DISCOURS «UB LA VIB
nous atteste saint Lnc (ti). Saint Paai» à propos du corps du Sauveur, répète et {j«rantit la oièine parole {v). Passant ensuite h la consécration du vin, TApAtre cite la grande formule par laquelle elle fui accom-
Ï)lie par lésu":, et puis il met ces mots sur eslëTresdu Sauveur: Faitetceci en mémoire de moi toutes le$ fois que vous boirez à ce ealiee (x). Et encore : Toutes les fois çfue vous mangerex de ce pain et que vous boirez de ce calicCf vous annoncerez la mort du Seigneur (y). Faites ceci : c'est-à-dire, du pain mon corps. Faites ceci: c'est-à-dire, fiu trîii mon sang {z). » On ne peut pas contester avec des paroles si simples. Il y a évidemment ici une puissance communiquée et une mission donnée : la puissance et la mission de continuer le prodige de TEucbarislie. Fatref, voilà l'ordre, voilà lamission; et ce mot :Fat7e#, donne aux ministres de Dieu la puissance, par cela même qu'il impose le commandement. C'est une de ces paroles créatrices que le Verbe divin a si souvent prononcées.
Telle est la véritabln origine du pouvoir de consécration et de sacrifice que s'attribue le sacerdoce catholique. L'Incrédulité se hasarde à l'expliquer autrement. D'après elle, les ApAtres auraient commencé jyer s'approprier au figuré le langage de Jésus ; puis, rimagination leur venant en aide, à force (le se représenter Jésus tenant tour à tour le pain et le calice, ils auraient fini par se p^rsnaderqults le mangeaient et le buvaient loi-même à Tantel : « Ce fut lui que l'on mangea et que l'on bui ; il devint la vraie Pâque, Tancienne ajant été abrogée par son sang (a). » Mais qui voudra croire que Ips Apôtres aient eu de pareille^ hallucinations ?« Comme ils avaient pris à la Itttre les paroles Eucharistiqu<'$ prononcées par Jésus, ils ont pris aussi littéralement celles qni les investissaient du privilège de continuer, h travers les âges, le miracle- et le sacrifice de la dernière Cène. Il en a été pour eut du pouvoir de consacrer comme du pouvoir d*absoudre. Dès fori^ine, c'est de Jésns qu'ils ont prétendu le tenir; c'est en effet de lui qu'ils l'ont reçu comme toutes leurs prérogatives. Ils n'ont été conduits à se faire illusion sur ce point ni par de décevantes métaphores, ni par un rêve de leur esprit exalté. Jésus leur a parlé san« figure, ils l'ont eux-mêmes entendu sans préoccupations, et sur ce fait comme sur tous ceux de l'Evangile, leur témoignage n*e&t pas seulement relui de la sincérité, c'est celui de la vérité même (&)• »
Et que nos modernes critiques ne disent point : « Jean, si préoccupé des idées Eucharistiques , qui raconte le dernier repas
lu) Lue. x&ii, i9.
M / Cor. XI, U.
(x) md. 25.
W Ibid. 26.
U\ Mer Platitier, cp. cit.^ p. 257, 258.
jfl) Vie de iisus^ par Renan, p. 305.
[h) MRr Plaii»ier, op. eit.^ p. 259.
(c) Vie de Jésus f p. 387.
DE N.-S. JBSUS-CHRIST, cïiv
avec tant de prolixité, qu\,y rattache tant de circonstances et de discours: Jean qui^ seul parmi les narrateurs évangétiques^ a ici la valeur d'un témoin oculaire, ne connaît pas ce récit. C'est la preuve qu'il ne regardait pas l'institution de l'Hucharistie comme une particularité de la Cène {e). » Il est faux que saint Jean ait seul ici la valeur d'un témoin oculaire ; cette valeur appartient également à saint Matthieu qui était présent à la dernière Cène et qui, d'un autre côté, Q-
Sure ^armi les narrateurs évangéliques. Puis quoi sert de faire observer que le silence de saint Jean, fûl«il absolu, ne prouverait rien contre les récits positifs des Kvan^élistes appelés synoptiques par nos cuti' quesf Enfin, comment ne pas rappeler que c'est dans saint Jean que se trouve le grand discours de la promesse, et que nulle part la doctrine Eucharistique n'est exposée plus nettement et plus admirablement, que dans cette pnge mémorable ?
Ainsi l'Eucharistie, s'écrie avec éloquence le prélat que nous avons suivi dans cet exposé touchant le mvstère adorable de nos autels, «ainsi l'Eucharistie, cette autre incarnation, cette image toujours palpitante du Calvaire, cette manne des faibles comme des forts, cet arbre de vie planté dans le jardin de l'Eglise à côté de l'arbre de mort, cette source d'eau rafratchissante dans le désert, ce grand bouclier des Ames, cette gloire du prêtre, cette consolation du fidèle, ce banquet de famille pour tous, l'Eucharistie, I Eucharistie notre trésor, notre pasnon, notre bonheur, notre espérance, I Eucharistie reste debout sous tes coups dont rincrédulité avait voulu la frapper d'une main parricide. Ni le tabernacle ne s'est vu ravir son Hôte sacré, ni l'autel n'a perdu sa grande Victime, ni le monde coupable ne reste sans expiation. O Jésus I Jésus I le sophisme a bien voulu vous arracher à vos temples comme à nos embrassements. Mais l'histoire et notre amour vous y retiendront éternellement vivant et captif pour la joie de ceux qui vous aiment (d), > et aussi, nous vous le demandons, ô Sauveur, miséricordieux! pour la conversion de ceux même qui blasphèment aujourd'hui, après avoir autrefois connu les douceurs de votre Table sacrée !..
Mais ne quittons pas si vite ce mystère d'amour; pénétrons un peu dans ses profondeurs, et voyons -en les conséquences fécondes : c'est là qu'il fait bon dresser sa tente et demeurer pour vivre en la vrqie vie, goûter Dieu et le faire aimer par ses semblables (e).
Jésus-Christ aime» et par son amour, il
(d) Mgr Ptantier, op. ni., p. 260.
(e) Nous tirerons ce que nous allons dire tel des belles pages que le P. Gratry a consacrées à iV mour de Jésus pour les hommes. Voir son oavra* ge Les Sophisiest etc., p. S67-5S9. — Il faut lire aussi tàiiessus rcavrage de M. Tabbé GtbripI, caré de S^tnt-Méry, intutité : Ik la vie et de ta mort des natîom, io-S, f857| surleat la iv« partie des
DICTIONN. DE L'HIST. UKIY. DK rKGUSK.
cw
lionne ioot. Il fait passer en nous tout ce qu*il a* et ^s vie-^nême. Lui-même a dit ceci de son amour : « Ni|l ne pegt avoir plus d^amour que celui qui donne sa vie [>our ceux qu'i< aime. Vous êtes cçux rjiie 'aime, n Mais prenons-y garde et, oubliant
e seqs vieilli du mot amour, efforçons^nous J'en savoir ta divine nouvcàuii^^ celte nouveauté que Jésus-Christ, par sa vie réelie^t j>ar son esprit subsistant, Ji^i a dopnée et \m maintient.
^mour. signifie acte d'ftme. et non langueur de sentiment. Quand Jésus dit : Tagis incessamment (f), il |)arl|e surtout de son acte d*.âme et du perpétuel élan ci continuel mouvement de son cœur qui aime, et qui opère incessamment pour guérir, éclairer, inoculer la foi, Tactivité, Tanie^nt amour de fa vie éternelle. La descri,()tion de Tœu- Tre essentielle de l*amour se trouve en traits de feu dans Isaïe : Quand vou9 aurez tersé votre âme dans une, âme abaissée,., pour iui rendre la vie^ voire tumère alors jaillira comme V aurore et sera le jour qui éclaire {g)*
telle fui l*œuvre de Jésus-Christ : donner sa rie, maintenant et à l'heure de la noort ; donner actuellemept sa vie, son Ame, son cœur, son esprit et son souffle, et son contact, .et la vertu de sa vie physique, pour guérir, pour nourrir et régénérer, pour inoculer la sagesse, la fo.rpe, la yie divine»
l'immortalité.
Mystère trop peu conny I les hommes doivent se donner la vie les uns aux autres, et se ipainlenir dans la vie, et s'y maintenir toujours, et s'iqomortaÙser en Dieu par la communion de la vie. Dans la force de Dieu, ils se soQi mpltipliés sur la terre, nar la forme première de Tamour ; ett par la plus haute forme 4e r8aK>ur, dans la force de Dieu, ils se maintiendront immortels, et c'es/L .cette tormfà de l'amour qu'apporte tléisus-Christ ^o.ur dpqper la vie éternelle.
Pour comprendre Tamoar du Christ, spn état d*Ame et 9on acte d*Ame, il faut toujours et avant tout, vous représeqter qu'il est homme pomme vous. Puis concevez, autant que vous le pourrez aujourd'hui, que vous soyez en Lui, et Lui en vpu$ : c'est ce (]u'il vous demande, puis alors, avec Lui, jetez les yeux sur tout le globe. Là regarder les hommes, resardez bien.
Voyez d^uc^rd de loin Ui mas^e con&ise, les pAies muUit^d^ eOiarees* Voyez tou4es les nalioAS et tops les ^mp3« Voyez ces louiez h^md^ip^s «OHehées p«r ^erre, foulées
Saeremenie^ 1 1 spécialement les chapitres consacrés à r£ucbariblie, où Tauleur noos roonire parfaitemeet coomeni uo«s dé^u%^ctotiger tes Sacrements dans le inonde, partout, auioor de nous.
(f) ioan. V, 17 : Puier n^eus usquLe modo opefUêturj
giqo oper.or. — L*êu>rit de iesus^'Cbrlst n'est ■nsis hierle : iainiMS 11 ne dfBineura dans la vétMSlô du passé, Çiins rinet lie d^ la pensée v^ilUa : f Tapis incnssaoMpçnl. dit^i), parce wie imon Père ai;|t mçeHSmaitçn^ f Aipsi. p^çM dire nar coipparaison, aiijsi se n^aMt t'espiit vi^i ^ 1>^* ^^^ çst (QMt acte : Ij^pHt^ à Vm f^t m «cie, ati-
au% pieds ceimme des hrebisdia persées« sans pasteur qui les dirige et les nourrisse. Et tAchez alors de comprendre ce que veut dire miséricorde et miséricorde de Dieu : {>«tié du cœur de Dieu, versée dans votre cœur, avec l'Esprit-Saînt et le suave conseil de Jésus-Christ, qui demande voire vie entière pour nourrir et vivifier ces foules. Puis approchez et voye«-ie, dit-il i ces fouJes ; contemplez la figure des hommes, et plon*-
5ez vos regards dans leurs yeux 1 Li quelles ouleursl quelles tristesses, quels abaissements et quelles rrulila^ionsl et aussi quelles ressources! quelles noblesses! quels entlu)i]siasmes et quelles beautés! Voyez alors si yolre cœur n'éxîlale pas en amour ave,c celui du Christ, et si vous pouvez ne pas dire : « Je suis à vous, Jésus-Christ, mon Maître., pour vous aider è sauver le monde 1 Je suis venu pour sauver le monde (&)! Je suis venu pour quils aient la vie, et pour qu'ils l'aient de plus en plus abondamment (f). »
Au fond, le but de Tuiii vers, la volonté de Dieu, la vraie religion, le vrai bonheur est ceci même, savoir : que les êtres raisonnables et libres s'aiment entre eux, et parviennent à n'avoir qu'un cœur, qu'une ftme, et une même vie. Pensons y :cela môme est la béatitude, et la vie éternelle, et l'immortalité. Oui, tendre sans cesse, arriver à n'avoir — comme étaient les premiers chrétiens qui nous ont ainsi donné le mérite de rivaliser ici-bas (j)t — arriver è n'avoir qu'un coeur, qu'une âme el une même vie»
tel est le souverain but vers lequel doit tendre Thumanilé. • . Croyez - irous donc qu*en cette béatitude, unis entre eux et avee Dieu, les hommes, qui voudront d'une vraie et sainte volonté réaliser ce but» ne sauront pas se maintenir, l'un par l'autre, dans la vie croissante, et dans la possession, Tadoration et la contemplation croissante et l'infini d'amour, de science et de beauté?
Une chose désolante et touchante en mèipe temps, c'est de voir que les eftorts désespérés de rincrédulilé, et les derniers excès de la radicale négation, aujourd'hui, se retournent k chaque instant, avec la plus étrange facilité, Vers le désir, la recherche, l'aflirniation de ce bienheureux idéal, qui est celui de Jésus-Cbrist. Nous lisons, dans les pa-
(;es mêmes des ennemis du Christ , nous isons que le progris indéfini des choses amènera peut-être un jour parmi les hommes, fnon- seulement la seUnce infinie f mais encore la puissance infinie t le règne
tant quM est possible à Fesprit Oui el ctéé. Il ne dort pas sur Tacte anci(*ti, ne se limite imini au passé ni au présent, ne languit pas daas 1 identité. Il saii sortir de sol, pour recevoir toute nouvelle impression de la vie, toute expérience et toute Inspiration de Dieu. (Foif. le deniier § de ce Dtsconrs,)
(g) /sa. LViii, 10.
ih) Jçan, uu 47.
(I) Joan, z, iO.
ij) Vide AcA, cap. i
DISCOUAS SUR U VIE DE N.-S. JBSO&CHRfST.
afu
des ttiprU$ iotelligenis et libres ^arj'mî- Ten Ja résurrection pour toujours des Ames et des consciences , la vie eomplèie de^ hommes en Oieu. Mais pourquoi demander pour ces choses des miniers d'aqnées [A) 7
Hélasl pauTreâme déçiie» c*est parce que tous sente? en vous, tien réellement, la dislance infinie oi^ vous vous âtes librement placéej loin du but et du ,Père. Quan4 on n*à pas oans I*âme TinBuie vertu de la foi,e*est-A-dire» comme l'enseignesaintPaul, la substance des choses espérées (/), J*on u'f peut croire» ou^ si la raison même jf po.u$$e, on n*7 peut croire qu*k PinBni. Vous espérez» c'est bien, courage* mais pourquoi de si loin? Uenfant» la femme, le moincire cœur qui porte en lui Dieu et sa foi. ce cœur-lk croit à Inexistence actuelle des divines choses, ft rexislence du Père et de sou paradis : Aujourd'hui tn/mf, lui dit ia 8a^ gesse. aujouriThui vous serez avec moi a^ paradis (m). L'enfant de Dieu croit fermement à la présence actuelle du Père, à son regard sur tout mouvement, sur toute pensée. Vous, vous croyez. que notre Père n'est pas encore pré.sent, n'^st pas encore vivant, mais que, par des milliards de siècles, il se fera, et qu alors seuJemeot l'espérance aura en raison, et la foi aura bien aeviné. Oui, certes, tnais la foi vivante croit qu'il en e$t ainsi dès k présent, parce qu'elle porte ejji elle la siAsianee mime des divineê espérances. Elle ne voit rien, mais elle sent tout.
Quant k voiis, vous voyez de yos yeux, çomaie nous tous, q.ue sur notre planète, dans tous lesfaiis extérieurs et visibles, le règne du Père n'est pas, hélas I encore coin** plet (fi). Hais vous n*avey pas le droit d'en rien conclure contre ce règne (o). Et comment ne comprenez- vous pas le poids divin et vraiment décisif de la révélation de Jésus- Christ? Regardez dans les textes de celte Kévélation, méditez les enseignements de
(Is) WL VsJbbé Grelier# dans son Emmen cHtiqwe aie U Vie de Utus, de Renan, S* édii. ehep. 0, fait Texposéde ces désolaïuas doctrines 4e UierMH (/«tmr qpî se résuiuentdansauelaues noms, ttegel, Liiiré, tteiian, etc. ; ce que oit ici le P. Gratry eu est une belle réfutailoq.
(I) Bébr, XI, 1 : Est autem fides tperandarum miHiMtia rerum.
(m) ËAUm llttl, 4S.
<i») Weir là desmis le Mém. €:«(*., entre qoantUt d'eadreits, 4e vol. de 1:864, lom. XX, p. 87 ei SUIT. ; p. 98i» ei auîv« acticlts de 4* i'sbbé Saiiite-Croix.
(o) Et TOUS n!avez pas le4roit, non plos^ de prendre Uolémeni tous les teiies relaiift au royaume de Diea et, loin de les rapprocher, de les distinguer, pour prétendre, comme Ta fait Renan (p. ft7l) , sons faire voir coimne aotant de Tariatioiis dan» 4e pettsée de Kotre'Seigneur sar ce -poitit capital. On treuvera contre ce procé«té de bonn**s obsenrattooa deaa M. H. Wallon, La ViedeJéeue H son nawei AtsiarJM, %• édlt. p. 163, 464.
<p) £iK.B:vit,SI.
(^) Mailk. Mil, 31, 82.
<r) HoiiA. fi, 10; Lue. xi,3.^0tfl, le règne de Dieu» et le Régne de Dieu sur ta terre comme au aei, voilà notre espérance, fondée sur ce teiie de saittl Pierre : notfos sera cœlosf ei nofidi xïmjm
flxvni
J'ag90ur« las eapénancps Aa la4xmaomma« 4ion» eyt lés inslkutions certaines du Christ, irt riudé&ctible tfot des Chrétiens, snr le point dont il s*agit ici, la venne du règne jda Oipu.
Le nojra«ima da IHen est dès k ncéseat aa miUea de vousi(p}, a dit Jésus^Cfarlst, el it sfs dé.ve]Qppie comme un germe, le plus petit idesgern^eSf aaais qui sera 4e plus granq-des ^rbre^ (f). Comment en seraH-iilacitremenry §i le règne de Dieu doit Tenir ? et M viendra, l^uiaaue .Jiés»s-^r.ist nous a appris è le-de- ^mander ûiQesaamment : M^^i^t refnum fm*m» Fiot t>oluntas iTiia, sieui in cœlo et m terra (r). Comment donc ne serait-il pas .na Korme, puisque nous en parions et l'appe- Jous,et le voulons?... Lecham^), c'est le noondel Celui qui sème, £'est lei Ftls de JUiomme* Comment n'apenc&vez-vous pas n Jrésus-ChrÂst les commencements de cette science infinie, et de ceite puissance infinie^ et'de cet amour infini qui entreprend de 4;on8omraer les hommes dans rnnité, et pour iea établir t (a table du Père de famille» de les nourrir du bi«u.vage et de raliment qui produit l'immortailité ?.»•
Ces claires lueurs de science ânfinie , de
Îuissance infinie, et d*amour infini, menaol l'immortalité, sont précisément manifestes dans la fin des quatre Evangiles, en la seconde moitié de saint lean , dans ces dis^ nours qui ont plus perticulièremeot le caractère du Testament, loi se résume toute la science de notre divin Mettre, toute sa Ibroe, et tout son amour, toute son Ame, et si on peut le dire, tout son corps. Ici Lui lout entier. Regardez et voyez I tout cela jdans une idée simple qui est son Testament et son héritage : • Je mous dontie, é mes bien^aiméê^ mon esprU et mon eorps ; soyez .an moi, et moi m vous{s),ifuicoeiquê sa nourrira de moi, ne mourra pas (i). Jlfoti Pire fit moi mesurons A lui /et nous jferons en lui
eemndum promisea ipehiê exspeetatnne, m Qvmrs MJSpnTii BABiuiT {Il PeêT. III, 18). Et ee Rè|;iNs l\na nous devons attendre, appeler, bâter de tous aies pips ardents déaîrt : B^spaeimius et prspsni»* Us in advenlum diei Domini (f^id., ii), est en germe au milieu de noua ; nous pouvonst si aou^ le voulons, e*est-à-dire en éunt tout k Jésus seul et en opérant uniquement dans son esprit et dai\s «es voies pures et inimacnlées, nous pouvons dëjà, m aMiant que cela peut nous être donné dans notrie eut de ehttle, le réaliser en partie ici-bas, le prëpa* «trdu moins» le faire croître, le faire avancer, tiais il ne recevra son complet adtèvement, sa partsiite et éternelle réalisation qu'ian second Malofieu^i Avé%ep rocnl de Jésus-Christ, qui régnera pleinement alors sur la terre comme au ciel, et son régne n*aiira paa de Un : et regnabU in domo Jaeib (c^est-à-dîM tout la genre buniaiii) in œUrnum, et regni ejne non eriS finu (Luc. I, 5i, 55). I^es pagea^ue nous eiH>D8 ici ne traitent pas celte question, anais évidemment, elles la supposent ; dans tonales cas, elles ne Tiu' ûrroent point ; nous demandons la permission de renvoyer au Mémorial Catholique, où elle-est étudiée «B plusieurs endroits evec des déveleppementa^ue noua ne pouvnna tui duniisr dans ee Diaeourali
(s) ioau. 2V, 4.
\t) Joan. viy 55,50. ^
DICtIONN. DE L'HIST. UNIV. DE LEGLISE.
HPirt demewr€ {«)• Et je voum donne un eontmandemeni nouveau^ qui e$t de vous aimer ie$ uns les autres [v). Ce commandement est la vie étemelle (x).
Tel est ce Testament qui indique IMnfini de ta science^ de la puissance et de raiiiour. Quel est !e fond dernier de la question uni- Yerselle ? Le voici : Tout ce que nous voyons roule et passe comme de reau. Or, nous voulons et nous concevons autre chose.
Nous voulons vivre éternellement. A cela Notre-Seigneur répond ; Tapporte la vie éternelle. Cesi\ht évidemment, la réponse désirée par tous les cœurs et par tous les esf^rits.
Mais quel est le moyen de sortir de la vie qui passe, pour entrer dans celle qui demeure 7 j^ue faut-il pour cela? Nous faut-il appliquer aui choses, et à nous-mômes , les formules de la science infinie? Non. La réponse est d'une évidence absolue et d'une simplicité divine : « Ils iront « cetix quifbnt te frten, à la résurrection de la rte, et ceux qui font le maU iront à la résurrection du jugement [y), i» Ainsi, la droiture, la justice, la bonté et la bonne volonlé, voilà ce qui conduit au but suprême de l'espérance. Et pour faire cette conquête de la bonne volonté, nous faut-il des milliards de siècles H la science infinie? Non, la pratique du bien suffit, du bien te! que J^^sus l'enseigne, et chaque âme peut aujourd'hui même toucher au but : Hodib , mecum eris in para" diso (i).
Mais pent-on soupçonner quelque chose de ce qui fait l'essence de la vie éternelle T Oui , et la réponse est encore vraiment digne de Dieu : « Je sais que son commandement est la vie éternelle fa). Le commande* ment nouveau que je vous aonne^ c'est de vous eUmerUs uns les autres, comme je vous ai <itmes (6). 9 Donc, s'aimer les uns les autres , constitue la vie éternelle. Et comment Jésus a-t-il aimé? Il nous le dit : Il a aimé jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il aime (c).
Ne concevez'vous pas idéalement que , si chaque être savait et pouvait, sans réserve , donner incessamment sa vie, il y aurait une circulation parfaite dans Tunivers entier, qui maintiendrait toutdans la vie?Or, Jésus vient précisément apporter cet amour nouveau, qui se donne , afin au'on ail la vie, et pour qu'on ait la vie de plus en plus abondamment (d), c'est-à-dire la vie éternelle.
Quelle est la grande institiKion positive de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le centre de ce culte qui est esprit et vie? N'est-ce pas le
(«) loan. XIV, 25.
(«) Jean, lui, 54.
ix) /oan. \ti, 50.
y) Joan. V, 29.
; (X) Lucm XI ni, 43.
la) loau» XII, 50.
\b) Ibid.
Je) Joaum XV, 13 : Majorem hac dUeclionem nemo ^el, «i afiÎ9iain susm ponat quis pro amieis suie. (d) JottH, X, iO : EgQ veni m «lUm kabeanl et abundanlius hsbeant, (#) Galal. n, 20.
don de sa vie, de sa chair, de son sang, de son Ame et de son esprit, et du Père et du Fils, et de l'Esprit-Saint, dans ret unique dort? N'a-t-il pas entendu se donner perpétuellement lui-même, non-seulement à l'heure de sa mort, mais tous les jours et jusqu'à la consommation des Mèclcs, afin que tous nous ayons la vie, et soyons maintenus dans la vie, et dans la vie toujours plus abondante?
Il entend vivre très-réellement lui-même en ceux qui voudront aimer comme il aime:
in me manet et ego in eo. Le christianisme toutentierTexplique ainsi. r*£«/ Jésus-Christ^ s'écrie saint Paul, c*est Jésus-Christ qui vit en moi le)^ Et il dit ainsi : Glorifiex Dieu et portexAe dans votre corps [f). Les iiremlers chrétiens se nommaient porteurs de Jésus-r Christ : Ypi<rco96pou Saint Paul encore décrit ailleurs î ensemble des hommes, unis entre .
eux et avec Dieu, comme vivant d'un même sang qui est le Sang de Jésus-Christ, en qui nous sommes tous un même corps et membres les uns des antres (a). Et que serait-ce si nous développions ici la doctrine de l'Esprit du Seigneur, vivante dans l'âme et dans l'Eglise r
Tel est l'amour de Jésus-Christ. Jamais rien de pareil ne s'était dit, ne s'était vu. II répond pleinement, nettement, aux plus immenses, aux plus sublimes désirs de l'espérance et de l'amour.
Et, qui pourrait jamais le comprendre?
Celui qui a réalisé un tel prodige. Celui qui a aimé les hommes jusqu'à se donner \\x\^ même, et jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il aime, a été méconnu, repoussé des siens : In propria venit^ et sui eum non reeeperunt (h) I Quelle marque plus grande de ta profonde déchéance de l'homme 1
« Oui, celui que, depuis tant de siècles, ils attendaient comme leur Sauveur, comme la bienheureuse espérance d'Israël , celui-làt quand il vient en son temps , ies chefs du peuple et la masse du peuple de Dieu, le rejettent et le déshonorent. Celui qui vient apporter le salut à ce peuple et à tous les
Eeuples, celui qui seul sait enseigner aux ommes comment tout bien sur notre terre [)eut germer et mûrir, celui-là est jugé pur es plus hantes justices d'Jsraël et du paganisme. Et il se voit flétri comme le plus dangereux séducteur du genre humain.
Celui qui seul, en jface de tout ce que le mal, depuis les premiers âges du monde et pendant tous les siècles , avait accumulé
(f) I Cor. VI, 20.
(g) MuUi unum corpus <«m«<, singuH autem aller ùluriuê membra (Rom. xii^ 5). — > iVescilis quoniam eorpora vestra membra sûnt ChrUii (l Cor. vi, 15). — Vos autem esiis corpus Christi et membra de niem* bro (I Cor. xil, 27). --Membra sumus corporis ejus^ de came ejus et de ossibut ejus lEpkes. v, 50). Yoyex encore : Cotois. ii, i9 ; i Cor. xi, 10 ; Ephes. IV, 17 ; et bcaticoap d^autres lexles àt saini Paul, aussi mystique sur ce sujet que saiut Jeaa lui-inênie.
(A) Joan. I, il.
DISœURS SUR LA VIB DE N.-S. «SUfrCHRIST
et»
d*enTtfrs, de-péché^t, de désordres et de té* roce perversité, celui, dis-jet qui à cette niasse d'horreurs n'oppose que la plus haute sagesse , le plus divin amour et la niansuéiude la plus inépuisable, celui-là se voit renversé par le flot impur, où s'unissent i)aur l'anéantir Je péihé d'isragl endurci ei le péché du sensuel et stupide paganisme-
c Dans le peuple qui, avant tous les au« 1res, eût dû être le peuple saint* le peuple liif'n-aimé de Dieu, l'erreur et le péché s'é« laient accumulés et avaieut fermenté depuis quinze siècles (t) : et voici que la rage et le venin de toutes ces erreurs et de tous ces péchés invétérés, endurcis, ramassés en un seal fojer, vient foudre sur Jésus-Christ. Ei ce n*esl point par accident, par colère passanèredu peuple qu'il sucrombe, comme saint Jpan-Baptisie , mais c'est sur l'essenlielle et unique question de la vie d'Israël, la QDestion du royaume de Dieu, do la vraie société religieuse. C'est au raomeui le plus critique de Ta grande lutte pour rétablissement de la société sainte» pour la fondation de tout sou avenir sur la terre ; c'est alors qoe toute la rage» toute la perversité de l'ancien monde tombe sur ce délaissé» sur ce |)att¥re, ce désarmé, sans force humaine, ni gloire humaine. Tout cela veut anéantir ce fondateur unique d'une société dépositaire de Tabsolue vérité religieuse, pour anéantir
cixti
du mime coup, dans son germe» la religion à peine fondée. »
C*e$t ainsi aue s'exprime un rationaliste allemand (j)» faisant honte par ces paroles » h nos libres penseurs et prétendus critiques. Mais arrétons^noiis sur quelques-uns des Uaits de ce grand drame, le plus émouvant qu'il soit donné aux hommes de considérer; voyons quelques scènes sublimes que les Evangélistes nous ont rapportées avec une si admirable exactitude (A:); contemplons ta grandeur morale de Notre-Seigneur Jé^us* Christ dans sa Passion.
Que voyons-nous d'abord en ce divin Sauveur? Un homme qui annonce par avance et avec la précision la plus détaillée le martyre auquel ildoitêtre soumis. Les Juifs formeront le complot de le tuer par le crucifiement, il lit ce projet dans leur cœur avant (Qu'ils l'aient conçu et il le révèle à ses disciples (/). Judas doit le trahir, Jésus le dénonce avant le crime (m). Pierre doit le renier; Jésus le lui déclare et il le lui répète malgré les protestations de l'Apôtre (n)* Maisvoici PAgneaa de Dieu qui s'avance, il vient de fsanchir le torrent du Cédron ; il est au Jardin de Gethsémani.(o). Pendant que les disciples qui l'ont accompagné sommeillent, il prie son Père dVIoigiier delui» si c'est possible» le calice où bientôt il va tremper ses lèvres. Il tombe dans une espèce d'agonie » ei dans
(î) Sur les diflîf^rentes sectes qui narla^eaioni les Juif:», et sur la licence et la décrepiludo île Ion rs doctrines, on peut voir ropusciiie de S. E. Mgr le cardinal Grassellinî ; Jugement de Jéêui-Chria detanl Caipke et Pilate, in-12, 1864. p. 7i, 75. Ajoutons que SoWailor, en parlant et en faisanl reloge de la tolérance dont jouissaient si benreoseMent les descendants de Moïse, n*eiclut pas ceui qui regardaient Hérode comme le Messie, et Epiciire comme leur niallro, les Sadduc^ is, l>ar exemple; il proclame l'admission indistinctement à toutes les charges, à la magistrature, ft la synagof^u^, au grand conseil de la nation, aui honneurs mè:ne du souverain ponlîAcat. L*inlo1érance t'i les derniers supplices n'étaient donc réservés que pour reux qui professaient les doctrines de Jésus-Cfarist 1
(f) M. Ewald, HUioire du Christ, p. 49G, 500.
(k) c Tout rÉvangile, dit excellenimeni M. Nicolas, eai admirable; mais il IVst, ce semble, i^us encore dans le récit de la Passion de T Homme- Dieu. L'exactitude, la p écision, la simplicité, la léruciié y devienneni en quelque sorte plus intenses; le Uyyor <lc lumière historique plus concentré. Les quatre secrétaires de la Vérité, tout à elle, s'i ffurceiit plus que Jamais pour la montrer. Il n'omettent aucun détail, ils ne se permettent aucune réflexion, aucune émotion. Impassibles à force de foi dans le sujet lui-uiènie, ils le laissent »pr tout seul sur nous. Ils ont toute la conscience de la majesté avec laquelle la Victime devait nous apparaître, au plus-fort de ses huiniliatious; des larme* que dans toute la suite des Ages elle devait laire couler, au plus foi^t de la baiue qui l'accable ; ilo |iri^ de gr&ce et de gloire que chaque outrage, que cbaqoe cruauté qu'elle subit, devait valoir dans hs destinées du genre bumaiu : et ils nous réservent toutes ces itupressious, toutes ces sppréciaii.ii4, jusqu'à ne'pas y prendre part, ce semble, eux-mêmes. Entre les siècles pasbés qui avaient prédit ce graud sacriflce, et les siècles futurs
qui devaiimt s'y régénérer, ils se sentent et on sent en eux les historiens du fait central de toaie l'histoire, jusqu'aux extréuios limites du temps ei aux profondeurs de réternité, t (La divinité de JéiUfChmlt etc., p. 527, 328).
(/) Malth. XVI, îf.
(m) Mattk. XXVI, 21 à S5; Mare. xiv. 18 à 21.
(n) Mtttth. XXVI, 31 à 35; xiv, 27, 29, 30, 31
c C*est par un secret dessein de la Providence, remarque saint Jean Cbrysostome, aoe Pierre e^i toml>é le premier. Le souvenir de sa chute lui apprend à tempérer, par la miséricorde et la patience, la fermeté nécessaire des condamnations qu'd lui appartient de porter contre autrui. Pierre» docteur de runivers.ipeciie et demande pardon aliu de donner cette règle d'indulgence à ceux qui doivent juger. Le pouvoir sacerdoUl n'a pas été remis aux anges, qui, ne péchant pas, poursuivraient sans miséricorde le péché dans le pécheur ; mais un homme, sujet aux passions, est constitué sur lea autres. Retrouvant en eux sa propre infirmité, il saura mieux compatir et plus aisément pardonner.» -- Ce passage de saint J<'an Chrysostome, qui nous révèle toute la théorie de la miiéricorde à l'égard 6es égarés, a été cité par M. L. Veutllot lui-même
iiM Vie de Piotre-Seigneur JéfMs-CAn'tl, 2* édit. p. M).
(ci) Dans IHiarmonle de la Rédemption, le jardin de Gethsémani , ta vallée fertUe, correspond à l'Edeu ; et le calice accepté par l'obéissance de Jésus correspond au fruit cueilli par la désobéis^ sance d'Adam ; Adam avait voulu s'emparer de la vie et de la science, et, chassé de flâden, il ne trouva
3ue Jes lénètires de plus en plus épaisses et la mon e plus en plus multipliée ; Jésus accepte de mourir et d'être tout à riieure traîné de Getfasémanl à la Croix ; mais ce chemin de ta croix sera la roule de la lumière pr laquelle Adam délivré, montant jrfus haut que l'kden et souhaiiant plus qoe ses délices, entrera dans les demeures de Dieu.
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DICriONN. Dfc L'fflST. CNIV: DS CEOLISR
C!tftI1f
tout son Atre il se fait une perturbation siprofonde, qu'une sueur de sang ^'échappe»
par lous ses pores et roogil la lerre sur laquelle il est agenouillé (p).
A ce moment, Jésus se constitue Victime; il appelle lous les criraes de tous les temps ei de tous les hommes à venir se concentrer Ctt s'abattre sur sa tète; ils sont Ik pesant sur lui d'un poids immense. Sous col énorme fardeau de tant d'iniquités dont il devient responsable, puisqu'il doit les ex* pîer, son ftme paraît un instant fléchir, et c'est alors qu'il conjure son Père d'écarter, s'il le veut bien, la coupe d'amertume qui Ini est réservée. Telle est la grande itnpres* 6ion qui provoque en lui cet affaissement voisin (le I agonie (?) : une sorte d'effroî pour les péchés sans nombre dont il se charge pour apaiser, par son sang, la justice de son Pftre qu'ils ont si lontemps irrité [r).
Mais k la gloire de la prophétie, Jésus unit, dans sa Passion, la dignité du caractère, c La douceur avec laquelle il permet tiux soldats de se saisir de sa personne; la réprîmaiftle qu'il fait è saint Pierre sur Tindiscrétion de son zèle, lebltmant d'avoir tiré Tépée contre un domestique du prand prêtre (f), ce silence si admirable et si con- «tatnmentsouienu devant ses juges, surtout de*vflnt Pilate, qui, convaincu de son innocence, ne rinierrogeait que pour avoir lieu de l'absoudre; ce refus de contenter la curiosité d'Hérode, dont il lui éiait si facile de s'attirer hi ppoieclion ; cette afoafldonnement de sa propre cause et par conséquent de sa vie; cette tranquillité et cette paix au milieu des insultes les plus putrageautes {t) ; cette détermination à supporter tout sans demander ju^ioe, sans prendre personne à partie, sans former ia moindre plainte ; cette charité héroïf}ue qui le fait excuser,ert mourant, ses X»erséGutears; tout cela, s'écrie un orateur chrétien, je dis tous ces miracles de patience, dans un homme d'ailleurs d'une condurte irréprochable et pleine de sagesse, ne sont-ils pas plus étonnants que s'il eût pensé à se tirer des mains de ses bourreaux elqu il se fût détaché de la Croix {u)t »
Avec quelle noblesse encore Notre Sauveur et Rédempteur rend témoignage à la
(/j) Lue, XXII, 59, 44.
(ç) Nbtre-Seigiieiir i souffrit ainsi cette Iforreur de l'agonie qu'il a presque loujoura ôlé>* à ses saiuls et à ses luanyrs » (La Vu de Notre-Sei$neur JéiUt'Chrisî^ par L. VeuUlol, p. 416).
(r) Mgr Plamier, Leur, paitor^ contre un article de la Revue de$ deux Mondei^ elc, 2» éUiU, p. 8i, 83, et La vtaie Vie de Jéêtts^ eic, p. S7&.
U) Jamais Jésus-Ctirisl. dit Maldonal, ne conseilla à ses disciples de se servir de répée, au contraire. C'est la reniurque que fait M. roisset, iliêtoire de JéêUi-Chritt d'apret le» Uxtei contemporoiw, î- édil*. iii-8. p. 3i9.- Voir dans le Uém. catk. vol. de 1861, tcm. XVII, p. 410 et tuiv. un article ioUtuIé ; Seniimeni des taiuti Père» éur lépée.
I})0n peut voir dans i*op4iscnle de Ugr le cardinal Grasselliili, jugement de JééUi-Chrut, elc. p. 70, qu aucun fait n'est niicui démontré dans les Lvangiles que la jalousie et la baiue profonde dont
majeslér de son origine et cfe sa naturel II i$'afflrme Fils de Dieu (v), il se donne pour fe Roi des Juifs ((f), il annonce qu'un jour il reviendra sur les nuées comme juge de Turrivers (jf)* Est-il, dans l'histoire, quelque chose de comparable h une si noble aiti« tnde? Cette sa^sse souveraine des observations et dee raisonnetfients de Jésus ; celle hranquille majesté de son caractère et de ses dfiscoupi- cette assurance imposante et calme avec faquelle il détolare tour à tour
Ju'il est le Roi des Jaîft, le Fils de Dieu, he oge à venir du monde; cette dignité du silence qu'il oppose parfois à des quuf^ions Indiscrètes, dignité telle que Pilate ne peut se défendre de l'admirer profondément (x); cette patienee inaltérable avec laquelle il supporte les respects dérisoires, les sarcasmes, les souiBets, les crachais, lafiageUation, la préférence accordée à un insigne voleur (m) mis sur la méiue ligne que te Juste; enfin tous les outrages dont il est accablé soit dans la eour du Grand Prêtre, soit au tribunal du gouverneur, soit au palais d'Hérode, soit sur le gibet du Calvaire Ih), tout cda, tant de rorr^tl*ftme, tant de sérénité, tant d'égalité et de patience, toutes ces étonnantes grandeurs, disotiSHious, ne ré« vèilent-elles pas en Jésus plusqu*un hosoia et la présence d'une nature divine?
Et à Tattitude, aux discours, que serait-ce si nous nous arrêtions è considérer les œuvres de Jésus dans sa Passion ? D*un mot il renverse les soldats envoyés pour le prendre (c) ; par un simple contact il suérit l'oreille de Malchus blessé par i'épee do Pierre (d). £t quand il est sur la Croix, il convertit un des deux scélérats pendus à ses eôtéb et lui promet pour le soir même une couronne dans le Paradis- (e) ; et tandis que la foule qui passe lui prodigue les ironies les plus insultantes, il ^rie son Père de leur pardonner, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font(/).Que de merveilles de mansuétude, d'indulgence, de miséricorde I Quelle Bonié (infinie au milieu de douleurs si cruelles et d'affronts si sanglants L.
Remarquons-le aussi et spécialement, car c'est ici un fait bien digne d'attention,
les clif.fs de la Sjnagogiie étaient animés contre ^otie- Seigneur.
(tt) Boitrdaloue, Sermon »ur la Pauhn^ Carême,
iv) Matth.. zivi, 64; Marc^ ziv, 6S.
(x) Mailh., IX vu, 41 ; XV, %.
(y) Matth., XXVI, 64; siv, Ci.
(i) Matth,, xivu, 44.
(a) Voy. dans M^r le cardinal Grassellînl, op. cit. p. S2-84, une trés-sûlide rérntalion de Salva^ dor, qui a voulu réliabiliter Barabbas (Vie de Jé»n»'Chri»t , liv. ii, p. 88), comme, de nos jours, on n'a pas craint de réhabiliter iudasl
ih) M);r Piantier, La vraie Vie de Jé»ui, etc., p. I, 277*
(c) Joan. XVIII, 6.
(d) Luc. xxii, 51.
(e) Luc, xxjji, 43, ot Mgr Plantier, Leu. pattor. contre un article de la Hevue det deux Monde», etc.. 2' édil. p. 83,84.
(f) Luc. xxiii, 43.
DISCOURS SUR tA Vit bE W.-9. ÏÉSUS-CHHLST: wm
Romains : lAUfs liinguefl ont 6M dmplojrdps
CXXf
Notrc-Seigneur a voulu que, pendant sa Passion môme, aon tiire de Roi fût proclamé, et cela h plusieurs reprises. Les Juifs Taccusent au tribunal de Pilate de s*ètre dé-* claré Roi. Pilale sur celte accusation lui demande ; EUs-vou* Roi ? Il répond : Vous favez dit^ je suis Roi. la soldalesque à laquelle il a éié abandonné pour la flagellation, poussant la cruauté plus loin qu'elle ne lut a été prescrite, enfbnce sur la tête du Christ une couronne d'épines, met dans ses niain^i ua roseau, jette sur ses épaules un lambeau de pourpre, se prosterne et lui dit avec dérision : Jloi, je te salue. Pilale, ne pouvant arrêter l'aveuglement de la f(»ule qui» sous Tinfluence de criminelles obsessions, demande qu'il soit crucifié, répond :
Je crucifierais votre Roi t — Nous n'avons pas Vautre Roi que Cinar^ s'écrient des voix furieuses, aue celui-là soit crucifié, «lis coDslatent plus directement par là, dit un auteur, que le temps du Messie est arrivé, et gu'iîs le refusent. Us reconnaîtront ce qu'ils préfèrent et quels rois sont Barabbas et César (a), s Lorsque l'injustice i'emparte, et que Notre-Seigneurest attathé h la Croix, au-dessus de sa tète, « Pilate fait écrire en langue latine, langue de la force ; en langue grecqae^ langue de la philosophie ; en langue fiébraiqaejanguede la religion, c'est-à-dire dans les idiomes du monde entier (A) : Roi des Juifs. Les Soribes et les Pharisiens aeeoorent auprès de ce gouverneur romain, ils lui disent de changer l'écrileau et de ne pas mettre Jloi des Juîfs, mais qn't7 s'est proclamé Roi des Juifs. La lâcheté de Pilale» se changeant tout à coup en énergie invincible, les renvoie avec ces paroles : «Ce que j'ai écrit doit rester écrit : Quod scripsi^ 9eripn, Ross Judœorusn (i) : Roi des Juifs, eo même temps Roi des Grecs, Roi des
(g) M. iL. Teuillot, La Vie de Notre-Seigneur JésMi^Chritt, 2' édit. iB 8, i864, p. 457.
{h) c Que la rovaiiié de Jésiki-Cbrisi, &*éirrfè fiossuet, soit donc écrite en la tangue hébraïque, qui esila langue du peuple de k>i«tt, éten la langue grecque, qui est la langue dès docte» et des philosophes, et en la langue romaine, qui est celle de Tempire et du monde. Et vous, 6 Grecs inventeurs des ans ; vous, A Juifs liéri tiers des pronies'ses ; vous, Romains, maîtres de la terre, venct lire ! Bientét vous vendez cet boninie abandonné de sts propres distlples ramà'ssèV loifs les peuples sous nnvocatloa de son nom. Bleniét \€b nations iucrëdales auxquelles 11 étend ses bras viendroirt recevoir le baiser de paix qui les dûit' récodclHer au irrai Dieu. »
(i) Joan, xnt, a.
ij) M. Tabbé Deguerry, La Tràniformatiôn de rkûmmepar Noire'Seîjneur Jétut-Chrin, 1 vol.
iii-S, 18tfi, p. 522 et suiv.
(i) U. Â. Nicolas. La dimité de Uim-Chtiet, oUm 2' édit. p. 559.
81 Joan. xu, Zd.
I) M. Nicolas, (oc. di.
(u) Tertollieii. ApologeL^ constate que cette éeiipae éuii cotisi|iiétt daiu lès régisires de Teiuftie.
(0) Matlh. xiTU, 45, 51, 52, 55 ; Mare, xv, 55, 38 ; Luc. xxui, 44, 45.
(|r) Mûlth. xxvu, 54 ; tiare, tv, 59 ; Lier, xxiii,
exprès pour qu'ils le sachent Roi de tous les tient et de tous les siècles ; Roi d'un empire qui ne sera limité ni par les fleuves, ni -par les montn-^nes, ni pfn* les^ ôcéèil.c, ni par les déséiirs ; Roi de mansué*» ttideéldedouccur pour transfigurer rijomtmf partout et toujours et lui faire recouvrer ses immortelles destinée» {j)\ »
Enfin les tortures de Notre divin Maître sont à leur oomble. A^ant pris le vinaigre, dit rjKvatigile du disciple bien aimé, ayant ^ûté de ce breuvage pour boire le calice jusqu^à la lie, Jésus prononça cette parole : 1*011^ est accompli I CoasuvMatum est 1 « Grande et suprême parole qui ferme TAnciet) Testament et ouvre le Nouveau, que TAcho historique devait répercuter, d'une ei-trémité à l'autre du temps, et dont la portée devait effacer les destinées éternelles des êtres [k). » Et, baissant la télé, il rendit l'esprit : Et mêlinato capUe, tradidil spiritum (0-
A ce moment solenëet, coeanle le rapport tent TEvangile et l'Iriatoire profane ellemême, la nature entfdre entra ^n convulsion comme pour mener lé deuil 6é son Auteur, et justifier ce cri mystérieux dont témoigne Plutarquerle^rand roi<^es^mor/(m). Alors, en efftrt, le soleil s'obscurcit (n), la terre trejDbla, le voile du temple se déchira, les tomt)eaux s'ouvrirent, les morts ressuscité* rent et passèrent datis Mrustflem étannée de tant de prodiges (o). L'Eiranjgïlv ajoele qu'à ce spectsble le ceRturioii mmhiii qiii présidait au supplice et te |;roope qui était avec lui se frappèrent la poitrine et descendirent du Calvaire en s écriant, saisis de crainte : YfaimmU eelui'-là était le Fils de Dieu (p).
t7. — StratfS^ n'a tooIh voir «prun mythe diiits la vie de* Jésiis, et le Strauss fratiçais, Renan^ pour plus de commodité, décliire imite la tranae des récits évangéliqires par detf suppressions irbi*tmires, notauimeiit et surtout en ce qui regatde là Passiou. 11 n'a pas manqué, des Ion, de retran«> Cher le trait de ce centurion qui, lémoia désp^odl^
Ses qui s^accomplissalent autour ttu grand Crucitté u Golgotba , se frappait la poitrineen criatoi : f Vrai^ mt'nt cet homme était bien le Plis de Dieu. > Un Vè\ fait était trop gênant pour le nouveau erhiaue. fVbirsiir les supprtissitms dé Rehatt» Mgr Plautfer. La vraie Vie de Jéèns, p. S74-97Ô}*
D*un autre cdté, en ce qui coîieetoe Strausi, nous voudrions bien savoir coniméM, qMaitd eii considère les faits de la Passibn-de Notre^Seigneur, comme tous ceux de sa vie, du reste, commeat on peut avotlr tes^eux asst'z fins poer apeH!evuir dans tout cela un mythe f TVcIte (Ahh. lib. zv, cap. 44) fuit mention de la mort du Gnrrift eides piligim ée Sa refîgien; il dit que le Ghfisi, sfitteur du nom chrétien, a été pimi de mort sons TiMre par Pintetidant Ponee-Pilate. Pline, écrivant à Tf«]aii pour lui demander qnt!^ conderiie U devak' tffi(r à regard des ehrétlens, dHaH : t P^rnd ee^r qee J*ai cités à ma barre, les uns onvwtové'veife tmâge et maudit te Christ; d'autres, aa eoiitrilrei chantent entre enr des hyiaees en son beiiifeur, camoM s*il était Dieu, i Tibère lur-méfme' proposa ae Sénat de meure Jésus au nombre des éieyx* Atatandie
€%tm DtCTiONN. DB LHIST.
Oai,e*élBk vérîtableiBent le Fi(s de Dieu I.
Et c'est ainsi qa^il a aimé le inonde I Sic DeusdihxUmundum{q)\.. Mon Dieu, qu*iU sont è plaindre, et que nous les plaignons de tout notre cœur^ceux qui ont le malheur de ne pas comprendre cela, et qui, nou-^eulemeot ne le comprennent poini, mais qui osent se joindre ici aux bourreaux et aux insulleurs de Jé^us fwur attaquer la grandeur morale du Sauveur dans sa Passion et mettre sa mort, non pas au niveau de celle de Sncrale, ce qui serait déjà une puérile impiété, maisau dessons (r)l.. Patet^ dimitte Uli$ : non enim ieluntquid faeiunt [s).
Que nous parlent-ils de Socraiel 11 y a autant de déraison qued*impiété à vouloir comparer Jésus avec aucun des prétendus grands hommes quel quMI soit, môme en donnant au Sauveur la préséance sur tous.
Comment a[»peler grand honome Celui, qui, s*il n'était pas Dieu, serait un prodige inoui de fourberie et de duplicité. Ce n*est pas par le mensonge et par la ruse qu'on peut
8évèr6 eut le dessein de lui élever un temple et il PhoiH>ra sur son autel doiuesiique. Cotoluen d'autres faits semblaliles on pourrait citer l Ceux*ci suffisent pour uioutrer que, dès les origines, personne ne meiuit en doute que le Christ eût existé ei ne le réduisît à Pétai de mythe. VoUà ce que Strauss aurait dû voir t II aUaque la vérité historiqne des BTiinglIes et du Cliristtanisme ; mais sur quoi base-i-il ses titaques ? Sur «les Idées particulières, et ces idées sur des fictiens quM a créées lui-même, dont il n'apporte pas te moindre ténioigiwge, dont il n'y a pas trace dans le moindre historien. Vous nous partez de mythet ; mais le cbristiautsme est un fait ! Aussi, pour réfuter Strauss suOit-il d'ouvrir rhisloire, et c'est ce que faii le ôocienr Kulm dans sa Vie de Jétut-ChrUt, au point de vue teientifique» M. Francis MeuemetA en a doiiué une traduction abrégée» i vol. in-iS, laiS.
(q) Joan. m, 16.
(r) Voy. là-«iessus ligr PUmtier, LeUr. pa$tor. conirêun anidede Èi. Uavel, iiuéri dans la Revu>e dêi deux Mondet^ p. 81, 82 et suiv.
(«) Luc» xxin, 54. Celte grande parole, si conforme au caractère du Sauveur, ai applicable aux ennemis de Jésus-Cbrist, et par cela même si méprisée par eux, devait l'éire, hélas 1 par M. Iteuan. Voir à ce sujet M. A. Nicolas, La Divinité de JéêUê-Chrutt etc., p. 555, 55lj.
(i) Symb. des Apàlres.
(h) bon Km. Mgr. le cardinal Grassellini, dans ^on opuscule déjà cité, opuscule dont tout le but esl de montrer combien» dans le jugement de Caiplie et de Pilale, rendu contre Jesus-Cbribi Notre- 5eigiieur, ont éié violées et foulées aux pieds les régie» les plus essentielles de Tordre judiciaire.
Observons ici que la controverse élevée sur la légaliié ou rillégalité de ce jugement avait été sou • levée longtemps avant Salvador. Salvaitor, en effet, a tiré ses priucipaux arguments d'un écrit d'Oro- • bio qui avait déjà été reluié par Liniberch, dans un écritqui a poiir litre ; OrobiamUa coUaiio cum Limberçhio tertium %cripium^ et qui se trouve iéuni avec sou traité De veritate reiiyionis Chri^ sliaum* Les Pères les plus anciens n'ont jamais cessé tk reprocher aux Juifs l'uiiquité de leur conJuito envers Jésus-Christ, ainsi que la lâcheté et Tillég^iiiédu jugement de Pilate. Une ancienne et respecUble traUitiott, dit Mgr Grassellini, consignée
UNIV. DE L'EGLISE. cxxvm
obtenir la vénération et l'amour de lUiumanité. Non, non, nous ne voulons pas de l'insolente estime qu'ils Yculenl prodiguer hypocritement à notre divin Matirel fious ne lu! assignons qu*une place, el c'est celle qu'il a auprès du IrAne de Dieu, où il est i sa droite aans le Ciel, après avoir, sur la terre* rempli le ministère et le poovoT de Dieu Lui-même: El ascendit in cœlum^ sedfi ad dexteram Patris {t).
Mais, quelque répugnance extrême quo nous éprouvions è de tels rapprochements, quelle que soit notre souffrance, il faut opposer lesimple énoncé des faits aux odieux procédés de l'impiété qui prétend pouvoir rapprocher,— el celaau détriment de Jésus!
— les circonstances delà mort du Sauveur de celles de la mort de Socrale. Ecoutons donc ce que rapporte èce sujet un savant prélat qui s*est spécialement occupé de tout ce qui concerne le jugement et la mort de Notre- Seigneur(u]. On va voir que les faits, rapprochés dans leurplus rigoureuse exactitude ,
par TertuUien, rapporte que les Actes de ce jiigemeiu se trouvaient à [tome et que son insigne auteur fut destitué et mourut en exil. D*un aune côté, les rabbins et écrivains Juifs, plus intéressés à cela encore, ont de tout temps cherché à se laver du crime de déicide, à soutenir la légalité de leurs jnirements, k nier et à altérer les circonslanees raeoniées par les Evangélistes.
Salvador, dans Touvrage qu*U a publié en i8t8 sur les Institutions de Moïse et du peuple hébreu^ après a^oir fait, au cliap. % du iv* livre, une exposition de la manière dont éiait rendue ta justice chez les Hébreux, se met ensuite, au chap. 5, sous le prétexte de ciier un exemple de son application dans le jugement et la condamnation de Notre- Seigneur Jésus^Chrîsi,à souieulrla jusUce parfaite ei la légalité scrupuleuse de cet inique jugement et de cette condaïuoaiion. Une telle audace n*a pas seulement aussitôt exciié rindignation des journaux religieux, mais encore M.' Dnpin lui-même se mil à réfuter en jurisconsulte féi range piétention de Salvador dans quelques articles qu^il publia d'abord dans la Gautte des Tribunaux^ et quM a ensuite réunis dans un livre qui a pour titre : Jésus devant Caiphe et Pilote, et que H. Migne a in^éré dans les Démonstrations évangéliques^ loin. XYI, col. 726 el suiv.
Salvador publia ensuite une Vie de Jésus-Christ en 2 vol., éditée à Bruxelles en 1838. Daus plusieurs enilroits de cet ouvrage , et surtout à la p. x de la Préfice ; aux chap. 9 et 10 du livre n, et dans une fort longue note R, à la p. i53, il a^eflbrce de détruire lea arguments de M. Dupin. Mais il n*a pas réussi à sauver sa première argumentation ; et, quand même, le système qu'il a inventé pour jeter le iour sur la vie de Jésus et sur sa doctrine, n*esl pas seulement subversif de la religion héhraîquo et chrétienne, mais encore de tons les monuineitts historiques el de tous les principes de la cerUtude humaine.
Outre la réfutiilion de Dupin, nous avons encore sur ceue matière un écrit remarquable du P. Ferroue, dans ses Prœlectiones theoloaicœ, tom. V, ^rop. 2, chap. 5, part, i* de la i* edit. En 1840, le Père Hyacintlie Gualerni, définiteur générai de» Frères Mineurs conventuels et régent du collège Saint*Bonaventure, a lu, à rAcaUémie de la rellgiou catholique de Rome, une Dissertation où il réfute Touvrage de Salvador bur Jéa us-Christ ev sa doctrine. Voir u\ii%\ contre ctt ouvrage, rVnU
CXSIK
DISCOURS SUR LA VIE DE N.-S. JESUS-CHRIST
Don-seulemeiUne$auraient laisser subsi&ter aucun point de comparaison, mais qu'ils conduisent invinciblement h la conclusion mtme du philosophe de Genève : «Si la vie et la mort de Socrate sont d*un sage, la vie et la mon de Jésus sont d'un Dien («). »
Quatre cents ans avant le jugement de Noire-Seigneur Jésus-Christ, dit le cardinal Grassellini (x), un autre jugement empreint de la plus grande iniquité nous est présenté par la plus florissante et la plus civilisée des villes de la Grèce, Arappant l'homme le plus sage et le plus vertueux dont puisse s honorer le paganisme, l'homme dont Plak)n et Xénophon ont transmis le souvenir è la postérité, et qui a été célébré et pleuré par rautiquité tout entière. Mais (et sans vouloir établir ici un impie et sacrilège rapprochement entre la doctrine et la vie^de Socrate,etladoctrineot la viede Jésus) n'est-il pas vrai que, quelque injuste qu'ait été la sentence prononcée contre Socrate que Ton accusait ae crimes qu'il n'avait jamais commis, toutes les formes requises pour la solennité du jugement furent ici rigoureusement observées, et que, jusqu'à son der« nier soupir, on pratiqua à son égard tous les devoirs de l'humanité? Cependant la haine desennemis deSoerate était acerbe, ancienne et profonde; ardent aussi était leur désir de le Toir mourir, grande leur puissance dans Albènes, et un faui zèle pour la religion servait à masquer leurs fureurs politiques.
Socrate fut légalement accusé par Méljlon, et l'accusation fut déterminée soit quant au délit, soit quanta la peine ; Jésus, au contraire, eut pour accusateur Caïplie, le président même du tribunal ; aussi avant d'être accusé était-il déjà condamné, sa mort était décidée. Socrate fut condamné par 500 juges tirés au sort parmi 6,000, selon l'usage du tribunat des Kéliastes ; il fut iugé en plein joar, en présence de la ville d Athènes tout eotière, protégé par les regards et la voix de lotisses nombreux disciples. Jésus, au contraire, fut jugé par ses ennemis les plus acharnés, reunis en assemblée nocturne, pardevant le tribunal d'un juge étranger, mus religion, corrompu, effrajé par les ctameurn d'une multitude séditieuse; il était seul, abandonné de tous, chargé de liens, couvert de mépris, et souffleté en présence même de ses juges.
Socrate eut pour défenseur Li&ias, Tun des orateurs dont l'éloquence était si remarquable dans ce siècle brillant, que Socrate lui-même ne voulait point accepter l'appui de cette parole qu'il regardait comme trop victorieuse et trop séduisante. Toutes les
wermU eûihoUqw, tom. Vill, p. 85 ei tiilv. EnAn, AmoiOQ Jaljii et plusieurs auires savaiiis iliéoiofietis d'Ailemagtie oni également réfuié SaUtder.
(v) Ce mot de Routseau, qui déjtlaisaîi à Yollaire, doiiue ausisi quelques crispaiioiis nerveuses à M . Uavei. comme il eu donnail à Salvador qui a inalmcoé JeanWucques à celle occasion. « Mais, dit Mgr riauiier, les peliis frémis:ienieiiu (lévrcux de M. Uavift nesufiisoul pas pour ébrauler ces conclusions DlCX192f!|. OB l'UiST.. UMIV. DE i/Kniiyg
accusations, tous les faits mis à la charge du philosophe par ses accusateurs, furent examinés, discutés et réfutés dans de longues harangues, qui nous ont été conservées ; Jésus-Christ, au contraire, n'eut pas un seul ami qui osftt élever la voix en sa faveur, ni au Sanhédrin, ni au prétoire ; sa propre voix étaii étouffée par les cris injurieux qui ne cessaient de Taccabler, et, n'était cette divine Sagesse qui savait renfermer en un seul mot la plus puissante comme la plus modestedéfense, nous aurions sujet de douter eneore si les noires calomnies dont on le chargea ne restèrent pas sans réponse.
Socrate put compter les suffrages de ceux qui le condamnaient ou le déclaraient innocent ; deux cent quatre vingt-onze voix se prononcèrent contre lui et deux cents en sa faveur; mais à une seconde épreuve, ses ennemis furent plus nombreux, il fut condamné à mortàlaprescjue unanimité. Jésus, au contraire, parut devant Je Sanhédrin sans que sa cause y fût même discutée ; il fut condamné à mort par des voix séditieuses, et à ceux qui étaient d'un avis différent, le silence le plus absolu fut imposé. Puis, quand il avait lieu d'attendre que justice lui fût rendue par le gouverneur romain, voilà que, quoiqu'il fût déclaré innocent par Pilate, il se vit en même temps condamné par lui ausupplice de la croix.
Après que l'a r rôt de Socrate eut été prononcé, on lui offrit, selon J'usage, de conamuer sa peine en une amende, pourvu qu'il consentit è adresser une humble et respectueuse supplique à ses jugées ; mais soit dégoût de la vie, soit orgueil philosophique, Socrate préféra mourir, et glorifier ainsi son innocence. Pour Jésus, au contraire, on ne trouva aucun motif de condamnation, ni au Sanhédrin, ni au prétoire, et, cependant le gouverneur ne trouva /d'autres adoucissements èTiniquité de la condamnation qu'en le faisant couvrir de mépris par Hérode, et ensuite flageller ; en le metUnten parallèle avec TinfAme fiarabbas, et enfin en luiraisani subir l'ignominieux supplieede la croix.
Socrate fut condamné h boire la cigod, mort anssi douce que peu avilissante. Sa mort fut différée de trente jours jusqu'au retour du navire envoyé pour sacrifier à Delphes; sa prison fut ouverte, le jour et la nuit, à tous ses disciples et à tous ses amis ; il bui le morlel breuvage en causant tranquillement avec eux ; mais, ici, pas le moindre acie de cruauté, pas le moindre cri de ^ïà
f)art de ses ennemis. Celui qui lui présenli a coupe fatale versa des larmes abondantes et cacha son visage dans ses mains (y) . Jésus,
que le bon sens chréllen ei métne philosophique fait sorlir de TËvangtle depuis dix-huil siècles. > {La vraie VU dtâéiu%, p.i78, V édit.)
{X) Jugement de Jésuê^lfimt devant Caipkê et Piiate. iu-ti, i86i, p. 55-57. )
(y) Touies les circonstances du jageinent de Socrate sont décrites au liv. ix, cbap. 4, n. 6 de VBUtoire ancienne de Bollin, et au clisp. 67 du Voyage d*Anaeharaii^ par Barthélémy. Ce jugement est décrit d'une manière plus circonsuuciéo