‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. EncyclChapitre 15 sur 57 · IDA · texte numérisé non relu

IDA

Nous avon^ uo fragment de ce concile (iâ), qui seinblo en èire la conclusion, d^lé du k octobre 380. Douze évèques y sont nom* ujés, enlre autres Fitâde, que l'un croit èire saint Phébado d*Agen; eni^uite saint Del- (ihin de Bordeaux; Ithace, <^vô(|iie de Sos- ^ube, ville d'Espagne, que l'on ne connaît plus, et Idace de Mérida. Ce fragment contient huit canons, qui défendent de jeûner le dimanche par. superstition, et de s'absenter dus églises pendant le Carême, pour se retirer dans les montagnes ou dans des chambres, ou pour s'assembler dans des maisons de campagne. On défend aussi de s*at»scnter pendant les vingt et un jours (du 17 décetnbre'au 6 janvier) qui précèdent Noël et qui vont jusqu'à l'Epiphanie : ce qui montre que dès lors il y avait an moins une semaine pour se. préparer à la fôte de Noël.

On condamne celui qui sera convaincu de n'avoir pas consommé l'Eucharistie qu'il aura reçue dans l'église; on condamne aussi Içs hnnuios qui s'assemblent avec des hommes étiaogers, sous prétexte de doctrine, ou qui tiennent elles-niômes des assemblées pour instruire d'autres femmes ; ceux qui s'atlri- . huent le nom de docteurs sans autorité légitime. Ceux que les évoques auront sépa- rés de l'Eglise ne doivent point être reçus fiar d'autres évéques. On défend adx cioVcs • de quitter leur ministère, sous prétexte de pratiquer une plus grande perfection dans ia vie monastique; enQn on défend de ne voiler les vierges qu*à l'âge de quarante ans, et par l'autorité de l'évéque.

Les hérétiques n'ayant osé s'opposer au jugeaient du concile ^furent condamnés en leur absence, et nommément : les évèques Instantius et Salvien; puis Elpidius et Priscillien, laïques. Ithace de Sossube fut chargé de publier le décret des évâques, et particulièrement d'excommunier Hygin de Cordoue, qui avait reçu les hérétiques après les avoir dénoncés le premier. Instantius et * Salvien, loin de se soumettre au jugement du concile, voulurent fortiQer leur parti, en donnant le titre d'évêque à Priscillien. Ils l'ordonnècent donc évéque de Labine ou Labile, que Ton croit ôtre Avila^ comprise alors dans la Galice.

III. Cependant Idace et Itbace, croyant pouvoir arrêter le mal dans sa source, poussaient vivement ces hérétiques, dans leur zèle ardent, mais peu selon la science ; ils allèrent jusqu'à s'adresser aux iuges séculiers pour les faire chasser des villes. Ce Fut là une faute, « felfet d'un mauvais conseil, » dît Sulpice Sévère {k6)\ et il en résulta plus de mal que de bien, comme cela doit arriver en pareil cas.

A la sollicitation d'idace, l'empereur Gratien Qt donc subir aux hérétiques [tlusieurs |)Oursuîtes honteuses, puis ildonna un rescrit par lequel il était ordonné que tous les hérétiques seraient chassés, non-deulcmenl des églises et des villes, niais dotons les

(i5) Le&aiit*'urs de VAn de vérifier les daies mrUi'iil- r<» «omilc eu S^'Sl ; tuais H.n^i o«ruht; ihj-î ce Uil oiuléi (iaiiH It: coucile do 580 que le» |M'iâctl-

l"mys. Los priscillinnifitfcs, é; ouvanlés par cet é;lit, n'osèrent se défendre en justice; ceux qui portaient le litre d'évôques ce ièrent d'eux-mêmes, les autres, se dispersèrent. Inslantiu5, Salvien et Priscillien allèrent à Rome pour se justifier devant le fiape Damase. En f)assant par l'Aquitaine, ils furent reçus niagnifiquement par quelques ijjnoranis, et y semèrent l^urs erreurs, principalement dans le territoire d'Eluse ou Eause, dont le siège a depuis été réuni à celui tl'Auch; ils corrompirent par leurs mauvaises instructions ce peuple, qui était bon de lui-même et aiTectionné à la religion. Saint Delphin les empêché de s'arrêter à Bor.leaux; mais ils demeurèrent quelque temps dans la terre d'une femme, nommée Euchrocia, veuve de Delphidius, orateur et poète fameux. Priscillien et les siens continuèrent ensuite leur cheniin vers Rome, menait avec eux leurs femmes et quelquesi femines étrangères, enlre autres la même Euchrocia et sa fllle Procula, que l'on accusait de s'être fait avorter, étant devenue grosse de Priscillien. Quand ils fiifent arrivés à Rome, le Pape saint Damase, loin de recevoir leur justification, ne voulut pas môme les voir.

Salvien mourut à Ro'ne; Instantius et Priscillien revinrent à Milan, où saint Ambroisa ne leur fut pas moins contraire.

On avait chassé ces malheureux, et ils semèrent pai'tout leurs abominables erreurs ; on les avait fait, poursuivre par le pouvoir séculier, et ce fut entre les bras de ce pouvoir qu'ils se réfugièrent. En efifet, à force de sollicitations et de présents, ils gagnèrent Macédonius, mallre des oOTices, et obtinrent un rescrit qui cassait celui qu'Idace avait obtenu conire eux, et ordonnait de les rt^tablir dans leurs éj^lises. Instantius tl Priscillien, appuyés de ce rescrit, revinrent en Espagne et rentrèrent dans leurs si''ge$, sai s opposition^ Ce n'est pas que le courage man- •qnAt h Ithace, mais la prudence et la force. Les prisciilianiUe^ avaient aussi corrrompq le proconsul Vqlventius, et ris poursuivirent Ithace lui-raOrtiè, comme perturbateur des Eglises; ceUii-ci voyant contre lui une condamnation rigoureuse,' s'enfuit épouvanté dans les Gaules, et, suivant son usage de tout attendre Jdu bras de chair, il s'adressa à Grégoire, préfet du prétoire.

Grégoire, instruit de ce qui s'était pas.^é, ordonna qu'on lui amenât les auteurs des troubles, et ipforma {''empereur de tout, alin qu'il fermât' la porte' aux solliciialions «les hérétiques. Mais ce fut en vain ; car l'avarice de quelques personnes puissantes rendait toutes onoses vénales en cette cour. Les ht'rétiques donc, par leurs artifices et par une grande somme (ju'ils donnèrent à Macédonius, obtinrent que l'empereur ôiât la con- .naissanco de celte alTaire au préfet des Gaules, et la renvoyât ï\i vicaire d'Espagne ; car il n'y avait plus de proconsul. Macédonius envoya des olGciers pour prendre Uliace,

lianisi^"^ hiro'il coiittamné^ pour U p*'Ciuièrc fois. (4(i; Sid|i. Sever., ILst,, l«b. i, iu fin.

IGN

PICTIONNAIRK

IGN

qui était alors i Trêves, et le ramoner en Espagne. Mais il s*ea prarantit d*al>or.d par ^dresse, et ensuite par la proicction de Britannius, ou Briton , évâque de Trêves (47).

Ce fut ainsi que les priscillianisles se perpétuèrent el donnèrent à leurs monstrueuses erreurs un«) notoriélB qu elles n'auraient su obtenir, si Ton s'y Tût pris autrement pour les combattre. '

Pour Idace, il écrivit un ouvrage qn forme d*Apologie contre ces hérétiques ; mais ce traité est perdu. Quelques auteurs lui attri- ()uent aussi Touvrage contre Varimond »a Yœrimond, diacre ârien^qui porte le nom d*ldan (48) ; mais cet ouvrage semble n'avoir été écrit que dans un temps oà l'Espagne était remplie de barbares et d^ariens,et par conséquent longtemps après la mortd'ldace.

On le croit de Virgile de Tapse (49J. Idacé passait pour éloquent, et fut surnommé Clarus, c'est-ft-dire illustre; mais il eût été è désirer qu'il sût mieux combattre les hérétiques et empêcher ainsi leurs ravages.

IGNACE (Saiht). Evoque d'Antioche, mar« tyr, disciple des apAtres, aussi admirable par sa constance dans la foi que par sa doctriqe| ce qui le Qt surnommer Tbéophorè (5Qj.

1. Tous les saints Pères s'accordent à reconnaître qu'il embrassa la foi parle ministère des apôtres, particulièrement de saint Jean » ôt qu'il fut un de leurs disciples les plus intimes. Il reçut Tordinatioti de leurs mains ^t fut destiné par eux à Tépiscopat d'Antioche, église la plus célèbre ae tout l'Orient, et hiélropolede toute la Syrie. Il succéda à sainî Evode, qui lui-même avait remplacé saint pierre. Il gouvernait cette Eglise durant la tempête excitée par la persécution de Doluilien. Pilote sage et expérimenté, tantôt il recourait par le jeûne et la prière à celui qui commande aux vents et è la mer; tantôt, par l'éclat de sa* doctrine, il dissipait lès nuages que ces temps orageux pouvaient

former dans l'esprit des néophytes; tantôt, )ar la forcé de son &me, il inspirait du cou-^ rage aux pusillanimes et les animait h la bersévérance. La tempête cassée, il se réjouissait du caime rendu a l'Eglise, mais vaHligeait pour" lui-même de p'dvoir pas été trouvé digne du martyre. Cependant, soumis Kux ordres de la Providence, il s*applic[uait ii tout ce qui est d'un bon pasteur, édifiant i^on troupeau par ses rares vertus, le nourrissant tous les jours du pain de la divine parole, et le garantissant par sa vigilance contre toutes les embûches du schisme tit de l'hérésie.

' Nous venons de le dire, Ignace s'affligeait de n'avoir pas été digne du martyre; il concluait de ce qu'il n'avait pas eu le bonheur

(47) 1si4lor., De vir. t7/uilr., cap. S; saint Jérôme, m PtitciU,

(48) Cet ouvrage est inséré dans le lom. 1Y« de la Biblioih. des Pèret,

(49) Du|tlir, DibUoth. iv siècle; Dom Ceillier, Ui$i, des auL sac. el ecdéi,, lom. ViJi, p. 454.

(50) C*e8l-à-dire, celui qui ijorie Dieu,

^oy. Les A cle$ de saint Ignace, évéqued^Antioiî de Jésus-Christ, Ces Acies, OuiiKés {mur

de sceller sa foi par Teffusion de son sang , qu il n'était point encore parvenu à cette charité parfaite qui est la marque de ce ca^ raclère du vrai disciple de Jésus-Christ. Sc's vœux furent enfin exaucés... • ^ ^

Trajan qui partait pour faire la guerre aux Parthes, s arrêta, le 7 janvier 10§, de Notre- Seisneur, à Anûocbe, une des viNes les plus célèbres de son empire. Son premier soin / à son arrivée, fut de pourvoir i la gloire de ses dieux. A 'cet effet, il exigea que l6$ Chrétiens les adorassent. La peiné de morl était prononcé contre tous ceux qui refuseraient : Ignace se dévoua pour son troupeaq.

Il voulut attirer sur sa propre tête les coups qui devaient frapper ses brebis. 11 eût pu recourir à la fuite; mais l'occasion quHl désirait tant voir se présenter depuis trente ans était enfin arrivée, et il ne voulut |iti9 manquer de confesser hautement sa loi au divin Maître. « ^

Il se laissa donc conduire généreusement (]evant l'empereur, qdi le traita avec hauteur; et, après un dialogue qu'on trouva d9^ns les Attei de saint Ignace, lef César prononça lui-<mêaie la 3entence suivante: «Nous ordonnons qu'Ignace, qui dit porter en lui le crucifié, soit lié et conduit à Rome pour / être dévoré par les bêtes et y servir de spec^ tacle aii peuple (51). » Le saint évêque, dans l'ivresse de sa joie, rendit devant ses jugea et devant l'assemblée de solennelles action^ de grâces à Pieu de ce qu'il allait être char^ gé de chaînes. 11 se les mit lui-même, pria pour son Eglise et la recommanda è Dieu avec larmes. Il se livra ensuite aux soldats qui avaient ordre dé le conduire à I\ome.

i Le vaisseau sor lequel on l'embarqua h Séleucie devait Ipnçpr les côtes de l'Asie Mineure; c'était la ligne la plers directe pour arriver plus vite à Rome; mais pour des raisons que l'histojre ne noas dit poinl ou prit un circuit immeose. Cette navigation de longue durée fut permise par la Providence I^Our que la vue d'Ignace servU à consoler et à édifier plusieurs Eglises. Avec lui s'eui* barquèrent trois de ses disciples, Kcus et Agathopode de Syrie, et Philon, diacre de Ciiicie; dix soldats, farouches et féroces comme dix léopards que la douceur irritait au lieu de les adoucir, furent chargés de ki garder.

Après de grandes fatigues , ils abordèrent h Smyrne. Saint Ignace se pressa de descen^ dre è terre pour voir saint Polycarpe, évêque de cette ville et son ancien ami. Tous les deux avaient été ensemble disciples du Disciple bien-aimé. Plus fier de ses chaînes que les favoHs des césars ne le sont des marques de leurs dignités, iguace se gluri^

la première Tois, dans touie leur inlégriié, par Ussérius, d'après d^excelleiiis maooscriis.oni éié pu* btiés ensuite par Dom Ruioarl, qui y a joim la tu;lèbre leUre de saint Igiiarce aux Romains Les RK. PP. Rénédiclius fout insérée dan» le corps méuie des Actes, dans leur édil. française iU:s AcUs des mariyrs depuis Vorigine de l'Eglise chrétienne, jusqu'à nos leihps, lom. 1, 1856, p. 95 et suiv.

IGN

DE LUIST. UNIV. DE L'EfiLISE.

TGN

fiait des entraves dont il étaU chargé. Ces doux grandes Aroes se communiquèrent les grâces dont lei\rs cœurs dc^bordaient. Pour Ignace, il reçut dans la même ville les députas de plusieurs Eglises: Onésime, évéqne d'Rphèse, accompagné du diacre Burrhus, de Cro('U<, d*Euplus et de Fronton, Damas évoque «le Magnésie suivi deBassus, d'Apollon prêtre et de Sotion diacre , et Polype, qui repiésenlait son Eglise de Tralles. Saint Ignace, pour témoigner sa reconnaissance envers ces trois Eglises, leur écrivit des lettres dont il ittuirgea leurs députés. Il apprit à Troade que Dieu avait rendu la paix à l'Eglise d'Antioohe. Cette nouvelle calma seis inquiétudes, orcasionnées par la crainte qu'il ne se trou-r vAt quelques personnes faibles parmi les fidèles. Do Troade, il écrivit aui ligli.ses de Phikidelphie et do Smyrne et à saint Polycarpe lui-même; il eût bien voulu aussi écrire aux autres Eglises d'Asie, ipais ses gardes ne lui en laissèrent pas le temps. Il pria saint Polyrarpe de le faire pour fui : il alla ensuite ?» Napoli en Macédoinç^, et de là h Pliilippes. On le força de traverser h pieti ce pa.vs et celui dol'Epire. Il remonta sur le vaisseau à Epidamme en Dalmatie, [lassa auprès de Reggio et de Ponzzoles, et arrlya eo n au port de Rome (5âj.*

IK Les disciples d'(gna"é, qqi Pavaient fidèlement accompagné pendant ce l<mg voyage, étaient pénéiré$ de douleur à la pensée que bienlftt ils seraient pour toujours séparés sur la terre de leur bon'et tendre Père. Pour lui il sfi réjouissait dé touchera la Rn de sa course. Les Clirétieiis de Rouie Tnttendaient en foule sur le rivage pour le recevoir avec tous les égards et tout le respect qu'il leur inspirait , mais leur joie était mêlée de crainte; s'ils se félicitaient de coptempler le visage de ce {^rand évêqut:, il^ se désolaient en pensant qu'on menait Théophor^ à la mort. Jls souhair taieiU Que le peuple pt^t obtenir sa grêce.

Mais le martyr, qui» par unelumièresurqa* turelle, vit ce qui se passait dans leurscq^urs, les conjura de ne pas s'opposer à sa féliciti^; il .^e mit ensuite h genoux avec tous les frères et pria le Fils dé Dieu pour les Eglir ses, pour la cessation de la persécution, |)onr la charité mutuelle des frères. Il arriva h Rome le 20 décembre, *qni était le dernier jour des jeux publics, et fut mené à rampqithéâtre, puis ex^tosé aux bêtes pour servir a la solennité profane que lea Romains appelaient iigiUaria. Le peuple (Hait vj^nu en foule au spectacle. Théophore n*eut pas plutôt entendu le rugissement des lions qu'il s'écria : « Je suis le froment du Seigneur, il faut que je sois moulu par les dents tte ces animaux, pour que je devienne le pain pur de Jésus-Christ, b 11 finissait ces mots sublimes lorsque deux lions se jetèrent sur lui eÀ le dévorèrent en un moment, sans rien laisser de son corps <|ue les plus gros et les plus durs de ses os; et, sui-

SO

vaot son désir, personne ne fut embarrasse de recueillir ses reliques (33).

Cependanî, le peu ({ui restait fut enveloppé dans un linge blanc et reporté à Antioche, comme un trésor inestimable. Cet événement eut lieu, suivant leiilc/ei, sous le consulat de Sura et de Senecion, c'est-à-' dire l'an 107 de Jésus-Christ, dixième de Trajan, le 20 décembre, pendant qu'on célébrait, à Rome, la fête appelée par les païens sigillaria ou des poupées, qui, jointe à celle àts saturnales, prolongeait pendant sept jours la licence du peuple.

Nous avons traité ailleurs des Actrs dié martyre de saint Ignace {Voy, tom. 1, col.

157,158), et nous ne voulons pas y revenir.

Comme nous l'avons dit, ils ont été écrits pa^^ des témoins oculaires, que Ton croît' être le diacre Pbiion, Heus et Agathopode, qui avaient accompagné le saint jusqu'à Rome , et rapportèrent ses reliques è Antioche. Ces pieux disciples d*lgnace terminent'ainsi leur récit : a Après avoir été préseuls nous-mêmes à ce cruel spectacle , (\ous nous retirâmes à la maison et pas>Ames toute la nuit en pleurs, conjurant le Seigneur à genoux et avec beaucoup d'instances, de nous faire connaître l'issue du combat. Nous étant endormis d'un léger sommeil, les uns virent Ignace debout et venante eux pour les end^rasser; lés autres, en prière et prêt à les bénir; d'autres, tout couvert de sueur, comme au sortir d'un grand travail, et se présentant au Seigneur avec une grande confiance et une gloire iqelTuble. A noire réveil, nous étant communiqué nos songes divers, nous glorifiâmes Dieu qiii est Ta source de tous les biens , célébtftmes les louanges du saint, et résolûmes de vous marquer le jour et l'année rfô son martyre,' afin que, nous asscmbl.nnl à la même époque, nous communiquions avec ce généreux athlète, glorifiant en sa sainte mémoire Notre-Seigneur Jusus- Christ (S'^i*). p

Quand ces pieux disciples rapporlèrent h 4ntiouhe les reliques du Saint, ce fut une

f;rande consolation pour lés fidèles de tous es lieux où ils passèrent : partout ils vénérèrent les restes précieux do saint martyr' Arrivés à Antioche, ' ils placèrent ces reli-

3ues dans une châsse et on les ensevelit ansuncimetièrequi était prèsde la porte do I)aphné. Sous le règne de Théodose, elles furent transférées dans une éghso de la ville qui avait été autrefois un temple de la Furtune, et qui depuis fut placée sous le vocable du saint. Sous le régné d'Uéraclius, vers le temps où la ville d'Antioclie tut

ftrise par les Sarrasins, ces restes glorieux uteni apportés à Rome dans Téglise de Saint-Clément, Pape* et martyr. Il y ava t quelques parcelles des Ob^ements de saint Ignace chez les chanoines réguliers d'Arouaise, près Bapaume en Artois; chez les Rénédictins de Liessics eu Uainaut, et dans

(5«) rieiirv. iliit. puU: tom. I, p. S89. 500. (54) A< a SS., t Fcur.

31 IGN

quelque.^ autres églises. La f Ole de cet illustre Père apostolique est d'obligation chez les Grecs, qui la célèbrent le 20 décembre, jour auquel il fut martyrisé (55\ L'Eglise latine fait sa fête le 1" février, et lo 3/or/yrologe romain lui consacre un immortel souvfinir.

IH. S'il nous reste peu de chose du saint corps de notre illustre riiartyr, nous avons, grâce à Dieu, les relicjues bien précieuses et excellentes de son esprit et de son cœur; nous voulons dire ses admirables écrits.

lis se composent de sept Epiires, savoir :

aux Ëphésiehs , aux Magnésiens, aui Tralliens, aux Romains, aux Philad^iphiens, aux Smjrniens et h saint Polycarpe.' Ces lettres sont Tobjet de notre vénération, et parce qu'elles sont pleines de pensées et de îientiments élevés , et parce qu'elles sont propres à nous fortifier et à nous fournir des ^rmes redoutables contre les hérétiques anciens et modernes.

Après les livres révélés, il n'est rien qui soil plus capable d'affermir natre foi et d'enflammer notre charité que les Epllrès de saint Ignace. Elles sontvérilablemcnt son œuvre. Quand nous li'aurîons point autant de preuves de leur authenticité que pour les ouvrages de Pline et de Cicéron, il sullirait de les lire pour se convaincre qu'elles n'ont pu être écrites que par Ignace, par un homme tout plein de Dieu, tout transformé en Jésus-Christ, et que la charité a rendu tout de feu. Plus les pensées sont extraordinaires, admirables^ surprenantes, supérieures à la commune manière de voir, contraires aux rètfles de la prudence humaine , jeiées confusément et sans artifice, plus plies nous montrent un homme poussé à parler et à écrire par l'fispiit-Saint, abannonnéttux transports de sa charité, et qui, -fixé d'esprit et de cœur dans réternité et dans le ciel, regarde comme ses délices les tourments, comme sa gloire les ignominies, <:omme sas richesses la pauvreté, comme sa mort la vie , et comme sa vie la mort (56).

Aussi lisait-on les Epîtros d'ignacedans les Kijlises d'Asie, et les fidèles en faisaient leur nourriture après les saintes Ecritures ; on les lisait, disonis-nous, dès les premiers siècles, et cela telles que nous les avons aujourd'hui.

La version syriaque et le texte grec du manuscrit de Florence rais en regard, offrent de granles différences. La première chose qui frappe, c'est la brièveté de la première et la longueur de l'autre. L'examen des

(55) Acia SS.. i Fehr.; saint Jean Chrysostoaie, flomil. tn S. IgnaU

(56; Rhorbacher, ion. V, p. 16.

(57) Calvin, [nst. lib. i, cap. 3.

(58; Voy. les savauis el uès-précieux arlicles, i|uc Dom l'nra, aujourcPliiii oaniinal , a (lubliés en ^845 cl 18iG, sous ce iitr« : SouvelUi controtersei sur CuulheniicUé des EpUres de saint Ignace, dans l Auxil. calh., loin. Il, p. 254 ni suiv.; lom. ill p. 81 ei suiv., «iO el sulv., 272 ei suiv.; lo.ii IV,' p. 2ii cl suiv., 50i el suiv. — Voir au^st : Coatroverte sur Vaulheniicité des se,4 véritable* Epitret de

DICTÎONNAIRJS IGN 32

passaj;es omis ou iolerpolés, prouve un bui systématique : ainsi il est spéiialement question des droits de la hiérarchie daiis les cliapilres 2, 3. 4, 5, 6, 7, 8 et 9 do VEpilre aux Ephésiens; au 7 el 8' de VE^ pitre à saint Polycarpe; dans le 9* de celle aux Romains. Tous ces chapitres manquent inlégralert^ent dans la version' syriaque.

El si les auteurs 'de celle version y ont conservé d'autres passa^^es concernant le môme point, ils n'ont agi ainsi que pour mieux tromper ley contemporains ou la postérité, semblables en ceci a dé généreux larrons qui font grâce de quelques oboles quand ils emportent l'or et l'argent el ce qu'ily a de plus précieux dans une maison.

Le texte grec a été révoqué en doute par les ÇenturÎQteurs de Magdebourg; Calvin la allâqué avec violence et mépris. Il disait dans sort abrégé des Institutions: « Quant à nous opposer Ignace, il n'est rien de plus pulide que ces vieilleries qui circulent sous son nom, c'est une intolérable im[)udenLe que de se plastronner, pour duper,de pareils fantômes (57). » Lan,^age bien digne des pères de la Héformel Mais presque tous les savants du temps s'élevèrent contre les misérables attaques de Calvin. Il y eut partage, dpns le XVI' siècle, au sujet de l'aulhenlicilé du texte grec; mais enfin, vers le milieu du xvii* siècle, et surtout dans le xviii*, il ne resta plus aucun doule h ce a^'Mjet (58).

Les docteurs anglicans et les protestants d Allemagne furent presque unanimes à yençer le texte grec du m'épris dont avaient voulu le frapper certains controversisles.

Nous dirons donc avec Dom Ruiuart : o II est inutile de prouver désormais la sincé- Hté de CCS EpUres, d'après les élucubrations de tant d'hommes très-doctes, même élra^ngers à l'Eglise romaine. Grâce à eux, il n'y aura plus à douter de leur autheulicité que pour ceux oui osent renoncer toôme aux livres de lEcriture sainte, s'ils contredisent leurs erreurs. » Nous dirons aussi avec Mosheim : « Satïs la querelle sur I ongme divins et Tantiq^iité de Tépiscopal, p 1^ *iJ»^ail pas eu de controverse sur les Epures de saint Ignace. Loin do nuire h leur autorité, lès' attaques des presbytériens ont plutôt nui à leur propre considération (59). »

Saint Ignace parle de la hiérarchie en termes si clairs et si positifs, que Ton comprend, en elTel, comment les aCiaque's contre les i£>l/rc* sont venues surtout du

sàini Ignace, ilang Les Pères apostoliques et leur épojfue, par M. ïaUhé Freppel, I vol. iii-8% igJî), p. û53à 358.— M. Cureion a fait paraîne, en iîS45, iTo'is Lettres de saint Ignace, &Mis une fradiictioa syriaque plus ancienne ppui-élre, disent les Annal depliiL chrét. (tom. XXXIV, p. U3). que les m;.iiiiscnls grecs exisiant. The ancieni. Syriœ version of ihs epittles of saint Iguatîus, edited willi an ei»:giish iranslulioit und noies by \V. Cureion. LouJun 184^>, in.8« (XL el 108 pages).

(39) Conmentarium de ret>. Christ, ante CoittContiuitmf llelnisiadl, 4718.

IGN

DE L'IllST. UNIV. DE l/EGLISE.

IGN

méconlentement et du dépit des sectaires.

Citons -en quelques passtiges ; « Vous devez, dît-il aux KpUésiens, vous devez ronnourir è la volonté de TévAque comme vous faites. Vos dignes prAlres sont d'accord avec révèque, comme les cordes d'une lyre, et votre union fait un concert merveilleux pour chanter la gloire de Jésus- Christ.. « Combien n'êtes -vous pas heureux d'être unis k votre évêque, comme TEglise à Jésus-Christ et Jésus-Christ au Père I Quiconque est séparé de l'autel est privé du pain de Dieu.... Prenons donc garde à ne pas résister à l'évêque, afin (fêtre soumis è Dieu. Plus on voit i'évêque garder le silence et plus on le doit craindre. Il est dono évident que nous devons regarder Tévêuue comme le Seigneur lui-même : aucune hérésie n'habite parmi vous, vous n'écoutez personne plus que Jésus-Christ (00). »

Dans son EpUre à saint Polycarpe (61), saint Ignace s'adressant h tonte TEglise de Sn^jrne, dit aux fldèles : « Ecoutez l'évêque, afin que Dieu vous écoute. Je donnerais ma vie pour ceux qui sont soumis à Févêque, aux prêtres» aux diacres : puissé-je avoir avec eux mon partage eu Dieu I » Dons ceWe aux Romains : « Souvenez-vous de l'Eglise de Syrie qui a Dieu pour pasteur à ma place. Jésus - Christ seul la gouverne et votre charité. » Il est tout aussi explicite dans son BpUre aux Magnésiens : « Celui qui cède h l'évêque, cède à l'évêiiue de tous, au Père de Jésus- Christ. Obéir avec dissimulation à Tévêque visible, c'est offenser celui qui est invisible; ceux qui reconnaissent de nom un évêque, et font tout sans lui ne sont chrétiens qu'eu apparence; révéque préside à la place de Dieu, et les prêtres à la place du sénat des apôtres, les diacres, comme ceux è qui est confié le mystère de Jésus-Christ. Comme le Seigneur n'a rien fait, ni par lui, ni par les ap6tres,sans le Père, auquel il est uni, ainsi ne faites rien sans l'evêque et les prêtres ; n'essayez pas même de trouver rien de raisonnable en particulier. » Enfin, dans son EpUre aux PluladelphienSf il leur recommande de fuir le schisme et l'hérésie: « Soyez unis à l'evêque, aux prêtres et aux diacres. Tous ceux qui sont à Dieu et h Jésus-Christ sont avec l'evêque. Il j a un seul autel, un.seul évêque, avec les prêtres et les diacres' mes confrères, attachez-vous h eux. Quiconque appartient véritablement k Dieu et k Jésus-Christ demeure attaché à i'évêciue. Si quelqu'un se rend partisan du schisme et de l'erreur, il n'aura point de part à l'héritage de Dieu.

Ce sont des piaules pernicieuses que Jésus- Christ ne cultive point, parce qu'elles n ont pas été plantées de la main du Père. »

IV. Mais on ne sera pas fêché de voir un ensemble de la doctrine de saint Ignaoe sur les principaux articles de la théologie. Nous allons l'offrir au lecteur en citant des pas-

sages de ses Epttres : toutefois nous devrons nous borner au milieu de ces richesses, qui tontes - et encore une fois ce serait le une grande preuve d'authenticité à défaut d*autres — respirent le plus pur parfum des temps apostoliques. {

A commencer par les trois personnes divines, nous avons sur leur égalité deux témoignages dans l'Epttre de saint Ignace aux Magnésiens, oii il les exhorte, premièrement à s affermir toujours davantage dans la doctrine du Seigneur et des apêtres, afin que tout leur profite dans le Fils, le Père et le Saint-Esprit ; ensuite à être soumis k leur évô(jue, comme Jésus-Christ Test au Père suivant la chair, et les apôtres au Christ, an Père et k l'Esprit (62). En ajoutant, suivant ta chair, il donne clairement k enteu'ire qu'il e.^^t en Jésus-Christ une autre nature, suivant laquelle il n'est pas sujet k son Père; et celle-lè qui ne peut être que la nature même du Père ; laquelle par conséquent doit être une dans les trois personnes divines, qui sont également le principe de notre félicité et k qui les ai^ôlres étaient également soumis.

Outre cela, nous trouvons en particulier, dans toutes ses lettres, les témoignages les plus clairs de la divinité du Christ, de sa génération éternelle, et de sa coexistence avec le Père avant tous les siècles. Une fois, dans l'inscription de la lettre auxEphé* siens, et deux fois dans celle aux Romains, Jésus-Christ est appelé notre Dieu. De plus, dans la première de ces Epttres, il appelle le même Christ, Dieu existant dans Tliomme»

Dieu manifesté dans l'homme, Dieu pointé dans le sein de Marie, et son sang, le sang de Dieu; et dans la seconde, notre Dieu Jésus-.

Christ oui existe dans le Père. Nous voj^ona dans celle aiia;rra/{ieni,c Dieu Jésus-Christ,» et dans celle k l'Eglise de Smyrne: «Je glorifie Jésus-Christ qui est Dieu, et vous avez bien fait d'accueillir les ministres de Dieu le Christ. • Dans celle aux Magnésiens : « Jésus-Christ était avec son Père avaut les siècles, il est sa parole éternelle et u'a point été précédé au silence. » Et dans celle k Polycarpe: « Le Christ, étant au d.elk du temps, éternel, impalpable , invisible et impassible, s'est fait visible et passible pour nous et a souffert pour l'amour de nous en toute sorte de manières (63). »

Il n'explique pas avec moins de i>onbeur l'union des deux natures, la divine et Thumaiue, dans là personne du Verbe, i^ar ces belles paroles dans l'Epttre aux Epbésiena :

n II n'est qu'un médecin k la ton charnel et spirituel, lait et non fait, Dieu dans l'homme, vraie vie dans la mort, passible ai impassible, de Marie et de Dieu , Notre- Seigneur Jésus-Cbrist. » Paroles où le saint martyr, plusieurs aiècles avant leur naissance, a renversé trois hérésies pernicieuses, celle d'Arius, celle d' Kutycbès, celte

(GO) S. Ignat., Epiit. ad Ephes., n. 3. aposioL, t. II.

(«H) Niiiii* 7* (€5) Apiid Colcli t, totii. II.

(Bi) EpUt, ad Magn,^ n.lStpudColelier, Pûtres

Dicno:<iN. de l'Hist, cnit. de l'Egusr V.

Page 1