‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. EncyclChapitre 22 sur 57 · INN DE L'HIST. UNIV · texte numérisé non relu

INN DE L'HIST. UNIV

étrangers, Pelage et Célestin, orii^iMaircs de la Grande-Brelugne. ,

li s'agissait, eetie fois, du do?nie fondumental de la Grâce, ba^e d'* la réi;énj'ralion s|>iritij(lle di* rhoinme. Celle doclriiie au^si ardiio qu'iraportaiito, Irnnva dans Pélagie un adversaire redoutable, el d.nis saint Augustin un défensei-r inlri^pide. De nos jnurs, où le jnnsiînisfue a rappelé l'allenliou sur ces n>aiières, on a pu comprendre de quelle diOicuIté il était de les traiier avec r^xacli- Inde, la riguj'ur el Tintégrilé théologiques. Pélngf, <|ui donnait son nom à. la nouvelle erreur, quitta Tan 405 le monastère de Baiigor au pays de Galles pour se rendre à Rnmo. Esprit subtil, séduisant, habile d('ius fart de la dissimulaiion et de Téquivoque, il nourrissait depuis longtemps le germe de son système sur la toule-puissance de la Yi)Ionlé numainr. Il commença à le développer ostensiblement, dms un voyage qu'il Gt avecConstantius, son disciple et son ami, & Carthage. Saint Augustin avait écrit dans son livre des Confessions^ commencé en 397 : Domine^ da nobis quod jubés et jubé quodvis. Pelage s'éleva dans une assenblée d'évèques, contre celte proposition. C'était jeter le gant à Tévéaue d'Hippone, qui le Tvleva pour ne plus !e déposer. Plus il devait à la grâce, plus il se crut obligé de lui rendre. Vingt ans il poursuivit le pélagianî$me; et en mourant, il putserendreà lui-même le témoignage que Thérésie , percée de tant de Iratts. ne narderoit pas à le suivre au tombeau.

Les erreurs de Pelage regardent trois chefs principaux : le péché originel, le libre arbitre , la nécessité et la gratuité de la grâ»;e. Premièrement , Terreur fondamentale de Pelage était de nier la transmission du péché d'Adam et d'Eve à leur postérité.

Bans son sy>lènje, le péché de nos premiers parents n'avait pu nuire qu'à eux seuls, et s'il portait préjudice h leurs descendants , ce n était pas comme faute héréditaire, mnis tout au plus comme mauvais exemple; par conséquent, le baptême n'est pas donné aux enfiiuls pour effarer une tache originelfe, mais pour leur imprimer le caractère, le s«(*au de l'adoption. Deuxièmement, sur le lîiire arbitre, Pélago enseignait: 1* Qu*il e2»l au^si entier, aussi fort en nous que dans Adam tivanl son } éché ; 2" que hs forces du lil're arbitras sans aucun secours iiurnalurel , suili?ent h l'homme pour accomplir tous tes préceptes divine, surmonter toutes les tentations , s'élever à la plus sublime prfectioni el obtenir la vie éternelle. Troisièmement, la grAce, dans un te) système, se trouvait par le fait annulée. Mais, comme il eût (té impo^sil)le d*en supprimer le nom, Pelage faisait cons.sicr ce don gratuit dans le libre arbitre lui-u;ème, que Dieu nous accorde sans nous le devoir. Saint Augustin objectait que Jésus-Christ avait

(t72) ?%' exemple, ses trai es : D^ta Nature et de la Gràfe; du Mérite de îa Rémisi^ion d.*A péchés ; de U Gràeedu uftuveau Tesiamenit di la P^rfeclhti de la Jmtice de l'homme; du Libre Arbitre, Yotj, TEluUc

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apporté unegrÂce plus abondante, sans que la somme du libre arbitre f>arût plus grande dans la loi nouvelle que dans l'ancienne.

Pelage répondit à cet argument que cette grâce du Nouveau Tesl/iment consisiait dans les bons exemples du R^Miempteur.

Saint Augustin den^andail alors pourquoi ces bons exemples agissaient sielliiviceinent sur les uns, et laissaient les autres indifférents? Poussé dans ses derniers retranchements. Pelage consentit alors h admettre une grâce intérieure d illumination dans rentendeineut, qui rendait plus facile l'opérai ion de la volonté. Cette grâce utile n'était point indispensable : elle n'était non plus ni prévenante, ni gratuite; et Dieu n'est pas libre de la refuser à qui la mérite par le bon usage de ses facultés naturelles.

Ces notions préliminaires suflîsent pour faire comprendre le sens et la portée du pélagianisme. La première condamnation fut |)ronuncée contre les nouveaux sectaires de Carihage, en ^12, où saint Augustin ne put assister. L'anathème fut t>^rlé contre Célesiius seul, parce que Pelage n'cMait plus alors en Afrique ; il l'avait quittée |)Our parcourir les villes de la c6ie de Syrie. Les erreurs de Célesiius avaient é.é réihiites à sept princif)ales : l"* Adam a été créé suje*. h la mon; 2" son péché a é.'é personnel, et ne s'est point communiqué à sa race; 3" les enfants, eu naissant, sont dans le même état d'innocence oii se trouvait Adam avant sa chute; k' le péché d'Adam n'est pas le caose de la mort de tout le genre humain ; la ré« surreclion de Jésus*Christ n'est pas la cause de la résurrection de tous les hommes; 5" la loi de Moïse conduit au ciel tout aussi bien que la loi de Jésu-Christ;6'' avant la venue de Jésus-Christ il y avait des hommes impeccables; 7* les enfants morls sans baptême ont droit au bonheur éternel.

Célestius appela de cette sentence au Souverain Pontife, et, sans poursuivre son appel, il partit pour l'Italie, où il continua k dogmatiser. Cependant Pelage, dénoncé par les évêques des Gaules, et en particulier par Héros d'Arles et Lazare d'Aix, comme hérétique, essayait de se just fier aux yeux des évêques .de Palestine, dans une conférence publique tenue à. Jérusalem, et dans un concile de quatorze évêques à Diospolis.

Orose d^Espagne et saint Jérôme étaient ses principaux adversaires. Les Pères de Diopolis, trompés par les fausses protestations de Pelage, l'avaient absous du chef d'hérésie, sans attendre la réponse d'Innocent l*% auquel il en avait été référé, enl«l5, après la conférence de Jérusalem. Saint Augutin publiait, dan^ le même temps, une série d'ouvrages contre les principales erreurs du pélagianisme (172), et saint Jérôme, le suivant dans cette voie, écrivait aussi contrecette hérésie (t73).

La controverse s'éclai rai t des lumièresqu'j

sur Situa Augustin, au litre Confessions de sa^nt Augustin, dans le vol. II! de ce Dictionnaire.

[Mo) Dufis Aon Dialogue entre un Catholique e^ «n Péia^itèt. Voy. l*article JÊhèxe (bsiyi).

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répandaient ces âeux grands hommes. Les conciles de Carthage et de Milève, de Tan 416, établirent, conformément è la foi catholique, que le péché d'Adam a passé à ses descendants, et que, sans une grAce intérieure qui nous inspire la bonne volonté, Ton ne peut faire aucun bien surnaturel ou utile au salut. Les Pères de ces conciles écrivirent au Pape saint Innocent 1", pour le prier de confirmer cette décision par Taulorilé du Saint-Siège apostolique (17^). Innocent répondit aux lettres synouales des évoques d'Afrique par ces paroles remarquables : « Vous avez observé, comme il convient à Tépiscopat , les institutions de nos pères. Ils tiennent, en effet, par une tradition divine, que rien ne peut être réglé dans les contrées les plus lointaines, sans tivoir été porté à la connaissance du Siège apostolique. G*est de là que découlent, comme de leur source primitive, dans toutes les régions de l'univers, les eaux vives et pures de la vérité. » Le Pape conSrme alors la décision des deui conciles, et condamne solennellement Pelage, Célestius et leurs sectaires : il les déclare séparés de la communion de TEglise, à moins qu'ils ne renoncent à leurs erreurs. Après ce décret (i^ Pape, saint Augustin s^écria : « Rome a parlé, la cause est finie. Plaise à Dieu que Terreur Je soit aussi (175)1 »

VI. Mais saint Innocent 1** ne se borna pas à confirmer ce qu'avaient décidé les évoques d'Afrique. Le chef de TKglise combat avec force la doctrine pélagienne. Il démontre à quel degré de misère et d'impuissance les hommes seraient réduits s'ils n'élaient pas soutenus par la grâce d'en haut. C'est à peine si les cœurs purs qui s'adressent à Dieu sont exaucés ; comment le seraient-ils donc, ceux qui voudraient, dans leur orgueil, se passer de la divine assistance I C'est oublier notre Créateur, et faire étalage de notre liberté aux dépens de sa puissance, que de croire qu'après nous avoir créés libres, Dieu n'ait plus rien à nous donner 1 Voyez David, ce n'est point le libre arbitre qu'il appelle à son secours, mais Dieu lui-même : Soyez mon appui, dit-il au Seigneur, ne m'abandonnez pas, ne me rejetez pas, Dieu mon Sauveui' (176). Et pourquoi donc la prière, si le secours de Dieu ne nous est pas nécessaire?

Rien ne peut être plus explicite que les paroles de Tapôtre saint Jacques sur la- nécessité de recourir h Dieu : Toute grâce excellente, dit-il, et tout don parfait viennent d'en haut e$ descendent du Père de

(174) Lps Pères firent connaître leur sentence à Innocent l*% c afin que rautorité du Siège aposiolique se joignît à l<'urs humbles décisions pour •proléger le salut de plusieurs, et corriger la perversité de quelques-uns. i Voici le texte de ces paroles : Ut staiulii notlrœ mediocrilalis apoilohcœ sedii adhibealur auctoritas, La âuprcniaiie du Aiége de Rouie ne saurait être plus caiéj^oriqiiemi établie. La loure qni renfenue ces paroles t la i75« de la Coileci. des leUres de saint Au- >iiu. Trajfuct. de M. Poujoulat, tum. III^ p. iC3

lumière qui ne peut recevoir ni changement ni ombre par aucune révolution (177).

Le saint Pape faisait encore cette réflexion si lumineuse et si vraie : «Le premier homme éprouva ce que vaut tout seul le libre arbitre, lorsque, usant imprudemment de ses forces, il tomba dans les profondeurs de la dépravation; il ne trouva rien pour en sortir; victime de sa liberté, il serait resté éternellement sous le coup de cette ruine, si, h l'avènement du Christ, la grAce du Rédempteur ne l'en eût relevé. Le Christ, dans une régénération nouvelle, efface par le baptême tous les péchés nasses; il atfermit les pas dans une voie plus étroite, et ne refuse pas sn grêce pour l'avenir. Quoiqu'il ait racheté l'homme des fautes anciennes , cependant , sachant que l'homme pouvait

Flécher de nouveau, le Sauveur a mis pour ui en réserve des moyens de s'amender encore; il a des remèdes quotidiens, sans l'efficacité desquels nous ne pourrions pas sûrmopter les erreurs humaines; il faut vaincre avec lui ou être vaincu par lui...

J'insisterais davantage si vous n'aviez |>as tout dit fl78}. »^

Affligé du triste état où l'invasion des Barbares avait réduit les Gaules, l'Espagne et l'Italie, Innocent I" avait dilaté sa charité au niveau des désolations : il faisait des collectes pour secourir, dans ces . provinces , les souffrances et les misères qu'une telle révolution jvait multipliées dans une proportion effrayante. Àlaric n'avait survécu que deux ans à la prise de Home; mais les Visigoths lui avaient donné un successeur dans la personne d'Ataufe, son beau-frère.

Le Pape faisait travailler à la conversion do ces barbares, et, peu à peu, les habituait à courber la tête sous le joug de I Evangile.

Le désir d'établir, au sein de l'Eglise catholique, l'unité de discipline, donnait une nouvelle ardeur à son activité et à soa zèle.

Nous en avons encore un monument précieux dans une décrétale adressée à Décentius, évêque d'Eugubio (179) dans rOmbrio, qui l'avait consulté sur divers points de liturgie et de discipline. « Si les évêques du Seigneur, disait le Pape, voulaient observer, dans leur intégrité, les institutions ecclésiastiques , telles qu'elles ont été transmises par les bienheureux apôtres, il n'y aurait ni diversité, ni variété dans ce qui regarde les consécrations et la célébration des saints mystères.» Par celte décrétale, qui est conservée dans le Recueil de DenyfS le Petit, le Pape veut que le Sacrement de

et s*uîv.

(175) Fleury traduit ces paroles d'une manière peu adèle. Voy, Rohrbacber, lom. VII, p. 530.

(176) PsaLxxsi, 9.

(177) Jac. I, 17.

(178) Les irois lettres du Pape Innocent I*' aux évéqucs africains fout partie (le la Colleciion de ctlles de saint Augustin; traduction de M. Poujolilai, toin. lU.

(179^ Aujourd'hui Gubbio. *

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DE L'HIST. UNIV. DE L'EGLISE

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consolé pnr rapparilion de grands et saiiiis personnages, qui ornèrent PE^li se de Dieu par leurs vertus et leurs talehls. A leur téio brille I illustre saint Bernard, le dernier Je» Pères de TEglise, duquel nous avons eu souvent occAsion de parler. Puis viennent en seconii Ordre, Alger, de Lié^^e; lliipert (ieTny; Hugues Méiellus, de Tout ; Hugues cl Hiubnrd de Saint-Victor ; saint Malacliie, «rljeyêi|ue d'Arma^jh, etc.

Innocent, néanmoins, connut plus les tra- Tcrses que les consolations. La fougue de Louis VU troubfa TEglise de Bourges, eu foulant exclure du siège de cette ville le raudidat canoniquement élu par le chapitre, fH)ur y placer un courtisan nommé Cardut}\h\ Défenseur intrépide des libertés de l'K^lise, Innocent o'hésita pas à jeter, pour t» fail.rinterdit sur les domaines du roi.

C'est encore sous ce Pontife que s*éleva eoire Louis VII et son vassal» le comte de Champagne, une sanglante querelle dont les suites furent si terribles, et causèrent au roi de France un tel regret qu'il entreprit Il seconde croisade pour expier ses torts trop réels. Innocent II ne vit pas cette réparation. Depuis longtemps il avait excommunié les Tiuurtins, et tenait leur ville! assiégée. Enfin illes contraignit h faire leur soumission et les traita avec douceur. Les Romains, se soufcnant d'avoir été battus par eux Tannée précédente, furent indignés de cette bienteiilance à leur égard. Ils eussent voulu que le Pape abattit les murailles deTibur, et contraignit tous les habitants à sortir de la irofince. Ils s'assemblèrent donc en tumulte «uCipitole, rétablirent le sénataboii depuis lûn^iemps, et» méconnaissant l'autorité ponl'tjrale^ recommencèrent la guerre- contre ie^Tilrjrtins. Le Pape s'op^rOsa autant qu'il : ut à cette sédition, employant les menaces e: les présents; mais sa voix no futpas écout*''e. Au milieu de ces efforts pour ramener lepeuple. Innocent 11 tomba malade le 2^ ^t'iHeiubre de Tannée 1U3, et mourut après liau!>p(7 mois de pontificat.

INNOCRNT IIL Pape. Le Pontife dont nous ) -tas esquisser Thistoire, naquit dans la t'C (i'Anagni, vers Tan 1160 oii 1161. Sa tiottle était illustre et fort ancienne. Il re- : 'là sou baptême le nom de Lotbaire ; mais :•ou^ savoas peu de chose sur sa première cî.ljuce.

l.Aprèsavoircommencéses.étudesàRome, i Tint les continuer et les achever à TUni- 'efsiié de Paris, où la réputation des prof'i-^eurs attirait la jeunesse de toutes les l'triies de T£urope, et qu'on regardait avec nisoa comme la pépinière de toutes les Célébrités iotellectuelles.

Parmi tous les professeurs. Lothaire s'attacha particulièrement à Pierre de Corbell, qui éaatt aussi célèbre par ses connaissances en u>éoiogie que distingué par sa probité et la put^eté de ses mœurs. Ce furent les leçons cece maître qui furent le plus d'influence &or la direction et le développement de Tes-

prit de celui qui devait, plus tard» tant illustrer le Saint-Siège sous le nom d'innocent m.

Lotbaire se rappela toujours avec reconnaissance et bonheur son séjour en France et ce qu'il devait è l'Université de Paris, qu il regarda constamment comme sa mèn^ spirituelle. Au>si le voyons-nous, lorsqu'il est élevé sur la Ch.iire de saint Pierre, la prendre sous sa protection spéciale, lui accorder de nombreux privilèges, rendre plu*^ sieurs décrets tendant à augmenter sa prospérité, et lui recommander à elle-même la stricte observation de ses règlements. Quelques années avant sa mort, il envoya en l^rance le cardinal Robert de Courçon en qualité de légat avec plein pouvoir de confirmer, en son nom» les droits de TEcole, et de la doter d'utiles institutions, dont il déclare Tinviolabilité, en vertu de sou omnipotence pontiQcalo.

Les études du jeune Lotbaire à Paris embrassaient surtout l'Ecriture sainte, le mode d'explication usité h cette époque, et son application aux discours publics destinés au clergé et au peuple, le système doctrinal de l'Ecole avec ses profondes subtilités dont plusieurs étonnent plus par leur finesse qu'elles ne parlent au cœur ; enfin la go!inaissanc^detout ce qui, dans les siècles

Krécédents, avait été écrit ou pensé par les ornmes les plus éclairés sur le Christiani** sme, comme règle de conduite et de salut.

Il ne négligea pas Tétude de la sagesse bu* maine. Il donna la préférence au livre De la Consolation de la philosophie^ de Boèce, devenu le manuel d'un grand nombre d'hommes d'Ëiat et de savants du moyen Age (199).

11 possédait également Thistoire ecclésiastique, ainsi que celle des empereurs sous le règne desquels le Christianisme, se propageant au milieu des persécutions, affermit son organisation intérieure, et se prépara aux grands événements dans lesquels il devait remplir un rôle si important pour le monde entier. Non-seulement il connaissait ce que TEcriture sainte nous rapporte de l'histoire du peuple juif, mais il avait fait au^si une étude spéciale des ouvrages de Thiàtorien Josèpbe. Il parait qu'il lisait les auteurs grecs dans leur langue originale, et qu'il se délassait, par la lecture des poètes anciens, des fatigues de Tetude. C'est ce qui, sans douto> Te décida à s'essayer dans la poésie.

Pendant son séjour à Paris, Lotbaire alla faire un pèlerinage au tombeau de saint Thomas de Cantorbéry. De quel sentiment dut-itètre pénétré en présence des reliques de ce généreux atMète, ç[ui avait combattu jusqu'à la mort pour la liberté et les droits de TEglise 1 Combien dut s'affermir cette vocation à laquelle il se sentait appelé» de se dévouer tout entier è la môme cause^l

De Paris, Lotbaire se rendit è Bologne.

Là florissaient depuis longtemps des écoles de droit, où Ton accourait de toute Tltalie

(199) F09. notre arilcle BoicE, n. Yl et Yll, lotu. III, col. 335 et Buiv. IHctionh. de l'Hist. univ. de l'Eglise. V.

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Innocent Itl était, en cffit, accablé d^affaires importantes. Toujours poursuivi de ridée de concentrer toutes les forces de l'Europe contre les Musulmans, il voulait faire conclure la paix entre les Pisans» les Génois et les Lombards. C*est dans cette intention qu'il partit de Rome, au mois de juin 1216, et se rendit à Pérouse. Mais \h il tomba malade, et j mourut le 16 juillet, après nn laborieux pontificat de dix-huit ans, dix mois et neuf jours. C*est dans la cathédrale de cette ville qu*il fut inhumé.

Un auteur français et contemporain a dit d'Innocent IJI : « C'était un homme d'un grand courage et d'une grande sagesse, qui n'avait point de pareil en son temps, et qui fit des choses merveilleuses {21^). » Mais, depuis, combien d'autres conteurs français ont défiguré ce portrait I Nous n'en finirions pas si nous voulions répéter toutes les accusations, toutes les slupides calomnies dirigées contre la mémoire de ce grand Pontife.

Nous ne pouvons, cependant nous empêcher de signaler ce jugement plus que léger porté sur Innocent et que nous avons rencontré avec la r>lus profonde tristesse dans un ouvrage destiné a la jeunesse de nos écoles, a 11 apporta sur le trdne pontifical les talents d'un ambitieux et l'énergie d'un caractère violent et inflexible. Ce Pontife qui dominait l'Europe par des indulgences et des excommunications, surveillait et punissait tout exercice libre de la pensée en

matière religieuse Il vit avec inquiétude

et colère la nouvelle tetidance des esprits en Provence et en Languedoc, et proscrivit les réformateurs (276). >•

Grâctf à Dieu, notre jeunesse reçoit par-, fois d'autres enseignements. Nous lisons, dans un autre livre écrit aussi pour elle, mais non approuvé par l'Université, ces lignes remarquables : « A Célestin III avait

i raÛ'cciiun quM eut (le Pape) pour 8.iint François, et les faveurs dont il honora son Ordre ont obligé à lui rendre ici la iiistice qu*aucufi bon auteur ne lui a refusée. > II u'y en a qirnn, ajoute le bon Chalippe, < U n*y en n qu*iin, Matthieu Paris, qui Ait osé calomnier ce grand Pape. Mais c'est nu anteur tout à fait décrié dans IVsprit des honnêtes gens, par la passion maligne et furieuse qu'il fait

{) irattre contre tons les Papes, laquelle sur ce sujet e rend Indigne de toute croyance. L*ouvrage de ce calomniateur n'a été prodoit par les protestants, i|iie pour autoriser leurs emportements contre le Saint-Siège. {Voy, B.ironiu8,a(/ ann. 596, n. 62, et la «• lettre de Mgr l'évoque de N. en 1719, p. i 13 et suiv.) On est indigné de troiiver dan*i une histoire ecclésiastique, les atroces et injustes accusa* lions de Matthieu Paris contre la méonoire dn grand et saint Pape Innocent III, et ce n'est pas le seul en droit de cette histoire qui cause de l'indigna tion. • (Chalippe , Vie de latnl Françoit d^Assùe , etc., iiouv. édit. 1858. 5 vo!. in-12, tom. I, p. 2U.)

(274) Sainte Lntgarde eut une vision sur féiat de ce Pouiife après sa mort, le supposant en purgatoire pour trois causes qui lui eussent mérité l'enfer sans l'intercession de la Mère de Dieu. L'abl)é Rohrbaclier (Htil.ttniv.i/e/'Eg/., tom. Wlli. p. 457) pense, et nous lui laissons U responsahiiité de cette opinion, que les faux bruits répandus contre la mémoire dlnnocent 111, c ont pu faire

Succédé un cardinal de trente-sept ans, un de ces hommes de vertu et de génie qui pleurent à l'aspect d'un grand devoir parce qu'ils s*y croient inférieurs, et qui le remplissent intrépidement quand ils l'ont accepté. Le nouveau Pontife, digne héritier do Grégoire VII, remua le monde et les rois au nom de l'Eglise : sous sa main, l'anlorilé des empereurs dans Rome souffla son dernier souflie, la liberté italienne grandit; i> fit des empereurs, il imposa In paix an roi d'Espagne, il imposa au roi de France l'obligation de garder sa femme, il eut des rois pour vassaux. Il savait bien quel pouvoir appartenait au Pontife romain. Cet hommele, c'était Innocent II! (276). i» Et plus loin : « Jamais, depuis Grégoire VII, tant d'énergie, d'activité, de vertu, ne s'était trouvé réuni dans un même homme, et l'admiration serait incertaine entre ces deux Pontifes, si Grégoire VH n'avait paru le premier (2T7). »

Dans son originale naïveté, Rohrbacher dit seulement : «i Pour son éloge, voyez ce qu'il a fait (278) ! » Oui, Innocent III a fait de très-grandes choses, et c'est l'un des plus grands caractères qu'aient inspiré Tamour enthousiaste de l'Eglise et l'esprit do la stricte justice. Dans un siècle de fer, son bras 8 été de fer. Génie aussi vigoureux que saint Grégoire VII, il a eu moins que lui h prudence et la mansuétude. Innocent III a, par la force du glaive matériel, dompté les Albigeois. Grégoire VII a, par la force amoureuse du glaive de la parole', converti Béran- ^er. Et voilà pourquoi l'Eglise, inspirée de TEsprit-Saint, n'ayant point canonisé Innocent III, nous offre comme un modèle supérieur saint Grégoire VII.

INNOCENT IV, Pape. — Sinibald de Fiesniie, qui prit, en montant sur la Chaire de saint Pierre, le nom d'Innocent IV, éiaa

prendre à sainte Lutganle une imagination naturelle pour une vision surnaturelle. > Le i\)èine historien ajoute à cet endroit : < Comme innocent lit, dans sou long et glorieux pontiHcat, se vît dans la nécessité de combattre des passions putSRant<'s, <)«] froisser de puissants inléréis pour maintenir la loi de Dieu, Tindépendance de PEglise, la paix cl le lion ordre de la chréilenié, bien des préventions ont pu se former contre lui-même cher des personnes bien inientionnées. C*esl le jugement du docte Nausi. I (Mausi, Baron., ann. ffl6, n. lit Noie.)

(275) Tom. I, p. 112 de VlJuloire de France^ depuis ^inva^ion des Francs sous Ctovis juiqnà ravénemenl de Loun-PhUippe /", par M. Emile de nonnccliose. 5* cdit.; i ouvrage (d'un proiesiani) approuvé par le conseil royal de l'instrurtîon publique, et adopté par le mim'stre de la guerre (et* la se conçoit), pour Técole spéciale militaire de Saini- Gyr, et pour tous les corps de Parmée française. > Honneur à l'Université de France 1

(276) Histoire univenelle, par MM. Bnreiie, Duuïont, Gaillardin et Magin, loni. VIII, p. 132. — La partie de cet ouvrage relative a« moyen âge a été imitée spécialement par M. Gaillardin.

(i77) Ibid., p. 2'iO.

(278) HiiL univ. de CEgL cath., tom. XVIH, p. 457.

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5oumisjiion. Il n'est pas juste que l'on diffùro la sentence de déposition, alin qu'il n*aU pas l'air de tirer avantage de sa ma* l'ce. »

Auisi , après un résumé complet de cette déplorable atTairo, et des efforts tentés par Grég'>irp IX et par lui-môme pour arriver à une solution paciTique, Innocent ajouta :

« Aprô.s en avoir dcMibéré soigneusement et mûremen' avec nos frères les cardinaux, et avec le très-î^aint concile, comme nous tenons sur la terre, tout indigne que nous en sommes, la place de Jésus-Christ, et qu'il nous a dit, ilans la personne du biGnhcuroux apôire Pierre : Tout ce que tu lieras sur la tfrre sera lié dans les deux ; et tout ce que tu délieras sur la (erre sera délié dans les deux, nous déclarons le susdit prince» qui s*est rendu indigns de l'empire et de la royauté, de tout honneur et dignité quel* couque; qui, pour ses iniquités et ses crimes, a été rejeté do Dieu, nour n'être ni roi ni empereur; nous le déclarons et dénonçons lié par ses péchés, rejeté de Dieu, et privé de tout honneur et dignité par le Seigneur, et l'en privons par notre sentence, absolvant pour toujours de leur serment tous ceux qui lui ont juré fidélité, défendant fermement, par l'auiorité apostolique, que personne ne lui obéisse comme empereur ou cr>muie roi, ni ne le regarde comme tel ; et voulons que quiconque, à l'avenir, lui donnera aide ou conseil en cette qualité, soit excommunié par ce seul fait. Au reste, ceux à qui appartient l'élection de l'empereur lui donneront librement un successeur à l'empire. Quant au rojraupie de Sicile, nous y pourvoierons avec le conseil de nos frères les cardinaux, ainsi que nous le jugerons à propos. » Alors Thnddée s'écria :

« 11 n'y a plus de remède è la catastrophe; ce jour est vraiment un jour de colère (296)1»

Remarquons que les ambassadeurs mômes de Frédéric reconnaissaient à l'Eglise le pouvoir de le déposer, puisque, pour toute protestation, ils se bornèrent à appeler h un concilo plus général. Enfin tous les Pères apposèrent leurs sceaux à la sentence de déposition, ce qui réfute d'un mot ceux qui, pour infirmer cette sentence, ont prétendu qu'elle avait été prononcée par le Pape seul, et contre l'assentiment du concile (297). C'est par ce coup de foudre que Tassemb ée termifia ses travaux. Voy. h l'article Lyon (xiir Concile de).

VI. Frédéric était à Turin, qnand il reçut la nouvelle de sa déposition. Transporté de colère, il s'écria : *< Ce Pape m'a déposé dans son concile et m'a 6té ma couronne:

d'où lui vient celle audace ? Qu'où m'apporte mes cassettes I j» l^t cpiand ou les lui eut ouvertes, il ajouta : « Voyez si mes couronnes sont perdues 1 » 11 en mit une sur sa tète, puis se redressa, et, avec des yeux menaçants et une voix terrible, il s'écria :

« Je irai pas encore perdu ma couronne, et

(296) Maih. Paris, p. i.'iS, col. 2.

(i97^ Ibid,, p. 460, col. 1. — C'csl Bos&iiel qui avance celle ^topoiMion \..» (De fens. cleri Gallic,

le Pape ni le concilo ne mo l'ôteront p^is sans qu'il y ait du sanç répandu ! Un homme du commun aura l'insolence de mefuiie tomber de la dignité impériale, moi qui n'ai point d'égal parmi les princes î Ma condition, toutefois, en devient meilleure :

j'étais obligé de lui obéir en quelque chose, ou du moins de le respecter; maintenant je ne lui dois plus rien (298). »

H commença à adresser h tous les princes une lettre conçue en ces termes : « L'antiquité proclame heureux ceux que le péril

d'autrui rend sages Plûtb Dieu que noire

sérénité eût saisi h temps ce bonheur, el que les princes chréliens, qui ont été autrefois lésés, nous eussent laissé celte sagesso que nous vous léguons, par la lésion extrême de notre majesté. Ceux qui portent le nom de clercs, engraissés par les aumônes des Pères, oppriment les fils; les fils mêmes de nos sujets, oubliant leurcondition ptternalle, ne daignent plus respecter ni empereur ni roi, dès qu'il sont ordonnés Pères apostoliques. C'e,st ce qui se prouve par la présomption du Pape Innocent IV. Ayant convoqué un concile prétendu général, il a osé dresser contre nous une sentence de déposition, sans nous avoir ni dlé, ni convaincu d'aucune fraude y ni d'aucun méfait; sentence qui est le plus énorme préjudice pour tous les rois. Car, que ne doit pas craindre chaque roi de ce prince des prêtres, s'il entreprend de nous déposer, nous qui sommes couronné empereur de la part de Dieu, par^ l'élection solennelle des princes, et l'approbation de toute l'Eglise, et qui gouvernons tant d'autres royaumes? lui qui n'a droit d'exercer aucune rigueur contre nous quant au temporel, supposé même qu'il en existât des causes légitimes et bien prouvées?

Mais nous ne sommes pas les premiers que l'abus de la puissance sacerdotale cherche ainsi à précipiter du trône, et nous ne serons pas les derniers. C'est vous qui êtes cause de tout cela, vous qui obéissez à des hypocrites de sainteté, dont l'ambition espère engloutir le monde. Ohl si votre crédule simplicité voulait se garder du levain des scribes et des pharisiens, qui est l'hypocrisie, suivant la parole du Sauveur, combien, dans celle cour, vous trouveriez à détester d'infamies que la pudeur ne nous permet pas môme de réciter 1 Ce sont les granJs revenus dont ils se sont enrichis aux dépens de plusieurs royaumes, qui les ont rendus insensés. Chez vous, les Chréliens et les pèlerins mendient, afin que les Patarins mangent chez eux. Vous opprimez les maisons des vôtres pour agrandir les villes do vos adversaires. Engraissés do vos aumônes, ces prétendus pauvres du Christ, quelle récompense, quelle marijue deroconnaissanco vous donnenl-ilsî Plus vous leur tendez une main libérale, plus ils vous saisissent, non-seulement la main, mais le bras, vous enlaçant dans leur filet, comme un oiseau,

îib. IV, c. 8.) (296) Maih. Paris, 1245.

INN

la principauté royale que le Christ a rondée ; et il a conQé au bienheureux Pierre et à ses successeurs les rênes de Tempire terrestre et de Tempire céleste : ce qui est clairement insinué par la pluralité des clefs. La tyrannie, ce gouvernement sans loi et sans frein, qui, auparavant, était général dans le uionde, Constantin la déposa dans les mains de TEglise ; et ce qu'il possédait et faisait avec injustice, il le reçut alors des sources authentiques comme un don honorable.

a Môme la puissance du glaive es^t dans rKglise et dérive d'elle : c'est elle qui le Tk*\i\ei à l'empereur à son couronnement, aQn qu'il en use suivant les lois, et qu*il la défende. Elle a le droit de lui commander :

Remets ton glaive dans le fourreau. Mais quand Tempereur, au lieu de Tivraie, coupe les fertiles rejetons; quand, au lieu des innocents, il protège les malfaiteurs, et prévarique ainsi follement contre Dieu et TCglise, ce n'est point usurpation, injustice ou cruauté de lui ôler le glaive ; il perd en insensé etlui-nième et le monde. Que n*avonsnous pas fait pour ramener ce pécheur dans le bon chemin! Mais il ne respecte ni pruuïesses ni serments; et c'est avec raison que, pour cela, l'Eglise ne veut point s'en tenir à des cautions innocentes, mais enchaîner par des moyens P^us puissants ce nouveau Samson, que des cordes triples et septriplts u*ont pu lier.

« Avec quel artifice coupable Frédéric cherche à éveiller les soupçons chez les autres rois et princes ; comme si de la part du Paçm il y avait des prétentions illégitimes; comme si les innocents avaientà craindre ce qui le frappe, lui, le pécheur; comme si les rapports des aulres royaumes chrétiens héréditaires avec le Siège apostolique étaient semblables aux rapports de Tempire électif d'Allemagneeldu royaumede Sicile. Celui-ci est un fief pontifical, celui-là uni a la dignité impériale, dignité que le Pape a transportée comme un fief d'Orient en Occident. C'est à lui qu'appartient, ce que personne ne nie.

Je couronnement de l'empereur, cérémonie dans laquelle celui-ci s'oblige, (.ar le lieu de la fidélité et de la sujétion, suivant la tradition de l'antiquité et l'approbation des Ijuips modernes. Mais, pendant que Frédéric avance tant de faussetés sur les dangers de l'autorité de l'Eglise, pourquoi garde-til le silence sur les prétentions des empereurs à la domination universelle et sans limites, prétentions qui, à coup sûr, méritent l'attention de tous les princes, et blessent leurs droits?

(n Ses plaintes sur les défauts de tormes, de citations, de termes, sont de nulle importance : jamais affaire n'a été délibérée avec autant de maturité, ni examinée avec auiant d'eiaciitude. Même dans les consuU

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