‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubritéChapitre 48 sur 58 · MA HAIS · texte numérisé non relu

MA HAIS

devenir des foyers d’éiiiftiuilions iniiisniîili([iies ou s dltcreiit et se eonsuiuent hi sauté et la constitution des individus et des populations entières (pii y sont exposees. Mais on le coni[)iend. nous devons nous borner à indirpier ipieUpies unes de ces conditions secondaires ou accidentelles pour arriver et nous arrêter a la source principale de l’inlection inar(Mnati(pie, aux marais pio-

prement dits.

Si l’on pouvait embrasser du regard toute la surlace du globe, il n’est pas une région où l’on ne trouvât une plus ou moins grande étendue du sol occupée par des eaux stagnantes. L Europe du Nord, la Hollande, la Russie , la Norwége; l’Europe méridionale, l’Italie et la Grèce; le littoral de l’Afrique, l’Asie centrale, le Delta du Gange elles bords de l’Euphrate, l’Amérique, 1 Océanie sont également couverts de marais. iMais pour ne parler que de la France, c’est rester encore au-dessous de la vérité ejue de portei’ à Zi50,000 hectares l’étendue des surfaces occupées par les sols marécageux, parmi lesquels il importe de distinguer, d une part, les marais ou étangs ordinaires appelés marais doux et placés dans l’intérieur des terres; de l’autre, les marais mixtes ou saumâtres et étangs salés voisins de la mer.

A la tète des pays d’étangs il faut citer la Sologne, grand plateau entre la Loire et leCber, s’étendant sur les trois départements du Loiret, de Loir-et-Cher et du Cher, et formé de parties élevées parsemées d’étangs et de vallées larges et marécageuses, à pentes peu élevées où l’écoulement des eaux est ])ar conséquent très iaible; et où le lit des rivières et des ruisseaux se transforme en marais cpii se dessèchent pendant les chaleurs de l’été. Après la Sologne viennent la Dombes et une partie de la Bresse dans le département de l’Ain , la Brenne dans l’Indre , le Forez dans le département de la Loire. Cesdilférents j)ays d’étangs qui sont les plus connus, renferment cependant à peine un tiers de ceux qui existent en France. Parmi les départements qui en contiennent le plus ajirès ceux ({ue nous venons de nommer, on remarque Eure-et-Loir, le Jura, Saône-et-Loire, l’Ailier, la Nièvre, le Lot, Maine-et-Loire, la Marne, la Meurthe, la Moselle.

Les marais de la seconde espèce, ou étangs salés, s’étendent sur une grande partie du littoral de la Méditerranée et de l’Océan, dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et de rilérault, ceux de la Charente-Inférieure, de la Manche et du Calvados. Il n’est pas inutile de donner un aperçu des conditions

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(jiio prés(‘nl('Ml cos portions du territoire de la France analogues a cet egard aux plus lointains rivages. 'J'antôt ce sont des plaines innnettses, basses et marécageuses, couvertes de lacs et d’étangs (‘onnne dans la Camargue; tantôt des prés salés inégaleimmt submerges, relies par des cours d’eau sinueux à des plages sablonneuses, comme les Tanguières de la llasse-Hretagne et de la Basse-Normaridie.

Nous chereberons à montrer comment, en raison de leur disjmsition dilïérente, ces marais réclament des moyens d’assainissement très divers.

Une autre division préliminaire importante à établir entre les marais est celle qui est relative à leur origine. Les uns peuvent être considérés comme naturels, les autres comme artificiels. Parmi les premiers doivent être rangés les marais ordinaires simples ou tourbeux; parmi les autres il faut compter les marais salants destinés à l’extraction du sel, dans l’ouest et le midi de la France, les rizières qui tendent à se naturaliser dans le delta du Ubône et les marais à sangsues qui, sous les ellbrts d’une industrie nouvelle, revivent sur les rives de la Gironde et s’étendent jusque sous les murs de Bordeaux. Sans négliger les particularités relatives à ce second ordre, nous devons borner nos vues aux marais proprement dits, marais naturels, doux ou mixtes.

Envisagés d’une manière générale, les marais sont ordinairement constitués par un sol peu perméable, argileux ou argilo-siliceux que recouvrent des eaux stagnantes fournies par des sources peu vives ou simplement pluviales. Ces eaux, plus ou moins vaseuses, d’une odeur et d’une saveur souvent fétides, alimentent une végétation toute spéciale où dominent dans nos climats les renoncules, les algues d’eau douce et marines, les carex, et donnent asile à une foule innombrable d’infusoires. De leur sein se dégagent incessamment du gaz hydrogène carboné ou pbospboré, de l’acide carbonique. 3Iais en même temps elles sont le siège d’un phénomène extrêmement curieux qui ressort des belles expériences de M. Morren, récemment ])ubliées dans {'Annuaire des eaux de la France.

Sous l’irdluence de la lumière, même dilVuse, et des animalcules verts qui y sont répandus avec profusion, les eaux stagnaides acquièrent un degré d’oxygénation (jui peut aller jusipi’à 61 0/0 de l’air dissous ; d’où résultent des variations considérables dans la |)roporlion d’oxygène qu’elles contiennent etipi’elles versent dans

MAIUIS.

raUiu)>|»héi'C, aussi bien ([ne dans celle de l acide cin‘lH)ni(|ne ([ni, sons la nu'ine inlUience, se décompose en partie. Donl)le [)Iic!DOmène dont il est permis de pi'esseiitir pins ([ne de demontiei l’imporlance, an [)oint de vue des ellets des elUnvcis marémati([ues. Ihi lait [dns saisissable et non moins essentiel, cest la formation de l’hydrogène sulfuré résultant de la décomposition des sulfates par les matières organic[ues dans les marais où crou[)issent des eaux salées et où peut s’opérer leur mélange avec des eaux douces. La destruction des végétaux et animaux ac[uati([ues pour lesquels ce mélange est mortel s’ajoute encore à cette nouvelle et puissante cause d’insalubrité. Ce n’est pas seulement au voisinage de la mer et à l’embouchure des rivières qu’elle se rencontre; certains terrains plus ou moins éloignés du littoral peuvent, en raison de leur composition , soit qu’ils aient retenu du sel marin , soit ([u’ils abondent en masses séléniteuses, donner lieu aux mômes réactions, ainsi que l’ont montré, notamment pour l’Italie, les savants Salvi et Taddei. On le voit, la qualité des eaux, la composition du sol, la présence des matières organi([ues, constituent autant d’élémenls des émanations marécageuses. Mais ni les uns ni les autres, isolés ou réunis, ne peuvent sulïîre à révéler la nature de ces miasmes délétères qui engendrent les lièvres, de ces ellluves qui se font connaître par leurs effets mais restent ignorés dans leur essence et ne peuvent être désignés que sous le nom mystérieux et poétique de la malaria.

Quel([ue incomplètes que soient, malgré les etîorts de la science modei'ue, nos connaissances sur ce sujet, il nous reste encore un champ d’études assez vaste et assez fécond au double point de vue de la médecine pratique et de l’hygiène, si nous voulons rechercher les conditions de production et de dégagement des miasmes, leur mode d’action et surtout les moyens de détruire les foyers où ils s’élaborent.

Deux circonstances principales inlluent sur la production des ellluves marématiques : d’uneparl,rétatdelasurfaced’évaporation, de l’aulre, l’éhWation de la température. Ainsi, c’est aux mois de juillet, d’août et de septembre que, dans nos climats, les marais exhalent leurs miasmes les plus actifs, et les saisons les plus favorables à cette action sont un été chaud succédant à un hiver et à un [irintemps pluvieux ; un automne chaud précédé d’un été pluvieux; ou, d’une fa(’on gfmérale, un été et un automne chauds et hernides.

MARAIS

L’tîLiiL des marais n’a jias incDins d’impoi taiiei*. I^e sol, jmur dégager le |)liis d’idlliives, nedoitcHre ni complélemenL snljinergé, ni coinplétiMiionl sec. Dans c(‘ deiaiicr cas ce ne^sont (iliis des vapeurs chargées de miasmes (pii s’élèvent, mais parfois une [loiissière tellement subtile et brûlante, (ju’on a pu observer à la surface des tourbières du centre de la Fi-ance, comme au milieu des sables du désert, les pliénomèm^s d’un véritable mirage. Lorsrpi’au contraire la couebe d’eau est profonde, les matières putrescibles qu’elle renferme sont soustraites à l’action immédiate de l’air et de la chaleur, et les ellluves cessent de se former. Un exemple bien frappant est fourni à cet égard par l’exploitation des étangs empoissonnés. On voit, en efièt, des épidémies périodiques correspondre successivement et dans un ordre régulier aux trois années de mise en eau, de pleine eau et d’assec. M. le docteur iVncelon a fait, aux environs du grand étang de Lindrc dans la Meurtbe, la remarque curieuse que les maladies revêtaient, la première année, le type franchement intermittent; la seconde , la forme typhoïde et la troisième le caractère charbonneux. Quelque chose d’analogue se passe encore dans les marécages de la Basse-Normandie, aux environs de Carentan et d’Isigny, où l’irrégularité de l’écoulement des eaux et les alternatives d’inondation et de dessèchement des prés salés produisent, quoique avec une périodicité moins fixe, les mêmes effets.

Les effluves entraînés par la vapeur d’eau se répandent dans l’atmosphère sous l’intluence de la radiation solaire, et tombent le soir et pendant la nuit à mesure que la vapeur se condense. Aussi c’est à ce moment que leur action deletere est le plus a craindre. Leur dispersion ne s’opère pas toujours d’une manière égale. Dans certaines vallées, comme dans les excavations, les miasmes se concentrent et sont pour ainsi dire stagnants. Ailleurs les vents les entraînent au loin. Et Puvis, dans ses belles recherches sur les étangs, calcule que Là où ils occupent la deux-centième partie du sol, l’action des miasmes se fait sentir sur un treizième de l’étendue totale du pays. Le docteur Lefèvre assure que les marais du Brouage envoient leurs effluves jusqu’à Bochelort, distant de 7 ou 8 kilomètres. On sait que les ellluves suivent exactement la direction des vents : celui (|ui souffle de l’est à travers la Hollande apportait la lièvre sur la C(He d’Angleterre. 31. Mêlier a signalé ce même fait pour les marais gàts des environs de Marennes ou la ville est tour à tour préservée ou atteinte suivant que le vent

MARAIS

vient (le l'est on de l'onest. La limite qn’nUetgnenI en 'f

miasmes marénmlic|ues est Leanconp plus restreinte. Une dil rence d’étages snilit é Uome pour atténuer, pent-dtre meme pom

enrayer leur action. , ,

Nous ne i)Ouvons avoir la prétention de tracer ici le tableau des

elléts que produisent les ellluves sur les êtres vivants. Nous devons nous borner aux traits principaux en rappelant les faits que es grands observateurs de tous les temps ont si éloquemment signales et qui sont résumés avec tant de précision dans 1 Annuaire des eaux de la France. La végétation aux environs des marais présenté un caractère tout à fait particulier. On n’y voit croître avec vigueur que les plantes aquatiques*, les aibres ^ sont généra lement chétifs , rabougris et il est difficile d amener leurs iruits à une complète maturité ; ceux-ci restent gorgés de sucs aqueux, sans saveur et sans arôme. Les céréales sont de qualité très inférieure, les plantes potagères ne réussissent qu’imparfaitement; les légumineuses sont froides et abondent aussi en principes

aqueux. .

Les plantations conseillées pour assainir les marais ecbouent si

l’on n’a pas le soin de choisir les espèces, car les arbres et les arbustes périssentdès qu’ils sontparvenusàun certain développement;

mais ce sont surtout les animaux qui soulîrent de l’action des effiuves. Ce fait n’avait pas échappé à l’observation des anciens; personne n’ignore le conseil donne par Vitruve dinteriogei les viscères des moutons pour reconnaître la salubiite des lieux. Il est constant ipie le gros bétail dépérit rapidement dans les contrées marécageuses, telles que la Bresse et la Sologne, et que les races de chevaux et de bœufs s’y dégradent visiblement; les animaux y sont generalement petits , maigres et peu actifs, et des épizooties meurtrières les ravagent à certaines époques. M. de Romanet décrit d’une manière saisissante l’état de la végétation et des bestiaux en Sologne ;

« Le sous-sol de cette contrée, composé tantôt d’un tuf impénétrable, tantôt d’une argile profonde, étant, comme chacun le sait, presque complètement imperméable, les moindres dépressions de terrain retiennent les eaux pluviales et forment des flaques d’eau pendant l’hiver, surtout dans les portions qui sont abandonnées plus spécialement aux pâturages, précisément parce que le terrain n’a pas assez de pente pour être livré à la culture sans des dépenses d’assainissement très considérables. Ces flaques sont

-MA II AÏS.

a sec (hms la Ijellc saison, el la concln^ mince ,1e vcnMal,.

‘ “'f''' l>' Hil'.s’échanir,, i nn .l.m,-,; exii-anniinaire

soub les mynns ,ln solejl ,1e inillet et ,ramit.

» (Jnun,l ,les plnies aliomianles snnienncnl, ,à la lin ,l’a,„',| dans le n,o,s ,1e scplen.bee, Tean se . énnit l,ienl,>L ,lans ces nnnnc.s p, ai lies liasses et séjourné souvent ,iemlant pinsiein-s jonrs

cclir rV ‘‘‘" ' 'le l'linmi,lil,', et ,1e

cette clialeur excessive ilétermine la croissance presque instan-

anee d un certain nombre de plantes parmi lesqnellei ilominent des lenoncules. divers carex et .pielqncs autres plantes viiaces dont la végétation, suspendue pendant la sécberesse, ri'iirernl toute sa force aussitôt que le séjour de beau pluviale vient remire au sol 1 humidité dont elles ont besoin. Ces plantes poussent avec a lapidite du cliampignon sur un sol qui ne reçoit jamais d’engrais et qui ne contient pas par lui-méme les éléments propres é produire un fourrage de bonne qualité. Elles n’ont pour élaborer leurs tissus ni les longs jours, ni le soleil vivifiant du printemps ; mais, au contraire, elles se développent dans la saison des brouilards et des nuits prolongées; ce sont des herbes molles dans lesquelles la substance réellement nutritive n’est nullement en rapport avec l’énorme quantité d’eau quelles contiennent. Les bestiaux les mangent avec d’autant plus d’avidité qu’ils n’ont trouvé aux champs, dans les mois précédents, que des bruyères, un peu d’ajoncs, et quelques graminées aussi sèches que la bruyère elle-même. Les animaux des races bovine et chevaline, doués cl un tempeiament plus robuste, sont beaucoup moins sensibles à l’action de cette nourriture insalubre, et cependant il n’est pas rare de voir des bœufs et des vaches atteints dans les mêmes circonstances de la cachexie aqueuse. Quant aux bêtes à laine, dont le tempérament est mou et lymphatique, ces aliments trompeurs n apportent à leur appareil digestif, à leurs organes assimilateurs ([ue des matériaux insuffisants : leur sang s’appauvrit, et bientcH la circulatic3n na plus assez d activité pour entraîner au dehors cet excès d’eau qui s’infiltre peu à peu dans tous leurs tissus. »

11 eu est de même de l’homme. Les habitants des marais ont une physionomie caractéristique et portent en qucl(|ue sorte la marque des tristes conditions au milieu desquelles ils vivent: sans parler de la misère qui les accable, leur constitution est, dès les premiers temps de leur naissance, profondément altérée jiar une cachexie spécilique caractérisée ])ar une taille très |)ctite, un teint

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