‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 14 sur 123 · BAI · texte numérisé non relu

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cien Testament. Cherchons dans le Nouveau : Voici deux femmes qui adorent le Sauveur, l'une baise ses pieds sacrés, les essuie avec ses cheveux et les inonde de parfums; l'autre touche la frange de son vêtement, pour obtenir la guérison d'une incurable maladie. Ëh bienl qu'en prétendez-vous conclure? Rien; mais voici ce au'en conclut un auteur assez érudit qui» s appuyant d'un passage des "Commentaires de saint Cyrille d Alexandrie, sur le LévUi' qu€t justifie le rite de l'adoration et du baisèment des pieds du chef do l'Eglise, par les exemples que l'JS^prit-Saint nous a proposés dans l'histoire sainte. Ces deux femmes, dit-il, ne voyaient encore dans le Sauveur qu'un simple prophète, et c'est en cette qualité qu'elles l'adoraient; comme elles, les Chrétiens doivent donc baiser les pieds du Pontife romain, puisqu'ils reconnaissent en lui le vicaire, le lieutenant de Jésus-Christ.

c Joseph Stévans raisonne mal sans doute? Il parait que le centurion Corneille n'était pas meilleur logicien, car, d'après les Actes des apôtres^ il adora saint Pierre; elprocidens ad pedes ejus adoravit. (Act. x, 23.) Vailà certes un abus, une superstition, une idolAtrie qui remonte très-haut : saint Pierre est le premier des Papes, Pie IX le dernier; on les a adorés l'un et l'autre. Si le centurion Corneille ne vous inspire pas assez de confiance, saint Clément, d après la tradition, Tient se joindre à lui pour baiser les pieds de celui sur lequel le Christ a bAli son Eglise ; et si ce disciple du Sauveur, ce martyr vous est suspect, parce qu'il fut Pape, vous entendrez saint Paul féliciter les Galatesde l'avoir reçu, non comme un ange^ mm comme le Christ lui-même.

t Du reste, cette idolâtrie s'est perpétuée sans interruption: au u* siècle, on baisait les pieds du Pape, selon Tertullieu ; on les baisait au ly* siècle, si saint Jérôme est digne de foi. Le grand Constantin baisa les pieds de saint Sylvestre; Justin, les pieds du Pape Jean 1*'; Justinien, en 708, les pieds de Constantin, le Souverain Pon- (ire (5}. Aux siècles de ténèbres, les rois lombards imitèrent les exemples que les princes et les peuples d'Italie ont toujours suivis, fin 827, les habitants de Rome courent en foule à Saint-Jean de Latran baiser les pieds du nouveau Pape Valentinien.

En &ky Siginolfo, prince de Bénévent, baise les pieds de Sergius H. Mais on sait aue ritalie est superstitieuse! Charlemagne n est pas Italien, il monte à genoux les marches de Id basilique de Saint- Pierre, et baise les pieds d'Adrien ; Charles-Quint n'est pas Italien, il baise les pieds de Clément Vil et de Paul 111; François I*' n'est pas Italien, à Bologne il baise les pieds de Léon X, et : se iœiissimum dixit quod videret facie ad faciem Pontifieem^ vieariumJesu CArûa. v(Bainiu>i, Ànn. eccles.)

(5) AiiAftTis., Bîbliolh., VU de Uon IV et Vie de CoMsiaWM.*- Mauclkiic, Delta monarehia eccleêiatiîM. — Chrislian. Lûpo , SchoL ad dUtatum Gre-

' Les pairs d'Angleterre, qui ne sont pas Italiens, fléchissent le genou devant le trône du roi (6). On trouve, chez les peuples les plus civilisés, des coutumes semblables, dans lesquelles personne ne s'avise de voir de l'idoIAUie; mais ce qui paraît tout simple et tout naturel dans l'ordre humain, devient étrange et odieux, par cela seul que la religion l'épure et le sanctifie.

Quoi qu'il en soit, Ja tradition est constante, non interrompue, et vraiment Rome sera a jamais incorrigible. Aujourd'hui encore, quiconque est admis à l'audience du Pape^ fait trois génuflexions, et après la troisième se prosterne pour lui baiser humblement les pieds. Les ambassadeurs des puissances, les personnages les plus illustres, les grandes dames comme les plus humbles femmes, font de même dans les églises et les monastères où ils viennent se faire présenter au Pape qui visite ces lieux.

Les cardinaux donnent l'exemple, et baisent les pieds du Pape en vingt occasions. Le jour de son élection et les jours suivants, comme nous le dirons {Voy. Cardinaux), le jour de son couronnement, etc.; le jour où ils sont promus à la pourpre, le iour où ils reçoivent le chapeau, le iour où quelque légation leur est confiée, le jour où ils reviennent de lielte mission, le jour où quelque dignité leur est conférée au sein du Sacré Collège.

Le Pape donne audience tous les jours, et à des jours déterminés de la semaine , il reçoit ses ministres, les ministres étrangers , et les ambassadeurs : comme les cardinaux, ceux-ci sont assis sur des banquettes de bois ; toutes les autres personnes reçues dans le* temps de l'audience, demeu^ rent à genoux, jusqu'à ce que, ayant baisé les pieds du Saint-Père, il les relève avec bonté, on doit en convenir, mais après qu'elles l'ont adoré comme Corneille et Clément adoraient saint Pierre.

Du reste, c'est à un Pape, et à un des Papes les plus haïs de nos esprits forts, que l'on doit de voir l'adoration < idolAtrique moins commune ^dans la primitive Eglise, on baisait les pieds des évoques, et cet usage dura jusqu'en 1073, sous saint Grégoire VU, qui réserva aux seuls Pontifes romains ce témoignage d'amour et de vénération. Le successeur de saint Pierre est le représentant de Jésus-Christ. Les hommes conservent et baisent quelquefois les images de ceux qui leur sont chers. Le sentiment qui inspire les Chrétiens est pareil; seulement, de même que d'une froide peinture à une image vivante, il y a la distance de la mort à la vie; de même entre le sentiment humain et le sentiment religieux il y a la distance de la terre au ciel. Un homme baise les pieds du Pape, un autre baise les pieds d'un roi : l'acte extérieur est le même, et pourtant

aorn VU, cap. 9; Oper. lom. Y, p. 195, edixian Yen, (f ) HolvuTeck, bj C. M. Bag|ii.

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les plus aveugles compreunent que ce sont deux acies d'ordres tout différents. L'honneur rendu aux rois, souvent pur et légitime, ne se rapporte è Dieu que d'une manière indirecte et confuse, comme tout ce que l'homme fait de bon et de louable dans Tordre des sociétés humaines, sans même penser à Dieu qui les a établies ; mais l'honneur rendu aux Pontifes se rapporte à Dieu d'une manière directe et déterminée, comme tout ce que le Chrétien fait dans l'ordre de la société spirituelle, ayant sans cesse présent à la pensée le Sauveur tout-puissant et tout bon qui l'a fondée et oui la maintient. En se prosterdant devant les rois on peut oublier Dieu, on ne l'oublie que trop souvent ; en se prosternant devant le Pape, il est impossible de ne pas se rappeler Jésus-Christ dont il est le vicaire, ne fût-ce qu'à la vue de la croix spr laquelle l'adorateur imprime ses lèvres, car, sur les pieds du Pape, c'est toujours la croix que l'on baise et que l'on adore (7); les^ Catholigues glorifient le Pape, le Pape ne se glorifie en autre chose qu* en la croix de Notre-Seignear Jésus Christ, {S) » Voy. du reste, pour cette cérémonie, VEsquisse de Home chrétienne^ par l'abbé Gerbet.

BENEDICTION IJRBI ET ORBL — Le caractère de la papauté est parfaitement empreint dans cette bénédiction de la ville et du inonde, que le Pape donne trois fois par an du haut de la basilique vaticane. Cette cérémonie est si connue qu'il est inutile d*eQ donner ici les détails. C'est le plus haut degré de solennité des grandes cérémonies pontificales, et cependant la bénédiction papale se distingue si peu des autres, que les paroles dont elle est composée sont à peu

f>rès les mêmes. Rien ne saurait exprimer 'effet de cette scène auguste en face de laquelle tous les étrangers présents à Rome sont saisis d'une indicible admiration, guelle

Sue soit d'ailleurs leur croyance religieuse, ous ne saurions mieux faire que de renvoyer encore ici le lecteur à l'ouvrage si remarquable de M. l'abbé Gerbet. [Esquisse de Rome chrétienne. \ * BENOIT r% soixante-deuxième Pontife et successeur de Jean III. «Après lamort de ce dernier, le Saint-Siège vaqua plus de dix mois. Quelques-uns en attribuèrent la cause aux raVages que firent les Lombards en Italie; d'autres prétendent que'ce furent les brigues qu'il y eut pour l'élection d'un Pape. Qtioi qu'il en soit, Benoit, surnommé Bonose, Romain de naissance et fils de Boniface, fut élevé sur le Saint-Siège, le 6 mai 573, au milieu de la persécution que les Barbares exerçaient dans Rome. Cette ville aurait péri de faim, si l'empereur Justin n'y eût envoyé d'Egypte des vaisseaux chargés

de blé. On ne sait rien des actions de ce Pane. Il mourut, après avoir tenu le Saint- Siège environ ili. »ns, le 31 juillet 557 ; il fut enterré dans l'église de Saint-Pierre, et eut pour successeur Pelage IL

BENOIT II (Saint), quatre-vingtet unième Pontife et successeur de saint Léon II. — 11 fut le contemporain de Tempereur Constantin-Pogonat et de Thierri I'% roi de France. Fils de Jean, le Pape Benoit II était Romain de naissance, bien instruit dans les saintes Ecritures et dans le chant ecclésiastique, il avait servi l'Eglise dès son enfance et exercé dignement la prêtrise. II était amateur delà pauvreté, humble, doux, patient et libéral. Sa tendre piété et ses autres vertus le firent élever au sacerdoce, et il eut une grande

fart au gouvernement de l'Eglise, sous les apes Agathon et Léon IL Après la mort de ce dernier, arrivée en 683, il fut élu pour lui succéder, mais son intronisation n eut lieu

3ue l'année suivante, parce qu'il fallut attenre le retour des envovés qui étaient allés à Constantinoplejprierl empereur Constantia- Pogonat de confirmer son élection, selon l'usage qui se pratiquait alors. Bientôt, secondé paT ce prince, il mit beaucoup de zèle à fMre recevoir partout les décrets du concile général de Conslautinople contre. les monothélites. Les évoques d'Espagne s'assemblèrent à Tolède pour souscrire à la décision de foi faite à Constantinople, et ils envoyèrent au Pape une copie de leur décret, ave? un exposé de leurs sentiments sur le point de controverse. Quoiqu'ils reconnussent deux volontés en Jésus-Christ, Benoît trouva cependant que les expressions dont ils se servaient n'étaient point assez claires, et il les pria de s'expliquer de manière à ne laisser aucun doute sur leur orthodoxie, ce qu'ils firent dans le quinzième concile de Tolède. Comme l'usage de demander è l'effl-

Eereur, qui résidait à Constantinople, iaconrmation de l'élection d'un nouveau Pape, entraînait de longs délais qui étaient préjudiciables à l.'Eglise, le saint pria Constantin d'y apporter remède, et le prince donna une loi adressée au clergé, au peuple et à Tarmée de Rome, par laquelle il permettait de procéder sur-le-champ à l'intronisation de celui qu'ils auraient élu pour Pape. Cet empereur avait beaucoup de vénération pour le saint : il lui en donna une preuve en lui envoyant à Rome une boucle de cheveux de ses deux fils, Justinien et Héraclius ; c'était une espèce d'adoption usitée dans ce tempslà. Celui qui recevait des cheveux d'un jeune homme, était en quelque sorte regardé comme son père. Benott II travailla beaucoup à la conversion des hérétiques; il s'appliqua aussi à réparer et à orner les églises. 11 illustra par une multitude de bonnes œuvres son

(7) *Dés les premier* temps, comme de nos Jours, les Papes perlaient la croix sur leur chaussure : les témoignages de riiisioire et les monumenis en font foi. D anciennes mo^^iiques, que Ton voit encore à home , représentent plusieurs Papes des premiers aiéc es avec la croix sur les pieds. Teiie est, par

exemple, la mosaïque de la basilique Sainte-lfarie, m Transtevere, où se trouve ligure saint ComeiUe, Pape en 251.

(8) Election ei eeuromiement du Souverain Pun^ tife

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DES PAPES

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trop court' pontifical, qui ne fut pas de onze mois entiers. LMiumilité, la douceur, ]a patience, la mortification et Taraour des pauvres, telles étaient les principales vertus qui brillaient dans ce saint Pape. Il mourut Je 7 mai 685, et fut enterré dans l'église de Saint-Pierre.

BENOIT m, cent quatrième Pape et successeur de saint Léon IV, fut le contemporain de Michel III, empereur d*Orient, et de Charles le Chauve, roi de France. — Après la mort du Pape Léon IV, le clergé de Rome, les grands et le peuple s'assemblèrent, et ayant prié Dieu de leur faire connaître celui qui devait être leur pasteur, ils élurent tous d*uDe voix unanime le prèlre Benoit. Il était Romain, et après avoir été instruit dans les saintes Lettres, il fût placé au palais de Latran, et reçu dans le clergé. Le Pape Léon IV rordonna prêtre du titre de Saint-Caliite, et le peuple en foule alla lui porter la nouvelle de 5on élection. On le trouva en prières ; il se leva, et avant appris de quoi il s'agissait, il se remit a genoux, et dit, en versant des larmes : iVe me tirez point de mon Eglise^ je vous en prie^je ne suis point capable de porter le poids d'une si grande dignité. Cependant ils vinreni à bout de l'emmener au palais de Lalran, en chantant des hymnes et des canti(]ues spirituels, et le mirent sur le trône pontifical, ce qui causa une joie publique. Ensuite on dressa un décret d'élection qui fut souscrit du clergé et des grands, et envoyé aux empereurs Lothaire et Louis»

Hais Benoit ne fut rien moins que tranquille dès te commencement de son pontificat. Le prèlre Anastase, déposé dix-huit mois auparavant dans le concile de Rome, et soutenu par Arsène, évèque d'Eugubie|, gagna par ses intrigues l'empereur Louis. Ce prince envoya à Rome des député3, auxquels se joignirent quatre évèques du parti d'Anaslase et trois capitaines. Ces députés étaient chargés d'élire Anastase et de chasser Benoit. Etant arrivés à Rome, ils entrèrent dans l'église de Saint-Pierre, vinrent à main armée dans le palais de Latran, et firent asseoir Anastase sur le trône pontifical , après en avoir fait ôter de force Benoit. Non contents de cela, ils le dépouillèrent des habits pontifc&nx, le chargèrent d'iniures et de coups, (t le donnèrent en garde a deux prêtres dé-

Eosés par le Pape Léon, pour leurs crimes, ne telle entreprise jeta la ville de Rome dans la consternation. Les évêques et les prêtres se frappant la poitrine, et fondant en larmes, étaient prosternés devant les autels.

Le lendemain, s'étant assemblés avec le clergé et le peuple dans l'église Emilienne, et s^tant assis pour chanter des hymnes, les députés.de l'empereur arrivèrent, et, leur présentant'Ies pointes de leurs dards et de leurs épées, ils leur*direnl avec fureur : « Rendezvous et reconnaissez Anastase pour Pape.»Les évè(]aes répondirent :« Nous ne recevrons jamais un homme déposé et anathématisé par le Pape et par le concile. » Les députés voyant leur constance, les quittèrent avec colère, et, iUiQt entrés dans une chapelle^ ils commen-

cèrent è délibérer. Ils contraignirent les évéques d'Ostie et d'Albane d'y entrer, et, après avoir tftcbé de les gagner par la douceur, ils leur dirent d'un ton menaçant : « Il y va de votre tête, si vous refusez de sacrer Anastase. » Mais ils répondirent qu'ils aimaient mieux souffrir la mort, et leur remontrèrent par l'autorité de l'Ecriture, l'injustice de leur prétention. Alors les députes se mirent à parler en leur langue; car ila étaient Français, après quoi ils parurent s'apaiser.

Le surlendemain, les évêques s'assemblèrent dans l'église de Latran avec le clergé et le peuple, qui cria à haute voix : iNous vouions le bienheureux Pape Benoit; c'est lui que nous désirons.» Les députés étonnés de celte union du peuple, voyant qu'ils ne pouvaient élire Anastase, assemblèrent les évêques dans une chambre du palais patriarcal : ony disputa longtemps; mais les Romains apporlèrentdesi puissantes raisons,que ies Français se rendirent et dirent auxévêques: « Prenez celui que vous avez élu, nous allons chasser de ce palais Anastase, que vous dites être déposé ; » ce qui fut exécuté à sa grande honte. Ensuite les évêques tirèrent Benoit du lieu où on le gardait, ils le mirent à cheval, et le menèrent comme en triomphe à l'église de Sainte-Marie Majeure, où ils passèrent trois jours en jeûnes et en prières. Tous ceux qui avaient suivi le parti d' Anastase vinrent» dans la même église, baiser les pieds de Benoit, avouant leur faute ; il les reçut à bras ouverts, et les embrassa. Les députés de l'empereur vinrent aussi, et lui parlèrent avec amitié. Les esprits étant ainsi réunis ^ les évêques et le clergé menèrent Benoit à l'éslise de Saint-Pierre, où il fut sacré selennellement, le 1" septembre 855. Sa charitélui gagna tous les cœurs avant comme après son pontificat. Consacrant toutes ses pensées au culte de Dieu, il fit relever plusieurs églises qui tombaient en ruine, et fit de riches présents pour l'usage des autels. Il ordonna

3ue les Papes assisteraient aux funérailles 'un évêque, d'un prêtre et d'un diacre, et Sue réciproquement le clergé rendrait les erniers devoirs aux Papes. Il visitait les malades, assistait les pauvres, consolait les affligés, protégeait les orphelins et les veuves, et se rendit vénérable par ces sainles^ pratiques. Ce religieux Pontife ne tint lesiège gue deux ans et demi, et mourut le 10 mai 858. Il eut pour successeur Nicolas I*',. et son corps fut enterré devant la porte de Téglise Saint-Pierre.

BENOIT IV, cent dix-sep.tième Pape et successeur de Jean IX, était Romain do naissance et de la plus haute noblesse. — Il fut élu au mois de décembre de l'an 900, et se rendit reCrOmmandable par ses belles qualités : on loue son amour pour le bien public, et sa libéralité envers les pauvres. L'histoire ne nous apprend presque rien de ce Pape, qui mourut au mois d'octobre 903, après avoir tenu le Saint-Siège deux ans et dix mois, et qui eut pour successeur Léon V.

BENOIT V, cent trente-deuxième Pape,

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et successeur de Jean XII» fut élu en mai Wh. — Aussitôt après la- mort de Jean XII (▼oyez ce Pape)» les Romains, oubliant la promesse qu'ils avaient faite k l'empereur Othon el au Pape Léon, élurent et firent ordonner Pape Benoit, cardinal-diacre, et lui promirent avec serment de ne jamais l'abandonner et de le défendre contre Tem- I>ereur. Ce prince, ayant appris cette élec-* tion, fut lort irrité. Ayant assemblé ses troupes, il fit le siège de Rome, n'en laissant sortir personne sans les mutiler de quelque membre. Le Pape Benoit, de son côté, animait les habitants de Rome; il montait sur les murailles, et menaçait d'excommunication l'empereur et ses soldats. Othon pressa si vivement le siège, que la famine contrai-

f;nit les Romains de lui ouvrir les portes de a ville. Ils lui abandonnèrent Benoit, et reçurent pour Pape Léon VIII.— Foy.LioN VIII. On tint aussitôt un concile dans l'église de Latran. Léon y présida; | l'empereur y assista avec les évoques italiens, lorrains et saions, le clergé et le peuple de Rome. On y amena le Pape Benoit V, revota de ses habits pontificaux, et on lui fit divers reproches, en termes très-durs, de s'être laissé ordonner Pape. On lui ôta son pal- Jium et le bâton pastoral que (Léon montra au peuple , après ravoir rompu. On le fit asseoir à terre ; on lui ôta la chasuble et l'étole, et Léon dit qu'il ne lui laissait que Tordre de diacre. L'empereur, louché de ce spectacle, pria qu*on fit grAce à Benoit ; et à sa considération, Léon se borna à le condamner à l'exil. Après que l'empereur eut séjourné quelque temps à Rome, il en sortit et passa le reste de l'année 9Qk en Italie; après quoi il retourna en Saxe, menant avec lui le Pape Benoit qui venait d'être déposé. Il en confia la garde à l'archevêque de Brème, qui l'amena a Hambourg, où il fut traité avec beaucoup d'honneur; car Benoit était savant et vertueux. Il édifia les Saxons par son exemple et perses instructions. Il mourut è Hambourg, l'année suivante, le 5 juillet 965. Son compétiteur Léon VIII était mort quelques mois auparavant ; et !e 1" octobre de la même année [965], on élut Pape Jean, évêque de Narni; qui prit le nom de Jean Xlll.

BENOIT VI, cent trente-quatrième Pape, et successeur de Jean XIII, était Romain de naissance et fils d*Hildebrand. ^ Il fut élu le SS septembre 972, et tint le Saint-Siège dix-buit mois. Mais l'empereur Othon étant mort, Crescentius, homme turbulent et séditieux, chef du parti contraire à l'empereur, entreprit de rétablir l'ancien gouvernement, ou plutôt de se faire le tyran de Rome. Pour venir k boat de son dessein, il résolut de se défaire du Pape Benoit VI, qu'il savait être dévoué k l'empereur. Ayant donc pris avec lui une troupe de satellites, il entra d^iis le palais pontifiiral, se saisit du Ponttife, l'entraîna comme une victime dans le châtean de Saint*Ange, et on ordonna Pape, da vifant de Benoit, Francon, diacre dé 'Eglise romaine, qui prit le nom de Boni-

face VII; mais cet intrus fut chassé biectùi après, et s'enfuit h ConstaniinQple avec tes trésors du Vatican. Quant à Benoit VI, il (ut inhumainement étranglé dans sa pri$oo;tt après sa mort, on élut, pour lui succéder, Domnus II.

BENOIT VII, cent trente-sixième Pape.

fut élu le 28 décembre 975. — Après la mon de Domnus, la faction des comtes de Tnsanelle mit sur le Saint-Siège Tévèque de Sutri, parent d'Albéric, seigneur de Rotn^ qui prit le nom de Benoit ^ II. Les chef) du

Îarli contraire ayant été chassés de la Tillr. enolt fut reconnu de tous pour vrai 9à\^\ et comme il avait la force en main trec beaucoup d'esprit et de coara^e, et quV. était fort bien avec rouipereur« il se maintint huit ans dans le pontificat, sans que la faction contraire osftt rien entreprendre contre lui, comme elle fit sous son succès* seur. L'histoire dit peu de chose de ce Pape. On sait seulement qu'il soumit, par les censures ecclésiastiques, les Romains spoliateurs des églises, rétablit à Rome le couvent de Sainte-uroix de Jérusalem, en y apj)elant des moines de Cluny, confia leséj^Iises de Saint-Boniface à Sergius, métropolitaia de Damas, chassé par les Sarrasin?» et accomplit beaucoup d'autres choses dans rinlérèt de l'ordre et de la discipline. 11 mourut le 10 juillet 984, après huit ans et demi de pontificat, et fut enterré à Sainte-Croii de Jérusalem. Son successeur fut PK.tf, évèque de Pavie, «lui avait été chancelier de l'empereur Othon II. 11 changea le nom de Pierre, par respect pour le prince des a{>6très, en celui de Jean XIV.

BENOIT VIII cent quarante-quatrième Pape et successeur de Sergius IV. -- Après la mort de ce dernier les Romains se paru-

Î;èrent: les uns élurent un nommé Grégoire, es autres Jean, évèque de Porto, fils deltrêgoire, comte de Tusculum. Celui-ci l'emporta, et étant reconnu Pape, il prit le oom de Benoit VIII. Il fut sacré en juillet lOli, et le P. Maimbourg ditqu'il était grandhomme de bien. Mais quelque temps après, Grégoire avant relevé son parti, Benoit fai chassé de Rome et contraint d'aller eo Alf magne implorer le secours du roi Henn. H ne demeura pas longtemps dans ce voyage; car, étant assuré de Ta protection de ce saio! roi, il revint en Italie Tannée suivante, ti les Romains instruits que le roi Hean, après avoir assemblé toutes les forces dt l'Allemagne, était venu célébrer la ftte de Noël à Pavie, craignirent la punition de leur révolte, chassèrent leur antipape Grégoire, et rappelèrent en même temps le Pape B^ nolt. Henri, étant arrivé k Rome avec la reine Cuoégoudet son épouse, entra dans rëg>i5e de Saint-Pierre où le Pape l'attendait, e( avant qu'il y entrât, il lui demanda s'il voulait être le protecteur et le défenseur de l'Eglise, et fidèle en tout k lui et à ses successeurs : le roi'le promit, et alors le Paie le sacra et le couronna empereur avec !a reine. Dans la même cérémonie, le Paix ât présent h Uonri d*une pomme d'or» oro^

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de deux cercles de pierreriesy-ayec une croix d'or, plantée dessus» Ce princQ reçut ce présent avec plaisir, et dit au Pape : Vous, voulez^ Saint^Pire, nCapprmdre par là^ corn" ment je dou gouverner. Puis, regardant la pomme, il ajouta: Cepriseru ne peut mieux convenir à personne qu'à eeux qui ont foulé aux pieds^ les pompes du monde pour suivre ^ plus librement la croix. Il l'envoya ensuite au monastère de Cluny, estimé alors le plus régulier de tous. Puis ce prince retourna en AlletDagne.

La quatrième année du pontificat de Benoît, les Sarrasins vinrent par mer en Italie, et se rendirent maîtres de la Toscane. Le Pape Benoit assembla tous les évèques et les défenseurs des Eglises, et leur ordonna de venir avec lui attaquer les ennemis. Les Sarrasins eurent d'abord de grands avantages sur les Chrétiens; mais ayant ensuite essuyé des revers, ils prirent la fuite,, et forent tous tués jusqu'au deruier; et les Chrétiens ae pouvaient compter le nombre des morts ni la quantité du butin. Leur reine fut prise, et décapitée. Peu de temps après, Benoit VIII appela les Normands pour l'aider à chasser les Grecs d'Italie; surtout à cause des dispositions schismatiques de ces derniers. Il fit ensuite un voyage en Allemagne, pour obtenir du secours contre eui, et célébra avec l'empereur Henri la fêle de Pâques è Bamberg.

On croit que ce fût à cette occasion que l'empereur Henri, confirma au Saint-Siège la donation de la souveraineté de Rome, de Teiarcat de Ravenne et du domaine utile sur d'autres provinces. C'est le troisième acte authentique de ce genre que l'histoire nous rapporte. Benoit VIII fit de grandes choses pour la sûreté et la paix d'Italie. La vigueur qu'il déploya contre les Sarrasins et tes Grecs, il la retrouva pour l'administration de l'Eglise, et travailla avec zèle à la réforme du clergé. Dans un concile tenu à Pavie, il proclama le précepte du célibat ecclésiastique et renouvela les décrétâtes de saint Sirice et de saint Léon, et les canons du concile de Nicée. Il mourut le 10 juillet i02&,. après avoir tenu le Saint-Siège ptèsde douze ans, fut enterré à Saint-Pierre, et eut pour successeur Jean XIX.

BENOIT IX, cent quarante-sixième Pape, Dûveu et successeur de Jean XIX se nommait, avant son élection, Théophllacte. — Il était fils d'Albéric, comte de Tusculum, et prit en 1033 possession du Saint-Siège, alors livré à la merci des familles puissantes de l'Italie. Nous ne saurions mieux caractériser cette déplorable époque qu'en empruntant à M. Tabbé Jager le récit de ces temps d'indicible anarchie. <t Après la mort de Jean XIX, dit M. Jager, la maison de Tusculum n'avait alors à présenter pour candidat qu'un enfant de douze ans nommé Théophi lacté* On le trouvait un peu jeune, mais avec de l'argent tout s'arrangea à la cour impériale comme à Rome, et le petit Théophilacte sous le nom de Benoît IX, alla trôner sur la chaire de saint Pierre. On était partout fati-

gué des dissensions qui s'élevaient & chaque succession, et de guerre lasse le jeune Pape fut partout reconnu. Le jeune homme n'avait pas, à «te qu'il parait, une vocation décidée pour l'état ecclésiastique : il le sentit avec l'Age, se livra de bonne heure à des plaisirs oui n'étaient pas innocents : bientôt il reproQuisit les scandales de Jean XII, il devint voluptueux et cruel. Les détails, nous les ignorons iThistoire Ta flétri sans raconter ses crimes.

Benoit IX régna douze ans. La sixième année de son règne, le clergé et le peuple révoltés, dit-on,.de son infâme conduite,de ses rapines et de ses meurtres, le chassèrent ignominieusement, et sans forme de procès le remplacèrent par Jean, évèque de Sabanie, sous le nom de Sylvestre III. Celui-^ci n'avait pas épargné l'argent pour arriver au poste qu'il convoitait; mais il ne faut pas s'en étonner, la simonie marcha tète levée jusqu'à Clément II. Benoit IX , soutenu, par sa famille et aidé par l'empereur Conrad qu'il avait appelé à son secours, revint à Home et reprit sa place. Celte restauration dura six autres années pendant lesquellej sa conduite fut la môme, et au bout desquelles les Romains le chassèrent de nouveau. Cependant Sylvestre III restait à Rome, Erotégé par sa faction : dans cet indéchiffrale imbroglio, un autre Pape parait encore* c'est Jean, archiprôtre de Rome, qui trouve le moyen de se faire nommer, et s'appelle Jean XIX ou XX. Ainsi, voilà trois Papes,, trois Papes dans Rome, trois Papes défendus chacun par sa faction. Le seul légitime des trois aspire à descendre de sou siège pour satisfaire sa passion en donnant sa main à la fille du comte tiérard; il nie la yalidité des liens qui l'enchatnent et se prétend en droit de contracter un mariage. Le comte Gérard, soit qu'il fût secrètement partisan de Sylvestre, soit que tout simplement il voulût débarrasser Rome de Benoit IX, lui promit la main de sa fille à condition qu'il renoncerait à sa dignité. Celui-ci va consulter un vertueux prêtre, Jean Gratien, qui lui conseillofortement de rentrer dans la vie privée et de faire pénitence. Benoit suit 'une partie du conseil, il abdique, mais non pour faire pénitence : quand il a déposé son abdication , il s'achemine , vers la demeure de Gérard; mais quel n'est pas son désappointement lorsqu'il entend le comte lui faire un refus bien précis et bien net l Quitter sa dignité pour avoir une épouse, cela avait pu accommoder le jeune Théophilacte, mais n'avoir ni l'une ni l'autre, cela- ne pouvait faire son compte. En conséquence, il intéresse sa famille à sa déconvenue ; et, avec son. appui, il se réintègre de lui-même dans le siège, sans s'inquiéter beaucoup si le titre est attaché à la simple possession. Jean Gratiea injustement qualifié en se présentant comme uaprètre vertueux, imagine un singulier moyen de remédier aii désordre et de remplir le siège. Se voyant entouré de la considération générale des gens de bien, il se procure une somme d*argent et achète à

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deniers comptants la faveur des nobles roitfains sans lesquels il ne peut parvenir à ses fins. La mesure réussit: il est élu Pape et prend le nom de Grégoire YI. Ce n*est plus trois Papes que nous avons, c*est bien quatre. Heureusement qu'un des quatre a disparu sans qu'on sache ofx il est. L'histoire l'u perdu de vue et n'en parle plus. C'est bien assez de trois;' Benoit est installé au palais de Latran, Sylvestre à Sainte-Marie Majeure, et Grégoire dans l'église Saint- Pierre. Le meilleur est cette fois le plus habile; il élimine ses deux rivaux : Benoit IX, en le déterminant à une seconde démission par ) appAt d'une forte somme et d*un revenu fiie ; Sylvestre III, en le faisant retourner dans son diocèse, par je ne sais quelle considération. Grégoire YI reste seul maître de Rome, seul en possession du Saint-Siège qu'il va garder pendant vingt mois. 11 avait les qualités nécessaires pour gouverner l'Eglise. Pierre Damien se réjouit de son élévation ;Hitdel)raud fut son disciple et son chaud E artisan, mais il n'était pas entré par la onne porte, et il se trouva environné d'une foule oe difficultés. Il est facile d'imaginer dans quel désordre se trouvaient toutes les affaires de TEglise après une telle anarchie; mais l'histoire seule peut nous apprendre l'état des choses à Rome. Les rues et les places étaient infestées par des voleurs et par des malfaiteurs de tout genre ; il n'y avait plus de sécurité pour les particuliers ; les églises elles-mêmes n'étaient pas respectées ; les biens du Saint-Siège étaient usurpés, et le Pape avait peine de pourvoir à sa subsistance. Il travailla d'abord à ramener l'ordre autour de lui : il commença par les moyens de persuasion, ils n'eurent point d'effet : il employa les censures ecclésiastiques, elles ne firent qu'irriter; il eut recours a la force, on l'accusa d'être un homme san •

Suinaire, d'être indigne d'offrir le Saintacrifice, d'être complice des meurtres qui se commettaient; on lui reprocha de s'être élevé par la simonie ; le peuple, habitué au pillage, poussait les hauts cris ; les cardinaux peu dévoués au nouveau Pontife, n'étaient pas des derniers à s'en faire les échos, Sylvestre III et Benoit IX profitant de cette disgosition des esprits, reprenaient leurs titres, ome était à la veille d'un nouveau bouleversement.

Ce fut sans doute cette complication de circonstances oui appela en Italie le roi d'Allemagne, Henri le Noir, qui avait succédé à son père Conrad. Henri le Noir ou Henri III était un esprit distingué, un noble et loyal caractère, ami de la justice et de la vérité, ennemi du désordre et de la violence. Il avait déjà révélé ses intentions droites par les mesures sévères qu'il avait dirigées dans ses Etats contre la vente des dignités ecclésiastiques que son père lui-même avait honteusement pratiquée. Il vint en Italie en 1046. Le 25 octobre, il réunit à Pavie les évêaues de la contrée, au nombre de tren'^n^'Ui, fit commencer les informations sur la siiuaiion des affaires de l'Eglise, sans lais er

prendre aucune détermination ni porter aucun juj^ement. Le Pape s'avanç<i au-devant du roi jusqu'à Plaisance, où s'étaient terminées les délibérations relatives à sa personne, et reprit avec lui le chemin de Rome, où Henri désirait aller recevoir la couronne impériale. A une journée de Rome, à Sutry, le roi s'arrêta et pria le Pape d'y convoquer un concile, pour mettre un terme aux discussions qui agitaient l'Eglise. Le concile assemblé et présidé par le Pape se composa du clergé de Rome et d'un assez grand nombre d'archevêques, d'évêques et d'abbés. Le roi y assista. L intrusion de Sylvestre III fut unanimement reconnue; il fut déposé du sacerdoce et condamné à passer le reste de ses jours dans un monastère. Benoit IX avant lui-même deux fois abdiqué, on déclara tout jugement-superflu. On passa eiiân à l'examen de l'élection de Grégoire VI, et par considération pour sa personne, on Tidvi ta à s'expliquer lui-même. Il exposa avec simplicité les intentions qui l'avaient dirige, et se rangeant ensuite à l'avis des évêques qui, tout en l'excusant, n'approuvaient pas les movens qu'il avait choisis, il donna un admirable exemple d'humilité et de généroslté en déposant, de son propre mouvement, les insignes de sa dignité, et en renonçant solennellement au trône pontifical. Cet acte, qui est du 21 décembre 1016, mit fln au schisme et posa un terme aux agitations qui avaient tourmenté l'Eglise pendant un siècle et demi.

Le temns des humiliations de la papauté est passe; elle va reprendre son antique splendeur et faire briller aux yeux du monde l'éclat de ses vertus; elle va se trouver investie d'un pouvoir nouveau, d'une puissance immense et terrible; mais, nous Je verrons, elle ne s'en servira que pour protéger la marche et favoriser le développement de la société chrétienne. Nous avons traversé l'orage ; les nuages sont en fuite« la sérénité renaît, l'air devient pur, nous pouvons à présent respirer à l'aise. L'arrivée d'Henri III en Italie est donc un événement hautement providentiel ; il a débar; rassé l'Eglise des cruelles entraves qui enchaînaient ses pas; mais il ne faut pas, comme un grand nombre d'iiistoriens, lui attribuer dans les affaires ecclésiastiques une intervention irrégulière (ju'il n'a pas exercée. Sans prendre la peine d'arrêler leurs yeux sur les pièces originales, ils affirment, sur la foi les uns des autres, qu'il a déposd trois Papes. C'est bientôt dit, mais c'est faux. On a déclaré l'intrusion de Svlvestre 111, on ne Ta pas déposé ; Renoit IX avait abdiqué, on ne s'est pas occnpé de lui ; Grégoire vl a volontairement renoncé à la papauté, on ne l'y a pas forcé. Le concile de Sutry ne pouvait déposer un Pape, et il n'en a dé(osé aucun.

Après l'abdication de Grégoire YI, il s'a-

f;issail de le remplacer; l'élection devait se aire à Rome, on quitta Sutry. Toute liberté d'élection fut laissée aux Romains: mais leur embarras fut grand ; ils regardaient au-

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tour d'eui et ne voyaient aucun sujet à qui s*arrAter. La confusion de tant de troubleSi la destruction des écoles, Tintrigue, la tîolence et la corruption avaient frappé de stérilité celte pauvre Eglise de Rome. Le roi Henrit voyant leur anxiété^ prit inopinément par la main, son chancelier, Sindger, évèque ue BamberK, et le présenta au clergé et au peuple. L'évéque, pris è Timproviste, refusa, se défendit ; mais les réclamations cou* Trîrent sa voix, et il fut obligé d'accepter. Le lendemain, jour de Noël, la cérémonie de son installation s'accomplit avec une pompe

3ui étonna Rome elle-même, au milieu 'une allégresse et d'un concours de peuple tout à fait extraordinaire. Il fut intronisé sous le nom de Clément II, et le. roi, après les serments accoutumés, reçut la couronne impériale. L'eialtation d'un Pape et le oouronnement d'un empereur; au même jour et dans la même ville, étaient deux grands événements dont la rencontre était bien faile pour électriser le peuple chrétien qui en était témoin.

Clément II n'eut pas assez de jours pour réaliser l'attente qu'on avait fondée sur lui. Il mourut au bout de neuf mois, et l'inévitable Benoit IX s'installa pour la trolMème fois depuis sa démission, et fit asseoir de nouveau à ses côtés, sur le trône pontiiïcal, Timmoralilé et la simonie. Il s*y maintint pendant 8 mois, depuis le 9 octobre 1047 jusqu'au 10 juillet 1048. Après bien des suppliques, des délais et des négociations, le marquis de Toscane, de l'ordre de l'empereur, marcha sur Rome pour chasser Tintrus. Celui-ci, dans la crainte d'un chAtîmenl sévère, prit le parti de se retirer définitivement, et cédant ensuite aux exhorutions d'un sage (religieux, il s'appliqua à expier ses péchés par la pénitence, et mourut, croit-on, en 1054, dans le couvent de ce religieux. »

L'an 1041, les Polonais s'ennuyant de l'anarchie où était tombé leur royaume, par la retraite de leur roi Casimir, fils de leur dernier roi, qui s'était fait moineàCluny, envoyèrent à Rome. Les députés, ayant eu audience du Pape Benoit, ils lui représentèrent le triste état de leur pays, et le besoin qu'ils avaient du prince Casimir pour la conservar liou du royaume et de la religion. Le cas était nouveau et la demande extraordinaire. Toutefois, le Pape crut devoir l'accorder. Il dispensa donc Casimir de ses vœux; lui per* mettant de sortir du monastère et de se marier, h condition que les nobles de Pologne liayeraient tous les ans, chacun, au Saint- Siége, un denier de redevance. Ainsi Casimir retourna en Pologne, où il fut reconnu roi, et épousa Marie, sœur du pFince des Russes, dont il eut plusieurs enfants.

BENOIT X, natif de la Campagne de Rome, ci évèque de Vélilre, usurpa par la faction de quelques seigneurs, le gouvernement de PEi^^lise [1058]. — Ce Pape, n'ayant pas été légitimement élu, fut déposé par Hildel»rand, à son retour de Florence, et Nico* b5 11 fut cauoniquement élu à sa place. Be-

noit étant sans titre et sans Ei^lise, se retira k Vélitre, dont il avait été évèque. — Voy. Nicolas IL .

BENOIT XI, successeur de Boniface VIII, contemporain de Philippe le Bel, roi de France et d'Albert d'Autriche empereur d'Allemagne. — Les cardinaux étaient entrés en conclave, neuf jours après la mort de Boniface, conformément au règlement de Grégoire X, qu'ils observèrent pour la première fois ; ils élurent, le 22 octobre 1303, tous d'une voix, Nicolas de Trévise, cardinal-évêque d'Ostie, qui prit le nom de Benoit XL II était de médiocre naissance, et fut élevé à Venise, où étant jeune clerc, il gagna sa vie, pendant quelque temps h instruire des enfants; puis il entra dans l'ordre des Frères prêcheurs, oit il se distingua tellement par sa sience et par sa vertu, qu'il passa par toutes les charges, et devint enfin le général de son ordre. Ce fui Boniface Vlll qui le fit cardinal.

Benoit montra une extrême douceur, une prudence tout évangélique, un coup d'œil sûr et un esprit juste. Dès que le roi Philippe le Bel eut appris la promotion de ce Pape, il lui écrivit une lettre dans laquelle il témoignait beaucoup d'estime pour lui, et donnait pouvoir à ses quatre envoyés de traiter avec lui des différends qu'il avait eus avec Boniface VIII, et, par une autre lettre, le roi leur permettait d'accepter en son nom Tabsolution du Pape, pour toutes les censures qu'il pouvait avoir encourues. Benoit reçut très-bien les envoyés, et donna au roi l'absolution des censures, quoiqu'il ne l'eût pas demandée ; ce que le Pape fit valoir comme une grAce singulière dans la réponse au roi. Il est vrai que, six mois après, il fit publier une bulle è Pérou$e« 7 juin 1304, par laquelle, après avoir raconté tout ce qui s'était passé à la prise de Boniface, et en particulier, le i)illage du trésor, il dénonce excommunié Guillaume de Nogaret, Sciarra Colonne et onze autres, et les cite à comparaître devant lui, à la Saint- Pierre.

. Mais l'orgueil de Philippe le Bel ne lui permit pas de céder facilement aux avances do pacifique Pontife. Son irritation ne put être calmée par toute la prudence de Benoît. Ce Pape donna de grands privilèges aux Frères prêcheurs et aux Frères mineurs, et entre autres, celui de prêcher librement dans leurs éslises, et dans les places publiques, sans demander permission aux évêques diocésains; mais non dans les églises paroissiales, malgré les curés.

Le pontificat de Benoit XI ne fut que de huit mois : le bruit courut qu'il avait été empoisonné; ce que l'on raconte ainsi.

Comme il était à table à Pérouse, où il résidait, vint un jeune homme habillé en femme, se disant tourière des religieuses de Sainte^ Pétronille, tenant un bassin d'argent plein de belles fisues, qu'il présenta au Pape de la part de rabbesse. Le Pape les reçut avec grand plaisir, parce qu'il en mangeait volontiers, et comme elles venaient d'une per-

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sonne de sa connaissance» U en mangea.

AussîtAt il tomba malade^ et mourut en peu de jours» savoir, le 6 juillet 13(M^. Après sa mort, le Saint-Siège fut vacant près de onze mois» et il eut pour successeur Clément Y.

RENOIT XII vivait sous Philippe VI» roi de France,, et Louis de Bavière» empereur d*Allemagne» — Les cardinaux» qui étaient à Avignon au nombre de vingt-quatre» furent enfermés au conclave, dans le palais où Jean XXII était mort» par le comte de Noailles» et parle maréchal de Provence qui commandait pour Robert» roi de Naples» afin Qu'ils fissent promplement l'élection. Ce qu ils exécutèrent; car au bout de quelques jours, ils élurent unanimement, le SO décembre 1334, le cardinal Blanc» ainsi nommé parce qu'il avait été moine de Tordre de Cileaux. Le nouveau Pape fut plus surpris que personne de ce choix, et ne put s'empêcher de leur dire : Qu'avez-vous fait^ mes frères ? de tous les sujets f vous avez élu le plus indigne.

11 ne tarda pas cependant à montrer que c'était là une simple parole d'humilité. Modèle, non-seulement de tontes les vertus, mais de toutes la ferveur de la perfection» il était profond dans les sciences» habile jurisconsulte et canoniste éminent. Il signala toutes les qualités augustes et religieuses qui le rendaient propre à ce haut rang au-

3uel il avait été appelé. Mis en possession es trésors de son prédécesseur» il consacra 50 mille florins d*or à réparer les temples et les palais les plus ruinés de Rome» et destina le double h subvenir aux besoins des cardinaux. Il avait pris le nom de Benoit XII» et fut couronné le 8 janvier 1335» dans l'église des Frères prêcheurs d'Avignon. .

Son nom de famille était Jacques de Nouveau, surnommé Fournier. Il était né à Saverdon, aucomté deFoix. Dès sa jeunesse, il embrassa la vie monastique dans l'ordre de Cileaux. Il vint étudier à Paris, oit il fut reçu docteur. On l'éleva sur le siège de Pamiers» où il demeura neuf ans» ensuite sur celui de Mirepoix ; enfin Jean XXII le fit cardinal. Dès qu'il eut été couronné Pape» il ordonna à tous ceux qui n'avaient pas de raison légitime de demeurer auprès du Saint-Siège» de se retirer à leurs bénéfices. Il écrivit en même temps aux évoques de Castille» pour se plaindre des horribles désordres qui régnaient dans ce royaume, et il leur enjoignit de s'appliquer à la correction des mœurs. Dès la première année de son pontificat, il révoqua toutes les expectatives dont son prédécesseur avait chargé les églises, et il refusa de donner des béne-* fices à ceux qui avaient de quoi vivre selon leur condition. Sur les instances que lui firent les Romains, par les députés qu'ils lui envoyèrent» il résolut de se transporter en Italie» et de résider à Bologne ; mais, ayant fait sonder les dispositions des habitants à ee sujet, il apprit gue la ville était encore remplie de l'esprit de révolte qui avait fait chasser le légat, un an auparavant, comme étaient alors presque toutes les villes de

ritalie. Benoit en fut aflligé» et abandonna le dessein de transférer son siège en Italie. Obligé ainsi de rester à Avienon, il commença à y faire bétir un palais très-bien fortitié, entouré de tours et de murs, et qu'il continua tant qu'il vécut.

Benoit XII opposait la fermeté à l'intrigue et à l'ambition, autant qu'il s'appliquait à récompenser les ecclésiastiques lettrés et vertueux. Il- savait les trouver dans l'ofoscurité oà ils s'ensevelissaient. Quant à ses parents, Benoit avait pris pour règle de conduite ces paroles du Roi-Prophète t « Si l<;s personnes de mon sang ne s arrogent pas la domination, ma vertu sera sans tache. ■ (1 disait encore : Le Père de tous les fldêUs doit être comme Melchisédech • scms^ père , sans mère , sans généalogie. In<U)ranlable dans ces principes, il ne procura jamais l'élévation d'aucun de ses neveux. Quant à ses parents laïques, il ne souffrit pas qu'uu seul d'entre eux s'élevât au-dessus du ran^ dans lequel il était né. Il avait une nièce qui lui était particulièrement chère; mais il la refusa à un grand nombre de seigneurs pour la marier au fils d'un marchand de Toulouse avec une dot scrupuleusement proportionnée à sa condition. Je vous reconnais^ disait-il, pour les parents de Jacques Fournier; car pour te Pape il n'a ni parents ni alliés!

Se voyant fixé en deçà des monts, il tourna d'abord ses regards sur les Eglises d'Arles et de Narbonne qu'il réforma complètement.

Connaissant parfaitement par lui-même les besoins de Tordre de Cl4eaux» il en détruisit tous les abus. Voulant rendre ces moines utiles k l'Ëglise, il leur fit établir des écoles dans toutes les principales villes de la chrétienté. Il donna également des bulles pour la réformation des moines noirs» c'est-àdire des GInnistes et des autres Bénédictins, ponr celle des différentes espèces de chanoines réguliers et des Frères mineurs. Il s'employa à réconcilier l'empereur Louis de Bavière avec l'Eglise romaine. Il tint le concile des trois provinces» d'Arles» d'Embrun ot d'Aix» oit il voulut que les archevêques de ces provinces présidassent [1337]. On j abolit quelques procédés contraires à la dignité et à la douceur ecclésiastique dont on usait dans la poursuite des excommuniés, et on y fit plusieurs canons de discipline. Dès le commencement de la même année» arrivèrent à Avignon des envoyés du grand Kan des Tartaresavec une lettre donnant les plus grands- titres d'honneur au Souverain Pontife. Quatre princes de la nation des Alains avaient joint leurs lettres à celle du Kan et demandaient un pasteur. Le Pape combla ces envoyés de présents et répondit au çrand Kan et aux Alains» y joignant plusieurs lettres pour différents princes tartares avec une confession de foi. Quatre mois après^ il lit partir pour ces régions lointaines qua-^ tre Frères mineurs en oualité de nonces apostoliques [1338]. Il soccupa avec non moins de zèle de la réunion des Grecs à l'Eglise romaine. Eu même temps il réprimait aux extrémités de l'Allemagne ram!)ii^

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lion des religieux milUaires de Tordre Teatoniqiie » et revendiquait la Sicile pour Robert de Naples. Il gagnait» par sa douceur évangélique» Bologne et plusieurs villes de la Lombardie.

L*an 1335, il avait terminé la question de la vision béatifique, et donna une bulle à ce suiet, oit il dit que les âmes justes, avant detre réunies à leurs corps, sont dans le ciel avec Jésus-Christ, et voient Tessence divine d'une vision intuitive et face k face, et que c'est cette vision qui les rend vraiment heureuses. C'est ainsi que le Pape s'attacha à la croyance qu'enseignait Técole de Paris avec toute l'Eglise.

L'an 13tô, le mal de jambes qui Tîncommodait depuis longtemps aj^ant beaucoup augmenté, il en mourut le ik avril de la mèrne année, après avoir tenu le Saint-Siège sept ans et quatre mois.

BENOIT XHL — Le 23 septembre 1394, vingt et un cardinaux élurent, à voix unanimes, pour Pape fe cardinal Pierre de Lune, Boniface IX étant encore vivant. C'est le dernier Pape d'Avignon. Il prit le nom de Benoit XIII. Il porta la tiare pendant trente ans, règne plus long que celui d'aucun Pape lé^^itîme. Il était très-capable, fort instruit, surtout dans le droit canon ou'il avait professé è Montpellier; il était (railleurs d^ine haute naissance et irréprochable dans ses mœurs. Il avait assisté au premier et au second concJAve, d'où élait sorti le schisme d*Occident' qu'il vint si matbeureusemenC continuer.

Benoit XIII avait juré au conclave de donner sa démission du moment que les cardinaux ou la majorité d'entre eux le jugeraient nécessaire pour la paix de l'Eglise. Il fit les mêmes pratestations en donnant avis aux souverains de son élection. Mais ces paroles et ces promesses n'avaient rien de sincère» et après mille et mille démarches inutiles, après la soustraction d'obédience, te concile de Pise fut obligé, dans sa 37* session, le 26 juillet 1417, de déposer solennellement Pierre de Lune, dit Benott XIII, comme parjure, schismatique et hérétique, comme ajranl donné atteinte, autant qu'il était en lui, à l'unité et à la catholicité de l'Eglise.

~ Koy. BONIFACB IX.

BENOIT XIII, successeur d'Innocent XIII, psquit h Rome en 16^9, et fut élu le 29 mai iM, è rflge de 75 ans. — Il exerça le pontificat sous Louis XV, roi de France» et Charles VI, empereur d'Allemagne.

Les cardinaux étant entrés au conclave, les suffrages se réunirent bientôt en faveur du cardinal des Ursins, archevêque de Béné- ▼eot, oui prit le nom de Benoit XIII. Sa famille était originaire de Naples, de la branche des ducs de Gravina. Quoiqu'il en- fût laloé, il était entré de bonne heure dans 1 ordre de Saint-Dominique, où il vécut avec une simplicité, même avec une austérilé peu commune dans une personne de s» naissance. En 1672, ses parents le firent cardinal malgré lui, car il refusa constamment le chapeau qu'on lui apportait; il fallut un or-

dre de son général pour le lui ihire accepter. Forcé de prendre un rang qu'il n'ambitionnait pas, il conserva sous la pourpre l'humilité du cloître; devenu 2M*cheveqne de Bénévent, il fit voir dans le gouvernement de cette Eglise un zèle et une piété dignes des temps apostoliques. Il avait un grand attachement pour la doctrine de saint Thomas, dont il avait pour ainsi dire sucé le lait. Il élait zélé pour la bonne morale et les pratiques de l'antiquilé, faisait tenir des conciles dans son diocèse et instruisait lui-même son peuple. Ce fut dans le temps de son épiscopat que le Ciel le sauva de la mort, comme par miracle; car il faillit êlre englouti par un tremblement de terre, il aurait «été enterré tout vivant, si deux de ses domestiques ne l'eussent promptement enlevé du bord de l'abtme qui s ouvrit sous ses pieds ; mais Dieu le réservait pour être le chef de son Eglise.

Elevé sur le Saint-Siège,* le pontificat ne changea rien, ni à ses principes, ni h ses mœurs. Sa piété fut la même; il fuyait l'ostentation, rien n'était plus simple que le cortège qui l'environnait; sa charité envers les pauvres le faisait vivre dans une grande frugalité; il trouvait qu'il avait toujours trop, lorsqu'il n'avait que le nécessaire. Il avait un grand penchant pour la réforme, et il prêchait d'exemple. Auss tôt après son élection, il se renferma pendant trois jours pour implorer le secours du Ciel, afin de pouvoir gouverner l'Eglise d'une manière digne d'un successeur des apôtres. Enfin, on voyait en Benoit XIII ce qu'on y avait toujours vu, même simplicité dans l'extérieur» mêmes sentiments d'humilité, même détachement des vanités du monde. Il voulait sortir du palais pontifical sans l'appareil qui suivait ses prédécesseurs, lorsqu'ils se montraient en public : ce fut dans cette vue qu'il fit tenir une congrégation dans laquelle il fut décidé quMl pourrait sortir, accompagné seulement de 12 ou 15 chevau- légers et d*un pareil nombre de suisses. Ayant fait appeler un jour ses clercs de chambre, il leur dit, après un entretien familier qui les surprit tous : Je serai en particulier Frire fincent'Marie Ursini, et en public je serai Pape, Enfin, on ne lui connaissait d'autre déiaut que celui de l'Age, car i! avait près de 76 ans, mais il était d'ailleurs exempt des infirmités de la vieillesse.

Il s'occupa d'abord à mettre le bon ordre dans la ville de Rome; il ordonna au gouverneur d'interdire absolument tous les lieux de débauche, et de faire exercer è cet égard la police avec rigueur. Le [irincipal de ses soins était de mettre fin aux troubles que ta Constitution avait causés.

L'un des premiers actes de son pontificat consista à promul£[uer le 4 juin 1724 la canonisation de huit bienheureux. Le 19 juillet suivant, il approuva et confirma les décrets du concile tenu à Zamoski en Pologne, par les évêques ^recs-unis. Benoit XIII, élevé à l'école de saint Thomas, était profondément auaché aux vérités de la grAce et à la pureté

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dé sa morale. Gardien de rintégrité du dogme et d'es prérogatives du Saint-Siège, il s'attacha à ne point donner la moindre atteinte aux décisions de ses prédécesseurs. Dans ces dispositions, il ne pouvait prendre d'autre parti, pour réunir deux sentiments opposés, que de soutenir que la l)ulie Unigcnttus qui 1 occupa particulièrement ne condamnait ni les vérités de la grâce, ni les règles de la morale; d'autoriser de plus en plus cette bulle, et en même temps d'accréditer de toutes ses forces les vérités qu'on reprochait à cette bulle de condamner. C'est ce qu il Gt d'abord

far le bref qu'il adressa le 6 novembre 172^ tous les professeurs de l'ordre de Saint- Dominique, dans lequel il dit que c'est injustement que des gens mal intentionnés publient que Clément XI, en condamnant

ar sa bulle UnigeniCus^ les erreurs dont il ail mention, a voulu donner atteinte à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, etc. <K Méprisez donc courageusement, leur dit-il, les calomnies qu'on tâche de répandre sur les dogmes de la grâce efficace par elle-même^ et de la gratuite prédestination à la gloire^ sans aucune provision démérites^ que vous avez jui^qu'ici enseignés, et que vous avez puisés dans les livres de saint Augustin et de saint Thomas, dans la parole de Dieu, dans les décrets des conciles, et dans les autorités des Pères. »

Vers le même temps le cardinal de Noailles^ lié depuis longtemps avec Benoit XIII, par la conGrmité de leurs sentiments et de leur caractère,. lui écrivit pour lui marquer la joie qu'il avait de son exaltation. Benoit XIII lui répondit avec bonté, et son bref daté du S7 août 1724, contenait les expressions les plus tendres; mais le Pontife le conjurait en même temps de rendre la paix à l'Eglise, par une sincère obéissance, lui montrant qu'il ne pouvait se départir des vue^ et des actes de ses prédécesseurs. — Voy. pour celte aifaire Clément XI et Innocent XIII. — Le cardinal de Noaiiles répondit le 1" octobre d'une manière qui pouvait faire espérer sa soumission. Comme une des réclamations de ce prélat avait pour objet la liberté des écoles et en particulier la doctrine de saint Thomas, Benoit XIII crut fixer toute ces incertitudes en publiant sa bulle du 6 novembre en faveur ae l'ordre de Saint-Dominique. Un mois après, il adressa un second bref au cardinal, qui dans le même temps envoyait à Rome les douzes articles suivants les plus capiieux peut-être qu'on ait formulé sur cette nialière.

I. Depuis le péché d'Adam^ personne n*a pu acquérir la véritable justice ou le salut étemel f sans la foi au Médiateur et au Rédempteur, plus ou moins développée ou distincte, selon ta différence des temps et des personnes.

II. La loi de Moïse ne donnait point, par sa propre vertu, la grâce qui est nécessaire pour accomplir Us commanaements de Dieu.

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