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I«S PAPES
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thaire qnMI s'était renda h Metz, le 5 se|vtembre 869 et j avait été solennellement couronné roi le 9 du même mois.
Hincmar» qui avait sacré ce prince, se trouva dans la plus embarrassante alternative. 11 répondit aux légats de vive voix qu'il exécuterait autant qu*il serait en lui l«s ordros du Souverain Pontife ; mais il ne voulait pas plus se brouiller avec Charles le Chauve qu*avec le Pape. Il Gt donc lire aux roiSy aux évèques et aux seigneurs , uQe note par laquelle il déclarait que le Pape lui avait intimé de leur faire connaître que si quelqu'un usurpait le royaume <le Lothaire qui appartenait [par droit de succession à Tempereur Louis , il serait excommunié et nue les évéques qui auraient consenti à 1 usurpation seraient déposés ; que néanmoins il avait appris que déjà les rois Charles et Louis de Bavière avaientconclu, pour se partager ce royaume, un traité qui« s*il était rompu « donnerait sans doute lieu à des guerres civiles; en conséquence, dans un tel état de choses, voyant du péril soit à ne pas exécuter les ordres du Pape » soit à rompre un traité conftrmé par serment , il n'osait prendre sur lui-même aucune résolution et laissait au Pape à décider une affaire aussi grave.
Le Pape Adrien ayant appris que, malgré ses défenses, le roi Charles s'était mis en possession.du royaume de Lothaire, renvoya de nouveaux légats chargés de six lettres en date du 26 Juin 870. La première est à Charles même* a qui il reproche d'avoir méprisé ses légats, sans les recevoir comme les rois avaient coutume de le faire. 11 lui reproche encore d'avoir violé les serments par lesquels il avait promis de ne point usurper les royaume^ de ses frères^ et par conséquent tous les Etats de l'empereur Lothaire, ilCD t ceux du jeune Lothaire faisaient partie; enfin de l'avoir fait au préjudice de 1 empereur Louis , héritier légitime de son frère ; tandis qu'il était à combattre les Sarrasins ennemis du nom chrétien. 11 conclut en disant : Nous vous tnjoignons paternelle menij quaprès ce troteime averiiseementf voue eeetiex (ïenvcAir le royaume de ce prince: autrement nous irone nous^mémee sur les lieux f et ferons ce qui est de notre ministère. Eiifin, il lui recommande ses légats Jean et Pierre, évèques, et Pierre, cardinal, chargés de lui dire de bouche ce qu'il ne voulait pas écrire. Le Pape écrivit les mêmes choses aux évèques du royaume de Charles, et en particulier à Hincmar. 11 se
t plaint que ce prélat n'a point répondu à ses étires, envoyéespar les légats précédents, ce qui, ajoute-t-il, est sans exemple. Il dit que Hincmar n'ayant pas détourné le roi de cette usurpation, s'en est non-seulement rendu complice, mais auteur; et il lui ordonne à lui et aux autres évègues, qu'en cas que le roi Charles persiste dans sa désobéissance, ils se séparent de sa communion, et n'aient aucun commerce avec lui, s*ils veulent demeurer dans la communion da Pape. U adressa aussi aux seigneurs
DiCTioiiN. DES Papes.
du royaume de Charles une lettre, qui n-était qu'une copie de celle aux évèques.
Enfin le Pape Adrien écrivit à Louis de Germanie et aux évèques de 'son royaume. Il loue le roi de ce qu'il a toujours conservé la paix et l'union avec l'empereur Louis, sans prétendre au royaume de Lothaire; ce qui montre qu'il était mal instruit des intentionsduroi Louis, comme nous allons le voir; mais il se plaint que ce roi eût permis d*ordonner un évèque de Cologne, sans la participation du Saint-Siège. Car, dit-il. Gantier ayant été déposé par notre jugement , on n'a pas dâ lui donner un succès^ seur sans nous consulter; cest pourquoi nous ne confirmons point cette ordination , jusqu'à ce que celui qui a été ordonné se présente devant nous , pour être jugé dans un concile.
Hincmar, ayant reçu la seconde lettre du Pape, lui fit connaître la démarche qu'il avait faite, et se plaignit vivement de l'ordre qu'il avait reçu de se séparer de Ja communion du roi Charles, s*il ne voulait luimême être séparé de celle du Saint-Siège.
Deux autres affaires attirèrent en même temps à Charles le Chauve des reproches de la part du Pape Adrien. Ce roi avait f&it en* trer dans le clergé dès l'enfance,, son Qls Carloman » qu'il fit ensuite ordonner diacre malgré lui. Mais le jeuue prince, renonçant bientôt à un état airil n'avait embrassé que par force, rassembla des troupes, pilla les églises et commit toutes sortes d'excès. Son père le fit condamner dans le concile d'Attigny, en 870, et les évèques publièrent, l'année suivante, une sentence d'excommunication contre ses complices, Carloman cH^ à comparaître devant un concile à Sens t et menacé lui-même d'excommunication , envoya des députés avec des lettres contenant un appel au Saint-Siège. Le Pape écrivit au roi pour lui reprocher son odieuse conduite envers son fils. Il écrivit en même temps aux seigneurs pour leur défendra de prendre les armes contre Carloman, sous peine d'excommunication, et défendit aux évèques d'excommunier Corloman avant
Îu'il n'eût pris connaissance de cette affaire, es trois lettres sont du 13 juillet 871. Hincmar, évèque de Laon et neveu du célèbre archevêque de Reims , avait appelé à Rome de plusieurs jugements rendus contre lui. Le Pape désapprouva la condamnation dont on l'avait frappé lorsqu'il en appelait au Saint-Siège, et ordonna d'envoyer cet évèque à Rome avec ses accusateurs , pour que la cause y fût jugée. Il écrivit dans le mèûQe sens à Charles le Chauve, et lui re-
firocha son peu de respect pour les avis et es légats du Saint-Siège. Il déclara surtout d'une manière positive qu'il ne consentirait jamais à la déposition de l'évèque de Laon , s'il n'était envoyé à Rome pour y èlie jugé. Le roi répondit avec hauteur au Pape qui répliqua avec une admirable modération à cette lettre inconvenante. Après quelques éloges et des témoignages d'affection, Adrien déclare qu'il ue veut prendre aucune connaissance de rappel de l'évèque de Laon,
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que sniyaht les canons , et promet , après qa*il sera revenu à Rome i d envoyer le jugement sur les lieux.
Tandis que le Pape s'occupait ainsi activement à naci&er les affaires spirituelles et ' temporelles de la chrétienté en Occident, celles de TEglise d'Orient vinrent fournir un aliment à son zèle. Basile , s'élant emparé de l'empire en 867 , chassa Pholius et rétablit Ignace. Lorsque celte nouvelle fut parvenue à Rome, Adrien chargea Euthymius de deux lettres en date du 1*' août 868, l'une pouT l'empereur Basile, l'autre pour le patriarche Ignace. Dans Tune et dans l'autre, il déclare qu'M suivra inviolablement tout ce qu'a fait le Pape Nicolas I" touchant l'affaire de Pholius. De son côté, Basile avait déjà fait partir un ambassadeur pour Rome afin d'obtenir te consentement du Pape avec des légatls. Adrien., ayant reçu les envoyés de l'empereur et du patriarche, convoqua à Rome un concile qui condamna de nouveau Pholius, et envoya h Constaiitinople trois légats, Donat, évoque d'Ostie,* Etienne^ évè-^ que de Nepi, et Marin, un des sept diacres de l'Eglise romaine, qui fut depuis Pape. Us étaient chargés de deux lettres , l'une à l'ompereur Basile, l'autre au patriarche I^aoe. Dans la lettre à l'empereur^ le Pape Adrien déclare que, lui et toute l'Eglise d'Occident, ont été très-satisfaits de ce qu'il a fait à l'égard de Pholius et d'Ignace : Qtiani uux schismatiques f dit-il, comme ils ont pé" ché diverêemenl , iU doivent être diversement jugés: et nous en remettons la connaissance à nos légats avec notre frir-e Ignace, Vous pou'^ vex compter que nous userons de clémence envers eux^ excepté Photiu'i -dont rardinatim doit absolument étr^ condamnée. Nous vou- Ions que vous fassiez célébrer un concile nom^ breuXf où président nos légats^ et où l*on examine les différences des fautes -et des per^ sonnes ; que dans ce concile on brûle publiaquement tous les exemplaires du faux concile hnu contre le Saint -Siège ^ et qu'il soit dé* fendu d'en rien garder^ sous peine de déposi* tion et danathime. Nous vous demandons aussi
ÎÂC les décrets du concile de Rome^ contre hotius y soient souscrits de tous dans le con» cile qui sera tenu chez vous , et gardés dans les archives de toutes les églises. Nous vous prions de nous renvoyer Basile^ Pierre et Zo^ zimCf fut, se sentant coupables et animés de passion f ont abandonné leurs monastères f €/, sans lettre de recommandation^ sont allés à Constanlinople. Nous voulons les faire ren» trer dans les maisons où ils ont été élevés et ordonnés prêtres; et ceux qui les retiendront ne demeureront pas impunis. Ces. moines étaient ceux qui avaient porté des plaintes à Pholius contre le Pape Nicolas I".
Dans la lettre au patriarche Ignace, le Pape Adtien déclare qu'il suit eo tout la conduite et les décrets de Nicolas, son prédécesseur {Voy, Nicolas I*'), principalement contre Grégoire de Syracuse et contre Pholius. Quant aux évêques^ ajoute-t-il, et aux clercs^ qui ont été ordonnés par Méthodius et parvouSf s'ils ont résisté à Phûtius et souffert
•persécution avec vous, je les compte entre tes serviteurs de Jésus-Christ, et suis d'avis qu'ils aient une place distinguée dans votre Église et reçoivent la consolation qu'ils méritent. Mais ceux d'entre eux qui ont pris le parti de PhoiiuSf s'ils reviennent à vous, en faisant la satisfaction dont nous avons donné le mo* dèle à nos légats , nous avons jugé qu'on leur doit pardonner et qu'ils doivent conserver leur rang. Ces lettres sont du 10 juin 869.
Les légats arrivèrent à Constantinople, le 24 septembre 869 et y furent reçus avec lea plus grands honneurs. On fixa l'ouverture du concile général dont la première session fut tenue le 5 octobre suivant. Les trois légats du Pape prirent la première place. On lut les lettres du Pape à l'empereur et au patriarche Ignace, les lettres de créance de» légats d'Orient, ainsi que le formulaire dont le Pape exigeait la signature de tous les évèques, ecclésiastiques et moines, sous peine d'Aire exclus de la communion du Saint-Siège. C'est le même que le Pape Hormisdas envoya en 519 pour la réunion de l'Eglise de Constantinople, et qui fut souscrit par le patriarche Jean, le même aussi que l'empereur Justinien envoya au Pape Agapet en 535. Les Pères trouvèrent ce décret conforme à la foi et aux saintes maximes, et s'écrièrent d'une voix unanime : « Qu'il était très-sage, et qu'ils Tadmetlaient. » Le concile approuva les sept conciles oecuménigues auxquels on joint celui-ci comme le huitième, confirma la condamnation prononcée contre Photius, et fit vingt-sept canons de discipline. Les Pères témoignèrent leur approbation par de vives acclamations. Les trois légats du Pape souscrivirent les premiers avec cette olàuse : Jusqu'à la rati^ fication du Pape.
Avantde se séparer, le concile écrivit une lettre synodale au Pape Adrien pour le prier de confirmer ce concile et de le faire recevoir dans toutes les Eglises. On y donnait de grandes louanges aux légats et au Pape Nicolas, dont on s applaudissait d'avoir $uivi le jugement. Un au après, Tempereur Basile et le patriarche Ignace écrivirent au Pape pour demander la permission d'élever aux ordres sacrés les lecteurs ordonnés par Photius, et de rétablir dans leurs fonctions deux évèques interdits. Le Pape répondit qu'il ne pouvait rien changer de ce qui avait été établi par le concile et par le Saint-Siège, à moins que les parties ne vinssent se présenter devant lui, et exposer les motifs légitimes de dispense. Cefut a celte époque qu*eut lieu la conversion des Russes. En 872, l'empereur Louis vint à Rome à la Pentecôte, et y fut couronné par le Pape Adrien qui |>arut ainsi se désister de son ancienne opposition contre lui. Ce Pape mourut en novembre 872, après avoir tenu le Saint-Siése près de cioii ans, et eut pour successeur Jean VIIl.
ADRIEN IlL -^ Fils de Benoît, et Romain de naissance, Adrien 111 fut ordonné le dimanche^ premier jour de mars 88b, sous le règne de Basile, empereur d'Orient et de Cliarles le Gros, roi de France. Dès son ea-
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trée dans le pontificat il représenta énergiquement au sénat et au peuple romain que
I Eglise ne deTait pas attendre Tordre et la volonté de Tempereur pour la confirmation d'un Pape» et que les suffrages du peuple et du clergé devaient être absolument libres.
II njeta Photius, comme Tavaient fait ses prédécesseurs. Ce fut sous son pontificat que Photius écrivit une lettre violente contre les Latins, au sujet do la procession du Saint-Esprit. Cette lettre, adressée à Tarche- ▼êque d Aquilée, est une réponse à celle que ce prélat lui avait écrite. Photius lui dit avoir appris avec douleur que quelques Occidentaux soutiennent que le Saint-Esprit ne procède pas seulement du Père, mais encore du Fils. Il combat celte doctrine qui fut toujours celle de TEglise» prétendant que le Pape saint Léon a enseigné que le Saint- Esprit ne procédait que du Père, et que Léon III a déclaré la môme chose, en faisant graver te symbole sans addition sur deux boucliers d'argent. Mais il y a bien de la différence» entre dire que le Saint-Esprit procède du Père, sans parler du Fils, et nier expressément qu*il procède du Fils. Adrien 111, ne voulant nas communiquer avec rimpie Photius, et l'empereur Basile, ▼oyant qu'il ne pouvait le gagner par des prières, fui écrivit des lettres injurieuses qui* le trouvèrent mort lorsqu elles arrivèrent à Rome.
Charles le Gros, empereur d'Allemagne, ayant invité Adrien 111 à se rendre en France pour déposer quelques évèques indignes, et pour faire reconnaître héritier du royaume Bernard, son fils naturel, le Pape se mit en route, mais il mourut avant d'être sorti del'Iialie, leSjuillet, et selon quelques auteurs, le 20 juillet 885, après seize mois de pontificat. Il fut enterré à Nonantola, monastère du diocèse de Modène, sans avoir Im, dans nn si court espace de temps, réaiser toutes les espérances que ses vertus avaient fait naître. 11 fit, avant de mourir, deux décrets importants : l'un, qu'on consacrerait le Pontife romain sans attendre l'empereur, ni aucun envoyé de sa part; l'autre, que si l'empereur Charles venait à mourir sans enfants, le royaume d'Italie, avec le titre d'empereur, passerait à des princes de la nation italienne. Il est honoré comme saint et patron de Siplimbert dans le duché de Modène. Son successeur fut Etienne V.
ADRIEN IV, contemporain de Frédéric I", roi d'Occident, et de Louis VII, roi de Franco. ^ « Il se trouve peu de fortunes, » dit le P. Maimbourg,{ir semblables à celle de ce grand Pontife que la Providence divine semble avoir pris soin de tirer de la poussière et d*UDe extrême pauvreté pour le faire asseoir sur le trône de la suprême grandeur ecclésiastique, et le mettre au rang des princes de son peuple. > Il était Anglais de nation, nommé Nicolas Breks-peire, c'est-à-dire Brise-lance, fils d'un clerc du nom de Robert, qui se fil moine à Saint-Alban, laissant ce fils en bas Age et presque sans ressour*
ces. Nicolas étant devenu plus grand, et n*ayant pas de quoi aller aux écoles, subsistait des aumônes du monastère, oik il venait tous les jours. L'esprit et le sentiment crois- ^sant à la faveur des années et des instruc- "tions paternelles, il eut honte de celle dépendance, passa la mer, vint en France « pénétra jusqu'en Provence , et s'arrêta à Saint-Ruf, monastère fameux.de chanoi-* nés réguliers près d'Avignon. Il s'appliqua à gagner leurs bonnes grâces par tous les services qu'il leur pouvait rendre. Comme» il était bien fait de sa personne, sage en ses discours , prompt à esécuttr les commissions, il se rendit agréable h toute la communauté, en sorte qu'ils l'engagèrent \ prendre leur habit, et il vécut plusieurs années avec eux dans la plus grande régularité. Il s'appliqua à la lecture; il avait d ailleurs l'esprit pénétrant, et une grande facilité à parler; avec ces belles qualités, il fit beaucoup de progrès dans les sciences et dans l'éloquence. Enfin il se fit tant estimer, que l'abbé Guillaume étant mort» il fut choisi pour lui succéder.
Mais , comme il était profondément pieux, ayant voulu entreprendre de réformer les religieux qui menaient une vie peu conforme à leur profession, ils se repentirent de l'avoir mis à leur tête ; ils inventèrent contre lui des calomnies et l'accusèrent devant le Pape Eugène. Ce Pape ayank ouï leurs plaintes, et voyant la sagesse et la modestieavec lesquelles Nicolas se défendait, s'appliqua à rétablir la concorde; et, après les avoir réconciliés, il les renvoya. Cetlo
Caix ne fut pas de longue durée ; il s'éleva ienlôt une tempête plus violente encore, et ces chanoines revinrent porter leurs plainte» au Pape Eugène, qui leur dit : Je satjr quelU est la cause de cet orage; choisissez quelau'un avec qui vous puissiez vivre en paix^ celui-ci ne vous sera plus à charge: il les renvoya ainsi, et retint auprès de lui Nicolas pour le service de l'Eglise romaine, et le fit évéque d'Atbane, Il fut ensuite envoyé légat en Norwége, où il instruisit avec soin, dans la loi de Dieu, cette nation encore barbare ; et, à son retour, il fut élevé sur le Saint- Siège, le 3 décembre 115&, le lendemain do la mort d'Anastase, son prédécesseur. Lo nouveau roi d'Angleterre, Henri, ayant appris l'élection de ce Pape, né son sujet, lui fit écrire une lettre où il- félicite son pays d'avoir produit un arbre si heureusement transplanté; il l'exhorte à remplir l'Eglise de dignes ministres, et à procurer du secours À la Terre-Sainte. En même temps il lui demande la permission de se rendre maître de rirlande pour y rétablir le christianisme dans sa jpureté: ce qui fut accordé par le nouveau Pape qui, en signe d'investi* ture, envoya au roi un anneau d'or oiné d'émeraude.
Cependant Arnaud de Bresse était à Romp, où il continuait à tenir des discours sédi* tieux, étant soutenu par les sénateurs. QueU ques-unsde ceux qu'il avait séduits latta* quèrent Gérard, prêtre-cardinat , comme il
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(iàs^eii dans la rue sacrée pour aller trourer e Papoi et. le blessèrent assez dansereasement. Le Pape Adrien mit la ville de Rome en interdit» et Ofï y cessa les Offices divins. Mais les sénateurs, presaés par le clergé et le peuple, vinrent trouver le Pape, et lui jurè« rent sur les Evangiles, qu'ils chasseraient de Rome Arnaud ^t ses sectateurs : ce qui fut exécuté, et alors le Pape leva Tinterdit. Le lendemain, qui était le jeudi saint 1155, on accourut de tontes parts, selon la coutume, pour recevoir l'absolution du Pape. Ce Pontife, accompagné d'évëques et de cardinaux, étant sorti de Ta ville Léonine où il était demeuré depuis son ordination, et passant au travers de Rome, au milieu des applaudissements de tout le peuple, arriva au palais de Latran, oii il célébra la fête de Pâques.
Peu de temps après Frédéric Rarberousse marcha sur Rome. Ce prince d*une ambition sans limites se prétendait successeur des
Îu'il considérait comme son patrimoine. Le ape était alors è Yiterbe. Quand il apprit que Frédéric marchait sur Rome en diligence, il assembla son conseil , envoya au-devant du prince trois cardinaux et leur prescrivit les articles suivant lesquels ils deyaient traiter. Frédéric ajant juré âe conserver au Pape et aux cardinaux la vie, la liberté, Thonneur et les biens, on fixa le jour et le lieu de Tentrevue entre le Pape et 1 empereur. Alors plusieurs seigneurs allemands conduisirent le Pape à la tente du roi avec les évoques et les cardinaux de sa suite. Mais, comme le roi ne vint point tenir Tétrier au Pape , les cardinaux se retirèrent fbrt choqués. Le Pape ne laissa pas de descendre de cheval et de s'asseoir dans un fauteuil qui lui était préparé. Alors le roi vint se prosterner devant lui ; eti après lui avoir baisé les pieds , il s'approcha pour recevoir le baiser de paix ; mais le Pape lui dit qu'il ne Vy admettrait point, jusqu'à ce qu'il lui eût rendu l'honneur que tous les empereurs orthodoxes avaient rendu à ses prédécesseurs. Le roi soutint qu'il de devait point s'y soumettre, et tout le jour suivant se passa en conférences sur ce sujet. Enfin le roi ayant interrogé les vieux seigneurs qui avaient accompagné l'empereur Lothaireà l'entrevue aven le Pape Innocent, et s'étant informé de la coutume, tant par leurs rapports que par les anciens monuments, consentit, malgré sa répugnance, à faire auprès du Pape la fonction d'écuyer, ce qui fui exécuté le lendemain, h la vue de toute l'armée ; il tint l'étrier au Pape la longueur d'un jet de pierre, et le Pape ensuite le reçut au baiser de paix.
Le lendemain matin, le Pape alla è Saint- Pierre, où le roi se rendit. On chanta la Messe, et après le Graduel, le roi s'approcha du Pape, et reçut de sa main Tépée , le sceptre et enfin la couronne impériale. Les Romains, irrités de ce que Frédéric avait été couronné empereur sans leur consentement.
se jetèrent en furie sur quelques*uns des écnyers de ce prinee , les tuèrent dans TEglise même. L'empereur vint avec ses troupes ; on combattit pendant quatre heures, et les Romains furent repoussés : on en tua
firès de mille, et on en prit deux cents dont e Pape obtint la délivrance.
La rébellion des Romains était fomentée
£ar Guillaume, roi de Sicile, surnommé le [auvais, qui avait succédé l'année précédente à Roger, sou père. Celui-ci, n'ayant pas obtenu du Pape la confirmation de son royaume attaqua les terres de l'Eglise romaine, et le Pape Adrien, après l'avoir excommunié, marcha contre lui avec une armée dans la Campanie, reprit plusieurs places et fut reconnu de tous les seigneurs. Guillaume offrit alors de faire hommage au Saint-Siège, de lui donner trois villes en propriété ^ de rendre la liberté à toutes les églises et d'employer ses forces pour aider le Pape è soumettre les Romains. Le Pape se montrait disposé à accepter ses conditions; mais les cardinaux, pleins d'une vaine confiance, l'en détournèrent. Cependant Tannée suivante [1156], comme il était assiégé dans Rénévent et hors d'état de résister , il Jut obligé de souscrire à des conditions moins • favorables. Mais le roi promit de faire hommage au Pape, du royaume de Sicile, du duché de Pouille et de la principauté de Capoue, et de payer le tribut annuel eomme ses prédécesseurs. Pendant qu'Adrien était dans la Pouille, il fut visité par Jean deSalisburv, son compatriote et son ami , alors chapelain de l'archevêque de Contorbéry.
Adrien lui ouvrit son cœur, et lui avoua qu il avait trouvé bien des misères dans le Saint- Siège; qu'il aurait mieux aimé être demeu* ré toujours caché dans le cloître de Saint- Ruf, que de s'être jeté dans de tels embarras, mais qu'il n'avait osé résister à la Providence.
Jean de Salisbury était porteur de lettres du roi d'Angleterre demandant au Pape la permission d'entrer en Irlande et de s'en rendre maître pour rétablir le chrislianisîme dans sa pureté ; demande fondée sur le droit de suzeraineté de l'Eglise romaine sur toutes ces lies comme nous le verrons en parlant d'Urbain 11. Le Pape accorda h la pnère de Jean de Salisbury ce que le roi d'Angleterre demandait, comme il parait par la bulle oil il dit : (hi ne doute ptts^ et vou$ le connais" $ez vous-mêmes^ que l'Irlande et toutes les lies qui ont reçu la foi chrétienne appartiennent à l* Eglise romaine : or^ vous nous avez fait entendre que vous vouliez entrer dans cette l/e, pour en soumettre les peuples aux lois et en extirper les vices : faire payer û saint Pierre un denier par ctn ae chaque maison^ et conserver en leur entier les lois de V Eglise. Ce que nous vous accordons avec plaisir pour l'accroissement de la religion chrétienne. Avec cette bulle, le Pape envoya au roi d'Angleterre un anneau d'or, orné d'une émcraude, en signe d'investilure.
La même année 1156, le Pape conlirma la renonciation de la vicomtesse de Narbonne à
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la mauvaise ceatume de prendre les biens des évoques morts. L'empereur Frédéric, malgré son traité fait avec le Pape Eugène, et renouvelé à Tépoque de son couronnement, ne tarda pas à montrer des prétentions eitravagantes qui rengagèrent dans une suite de querelle^ avec le Pape Adrien et ensuite dans un schisme déclaré. Il se regardai! comme Tancien héritier légitime des anciens empereurs romains, et se croyait, k ce titre, des droits à Tempire du monde entier. On dit même qu'il voulait obliger le Souverain Pontife aies appuyer par l'excommunication contre tous ceux qui refuseraient de les reconnaître. Quoi qu'il en soit, comme ce prince tenait sa cour è Besançon, vers la Gn de 1157, le Pape Adrien lui envoya deux léçats, dont l'un était Roland, chancelier de l'Eglise romaine, avec des lettres où il lui reprochait de laisser impuni l'attentat commis sur les terres de l'Empire, contre l'archevêque de Lund, oui, en revenant de Rome, avait été attague et volé par des scélérats oui le retenaient encore en prison, Cepenaant cette atrocité ne t>ous est pas inconnuCf écrivait le Pape, itfaû, au lieu {fuser du glaive que vous avez reçu de Dieu pour punir les méchants^ on dit que vous avez dissimulé^ et que vous négligez votre devoir au point que ceux qui ont eu l'audace de corn". mettre cet attentat inouï n*ont pas mime à craindre de l'en repentir. Nous ne concevons pas la raison d'une telle conduite^ car notre conscience ne nous reproche pas de vous avoir offensé en rien ; elle nous dit du contraire que nous vous avons toujours aimé comme notre cher filSf et traité comme un prince que nous savons étre^ par la grâce de Dieu , solidement attaché à la foi apostolique, Vousdevezvous retnettre devant les yeux avec quelle joie la sainte Eglise romaine^ votre Mère, vous reçut Fautre année: quelle affection elle vous témoigna^ quelle plénitude d'honneur et de dignité elle vous attribua^ et comment^ en vous conférant de si bon cœur l'insigne de la couronne tm* périaltf elle prit soin de favoriser aussi dans son sein bienfaisant votre sublime élévation ! Elle eut l'attention toute particulière de ne contredire en rien ta volonté royale. Nous ne nous repentons pas néanmoins d'avoir accompli en tout vos désirs ; au côntrairCf Votre Excellence aurait reçu^ s'il était possi- 6/e, de plus grands bienfaits de notre main^ nous nous en réjouirions en considération des secours et des avantages qu'elle peut procurer à V Eglise de Dieu et à nous-même. Quand donc vous laissez impuni un crime énorme qui outrage publiquement f Eglise universelle €t l'autorité impériale^ nous craignons gue vous ayezétéportéà le dissimuler et à négliger en cette occasion votre devoir par la sugges^ tion de l'homme ververs qui sème la zizanie contre la sainte Eglise romaine , votre Mère si clémente^ et que vous n'ayez conçu contre nous^ (ce quà Dieu ne plaise I) quelque sentiment éTaversion^ etc. Frédéric, dont l'orgueil et l'ambition étaient sans frein, s'irrita à la
Pensée suf^gérée par ses courtisans, que le ape manifestait, dans quelques passages de
cette âCttre, la prétention de lui avoir conféré l'Empire comme ijn bénéfice dépendant uniquement de lui. Ce qui ajoutait à son irritalioni e'est que les Romains soutenaient (]ue les rois d'Allemagne n'avaient possédé jusque-là le royaume d'Italie, que par la libéralité des Papes, et qu'ils voulaient trans-» mettre à la postérité cette idée de la suzeraineté du Pape, non-seulement par la parole et les écrits, mais encore par les peintures. Car on voyait dans le palais de Latran un tableau représentant l'empereur Lothaire qui recevait à genoux la couronne de la main du Pape avec cette inscription : Le roi s'arrête aux portes de la vUle^ e/, après avoir juré les droits de jRoma, t7 devint vassal du Pape^ duquel il recevait la couronne* L'empereur Frédéric s'était plaint de cette peinture et de l'inscription, et le Pape Adrien lui avait promis de les faire effacer ; ce qui n'avait pu être exécuté. Tout cela, joint à la lecture de la lettre, aérant excité ua grand murmure parmi les seigneurs allemanos. On ditqu*undes légats que le Pape avait en* voyes pour porter sa lettre, les irrita encore, en disant: De qui donc tient-il l'Empire, s'il ne le tient pas du Pape ? Et que le (M)mte Palatin de Bavière menaça de lui couper la tète. L'empereur apaisa le tumulte par son autorité: mais il renvoya les légats avec escorte, et leur ordonna de s'en retoàrner dès le lendemain à Rome. Le Pape/ voulant apaiser Frédéric, lui envoya d'autres légats plus prudents que les premiers, qui donnèrent a ce prince toute la satisfaction qu'il pouvait désirer. Ce prince leur déclara qu'il rendait son amitié au Pape et au clergé de Rome ; il leur fit des présents et les renvoya pleins de joie.
Frédéric convoqua, en novembre 1158, une assemblée générale à Roncailles, entre Crémone et Plaisance. Il s'y trouva un grand nombre de légistes qui, non*seulement lui attribuèrent tes droits régaliens, mais qui déclarèrent que l'empire du monde entier, tel que les empereurs des premiers silècles l'avaient possédé^ appartenait à l'empereur d'Allemagne. Ils poussèrent la folie jusqu'à déclarer hérétiques ceux qui oseraient met* tre en doute cette monarchie universelle. On le voit, c'est toujours cette grande lutte du sacerdoce et de rempire que nous verrons surgir avec tant d*éclat sous Grégoire VIL Au fond, cette grande question se résout en celle-ci : A qui appartiendra l'empire du monde ? Sera-ce à la force brutale représentée par les Césars païens et par les empereurs d'Allemagne, leurs prétendus successeurs ? Sera-ce au contraire par la force purement spirituelle et morale représentée par l'Eglise et par la papauté î Y avira-t-il, comme aujourd'hui en Russie, comme autrefois sous le paganisme, un autocrate absolu, à la fois czar et souverain Pontife, qui réglera tout par le seul caprice de sa volonté et par la seule puissance du glaive? ou bien y aura-t-il h côté et au-des»sus de la puissance matérielle un libre gouvernement des Ames s'exercent uniquement
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par la puissance de Tesprit et de la charité? Cette question, comme on le verra, fut à jamais tranchée par les décrets de la Providence et de rhistoire, en favour de la puissance spirituelle ou deTËglise. Nous bornerons 1%, du reste, nos observations, ayant à revenir souvent sur cette grande lutte qui oiïcupe toute la période du moyen âge.
AdrienlVfuljuslement mécontent de ce que Ids évêques de la Lombardie avaient reconnu tenir de Tempereur les droijts régaliens, et consentie lui rendre hommage; il avait d*ailleurs à se plaindre des entreprises ou des actes de souveraineté que Frédéric exerçait sur les possessions du Saint-Siège. Enfin, ce prince, au mépris des usages ou des droils dé l'Eglise, avait interdit aux légats du Pape Tenlrée des villes et des églises dé son royaume. Adrien lui adressa des plaintes auxquelles Frédéric lui répondit par une lettre insolente^ ou il mit son nom avant celui du Pape, et dans la(]uelle il mettait toi au lieu de vous, quoique Tusage fût établi depuis longtemps de nommer au pluriel, par Donneur pour celui à qui on parlait. Le Pape, vovant la hauteur avec laquelle ce prince lui écrivait, le menaça de le priver de la couronne, s'il ne devenait plus juslê. L'empereur répliqua qu'il ne tenait sa couronne que de ses prédécesseurs, et il ajoutait : « Du temps de Constantin, saint Silvestre avait-il pjirt à la dignité royale? C'est ce prince, disait-il, qui a rendu à l'Eglise la liberté et la paix, et tout ce que vous avez, comme Pape, vient de la libéralité des empereurs. Lisez les histoires, vous v trouverez cd qi^jB nous disons. Pourquoi n exigeronsnous pas l'hommage de ceux qui possèdent nos terres, puisque celui qui n'avait rien reçu des hommes, paya le tribut à César
f)0ur lui et pour saint Pierre? Qu'ils nous aissent donc les terres qui relèvent de notre couronne, ou, s'ils jugent qu'e!les leur sont utiles, qu'ils rendent à Dieu ce qui est à Dieu, et. à César ce qui est à César. Nos églises et nos villes sont fermées pour vos cardinaux, parce que nous ne voyons pas qu'ils viennent annoncer l'Evangile et procurer la paix, mais piller partout, et amasser de Tor et de l'argent avec une avidité incroyable Quand nous les verrons tels que TEglise voudrait qu'ils fussent, nous ne ]eur refuserons pas ce qui est nécessaire pour les faire subsister, il est fâcheux que j'orgueil, cette biète si détestable, se soit glissé jusque sur la chaire de saint Pierre.» On voit par cette lettre, comme on le verra mieux encore par la suite, que les souverains s'attribuaient la suprématie dans TEglise par suite de leur prétendu droit sur le patrimoine de Saint-Pierre, Mais, outre qu'une telle prétention est complètement démentie par l'histoire, puisque les Etats de l'Eglise étaient en sa possession bien avant la confirmation de Cbarlemagne, d'un autre côté et comme souverain temporel, le Pape jouissait dans ses Etats de la même autorité que lés empereurs d'Allemagne dans les leurs. Cepend&Qt les esprits s^échauQaieot de
plus en plus, et Ton prétendait même avoir intercepté des lettres du Pape, par lesquelles il excitait à la révolte Milan et quelques autres villes. Alors Eberard, évêque de^ Bamberg, écrivit au Pape une lettre dans^ laquelle il dit, avec une liberté respectueuse : 4 II est à craindre que les paroles dures de part et d'autre n'allument un feu! qu'on ne pourra plus éteindre. 11 vaut mieux se hâter de détruire le mal, que de disputer de quel côté il est venu. Ecrivez de nouveau à l'empereur avec douceur, et ramenez-le avec une bonté paternelle; il est disposé à vous rendre toutes sortes de respect. » L'é* véquo qui parlait ainsi au Pape Adrien, était recommandable par sa science et la pureté de ses mœurs. L'empereur avait une con<^ fiance particulière en ses conseils, et partageait avec lui la conduite de l'Empire.
En conséquence, on entama une négociation. L'empereur offrait de rendre justice au Pape sur tous les chefs dont il se plaignait, pourvu que le Pape la lui rendit aussi, de son côté, sur plusieurs griefs qu'il exposait. Mais les légats ne voulaient point mettre les droits du Pape en compromis, disant qu'il ne pouvait se soumettre au jugement de personne , et qu'ils ne pouvaient rien faire sans savoir sa volonté. Ainsi on résolut qu'il choisirait six cardinaux, et. l'empereur six évé^ues, pour examiner et terminer cette affaire. On en fit la proposition au Pape, mais il la rejeta, disant qu'il ne voulait point d'autre paix que celle qui avait été faite par le Pape Eugène. L'empereur, de son côté, refusa de s'en tenir à ce traité, et la mort d'Adrien mit seule fin à cette contestation. Elle arriva le 1" septembre 1159. Il avait tenu le Saint-Siège k ans et 9 mois. Ce Pape augmenta le patrimoine de Saint*Pierre de plusieurs acquisitions ; mais il était si éloigné d'enrichir ses parents, qu'il ne laissa pour subsistance à sa mère qui vivait encore, que les charités de l'église de Cantorbéry.
ADRIEN V, successeur d'Innocent V, fut contemporain de Philippe III, roi de France, et de Rodolphe de Haltbourg, empereur d'Allemagne. — Il était neveu d'Innocent IV qui le fit cardinal-diacre du titre de Saint- Adrien .et l'envoya légat en Angleterre pour pacifier le difi'érend qui s'était élevé entre le roi et les barons du royaume. Il se nommait Ottogoni, Génois, et de l'illustre maison des Fiesques. Le Saint-Siège ayant été vacant 17 jours, il fut élu le 11 juillet 1276, et prît le nom d'Adrien Y. Il sortit aussitôt de Rome avant que d'être sacré, pour aller k Vilcrbe d'où il pria l'empereur Rodolphe de venir en Italie pour combattre Charles, roi de Sicile, qui disposait de Rome à sa volonté, Rodolphe se trouvant alors engagé dans la guerre do Bolième, ne put satisfaire aux désirs du Saint-Père, et Charles porta ses armes en Acaï.
i Aussitôt après son élection, Adrien sus* pendit l'exécution de la consliiulion du conclave, faite par Grégoire X, voulant en ordonner autrement; mais la mort le prévint, et il mourut & Viterbe, le 18 août 1276, un moia
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iet neuf joars après son élection. En réformant *la constitution de Grégoire, il aurait fortifié r Eglise contre la violence des t/rans et lui aurait rendu la liberté de l'élection du Pape; mais la mort ne lui laissa pas leterops d ac« complir ses grands desseins. Il fui enterré à Viterbe dans Téglise desFrdres mineurs où Ton voit encore son tombeau ; et après lui le Saint-Siège vaqua vingt-buit jours.
ADRIEN VI était Hollandais» né àUtrecbt, le 2 mars 1459. — Dans les documents oril^inatti, il s'appelle MaUre-Argan Florisse d*Utrecht. Son père, nommé Florisse Boyens, était, selon les uns, brasseur de bière* selon les autres, tapissier. N'ayant pas les res- ' sources nécessaires pour le faire étudier, et le vojrant d'ailleurs montrer du goût pour les sciences, il le mena à Louvain et lui proetira une bourse dans lecollégedes Porciens où Ton nourrissait gratuitement de pauvres «'*coIiers. Il s'y distingua en philosophie et «n théologie, et reçut le bonnet de docteur, le 29 ^uin 1&91. Marguerite d'Angleterre, sœur d*Edouard IV, roi d'Angleterre, alors veuve de Charles le Hardy, duc de fiouri;ogne, et gouvernante des Pays-Bas, voulut elle-même faire la dépense de cette cérémonie. Quelque temps après, par le crédit de cette princesse, il fut cbanoine de l'église de Saint-Pierre à Louvain , puis professeur en théologie, doyen de la même église, et eoQu vice-chancelier de l'université. L'empereur Maximilien le choisit pour être pré- ^ cepteur de son petit-fils i'arcniduc Charles. " Dans ce poste honorable, il gagna si bien la confiance de ce prince, qu'iiréleva, dans la suite, aux premières dignités de l'Eglise et de l'Etat. Adrien fut d'abord envoyé en Espagne, engualité d'ambassadeur, auprès du roi Ferdinand; il parta$;ea la régence <l*Espagne avec le cardinal Ximenès, et demeura enfin vice-roi ; le Pape Léon X l'avait fait cardinal le i" juillet 1517. Après la mort de ce Pontife, Charles-Quinl, qui était alors devenu empereur, ne crut pas pouvoir mieux faire aue de le proposer pour la papauté.
Après la mort de Léon X, le conclave traîna beaucoup en longeur. « Messieurs, » disait un jour le cardinal Médicis, que le retour des ennemis de sa famille à Drbino et A Pérugia mettait en épouvante, au point qu'il craignait même pour Florence, « Messieurs, je vois qu'aucun de nous tous qui sommes assemblés ici, ne peut devenir Pape. Je vous en ai proposé trois ou quatre, cependant vous les avez refusés ; en revanche, je ne puis accepter ceux que vous proposez. Il nous faut chercher un Pape i^armi les cardinaux qui ne sont pas présents. » On lui demanda , en adoptant son opinion, quel était celui auquel il pensait, • Prenez,)» s'écria-t-il, « le cardinal de Tortosa, un homme honorable, avancé en âge, que Ton regarde généralement comme un saint. » C'était Adrien d*Ulrecht, auparavant professeurà Lœwen et précepteur dejCharles- Quint, par Taffection personnelle duquel il avait été élevé à la fonction de gouverneur d'une de» Provinces d'Esuaj^ne et a la dignité
de cardinal. Le cardinal Cajetan, oui d'ailleurs n'appartenait pas au parti des Médicisi se leva pour louer le Pape proposé. Qui aurait dû croire que les cardinaux, habitués de tout temps a faire prévaloir, lors de l'élection d'un Pape, leur propre autorité, se décideraient pour un cardinal absenti pour un néerlandais, connu du plus petit noml)re)d*entre eux, avec lequel aucun d'eux ne pouvait songer à stipuler des avantages personnels? Ils selaissèrent entraîner par nmpulsionina(« tendue qu'ils reçurent. Quand I élection fut terminée, ils ne savaient pas bien eux-mêmes comment ils en étaient venus là.
Le conclave s'était ouvert vingt-six jours après la mort de Léon X, et Adrien avait été élu le 9 janvier 1522. Comme il était en Espagne, on choisit au sort trois cardinaux pour l'aller trouver en qualité de légats du Sacré Collège. Adrien était dans la Biscaye, lorsqu'il apprit lanouvellede son élection sur , le Saint-Siége. Aussitôt il prit les habitspoB* tificaux, et earda le nom qu'il portait, eontre l'usaçe établi depuis plusieurs siècles. Le peuple romain, qui voulait un Italien, éclata en injures contre les cardinaux, en apprenant 1 élection d'un étranger, dont on ignorait le caractère; la France en fut piquée, sa voyant par là déchue à Rome de touto considération. Cependant l'élection n'était pas tombée depuis longtemps sur un homme plus digne d'occuper le Saint-Siège. Adrien avait une réputation tout è.fait irréprochable, et Ortiz, qui le connaissait intimement, dit que c'était un modèle de toutes les vertus. Il était pieux, actif et très-sérieux ; on ne vit jamais qu'un imperceptible sourire effleurer ses lèvres ; il était rempli de vues bienveillantes : c'était un vrai prêtre. Il s'embarqua sur la Méditerranée le 2 août, et arriva le 29 k Rome , où on lui rendit les marques accoutumées de respect. Le lendemain il Tut solennellement couronné : il avait défendu les arcs de triomphe que les Romains avaient coutume de dresser en pareille circonstance : il disait que ces sortes de décorations étaient des restes du paganisme qui ne convenaient point à des Chrétiens.
'Quel contraste, lorsqu'il fit son entrée dans cette ville où Léon X avait tenu une cour si magnifique et si prodigue 1 II existe une lettre d'Adrien dans laquelle il dit qu'ti aimerait mieux servir Dieu dans son prieuré de Lcncen que d'être Pape. En réalité, il continua dans le Vatican sa vie de professeur. Un fait qui le caractérise, qu'on nous permette de le rapporter, c'est gu'il avait même amené avec lui sa vieille domestique, qui prenait soin, après son élévation comme auparavant, de son ménage. Il ne changea rieni aussi à son ancien genre de vie ; il se levait, de grand matin, disait la Messe et se ren-| dait ensuite, selon Tordre habituel, à ses affaires, à ses études oui n'étaient interrompues que par le repas le plus simple. Il n'é« tait point étranger à la civilisation de son siècle; au contraire, il aimait les arts, estimait Pélégance dans l'érudition, et Erasme avoua
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qu'il A'a été défendu que par lui sent contre les attaques des scoiastiqties fanatiques. Il ne désapprouva que la direction presque
Eaïenue que l*on suivait à Rome : il ne voulil pas surtout entendre parler de la secte des poètes.
Adrien s'attacha d'abord à réformer les mœurs du clergé. Il examinait avec des homioQes vertueux quels moyens il pourrait employer pour corriger les abus. Sensible aux maux que la prédication des indulgences avaient causés dans TEglise, il s'appliqua à arrêter ces désordres; il ne voulut pas qu'on vendit les charges de la cour romaine, comme on avait fait sous son prédécesseur. 11 modéra les taies de la daiterie, abolit les coadjutoreries et les regrès, et fit ce qu'il put pour empêcher que les bénéfices ne fussent conférés à des sujets indignes. M ne laissait pas de' veiller aussi sur les intérêts temporels de l'Eglise romaine. Il recouvra Riminiy et força par les armes ceux qui s'en étaient empares» de lui rendre cette place ; mais on voyait que c'était contre son inclination d'oser de ces moyens. Sollicité en faveur de son propre neveu par des personnages Importants, il refusa de lui donner un second bénéfice, parce qu'il en avait un de 70écusd'or. El corameron lui représentait que ce revenu était peu de choses pour le neveu d'un Pape: «r Les hommes, » répondit-il» « sont pour les t>énéfices, et non les bénéGces pour les hommes. » Il s'efforça de remédier aux abus de la prédication et de la multiplication des indulgences. Ils^associa, pour la réforme delà discipline, deux hommes d'une sainteté eiemplaire et dont il prenait con- £eil , Jean Pierre Caraffa , archevêque de iThéate, vulgairement Chietli, et Marcel Gaétan de Thienne. 11 pardonna au duo d'Urbin, leva les censures dont Léon X l'avait frappé, et l'investit de nouveau de son évêché, tans préjudice des droils contraires. Il reçut aussi en grâce Alphonse d*£st qu'il investit une seconde fois de tout ce qu'il possédait.
Personne plus qu'Adrien ne désirait ardemment remédier aux embarras où se trouvait alors la chrétienté. Les progrès des armes targues, la chute de Relgrade et de Rhodes lui inspirèrent encore un plus vif désir de travailler au rétablissement de la paix entre les puissances chrétiennes. Quoiqu'il eût été le précepteur de l'empereur, il continua cependant a carder une position neutre. L'ambassadeurofe Charles-Quint, qui avait espéré déterminer le Pape à faire une déclaration en faveur de son élève, à l'occasion de la guerre qui venait d'éclater, fut obligé de quitter Rome sans avoir réussi. Lorsqu'on lut au Pape la nouvelle de la conquête de Rhodes, il baissa les yeux, ne dit root, et soupira profondément. La -Hongrie courait un danger imminent ; il craignit môme pour l'Italie et pour Rome. Tous ses efforts tendaient à effectuer, sinon de suite la paix, du moins immédiatement une trêve de trois ans, afin de préparer pendant ce temps une expédition générale contre les
Turcs. Il n'était pas moins résolu à prévenir les exigences de rAllemagne. On ne peut pas s'expliquer d'une manière plus décioée qu'il ne le fit lui*même, sur les abus qui s'étaient introduits dans Rome. Nous savons^ dit-il dans l'instruction pour le nonce Chieregat
3u'il envoya i la diète, que depuis longtemps 'abominables excès ont eu lieu près du Saint- Siège; des abus dans les choses spirituelles : la transgression des pouvoirs ; tout^ été ^icié. La corruption s'est répandue de la tête aux membres 9 du Pape aux prélats; nous avons tous dévié ; il n^y en a aucun qui ait fait le frien, pas même un seul. Il s'engagea a remplir tous les devoirs d*un bon Pape, à ne donner de Tavancement qu'aux plus vertueux et aux plus savants, et à abolir les abus. Dans ces instructions à son légat pour la diète de Nuremberg, il n'oublie rien de ce qui peut amener la pacification de la chrétienté.
Le nonce était en outre chargé d'un bref adressé aux électeurs et à tous ceux qui compesaient la diète. Il y exhortait les princes chrétiens à cesser leurs discordes et i se réunir contre le double fléau de Thérésie et de l'islamisme. Pour passer ensuite, continue le Pape, de ces dangers extérieurs aux maux internes et domestiques n avec quelle doulctir ai'je appris que Martin Luther^ si souvent averti avec toute la tendresse d'un père^ enfin condamné et proscrit par Léon X, par plusieurs universités f par V empereur dans la diète de Worms^ non-seulement ne s^ arrête points mais continue plus fortement que jamais à répandre ses pernicieuses erreurs et à composer de nouveaux livres qui renversent et la religion chrétienne et la sainteté des mceurs. Et ce qui m'est plus sensible^ est d'apprendre
«me cette hérésie se trouve non-seulement parmi e peuple^ mais encore parmi beaucoup de «etgneurs^ qui, protégeant l'hérésie, sont cause qu'on commence à secouer le joug de r obéissance due aux ecclésiastiques, à piller leurs biens et à exciter des guerres civiles ; quUl est vrai que saint Paul dit (/ Cor, xi, 19j : au il faut qu'il y ait des hérésies, mais que celle-ci paraît dans le temps le plus fâcheux et le plus funeste, où le démon emploie toutes ses forces pour nous accabler de malheurs, et où la religion éprouve toute la fureur des Turcs, qui ne cherchent qu*à étendre leur cruelle domination, et qui y réussissent. Comment s'opposer à leurs progrès tant que la république chrétienne sera déchirée par une hérésie qui ne saurait manquer de causer des séditions ? Il ajoule que, lorsqu'il était en Espagne, il avait entendu parler des nouveaux sentiments de Luther, et qu'il en avait été d'autant plus touché, que ce mal avait pris naissance dans sa patrie, où l'on avait toujours fait profession de suivre la religion dans toute sa pureté ; qu'il ne pouvait trouver sa consolation 3 n'en deux choses, l'une en ce que cette octrine de Luther était si visiblement mauvaise, que tout homme de bon sens ne pouvait pas croire qu'on pût la tolérer; l'autre, en ce qu'il était persuadé que ces plantes envenimées et pestiférées venues d'ailleurs
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ne prendraient point racine dans un pays <|ui avak toujours produit des ennemis de 1 hérésie. Cependant comme le contraire ar^ rite^ ccnlinue le Pape, soit par un juste jugement deDieu^ soit par la négligence de ceux qui devaient y remédier^ et que ce mauvais arbre ayant pris racine pousse fort loin ses branches^ on pourrait croire que' la nation semble avoir oublié son ancienne vertu ^ et quelle approuve un si grand crime ; elle ne fait pas réflexion qu'il est tout à fait honteux quun peuple si religieux et si ferme dans la religion qu'il avait reçue de Jésus-Christ et des apôtres^ que tant de martyrs avaient scellée de leur sang^ se soit ainsi laissé séduire par un misérable petitFrère qui s'éfarte du chemin que nos ancêtres ont tenu jusquà présent , comme si nous avions été dans V erreur ; comme si Jésus-Christ^ qui nous a promis son assis^ tance^ aurait souffert son Eglise universelle ensevelie dans Us ténèbres ; comme si enfin Luther était le seul qui fût snge^ et que Dieu Veûl suscité pour découvrir l'erreur de tout Vunivers. Pour peu qu'on ait de raison, on voit aussitôt le ridicule de cette conduite.
Mais tout cela n\st encore que le prélude des maux qui sont préparés à V Allemagne^ et, par une contagion funeste^ à toute l'Eglise. Luther et ses sectateurs commencent déjà à manifester leurs pernicieux desseins par les brigandages quils exercent^ par le mépris qu'ils font des saints canons ^ des décrets^ des conciles et des Souverains Pontifes, qu'ils ont déchirés et brûlés publiquement. Croit-on ou ils doivent avoir plus de respect pour les lois de t Empire? et puisqu'ils ont secoué le joug de V obéissance due au Souverain Pontife^ aux éviques et aux prêtres ^ il ne faut pas espérer quils obéissent aux magistrats ; puisquils nont épargné ni les personnes^ ni les choses consacrées ii Dieu^ Une faut pas croire QÛ*ils épargnent les personnes, les maisons et les biens des laïques.
Le Pape finit en priant et exhortant les princes et les autres à travailler d'un commun accord è l'extinction de cette hérésie, à faire tous leurs efforts pour obliger Luther et ses partisans à rentrer dans leur devoir* à renoncer à leurs erreurs; et, s'ils ne veulent f>as écouter les avis salutaires qu'on leur donnera» Adrien veut qu'on procède contre eux , et qu'on les punisse selon les lois de l*Empire. Ce bref du Pape est daté de Rome, le 25 novembre 1522.
Adrien montra, comme on le voit, un zèle ardent pour arrêter les progrès de l'hérésie de Lutner, non-seulement en Allemagne, mais aussi dans le Nord. 11 envoya à ce sujet en Suède un légat , né dans ce pays, et nommé Jean Hagni, homme d'un rare mérite. Gustave essaya de le séduire pour s'en servir dans le projet qu'il avait d asssembler un synode dans lequel la doctrine luthérienne serait approuvée; mais il ne.put gagner ce grand homme qui, voyant sa patrie menacée d'un changement de religion , se retira à Rome. Adrien canonisa saint Bennon et DOursQivit l'affaire de la canonisation de S3int Antonin» archevêque deFlorence, coui-
mencée par Léon X, et la termina. La bulle de canonisation ne fut néanmoins publiée que par son successeur Clément Vil, le 6 septembre suivant. Il donna pouvoir à Char* les-Quint et à tous les rois d'Espagne» ses successeurs, d'élire et de présenter des sujets à tous les évôchés de ce royaume ; il affecta à perpétuité è la couronne de Castille l'administration de l'ordre de Calatrava et des autres ordres établis en Espagne. De concert avec l'ambassadeur de celte couronne, il fit une ligue offensive et défensive pour éloigner les Français d'Italie, et pour la guerre d'Allemagne contre les Luthériens. La perte de Tlle de Rhodes l'affligea beaucoup» comme nous l'avons dit; iicrut qu'il était de l'honneur du christianismeSde la recouvrer. Dans celte vue, il s'efforça de procurer une trêve entre tous les princes chrétiens.
François I" n'ayant pas répondu à cet appela le Pape entra dans une grande ligue qui se fit contre la France 6n 1523» et voulut qu'on publiAt solennellement une déclaration contre la France. Cette cérémonie se fit le ISaoAt de la même année dans l'église Sainte-Marie-Majeure» oii Adrien célébra la Messe. En effet» la prise de Rhodes ne parvint nullement à déterminer les Français è la paix. Il y a plus, voyant que cette perte donnerait une occupation de plus à l'empereur» ils conçurent contre lui de vastes projets. Ils établirent des relations en Sicile» avec le secours du cardinal dans lequel Adrien mettait encore sa plus grande confiance » et formèrent un complot pour s'emparer de cette île. Le Pape se trouva donc obligé d'entrer avec l'empereur dans cette nouvelle alliance contre la France.
Adrien se montrait le réformateur infatigable de tous les abus; mais la plupart avaient 1)0ussô des racines si profoncies , qu'il avait a plus grande peine à les extirper. Voulaitil supprimer le revenu dont jouissait jusqu'à présent la Curie» ceux dans lesquels il remarquait une apparence de simonie? Il ne le P pouvait pas sans blesser les droits ac^ quis de ceux dont les emplois étaient fondés sur ces revenus, emplois qu'ils avaient légalement et régulièrement achetés. Se
f>roposait-il d'opérer un changement dans es dispenses de mariage» de supprimer peut-être quelques prohibitions conservées jusqu'à ce jour? On lui représentait qu'une telle décision ne ferait qu'attaquer et rffaiblir la discipline de l'Eglise. 11 eût volontiers rétabli les anciennes expiations, afin d'arrêter le désordre des indulgences ; mais la pénitencerie lui faisait observer qu'il courait alors le risque de perdre l'Italie» en cherchant à maintenir son autorité en Allemagne. A chaque pas» il vovait surgir mille difficultés.
Ajoutez à ces embarras qu'il se trouvait è Rome dans un pays étranger sur lequel il ne pouvait exercer une influence souveraine» parce qu'il ne connaissait pas assez sa 'vie intime et ne savait s'identifier avec elle. 11 avait été reçu avec ioie; on se disait qu'il avait à accorder 5»000 bénéfices vacants»
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et chacun se berçait des plus belles espérances. Mais jamais, sons ce rapportt un Pape ne s'est montré plus réservé. Adrien iroolait saTOtr k qui il confiail les emplois ; il procédait k ses choii avec une conscience scrapoleose : une foule d*atlentes furent donc trompées. Le premier acte de son pontificat fut de supprimer les sunriYances des dignités ecclésiastiques accordées iusqu*k son aYénemenl; il retira même celles qui STAÎent déjà été conférées. Lorsqu'il publia cet arrêté dans Rome» il devait nécessairement s'attirer une multitude d'amères inimitiés. Jusqu'k ce jour, on avait joui à la cour d'une certaine liberté de parler et d'écrire; il ne put la permettre plus longtemps. Voyant l'épuisement des caisses et les be« soins toujours croissants, il établit de nouveaux impôts.
A r^tte époque, la guerre recommença dans la Haute Italie; Luther oarut de nouveau en Allemagne ; Rome lut ravagée par la peste; un découragement universel s'em- )iara des esprits. Adrien a dit : Combien n est- il pas malknireux mil y ait des temps dans lesquels le meilleur homme est obligé de succomber! Tout le résumé de sa position est contenu dans cette exclamation douloureuse, et c'est avec raison qu'on Va gravée sur son tombeau dans l'église allemande à Rome. En effet, la papauté était alors entourée des immenses dimcultés qui dominaient le monde, et qui suffisaient pour arrêter tous les efforts d'un homme de génie.
Adrien ne créa qu'un seul cardinal durant son pontificat, et ne voulut en cela déférer à la coutume que quand il se vit au lit de la mort. La fièvre le prit pour la seconde fois en rentrant dans son palais. Sentant que sa fin approchait, il demanda et reçut les sacrements, et recommanda aux cardinaux les intérêts de l'Eglise. Il mourut Je 14 septembre, dans la soiiante-cinquième année de son Age et la deuxième de sou pontificat. Les Romains se réjouirent de sa mort, parce qu'il avait voulu corriger les abus ; on l'accusait d'avarice , parce qu'il n'était ni fastueux ni prodigue, qjj'il ne tenait point table, et qu'il a>ait des traits de conformité avec les Papes des beaux siècles de l'Eglise. Ce Pape a composé quelques ouvrages qui l'ont fait mettre au nombre des auteurs ecclésiastiques : le principal est un Commentaire sur le iv* livre des Sentences, il le fit réimprimer étant Pape, sans y rien changer, pas même cette maxime, que le Pape n'est point iniaillible, et qu'il peut errer.
AGAPETI" (Saint).— Cinquante-septième Pontife, et successeur de Jean il. Romain de naissance et fils du prêtre Gordien, Agapet fut admis de bonne heure dans le clergé de Rome. Attaché à l'église de Saint-Jean, puis & ceMe de Saint-Pierre, son mérite et sa sainteté le firent élever à la dignité d'archidiacre. Il s'y distingua par sa science et sa sjçesse, et donna aux fidèles une si haute apinioi> de ses rertus, qu'après la mort du
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Paue Jean II, le clercé et le peuple, d* VOIX unanime, relevèrent à la dignité f tificale. En conséquence, il fut ordonné le k mai 53S, et ciimmença les fonctions de son pontificat par l'examen qu'il fit des décisions du concile de Carthage, assemblé peu de temps auparavant pour le rétablissement de la foi catholique et de la discipline dans l'Eglise d'Afriaue, d'où Réiisaire avait chassé les ariens, après la conquête qu'il avait faite de tout le pays sur les Vandales. Dès que l'empereur Justinien eut appris son élection, il loi envoya sa profession de foi, selon l'usage où étaient les empereurs catholiques de Constantinople, et le pria de conserver dans les dignités ecclésiastiques les ariens convertis. Agapet répondit k l'empereur, en approuvant la profession de foi: quant aux ariens, il loue son zèle |Niur leur réunion, mais il lui représente qu'il ne peut rien faire contre les canons qui défendent de promouvoir ou de conserver dans les ordres les hérétiques réconciliés. Ils montrent ^ dit le Pape, que leur conversion n'est pas solide^ s'il leur reste de Fambition. Touchant taffairo d'Etienne de tarisse^ sur laquelle vous nous consultez^ comme vous nous offrez qu'elle soit terminée par nos légats^ nous la commettrons à ceux que nous enverrons incessamment^ et nous recevrons dis maintenant à notro communion Achile, élu en place parEpiphans de Constantinoffle. Vous excusez Vévéque Epiphane de lavoir ordonné^ en disant que c est par votre ordre ; mais il devait vous repri-' senter lui-même ce qui était dû au respect du Saint-Siège. Cette lettre est du 15 octobre 535 ; et le Pape Agapet envoya enjeffet, k Constantinople, cinq evêques pour %ts légats.
Le Pape Agapet I" mit ensuite tous ses soins è guérir les plaies que l'hérésie avait faites à l'Eglise, depuis plus d'un siècle, sous les Go(hs et les Vandales. Considérant
Jue* l'ignorance qu'ils avaient introduite ans tous les lieux de leur domination avait donné entrée à quantité de Tices honteux, il prit des mesures pour établir des écoles publiques de théologie ; et le célèbre Cassiodore, qui était encore alors tout-puissant è la cour des Goths, se joignit A lui pour seconder ses desseins et Tes étendre encore à d'autres études : mais les troubles de la guerre en traversèrent l'exécution.
Cependant les progrès que faisaient les armes de l'Empire sous la conduite de Réiisaire alarmèrent tellement Théodat, roi des Goths, qu'il céda toute la Sinle à l'empereur Justinien, et qu'il offrit même de se contenter d'une pension pour mener uns Tie privée selon sa qualité, p?ulôt que de se résoudre à la guerre. Mais ce prince se repentit bientôt de toutes ^es avances; et, voulant rétablir ses affaires, il crut que
Sersonne ne serait plus propre que le Pape lui faire obtenir la paix à des conditions plus; favorables. Il lui écrivit pour le porter à envoyer une ambassade en .son nom à Constantinople. Il écrivit aussi au sénat , pour qu'on y joignit des personnes
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choisies de son corps. Ne les trouvanl pas aussi ardents à ]e servir qu'il le souhaitait, il menaça de venir saccager Rome, s'il n'é* tait prumptement obéi. Les Ames lâches sont ordinairement cruelles , et Ton craignait que ce roi barbare n*eiécutdt sa menace. C'est ce qui obligea le Pnpe à partir avec Pierre, ambassadeur de Justinien, qui retournait à Consianlinople.
Le fait 1^ plus saillant du court pontificat d*AgapetI*'y l'ut ce voyage à Constantinople. Le Pape» en satisfaisant à la demande de Tbéodat, se proi)Osait aussi de remédier aux maux de I £giise d*Orient ; car il venait de recevoir de quelques abbés catholiques de Constantinople des lettres qui lui expobaient le triste état de la religion dans leur i»a^3. Il partit donc, et, arrivé en Grèce; on Itu présenta un homme qui ne pouvait ni parler* ni se lever de ter|p. Agapet de^ uianda à ses parents qui le lui avaient amené» s'ils croyaient qu'il pût guérir. i)s dirent qu'ils en avaient une ferme espérance l»ar la puissance .de Dieu et l'autorité de &aint Pierre. Aus'sitôt le Pape se mit en prières et commença la Messe, après laquelle, sortant de l'autel, il prit le boiteux par la main, le leva de terre, et le fit marcher en présence de tout le peuple ; puis, ayant mis dans sa bouche le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa langue fut déliée. Agapet lit son entrée à Constantinople te 2 février £36, et fut regu par l'empereur avec de (grandes marques de respect et d'atfection. On tiaila d'abord la question politique; mais Justinien était trop assuré de la conquête de l'Italie pour vouloir rien rabattre des conditions qu'il imposait à Théodat. Vinrent ensuite les atfaires religieuses, dont la principale était la translation d'Anlhime, évèque de Trébizonde, sur le siège de la ville impériale. Agapet refusa de ratifier cette trausialion, parce qu'elle avait été faite en violation des lois canoniques. Du reste, le saint Pontife, instruit qu'Anthime était un eutjchien, ne voulut noint avoir de com* uiuuication avec lui* L empereur le pressait de le voir, et Agapet s'en défendait tou jours. Justinien se tenant offensé de ce refus, s'emporta jusqu'à lui dire que, s'il refusait plus longtemps, il l'enverrait en exil. Alors le Pa))e lui répondit en ces termes: Je pensais être Dfnii ehei un empereur très* chrétien; mais^ à ee que je vois, fai trouvé un Dioctétien. Sachez pourtant que je ne crains point vos men'ices ; mais^ pour vous convaincre quAnthime est hérétique^ faites^ lui confesser seulement qu'il y a deux natures en Jésus-Christ^ et, s'il le fait^ je communia que avec /ut. L'empereur manda aussitôt le patriarche au palais, et lui proposa de re« connaître et de confesser deux natures en Ji^sus-Christ. Anthime s'en défendit , et Justinien Yoyantqu'itavaitété trompé, fit ses excuses au Papedeson emportement, chassa ensuite Anthime du siège patriarcal et de la ville, et pria Agapet d'ordonner en sa place McnnaSy abbé du couvent de Saint-Sanson, homme très-orthodoxe. Ensuite At^apet eu-^
YOyaàrempereurlesrequètesdeauatre-vingtdouze évAqoes qui l'avaient |)rie d'ôlre leur médiateur auprès de ce prince , et dans lesquelles ils exposaient les maux que les hérétiques faisaient k l'Eglise , surtout en Orient.' Il pria en même temps l'empereur d'employer l'autorité aue Dieu lui avait donnée, pour purger 1 Empire de Thérésio dont on l'infectait contre ses intentions. Le Pape écrivit ensuite une lettre synodale à Pierre, patriarche de Jérusalem, pour lui donner avis de ce qu'il avait fait. Etant ar^ rivé^ dit-il, à la cour de l'empereur^ noue avons trouvé le siège de Constafittnople usurpé contre les canons^ par Anthime^ é^éque de Trébizonde. H a même refusé de quitter rhé-résie dCEutychès. Cest pourquoi, après l'avoir attendu à pénitence^ nous le déclarons indigne du nom de catholique et d'évéque^ jus^
?u*à ce qu'il reçoive plemement la doctrine es Pères» Vous devez rejeter de même les autres que le Saint-Siège a condamnés. Nous nous sommes étonnés que vous ayez approuvé cette injure faite au siège de Constantinople, au lieu de nous en avertiry et nous iavons réparée par V ordination de Mennas, qui est le premier de VEglise orientale ordonné par notre Siège.
Cependant le saint Pape travaillait activement à faire tout ce qui dépendait du ministère apostolique, et il se préparait è quelque chose de plus etiicace encore que tout ce qu'il avait fait, lorsque Dieu, content de son zèle et de sa fidélité, le relira à lui après une maladie de peu de jours, et après onze mois et trois semaines de pontificat, le IT avril 536. Son corps fut transporté de Constantinople à Rome. Jamais funérailles ne furent plus magnifiques que les siennes. On y vit un grand nombre d évèques venus de toute l'Italie, une multitude de prêtres et de moines accourus des pays les plus éloi-
§nés. Le peuple, qui avait déjà beaucoup e preuves de sa sainteté, faisait connaître par ses pleurs et ses cris combien il était sensil)le à sa perte.
AGAPET 11, cent trentième pontife, et successeur de Martin 111, fut élu en janvier %6. — La première démarche de ce Pape fut d'envoyer à Othon, dit le Grand, le légat Marin, afin d^assembler un concile général, et il y appela par ses lettres quelques évèques des Gaules et de Germanie. Le concile se tint à Ingelheim , l'an 91M, en présence des deux rois Othon et Louis; le légat Marin y présida. Platine assure que le Pape Agapet fut un saint personnage et fort zélé pour le bien de la religion. 11 mourut l'an 956 , après avoir tenu le Saint-Siège 9 ans et 7 mois. Contemporain de Constantin Porphyrogénète , empereur d*Orient , et de Louis d'Outre-Mer, roi de France , Agapet II eut pour successeur Jean Xll.
AGATUON (Saint), soixante-dix-neovième Pontife et successeur de Saint-Don us 1*% fut le contemporain de l'empereur Constantin Pogonat et de Thierry 1"', roi de France. — Saint Agathon naquit eu Sicile, et dans une partie de l'Italie q<i'on appelle aujourd'hoi