M. Poiseuille, fondé sur los vues pius théoriques i|ue pratiipies. Nous dirons seulement

nYGIÈNE NAVALE.

(|iio nous lie croyons pas (pic le commerce se d(3ci(Je jamais à admettre le mode d’arrimage proposé par ce savant.

II est une particularité que nous ne devons pas omettre, et qui mériterait des recherclies spéciales. Nous voulons parler de la salubrité relative des divers genres de navires. Nous citons à ce sujet , sans nous dissimuler leur insuffisance dans une question si complexe, des cbiflres qui ont trait à une période de trois ans, de 183Zi à 1837, et portant sur un effectif général de 28,908 marins en station dans les divisions de la Méditerranée et de la péninsule espagnole.

Nombre Proportions Nombre Proportions

des sur 1 , OCX) hommes des sur l.CKKl hommes

malades. d’effectif. morts. d’effectif.

Vaisseaux de haut bord . 16,987 1032 125 7,6

Frégates 5,97Zi 8927 60 9

Corvettes 5,595 1157,7 39 8,1

Navires à vapeur 1,125 1122,8 5 b,k

Malgré ces données statistiques, nous ne craignons pas d’avancer qu’en général le navire à vapeur est celui qui fournit le plus de malades. Il serait intéressant de savoir quel est exactement le rapport qui existe entre ce fait et l’espace accordé à chaque homme à bord de chaque genre de navires.

Les développements dans lesquels nous venons d’entrer, bien que se rapportant surtout à la marine de l’État, peuvent néanmoins, en grande partie, s’appliquer aux navires du commerce. Cependant il est pour ceux du premier ordre une garantie que n’ont pas toujours les seconds, c’est la présence de chirurgiens à bord des beâtiments et la surveillance constante de la santé des équipages, aussi bien que de la salubrité des bâtiments. A cet égard, suivant une loi trop souvent éludée jusqu’ici, mais qui vient d’être utilement réformée, il existe dans les armements du commerce deux catégories distinctes ; les bâtiments que l’ordonnance astreint à embarquer un chirurgien, et ceux qui, en raison du petit nombre d’hommes d’équipage, sont dispensés d’avoir un cliirurgien à bord.

Un (lécret impérial tout récent, que nous croyons utile de citer, ainsi que le rapport qui le précède, vient d’établir à cet égard des règles précises ;

IlYCIENE NAVALE.

DÉCIIKT lŒLATlE A l’kMHAUQL'EMENT DES CHIIUJIUÜIKNS A HOHl) DES NAVIllES DU CO.M.MEHCE (DU 2 .lUILLET 1853).

Sire , la haute sollicitude de Votre Alajeslé pour les int(5rôts de la marine sç porte tour à tour sur rensemble et sur les moindres détails de cet important service.

Je n’hésite donc pas à entretenir aujourd’hui Votre Majesté d’une question qui touche à des besoins maritimes et commerciaux pour lesquels le pays réclame depuis longtemps une satisfaction légitime.

11 s’agit de la question de l’embarquement des chirurgiens à bord des navires du commerce.

Le principe de l’embarquement d’un ou de deux chirurgiens à bord de tout navire du commerce expédié pour un voyage de long cours, suivant la nature des voyages et le nombre d’hommes d’équipage, a été posé par l’ordonnance de 1681 (art. 1", titre VI, livre il); le réglement du 5 juin 1717, la déclaration du 15 novembre 1767, l’ordonnance du 17 juillet 178Zt, en dernier lieu, celle du U août 1819 , ont successivement interprété ou modifié les dispositions sur la matière. L’ordonnance du k août 1819, en vigueur aujourd’hui, impose, patson article 1", l’obligation d’embarquer un chirurgien sur « tout navire expédié, J) soit pour des voyages de long cours , soit pour la pèche de la baleine et autres )j poissons à lard, lorsque l’équipage dudit navire sera de vingt hommes et au- » dessus , non compris les mousses. »

Un chirurgien doit également , aux termes de l’article 2 , être embarqué sur tout navire expédié à la pèche de la morue , quand l’équipage est de quarante hommes , non compris les mousses.

Enfin , l’article 3 assujettit à l’obligation d’embarquer deux chirurgiens sur tout batiment expédié au long cours, dont l’équipage est de quatre-vingt-dix hommes , non compris les mousses.

Pepuis 182Û, les différents organes des intérêts maritimes, les diverses chambres de commerce du littoral, et les armateurs de nos principaux ports, ont réclamé, avec de vives instances, la modification des dispositions de l’ordonnance du U août 1819 ci-dessus reproduites ; ils représentaient que l’obligation de rembarquement d’un chirurgien constitue pour l’armement une charge onéreuse, et le plus .souvent inutile; ils ajoutaient que cette condition est nuisible au développement de l’inscription maritime, en çe sens que les armateurs préfèrent expédier leurs navires avec des équipages notoirement insulfisants, plutôt que de s’astreindre à l’embarquement d’un chirurgien. Enfin , le commerce français .se plaignait d’avoir, dans de send)lables conditions, à lutter à armes trop inégales contre le commerce étranger qui pouvait lui imposer aisément des navires d’un puissant tonnage , exempts de la plupart des charges imposées à nos bâtiment.s.

Ces réclamations , par leur origine , par leur persistance, par les motifs sur lesquels elles étaient fondées, avaient droit à un examen approfondi de la jwrt du gouvernement ; aussi à deux reprises diverses, elles ont été inises à l’étude dans nos principaux ports, et tout récemment encore il a été^ouvert, par mes soins, une espèce d’enquête dans laquelle les^dilférents intérêts engagés oui eu toute latitude pour faire entendre leur voix. J’ai été amené ains^i à reconnaître que les obligations imposées à nos armements cominerciaux parles articles pré-

IIYGIKNK NAVALE,

cités de rordomiancc de 1819 créent évidoniinent une contrainte fàciieiise à nos opérations maritimes.

La condition indispensable, en eiïet, pour l’embanpicment d’un chirurgien est que rarmement puisse en supporter la dépense ; autrement, rarmemenl n’aura pas lieu, ou bien il avisera à se passer de chirurgien : c’est ce qui arrive à peu près dans la pratique des faits ; car, d’un côté, jdiis d’un armateur semble s’être tracé comme une limite qu’il craint de franchir , à cause de l’obligation onéreuse qui l’attend au delà , en sorte qu’il n’ose pas élever la force de sfjn navire et de son équipage, au grand détriment de l’essor commercial du pays; et , de l’autre côté , les armateurs qui ne résistent pas au besoin d’augmenter la force de leurs navires , éludent , autant qu’ils le peuvent , l’obligation imposée par l’ordonnance de 1819, en embarquant, par exemple, des passagers fictifs qui, quoique non inscrits sur le rôle comme marins , prennent part cependant à la manœuvre; ou bien encore, ils laissent leurs équipages affaiblis, et exposent ainsi la navigation et la vie des hommes à bien plus de périls que ne le ferait l’absence d’un chirurgien au milieu d’un équipage plus nombreux.

Le gouvernement lui-même a, d’ailleurs, implicitement reconnu que l’armement doit pouvoir payer le chirurgien, car, lorsque l’ordonnance de 1819 a élevé de quinze à vingt le chiffre de l’équipage qui rend obligatoire la présence à bord d’un chirurgien, il avait été reconnu que les armements ordinaires pour le long cours , dont l’importance comporterait un moindre nombre d’hommes d’équipage, ne pourraient pas produire assez de bénéfice pour couvrir la dépense du chirurgien. Or, aujourd’hui tout établit que la limite actuelle de vingt hommes est devenue insuffisante. Il y a donc nécessairement une nouvelle modification à apporter à cet état de choses.

L’art. 1" du décret que j’ai l’honneur de soumettre à l’empereur porte à trente (mousses non compris) la limite du nombre d’hommes d’équipage qui rend obligatoire, à bord des bâtiments expédiés pour des voyages de long cours, rembarquement d’un chirurgien. Tous les témoignages, tous les renseignements que j’ai consultés et scrutés par moi-même me donnent la conviction que cette modification est suffisante pour offrir une légitime satisfaction aux intérêts de diverses natures engagés dans cette question délicate.

Toutefois, en ce qui concerne la pêche de la baleine et du cachalot, il me paraît indispensable, en raison de la durée et de la nature des voyages, de prescrire rembarquement d’un chirurgien à bord de tout navire expédié pour cette navigation, quel que soit le chiffre de son équipage. L’art. 2 statue en ce sens.

L’art. 3 dispose que , dans aucun cas et quel 'que soit le nombre d’hommes composant l’équipage , les bâtiments armés pour le long cours ne seront tenus d’avoir deux chirurgiens ; le chiffre de quatre-vingt-dix hommes d’équipage posé par l’ordonnance du L\ août 1819, comme rendant obligatoire l’embarquement d’un second chirurgien , n’est jamais atteint, sauf à bord de certains bâtiments armés pour la pêche de la morue aux côtes de Terre-Neuve ; or, pour ces bâtiments , rembarquement des chirurgiens est aujourd’hui réglé par l’art. 28 du décret , ayant force de loi, du 2 mars 1852, sur la pêche de la morue à Terre- Neuve, lequel n’impose, dans aucun cas, deux chirurgiens au môme navire; la disposition de l’ordonnance du h août 1819, à cet égard , est donc aujourd’hui sans objet, et il convient dès lors de la rapporter.

L’art, (x et dernier du projet de décret ci-dessous maintient toutes les dispo-

' nYGlKMi NAVALK.

sitions actucllenicnl en vigueur uou coulraires à cel acte, ei uotammeul celles de roi’donnauce du k aoill 1819 qui se irouvent dans ce cas.

J’ai la confiance que le décret dont je viens d’avoir l’honneur d’exposer les motifs à Votre Majesté apporte d’utiles et bienfaisantes modifications l’état de choses antérieur, et qu’il sera accueilli dans tous nos ports avec un sentiment de profonde reconnaissance.

Le ministre secrétaire d’État de la marine et des colonies ,

Théodore Ducos.

Page 1