‹ Dictionnaire d'hygiène publique et de salubritéChapitre 55 sur 58 · NACRE DE PERLE · texte numérisé non relu

NACRE DE PERLE

Bibliographie. - NOUS nc voulons rappeler que les louchent à la partie étiologique ou hygiénique de la question de la .norVe. Une b bho graphie complète sur ce triste sujet serait hors de propoilion avec no rc Üans tous les cas , sans objet. - De la morve et du farcin chez l homme, pa. P. R yer {Mémoires de V Academie royale de médecine , l. VI. Paris, 1837). ^ f f

aigue chez Vhomme, par Vigla (Ihèse de Paris, mO). - De la morve et d^t faretn chroniques chez les hommes et chez les solipèdes , par Ambroise Tardieu. Pans , 184 . — Dictionnaire de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaire , par Hurtrel d Arboval. Paris, 1839, t. IV, p. 143 à 265. - liulLetin de l’Académie royale de medeetne, où se trouvent la plupart des faits observés et la savante discussion auxquels ils ont donné lieu. — De la contagion de la morve , par Littré (journal le Nationa , 15, 18 et 19 décembre 1840). — Quelques recherches sur les causes de la morve { ecucil de médecine vétérinaire, i.83ô). - Rapport touchant les causes générales de la morve dans nos régiments de cavalerie, et le moyen d’y remédier , par Bouley pèie {Bulletin de l’Académie royale de médecine. Paris, 1840, t. V, p. 34). — Leçons vétérinaires faites à l’Université de Londres, par YouM {The Lancet , i. XXL London, 1831-32). — Éléments d’hygiène vétérinaire , par M. Godine jeune. hxperiences sur la contagion de la morve, entreprises par ordre du gouvernement {Recueil de médecine vétérinaire, 1837). — Mémoires d hygiene relerinaiVe, publiés par ordie u mi nistre de la guerre, passim. Paris, 1848-1853.

lïACRF l>E PERIiE. — La profession d’ouvrier en nacre de perle a été, dans ces derniers temps, l’objet d’observations aussi neuves qu’intéressantes de la part d’un homme dont le nom revient sans cesse lorsqu’il est question d’hygiène professionnelle et de philanthropie, M. Chevallier. Nous ne pouvions passer sous silence ses importantes recherches et nous n’avons qu un moyen de ne pas les amoindrir, c’est de les citer presque complètement.

Un mot d’abord sur les coquilles de nacre et leur industrie. Elles servent, comme chacun sait, à la fabrication d’une foule d objets d’utilité et de luxe, tels que boutons doubles et simples, éventails, touches d’accordéon, et divers objets de tabletterie fine. Cette industrie est très répandue, surtout en Angleterre, en Allemagne et en Hollande, où elle occupe un nombre considérable d’ouvriers; en France on ne s’y livre guère qu’à Paris et dans quelques départements. Celui qui contient le plus grand nondjre d’ouvriers est, sans contredit, celui de l’Oise , où plusieurs milliers d’individus, hommes, femmes et enfants, s’occupent du travail de la coquille dite nacre de perle.

Les coquilles nacrées que l’on emploie dans cette industrie appartiennent à trois variétés, que l’on désigne, dans le commerce, sous les noms de nacre franche de la Chine, de nacre bâtarde de la mer Rouge ou tV Egypte, et enfin sous celui de nacre de Panama. La première variété est celle (pii a le plus de prix; la surface de ses coquilles est très considérable ; on l’emploie surtout pour

nacre de perle,

la lliln iontion ,lcs évcniails. Los ,lenx autres variétés scrvcut à taire des boutons et des olijets de tabletterie liue.

La transfurmatiou de ces coiiuilles eu éventails et eu boutons nécessite des travaux très dilléreuts, |iarnii lesi|uels ijlusieurs doivent iiaiticubércmeut attirei' noire attention au point de vue de la Sein le (les ouvriers.

Ainsi pour transformer une grande coquilliî nam'ie en lirandies d éventail, il faut (pi’cdle passe d’abord par les mains du scieur ou debiteur, puis successivement par celles de riîmeuleur, du redresseur, du façonneur, du graveur, du découpeur, parfois rm^me par celles du doreur et du pailleteur. Ainsi transformée, cette nacre est liée en forme d’éventail fermé et envoyée à Paris, empaf|uetée par douzaines, où l’on achève l’éventail par le collage de la feuille, ou l’agencement d’un rubvan destiné à maintenir dans sa position respective chaque branche de l’éventail ouvert.

Pour devenir boulons, la coquille nacrée passe par les mains du découpeur, de l’écaleur ou écroùteur, du tourneur, qui façonne au tour en 1 air, de 1 émeuleur, du perceur et de l’encarleuse, Autrelois ce travail se compliquait d’un collage sur planche pour faciliter le polissage a la ponce ou au talc pulvérisé et délavé dans l’acide sulfurique. Ce travail s’exécute aujourd’hui au tour par le tourneur ou façonneur.

La tabletterie fine exige aussi le travail préliminaire du scieur et de l’émeuleur.

Chaque ouvrier a sa spécialité, il se livre constamment au même genre d’occupation ; ainsi le scieur ne s’occupe exclusivement (|ue du sciage des coquilles, l’émeuleur que du travail à la meule, et le graveur que du maniement de son burin.

De tous ces travaux, les ouvriers ne se plaignent que du sciage, de l’émeulage et du travail au tour. Ce sont, en elfet, ceux qui jirésentent le plus d’inconvénients pour eux et de danger pour leur santé.

Le sciage nécessite une assez grande dépense de force miiscuculaire, la station verticale permanente et un continuel mouvement du corps de la part de l’ouvrier pour débiter ou scier, à l’aide d’une scie, la coquille de nacre de perle fixée dans un étau. En outre, le scieur aspire constamment une grande quantité de poussière que chaque trait de scie fait voler vers sa figure.

La seconde opération, dite émculagc ou travail à la meule, (’onsiste à polir la jiortion de coquille sciée sur une meule; celte

NACRE DE l'ERLE.

opération est coimnune aux trois industries. Les meules que 1 on emploie sont d’un diamètre de 0>«,/i0-50 environ ; elles sont montées sur des baquets demi-pleins d’eau : la meule.y trempe le tiers de son diamètre. Le meilleur, placé enlace de sa meule, la met en mouvement au moyen d’une pédale ; il pose sur son champ 1 o jet à émoudre, ([u’il tient ferme en appuyant fortement, tantôt d’une main, tantôt des deux a la fois : si 1 objet est trop ténu, il se sert d’un morceau de cuir ou de leutre de chapeau ([u il inteipose entre robjet et son doigt. Ainsi, comme nous le signale M. Jorrand, station debout toujours sur le môme pied ; mouvement continuel de l’autre pied; elîorts continus de pression, sauf les interruptions nécessaires à l’inspection de l’objet et au changement d’objet à émoudre; chaleur du corps résultant de la fatigue et de la continuité du travail ; Iroid glacial des mains toujours mouillées , de plus, aspiration incessante d’un nuage d’eau mélangé de poussière, qui s’élève au-dessus des mains et dans lequel la figure est plongée.

La gravure, le découpage et le façonnage dégagent également bt'aucoup de poussière, mais en quantité moindre, et d’une façon bien moins gênante pour l’ouvrier que les autres genres de travail.

Pour couper les boutons, on se sert ihi tour en l’air. Un arbre horizontal est mis en rotation par une roue mue au moyen d’une pédale; l’extrémité libre de l’arbre est armée d’une fraise, petite scie circulaire du diamètre du bouton voulu, ressemblant à une couronne de trépan. L’ouvrier tient sa coquille de la main gauche avec laquelle il l’appuie fortement contre la fraise, pendant qu’elle tourne rapidement. Toute une coquille est ainsi débitée en un plus ou moins grand nombre de boutons, suivant l’intelligence et l’adresse du découpeur. « Ce travail, dit M. Jorrand, est extrôinement fatigant et exige de la force. L’ouvrier lléchit fortement les coudes pour prendre des points d’appui plus solides, et penche fortement le haut du corps en avant, ce qui met sa bouche audevant du nuage épais de poussière de nacre soulevée par la fraise agissant en emporte-pièce tournant. »

L’écroùteur, le perceur et le tourneur ou façonneur travaillent aussi debout sur un tour, comme le découpeur; mais ils déj)ensent moins de force, et se tenant moins penchés, ils aspirent un peu moins de poussière.

Le dégagement de la poussière et le travail à la meule sont donc

NACllE DE PERLE.

les (leux grundes causes des maladies (jui peuvi'uL allecter les ouvriers de cetle indusli ie.

Celle poussière, d’im blanc jaunâlre, esl prodigieusemenl abondanle ; elle esl 1res légère el composée de jielils grains excessivemenl lénus (jui donnenl au loucber une sensalion rude el sablonneuse parliculière. Dès (j ne l’on enlre dans un alelier où Iravaillent cinq ou six découpeurs, on esl suiïoqué par celle poussière, el l’on seul une légère odeur de subslance animale qui s’en dégage. Celle odeur esl due à la composilion des coquilles (lui renlermenl une malière organique animale plus ou moins abondanle suivanl l’age du mollusque, la parlic delà coquille analysée el suivant sa slructure; plus, un sel calcaire plus abondant et en quantité variable. La structure fibreuse et nacrée est celle qui offre généralement le plus de matière animale dans les coquilles, et, par conséquent, dans les poussières qu’elles produisent. Ceci explique pourquoi l’eau dans laquelle baignent les meules devient si promptement infecte, et rend à l’ouvrier le travail du meulage encore plus insalubre.

Presque tous les ouvriers nacriers auxquels on demande si leur profession les incommode répondent affirmativement ; en général, ils se plaignent beaucoup, selon leur genre de travail. Les uns accusent une toux opiniâtre, dont ils sont atteints depuis qu’ils travaillent la coquille de nacre ; d’auti-es souffrent d’ophthalmies chroniques assez intenses parfois pour les forcer d’abandonner momentanément, et quelquefois pour toujours, leur travail.

Les bronchites chroniques, les hémoptysies, les opbthalmies et les gerçures aux mains sont, en effet, les maladies qui affectent les ouvriers nacriers. La poussière si ténue et si abondante qui s’échappe de la coquille que l’on scie ou que l’on travaille au tour cause évidemment ces affections des organes de la respiration et de la vue. Complètement inerte, cette poussière pénètre dans les ramifications des bronches, rarement dans les petites, y produit une irritation qui augmente la sécrétion des mucosités; ces mucosités s’épaississent en se mêlant à la poudre, et déterminent, le matin surtout, et quelquefois pendant le travail, une toux très fatigante suivie d’expectoration considérable. 11 résulte promptement de cet état, des bronchites chroniques, qui se compliquent assez souvent d’bémoplysie, et plus encore d’emphysème pulmonaire. Nous avons surtout observé cette dernière complication chez les ouvriers qui travaillent constamment à l’émeulage.

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