EN
DES PÂPEf^
BEN
(l'on, donijê ne suis guère susceptible , parce auefaile temps d'approfondir. Je vous sacriferais Thomme quon a calomnié s'il était coupable; mais je le connais^ et je prie tous les jours n«)tre divin Sauveur; pour qu'il soit aussi content de son Vicaire qHeje le suis du mien» Cetle lettre lui fit le plus grand honneur dans Tesprit de Clément XII; il n'y eut que les Ames basses qui la trouvèrent trop forte.
Un curé de son diocèse s*é(ant rendu cou«- {table d*une faute exlrèmement grave, et craignant au milieu de sa honte et de sa douleur, d'aborder son archevêque, Lamheriini le prévint et l'alla trouver. Je dois à Dieu seul^ lui dil-il, la grâce de ne pas pré' tariquer^ de sorte que je viens pleurer avec rouj, et non vous gronder. Le scandale que vous avez causé ne peut se réparer qu'enquit^ tant votre paroisse de bon gré: le bénéficie simple que je vous offre vaut au moins votre cure; car je ne veux pas vous molester. Àilez^ ne péchez pluSf embrassez-moi comme un père qui verse des larmes sur un fils qui lui sera toujours cher. Vous viendrez me voir de temps, m temps , afin quun ministre des autels soit toujours honoré. Le curé f confus., refusa le bénéfice, se retiradans un monastère, et parla toute sa vie de la charité d*un si digne arcbevèqoe.
On sait qu'à cette époque, la manière de prêcher, en I talie, ressemblai t assez généralemefith celle qui régnait en France : citations païennes, expressions ridicules, comparaisons bizarres, pensées guindées, gestes comiques, le tout lié de manière à parodier les mjstères et les dogmes; tels étaient à Bologne même la plupart des sermons. Lam* ttertini, de c-oncerl avec les supérieurs des communaulâs, voulut corriger cet abus ; il recommanda qu'on ne mît plus les anciens sermonaires entre les mains des jeunes religieux, mais qu'on traduisit quelques fragnreiits des meilleurs orateurs français pour leur servir de modèles, sans néanmoins changer le genre d'éloquence propre au pays.
Les superstitions étant un mal plus actif Que partout ailleurs dans les climats méridionaux, Lambertini s'appliqua fortement à les déraciner. Il supprima plusieurs dévotions populaires et quelques confréries capables de nuire à l'essence de la vraie piété. Oo vînt l'avertir qu'un malheureux poète avait fait une satire amère contre lui ; il la prit, la lut, et lorsqu'il leut corrigée de sa propre main» il Tenvoya lui-même à l'auteur, lui marquant qu'elle s'en vendrait mieux. Ses parents se plaignaient de ce qn ils ne le voyaient pas assez, et il se contentait de leur répondre, aue tout son diocèse étant , devenu sa famille, il ne cessait de visiter des frères et des enfants. Jamais il ne connut la manière d'éparpiller les aumftnes, qui ne se répandent de la sorte, que pour leur donner plus d'éclat ; et, quoiqu'il tiût de préférence des secours è ses diocé- ^Aios, cela ue Tempêcha point d'assister les «rangers qui soutiraient. Lorsqu'on lui par*
DiCTio:«!«. DES Papes.
lait d'un nomme distingué par sa nais^^ance ou par ses talents, dont Ta situation exigeait quelque secours, il avait soin que le bienlait répondît à la qualité. Vous venez puiser dans ma bourse^ dit-il un jour à un noble Ferrarois dont il connaissait l'indigence, et cest la meilleure nouvelle que vous puissiez m'apporter.
Il s'éleva, de son temps, beaucoup de troubles dans une communauté do filles» au sujet d'une postulante qui demandait l'habit. Les religieuses, dont l'esprit se dédommage quelquefois du silence du cloître par leur empressement à savoir ce qui se passe au milieu du monde, apprirent des médisances ou des calomnies sur son compte, et l'accablèrent de reproches. Lambertini leur écrivit : Je suis indigné de r orgueil et de la dureté qui régnent parmi vous. Que peut faire de mieux la personne dont vous vous plaignez^ si elle a commis des fautes^ que de se réfugier dans un asile de pénitence/ Votre présomp-^ tion est mille fois plus condamnable aux yeux de Dieu que le péché dont vous raccu^ sez. Je vous priverai toutes des sacrements, si la paix et la charité ne renaissent pas dans votre maison^ et jHrai moi-même en per^ sonne ^ vous imposer silence, si vous vous avisez encore de tourmenter celle que je prends sous ma protection; je Vaiinterrogée plusieurs fois^ je connais le fond de son dme, et je souhaite^ pour votre salut^ que- vous ayez sa douceur et son humilité; je l*ai chargée de prier Dieu pour moi, et je n'ai garde de voui^ donner cette commission^ jusqu'à ce que vous ayez repris des sentiments de chanté^ sans laquelle toutes les prières ne peuvent monter au trône de VEternel. C'était parler en apôtre, et ce fut le moyen de ramener la paix. On se tut, ou du moins, si l'on murmura, la chose resta secrète.
Par la sollicitude de Lambertini, le séminaire de Bologne devint l'asile de la science et de la piété. On y exigeait la plus vivo ardeur pour l'étude, la plus grande décence pour le maintien. On posa pour base qu'on lirait assidûment l'Ecriture sainte et les Pères, et qu'on en ferait des extraits. La théologie dénuée de cette ressource n'est qu'un simulacre, disait Lambertini, et ceux qui l'apprennent ne connaissent qu'une scolastique hérissée de distinctions, et ne savent que des mots.
Le pontificat de Clément Xll eut plus d'une fois besoin des lumières de notre illustre cardinal. La haute réputation dont il jouissait, comme le meilleur cauoniste de i'Ilalie , et conséquemment de l'Europe , l'exposait à de fréquentes relations. Ses avis faisaient tellement autorité, qu'il o'j avait
EoiDt de tribunal dans Rome où l'on ne citât ambertini.
Les vacances, qu'il nommait le temps de ses travaux, le plongeaient tellement dans l'élude, qu'il n'avait pas un moment libre: c'est alors qu'il s'environnait d'hommes éclairés, et qu'on le voyait tirer de leur savoir, les matériaux dont il avait besoin pour perler ses ouvrages h leur perfection. L'uu
BEN
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lui rappelait une date, l'autre lui faisait up «xtrail, et de ce travail^ cimenté par la concorde et par l'amour du bien public, il ré^ sultait le plus grand avantage pour la religion et pour la société.
Il n*est point de pays, chez les protestants même, où les productions de Laoïbertini n'aient pénétré. L'od y trouve une érudition Immense, souvent mêlée de ce qu'il y a de {)lus piquant dans les poètes et dans les ora«teurs. Ainsi saint Jérôme composait ses écrits : On me gronde parfois , disait notre illustre cardinal, de ce qu'au milieu de mts travaux les plus sérieux^ il m'arrive d'avoir^ à la dérobée^ quelques légers entretiens avte le T<M«e, le Danle et VArioste; mais f ai soU' vent besoin de me les rappeler pour avoir rexpression plus vive et la pensée plus éner^gique.
Le séjour de la campagne le mettait sou- Tent à portée de faire des promenades philo-» sophiques, comme il les appelait lui-même. C*est alors qu'il donnait 1 essor h son àme, et qu'il n'y avait rien dans la nature qu'il ne parcourût en idée pour s'élever jusqu'à son Auteur. 11 l'apercevait jusque dans la moindre fleur, et il disait à ce sujet : « que nous avons fait un monde qui n'est point celui de Dieu, par la manière grossière dont nous envisa^^eons les objets.
Ses correspondances embrassaient r£u* Tope , et ses* connaissances lui méritèrent l'estime de tous les savants. L'antiquité lui révéla ses secrets, et sa mémoire, toujours secondée de ta plus brillante imagination, le rendait présent à tous les lieux comme à tous les temps; il avait l'art de diversifier son esprit d une manière surprenante.
Au ^moment où il se plaignait de ne plus entendre parler de Rome, il reçut une dépêche qui lui apprenait la mort de Clément Xfl. Il partit pour le conclave avec la plus grande simplicité. Ses gens annonçaient, par leurs habits, qu'ils servaient réellement un successeur des apôtres.
L'exaltation de Lambertini ne fut nullement concertée. Pendant ce conclave, qui dura six mois, le cardinal de Tencin fit tous ses efforts pour placer la tiare sur la tête d'Aldovrandi , dont il connaissait parfaitement la politicjue; et comme il crut avoir la seule VOIX qui lui manquait dans le suffrage du cardinal Accoramboni, par le moyen de son secrétaire qu'on avait gagné, l'on crut la chose assurée. Mais le pieux Accoramboni, revenant à sa conscience , ne donna pas la voix qu'il avait promise pour le lendemain, et le cardinal de Tencin, tout fin qu'il était, se vit forcé d'abandonner la partie.
Les chaleurs devenaient excessives, et la plupart des cardinaux dépérissaient sous les toits brûlants du Vatican, lorsque Lambertini leur dit avec son enjouement ordinaire, ces paroles qu'il crut prononcer en l'air, et qui lurent cause de son exaltation : Youlex-vous fair^ un saint , nommex Ootti; un politique^ Aldovrandi: un bon Aomme, prenex-moi. Les cardinaux l'envisagent, se retire'nt, et d'après quelques réflexions sur sou érudition im-
mense, sur ses rares qualités, iiscroient devoir prendre au sérieux la plaisanterie du cardinal Lambertini. C'était mettre la tiare sur la meilleure têie du Sacré. Collège, et rapprocher de la cour de Rome ses plus grands ennemis. Le respect avec lequel le cardinal de Rohan l'aborda, lui fit dire : Ahî je suis pndu , votre ait composé m'annonce qu^on veut me priver de ma liberté. L'on s'assemble, on scrutine, et Lambertini est élu Pape, & la satisfaction du monde entier, le 17 août 17^0. Il prit le nom de Benoit, en reconnaissance de ce que Benoit Xlil l'avait créé cardinal.
La première action du nouveau Pontife fut un acte de bienfaisance et de magnanimité. Il rendit la liberté au cardinal Coscia, détenu depuis douze années au château Saint-Ange, pour n'avoir pas voulu restituer une somme considérable a laquelle la chambre apostolique l'avait condamné. Le peuple justement indigné contre sa persoune. s'attroupa, de sorte qu'il risquait sa vie, s'il ne se lût promptement évadé. Bientôt il ga^na le royaume de Naples» et dans ce lieu qui lui avait donné le jour, il mourut en 175^, chargé de mépris et de richesses.
Les fêles se succédèrent sans.interruption, et Rome« glorieuse d'avoir un Pontife digne d'être associé aux plus grands Papes, célébra ce triomphe par des acclamations et par des monuments. Le cardinal Valentii de la ville de Mantoue, justifia le choix qu'on avait fait du Saint-Père, en devenant son ministre. C'était un homme plein de talents et d'énergie, dont l'esprit saisissait sur-le-champ les choses les plus difficiles^ et les rendait avec précision. Il avait appris dans la nonciature cette politique qui sait tout, en paraissant tout ignorer ; son but était de ne rien négliger pour tirer l'Etat ecclésiastique de las^ soupissement oil il était. '*«
Il commença par tenir parole, et ce ne fat qu'à regret qu'il trouva des obstacles dans les circonstances et dans les événements. Les personnes intelligentes reconnurent au choix de Benoit XIV, qu'il savait discerner les hommes, et qu'il voulait donner au monde entier le spectacle d'un règne mémorable.
Les bienfaits dont il combla les cardinaux Passionei et Quirini, ne prouvèrent pas moins sa sagacité. Le premier n'avait rien oublié de ce qu'il avait lu, et dans un commerce qu'il entretint jusqu'à sa mort avec tous les livres et tous les savants , il s'était fait une réputation que rien ne pouvait égaler. Le second, célèbre par ses connaissances théologiques et littéraires, excellait dans l'art de la controverse, et savait orner ses écrits de ce qu'un long séjour en France lui avait appris, lorsqu'il n'était encore que religieux du Mont-Cassin. On ne pouvait se défendre d'adopter leurs opinions, lorsqu'on les entendait discourir, tant ils avaient une élocution séduisante ; il en était de même de Lambertini.
On ne tarda point à s'apercevoir que le règne de Benoît XIV répondrait aux désirs
bES PAPES.
BEN
eraitlerègne de la douceur
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discipline, déjà trop énervée, .
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qu'il écrivit à tous les évéques du
ue entier, n'avait pas d'autre objet. On
^ reconnaît son zèle et son érudition; de
manière que l'Angleterre elle-même en fit
le plus grand éloge.
Le Pape, continuellement interrompu par les affaires qui se succédaient sans interruption, ne cessait de regretter sa tranquittiié. Je ne me reconnais p/u9, écrivait-il à Tévéque de Spolète, tant je iuis accablé d* occupai ions tl d étiquettes; on m enchaîne en me visitant: on me suffoque en me louant , et je dois sans ctsse ramer contre les mensonges quon veut me persuader t contre V orgueil dont on veut m* enivrer f contre les importunités de toute eS' péce, qui sont les accessoires de la papauté. Priez Dieu pour que h Citl me tienne compte de la violence que je souffre» Il m'arrive souvent de reprendre une lettre jusqu^à trois fois^ et voilà ce que le monde appelle des honneurs^ et qu'il croit la suprême félicité; pour moi ^ fait esterai quand on voudra ^ que mon rang^ tout sublime qu'il est , n'a rien que de redoutable pour ce monde et pour Vautre
Il parut alors un décret du Saint-Père, qui iTait pour objet le culte divin, Par cette ordonnance, il était enjoint aux ministres des autels , de faire l'Office avec toute la décence p<^)ssibie, de bannir la musiaue des prises d*habit et des professions, dempAcber les femmes immooestement vêtues de se présenter aux églises.
On vit paraître une autre loi, qui recommandait à tout supérieur de communauté de recevoir avec une tendre cordialité les religieux apostats ; et qui permettait , pour raison de maladie, de passer dans des ordres mitigés. Plus d'une lois, il menaça des gardiens et des prieurs d'une prochaine déposition s*ils n'avaient pour leurs confrères la douceur qu'exige la charité. L'on connaît la )*fUre qu'il fit écrire au prieur d'un monasii>re, qu'une domination despotique rendait oJieux.
Apprenez^ lui dit-il, que VEvangile est rotr^ première règle, et ^ue c'est là quon doit puiser la charité chrétienne , qui rend notre UittHt religion si belle et si touchante; appre*
nez qu'un supérieur n'est qu*un tyran , lors'* quil ne se distingue que par la sévérité; ap^ prenez que des hommes qui n'ont pour pers'^ pective que des murs , ont moins besoin d^un maître que d'un père f et que^ s'il y en a de mécontents , c'est presque toujours parce que les prieurs affectent Vaustérile dans leurs actions , comme dans leur maintien^ quoiqu'ils sachent prendre plus que personne des adou^ cissements.
Dans la guerre où il s'agissait de rendre dom Philippe paisible. possesseur de Parme, et qui remplit l'Italie d'Espagnols, d'Aile* mands et de Français, il sut, par sa prudence , préserver ses Etats des ravages dont ils étaient menacés; l'entente qu'il eut soin d'entretenir avec toutes les couronnes, lui mérita le respect des armées. Il eut la consolation de voir le roi de Naples , depuis roi d'Espagne , venir rendre en sa personne les hommages dus au Vicaire de Jésus- Christ. Enfin par ses lumières et ses soins, il pourvut à tout, soit pour empêcher la disette, soit pour arrêter les incursions.
Les premières années de son pontificat furent employées à connaître les besoins de chaque Eglise et à y pourvoir; à nommer dans les gouvernements des hommes intègres et capables ; à soulager les malheureux, a faire discipliner les troupes, et à donner des édits sévères contre les blasphémateurs. Le fanatisme ayant soufilé contre une instruction pastorale de M^r Frautson, archevêque de Vienne en Autriche, instruction où ce zélé prélat établissait l'absolue nécessité de la médiation de Jésus-Christ, et se plaignait amèrement de ce qu'on oubliait ce grand objet, pour ne s'occuper que des pèlerinages et des confréries, Lambertini vint au secours de ce digne pasteur, qu'on osait déjè taxer d'hérétique, et loua publiquement son zèle et ses lumières.
Il rie fut pas moius ardent è venger la doctrine du célèbre cardinal Noris, qu'on voulait rendre suspecta, et h protéger les sentiments des PP. Berti et Belelli, contre les attaques de quelques disciples de la doctrine de Molina , qui les inculpaient de jansénisme. Il fit aussi l'apologie du livre intitulé de la vraie dévotion ^ par Huratori, qui allait être décrié par quelques superstitieux. Il se donna de grands soins pour réformer la congrégation de l'Index, et pour la rendre
f)lus circonspecte dans la condamnation des ivres. Il lui prescrivit les règles ies plus sages et les plus utiles, et il réhabilita plusieurs ouvrages qu'elle avait trop légère* ment flétris. C'est dans ces menées rues, qu*il crut devoir condamner la bibliothèque du P. Colonia (Jésuite) , comme un ouvrage passionné, où i auteur note et taxe d'hérésie des livres très-orthodoxes; le proscrit comme un ouvrage capable d*en imposer aux ignorants, et qui arrachait ainsi des mains des fidèles, des livres non-seulement irrépréhensibles, mais aussi des écrits gui renferment, disait ce Pape, ce que la religion a deptue excellent et ae plus épuré.
Son zèle ne fut m moins actif, ni moins
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DIGTlONTfAIRE
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^édairé b TégârJ de la congrégation de la Propagande. 11 prit une connaissance exacte des missionnaires, et de la manière dont ils s'acquittaient de leurs missioilÂi afin que l*Ë- >angile fût annoncé sans trouble» sans jalouisie, sans altération* ^
•Le liépotisme ne lui fut pas moins odieux qxi^aux Romains. Quoiqu'il eût des parents médiocrement partagés des biens de la fortune, il ne leur donna ni dignité, ni riches* ses. il no voulut pas même permettre à son propre neveu de le venir voir; et ses petitsneveux seraient restés dans une espèce d*indiçence, si le roi de Sardaigne n*avait eu soin d'y pourvoir. Celte rigueur qui peut paraître exr.essive, est un grand exemple dl lïiontre qu'un Vicaire de Jésus-Christ doit être de la race de Melchisédech, et ne reconnaître pour frères queceux quiaccomplissent la volonté de Dieu. Je me souviendrai toujours^ disait Benoit, que je suis né très-petit particulier; que la dignité que je possède^ ne doit point être partagée^ et que Rome ne s'est obligée par aucun contrat à enrichir ma famille f quine sera respec table ^qW autant quelle conservera sa simplicité.
C'est par une suite de ces humbles sentiments de lui-même, qu'il avait un éloignement pour tout ce qui respirait le faste, la magnibcence et la grandeur. La frugalité régnait dans ses rei^as : un seul par jour lui suffisait et ne passait pas la valeur d'un écu romain. Indifférent sur les détails domestiques, à peine se serait-il aperçu s'il était bien ou mai servi. Toujours il parut étran- (;er à j'appareil qui environnait sa dignité ; il ne se croyait vraiment libre, que dans les moments où il se trouvait sans spectateurs et sans éclat. Aussi ne craignait-il point de compromettre sa dignité, en pariant familièrement à ceux qui l'abordaient, bien éloigné du laconisme glacé de la grandeur. 11 était trop pénétré du véritable esprit chrétien pour s'assujettir à toutes les étitjuet-* tes attachées à sa dignité, et trop ami des savants, pour leur refuser des marques d'estime et de confiance.
L'élection de l'empereur FarnçoisI" ayant réuni dans-Francfort les ministres de tous les souverains, Benoit députa le prélat Doria, et J'abbé Aymaldi» deux hommes qui s'y firent admirer, et qui honorèrent son discernement. Ce Pontife avait Tart de deviner les sujets au premier coup d*œil : aussi ses légations furent-elles toujours confiées à des sujets capables.
Son attention à entretenir une heureuse harmonie avec tous les souverains, lui concilia leur estime: il en reçut souvent des marques de la part de la célèbre Elisabeth Petrowna, impératrice de Russie; il en reçut aussi du roi de Prusse, avec qui les affaires concernant les Câlitoliques de la Silésie, le mirent en relation. Bien loin de prendre un ton impérieux en parlant aux princes souverains, il comprit que la douceur, union modeste et évangélique seraient bien plus propres à (aire respecter les droits du Saint-Siège. Ce lut [)ar ces qualités aima-
bles, qu'il sut ménager également tous les ambassadeurs; et s'il parut plus lié avec ceux de la France, c'est que leurs qualités personnelles les lui rendirent plus chers. Il estima M. le duc de Nivernois, comme un esprit propre à embellir les sciences et les arts ; if chérit le cardinal de Larochefou- C4iult, comme une &me droite, pacifique, désintéressée.
« La mémoire de Benoit XlV, » dit Ranke {Histoire de la papauté pendant les ^vr et xvif siècles^ t. IV, p. W6-W8), » sera i tout jamais bénie. On sait combien il se laissa peu éblouir et enorgueillir par la haute importance de sa dignité : parce qu'il était devenu Pape, il ne renonça pas à son humeur enjouée et h ses bons mots bolonais ; oo le voyait quitter le sujet de ses méditations, s'approcher de son ei)tourage, raconter une saillie qui lui était venue dans resprit,et se remettre de nouveau à sa table de travail. IL resta toujours supérieur aux affaires qu'il eut à traiter^ planant avec un coup d'œil libre sur tous les rapports du Saint-Siège avec les puissances européennes, et apercevant ce que l'on pouvait maintenir, ce qu'il fallait abandonner. Il était trop bon canonisle et trop bon Pape pour se laisser aller daas ses concessions, plus loin au'il ne devait.
« L'acte le plus remarquante de son pontificat est I eut-èlre le concordat qu'il fit en 1753 avec l'Ëspajcne. Il prit sur lui de renoncer au droit de collation des petits bénéflces, droit que la cour romaine possédait toujours en Espagne, non toutefois sans d'énergiques résistances. Mais la cour devait-elle perdre, sans aucune indemnité, la quantité considérable d'argent qu'elle retirait de ces bénéfices ? Devait-elle laisser échapper l'infiuence .qu'elle était appelée è exercer sur les personnes? Benoit trouva l'expédient suivant : Cinquant-deux de ces bénéfices furent réservés h la collation par le Pape, « afin qu'il puisse récompenser ceux des ecclésiastiques espagnols qui auraient acquis quelque droit à ces bénéfices par leur vertu, par la pureté de leurs mœurs, par leur savoir ou par les services qu'ils auraient rendus au Saint-Sic^e. » La perle éprouvée par la cour romaine fut évaluée en argent : elle se montait à 34,300 scudi. Le roi s'engagea à payer un capital de 1,U3,330 scudi, dont les intérêts fixés à trois pour cent pourraient rapporter la somme que la cession faisait perdre au Saint- Siège.
« Benoit XI V passa aussi des traités, pleins du même esprit de modération, avec la plupart des autres cours. Le droit de patronage 2ue possédait déjà le roi de Portugal fut tendu, et le titre de très-fidèle fut encore ajouté aux autres distinctions ecclésiastiques qu'il avait acquises. La cour de Sardaigne trèsmécontente, parce que les concessions qu'elle avait obtenues lui avaient été retirées suus le dernier pontificat, fut apaisée par les instructions concordalives de 17M otl750. ANaples, où une école de droit s'était établie sous la protection du gouvernement impérial, pria-
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DES PAPES
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cipalement par les soins de Gaëlano Argento« écolo qui faisait son étude principale du droit canon et qui opposait une vive résistance aux prétentions papales, Benotl XIV souffrit que les privilèges fussent très-Hmi* tes et que les ecclésiastiques fussent astreints à contribuer aux impôts. On accorda à la cour impériale l'abolition de plusieurs jours de fêtes, abolition qui» dans son temps, fit tant de bruit. Le Pape s'était contenté d autoriser le travail durant ces jours fériés; mais la cour impériale n'hésita pas à employer la force pour faire travailler.
« Les puissances catholiques se réconcilièrent Qonc de nouveau avec leur chef spirituel. La paix fut encore une fois rétablie. »
Benoit XIV s'acquitta des fonctions épiscopales avec autant de vigilance que de celles de Souverain Pontife. Il fit des statuts synodaux qui peuvent servir de guide aux meilleurs évéques. Ses bulles sont un excellent monument du xvni* siècle. Son ouvrage sur la canonisation des saints fait comprendre la vaste érudition de son auteur : car il s'y montre tout à la fois théologien, iuriscoDSulte, canoniste, métaphysicien, nistorien. Il est vrai aue, dans une entreprise d*une aussi grande étendue, il se fit aider par des personnes capables, et entre autres par le docteur Ricbini, Dominicain et mattre du sacré palais, par le P. Gerdil, fiarnabite, et par le P. Hancini,des Minimes.
Comme il avait un goût décidé par les li- Yres français, il voulut que les prédicateurs
{)risseat pour modèle Bourdaloue et MassiN on; qu'ils n'employassent leur langue si riche en expressions, qu'à faire connaître l'essence de la religion, et qu'à l'imprimer dans les cœurs. C'est dans cette vue qu'il aUa chercher jusqu'au fond des cloîtres des hommes puissants en œuvres et en paroles, pour les consacrer évèques: car il futtou-
Iours empressé à connaître les hommes céèbres. il donna de |^ands témoignages d'estime aux sociétés distinguées dans l'Ëgliso, et aux particuliers recommandables par leur savoir. Il adressa des brefs à différentes universités; il fit part de ses ouvrages à la Sorbonne, et fit connaître son goût pour les sciences et pour les savants, par quantité de lettres dont il honora les écrivains les pi as célèbres.
La bonté de son caractère le rendit sensible à tous les besoins de ses frères. On le voyait quelquefois descendre au milieu de ces pèlerins qui sont ordinairement nourris dans Je palais du Souverain Pontife, s'asseoir avec eux, les instruire et les consoler : il voulait connaître tous les genres de misères, afin de les soulager.
En 1756, les Dominicains étant assemblés pour élire un général à la place du P. Bremond, le Pape voulut présider Iui-*m6me à cette élection, non pour y contraindre les suffrages, mais pour donner une preuve authentique et solennelle de sa reconnaissance et de son amour envers l'ordre de Saint-Dominique. Le discours qu'il prononça à ce sujet, est un morceau d'éloqueuce et de
latinité. C'est là 'qu'il confesse devoir tant aux Dominicains, qu'il se félicite de leur avoir été toujours attaché et qu'il préconisela doctrine de saint Thomas, comme la source où l'Eglise a souvent puisé ses décisions, et où il puisa lui-même tout son savoir; et c'est là qu il exalte tous les saints et tous les Pontifes sortis de la famille des Frères prêcheurs.
Benoit fit connaître qu'il aimait la beautiS de la maison du Seigneur. Il employa plus de cen4 mille écus romains à embellir la basilique de Sainte-Marie Majeure. Il fit bAtir une église dont il donna lui-même le plan, appelée Saint-Marcellin. Le séminaire deBologne lui doit son magnifique domicile, et la cathédrale son embellissement : d'une carrière qu'elle était, il trouva moyen d'en faire une église, et de lui donner un air do majesté dont les étrangers sont frappés. 11 fit élever des arcades à Notre-Dame-de-Lorette, pour servir d'avenue & ce lieu de dévotion, et de retraite aux voyageurs. La bibliothèque du Vatican, ce magasin de richesses en tout genre, s'accrut considérablemeot par ses soins. Il envoya Assemani, ce prélat si savant dans les langues orientales, chercher des manuscrits partout oii il pourrait en découvrir. Il seconda les intentions du cardinal Quirini , bibliothécaire versé plus Î[u*aucun autre Italien dans la littérature rancaise, toutes les fois qu'il fut question de 1 augmenter et de l'embellir. Sous son pontificat, il n'v eut point d'année oit on ne trouvât parmi les ruines de Rome, quelque morceau de mosaïque, quelques statues, quelques vases d'un prix inestimable. Lamberlini, aussi connaisseur et aussi amateur qulll'était, avait grand soin de recueillir ces richesses ; il en fit faire une magnifique collection, il voulut qu'on la plaçât dans le Capitole, afin de rendre à ce lieu mémorable une partie de son ancien lustre, et démettre chacun à portée de contempler d'un coup* d'œil les restes de la magnificence romaine.
Un de ses plus grands désirs était de pacifier les troubles de rEgfise, troubles qu'il avait vus naître en 1713, dont il connaissait par* faitement la nature et la cause, et dont il suivit la trame jusqu'à sa mort. Après avoir longtemps gémi de ce que les divisions subsistaient toujours en France, et y fomentaient l'incrédulité ; après avoir écoulé les vœux du roi Louis XV, qui ne tendaient qu'à rétablir la paix, il donna sa fameuse lettre encyclique, adressée à tous les prélats du royaume; lettre où il détermine la conduite qu'on doit tenir dans l'administration à l'égard de ceux qui sont opposés à la bulle Unigenitusi. Les règles que ce Pape y établit, les conditions qu'il exige, bien entendues et suivies exactement, devraient rendre le refus des sacrements si rare, que la paix de TEglise n'en serait jamais troublée. Cette lettre a toute l'autorité d'une bulle, selon les canonistes et les théologiens.
Son zèle qui s'étendait a tout, l'engagea à modérer l'usage des indulgences, ces
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f résoFS que TEglise nous offre, et qu'elle a droit de nous offrir, mais que ia trop grande facilité a quelquefois bien multipliés, il ne le déploya pas moins contre les erreurs du Jésuite Berruyer. II vit avec douleur que ce disciple du fameux P. Hardouin avait osé, dans son Histoire du peuple de Dieu» travestir l'Ecriture sainte en roman ; il en interdit la lecture par un bref des plus énergiques et des plus solennels. 11 donna également d'autres brefs contre ces ouvrages ténébreux où l'incrédulité de nos jours distille son venin. 11 la regardait comme le prélude de l'apostasie prédite par saint Paul ; il s'affligeait d*aYOir été réservé à des temps si mauvais.
il semblait qu'un ponliBcat aussi sage»
aussi célèbre que celui de Labertini, devait 6tre à Tabri des troubles et des discussions ; mais quel est *]e règne dans l'histoire qui n'ait eu des orages ? Tout était en paix lorsque la république de Venise entreprit de faire valoir des prétentions auxquelles le Pape crut ne pouvoir acquiescer. Peut*ôtre n'est-ce qu'une suite du ressentiment des Vénitiens, à l'occasion du patriarcal d'Aquilée, qu'il avait supprimé malgré leurs représentations et leurs plaintes, à la réquisition de l'impératrice reine de Hongrie, dont il iespecta toujours les grandes qualités. Quoi (ju'il en soit, il écrivit deux lettres, où il démontre les raisons du Saint-Siège avec une force capable de toucher et de convaincre. Dans la première, il parle aux Vénitiens en père tendre et affligé ; il entre dans des détails qui constatent, aux yeux 'de tout le monde, que la chambre apostolique est prodigieusement endettée et que la cour de Rome est bien moins riche qu'on ne le croyait communément. Dans la seconde, il parle en Pontife qui connaît toute l'étendue du pouvoir spirituel qui.lui est confié, et qu'il doit soutenir aux dépens de sa propre vie. Malgré un zèle aussi sage et aussi ardent, il n eut pas la consolation de terminer ces divisions : cette gloire était réservée à son successeur.
Dans la même année, à la prière du roi de Portugal, Benoit XIV donna un bref pour la réforme des Jésuites dans tous les Etals de ce prince. 11 établit le cardinal Saldanlia, visiteur et réformateur de ces Pères dans le Portugal. Ce visiteur les ayant convaincus d'un commerce contraire aux lois de l'Eglise, fit saisir tous leurs magasins et marchandises, et, de concert avec Te patriarche de Lisbonne, il leur ôta tous les pouvoirs de confesser et de prêcher, et fit fermer tous leurs collèges.
' Ce bref fut le dernier écrit de Benoit : il y avait déjà quelque temps que Sa Sainteté était affaiblie ; l'enflure d une de ses jambes donnait de l'inquiétude. Les médecins s'assemblaient fréquemment à Monlecavallo.
S'ils donnaient quelques lueurs d'espérance, on n'en craignait pas moins pour un homme de quatre-vingt-trois ans, et ce n'était pas sans riiison : les symptômes de la mort ne tardèrent pas à se déclarer. Ce Pontife res-
pectable ne se flatta pas sur son état ; il demanda avec empressement les sacrements, il les reçut avec toute l'édification qu'on pouvait attendre d'un Pape qui avait passé sa vie dans les bonnes œuvres. 11 supporta avec une patience chrétienne ses douleurs, quelque aiguës qu'elles fussent. Quand la voix commença à lui manquer, il s'entretint de saintes pensées que lui fournissaient les divines Écritures dont il s'était nourri jusqu'au moment où il expira, qui fut le 3 mai 1758, après avoir tenu le Saint-Siège dix-huit ans.
fienolt XIV était de petite taille; il avait le front large, le visage long, la vue perçanle, un air fin et enjoué, qui dénotait la pénétration de son esprit et la gaieté de son caractère, il disait h cette occasion, qu'il n'avait }»oint une physionomie papale, parce qu'il n'était pas assez grave, mais qu'il prierait les ()eintres et les sculpteurs de laluiaonner : car il aimait à dire des bons mots : si c'était un faible, il faut l'attribuer à une certaine vivacité dont il n'était pas le maître ; à quoi il faut ajouter que l'usage du pays pouvait le justifier. Savant et laborieux autant qu'U l'était , il a beaucoup écrit. Ses ouvrages répandus aujourd'hui dans tous les pays, composent plus de douze volumes in-folio* Il y en a cinq en latin sur la canonisation des saints, et les autres, parmi lesquels oa trouve des morceaux en italien, renfer* ment des bulles, des brefs et des statuts.
BONIFACE 1" (Saint). Quarante-deuxième Pontife. — Boniface r% Romain de naissance, était un prêtre de Rome d'une vertu éminente et très-versé dans la coneaissance de la discipline ecclésiastique, lorsqu'il fut élu, le 29 décembre 418, pour succéder à saint Zozime. On voit, d'après la relation de son élection, envoyée à l'empereur Honorius par le clergé de Rom» et les évoques voisins, que Boniface fut placé malgré lui sur la chaire pontificale. Eulalius, diacre, homme ambitieux et intrigant, trouva le moyen de se faire ordonner et de prévenir Symmaque préfet de Rome en sa faveur : ce qui forma un schisme et mil un trouble dans la ville. Le préfet voulut rendre compte à l'empereur Honorius, qui étaitàRavenne, de tout ce qui s'était passé dans les deux élections; et il lui en envoya une relation qui était plus favorable à Eulalius qu'à Boniface.
L'empereur croyant la relation véritable, lui envoya un rescrit pour maintenir Eulalius et pour chasser Boniface. C'est ce qui fut exécuté par Symmaque, de sorte que l'antipape fut établi par son autorité dans l'Eglise de saint Pierre. Cependant les prêtres qui avaient élu Boniface, sachant la surprise qui avait été faite à l'empereur, lui envoyèrent un manifeste pour lui exposer au vrai comment les choses s'étaient passées; ils lui firent en même temps l'éloge de Boniface, lui rendirent témoignage de sa doclrine et de sa piété, et le prièrent de faire venir les parties devant lui, pour les entendre et terminer le différend. Honoriu^
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DES PAPES
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sur cette requètet envoya ordre à Bon if ace et à Eutalius de se rendre à Ravenne, où il assembla plnsieurs évèques pour esaininery par des voies rég\ilières et ecclésiastiques.
qu J2;uiaiius y naître, l'empereur envoya l'évèque de Spolèle i Home pour y célébrer les saints mystères aux fêtes de PAques, et ne voulut pas que» ni Boniface, ni son compétiteur, sortissent de Ravenne, que leur affaire ne fût décidée. Cependant il convoqua les évèques dltalie, des Gaules et d'Afrique pour ce suiet. Mais l'impatience d'Eulalius ne leur donna pas le loisir de s'assembler : car élaot retourné à Rome contre la défense de Tempereur, sa présence y excita une sédition si dangereuse, que le préfet Symmaque 7 courut nsgue de la vie. L'empereur fut tellement irrité, qu'il envoya ordre au préfet de chasser Eulalius de la ville, de traiter de même les laïques et les clercs de sa communion et de mettre Boniface en possession de son siège. Le Pape légitime fut conGrmé par va synoide d'évéques, et voici d'après Fleury l'historique de ce schisme.
i Symmaque préfet de, Rome, fils de ce- \m qui s*était signalé sous le grand Tbéodo-r se, sitôt que le Pape Zozime fut mort, parla au peuple, pour l'avertir de laisser au clergé la liberté de l'élection ; menaça les corps de métiers et les chefs des quartiers s'ils troublaient le repos de la ville. Plusieurs évoques s'étaient assemblés ^selon la coutume pour procéder h Télection ; mais avant que les funérailles de Zozime fussent achevées, l'archidiacre Eulalius s'empara de Téglise de Latran, dont il fit boucher pros-
3ue toutes les entrées, ayant pour lui les iacres, quelques prêtres « et une assez grande multitude de peuple. Il y demeura deux jours, attendant le jour solennel de l'ordination, c'est-à-dire le dimanche prochain, qui cette année 1^18, était le 29 décembre. Cependant la plus grande partie du clergé et du peuple s'assembla dans l'église de Théodore, et résolut d'élire Boniface ancien prêtre très-instruit de la loi de Dieu« de mœurs très- éprouvées, et qui ne voulait |>uini être étèque : ce oui le rendait plus digne à leur jugement. Ils envoyèrent trois prêtres annoncer par écrit à Eulalius de ne rien entreprendre sans la participation de là plus grande partie du clergé. Hais ces prêtres furent maltraités et emprisonnés.
Le préfet Symmaque c|ui favorisait Eulalius, Qt venir d'avant lui tous les prêtres qui étaient pour Boniface, et les avertit aussi avec menaces de ne rien faire contre les rè^ gies. Hais ils ne laissèrent pas de s'assembler dans l'église do Saint-Harcel, et d'y élire Boniface évêque de Rome, le dimancbe 29 décembre. Il fut ordonné avec toutes les solennités requises, par neuf évêques de diverses provinces ; et environ soixante-dix
f urètres souscrivirent avec eux l'acte qui en ut dressé. Ils le menèrent ensuite h la basilique de Saint-Pierro. Eulalius de son côté
fut ordonné par Vévêque d'Ostie, que l'on avait fait venir, quoique très-Agé et malade : parce que, suivant 1 ancienne coutume , il devait ordonner le Pape. Le même jour 29 décembre le préfet Symmaq,ue écrivit ce qui s'était passé è l'empereur Honorius, qui était à Ravenne, traitant de faction l'élection de Boniface, et demandant les ordres de l'empereur, è qui il dit qu'il appartient de porter son jugement dans celte affaire. 11 envoya en même temps les actes qui faisaient paraître la cause d'Eulalius bonne.
L'empereur Honorius prévenu par la relation de Symmaque, se déclara pour Eulalius, et commanda que Boniface fût averti de sortir de Rome, et chassé de force s'il résistait ; que Symmaque fit arrêter les chefs de la sédition, et les chatiftt comme ils le méritaient. Pour l'exécution de ses ordres, il envoya Aphrodisius tribun et notaire. Ce rescrit est au 3 janvier 419. Symmaque le reçut le jour de TEpiphanie, et aussitêt il envoya son primiscrinius, qui était comme son premier secrétaire, dire à Boniface de venir le trouver, pour apprendre l'ordre de l'empereur, et ne pas faire la procession ni l'ofiice. Boniface ne laissa pas de marcher, et le peuple battit l'oIQcier que Symmaque avait envoyé. Symmaque l'ayant appris,, marcha vers Saint-Paul hors de la ville, oH Boniface s'était retiré, et où le peuple était alors assemblé : Boniface de son côté continuait de s'avancer vers la ville, et y entra malgré les officiers de Symmaque ; mais un plus grand nombre les repoussa» et le peuple qui l'accompagnait fût dispersé. Cependant Eulalius celéora la fête dans Féglise de Saint-Pierre , oii est encore marquée la station du jour de l'Epiphanie. Tuut cola se passa sans sédition, et Sjrmmaque en rendit compte à l'empereur le huit de jan<vier.
Les prêtres qui avaient élu Boniface, écrivirent à l'empereur pour ledésabusert^Ils lui expliquèrent la vérité du fait, le prièrent de révoquer son premier ordre et de man*-. der à sa cour Eulalius avec ceux qui le sou-, tenaient, promettant de leur part, que le Pape Boniface s'v rendrait avec les évêqueset les prêtres qui I avaient ordonné;^ etdemauT dant que ceux qui ne voudraient pas s'y trou-^ ver fussent chassés de Rome. L'empereuc Honorius avant égard à celte requête, en^ voya ordre à Symmaque de suspendre l'exécution de son premier édit , et de signifier è Boniface et à Eulalius qu*rls eussent à se trouver à Ravenne le 8 février, avec tous les auteurs de l'une et de l'autre ordination : sous peine au défaillant de voir déclarer son ordination illicite. Ce second rescrit fut envoyé par Aphlone, décurion du palais, le 15 janvier. Dans ce même temps l'empereur manda plusieurs évêques de diverses provinces, pour venir juger ce différend. Symmaque publia à Rome ce second rescrit, le fit signer à Boniface, à Eulalius et aux clercs de chaque parti, et défendit au peuple qui les suivait de s'assembler dans la même église. Il envoya à fempcreur les mémoire;
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BON
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Sii loi furent donnés de part et d*autre : erchant k se justifier lui-même, et è ne paraître d'aucun parti. 8a lettre est du 25 ^nvier.
Les éTéques conroqùés è Ravenne » s*y assemblèrent en concile, où ils ordonnèrent que les évëques, qui avaient assisté ou souscrit aux deux ordinations contestées, ne seraient reçus ni comme juges, ni comme témoins : ce que Tempereur approuva.
Mais trouvant ce concile trop divisé, pour terminer le différend, il en remit la décision au premier jour de mai. Cependant eomme la fête de Pâques était proche, car cette année 419, c'était le trente du mois de mars, l'empereur, de l'avis du concile et du consentement des parties, ordonna que Boniface et Rulalius sortiraient tous deux de Rome, et que les saints mystères j seraient célébrés par Achille, évèque de Spolète, qui n'était d'aucun parti. L'empereur lui écrivit, ainsi qu'à Symmaque, afin qu'il empêchât tout tumulte t il écrivit au sénat et au peuple romain. Ces dernières sont datées du 15 mars.
D'ailleurs l'empereur Honorius écrivit è plusieurs évéques, pour les appeler au concile du premier mai, en particulier à saint Paulin de Noie, dont il connaissait le mérite et la sainteté. Il l'avait déjà appelé au premier concile ; mais il s'en était excusé sur une maladie. Il écrivit aussi aux évoques d'Afrique et de Gaule, prolongeant le Jour du concile au treize de juin. Outre la ettre générale à tous les évéques d'Afrique, il j en avait une particulière pour Âurélius de Carthage, et une circulaire à sept des principaux évèques, dont les trois premiers étaient saint Augustin, Alypius et JBvodius.
Cependant Eulalius vint à Rome dès le 18 mars, et y entra à l'insu du préfet Symoaaque. Le même jour, Achille, évèque de Spolète, écrivit au préfet qu'il avait ordre de célébrer h Rome la fête de Pâque, et arriva lui-même trois jours après. A son arrivée le peuple s'émut, et quelques-uns s'assemblèrent sur la place tout armés. Svmmaque, avec les principaux de la ville, s'avança pour exhorter le peuple à la paix ; ils vinrent d'abord à l'assemblée. On atten« dait Achille pour publier ses ordres , mais Ja multitude l'empêcha d'approcher; Symmaque avec le vicaire, poussés, par le peuple, entrèrent dans la place de Vespasienj, voulant apaiser les doux partis, quanà tout d'un coup des esclaves armés attaquèrent le peuple du parti d'Eulalius, qui était sans armes. Ils en blessèrent quelques-uns, et attaquèrent même le préfet et le vicaire, qui furent contraints de se sauver par un endroit détourné. On reconnut et on arrêta quelques-uns de cesséditieui; c'est ce|que porte la relation de Symmaque à Constantius du S3 mars, par laquelle il demande des ordres précis avant la fête de Pâques, parce que le l>eupledcs deux partis menaçait d'en venir aux mains pour se chasser l'un l'autre de la basilique de Latran. Constantius était celui qui avait servi Tempire si utilement contre
les tyrans en Gaule et en Espape. Foor récompense, l'empereur Honorius lui aviit donné en mariage sa sœur Galla PlKidii, rappelait son frère, et l'associa ëepuis à l'empire. 11 envoya à Symmaque l'ordre d'Honorius par Vitu lus, son chancelier: ce n'était alors que le titre d'un simple secrétaire. Le rescrit d'Honorius, daté du B mars, portait : Puiiqu' Eulalius est mrià Rome au méprii des ordres précédente , fw défendaient aux deux contendants ten op* procher , il doit absolument sortir de la vûlt^ pour ôter tout sujet de sédition ^ sousptiM de perdre non-seulement sa dignité ^ niai$ m liberté: et on ne recevra point pour ixcmii
Îue le peuple le retient par fùrce ; siquelqum es clercs communique avec /ut, t7 serafuni de méme^ et les làioues à proportion, Véiftfiî de Spolète fera V office pendant les saints jeun de Pâques : pour cet effet , Féglise de lafran ne sera ouverte qu'à lui seul. Les otÂçiert du préfet Symmaque sont chargés de texéeuiin sous peine de grosse amende et de la tiit.
Symmaque, ayant* reçu ce rescrit, le fil signifier le même jour à Eulalius, qoi, l'ayant lu , dit qu'il en délibérerait : mais il ne voulut point sortir, quelque instiiKe qu'on lui en fit. Le lendemain il fut encore averti , et ne laissa pas d'assembler du peopie et de s'emparer de la basilique de Utran , où il baptisa et célébra la Pâqoe. Ls préfet Symmaque envoya à tous les métiers et les omciers pour le chasser, et ne voqIqI pas y aller, de ^eur qu'on ne le rendit suspect à cause de sa religion : apparemment Îju'il était païen comme son père. Eulalius ut donc chassé de l'église de Latrao, où l'on mit des officiers pour la sarder, afin qu'Achille de Spolète y pût célébrer tranquillement la solennité. Eulalius fut même chassé de Rome , et conduit au lieu de soo exil ; on arrêta quelques clercs de son partit qui excitaient la séojtion.
L'empereur Honorius, étant instruit de tout, déclara qu'Eulalius avait été bien chassé, et que Boniface devait entrer à Rome pour y prendre le gouvernement de l'Eglise. Ce rescrit fut donné à Ravenne le 3 avril, et reçu è Rome le 8. Le sénat et le peuple en témoignèrent une extrême joie. Deux joun après Boniface entra dans la ville avec le concours de tout le peuple et de grandes acclamations : ainsi la paix jr fut rétablie. Eulalius fut évêc|ue de Népi. Le schisme étant ainsi terminé, l'empereur Honorius contremanda les évêques d Afrique, et sèj» doute tous les autres qu'il avait mandés pour le concile du 13 juin. Toute cette histûire du schisme d'Eulalius est tirée des actes publiés par le cardinal Baronius. »
On peut attribuer aux sollicitations du Pape Boniface une constitution de l'enopereur Honorius, mentionnée dans une \e\M
u'il écrivit de Ravenne k Aurélius, évèque
e Carthage, le 9 juin 419« Elleporte aoe,pouf réprimer l'opiniAtreté de quelques évêqufs, qui soutiennent encore la doctrine de Pelage, il est enjoint à Aurélius de les averttr; que ceux qui ne souscriront pas sa condam-
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DES PAPES
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Dation» seront Reposés de ré()iscopat9 chassés des villes et excommuniés. La même JeUre de l'empereur fut envoyée à saint Auguslin : ce qui fait voir qu'il était autant distingué par son mérite entre les évèques d'Afrique» qu'Aurélius par sa dignité. Aurélius ne manqua pas d'exécuter cet ordre » comme il parait par sa lettre du premier jour d'août de la même année, pour obliger tous les évèques de souscrire la condamnation deCélestius et de Pelage. L'empereur Honorius fit, peu de temps après, une loi qui renouvela la défense à tous les ecclésiastiques de loger avec des femmes étranf;ère8 : et toutes sont réputées telles, hors es mères, les filles et les sœurs. Ou les exhorte même à ne pas Quitter celles avec lesquelles ils ont contracte un mariage légi* lime avant leur sacerdoce, puisqu'ils s*en sont rendus dignes dans leur compagnie; mais ils ne vivaient plus que comme frères et sœurs. La même loi condamne au bannis- . sèment, avec conGscation de biens, les ravisseurs des vierges consacrées à Dieu, qui peut-être s*étaient multipliés depuis l'hérésie de Jovinien.
Le Pape Boniface, ayant été attaqué d'une loDzue maladie, craignit que, s'il mourait, il y eût des brigues pour l'élection de son successeur, coDQme il v en avait eu à la sienne. Ainsi il écrivit à 1 empereur Honorius, par des évèques députés en son nom et de toute l'Eglise romaine, le priant que sous son rè^ne l'Eglise eût au moins la même liberté qa elle avait sous les empereurs païens , de maintenir ses anciennes règles. Cette lettre ^ est du i*' juillet, et on la croit de !a même année 119. L'empereur répondit aussi par nn rescrit, dont il chargea les mêmes défiutés : 5t, conêre nos vœux , il arrivait quelque ùccidenl à Votre Sainteté, que tout U monde sache quHlfaut s'abstenir des brigues; et gue, it deux personnes sont ordonnées contre les fèglttj aucun d'eux ne sera évêque^ mais seulement celui qui sera élu de nouveau du con* sentement de tous.
Le Pape Boniface avait écrit aux évèques de Gaule peu de temps auparavant, c*cst-àdire le 13 juin M9. La lettre est adressée à Patrocle, Rémi, Maxime, Sévère et dix autres qoi y sont nommés, et en général aux évê* qoes des Gaules et dos sept provinces.
Maxime, évêque de Valence, était accusé de plusieurs crimes, entre autre d'être manichéen ; on le prouvait par des actes synodaux. On montrait aussi, par des actes de jub'es séculiers, qu*il avait été poursuivi devant eux comme homicide, et même mis i la question. 11 se disait toujours évêaue dans les lieux oii il se cachait, et ne voulait point subir le jugement de ses confrères, quoique les Pares l'y eussent souvent renvoyé. Le clergé de la ville de Valence s'en l'iaignit au Pape Boniface, et les évèques ^es Gaules lui envoyèrent aussi des mémoires.
Uuoir]ue la fuite de Maxime donnât assez d«> droit de le condamner dès lors, le Pape voulut bien encore lui donner un délai, et
ordonna qu'il serait jugé par les évèques des Gaules assemblés en concile avant le premier jour de novembre; et que, présent ou absent, il serait jugé sans aucun délai , à la charge que le jugement serait confirmé
Sar l'autorité du Pape. Le Pape ajoute : [ous envoyons des lettres par toutes les provinces, afin qu*il ne puisse s'excuser sur riffnorance; et qdaml ce que vous aurez ordonné nous aura été rapporté, il doit nécessairement être confirmé par notre autorité. Quelques personnes croient que le clergé de Valence avait porté cette accusa* tion directement au Pape, à cause des contradictions qui étaient dans la province de Vienne pour le droit de métropole, auquel prétendait Patrocle d*Arles.
L'empereur Theodose, peu de temps après son mariage, fit une constitution contre l'autorité du Pape en Illyrie; à cette occasion Périgène, né et baptisé à Corinthet ayant passé par tous les degrés du clergé, fut ordonné prêtre, et vécut longtemps dans cet état avec une grande inlégrité. Le siège de Patras ayant vaqué, révêuue de Corinthe en ordonna Pén{(ène évêque : mais le peuple no voulut point le recevoir, et il revint à Corinthe. L'évèque de Corinthe étant mort quelque temps après, les Corinthiens le demandèrent pour évêque par une requête qu*ils envoyèrent au Pape Boniface. Le Pape ne voulut rien décider, qu'il n'eût reçu les lettres de Rufus, évêque de Thessalonique, qui exerçait l'autorité du Saint- Siège sur TAchaïe et la Macédoine. Car toute rillyrie avait été d'abord de l'emjiire d'Occident; et la division dans l'illyrie orientale et occidentale faite sous Arcade, n'avait rien changé au gouvernement ecclésiastique. Le Pape avait toujours autorité sur l'illyrie entière, et il donnait l'exercice à l'évèque de Thessalonique, comme il paraît par les lettres de Damase, de Sirice et d'Innocent. Le Pape Boniface écrivit donc à Rufus, lui envoyant la requête des Corinthiens, et approuvant l'élection de Périgène. Rufus ayant notifié la lettre du Pape, plusieurs évèques y consentirent, quelques-uns résistèrent ; mais le Pape ne voulut rien décider qu'il n'eût reçu Tavis de Rufus, et n'écrivit
Kas même à Périgène. Sa seconde lettre à tufus est du 19 septembre ïl9. Enfin le Pape ayant reçu la réponse de Rufus conforme a son intention, il confirma l'élection ; et, par son ordre, Périgène fut mis dans le siège de Corinthe qu'il conserva toute sa vie.
Les évèques qui avaient résisté à cette élection, et qui soufi'raient avec peine l'autorité du Pape dans toutes les parties de l'empire d'Orient, obtinrent de 1 empereur Théodose une constitution, du 14 Juillet 421, par laquelle, sous prétexte d'observer les anciens canons, il ordonne que, s'il arrive quelque difiiculté dans l'illyrie, elle soit réservée à rassemblée des évèques'» non sans la participation de l'évèque de Constantinople, qui jouit de la prérogative de l'ancienne Rome. Ainsi l'emoereur pré-
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OtCTlONKAtllE
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tendait transférer à l'évèque de Constantinople rinspection sur les évèques de Tlllyrie» dont l'évèque de Thessalonique était en possession, comme délégué du Saiut- Siège.
! Le Pape Bonirace* averti de cette nou« veauté, et que Tévèque de Constantinople avait indiqué un concile à Corinthe pour examiner l'ordination de Périgène» écrivit trois lettres : ta première à Ruius de Thessalonique, à qui il mande de ne pas céder à ceux oui veulent innover et s'attribuer une disnité qui ne leur est pas due, marquant par lài'évèque de Constantinople. Il mande è Hufus en particulier, de prendre connaissance ' de l'affaire de Péribus, évoque de Pharsale, qui avait eu recours au Saint-Siège. La seconde lettre est adressée aux évèques de Thessalie, pour les exhorter à reconnaître toujours Rufus pour leur chef. Dans cette lettre, il excommunie Pausien, Cjriaque et Calliope, permettant toutefois à Rufus d'intercéder jpour eux ; mais il dépose absolument de Vépiscopat Maxime, mal ordonné.
La troisième lettre est aux évèques de Macédoine, d'Achaïe, de Thessalie, d'Epi re, de Prévale et de Dacie, pour le concile qui doit s'assembler à Corinthe pour la cause de Périgène, quoique décidée par le Saint- Siège. Le Pape se plaint fortement de cette entreprise, et .demande quel évèque a pu ordonner, après cela, de s'assembler : Si vous lisez les canons ^ dit-il, vous verrez quel est le second siège après l Eglise romaine^
Îiel est le troisième; ces grandes Eglises Alexandrie et d'Antioche gardent leur dtgnitépar les canons^ dont elles sont bien înstruites. Elles ont un recours à F Eglise ro^ maine dans les grandes affaires^ comme dAthanase et de Fiavien d'Antioche. Cest pour^ quoi je vous défends de vous assembler pour remettre en question V ordination de Périgène, Mais si depuis qu'il a été établi évéque par notre aiUorité^ on prétend qu'il ait commis quelque faute^ notre frère Rufus en prendra connaissance avec ceux quHl choisira^ et nous en fera le rapport. 11 leur recommande encore; d*obéir en tout à Rufus, et menace ceux qui voudront soutenir cette entreprise d'être séparés de la communion du Saint- Siège. Ces trois lettres sont de même date, du 11 mars 422. Elles furent envoyées par Sévère, notaire du Saint-Siège.
Le Pape fioniface envoya une députation ' à fempereur Honorius , pour le prier de soutenir les anciens privilèges de l'Eglise romaine, Honorius écrivit à Tbéodose, qui y satisfit. Sa réponse à Honorius porte que, sans avoir égard à ce que les évèques d'Illyrie ont obtenu par surprise, les anciens privilèges de l'Eglise romaine seront observés selon les canons ; qu'il a chargé les préfets de prétoire de les faire exécuter. Cette constitution de Théodose s'est conservée dans les archives de l'Eglise romaine, mais non pas dans les codes compilés depuis par ordre de Théodose, et même de Justinien : an contraire* on y a mis la constitution que
celle-ci avait révoquée comme avantageuse à la ville de Constantinople, où ces compj. lations ont été faites, on voit, au reste, par toute cette conduite de Boniface, avec quelle vigueur les Papes résistaient dès lors aux entreprises des évèques de Constantinople, dont ils prévoyaient les conséquences. Mais Boniface s'opposant à celle-ci, n'attaque directement que les évèques d'illyrie, saDs nommer celui de Constantinople, ni se plaadre de l'empereur d'Orient.
Le Pape Boniface réprima cette même année dans les Gaules une entreprise de • Patrocle d'Arles, qui avaitordonné aLodère hors de sa province un èvèque qui n'était demandé ni par le clergé, ni par le peuple de la ville. Ils s'en plaignirent au Pape, qui écrivit à Hilaire, évèque de Narbonne, métropole de la province, et lui envoya la requête du clergé et du peuple de Lodève ; lui ordonnant d'aller sur les iieux et d'y ordonner un évèque suivant leur désir, tant par son droit de métropolitain que par Tautorité du Saint-Siège. Tout cela en exéculioa du sixième canon de Nicée, qui conserve les droits de métropolitains dans chaque province. La lettre est datée du 9 février i^^. < Le Pape Boniface mourut peu de .temps après, la même année 422, après avqir tenu le Saint-Siège trois ans et huit mois. Il défendit qu'aucune femme ou religieuse ne touchAt ou ne lavAt la palle sacrée ou nappa d'autel, inais seulement les ministres do l'Eglise. Il fit une ordination à Rome au mois de décembre et ordonna treize prêtres, trois diacres et trente-six évèques pour divers lieux. 11 bâtit un oratoire au cimetière de Sainte-Félicité, et orna son sépulcre et celui de saint Silvain.
II fut enterré dans le même lieu près du corps de sainte Félicité, le vingt-cinq octobre, et le Saint-Siège vaqua neuf jours. Une ancienne épitaphe marque que le Pane Boniface mourut vieux; qu'il avait servi le Saint- Siège dès ses premières années ; qu'il éteignit le schisme par sa douceur et sa clémence, et Qu'il soulagea Rome dans unQ année de stérilité. Saint fioniface I" fit réparer plusieurs églises* de Rome , à la déco* ration desquelles il consacra des sommes immenses, et est honoré comme saint le 25 octobre. Il eut pour successeur saint Célestin, premier du nom.
BONIFACE II, cinquante-cinguième pontife et successeur de Félix III, était Romain de naissance, Goth d'origine et fils de Ligisvult. —Il fut ordonné Te 15 octobre 529. ff Son élection, dit l'abbé Receveur, rencontra une forte opposition dans une partie du peuple et du clergé, et on élut le même jour 15 octobre un certain Dioscore, qui mourut au bout d'un mois. Boniface ne laissa pas de i'anathématiser après sa mort et le schisme n'eut pas plus de suite. Il fit approuver en même temps par un concile un décret qui lui permettait de désigner soa successeur; après quoi il obligea les évèques à promettre par écrit et avec serment de choisir le diacre Vigile. Hais ayant bienlAt
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reconnu sa fante, il assembla an nouveaa concile ou ce décret fut annulé comme contraire aux canons, et il le brûla lui-même en présence du clergé et du sénat. 11 eut à 8*occuper l'année suivante d*une plainte occasionnée par l'ambition toujours croissantedesévèquesdeConstantinople.Etienney métropolitain de Larisse en Thessalie, accusé aeTanI le patriarche Epipbane, refusa de reconnaître sa juridiction et déclara au'il n'avait d'autre juge que le Saint-Siège aont il relevait immédiatement. Cette protestation n'empêcha pas de le mener de force à CoDstantinople, oii le patriarche prononça une sentence contre lui, et prit toutes les mesures pour qu'il ne pût s'évader et se rendre à Rome, Mais Etienne trouva le moyen d'y faire porter sa plainte par Théodose, un de ses suffragants. Plusieurs évêques de la même province appuyèrent son appel par une requête présentée en leur nom contre les entreprises de l'évêque de Constantinople. Après ta lecture de ces pièces. Théodose ajouta: « Il est certain que le Saint*Siége, outre qu'il jouit de la primauté sur toutes les Eglises, a déplus un droit particulier sur celles d'Illyrie. > Il fit lire ensuite des lettres des Souverains Pontifes qui avaient institué des légats daùs cette province, et d'autres pièces constatant qu'elle avait toujours fait partie du patriarcat d'Occident. Nous n'avons plus le jugement rendu par le PapeBoniface II sur cette tlTaire ; mais on sait que l'évêc^ue de Constantinople, soutenu par Justinien, persista longtemps encore à maintenir ce qu il avait bit. » Boniface II étant enfin universellement reconnu pour Pape légitime, le concile d'Orange, tenu à cette époque, lui envoya sa Lettre synodale écrite par saint Césaire d'Arles. Il était prié par cette lettre de confirmer, par l'autorité du Saint-Siège, que la foi et le commencement de la bonne volonté sont inspirés par la gr&ce prévenante. Bonifiace répondit que c'était une vérité constante, que l'on ne pouvait, ni voulait, ni commencer aucun bien, ni avoir la foi que par la grâce de Jésus-Christ. Il loue les evèques du concile qui avaient approuvé cette doctrine^ et il espère que ceux qui étaient contraires à ce sentiment, se rendraient è ta fin. Le Pape Boniface 11 survécut peu de temps à la réception de cette lettre, et mourut en novembre 532, après un pontificat de plus de trois ans. Il eut pour successeur Jean II, surnommé Mercure.
BONIFACE m, soixante-septième Pape, et successeur de Sabinien. -->- Les contestations qui soivirent la mort du Pape Sabinien , brent durer un an la vacance du Saint-Siège. Oiïûn^ le 25 février 606, on ordonna Pape Boniface III, Romain de naissance, diacre et apocrisiaire de l'Eglise romaine. Il avait été envoyé, en 603, K Constantinople en qualité de nonce du Pape saint Grégoire. Comme il avait gagné la nienveillance de l'empereur Pbocas pendant son séjour dans cette ville, il en ressentit bientôt les effets : car il obtint de ce prince la conservation de la primauté
du Saint-Sié^e de Rome, contre les prétentions de Cyriaque, patriarche d® Constantinople; ce qu'il iaut entendre du titre de patriarche cecuménique que Phocas lui défendit de prendre.
Boniface, ayant obtenu ce qu'il désirait» assembla un concile è Rome dans l'église de Saint-Pierre, où se trouTSient soixante-douze évèques et tout le clergé de Rome. Il y fut défendu sous peine d'anathème, q^ie, du vivant du Pape ou de quelque autre évéque» personne ne fût assez hardi pour parler de son successeur : mais que, trois jours après ses funérailles, le clergé et les enfants de ' l'Eglise devaient s'assembler pour procéder à 1 élection. Ce Pape ordonna vingt et un évoques en divers jieux, et mourut le 12 norembre 606, après un pontificat de 8 mois et 23 jours. Le même jour il fut enterré dans l'église Saint-Piërre, et le Saint-Siège vaqua dix mois et six jours. II eut pour successeur Boniface IV.
BONIFACE IV (Saint), soixante-huitième Pape. Elu le 18 septembre 607. Boniface était de Valeries , au pays des Marses, et fils de Jean , médecin. — Il ne tint le Saint-Siège que six ans. Après son ordination, il fit de sa maison un monastère, et lui donna de grands biens. 11 demanda à l'empereur Pbocas le temple nommé Panthéon, parce qu'il était dédié à tous les dieux. Agrippa, gendre de l'empereur Auguste, l'avait fait bAtir l'an de Rome 729, vingt-cinq ans avant la naissance de Jésus-Christ. Boniface l'ayant obtenu, en fit une église, sans changer le bAtiment, et le dédia en l'honneur de la sainte Vierge Marie et de tous les martyrs. Elle subsiste encore è Rome sous le nom de Notre-Dame de la Rotonde. De cette dédicace est venue la fête de tous les Saints. <
Ce fut à ce Pape que saint Colomban eut recours, étant toujours inquiété par les Gaulois sur l'observation de la Pàque. Il lui envoya copie des lettres qu'il avait écrites à saint Grégoire, et qui ne lui avaient point été rendues, et demanda qu'il lui fût permis d'observer l'ancienne tradition, si elle n'éla t point contraire à la foi. L'histoire ne nous apprend rien des autres actions de ce Pape. Boniface tint, en 610, un concile è Rome, en faveur des moines auxquels on reconnut le droit de posséder des dignités ecclésiastiaues, et l'on y traita des affaires de T^glise crAngleterre. Ce saint Pape mourut l'année 6ii, et fut enterré à Saint-Pierre le vingt-cinquième de mai, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire. Il tint le Saint-Siège 6 ans et 8 mois, et eut pour successeur Deusdedit.
BONIFACE V, soixante-dixième Pontife et successeur de saint Deusdedit. -- Né à Naples, Boniface V fut ordonné le 29 décembre 617. Il défendit aux acolytes de lever les reliques des saints martyrs, ou de baptiser avec les diacres, voulant qu'ils fussent aidés en ces fonctions par les sous-diacres, et que les reliques fussent levées par des prêtres. U acheva le cimetière de Saint-Nicomédie et le dédia. Sur la fin de son pontificat, il .écrivit à Justei archevêque de Cantorbéry, pour lé
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féliciter de ses travaux apostoliques -dans TEglise d'Angleterre II lui annonce qu'il lui envoie le pallium , et lui accorde le pouvoir d'ordonner des évéques, pour faciliter la propagation de la foi. Ayant appris les bonni^s dispositions d'Edouin , roi de Northumbre, et alors le plus puissant des Anglais» il lui écrivit une lettre pour l'exhorter à se faire Chrétien, par la considération de la grandeur de Dieu » de la vanité des idoles, et è l'exemple de tous les autres princes. Il écrivit en même temps à la reine Edelburge, pour la féliciter de sa conversion, qu'il avait apprise avec celle du roi son frère. Il l'exhorta à s'appliquer fortement à
S;agner à Dieu le roi son époux, et lui en aire savoir des nouvelles. Avec ces lettres, il leur envoyait des présents de la part de saint Pif'rre, qu'il nomma leur protecteur, savoir : au roi une chemise ornée d'or et un manteau ; à la reine, un miroir d'argent et un peigne d'ivoire garni d'or. Mais Boniface V n'eut pas la satisfaction de voir l'effet de ses leitres, car il mourut la même année 625, après avoir tenu le Saint-Siège 7 ans et 10 mois, et eut pour successeur Honorius I". BONIFACE VI, cent douzième Pape et successeur de Formose, était Romain de naisnnce et flis d'Adrien. — Il avait été déposé du sous-diaconat, et ensuite de la prfitrise. Après la mort de Formose il fut élu par une faction populaire ; mais il mourut de la goutte après quinze jours de pontificat, en avril 896. Son élection fut déclarée nulle par un concile tenu deux ans après à Ravenne; ce qui fait que plusieurs historiens ne le eomptent pas au rang des Souverains Pontifes. Il eut pour successeur Etienne VI.
BONIFACE VII, antipape, connu sous le nom de Francon, était, avant son intrusion, diacre de l'Eglise romaine. Un mouvement populaire conduit par Crescentius l'élev-a en 973, à la place de Benoit VI.— Voy, Benoit VI. r- Ce vertueux Pape fut traîné en prison, étranglé, d'autres disent empoisonné par Bonirace; mais ce forfait, loin de lui servir, devint la cause de sa chute. Le peuple révolté de sa cruauté, l'obligea de prendre la fuite. Il eut le temps, avant de partir, de
Eiller le trésor de l'église et le palais de atran, et se réfugia à Constantinople sans renoncer à ses prétentions.
BONIFACE VIII. — Après la cession de CélestinV, les cardinaux, s'élant assemblés en conclave , élurent Pape à ta pluralité des voix, le 24 décembre 129&, le cardinal Benoit Gaétan, né à Anagni, prêtre du litre de Saint-Sylvestre, qui prit le nom de Boniface VIIL Dès sa jeunesse, Boniface s'était applique à l'étude du droit civil et canonique, et avait été reçu docteur en cette faculté. Ensuite il fut chanoine de Paris et de Lyon, et exerça h Rome les fonctions d'avocat et de notaire du Pape. En 1281, Martin IV le fil cardinal, et Nicolas IV le Ut légat en Pouille.
Il commença son pontificat par la révocation des grâces accordées par Célcstin, de la bonne foi duquel on avait abusé ; ensuite il
se mit en cnemin pour aller h Rome, au commencement de janvier 1295. Il passa h Anagni sa patrie, où il fiit reçu avec de grandes marques de la réioufssance publique. Etant arrivé i Rome, la noblesse, pour honorer son entrée, fit des courses à cheval, et le clergé l'accompagnait , marchant en procession avec l'encens et en chantant. Il alla d'abord à Saint-Jean-de-Latran, puis il vint loger à Saint-Pierre, où il fut sacré solennellement et couronné à la porte de l'église. Ensuite il marcha en cavalcade à Saint-Jean-de-Latran accompagné des rois de Sicile et de Hongrie , l'un le père, l'autre le fils, qui tenaient chacun la nride de son cheval èi droite et à gauche, et les mêmes rois le servirent è table au festia solennelj la couronne en tét».
Nous avons rapporté» dans la Vie de Céles-* tin, avec quelle attention Boniface veilla sur la conduite de ce saint Pape, craignant qu'on n'abusât de sa bonne foi pour lui persuader de reprendre la dignité qu'il avait quittée. | Dans le même temps, le nouveau Pape fai-, sait tous ses efforts pour persuader aux Siciliens et à Frédéric d Aragon, de remettre le royaume de Sicile au pouvoir de l'Eglise romaine; mais toutes les bulles qu'il publia i ce sujet restèrent sans résultat. « Si Grégoire VII, » dit M. Wiseman, « a trouvé un courageux défenseur dans Voigt, Innocent III dans Hurler, et Sylvestre II dans Hock, il y a un Souverain Pontife des siècles catholiques
3ui n'a encore trouvé parmi les auteurs mo« ernes aucun champion qui ait pris en main sa défense, et dont la mémoire semble abandonnée aux calomnies qui l'assaillirent de son vivant et l'ont poursuivi avec une rage infatigable depuis sa mort jusqu'à nous. Cet homme est Boniface VIII, dont le pontificat termina le xiii* siècle et commença le xiv* avec le premier Jubilé. Son règne commença sous les plus glorieux auspices et SQ termina au milieu des calamités. Il consacra à l'accomplissement des plus nobles projets toute la force d'un génie orné par une lougne expérient^e des affaires ecclésiastiques les plus délicates. Dans le cours de sa carrière, il montra d'éclatantes qualités, et, comme excuse de ses défauts, il put alléguer la rudesse de son siècle, le caractère violent et sans foi de la plupart de ceux avec lesquels il eut à traiter, toutes choses qui réagissant sur cet esprit naturellement juste et inflexible, le portèrent à des sentiments si sévères, h des actes si rigoureux que toutes les fois qu'on les juge avec nos iaées modernes, ils peuvent paraître excessifs. »
L'an 1297, ce Pape termina une affaire glorieuse à la France, et qui durait depuis vingt-quatre ans : savoir, la canonisation de saint Louis : il en adressa la bulle à tous les évéques de France. Elle contient en abrégé la vie du saint roi et plusieurs de ses miracles, et il ordonna que sa fête serait célébrée le jour de sa mort, c'est-à-dire le 25 août. ïa môme année, Boniface eut un grand différend avec les deux Colonnes, Jacques et Pierre, tous deux cardinaux; et coniûteils
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DBS papes;
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déclarèrent quMIs ne le reconnaissaient pas pour Papç légitime^ il les priva de la dignité de cardinal.
Boniface VIII interposa son autorité paternelle entre Gènes et Venise, entre les factions de la Romagne et de la Lombardie ; il crut réconcilier h la fois la France, l'Aragon et les Deux-Siciles par le traité de Tarascon. En 1298, il fit travailler à la com-* pilation du texte des Décrétâtes : c'est le recueil des constitutions des Papes, publiées depuis la collection de Grégoire IX et des Papes suivants, jusqu'à Boniface luimême.
L'an 1300, ce Pape institua le Jubilé au commencement de chaque siècle, et il donna une bulle à cet effet, dans laquelle il accorda indulgence plenière à tous ceux qui, ayant un véritable repentir de leurs péchés, et, les ayant confessés, visiteront avec respect les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, la présente année 1300, et toutes les centièmes années suivantes : il est bon de remarquer qu*il n'est parlé dans cette bulle ni de Jubilé, ni de l'exemple de l'ancienne loi. Cette tiulle fut reçue avec une extrême joie. Les Uomains les premiers visitèrent les églises t)endant le nombre desjours prescrits, c'està-dire, trente pour eux, et quinze pour ceu{ 3m étaient hors de Rome. Ensuite, on vint ans cette ville de toute l'Italie, de France, d'Espagne, d'Allemagne pour gagner l'indulgence.
Nous avons dit ci-dessus, que Boniface avait étudié dans l'un et l'autre droit. Ajoutons qu'il était habile dans le gouvernement et consommé dans les affaires. Il montra dès le début d'ardentes sympathies pour la France. Ce sont ces sympathies qui le firent s'empresser à dissoudre la ligue offensive formée entre tes souverains d'Angleterre et d'Allemagne, célébrer avec une pompe infinie la canonisation de saint Louis, choisir un prince de Valois pour pacificateur des discordes civiles de l'Italie. C'était le même amour pour la paix et la prospérité des nations qui le fit intervenir entre les citéâ tumultueuses de la Lombardie, de la Toscane et de la Romagne ; ses reproches allaient troubler le roi d'Angleterre dans la conquête injuste de TËcosse, et faisaient rendre à là liberté Balioi captif; un traité qu'il dictait mettait fin aux guerres sanglantes des maisons de Naples et de Sicile ; les querelles de succession en Hongrie se terminaient par son arbitrage;et pendant ce temps il encourageait les dernières espérances du christianisme en Orient; il cherchait des alliés aux princes d'Arménie et aux khans des Tartares qui seuls arrêtaient encore la marche conquérante de l'islamisme. C'était pour tout u n zèle pareil pour les droits de fJBglise. Ces dispositions étaient soutenues par une intelligence B^u commune et par une volonté éuergKjue. ais peut-être une longue étude du droit ^non avait donné à cette intelligence des nabitudes trop sévères, et plus convenables a un juge qu à un pasteur; peut-être cette vulunlé impétueuse nMinquait«elle de la mo-
dération que Ton doit reneontrer dans le représentam de Dieu qui est patient, parce qu'il est éternel. D'un autre- côté, des passions haineuses s^étaient manifestées dans la noblesse française dès le temps de saint Louis, et les grands vassaux de la couronne s'étaient ligués contre la juridiction ecclésiastique. Des défiances d'un autre genre s'étaient formuléesdans la pragmatique sanction. Ces mécontentements furent entretenus et mis h profit par Philippe le Bel dont le règne ne fut qu'une longue exploitation des ' sueurs et des larmes publiques. Jamais le sang chevaleresque des Capétiens n'avait palpité dans son cœur plus étroit : entouré de jurisconsultes qui lui enseignaient les théories de l'absolutisme, et d'usuriers qui lui conseillaient les honteuses mesures d où lui vint le surnom de faux monnayeur^ il voulait de l'argent et du pouvoir, et en prenait partout où sa main trouvait prise. Il étendit cette main rapace sur le clergé de soo royaume, prétendant s'immiscer dans l'érec* tion de l'administration des sièges épiscopaux, et faisant plier sous ses exactions pécuniaires les immunités antiques des clercs et prélats du royaume. En même temps il repoussait la sentence équitable prononcée entre lui, le comte de Flandre, et le roi d'Angleterre, par fioniface VIII, dont luimême avait accepté la médiation et le juge-» ment futur. Telles furent les causes qui firent redescendre dans l'arène les deux puissances spirituelle et temporelle, represen-^ tées par d'autres athlètes, sur une autre terrain qu'autrefois, mais avec une issue plus tragique. Il serait long de redire et d'a])précier tout ce qui se fit alors* Si, en envoyant comme légat au roi de France révêque de Pamiers qui ne pouvait lui plaire; en convoquant à Rome une assemblée de prélats et de docteurs du royaume» alors que des ordres sévères en fermaient les issues, «m ne ménageant pas dans ses bulles les paroles amères ; en prononçant h la fois des excommunications, des interdits, des déchéances, des déclarations de guerre, si Boniface Vlli péchait par la dureté de la forme que Us usages de ce temps rendaient
Î>eul-être excusable, certes de son côté était e droit, le droit de réclamer des libertés jurées, de défondre des propriétés acquises, de faire exécuter des lois reconnues; le droit de censurer hautement, au nom de la morale catholique, un despotisme cupide et déloyal. Mais du côté de Philippe le Bel ne se rencontraient ni le droit, ni l'honneur, lorsqu'il prétendait livrer un évèque légat à des tribunaux incompétents^ lorsi(u'il réunissait deux fois les états généraux pour proclamer, sous le titred*indépendance de la couronne, la servitude morale de la nation'; qu'il faisait brûler une bulle du Souverain Pontife après en avoir falsifié les termes dans une lecture solennelle, diffamait calomnieusement le Pontife lui-même, et ne craignait pas de compromettre, pour le service de sa colère, les croyances et les consciencee d'un grand royaume. Peu de temps après,
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OD vit une bande d'aventuriers rassemblés à
Iirix d'argent sous la bannière des lis et sous a conduite d*uh garde des sceaux de France» entrer par trahison dans Anagni; on vit le vieillard apostolique intrépide au milieu de ses ennemis mortels ; on vit sa captivité, sa merveilleuse délivrance, son retour triomphal à Rome, où il mourut de douleur; et une horreur profonde remplit le monde chrétien, et dans toutes les mémoires te nom de Philippe le Bel fut gravé avec celui de Frédéric II parmi les noms des tyrans. Toutefois, chose étonnante 1 la papauté ne désespéra pas de la piété de la France; elle s*en rapprocha plus encore en se fixant dans Avignon. L'Italie pleurera son délaissement; ses poëtes rempliront de leurs plaintes ces jours appelés avec plus d'amertume que de vérité la captivité de Babylone. Car, si Benoit XI et Clément Vf ne firent point monter avec eux sur le trône papal l'apostolique liberté de leurs prédécesseurs, la science s'y assit du moins avec Jean XXII, l'influence intellectuelle remplaça l'influence
f»olitiç[ue : ce que la crainte ne pouvait plus, 'admiration le fit encore.
Mais tous les efforts de l'Eglise pour le maintien de sa constitution et de son indépendance convergeaient vers le bien spirituel des individus, comme vers leur fin commune. Les religions de l'antiquité, toutes nationales, s'attachaient à Texistence d'une société qui se croyait impérissable; elles aeroblaient faites pour l'Etat, non pour l'homme. Le christianisme an contraire, découvrant dans chaque homme une image de la Divinité, lui attribue une valeur personnelle indépendante de sa valeur sociale, et ne pense pas que, pour la conduire à Taccomprissement de ses destinées, ce soit trop de toutes les forces réunies de la doctrine et du culte. Or, plus l'action de l'Eglise sur les individus est essentielle et moins elle est sujette au changement, et moins aussi elle otfre de matière à l'histoire : il n'y a pas d'histoire pour les choses immuables , sans donc rappeler cet ensemble de moyens d'institution divine par lesquels l'Eglise s'empare de l'homme et le fait passer de la vie de la nature à la vie de la grftce , le conserve dans celle-ci, l'y perfectionne et le conduit à la vie de l'immortalité, il suflit d'indiquer ici les ressources nouvelles et secondaires que son génie lui suggérait. Tandis que ses missionnaires, dont nous avons tracé les courses faisaient, entrer dans le bercail de l'orthodoxie de pauvres âmes égarées, ses Pontifes, en livrant contre le schisme, l'hérésie et le despotisme, les combats auxquels nous avons assisté, retenaientdans le bercail sacré les Ames croyantes; et celles-ci croissaient en lumières et en vertu. La lumière venait de deux foyers
Î)rincij)aux : l'enseignement scolaslique et a prédication. L'enseignement résidait dans les universités que le pouvoir religieux fondait sur les points les plus importants de la chrétienté, comme des phares pour éclairer la marche des intelligences. Le concile
de Latran avait institoé des écoles gratuites auprès de toutes les églises épiscopales; Boniface VIII, au milieu des orages qu'il traversa, trouva le loisir de créer à Rome la Sapience , h Avignon des écoles célèbres. La prédication se développait aussi : les honneurs et la puissance de la chaire s'accrurent par l'institution des Frères prêcheurs de l'ordre de Saint-Dominique; et les porteurs de la parole évangélique se multiplièrent pareils a des flambeaux agités dans plusieurs mains et dont les lumières voyageuses visitent tons les points d'un lieu obscur. D'un autre côté la vertu paraissait devoir renaître au sein des nombreuses réformes qui s'opéraient, et dont le clergé donnait le signal et l'exemple. Les quatre conciles généraux, plusieurs conciles provinciaux, parmi lesquels il en faut distinguer deux de Reims et de Ravenne, poursuivirent la simonie et la KioUesse jusque dans l'ombre du sanctuaire, et pénétrèrent au fond des monastères pour y rétablir la discipline. Due constitution <4pnt Boniface Vill honora son pontificat, défendit aux juges ecclésiastiques l'abus des censures et prohiba l'usage de l'interdit en toutes causes d'intérêt pécuniaire. D'autres actes lé- Sfslatifs proscrivaient les coutumes barbares es duels et des épreuves judiciaires, restreignaient les empêchements de mariage oii la mauvaise foi avait su trouver une source de divorces, sévissaient contre les adultères, les concubinaires , les usuriers; entouraient de faveur les lépreux et les pauvres.
L'histoire des longs démêlés entre Philippe le Bel et Boniface a été tellement défigurée par l'ignorance, l'aveuglement, l'esprit de parti et souvent la mauvaise foif qu'il importe de la rétablir ici dans toute son exactitude. Comme sous Grégoire VII» sous Innocent III et tant d*autres grands Pontifes, il s'agissait au fond de savoir si les rois et les princes étaient soumis, ainsi que tons les autres hommes j à la loi suprême de la morale et de la justice, si le trône déliait celui qui l'occupait de ses devoirs de Chrétien, en un mot , si l'empire de régoïsme et de la force brutale devait se soumettre à celurde la puissauce spirituelle, de l'Evangile et de l'Eglise. Il serait par trop étrange en vérité qu'un monarque s'intitu- . lât roi Très-Chrétien » uniquement pour ' avoir le droit d'outrager, d'emprisonner et d'assassiner le christianisme dans la personne du Pape, son suprême représentant.
Voilà pourtant ce qu'on a osé soutenir à propos de Phi lippe le Bel. Nous avons assez montré, surtout en parlant de saint Grégoire VII, que, dans le moyen flge, toute société temporelle reposait exclusivement sur le principe chrétien de. la soumission à l'Eglise.— Fby. GatooiRB VU, etc.— C'est ce qu'il faut se garder d'oublier au sujet de Boniface VIII. L'histoire de ses différends ayec Philippe leBel étant parfaitement exposéepar
M. Honrion, (Histoire générale dé lEgiis^t t. V, p. 425, kk% nous ne saurions uiieui
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foire que d*en donner ici le résumé suivant: Le roi de France, de concert avec Edouard !•', roi d'Angleterre, avait consenti à prendre le Pape pour arbitre de leur différend. Le Pape avait accepté rarfoiirage, non comme jQge, mais en qualité de médiateur et d'ami. Le compromis ayant été envoyé à Rome en 1298, les ambassadeurs des deux princes firent valoir leurs raisons réciproques. Le 27iuin, le Pape prononça la sentence arbitrale, en plein consistoire, devant une foule de peuple que Téclat de cette cause avait attirée au Vatican, et laQt ensuite expédier le 30 juin en forme de bulle. Cette pièce, donnée en son entier dans R^roer, fait honneur è rimpartialité de Boniface, quoiqu'il R*eût pas sujet d*ètre content du roi de France. Ce n'est pas ainsi, à la vérité, qu'en parlent la plupart des historiens français ; mais leur récit est hautement démenti par la bulle qu'ils attaquent, et par la docilité avec laquelle les deux rois obéirent à celte sentence arbitrale, comme le prouvent divers actes manuscrits recueillis à la cour de Londres par Pecquigni, et enfin comme on le toit par la paix qu'ils conclurent sur le modèle de ce jugement» en Tan 1303.
Les rois de France et d'Angleterre, ainsi que l'empereur Rodolphe, mettant des impositions, tant ^ur le clergé que sur le peuple, pour subvenir aux* frais de la guerre, et plusieurs prélats des deux royaumes qui les chargeaient de taxes. Bonifiée donna la constitution fameuse qui commence par ces mots : ClerieiM laicos. Elle défi^id, nonobstant tout privilège, sous peine d'excommunication réservée au Souverain Pontife lui ^eol, à tous les prélats et ecclésiastiques, de rien payer aux laïques des impositions faites à quelque titre que ce soit, sans l'autorisation du Saint-Siège; et à tous rois, princes, magistrats et autres, de faire ces impositions de biens ecclésiastiques, de les exiger, et de donner aide ou conseil pour ce sujet. Boniface dit en substance : que l'antiquité nous montre l'inimitié des laïques contre les clercs, et que le temps présent manifeste aussi contre eux leur mauvaise volonté; que, non contents de se tenir dans' les limites de leur pouvoir, qui ne s'étend ni sur les |)ersonnes ni sur les biens ecclésiasti-
Siége un çrand sujet de douleur, on voit des ecclésiastiques et même des prélats acquiescer à ces abus, craignant moins d'ofl^nser le souverain Seigneur que de déplaire au prince temporel. Cette bulle, bien que générale en apparence, regardait plus particulièrement le roi d'Angleterre, qui accablait les ecclésiastiaues, et faisait lever les tributs sur eux par des soldats qui commettaient toutes sortes de violences. Toutefois des critiques l'ayant considérée comme l'origine des différends qui s'élevèrent entre Bonilace et Philippe le Bel, nous devons faire temarquer que le grand démêlé ne comiLânça qu*en 1301, et que dans ces deux
circonstances te Pape ne se compromit envers le roi que pour avoir pris la défense des évéques et du clergé de France.
Philippe le Bel, oui avait besoin d'argent pour soutenir la guerre tout à la fois contre l'empereur, le roi d'Angleterre et le comte de Flandre, et qui supposait à tort que Boniface VllI lui préférait ces princes, se tint particulièrement offensé de la défense que notifiait la bulle. De son côté, il défendit aussi généralement de transporter hors du royaume, sans sa permission par écrit; or et argent monnaye ou en lingot, joyaux, pierreries, armes, chevaux, vivres et autres choses nécessaires a la guerre. Le Pape sentit le coup, et s'en plaignit comme d'une atteinte portée & la gloire et à la liberté de t'Eft^lise. 11 écrivit plusieurs lettres, envoya des légats, expliqua sa bulle CUricis laicost reconnut que dans les besoins de l'Etat le clergé devait contribuer de ses biens, et que le roi pouvait demander et recevoir, sans même consulter le Saint- Siège. Enfin il déclara qu'il n'avait eu in* tention de choquer en rien les coutumes du royaume, ni les droits du roi et des sei-
Sneurs. Philippe s'expliqua aussi avec modération; mais il protesta, devant les légats du Pape, que, si dans Tordre du salut il était disposé à se conformer aux décrets et aux avis du chef de l'Eglise, néanmoins le gou^ vernement temporel de son royaume ir appartenait qu'à lui roi, à l'exclusion de qui que ce pût être ; qu'il n'avait et ne reconnaissait sur la terre aucun supérieur à cet égard, et qu'il était résolu à défendre ce droit inaltérable, sans pouvoir être arrêté
f)ar aucun obstacle. Du reste, il suspendit 'effet des ordonnances qu'il avait rendues contre le commerce des étrangers et contre le transport de l'argent à Rome ; ce qui avait principalement offensé Boniface.
Aussitôt après l'année jubilaire, la paix chancelante, qui avait été rétablie quelques années auparavant entre Boniface et Philippe le Bel, finit par une rupture éclatante. Pnilippe, roi hautain, conseillé par des ministres sans probité, ne se faisait aucun scrupule de s'approprier les revenus, de violer les droits et la liberté de l'Eglise. Boniface ne pouvait passer ces griefs sous silence. Il envoya au roi, pour légat, Bernard de Saisset, qu'il avait institué évêque de Pamiers lors de l'érection de TévAché, et qui se comporta à la cour de France avec une courageuse liberté. Le Pape ne fut pas longtemps à reconnaître toute la violence du roi. Pour donner le change à l'opinion, Philippe imputa à Bernard de Saisset les torts les plus graves. Ce prince n'hésita pas k accuser le légat du crime de lèse-majesté, spécialement d'avoir tenté de soustraire à 1 obéissance du roi le comté de Toulouse. Le monarque fit informer sur ces forfaitures, qui ne furent rien moins que prou- • vées : cependant, d'après l'avis des grands du royaume assemblés avec plusieurs docteurs ecclésiastiques et laïques, l'évèque de Pamiers fut arrêté, puis remis entre lea
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mains de i*archeYèque de Toulouse, pour qn*il lui fit son procès jusqu'à la dégradation, et qu*il le punit ensuite.
Aûn de persuader au Pape de ne point mettre obstacle à cette résolution, ou plutôt pour lui faire entendre qu'il n'en susciterait que d'inutiles, Philippe lui envojra Pierre Flotte de Revel , magistrat et militaire tout ensemble, tels qu'étaient alors les membres des parlements, qui, à quelques égards, avaient succédé aux anciennes assemblées de la nation. La hardiesse militaire de cet envoyé ne parut guère propre qu'à braver et à offenser Boniface VllI. Ce Pape s*étant vu forcé de lui dire un jour : Sachez que f ai la puissance temporelle^ aussi bien que la spirituelle^ sur votre roi et sur son royaume ; Flotte lui répondit : Sainte Pire, vos armes ne font que du bruit, au lieu que celles du roi mon maître font des plaies sanglantes et donnent la mort* Mais ce qui est bien opposé à la loyauté et à la noble franchise de nos juges chevaliers, l'art de semer la zizanie, le goût du mensonge, l'infidélité à porter et à rapporter les paroles sacrées des souverains dont il était l'intermédiaire, ce sont là autant de taches que les meilleurs critiques impriment à la mémoire de Pierre de Revel, d'après les déclarations authentiques des cardinaux en corps.
Quelque offensé que fût le Pape, il écrivit d'abord au roi une lettre de prière et d'exhortation, pour obtenir par la douceur la liberté de l'évéque de Pamiers. Le même jour, 5 décembre 1301, Philippe prétextant des concessions apostoliques pour 0|}primer l Eglise, il suspendit l'usage des privilèges concédés à nos rois. 11 prescrivait un terme avant lequel on pouvait lui représenter les privilèges accordés, afm qu'il ju^eftt s'il devait modérer la suspension. Il nnit,en priant le roi de ne pas être étonné de ce procédé. Le Pape, en usant contre le roi de la suspension des privilèges apostoliques, imitait en quelque sorte ce prince, qui, dans la première rupture, avait suspendu les rapports entre Rome et la France, pour le commerce et le transport d'argent. Le même jour encore, il eipédia la bulle qui commence par ces mots : Ausculta, fili charissime (Ecoulez, très-cher fils). Dans cette bulle, après avoir averti Philippe d'écouter avec docilité : Dieu nous a établi, lui dit-il, sur les rois et les royaumes, pour arracher, détruire, perdre et dissiper, pour édifier et planter. Ne vous lais^ sex donc pas persuader que vous n'ayez point de supérieur^ et que vous ne soyez pas soumis au chef de la hiérarchie. Qui a celte idée est un insensé, et qui la soutient est un infidèle^ Le Pontife ensuite recueille tous les gravés sujets de reproches qu'il avait à faire au roii non-seulement par rapport aux intérêts de l'Eglise, mais pour le gouvernement purement temporel du royaume. 11 lui reproche les altérations commises par luj dans la monnaie, et il l'accuse de tvrannie, tant à l'égard du peuple et de la noblesse, que des ecciésiasliques. Il le cite après à un concile de Rome, où il lui,annonce qu'il a convoqué
tous les prélats et les docteurs français, à qui en effet il adressa des lettres do convocation, datées encore du jour même où le zélé Pontife écrivait au roi de France, savoir, le 5 décembre 1301. Si vous croyez, dit-il à Philippe, 9U6 cela soit expédient pour votre intérêt, vous pouvez venir vous-même au concile^ ou envoyer des députés fidèles et instruits de vos volontés: autrement nous procéderons, ni plus ni moins, comme Dieu noiAS inspirera. Le reste est une allocution très-forte contre les conseillers du roi, et une exhortation à travailler au recouvrement de la Terre-Sainte.
Jacques des Normands , archidiacre dg Narhonne et nonce apostolique, fut envoyé de Rome pour [présenter la bulle Ausculta, fili, au roi Philippe. Selon Villani, il somma verbalement le monarque de reconnailre qu*il tenait du Pape, comme les autres souverains, la puissance temporelle de son royaume, ajoutant que, si le roi refusait de Caire cet aveu, il avait ordre de l'excommunier et de jeter l'interdit sur la France. La vérité est qu'à la bulle véritable, qui fut tenue cachée, le chancelier Piitrre Flotte en substitua une autre d'une forme brève et piquante, Afin d'irriter les esprits contre le Pape. Le 11 février 1302, en présence des seigneurs et de toutes les personnes considérables qui se trouvaient à Paris, le roi fît brûler cette bulle supposée. Ensuite, mettant le comble à l'ouirage, il renvoya sous bonne escorte , jusqu'aux extrémités du royaume, et le nonce et l'évoque de Pamiers, avec défense à tous les deux d'y entrer sans sa permission, et ordre aux gouverneurs des frontières d'en garder soigneusement les avenues, afin qu'il n'y entrât plus ni nonces ni bulles. Les historieûs ajoutent que ces démarches furent suivies de lettres et de propos si indignes de la dignité ro^'ale, qu ils sont à peine vraisemblables. Ainsi, le roi osa écrire au Souverain Pontife : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à Boniface, soi-disant Pape, peu ou point de salut. Sachez , extravagant que vous êtes, que pour le temporel noirs ne sommes soumis a personne ; que la collation dos bénéfices nous appartient par le droit de notre couronne, et que tes fruits de ces bénéfices sont à nous; que les provisions que nous avons données cl que nous donnerons sont valides et pour le passé et pour l'avenir, et que nous sommes résolus de maintenir en possession ceux que nous y avons mis. Ceux qui croiront autrement seront réputés fous et insensés. A Paris , » etc. Dans cette lettre, Philippe le Bel traite le vrai et unique Pape de Pape prétendu , ce qui est schisinatique; de plus, il soutient que c'est non pas un privilège pontifical, mais un droit propre de sa couronne, de conférer les Eglises vacantes, c'est-à-dire que , par un droit innerent à sa couronne, il est en France à la lois évêque et Pape, ce qui est hérétique. Aussi n'y a-t-il pas Keu de s'étonner que le ion ue ce libelle soit celui d'un hérétique
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Afin de mettre, en quelque sorte, tout son peuple entre le Pape et lui» et de s'abriter derrière Topinion publique contre les légilimes anathemes du Saint-Siège, le roi afait pris le parti de conroquer les trois ordres de la nation. Ces états généraux do Philippe le Bel se tinrent dès le dixième jour d'avril. Pierre Flotte ouvrit rassemblée par un discours où il osait rejeter sur le Pape tons les maux que les Eglises de France avaient eu à souffrir de la part du roi. Ensuite, Philippe demanda spécialement ce qu'on jugeait de la prétention principale du Tape, et de qui Ton pensait que relevât, quant au temporel , la couronne de France. Le cri fut unanime en faveur de Tindépendance du monarque. « Le roi, » dit Fleury« c voulut ensuite avoir la réponse des pri^ lats, oui demandèrent plus de temps pour délibérer, et s*efforcàrent d'excuser le Pa|)e et de persuader au roi et aux principaux seigneurs que son intention n'était pas de combattre la liberté du rojaume ou la dignité royale, exhortant le roi à conserver l'union qui avait toujours été entre TEglise romaine, ses prédécesseurs et lui-même. Hais on les pressa de répondre $ur-le-<:hamp, et on déclara publiauen)€nt que, si quelqu'un paraissait être d'un avis contraire , il serait tenu pour ennemi du roi ^et du royaume. Alors, dans cet extrême embarras, ils répondi-, rcnt qu'ils assisteraient le roi de leurs ^ conseils et des secours convenables ]:)Our la conserva tion de sa personne, des siens et de sa dignité, de la liberté et des droits du royaume, comme quelques-uns d'entre «QT, qui tenaient des seigneuries et autres fie& y étaient obligés par leur serment, et les autres par la fidélité qu'ils devaient au roi. Hais, en même temps, ils supplièrent le roi de leur permettre d'aller trouver le ^ape, suivant son mandement, à cause de ^obéissance qu'ils lui devaient. Ce que le roi et les barons déclarèrent qu'ils ne souffriraient en aucune sorte. »
A celte nouvelle la cour de Rome frémit d*effroî, et celle de France ne fut pas sans inquiétude. On en vint aux négociations que iX)nseillèrent toutes les personnes d'une con« ^ience délicate, vivement alarmées du péril qui menaçait l'unité catholique. Le roi permit aux êvéques d'Auxerre, de Noyon, de Çoulance et do Béziers de se transporter à notne. Le Pape justifia facilement en leur présence la bulle Auêculla fiU par cette explication : Nous reconnaiêiont qu*il y a deux pm$ancu établies de Dieu , eê nous protestons que noire dessein ne fui jamais d'usur- P^ la juridiction du roi ; mais le roi^ de son ^àîé, ne saurait disconvenir qu'il ne nous soit «Nrmii àraisondu péché. Celait reconnattre, a la vérité, que la Franco ne dépendait \uks du Saint-Siège en qualité de fief, ou uue le ^uverain l^ontife ne prétendait pas s'y av- ^ger le domaine direct sur le temporel : y*is par làaussi il s'y réservait ce qu'on a <iepui$ nommé le domaine ou pouvoir indi* f^tt, ei qui revient à peu près au même
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dans la pratique , puisqu'il, se réservait le droit de corriger généralement toutes les fautes des souverains, sans excepter aucune de celles qu'ils commettraient dans Tadministration de leurs Etats, de les punir pour ce sujet par l'excommunication, et même par la déposition. Ainsi, Boniface VJII marchait sur les traces dlnnocent III, qui, indépendamment des difiérends de souverain à souverain, s'était prononcé hautement contre l'adultère public de Philippe Auguste, contre la protection ouverte que Raymond VI accordait aux Albigeois, contre les injustices et les cruautés de Jean-Sans-Terre envers l'archevêque et le clergé de Canlorbéry.
n y avait trop d'éloignement entre ces prétentions opposées, pour qu'on pût se rapprocher. Cependant le temps assigné pour la célébration du concile de Rome arriva. Un très-grand nombre de prélats, intimidés par le Pape« étaient partis malgré les défenses du roi. Les actes en conservent les noms et le nombre ; savoir : quatre archevêques, trente-cinq évêqaes (y compris les quatre députés par le roi et le clergé) et six abbés. Le roi , ^lar un édit daté du dimanche d'après la Saint- Luc, ordonna la saisie du temporel de tous les ecclésiastiques sortis du royaume, voulant avoir leurs noms et le mémoire de leurs revenus, qu'il miten sa garde durant leur absence. Roniface tint l'assemblée le 20d'octot>re de cette année 1302. On ne sait trop ce qui s'y passât sinon quo le Pape éclata fortement en paroles et en menaces, sans en venir cepenaant à l'exécution. 11 est du moins constant que le roi n'y fut pas excommunié. Hais quelques iours après, on vit paraître la décréiale unan^ sanctam^ qui éclaircissait tout ce qu'il pouvait y avoir d'ambigu dans la bulle Ausculta^ fili. Elle comprend deux (parties, qu'on a distinguées, savoir: l'exposé et la décision. L'exposé tend à prouver que la puissance temporelle est soumise en tout à la spirituelle, qui a droit d'instituer, de corriger et de déposer les souverains, suivant la jurisprudence du temps, que les rois ne repoussaient que lorsqu'elle ne leur profitait pas. Quand il s'agit de porter la décision dogmatique, le Pontife dénuda simplement aue tout homme, pour parvenir au salut, uoit être soumis au Pape: principes dont convenaient les deux jmrtis, mais qu'ils appliquaient tout di£réremment. L'analyse de cette pièce importante donnera la mesure de la confiance qu'il faut accorder à la distinction que certains critiques se sont efforcés d'établir et que nous venons de rapporter : La vraie doctrine de l'Eglise distinguoLdeux puissauces,^mais sans diviser la société, qui est essentiellement une. Jésus-Christ en est le chef suprême: et comme le Pontife, successeur de saint Pierre, est son vicaire dans l'ordre spirituel, le roi est son vicaire, son ministre dans l'ordre temporel ; car la société suppose deux choses: une loi éternelle, immuable, de justice et de vérité, fondement et règle des devoirs et des droits ; et
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ime force qai contraigne les volontés rebelles à se soumettre k cette loi. Donc deux Îjteives, pour parler le langage de l'Eglise : e glaive spirituel , qui retranche Terreur, et dont l'usage appartient au seul Pontife ; ]e glaive matériel, qui retranche le mal, et dont Tusage appartient au prince seul. Mais comme la force que ne dirigent point la justice et a vérité, est elle-même le plus^rand mal, et ne peut être qu'une cause de désordreetde ruine, le glaive matériel est néces* sairement subordonné au glaive spirituel, de même que le corps doit-être subordonné à la raison : autrement il faudrait admettre deux puissances indépendantes, Tune conservatrice de la justice et de la vérité, l'autre aveugle et dès lors destructive, par sa nature, de la vérité et de la justice. Or qu'est-ce que cela, sinon livrer le monde à ] empire de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais , et constituer un véritable manichéisme social ? Quiconque, dit l'Eglise, rot ou peuph, adopte celte erreur monstrueuse^ sort par là même des voies du salut.
Le jour même de la publication de cette bulle, 18 novembre , Boniface en donna n«e seconde, dans laquelle, nonobstant tout privilège et à l'exemple de ses prédécesseurs, il excommunie toutes les personnes de quelque dignité qu'elles soient, roi même et empereur, qui empêchent d'aller librement .au Saint-Siège , en arrêtant les voyageur^, en les retenant ou en les dépouilhint. Le but de cette censure, quoique gén Taie, était trop bien déterminé par les circonstances, pour qu'on ne la rapportAt p^int au roi Philippe et à ses adhérents. Du reste, Boniface ne jugea pas nécessaire de couvrir longtemps de ce faible voile sa véritable intention.
Cependant les malheurs qui arrivèrent è ta France dans le cours de cette année 1302 rendirent le roi plus attentif au nouvel avertissement qu'il recevait de Rome. La perte de la bataille où le comte d'Artois, princedusang, le plus animé de tous contre Itoniface, et le fameux Pierre Flotte, périrent avec un nombre infini de noblesse, fit diversion aux autres chagrins du roi. On renoua les négociations avec le Pape, et Philippe consentit à recevoir pour légat le cardinal Jean Le Moine, natif d'Amiens et agréable au prince. Mais ces lueurs d'espérance furent bientôt dissipées. Le Pape faisait proposer jusqu'à douze chefs de denmnaeou de reproche, sur lesquels il n'obtint pas à beaucoup près ce qu il prétendait, ^n conséquence, il se vit forcé de sévir. Le légat fut chargé d'annoncer au roi, non-seulement qu'il devait s'appliquer les censures générales déjà publiées à Rome, mais qu*on l'excommuniait nommément et de nouveau » avec défense à tout ecclésiastique , sous la même peine d'anatbème, de lui administrer les sacrements, ou de célébrer la Messe en sa présence. Ainsi, malgré la bienveillance du roi Philippe envers le cardinal Le Moine, malgré la sagesse que tout le monde attribue à ce légat, il n'y eut d'autre
fruit de sa légation que le collège qui portait naguère sou nom à Paris, et qu'il fonda sans doute avant cette rupture sans retour. Un nouveau trait de sa prudence, ce fut de renoncer à une mission devenue inutile, en se dérobant aux gardes qu'on lui avait donnés, et qui ne demandaient pas mieux apparemment que de le laisser disparaître.
Le roi n'avait pas attendu ces extrémités pour manifester son ressentiment. Dès le carême de l'année 1303, il avait tenu dans son palais du Louvre une assemblée composée de quelques prélats et des premiers seigneurs du royaume. Guillaume de Nogaret, chevalier et magistrat, assez ressemblant à Pierre Flotte, présenta une requête contre Boniface, qu'il accusait, dans les formes juridiques, des plus grands crimes qui puissent exclure du pontificat, entre autres, d'usurpation de cette sainte dignité , d'hérésie manifeste, de simonie criante et notoire. Il y concluaità laconvocation d'un concilegénéral, afin de rejeter solennellement cet intrus endurci, et de donner à l'Eglise universelle un pasteur légitime. « Cependant, » aioutait-il, <c en qualité de protecteur des Eglises nombreuses de votre royaume, et à l'exemple de vos ancêtres , défenseurs constants de l'Eglise romaine, vous ferez emf grisonner cet impie, et, de concert avec es cardinaux, vous établirez un vicaire apostolique jusqu'à ce qu'il j ait un Pape.» Ce ne sont là que les prémices des excès auxquels Nogaret devait se porter.
Le 13 juin de la même année, il y eut au Louvre une assemblée nouvelle et plus nombreuse, où Guillaume du Plessis, revêtu des mêmes qualités que Nogaret, et adhérant à son appel, fit les mêmes réquisitions en promettant un mémoire plus circonstancié des crimes de Boniface. Il tint parole dès le lendemain, en des termes et avec un détail que le bon sens de nos lecteurs, autant que leur religieuse délicatesse, nops dispense assurément de rapporter/ Mais l'émotion des esprits les tenait alors disposés bien .différemment. Tous les ordres de l'État adhérèrent au scandaleux appel de Du Plessis. Cependant les évêques qui étaient présents, au nombre de trente-neuf, témoignèrent leur respect pour le Saint-Siège. Quoiqu'ils consentissent à la tenue d'un concile, ils déclarèrent qu'ils le faisaient afin de détourner les maux de l'Eslise, et même afin d'aider è la justification du Pape Boniface, contre lequel ils ne voulurent être ni accusateurs ni parties. Pour procéder à la convocation du concile qu'on résolut de tenir à Lyon, le roi nomma deux ambassadeurs , chargés d'aller inviter les cardinaux à coopérer è ce projet, et les villes principales d'Italie à le soutenir ; puis il écrivit , dans le même but, en Espagne ,. en Navarre et en Portugal. L'audacieux Nogaret se chargea d'aller signifier l'appel au Pape même.
Instruit de cette fermeniation, BoniCoce, tout résolu qu'il était, se retira fort inquiet, à Anagni sa patrie ; mais son courage ne l'abandonna point. On vit pour la seconde fois
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partir cinq bulles foudroyantes en un seul
four» 15 du mois d'août. La plus remarqua^lie est la seconde : elle portait que tontes les citations à Rome* adressées aux personnes mèine de qualité royale» auraient leur force et leur yigueur comme si elles leur étaient parvenues, dès quelles auraient été affichées aui portes de Téglise principale du lieu ou se trouvait le Pape. C*était pour obvier à hi difficulté de faire pénétrer en France les lettres poutiBcales» depuis les défenses du roi è ce sujet. Boniface se justifia aussi en plein consistoire des accusations portées contre lui dans ce royaume , surtout à l'égard de l'hérésie et de l'impiété » causes légitimes de déposition contre les Papes. Mais proportionnant les moyens de dérense au péril où il se trouvait, après avoir renouvelé l'excommunication contre le roi et l'interdit sur la France, il délia les Français du serment de fidélité, donna le royaume au roi des Romains, Albert , fils de l'empereur Rodolphe, anima fortement les Anglais, les Flamands, les Aragonais, les Siciliens, tous les ennemis de la France, et mit tout en œavre afin de détrôner Philippe.
Tandis que le feu de la discorde s'attisait ainsi de part et d'autre, quelques gentilshommes français, plus propres aux coups de main qu'aux froides lenteurs du conseil, s'offrirent è terminer le différend en s'emparantde la personne de Boniface. Nogaret, qui s*était chargé de signifier l'appel, voulut encore avoir l'honneur de l'amener prisonnier an concile. Sous prétexte de ménager un accommodement entre le Pape et le roi, il parcourut l'Italie, afin de s'y former des complices, parmi les seigneurs mécontents, surtout parmi les Gibelins. L'orage ayant été formé en fort peu de temps , Etienne Colonne, surnommé Sciarra , c'està-dire quereUeur ou boule -feu^ vint trouver Nogaret près Sienne. 11 était neveu du cardinal Jacques Colonne, et frère de. Pierre Colonne, aussi cardinal. Il avait. eu récemment [1297] la hardiesse de piller les effets du Pa|)e, tandis qu'on les transportait d*Anaçni k Rome. Boniface ayant fait citer les Cuïonne à son tribunal, loin de comparaître, ils allèrent se renfermer dans Palestrine , place forte qui leur appartenait, bien résolus de s'y défendre si on les y attaquait. Ils avaient été dépouillés du cardinalat, de toutes leurs dignités, de tous leurs biens; leurs palais et toutes leurs maisons avaient été abattus dans Rome; on avait prêché la croisade contre eux; leur ville de Palestrine avait été détruite ; et les deux prélats, avec leurs proches, erraient hors de leur patrie eu misérables fugitifs. Sciarra, dans ^a fuite, fut pris par des corsaires, et réduit au plus dur esclavage, qu'il aima mieux supporter que de se faire connaître, au risque de retomber entre les mains du Pape. Mais son malheur parvint à la cunnaissance du roi Philippe, qui le délivra. La paix s'étant faite par la médiation du Sacré Collège , en 1208, Sciarra Colonne resta en France plutôt que de se soumettre au Pape son souverain.
Nogaret, excité par ce boute-feu sacrilège, partit à la tète de trois à quatre cents chevaux, de plusieurs compagnies de gens de pied, et parut de grand matin, le 7 de septembre, devant la ville d'Anagni, où le Pape achevait de dresser une bulle plus terrible que toutes les précédentes, et qui devait se publier le lendemain, jour de la Nativité de la Vierge. Après y avoir dit qu'en qualité de vicaire du Fils de Dieu, il avait le pouvoir de régir les rois avec la verge de ler et de les briser comme des vaisseaux d'argile, il déclarait tous les sujets du roi Philippe, absous de la fidélité qu'ils lui devaient même par serment, leur défendait sous peine dV nathème de lui obéir, ni de lui rendre aucun service, et annulait toutes les confédé^ rations que ce prince pourrait avoir faites avec d'autres princes.
Noiçaret et Colonne avaient cdans la ville des intelligences ; on leur ouvrit les portes. Ils entrèrent sans obstacle, accompagnés de leurs troupes, qui, en déployant l'étendard de France, se mirent à crier : Vive le roi Philippe f périsse Boniface! Le peuple gagné se joignit aux soldats, et cria comme eux. Ils s'emf>arèrent si vite des différents postes de la ville, que le Pape ne fut averti que par le tumulte du péril extrême où il se trouvait. La réduction du palais pontifical ne coûta guère plus d'effor.ts. Presque tous les gens du Pape, domestiques, officiers, prélats, les cardinaux mêmes, dont quelques-uns, À ce qu'on prétend, étaient de concert avec les Français, prirent la fuite, où se tinrent cachés. Le courage du Pontife ne se démentit point. Je suis trahi comme Jésuê^ Christy dit-il ; mourons^ s'il le faut; mais du moins mourons en Pape, Il se lait è l'instant revêtir de la chape, nommée le manteau de saint Pierre, met la tiare sur sa tête, prend en main les clefs et la croix, et s'assied ainsi sur la chaire pontificale, accompagné de deux cardinaux seulement : Nicolas Boccasini et Pierre d'Espagne.
Quaud Nogaret fut entré, il prit un air de modération auquel on ne s'attendait pas, parut avoir oublié son personnage de guerrier, et ne pensa, dit-on, au'à remplir celui d'homme de robe. Il notina tranquillement au Pape, en présence de tout le monde, Taccusalion et les procédures laites en France contre lui ; déclara qu'il était réputé convaincu, puisqu'il ne s était pas mis en devoir de se défendre ; mais que, devant être jugé par l'Eglise, on l'arrêtait pour être présenté au concile général qui se tiendrait à Lyon ;
3ue dans ce dessein seulement on lui donnait es gardes, sans qu'il eût rien à craindre EDur sa vie. « Je suis bien résolu, » ajoi^ta ogaret.qui le raconte, « à vous préserver de la fureur de vos ennemis. » Colonne ne fat pas si maître de lui-même : il chargea le Pontife d'injures, le voulut contraindre à renoncer au pomificat, et comme Boniface répondit qu'il mourrait plutôt, et offrit sa tête à couper, le violent Italien lui donna sur la joue un coup de gantelet, et l'eût mis à mort si Nogaret ne l'en eût em])êché. Mais
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