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afflc one entière GertUude« que saint CI<W meni était le disciple des apÂtres saint Pierre et saint Panl (Irkn .« Adv. hœres.^ lib. m, c. 3 ; Ruses.» BisL ecehs.^ lib. m, c. 16; Hier.» Câial. icripi. tcckê.^ c. 15; Origen.» De Itrineip^f lib. xi, c. 3)» et que c*est ce même Ciéroeot dont parie saint Paul dans son EpUreausPhHippitns(iyftS)fel qu*il nomme comaae« nn des plu.<|z4lés ouvriersde TEvangife, dont le nom est inscrit dans le livre de vie. » (Oricbn., m Joan. i, 29; Euseb.* Ififi» ecdes.t lib. lu, c. 13; Hibb., Adv. Jovinian.f 17.) Il n'est pas moins certain qa*it fut or* (Jouiié évéque par les apôtres eux-mêmes • et qu'il succéda è Pierre sur le siège de Rome. Mais ce qui ne Test pas autant, c'est l'ordre dans lequel il faut le placer. Selon Tertullien, qui a été suivi |)ar la plupart des écrivains latins, il lui aurait succède immédisiement (Dsprœscript, hœret.9 c.31), tandis que dans la liste des év6«jues de Rome qui Doosaété transmise par saint Iréiiée,Eusèbe et daotres écrivains ecclésiastiques grecs» il n*occupe que la troisième place après cet apôtre* c'eslrà«dire qu'il suit saint Lin et saint Aoaclet ou Clet. (iBBii.t Adt>. hœres.f lib. m» c. 3; Euskb.» HisL eeeles.^ lib. 111 1 (.8; S. EpipHAN.,baBres. 27.) Cette dernière assertion étant plus ancienne, et attestée par des témoins plus dignes de foi, mérite à tous égards la préféreme. Du reste^quoi qu'il en soit à cet égard , l'ordination apostolique de saint Clément n'est rendue nullement doulease par cette incertitude; il serait possible, d'ailleurs, que saint Lin et saint Anaclet aient rempli ces fonctions durant la vie de saint Pierre, pendant son absence de Rome, et qu'ils soient morts avant lui ; ou bien que saint Clément* cbansé de proclamer l'Evangile dans d'autres contrées, et ordonné évèi|oe dans cette intention, ne soit monté dans la Ctiaire de saint Pierre qu'après la mort des deux précédents.
Eusèbe nous apprend, en outre, que saint Clémeni fut chargé de l'administration de i'i^lise de Rome, dans la douzième année du règne de Domilien (vers l'an 92 de Jésus- Christ), et qu'il la conserva jusqu'à la troisième année du règne de Trajan (100 et 101). Mais Thistoire ne nous apprend rien des évéaemenls de son épiscopat , è Texception du M^bisme funeste qui troubla la paix de TE* giise de Corintbe, etqui donna lieu à VEffUre que saint Clémeut adressa aux Corinihiens. U commencement et la &n de l'histoire de Mint Clémeat demeurent ensevelis pour BOUS dans une profonde ol)scurité. Des écri« tains plus récents disent, sans indiquer leur "^rce, qu'il était fils d*un sénateur romain d'une naissance distinguée; qu*il avait re^u une éducation soignée, et qu'il était versé dans les arts et lui sciences des Romains et d(*s Grecs, et certes ses écrits ne contiennent neo qoi prouve le contraire. Dans ceux oui <ui ont été Ciussement attribués, tels que les ^cogniiiomSf les HomiHUf et certaines épt-
très, il est non-seulement placé à la tête des disciples des apôtres, mais encore l'antiquité chrétienne lui attribue quelques autres écrits qu'il aurait composés par l'ordre des apôtres eux-mêmes.
Les ouvrages de ce grand évèque, de ce célèbre disciple des apôtres, qui sont parvenus jusquà nous, se bornent à quatre épltres , deux desquelles sont adressées aux Corinthiens^ et les deux autres à des vierges^ et même, de ces quatre épltres, il n'y a que la première, oiix CorinthtenSf dont l'authentticité est incontestable; les autres prêtent à des doutes plus ou moins fondés.
V Première épUre aux Corinthiens — Dès le premier moment, cette Lettre pastorale do saint Clément jouit d'une haute estime dans les Eslises, et acquit une grande célébrité dans rantiçiuité chrétienne. Eusèbe, eu parlant des disciples des apôtres, dit que cette épttre est généralement avouée, et qu*elle se lit publiquement dans beaucoup d'églises. fEusEB., Hisi. eccles.f lib. ui, c. 16; iv, x3.) Hais, bien avant Eusèbe , saint Irénée la cite et rappelle une très-excellente épltre. {Adv, hœres.f lib. m, c. 3, n. 3.) Clément d'Alexandrie {Stronuit.f lib. i,c. 7; iv, 17 ; V , 12, VI , 8), Origène (De princip. in Exech.f lib. viu) et saint Jérôme {De vir, ill.t c. 15) disent aussi qu'elle est de saint Clément de Rome. Quant h l'identité de répltre dont parlent ces Pères avec celle que nous ? possédons , elle se prouve par la comparaison des {passages qu'ils citent avec le texte qui nous est parvenu. Toutes les preuves, tant intrinsèques qu'extrinsèques, sont tellement palpables, que les doutes que quelques écrivains ont voulu élever à son sujet doivent être regardés comme complètement éclaircis (15). La principale circonstance qui donna lieu à cette épltre fut, comme nous l'avons déjà remarqué, une malheureuse division qui éclatait pour la seconde fois dans l'Eglise de Corinthe. {Pa" trologie de J.-A. Moishlkb.)
Cette seconde fois, les fidèles de Corinthe craignant que ce schisme n'eût des suites encore plus fâcheuses, s'adressèrent à l'E*
flisede Rome pour trouver les moyens de éteindre. Rome était alors au milieu des tribulations par la persécution que l'em-
Bsreur Domitien lui faisait éprouver. Maia ieu ne lui eut pas plutôt rendu la paix,^ Kr la mort de son ()ersécuteur, arrivéo n 96, qu'elle vint au secours de l'Eglisede Corinthe, et ce fut par la lettre que la Pape saint Clément lui adressa. Les anciens Pères ont fort loué et admiré cette lettre, et ont jugé qu'elle était un remède eflicace pour guérir les maux dont celle de Corinthe étail agitée. La modestie de ce saint Pape ne lui .(termit |ias d'v mettre son nom ; mais on est assuré, par le témoignage de tous les an-^ ciens, qu'il en était l'auteur. Elle était écriije^ au nom de toute l'Ej^ise de Rome, pane que, dans ces temps apostoliques, les évê-
<tS)rei|iMf;5sltert,VoetdeL^d<>, Jean Le«lt*rc compfétemenl réfuté par Uaéerus , W<»lloii et «XotUtun mit alléaué couU-e celle épltie, a éié Fiejr.
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ques ne faisaient rien qu'avec la participation de leur Eglise » c'est*à-dire de leur clergé, et du peuple même sous un nom commun, qui marquait Tunion du pasteur avec le troupeau ; cette lettre est un des plus précieux monuments de la primitive Eglise, après TEcriture sainte. Elle est écrite avec un mélange admirable de force et d'onction. On y voit éclater tout è la fois la prudence, la douceur, le zèle et la charité de son auteur. Le style en est naturel, clair, sans fard, sans ornement étranger, et, comme dit Photius, très-vonvenable à la simplicité que la religion demande à des écrivains ecclésiastiques. Elle a beaucoup de rapport pour le caractère avec celle de saint Paul aux Hébreux. Elle fut universellement reçue dans toutes les Eglises : on la lisait en public, non-seulement à Corinthe, niais encore dans beaucoup d*autres lieux.
Quant à l'époque précise où cette lettre fut écrite, elle n est pas facile à fixer ; Topinion la plus accréditée est qu'elle fut écrite vers Tan 96 de Jésus-Christ; le contenu répond h la circonstance qui y donna lieu. Elle renferme les motifs qui doivent engager è conserver l'union dans l'Eglise, et quelques antres enseignements dogmatiques convenables à la situation ou se trouvaient les Corinthiens. Trop longue pour la reproduire ici, nous en donnerons avec Mœhler l'analyse suivante :
' « Clément commence par faire Téloge des anciennes mœurs si parfaitement cliréiiennes dos Corinthiens, et nous offre un tableau plein do charme de la vie des premiers Chrétiens. Il déplore d'autant plus les troubles qui :^e sont élevés narmi eux, qu'il les attribue h l'ambition et n Tégoïsme de quelques-uns d^entre eux, sentiments qui de tout temps ont produit de grands maux (c. 1-7), et qui sont en opposition directe avec l'esprit de pénitence et d'obéissance envers Dieu qui doit animer tous les Chrétiens, et dont l'Ancien Testament offre déjà des exemples. (C. 7, n. 13.) Il les exhorte a l'humilité, d'après l'exemple de Jésus-Christ : Jésus- Christ^ dit-il, est la propriété de ceux qui sofU humbles et qui ne se révoltent point covr ire son troupeau. Le sceptre de la Majesté dtrme, Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'est pas venu dans Véclat de la maanificence et de Vorf/ueil^ bien qu'il eût pu le faire, mais dans l'humilité, ainsi que le Saxnt-Efpeit Pavait prédit de lui. (C. 16.) Les saints de VAncien Testament aussi sont devenus par là vraiment grands, et des modèles dignes d'imitation, (C. 13, n. 20.) Pour leur apprendre l'obéissance envers Dieu, il les renvoie même aux phénomènes de la nature (c. 20, n. 2k), puis il leur rappelle le jugement qui les attend et la résurrection dans laquelle ii cherche è affermir leur foi. (C. 25, n. 28.) Il se sert de cette vérité fondamentale, pour les ramener, par la conséquence qu'il en tire, de la route funeste où ils sont engagés, à une entière soumission à Dieu et è la concorde qui sied h de9 saints. Après avoit jeté à cause de cela un regard sur la vie éternelle, il termine
ainsi : Ohl que tes dons de Dieu sont salutaires et merveilleux, mes bien-aimés! La vie dans Vimmortalité, Véclat de la lumière dans la justice, la vérité dans Fassurance^ la foi dans la confiance, la continence dans la sanc" tificalion, tout cela est caché dans le cercle de ce que nous avons exposé. Qu'est-ce donc qui attend ceux qui persévèrent jtMqu'à la fin? Le Créateur, le Père du temps, le Très-Saint en connaît la grandeur et la beauté. Luttons donc, afin d'être au nombre de ceux qui /'oii« ront attendu avec patience et qui auront part aux biens qu'il a promis. Comment cela arrt« vera^t'il? Cela arrivera si notre pensée se dirige vers la foi en IHeu, si nous cherchons ce qui lui est agréable, si nous remplissons sa volonté, et si nous le suivons sur le chemin de la vérité... (C. 28, n. 36.) C'est là le chemin, mes bien-aimés, sur lequel nous trouverons If otre Seigneur Jésus-Christ^ le grand prêtre de notre sacrifice, le protecteur et le soutien de notre faiblesse. Par lui, nous pouvons contempler les hauteurs du ciel; par lui, nous pouvons regarder la face pure et majestueuse de Dieu ; par lui, les yeux de notre cœur seront ouverts ; par lui, notre esprit insensé et obscurci se reveillera au sein de sa merveilleuse lumière: par lui, le Seigneur a voulu que nous obtinssions une connaissance immortelle ; par lui, qui est le resplendissement de sa majesté doutant supérieur aux anges, que son nom l'emporte plus sur le leur. (C. 36.) Il passe ensuite aux services matériels que les divers états se doivent les uns aux autres, et leur recommande do maintenir la subordination réciproque. Il leur prescrit comme uu devoir sacré te res« pect et l'obéissance aux supérieurs ecclésias* tiques, parce que, dans le Nouveau Testament, comme ils l'étaient dans l'Ancien, ils sont institués par une ordonnance divine. (C. 37, n. 45.) Il les exhorte, avec une tendresse toujours croissante, à faire cesser le scandale, a se corriger, k renouveler la .charité. Il fait sentir avec force aux coupables la nécessiléde faire pénitence, et aux ofifensésde céder avec générosité ; h tous il recommando de prier unanimement et avec ferveur, pour que les pécheurs obtiennent miséricorde, afin qu'ils se repentent et rentrent en grâce. (C. kù, n. 58.) Cette dernière partie est sans contredit la plus frappante. L'auteur rassemble avec une éloquence entraînante tout ce qui peut instruire, loucher, faire rougir et édi&er; tout ce. qui peut ébranler et enthousiasuier, exciter le ref>entir et enflammer de l'amour le plus vif. Cette épltre est la première Lettre pastorale qui ait été écrite; elle demeure le modèle de lettres de ce genre, elle est digne du disciple de saint Pierre et du chef de l'Eglise catholique.
Puis, traçant le portrait du Fils de Dieu, il dit que Jésus-Christ est le resplendissement de la majesté de Dieu, élevé infiniment au-dessus des anges (c. 36), et ne peut être connu qup par la* Sainteté, qui est un don de lui. Dans le chapitre 2, il dit môme qu*il est Dieu. Vous avez été satisfaits du don de Dieu, si vous avez écoulé avec attention sa
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fMirok : voi cceun étaient toin et ia Paision était devant vos yeux. Donc la Passion de Jésus-Christ était la Passion de Dieu.
Ecoutons maintenant! ia plainte douloureose de saint Clément sur le schisme de Corinlhe : Pourquoi y a-l -i7 parmi voue des disieneions^ de la colère ^ de F inimitié^ du ichienUf de la guerre? N^avom-nous pas un seul Dieu et un seul Jésus - Christ ? ffest'ce pas le même esprit de grâce f NI a été répandu sur nous , et n\tvonS' nous pas été tous appelés en Jésus-Christ ? Pourquoi déchirons nous les membres de Jésus-Christ^ et nous soulevons^nous contre notre propre corps ? Nous sommes donc arrivés à un tel point d'irréflexion^ que nous oublions que nous sommes des membres les uns des autres?,.. Votre schisme a égaré beaucoup de joer sonnes; il en a jeté beaucoup dans itffroi^ beaucoup dans le doute^ toutes dans ieûiuilfet la révolte continue toujours 1... (C. 46.}
il leur 'met| devant les yeux la charité de Moïse» qui prie pour le peuple pécheur. l£xod. xxxu, 31.)
0 grand amour I à perfection que rien ne peut surpasser l Le serviteur parle en toute liberté à son Seigneur; il demande que le peuple ait son pardon^ ou bien il veut périr avec lui!... Qui d^ entre vous est aussi géné^ reiur, aussi miséricordieux^ aussi charitable? Qu'il dise^ s*il en est un : Sî, à cause de moi, li est survenu des troubles^ des dissensions^, des schismeSf je vais partir^ je m'éloigneraif [irai partout ois vous voudrez ; tout ce que le peuple ordonnera^ je te ferais afin que le troupeau de Jésus-Christ vite en paix avec ses prêtres. (C. ik.) El dans le cas où celte eihortation demeurerait inutile, il Icsengage lous à prier en commun. Prions donc aussi\ pour ceux qui sont livrés au même péché afin quil leur soit accordé un esprit plus humble et plus conciliant^ et que s'ils ne reulent pas céder à ce que nous leur conseillons, ils se soumettent du moins à la volonté de Dieu. De cette manière^ le Dieu saint leur accordera un souvenir salutaire et parfait^ et aura pitié d'eux. fC. 56.) C'étaient là les ))6nsées, les sentiments, le langage du pteui Pontifot pour i*unilé et la paix de i'Eslise.
Un des arguments les plus remarquables dont il se sert pour reprocher aux perturl»ateur$ Tinjustice de leur conduite consiste è leur rappeler avec force que Tinstitulion de Tordre hiérarchique dans l'Eglise est dorigine divine. Il leur fait voir d'abord que le sacerdoce des lévites, et dans ses diverses parties, et dans ses fonctions, a été institué et réglé par Dieu jusque dans ses moindres détails, qu'il n'était pas permis, Mos de graves peines, d'y porter atteinte. Ufflème chosese retrouve dans le Nouveau Testament : Les apôtres nous ont annoncé lEtangite par Jésus-Christ^ et Jésus-Christ jutr IHeu ; car Jéstss- Christ a été envoyé par f^ieu, et hs apôtres Vont été par Jésus-thrist; ïun et Vautre dans Tordre convenable, d'après
(a voioiil^ ^e Dieu. Or après qu'ils eurent
reçu la mission^ quUls eurent acottis une pleine certitudepat larésurrection de Notre-Sefgneuf Jésus-Christ, qu'ils eurent été affermis par la parole de Dieu^ et nourris de la plénitude du Saint-Esprit^ ils partirent pour annoncer te royaume de Dieu. Ils prêchèrent dans les campagnes et dans les villes, et établirent les premiers {d'entre les convertis) qu'ils trou-vèrent forts par Vesprit, comme évéques et comme diacres des futurs fidèles. Et ce n*était là rien de nouveaUf cela avait été prédit depuis longtemps.... Et les apôtres reconnurentf par Notre-Seigneur Jésus-Christ, que des prêtres s^élèveraient pour Vhonneur de Vépiscopat, et pour cette raison^ comme ils possédaient une prévision parfaite, ils établirent ceux que je viens de nommer pour être leurs successeurs, et fondèrent aussi pour Vavenir la règle de la succession, afin que
ÎiMnd ceux-là viendraient à mourir, d'autres ommès éprouvés fussent chargés à leur place des fonctions ecclésiastiques. (C. kf^-kk.) »
Seconde épitre aux ConnrAtens. —Indépendamment de VEpitre de Saint Clément aux Corinthiens, dont nous venons de rendre compte, il y en a une seconde adressée aux mêmes et qui lui est attribuée. Photius l'atteste; et dans le manuscrit de l'Ecriture sainte, dans lequel la première nous a été conservée, elle porte le même titre. Mais nous ne la possédons plus entière ; il ne nous en reste que des fragments, oui ont plutôt rapparenced'unehoméliegueduneépitre.
Les deux épUres à des vierges. — Sous ee titre nous possédons encore deui cncycli-
3ues dont saint Clément est l'auteur. Ces euxépltres étaient demeurées inconnues jusqu'à notre temps. Wettstein fut le premier qui las découvrit dans une version syriaque en 1753, et il les publia à la suite de son édition de la Bible. Nous passerons sous silence les ouvrages faussement attribués è saint Clément et dont la collection entière est connue sous le nom de Clementina.
L'histoire ne nous a rien conservé de certain touchant les autres actions de la vie de saint Clément et les circonstances de sa mort, néanmoins tous les écrivains du temps conviennent que saint Clément souffrit le martyre vers l'an 100, pendant la persécution de Trajan.Nous lisons dans le Martyrologe romain qu'il fut précipité dans la mer avec une ancre qu'on lui avait attachée au cou. Son corps, transporté à Rome sous le Pape Nicolas i", fut placé dans l'église qui avait été b&tie en son honneur, longtemps avant cette translation. Louis Jl, ayant fondé l'abbaye de Cave près de Salerne, le Pape Adrien 11 lui envoya des reliques de saint Clément pour enrichir l'église abbatiale. L'ancienne église du saint, dans laquelle saint Grégoire le Grand prêcha plusieurs de ses homélies en a toujours conservé une partie. L'Eglise honore sa mémoire le 23
novembre. ...» «
CLEMENT II, cent quarante-huitième Pa|»e
et successeur de Grégoire VI, était Saxon do
naissance et se nommait Suedser. — Il fut
sacré le jour de Nuël mo. L^ibM Ja«er,
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DKTIOMNAIRE
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dftiis son Coun d'histoire €cclé$ia$iique re- Irice ainsi l*histôiredeson pontificat.
<i Grégoire Vl« le seul Pape légitime des trois et même quatre qui existaient alors — Voy. Gbégoibb IV et BbnoIt IX, — consentit à donner sa démission; on nomma h sa placet sous le nom de Clément 11, Suedger, évéque de Bamberg. C*est k ce Pape que commence la noble série des Pontifes qui vont travailler à la réforme de tant d*abus : c*est lui qui le premier attaqua la corruption. 11 dut user de ménagements infinis ann de ne pas trop brusquer, de ne pas soulever contre lui les évéques et les seigneurs presque tous simoniaques. Aussi, dans le concile qu*il assembla en 1047, Clément II attaque seulement ceux qui se sont fait ordonner sciemment par des évoques coupables de simonie. La simonie fut proscrite, en termes généraux ; on y défendit de vendre la dédicace des églises, la bénédiction des autels, les bénéfices et Tordination des clercs ou des prêtres; on v inséra une clause qui menaçait de Tanalbème quiconc|ue se permettrait de parler contre les décisions du egncile, ce qui indiaue que la simonie avait même dans le clergé d*obs« tinés défenseurs. Le Pape ne s'arrêta pourtant pas tout h fait à ces défenses générales; il condamna à une pénitence de M iours> et pendant ce temps à l'interdition de toutes les fonctions de leur ordre, ceux qui sciem« ment s'étaient fait ordonner par des simo«niitques ou à prix d'argent. Les termes de cette décision laissent deviner le grand embarras du Pontife, qui, osant à peine formuler sa sentence, craint d'attaquer les premiers, les plus grands coupables, et ne punit que les moins criminels, ceux à qui souvent tout autre raojen d'ordination a manqué : ce sont des clercs, de simples prêtres qui sont atteints, et tout le mal vient des évêques.
Voilà un commencement qui parait bien timide, bien faible, et cependant c est un çrand pas de fait. Clément 11 a atteint le but ; il a pu flétrir et condamner la simonie; il a donc porté un rude coup à ce vice honteux, qui, une fois eitirpéde l'Eglise, lui laissera la victoire assurée sur la corruption ; car si les trafiquants sont chassés du sanctuaire, si les dignités ecclésiastiques ne sont données qu'à la capacité et à la vertu, le clergé sera bientôt composé d'hommes intelligents, dévoués, animés du pur esprit chrétien, dont les etforta el les exemples auront sur les peuples une puissance souveraine, éclaireront les âmes, purifieront les cœurs, rendront à la foi sa force, aux mœurs leur dignité, it, par un progrés insensible, relèveront la société de son abaissement.
Cependant la papauté, presque seule contre tousi semble bien faible pour résister aux rudes attaques de ses puissants adversaires. Illusion \ la papauté est forte, assez forte pour prendre roffensive. Je vais vous l'aire toucher au doigt cette puissance d'une si grande réalité, et que de vaines apparences «uichent à l'œil inattentif. Au xi' siècle, la compétence du pouvoir religieux n'était contestée par personne ; le droit canonique
faisait loi dans toute la chrétienté, et la souveraineté spirituelle que ce droit donne k la papauté était universellement reconnue; pour peu qu'on réfléchisse, on comprend
Îue cela devait suffire. En effet, dès que le ape sera assez énergique pour user de son droit, dès que l'on verra que ni la craiaie ni la séduction ne peuvent l'émouvoir, que le crime ne peut échapper à la condamnation, qu'un appui sûr, une protection efficace ne manque jamais à la vertu ; dès lors, invinciblement attirés et réunis en faisceau par cette force centrale de l'Eglise, dans tous les rangs, dans tous les temps, dans tous les lieux, les vrais Chrétiens se dévoueront pour la soutenir; les faibles , les indifférents seront entraînés , et comme il faut que les événements * se complètent ici-bas perdes moyens humains, il y aura contre le mal el contre les puissances temporelles qui viendraient à le personnifier des luttes opiniâtres et sanglantes. Dans les dernières convulsions d'une rage expirante, l'erreur semblera au moment de broyer sous ses dents son immortelle ennemie, qui lancera alors Tinévitiible flèche, l'excommunication I Poussé jusque dans ses derniers retranchements, le Pape jettera l'anathème à ses persécuteurs, et dès que cette parole sera tombée sur eux, quelle que soit leur puissance, se roulant dans les douleurs du trait qu*ils ne peuvent arracher, ils périront ou ils demanderont grâce à celui qui seul peut faire de telles blessures, et qui seul aussi peut les guérir.
L^xcommunication, arme terrible, calmait les plus irascibles souverains, car elle pouvait bouleverser le pouvoir le mieux affermi, en soulevant l'indignation et la colère des peuples. L'excommunication faisait trembler les plus audacieux scélérats; d'abord, parce au'ils croyaient tous un peu au fond du cœurà ses effets surnaturels; ensuite parce que, même au point de vue humain, être mis hors l'Eglise, était une chose vraiment épouvantable. Celui qui était excommunié n'excitait plus qu'horreur et répulsion; on le fuyait littéralement plus que la peste ; ses domestiques, ses amis, ses parents mêmes craignaient de toucher à ses vêlements. On frottait avec soin tout ce qui arait pu subir son contact. S'il était souverain, ses sujets se regardaient comme déliés de toulo obéissance : l'excommunié voyait un vaste désert se former autour de lui , un tombeau l'enfermait tout vivant ; enfin être excommunié était une situation intolérable pour celui qui ne croyait pas en fiieu; jugez de ce qu elle devait être, alors que tout je monde croyait à l'enfer. Je crois vous avoir cité quelques exemples de celte souveraine puissance de l'anathème ; en voici un assez remarquable. Les citoyens de Bénévent avaient fermé les portes de leur ville a Henri 111, et rompu ainsi la convention sacrée qu'on appelait la trêve de Dieu. L empereur lut obligé d'avoir recours au Pape, le priant d^excommunier les coupables de celle infraction sacrilège. Clément II lance rcxcoui-
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DES PAPES
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fflunication» et les BénévenKins se soumetlent iinmédiatement à la parole du Saint-Siège» eui qui n'ayaient pas redouté les armées de Tempire.
Après neuf mois et demi de règne» Clément II mourut, dans le cours d*un voyage, le 9 octobre i(Mt empoisonné» selon le dire lie quelques auteurs. Sa mort laissa uu grand vide dans l'Eglise. Rome n*avait plus de sujets distingués; ses écoles étaient depuis longtemps négligées ou détruites ; aussi futon obligé de demander pour Pape Halinard» évêqiiedeLyon, qui ne voulût point accepter le fardeau d'une si haute dignité.
Clément II fut enterré à Bamberg» dont il avflit été évèque, et où Ton voit encore son tombeau. Le Saint-Siège vauua jusqu'au 17 juillet de Tannée suivante [lOW]» et Dami5e II fut élu pour lui succéder.
CLEMENT III» cent soixante et douzième Pape et successeur de Grégoire VIII» se noiumait Paul ou Paulin. — Romain de naissance» cardinal - évéqne de Prénestre» il fui élu à Pise le 19 décembre 1187» et nom« mé Clément III. Dés quM eut été couronné» il envoya des députés aui Romains, ses concitoyens» pour établir avec eux une paix durable et sulide. L'occasion de la discorde était la ville de Tusculum» è trois lieues de Home» appartenant an Pape» i laquelle les RonjaiDS faisaient une guerre itnplacable poQrs*en rendre les maîtres» ce qui causait une cruelle division entre eux et le Pape. Clément III leur céda ses droits sur les remparts de cette place. A cette condition» ils lui rendirent leur ville» leur sénat et le droit de monnaie. Ils s'engagèrent de plus à marcher avec leurs troupes qui seraient alors défrayées par le Pape» dès qu'ils en seraient requis. Après ce traité, le nouveau Pape vint a Rome» où il arriva le 3 mars llk
Il prit alors les dispositions nécessaires pour faire prêcher la croisade dans lesdififérents Etats de la chrétienté ; et pour cet «ffet, il enToya des légats en Allemagne» en France et en Angleterre. Il ordonna pour apaiser la colère de Dieu» de jeûner pen* dant cinq ans tous les Tendredis; et à ceux qui jouissaient d'une pleine santé» de s*abstenir de viande le mercredi et le samedi ; les ecclésiastiques y ajoutaient le lundi. Il donna l'exemple d'une réforme générale de ^ dépense de la table» des ameublements» des habits et des équipages» a6n d'assister pins libéralement ceux qui se croisaient. L^ cardinaux se firent un devoir de l'i* tniler.
Travaillant constamment k procurer la paix, Clément 111 envoya en France le cardinal Jean d*Aanagni pourierminer un différend entre Philippe-Ançnste et Richard I*'» ^} d'Angleterre. Henri IV» successeur de Htchard 1"» vint en Italie pour se faire coul^onner empereur ; comme il approchait de ^^^$ le Pape Clément III mourut le ^ mars 1191» après avoir tenu le Saint* ^*ége 3 ans a mois» et eut pour succès- ^(-^ur Célestin II!
CLEMENT IV. — Après la mort d'Urbain IV» le siège vaqua pendant quatre mois. Le cardinal Gui Fulcadi» évéqne de Sabine» que le Pape avait envoyé comme légat en Angleterre» n'ayant pu entrer dans Londres à cause de la révolte des barons et des évéques contre leur roi Henri III, se mit en chemin pour retourner à la cour de Rome. Mais pendant le voyage» il apprît qu*il avait été élu Pape k Perouse, le 2 février 1265» et il s'y rendit déguisé en Frère mendiant» pour éviter les embuscades de Mainfroi. Etant arrivé» il Ut toi>s ses efforts pour éviter le pontificat» mais enfin il l'accepta. Il était né à Saint-Gilles» en Languedoc» et fut d abord avocat» devint jurisconsulte fameux» et fut admis dans le conseil de saint Louis. Après la mort de sa femme» dont il avait plusieurs enfants» il entra dans l'état ecclésiastique et fut archidiacre du Puy en Velay» puis évèque de la même Eglise en 1257» et archevêque de Narbonne eu 1259. Le Pape Urbain iV le fit cardinalévéque de Sabine. Devenu Pape» il prit le nom de Clément IV^parce qu'il était né le jour de saint Clément» et qu'il avait rvçu de Dieu plusieurs grAces singulières le même jour. On voit ses sentiments sur sa nouvelle dignité, dans les réponses qu'il fit aux princes qui l'en félicitaient» et encore mieux dans la lettre à Piecre le Gros» son neveu» où il parle ainsi :
Plusieurs se réiauiseent de noire prama-' Iton» mais nous n y trouvons qu'un sujeê de crainte et de larmes^ parce ^ue nous sentons le poids immense d'une paretUe charge. Notre élévation ne doit nous servir qu*à nous ren^ dre plus humble. Nous ne voulons point que ni vouSf ni votre frère ^ ni aucun de vos parents veniez nous trouver sans notre ordre particulier^ autrement ils s'en retour* neraient confus et frustrés de leurs espérant ces. Ne cherchez pas à marier votre sœur plus avantageusement à cause de nous ; car nous ne pourrions Vapprouver ni rien faire en sa faveur. NéanwMins si elle épouse le fils d'un simple chevalier^ nous lui donnerons trois cents tournois d'argent (c'était environ cent cinquante livres de notre monnaie)» at vous vouiez monter plus haut n* espérez pas un denier de nous. Nous ne voulons pas que notre élévation porte aucun de nos parents â s'enfler'd^orgueil^ etc.
Clément IV donna ses premiers soins k l'affaiie du royaume de Sicile» comme la plus pressante pour la cour de Rome» et il disposa de cette couronne en faveur de Charles » eomte d'Anjou. Il tit expédier une bulle pour ce sujet [1265] ; il y déclare oue l'Eglise romaine est «n pleine liberté de dis-
f}ser de ce royaume. Ce prince étant arrivé Rome, y fut reçu avec une extrême joie et de grands- honneurs. Le Pape qui était toujours à Pérouse» envoya è Rome quatre cardinaux qui lui donnèrent Tinvestitiire du royaume de Sicile aTec l'étendard» devanl l'autel de Latran. Le nouveau roi ne fit pas de grands progrès le reste de cette annéet attendant son armée qui tenait |)ar leiTe»
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DlGTiONxNAlRE
composée de croisés et soudoyée des déciraes du clergé de France. Ensuite ]e Pape donna commission à cinq cardinaux de couronner Charles d'Anjou roi de Sicile, avec la reine Béatrix de Provence, sa femme. En conséquence, et après qu'ils eurent reçu, au nom du Pape, Tbommage-lige de ce prinqe, ils le sacrèrent et le couronnèrent le jour des Rois 1266.
Le roi Charles ne tarda pas à entrer sur les terres du royaume avec son armée, et rencontra celle de Mainfroi près de Bénévent. Là se donna une grand bataille, où les Français remportèrent la victoire. Mainfroi y fut tué sur la place. Les Français pillèrent Bénévent, quoique celte ville fût de l'Etat ecclésiastique, et le Pape en fit des reproches au roi Charles.
Pure dans ses intentions, mais inefficace dans ses résultats, fut faction polilic|ue des Souverains Pontifes , dont les inléiéis avaient cessé d'être en cause durant ces dernières phases des révolutions de la péninsule. Sans être à l'abri des infirmités qui accompagnent partout la natui'e humaine, ils ne se lassèrent pourtant pas de se montrer sévères contre les forts, médiateurs entre les égaux, défenseurs des faibles. Au moment même où les Français, maîtres de Naples, s'enivraient de la joie de leur victoire, la parole réprobatrice de Clément IV avait flétri leurs excès et prédit leur châtiment : 5t ^on royaume, écrivait-il à Charles d*Anjou, est cruellement dilapidé par tes agents^ c'est toi-même qu'on en accuset et à bon droitf puisque tu us rempli tes bureaiu: de voleurs enrichis. Ceux qui le servent cornmfttent des actions dont Dieu ne peut soute^ nîr la vue. Ils ne craignent pas de se souiller par des enlèvements et des adultères^ comme par des exactions et dee brigandages.
Assemblant des conciles, redressant les erreurs, poursuivant l'hérésie, Clément IV s'occupa activement des croisades, et surtout de la réunion de TEglise' grecque à l'Eglise romaine. C'est dans ce but qu'il écrivit à remperéur Michel Paléologue, en lui envoyant la profession de foi de l'Eglise latine. Après lajdéfaite de Mainfroi, Conradin prit le titre de roi de Sicile, y étant excilé par les princes allemands, ses parents ou auiis. Le Pape Clément défendit à qui que ce fût de le reconnaître, et déclara excommunié ce jeune prince ( il n avait que çiuinze ans ), aussi bien que ceux qui le favorisaient. Conradin lit cependant de grands progrès ; il s'avança jusqu'à Rome, où il fut reçu comme s'il eût été empereur, il passa ensuite djns laPouille, où le roi Charles vint pour s'opposer à lui. Il y eut une sanglante bataille; Conradin fut défait, pris et conduit à Naples, en prison avec plusieurs de sa suite. Charles assembla quelques jurisconsultes pour juger ces prisonniers, et ceux-ci les condamnèrent à mort, comme criminels de lèse-majesté et eiioemis de l'&slise. Charles donna la vie à Henri de CastilTe, et il eut la cruauté de laisser exécuter à mort le jeune Conradin et sou icottsin le duc d'Autriche; ils eurent la tête
tranchée, avec quelques autres, le 26 octobre 1268. On voit encore à Naples cette scène tragique, peinte à fresque sur les murs d'une chapelle bfltie sur l'endroit même .de l'exéculion. La murt de Conradin fut désapprouvée de toutes les personnes équitables, et rendit odieux le roi Charles, qui en fut repris fortement par le Pape et les cardinaux. Dans la même année, Clément IV, qui était toujours èTiterbe, y mourut le 29 novembre, après avoir tenu le Saint-Siège 3 ans et9mois. Ce Pape était d'une grande prudence, bon jurisconsulte, grand prédicateur, et prêchait souvent à Viterbe étant Pape. Sa vie était puro et austère, car pendant louo'temps, il ne mangea point de viande ; il couchait sur la dure et ne portait point de linge. Après sa mort, le Saint-Siège vaqua près de trois ans.
CLEMENT Vfut élu à Pérouse, le 5 juin 1305, et donna son consentement public dans son église cathédrale, le 22 juillet suivant. — Le décret d'élection fut porté par trois députés qui étaient en même temps chargés aune lettre par laquelle les cardinaux priaient instamment le Pape de venir à Rome prendre possession du Saint-Siège.
I^ nouveau Pape, Bertraad de Got, était né à Villandrdn,aanslediocèsedeBordeaux; il était de la première noblesse du pays, et fut fait évêque de Comtninges en 129(, par le Pape Boniface VIIL Quatre ans après, ce Pape le transféra à l'archevêché de Bordeaux,
au il possédait depuis près de six ans quand fut élu Pape. Le décret de son'éleclion lui fut présenté en son église cathédrale. 11 prit le nom de Clément V. Un mois après il partit pour se rendre à Lyon, où il manda auï cardinaux de se trouver. Il passa à Agen, à Toulouse, à Montpellier, où il fit quelque séjour, et où Jacques, roi d'Aragon, vint Ip trouver et lui rendit en personne, rhoronia^b pour le royaume de Sardaigne et de Corse. Cependant les cardinaux italiens ayant regu l'ordre du Pape de se rendre à Lyon, en furent mécontents , parce qu'ils avaient compté qu'il viendrait se faire couronner à Rome; mais ce couronnement se fit à Lyon, le ik novembre 1305, en présence du roi de France, de celui d'Angleterre, et d'un grand nombre de seigneurs français que le Pap avait priés de se trouver à cette cérémonie. Le cardinal Matthieu Kosso lui mit sur la tête la couronne qui avait été apportée de Rome à Lyon par un camérier du Pape. Ensuite Clément V retourna à son logis, a cheval, et portant la tiare . Le roi de France, en tête, le conduisit d'abord quelques pas par la bride, etensuitelesdeuxfrèresdu roi Charles de Valois, et Louis d'Evreux avec Jean de Bourgogne. Comme ce spectacle avait attiré une grand»^ foule de peuple, une vieille muraille, trop chargée de spectateurs tomba dans le mêoie moment que le Pape passait auprès : ce Poutife*fut renversé de son cheval sans être blessé; mais parmi ceux qui renvironnaieut, il y en eut douze tellement blessés, qu'ils^ moururent peu de jours après , entre autres le duc de Bretaj^ne. Charles de Valois fut
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DHS PAPES.
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aussi dangereuseineiK blessé, mais il n*en mourut |>A. A ta chute du Pape, la couronne tomba de sa lèle, et il s'en détacha une pierre précieuse. Le 23 novembre suivant, le Pape , célébra sa première Messe pontificale.
lu de ses premiers soins fut d'affranchfr l'KglisedeBordeauxdelaprimatiedeBourges et de créer dii cardinaux dont neuf étaient Français et un Anglais. Il parcourut successi- Dienl et presque sans interruption les différentes provinces de France, en expédiant néanaioios une multitude d*affaires avec lacliviié que Ton admirait particulièrement eu lui. Après avoir passé le fort de Thiver à Lyon, il voulut, dès le commencement de février 1306, retourner è Bordeaux. Il alla d*ab*)rd h Cluoy, accompagné de neuf cardioaux, et y demeura cina jours. Chemin faisant, il avait fait citer 1 archevêque de Cantûcbéry, dénoncé au Saint-Siège par le roi Kilooard. Ce prélat comparut è Bordeaux où le hpti interdit de ses fonctions jusqu*à ce qu'il se fût lavé des accusations intentées rootre lui. En son nom, le cardinal Napoléon Orsini paraissait à Bologne et dans Arezzo, chargé de terminer les discordes dont i:es deux villes étaient le foyer [1306J.
L*an 1307, et dans le temps qu il était à Poitiers, Philippe le Bel se rendit à cette villeavecsesqualre fils et d*autres seigneurs, f>ourjr conférer avec le Pape. Ce prince y réitéra la demande qu*il lui avait faite de condamner la mémoire de Boniface Vlll, et •le faire brûler ses cendres. Clément et ses cardinaux frémirent à cette proposition, et, ar le conseil du cardinal Prato, Clément prit a résolution de traîner la chose en longueur, atin de donner à la colère du roi le temps de s'apaiser. Il répondit qu*il était nécessaire d'assembler un concile général pour décider ane atl'aire de ce genre, et que ce concile se tiendraità Vienne eu Dauphiné. L'impatience (iePtiilippe ne s'accommodait nullement de ce parti. Ce Pontife révoqua toutes les sentences d'excommunication, d'interdit et d'autres peines (lortées contre Je Toi et son rrtjraume, contre les dénonciateurs et les accusateurs de Boniface et tous leurs complir ces, depuis le commencement du démêlé entre Boniface et Philippe. Déjà le 1'* février tle Tannée précédente 1306, Clément avait 'tunoô deux bulles en faveur du roi. Dans lune, il révoquait la constitution Clerids ^coi; par l'autre, il déclarait la constitution l^Aoïfi sMictam inca()able de porter aucun préjudice au roi ni au royaume de Praace. Enfin, par la bulle donnée à la conférence de Poitiers, le Pape Clément absout <iuillaume de Nogaret, qui ava.t arrêté Bo* nitace, à condition néanmoins qu'il se souuieiirait à la pénitence que lui imposeront trois cardinaux nommés dès lors à cet effet. Au printemps de Tannée 130B, Clément V alla k Avignon où les cardinaux le suivirent avec toute la cour de Rome : et c'est à cette époque que Ton doit compter le séjour des Paî)es k Avignon : ils y tinrent leur siège Kndaot soiianle et dix ans.
Lcvénement lé plus considérable du pon-
tificat de Clément, fut le concile général de Vienne, où fut aboli l'ordre des Templiers. Cet ordre était décrié depuis longtemps, à cause de sa mauvaise foi, de son indocilité et de l'abus qu'il faisait de ses privilèges. Dans la bulle de convocation du concile, le Pape dit , qu'il a appris avec douleur que cet ordre était tombé dans l'apostasie et dans des crimes abominables. Il y est dit encore, que Philippe le Bel, roi de France, lui a donné des instructions à ce sujet* qu'il ne l'a fait que par zèle pour la foi sans aucun motif d'intérêt, puisqu'il ne prétend rien s'approprier des biens de cet ordre ; Nous en avons interrogé^ dit le même Pape, jusquà soixante et douze, en présence de plu^ sieurs cardinaux : ils ont confessé que dans la réception des frères , relui qui est reçu renonce àJésus-Christ^ crache sur une croix qu'on lui présente^ et quil fait d'autres ac^ lions que V honnêteté ne permet pas de dire.
Mais il faut convenir aussi, quepourieur faire confesser ces crimes, on les appliquait à la question, et quVn les y tourmentait avec la plus grande cruauté : on doit ajouter encore qu'il y a une variété étonnante dans la manière dont les historiens racontent ce triste et célèbre événement. Quoi qu'il en soit, le Pape avait encore donné une autre bulle , pour ordonner à tous les évêques d'informer contre les Templiers qui se trouvaient dans chaque province, et il nomma des commissaires pour procéder contre tout l'ordre. Nous n'entrerons point dans le détail de cette procédure, ni du cruel sort des Templiers , aont soixante-huit périrent par le supplice du feu.
Le Pape, ayant donc quitté le comtat d'Avignon vers la mi-septembre de l'an 1311 , se rendit à Vienne , où il avait mandé la plupart des évêqués : il s'v en trouva trois cents, sans compter les aboés et les princes. L'ouverture du concile se fit le H octobre suivant. Dans la première session, le Pape fit un sermon dans lequel il expose les trois causes de la convocation du concile. Il se passa ensuite un an jusqu'à la seconde session , et on l'employa aux conférences sur l'affaire des Templiers. Dans la seconde session, qui se tint le 3 avril 1312, en présence du roi Philippe le Bel, de son frère et de ses trois fils , le Pape publia la suppression de l'ordre des Templiers c|ui avait subsisté 18% ans. On donna leurs biens aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelés aujourd'hui chevaliers de Malte, à l'exception des. biens situés dans le royaume de Castille, d'Aragon, de Portugal et de Majorque; car ils furent destinés à la défense, contre les Musulmans. A l'égard de la personne des Templiers, il fut réglé, que ceux qu'on jugerait innocents» seraient entretenus sur les biens de l'ordre ; que ceux qui auraient confessé leurs crimes, seraient traités avec indulgence, et les impénitents rigoureusement punis : que ceux qui auraient souffert la question sans avouer» seraient réservés et séparés des autres pour être ju^és selon les canons.
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Le Pape Clément V, avait mandé à tous les évêques, d*apporter au concile des Mémoires de tout ce qu'il convenait (ï*y régler pour le bien de l'Église. Nous avons deux de ces Mémoires : Tun de Guillaume Durand, évAqne de Mende* et Tautre d*un prélat dont on ignore le nom^ mais qui est un Ottvragedigne d'un grand évAque. Ce dernier proposait divers moyens pour le rétablissement de la discipline et le retranchement de plusieursabus : entreautres, la quanlilédes excommunications pourdes sujets légers, les voyages fréquents des ecclésiastiques à Rome, la quantité des bénéfices que la cour donnait aux ecclésiastiques, au préjudice des prélats qui sont sur les lieux, la pluralité des bénéfices, la vie déréglée des bénéficiers, la superfluité de leur table, le luxe de leurs habits, etc. Le Mémoire de l'évAque de Mende n'est pas moins remarauable. On termina dans ce concile, le célèbre différend de Philippe le Bel avec Boniface VIH. Le concile déclara que le Pape Boniface , dont Philippe le Bel avait toujours poursuivi la condamnation comme d'un béréti- 'que, avait toujours été Catholique; mais pour contenter le roi, le Pa{>e fit un décret |)ortant qu'on ne pqurrait jamais reprocher au roi, ni à ses successeurs, ce qu'il avait fait contre Boniface. Il confirma rétablissement de la fête du Saint-Sacrement, instituée iiarUrDain IV. Enfin, le concile fut terminé Je 6 mai 13 12, et le Pape retourna à Avignon.
Dès l'année 1307 , Clément donna une bulle pour remédier aux abus des commendes. Les Vénitiens s'étant rendus maîtres de Ferrare, et en ayant chassé les nonces du Pape, Clément publia contre eux une bulle foudroyante datée d'Avignon le jeudi saint 27 mars 1309. Les Vénitiens n'ayant pas obtempéré à cette bulle, elle fut mise à exécution par la force. On pré|)arait en ce monetit une croisade en Espagne. Le Souverain Pontife accorda selon la coutume Tindulgence comme pour la Terre-Sainte, à tous ceux qui iraient combattre les Arabes.
Au mois de mars 13U, Clément V fut at* taqué de la maladie dont il mourut; il voulut se faire porter à Bordeaux pour respirer l'air natal ; mais il mourut à Roquemaure, dans le diocèse de Nîmes, le 20 avril 131&, après avoir tenu Je Saint-Siège 9 ans et quelques mois.
CLEMENT VI. — Onze jours après la mort de Benoit XII, tes cardinaux élurent Pierre Roger, cardinal, qui prit le nom de Clément VI. Il était né au diocèse de Limoges. A l'Age de dix-buitans, il entra dans l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne, où il embrassa la règle de Saint-Benoît. De là il vint h Paris, et y fut reçu docteur à Tâge de trente ans; JeanXXIl le fit évêque d*Arras» Le roi Philippe de Valois l'admit dans son conseil, et le nt garde des sceaux. En 1329, il fut élu archevêque de Sens, et en cette qualité, il soutint les prétentions du clergé contre Pierre de Cugnières. L'année suivante.
il fut transféré k l'archevèdié de Roa^n , étant alors proviseur de la maison de la Sorbotme à Paris ; et enfin Benoît XU le flt cardinal. Ayant été élu Pape, le 7 mai 1342, il se fit couronner le jour de la Pentecôte. Jean, duc de Normandie , fils aîné du roi de France, Jacques, duc de Bourbon, Philippe, d«c de Bourgogne , Humbert , Dauphin de Vienne, et plusieurs autres seigneurs assis* tèrent k cette cérémonie.
Au commencement de son pontificat, Clément VI publia une bulle \\àr laquelle il promettait des grAces k tous les pauvres clercs qui se présenteraient sous deux mois. Il en vint un si grand nombre k Avignon, que Ton en compta jusqu'k cent mille, il fU en même temps quantité de réserves de prélatures et a'abbayes , regardant comme nulles les élections des chapitres et des communautés. Il fit la même année une promotion dedix cardinaux, dont neuf étaient Français et un seul ItaHen, établi en France.
Toutes les puissances envoyèrent oes ambassadeurs au nouveau Pape ; mais la députation que lui adressa le peuple romain, fui la plus solennelle. Elle était composée de dix-huit citoyens de chaque Etat; ils lui demandèrent trois choses. La première, qu'il acceptât les qualités de sénateur et de capitaine qu'ils lui offraient ; la seconde, qu'il vint k Rome, qui était son premier siège; la troisième, qu'il voulût bien accorder
Kur la cinquantième année le jubilé que niface Vlli, n'avait établi que pour la centième. Sur la première denriande, le Pape répondit qu'il acceptait les charges de la ville de Rome; k la seconde, il dit que quelque désir qu'il eût d'aller k Rome, il ne le pouvait alors. Mais il accorda la troisième, et publia la bulle UnigenUtM qui est du nombredesExtravagante${iG},LeFih unique de JWeu, dit -il, nous a acquiê un trésor infini de mérites auxquels se joignent eneore ceux de la sainte Vierge et de tous la saints , et il a laissé la dispensation de ce trésor à saint Pierre et à ses successeurs. Sur ce fondement, le Pape Boniface VIII, ordonna que tous ceux qui, l'an 1300, et tous les cent ans ensuite, visiteraient un certain nombre de jours les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul k Rome, obtiendraient la rémission de tous leurs péchés. Nous avons considéré, dit-il, que dans la Loi mosaïque que Jésus^Christ est venu accom' pUr spirituellement^ la cinquantième année était le Jubilé et la remise des dettes. Nous avons eu égard à la courte durée de la vie des hommes dont bien peu arrivent à cent ans ; et vo%Uant qu'un grand nombre participent à cette indulge$icef nous Vaccordons à tous le$ fidHes quif étant vraiment pénitents , et ayant confessé leurs péchés^ visiteront lee églises de Saint'Paul et de Sainte Jean de Latran, l'an 1350, et ensuite à perpétuité de SO en 50 aiu. C'est la première bulle qui coin|>are cette indulgence au jul)ilé de l'anci&nn^s Ijù'u
(16^ Ce sont les coasiîtutions des Papes, postérieures aux Clémentines; elles ont éié â'nsi appelées: ^uasi vagantes extra corifus juris canonici.
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DES PAPES
SM
Edouard III, roi d'Angleterre, lui a^ant crit pour le prier de laisser aux chapitres I liberté des élections, et de ne p]us nomler aux é?6chés de son royaume, le Pane tii répondit : Voue paraissez faire enlenare uil est permis à vos pnrlements d'ordonner uelque chose touchant les réserves et les pro^ isions des Ealises; que celles que fait le Saint- Hége dépendent de votre volonté^ et que vous iouvex à votre gré restreindre sa puissance, os conseillers ne doivent pas ignorer les eines canoniques portées contre ceux qui ont des règlements préjudiciables à la liberté xdésiastifiue. Ce ne sont pas les apôtres^ nais le Seigneur lui-même qui a donne à VE- ]\i$t romaine lajorimauté sur toutes les Egli* is du monde. &est elle qui a établi toutes les Ealises patriarcales , métropolitaines , :ûihéarales^ et toutes les dignités qui s'y trou^ mt. Cest au Pape Qu'appartient la pleine dUposition de toutes les Eglises^ personnatSp ofjicts et dignités ecclésiastiques. C'est en conséquence de ce droit, que Clément VI donna ta propriété des lies Canaries à un seigneur nommé Louis d'Espagne, qui la lui avsit demandée, parce qu'il voulait y établir la religion chrétienne, après qu*il en aurait fait la conquête. Celte donation montre que les Papes conservaient toujours les droits H>uYerains sur les tles marquées par Urbain II.
Une épidémie du Levant, apportée vers fanlS^en Italie par des marchands, s'é- Udi propagée les années suivantes, le nord 6 1 Europe perdit en plusieurs lieux les trois cinquièmes de ses habitants. Les ordres ftligieux, répondant à Tappel du Pape Cléftent VI, se levèrent de toutes parts, et vintmi à la rencontre du fléau. Le Pape se teingua par sa charité et ses bienfaits dans LlOe affreuse calaoaité. Dans la ville d*Avi- 0} en particulier, il prodigua les aumOeiious les pauvres furent secourus par ordre et à ses dépens. Il établit des iecins et des personnes pieuses pour cette De œuvre; et comme les cadavres rem-.
Ins&ieniles villes -et augmentaient la conloQ, il acheta pour la sépulture des morts terrain dans la campagne où il les faisait ^i«r \ ses frais. On y ouvrait des fosses [o^ el profondes ; on les y entassait, tou- Useosevelis décemment, et c'était encore ^spe qui avait voulu faire la dépense des •ires.
^^iément VI sVcupa activement de la
' We et étendit sa sollicitude au delà des
^^ de la Grèce, jusqu'en Arménie et
'Ma haute Asie. Il poursuivit Terreur et
'^^ie sous les mille formes qu'elle re-
'^Ulors. Il condamna entre autres les
Nlionsde Nicolas d'Aulicourt, membre
1 uifersilé, et celles de Jean de Mire-
^^t moine de Ctteaux. Le 19 mai 1347, il
^^!^m solennellement saint Yves de Tré*
''^^ qui éiaii mort quarante-auatreans au-
?^^«ui. Il reprit avec zèle le procès de
|-Mr«uf Loûig jq Bavière commencé par
* nt*e )ean XXII, et que n'avait pas ler-
^* « pacifique et modeste Benoit. Louis
^^«ÎIOW. DES PàPK».
de Bavière avait sollicité sa réconciliatioa dès 13U, et demandé h Clément une formule de soumission dont il pût être content. On lui en envoya une portant qu'il s'avouerait coupable de toutes les erreurs et des hérésies qui lui étaient imputées; qu*il renoncerait à son premier droit sur l'empire, et ne consentirait h régner que par la gr&ce du Pape; enfin qu'il se mettrait lui, ses enfants, ses biens et ses Etats à la disposition du Saint* Siège. Louis souscrivit à ces conditions et jura de les observer sans les révoquer jamais, et envoya des ambassadeurs qui, en consistoire public, firent le serment suivant la procuration qu'ilen avait donnée [13U]|. Hais cet acte de soumission n'ayant pas éié exécuté, Clément prononça l'année suivante d'une manière définitive contre l'empereur; puis, par une bulle terrible fulminée le jeudi saint 1346, il défendit à toute personne nonseulement de demeurer dans sa communion, mais de lui obéir en rien, de lui donner retraite et d'observer les traités faits avec lui.
Ce fut l'an 13&8 que le Pape Clément VI acquit de la reine Jeanne de Kaples, la souveraineté qu'elle avait sur la ville d'Avignon, comme comtesse de Provence. Cette princesse qui était alors fort mal dans ses affaires et attaquée par le roi de Hongrie, la lui vendit pour 80,000 florins d'or.
Go(nme le Jubilé de fa cinquantième année approchait, le Pape crut devoir en renou' vêler la mémoire, en envoyant partout sa bulle de Tan 1343, en ordonnant a tous les évèques de la publier dans leurs diocèses. Cette publication attira è Rome un concours prodigieux de pèlerins. L'ouverture du Ju-* bile se fit à Noël 1349 : le froid fut extrême cette année-là ; mais la dévotion et la patience des pèlerinsétaient telles que riennelesarrêtait. Les hôtelleries et les maisons n'étaient as suflisantes pour contenir les hommes et es chevaux. Toutes les rues étaient pleines. ' Les pèlerins faisaient des offrandes à chacune des trois églises qu'ils visitaient. Selon l'estimation qui en fut faite, on trouva que depuis les fêtes de Noël pendant le Carême et jusqu'à PAques, il y en eut sans interruption un million deux cent mille.
Sur la fin de l'année 1351, le Pape tomba malade, et mourut le 6 décembre 1352, après avoir tenu le Saint-Siéffe dix ans et sept mois. Son corps fut porte à la Chaise-Dieu où il avait été moine, et on y voit encore son tombeau.
CLEMENT VII. — A la mort de Grégoire XI, les cardinauis'asscmblèrentàRome au nombre de seize et choisirent pour Pape l'archevêque de Bari, Napolitain, qui prit le nom d*Urbain VI.— Foy. Urbaih VI.— Ils le proclamèrent, l'intronisèrent, le couronné' rent, et firent part de leur choix, qu'ilsdirent avoir été libre et unanime, aux cardinaux ab' sents. Cinq mois après les mêmes cardinaux s^assemblent à Fondi, petite ville du royaume de Naples. Là, ils défont leur pren^ierou* .vrage, rejettent l'élection d'Orbain comme ayant été faite par violence, et choisissent à sa place Robert, cardinal do Genève, qui prend
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}ë nom de Clément Vil» et qui va demeurer ^Avignon. Voilà donc la division introduite, Funité de TEslise rompue dans son chef, )e trône de Saint-Pierre brisé et partagé en deux. Les plus grands savants ne sont jamais parvenus à éclaircir nettement et avec •certitude quel est entre les deux le Pape Ijétfitiroe. Les narrations sont si contradictoires, que c'est une sorte de labyrinthe dont il est impossible de sortir. Cependant Clément Vil parait avoir plus de droits que son compétiteur. C*ei>t le sentiment des cardinaux français; parmi les cardinaux italiens eux-mômes, celui de Milan déclara, avant de mourir, dans un acte public, que Télection de l'archevAque de Bari avait é(é faite par violence, et que celle de Clément VU était la seule vraie et canonique. Mais la politique et l'ambition des princes divisèrent tous les royaumes de la chrétienté au sujet de ces deux Papes.
Robert était de Genève, d'une haute noblesse et allié à presaue toutes les familles souveraines. Il était a'un grand caractère, distingué par son zèle,* son activité, son éloquence, par une grande aptitude aux affaires et au travail, et il n*avaitque trentesix ans. Jamais choix plus heureux ne semblait avoir été fait. La France garda d*abord la neutralité entre les deux Papes. Après un mûr examen, les prélats d'Espagne se prononcèrent en faveur de Clément. Les deux compétiteurs se firent une lutte acharnée^ et. la mort d'Urbain VI allait mettre fin au schisme, si quatorze cardinaux, entraînés sans doute par le peuple romain, n'avaient élu pour nouveau Pape le cardinal Pierre Thomacelli du royaume de Naples, qui prit le nom de Boniface IX. — Yoy, Bo?)ifage IX. ^Nous n'entrerons pas dans le détail des tristes luttes de ces compétiteurs et des longs efforts faits de tous côtés et principalement de l'Université de Paris pour mettre fin à ce malheureux schisme. Qu'il nous suflise de dire que Clément VU, se voyant près d'être abandonné, fut frappé d'une apoplexie foudroyante, et mourut tout h coup le 16 septembre, 13% après un pontificat de seize ans.
CLEMENT VII, contemporain do François r% roi de France, et de Charles-Quint, empereur d'Allemagne. — Le conclave qui se tint pour donner un successeur à Adrien VI, fut rempli de cabales que les factions des Médicis et des Colonne occasionnèrent ; mais enfin après deux mois de débals, Médicis l'emporta, et fut élu le 19 novembre 1523 ; il n'avait que quarante-cinq ans. Il voulut prendre le nom de Clément VII, quoiqu'il y eût eu déjà un Pape de ce nom, mais dont la légitimité était contestée, comme on l'a vu dans l'article précédent. Il était fils deju- Jien de Médicis, qui avait été lue à Florence dans la conjuration des Pazzi, en U78. Son oncle Laurent eut grand soin de son éducation. Il fut d'abord chevalier de Rhodes et grand prieur de Capoue; mais son cousin qui fut élu Pape, sous le nom do Léon X, lui fit embrasser l'état eccléj^iastiquc. Il le nomma ensuite archevêque de Florence,
puis cardinal et chancelier de l'Eglise ro« tnaine. Après la mort de Léon X, Médicis gagna la confiance d'Adrien VI.
Dès le commencement de son pontificat, 11 donna une bulle pour réformer les ebus et arrêter les désordres qui régnaient à Rome et dans toute l'Italie ; il approuva l'institut des Capucins qui commençait & se former. Il envoya des missionnaires dans le Mexi-
3ue , conçut contre les Turcs de erands esseins et prit des mesures pour aonner guelque satisfaction aux Allemands, au sujet des cent griefs qu'ils avaient allégués, du temps d'Adrien, contre la cour de Rome. Il envoya le cardinal de Campége à la diète de Nuremberg; mais quelque mérite qu'eAt ce cardinal, cette légation produisit peu de fruit. Clément VII était consommé dans les aflaires. Nullement ami de la France, il se tourna du côté de l'empereur, et fit un traité avec lui, par lequel il s'obligea de le servir, à condition qu'il retirerait les troupes impériales des terres de l'Eglise et qu'on lui rendrait Regsio, moyennant 200 mille ducats. Mais il lut trompé pffr l'empereur, qui n'avait d'autre vue que ae désunir les Etals d*Italte; on reçut l'argent du Pape et on ne retira point les troupes.
Cependant les grands succès des généraux de Cnarles-Quint eu Italie faisaient craindre que ce prince ne s'en rendit entièrement le maître. Le Pape se ligua avec les Vénitiens contre lui. Quelques souverains d'Italie eutrèrent dans la ligue, de tfiôme que le ruî de France et celui d'Angle; erre, dans le dessein de chasser les impériaux de te pays; mais ces deux princes ne donnèrent point le recours qu'ils avaient promis.
Charles-Quint, alors en Espagne, informé de cette ligue, envoya Launay, un de ses généraux, qui entra dans TEtat ecclésiasti-
aue et y pritplusieurs places. Le connétable e Bourbon, mécontent de la France, et qui s'était jeté dans le parti de l'empereur, prit le château de Milan, et acheva de s'emparer du Milanais. Le Pape et les Vénitiensi ; près avoir attendu l'euet des promesses de François 1" et de Henri VIII, furent forcés de conclure une trêve avec l'empereur, et aussitôt après ils licencièrent leurs troupeSf et désarmèrent leurs galères. Le connétable de Bourbon n'eut aucun égard à ce traité. Comme il n^anquait d^argent pour la subsistance de ses troupes, il les mena vivre sur les terres du Pape, prit la résolution d'aller attaquer Rome , et d'abandonner au pillage de ses soldats cette ville si riche et SI puissante. Arrivé devant Rome, il fit demander au Pape un passage qui lui fut refusé comme il sW attendait; il présenta dès le lendemain 1 escalade au faubourg du Vatican ; mais dans le moment qu'il appuyait lui-même une échelle contre la muraille, il reçut un coup d'arquebuse qui le blessa à mort. Le prince d'Orange ayant pris le commandement, fit continuer l'assau t.Les soldats, animés par la mort de leur général, se portèrent avec la dernière fureur à toutes les alta'iueS| et après deux heures de combili
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)l8 forcèrent la muraille, et entrèrent dans U?illo. Clément.VU, voyant le faubourg du Vatican emporté, se sauva au château Saint- Ange. La plupart des Romains se refusièrantdans leurs maisons, où il croyaient être en sâreté ; ils pouvaient en effet espérer que des soldats chrétiens, et même en certain nombre catholiques^ auraient quelque égard pour la capitale du monde chrétien et le cealre de la religion. Mais les Espagnols furent les premiers à égorger les Romains. Ils entrèrent dans une rue, où ils tuèrent trois mille hommes avec une barbarie sans exemple. Nous n*efitrerons point dans le détail de toutes les cruautés et de toutes les infamies qui se comipirent dans le sac de Rome. On est saisi d*borreur quand on Ulce qu'en ont écrit les historiens. Qulii nous safBse de dire que les impériaux se portèrent ï tous les excès qui sont le malheureux par* tagedes villes prises d*assaut. Toute I Bu« rope frémit en apprenant que Rome avait été inhumainement saccagée et que le Pape était assiégé dans le chAteau Saint-Ange.
Pendant ce temps, Charles-Quint, qui d'un seul mot pouvait rendre au Pape la liberté, faisait faire des processions pour implorer la miséricorde de Dieu sur les maux de TEglise, et affectait une affliction sensible de la captivité du chef des pasteurs. Il assurait que ces attentats s'étaient commis non-seulement sans son aveu, mais contre ses intentions et contre ses ordres. Mais il s'en fallait liien que de sa part les effets répondissent aux paroles. En effet, le siège du château Saint- Ange continuait sans qu'il voulût ordonner de le faire cesser.
Cependant Clément Vil souffrait beaucoup dans le chAleau Saint-Ange ; il y manquait de vivres, et, n'ayant plus d'espérance d Aire secouru, il fut forcé de traiter avec les im*> pénaux ; il ne put avoir la paix qu'en s'obligcant h leur payer 400 mille ducats, à leur ItTrer le chAteau Saint-Ange, à leur faire rendre Parme et Plaisance, à leur livrer les Tilles d^Ostie, de Civita-Vecchia et de Cilta-» lii-Castello. Malgré ces sacrifices, on no s'obligeait point a lui rendre la liberté, mais ou devait le conduire à Gaëte, en attendant que Ton sût ce que l'empereur avait déterûiiué relativement à sa personne et à celle des cardinaux, et qu'on eût reçu de lui la raiiQcation du traité; en sorte que ce Pontife demeurait toujours prisonnier des impériaux, et sa liberié dépendant des conditions qu'il n'avait pas le pouvoir de remplir, i^s étaient toujours maîtres de sa personne. Il envoya aux commandants des places quMI s'était obligé de remettre, ordre de les livrer; mais pas un d'eux ne voulut obéir. On lui demandait Targent qu'il avait promis» et qu'il n*avait point. Cet embarras l'exposait à tontes les insultes d'une soldatesque sans respect pour sa dignité; car un grand nombre étaient luthériens.
Mais enfin Tarmée de Fr^nce, composée de trente mille hommes, que François V\ touché du sort du Pape, avait envoyée en Italie, Glatit entrée dans l'Etat de TEglise, les iui-
Eériaux virent qu'ils allaient être forcés d'aandonner Rome , et Hugues de Moncade reçut ordre de conclure un accommodement avec le Pape. Clément VU promit, 1* de payer 05 mille ducats le jour qu'il sortirait dttchflteau Saint-Ange, ot200mille trois mois après ; 2* de renoncer à la ligue faite contre l'empereur, et de ne point se déclarer contre lui en ce qui concernait le Milanais et le royaume de Naples. Moyennant ces condi* tions, on convint qu'il serait mis en liberté. Le Pape n'ayant plus rien è ménager, gagna le chancelier Moroné, en lui promettant le duché de Modène pour son fils, et se concilia le cardinal Colonne» qui avait été son plus grand ennemi, en lui promettant la légation de la Marche d'Ancâne. A la faveur de cette négociation, il réussit à se sauver, déguisé en marchand, et se retira à Orviette.
A peine Clément VII était en liberté, que le roi d'Angleterre lui fit demander l'approbation de son divorce avec Catherine d'Ara-
on, pour épouser Anne de Boulen ; mais le ^ape refusa de se rendre aux sollicitations de Henri VIII', qui en elles-mêmes étaient iniques. Quelque temps après, Clément eut une entrevue avec l'empereur à Bologne. La paix de l'Italie fut le principal objet ofe leurs conférences , et cette paix fut signée. Ce fut dans une de ces conférences aue l'empereur, qui venait do faire un traité ae (Uiix avec les protestants, demanda au Pape la convocation d'un concile général. Le Pape y consentit, mais à des conditions qui ne furent point acceptées par les princes prolestants» assemblésàSmalkaldepourdélibérersur cette affaire.
En 1533, il eut une entrevue avec François I*' à Marseille , où il avait conduit lui-même sa nièce Catherine de Médicis qui devait épouser Henri, duc d'Orléans, second fils de François I". La cérémonie du mariage fut faite par le Pape, qui partit ensuite de Marseille à la fin de novembre. Vers le même temps éclata l'affaire du divorce d'Henri VIII. Clément évoqua è Rome cette affaire. Henri, résolu de se porter aux derniers excès et tranchnnt la difiiculié, épousa secrètement Anne de Boulen. En même temps il travaitlait sourdement à persécuter le clergé de son royaume ; il faisait agir le parlement contre les droits les plus constants de l'Eglise» enlevait aux Papes le denier de saint Pierre, les annates , le prix des expéditions et des redevances apostoliques. Le même statut déclarait nulles les censures que le Pape pourrait lancer contre le roi et contre se^ sujets, défendait expressément d'interjeter aucun appel à Rome, supprimait le serment que les nouveaux évêques prêtaient au Pape» et décidait que si le Pape refusait des bulles pour les évêchés, les évêques seraient sacrés par quelque archevêque» et ceux-ci par deux évêques au choix du roi. A la nouvelle de tous ces attentats contre la liberté de l'Eglise^ Clément Vil se plaignit à Henri VIIU lui exprima son extrême douleur de tous ces Si-audales, et le conjurait de renvoyer Anne do Boulen. Ce nest pas sans ms faire t?to(cni<k
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dil le Pâpc, en iinL^sant son bref, ouef en vieni û tes tristes extrémités. Plût à Dieu quil ne s*agit plus que de mes intérêts temporels! Yous en 'seriez bientôt Varbitre absolu» Mai» il y va de la gloire de Dieu, de r édification de rÉglise, démon propre sort pour riternité, et ie suis contraint, maigre moi, d'appliquer le fer à une plaie Qu'on ne peut plus guérir au» trement. Henri Vlll répondit injuneusemenl au Pape» qui n>n mit que plus de longanimité dans cette affaire. Il fit oiéme exami*neren plein consistoire la demande nouvelle que formait ie roi d'Angleterre, de ne point comparaître à Rome, comme le délai fixé pour comparaître et pour envoyer procuration allait expirer y le Pape nt encore de nouvelles tentatives pour fléchir le prince, et lui adressa en même temps de nouvelles propositions. Enfin, à bout de patience, ayant épuisé toutes les voies de concilialion, te Pape assembla son consistoire le 23 mars \^k. L'affaire étant instruite, on déclara la nullité du mariage de Henri. Le Pape fit aussitôt dresser la sentence qui réprouvait l'union de ce prince avec Anne de Boulen, et lui ordonnait, sous peine de censure, de reprendre Catherine d Aragon, sa légitime épouse. On y mit ensuite le dernier sceau en la publiant avec les solennités ordinaires. Ici, comme partout et toujours, la papauté se montrait gardienne inflexible de la morale, de la sainteté du mariage et de la famille.
Henri Vlll ayant appris les procédures faites contre lui à Rome, et le mauvais succès de toutes ses négociations, ne garda plus de mesures dans son ressentiment, et exécuta la résolution qu'il avait prise de se soustraire à l'autorité du Pape, clément VU ne survécut pas lon;^terpps à cet événement, car il mourut le 10 septembre de la même année, après 10 ans de pontificat , et à l'Age de 56 ans.
CLEMENT Vin,successeurd'Innocent IX, et contemporain de Henri IV, roi de France, etdeRodolphe II, empereur d'Allemagne, fut élu le 2 janvier 1592.— Il avait 56ans,étaitné è Fano, sur les confins de la mer Adriatique , d'une famille noble (Aldobrandinij: il s'était déjà acquis beaucoup de réputation par sa vie exemplaire. Après la cérémonie de l'adoration, il se prosterna à terre, et demanda à Dieu de lui ôter la vie, si son élection no devait pas être avantageuse à l'Eglise. II confirma par une bulle authentique les constitutions apostoliques , et les décrets du concile de Trente. Le nouveau Pape apporta dons Texercicede sa dignité l'activité la plus exemplaire. Les séances commençaient de bon matin, les audiences après midi; toutes les informations étaient reçues et examinées, toutes les dépèches lues et discutées; tes raisons de droit étaient recherchées, les cas antérieurs comparés. Le Pape se montrait souvent mieux instruit que les référendaires qui faisaient les rapports; il travaillait avec tout autant d'assiduité qu'auparavant, lorsqu'il était simple auditor di nota ; il ne consacrait pas moins d'attention aux détails de Tadmiuistration intérieure de l'Etat, aux re-
lations personnelles , qu'à la politique eu* ropéenne et aux grands intérêts du pouvoir spirituel. Quand on lui demandait où il trouvait son plaisir, il répondait: A tout ou à rien.
Malgré toutes ces graves préoccupations, il ne se serait pas rendu coupable de la plus légère négligence dans l'accomplissement de ses devoirs religieux. Tous les soirs, Baronius entendait sa confession ; tous les ma* tins, il célébrait la Messe. Dans les premiè* res années de son pontificat, douze pauvres mangeaient toujours à midi avec lui, dans un de ses appartements, et il ne donnait rien aux plaisirs de ia table; de plus, il jeûnait le vendredi et le samedi. Quand il avait travaillé pendant toute la semaine, sa récréation du dimanche consistait h faire venir quelques moines pieux, on les Pères de ia Yaticella^ afin de converser avec eux sur quelques profondes questions religieuses. La renommée de vertu, de piété, de vie exemplaire dont il avait joui jusqu'à ce jour, s'accrut extraordinairement par cos austères habitudes, conservées sous la tiare. C*est cette renommée même qui augmenta ia considération de son pontificat. En tout, ce Pape procédait avec une circonspection très^éclairée. Il aimait le travail, et c'était précisément une de ces natures qui acquièrent de nouvelles forces par le travail. On ne remarquait jamais dans sa personne que la plus parfaite convenance, des manières qui s'accordaient avec l'idée d*un homme bon, pieux et sage.
Au commencement de son pontificat, il se laissa prévenir contre le roi Henri IV par les Espagnols et les ligueurs; mais ce prioee ayant envoyé à Rome d^Ossat et Duperron, pour faire confirmer par Clément VIII l'absolution qu'il avait reçue à Saint-Denis, ce Pape, à qui ils présentèrent une requête, parut assez bien disposé : il avait découvert par quels motifs les Espagnols se donnaient de SI grands mouvements pour empêcher cette réconciliation. Le Pontife s'entretenant avec Séraphim, auditeur de Rote, sur la re-
auête qui lui avait été présentée de la part u roi de France, le pressa de lui dire ce qu'il pensait. Sa réponse fit impression sur le Pape, et acheva de le déterminer. Il chargea les cardinaux d'examiner cette affaire; il ordonna des processions et des prières pour implorer les lumières du Ciel ; enfin, il déclara en plein consistoire que l'avis du plus grand nombre était que l'on accordât la réconciliation au roi de France. Il traita ensuite des conditions avec d'Ossat et Duperron; mais ceux-ci en rejetèrent (ilusieurs, ils en modifièrent d'autres, et l'accommodement fut enfin conclu.
La cérémonie de l'absolution du roi fut fixée au 17 septembre; elle se fit avec beaucoup de solennité. On avait élevé dans la place de l'église de Saint-Pierre une estrade sur laquelle était un trône destiné pour le Pape, qui fut assisté de tous les cardinaux, d'un grand nombre d'évê.]ues et d'ofliciers de la cour de Rome. Tous étant assis, d'Os-
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sat et Duperroh se prosternèrent aux pieds du Papef et lurent la requête présentée au Doro du roi. Après que les procureurs de ce prince eurent juré que Henri IV.rendrait au Pape Tobéissance telle que les rois trèschrétiens l'i lui avaient rendue, et qu'il garderait inviolablement la foi, un assesseur'de rioquisition lut tout haut le décret du Pape, qui déclarait le roi absous de toutes les censures qu'il ayait encourues. Après cette première cérémonie , on lut la pénitence que le Pape imposait au roi; les procureurs Tayanl acceptée, ils se prosternèrent encore aui pieds du Pape, qui les frappa légèrement d'unt) baguette, h Timilation de la verge par laquelle les Romains affranchissaient les esclaves; ce qui est marqué dans le Pontificat, pour signifier qu*on rend la liberté chrétienne à ceux qui sont liés par les censures. Pendant ce temps-là, on chantait le psaume Miierere, après lequel le Pape se leva, récita debout les prières qui sont dans le Pontifical; s*étant ensuite remis sur sou trône, il élera la voix, et déclara qu'il donnait, par l'autorité du Tout-Puissant, par celle des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par la sienne, è Henri de Bourbon, roi de France, l'absolution des censures ecclésiastiques )iour cause d'hérésie. Aussitôt les portes de l'église furent ouvertes aux deux procureurs, et le Pape leur dit : Vous manderez eu roi^ votre maUre, que maintenant que je Ui ai ouvert la porte de VEgiiee militante fur la terre^ c*est à lui à mériter par une foi tfre, par des eBuvres de piété, d^entrer un jour dans f Eglise triomphante du ciel. La cérémonie finit par le chant du Te Deum.
L'an 1597, le duché de Ferrare retourna au Saint-Siège, faute d'héritiers légitimes, par la mort du duc Alphonse II, le dernier prince légilioie de la maison d'Esté. Ferrare était du nombre de ces terres que la comtesse Hathilde, fille et héritière de Palnée do la maison d'£s te, donna au Saint-Siège par vé- Déraiion pour le Papa Grégoire Vil. vers le niéoie temps, Clément VIU avait conçu le desseindecouclure une liguedes princes catholiques contre les Turcs; et dans cette vue, il voulut être le médiateur entre la France et l'Espagne pour la conclusion de la paix de VerTÎns, et cette paix se fit Tannée suivante.
Deux ans après, la reine Marguerite, femme de Henri IV, présenta requête au Pa|)e, du consentement de ce prince, pour demander la nullité de son mariage, attendu qu il y ffvait eu défaut de consentement et une contrainte manifeste, diversité de relil^tou et parenté au troisième degré. Le Pape avant nommé des évoques pour juj^er cette atTaire, les juges déclarèrent le mariage nul «"t non valablement contracté, et permirent aui parties de se marier ailleurs. Le Pape confirma la sentence.
L*année 1600, Clément VIII travailla à réconcilier Henri IV avec le duc de Savoie. <> dernier, après avoir promis la restitution 'iu marquisat de Saluées, la refusa : ce qui cuotroignii le roi à lui déclarer la guerre ;
mais le Pape vint à bout de procurer la paix.
La nouvelle doctrine de Molina, Jésuite espagnol, sur les matières de la grâce et de la prédestination , ayant été taxée de pelagianisme par les Dominicains, occasionna de grands troubles en Espagne. Le Pape Clément VIU, en étant informé, donna un bref par lequel il se réservait la connaissance de cette affaire ; et il imposa silence aux deux parties sur les matières contestées. Mais la dispute devenant plus vive, il établit les célèbres congrégations dites De auxilixi, parce que Ton y examina la nature des secours que Dieu donne à l'homme pour faire le bien.
Elles durèrent environ neuf ans, sous les Papes Clément VIII et Paul V. Ce fut dans le troisième examen que Clément VIII s'éleva avec force contre la doctrine de Molina. Il l'accusa de nouveauté, comme s*écartant de celle des saints Pères , et le réfuta par des passages tirés de l'Ecriture sainte, de saint Augustin et de saint Thomas, Il pré* sida à la congrégation du cinquième eiâmen, et l'ouvrit par un discours ou jl représenta avec force aux novateurs le tort qu'ils avaient de troubler l'Eglise, en renouvelant des erreurs que l'Eglise avait condamnées douze siècles auparavant; il leur reproclia d'avoir abandonné les saints Pères, pour suivre des auteurs sans nom. Ce fut à cette occasion qu'il reprocha à Vatentia d'avoir osé en imposer au Souverain Pontife, en attribuant à saint Augustin un passage qui ne se trouvait point dans les OEuvres de ce Père. La dessein de Clément VIU était de
Eublier une bulle contre la doctrine de lolina; mais la mort l'empêcha d'exécuter son dessein. Il fut attaqué d'une fièvre qui remporta le 5 mars 1605, dans la quatorzième année de son pontificat. On loue, avec raison, 1 affection qu'avait ce Pape pour les savants, et sa bonté avec tout le monde.
CLÉMENT IX. -- Un mois après la mort d'Alexandre yil, Jules Rospigliosi, cardinal du titre de Saint-Sixie, fut élu Pape, le 20 juin. 1667, sans avoir brigué ni recherché cette éminenle dignité. Il prit le nom de Clément IX. Sa famille était une des plus considérables de la ville de Pistoie en Tos* cane. Il était né dans cette ville Tan 1600; il occupa divers emplois considérables. Urbain VIII, qui avait beaucoup de discernement dans le choix des sujets, le fit auditeur de la légation du cardinal Barberin, son neveu, en France. Comme il fut fort satisfait de sa conduite, il l'envoya nonce en Espagne, oCi il exerça pendant onze ans cette charge. Après la mort d'Innocent X, le collège des cardinaux le nomma gouverneur de Kome, Alexandre VII le créa cardinal, lui donna ensuite la charge de secrétaire d'Etat, d'où il fut élevé sur le Saint-Siège. Il avait uu grand fond de probité, beaucoup de littérature et de goût pour la poésie; enfin, un caractère propre a se (aire aimer do tout lu monde. Il possédait à un haut degré lu
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pureté des mœurs, la modestie et la mode* ration.
Jusqu'à eette époque, à chaque avènement de Souverain Pontife, les fonctionnai^ res étaient changés en totalilét on du moins en grande partie. Clément IX abolit cetusage; ne voulant mécontenter personne, à rexce|>lion d*un petit nombre d'emplois élevés, il conserva tous les fonctionnaires. Il déploya aussi cette générosité par laquelle les Papes avaient coutume de signaler leur aténement au trône; il alla même, sous ce rapport, extraordinairement loin : car dans le premier mois de son ràgne, il distribua des présents pour plus de 600,000 scudi. i
Les commencements de son pontiGcat firent connaître ce qu'on pouvait attendre de lui. Il déchargea d'abord les peuples de l'Etat ecclésiastique, des tailles et des autres subsides, employa la plus grande partie de ses revenus pour envover des secours à Candie, contre les infidèles. Il supprima quelques ordres religieux peu utiles a l'E*; glise, qui étaient tombés dans le relâche-' ment, ce qui procura de l'argent pour le même olnet. Il ne voulut point enrichir sa famille, n était toujours en garde contre les discours artificieux que les flatteurs lui te*, naient k cet égard. Cette modestie de Clément IX était relevée par un amour sincère de la paix. Celle qu'il procura à l'Eglise de France, troublée par les disputes concernant le Formulaire^ fut l'événement qui signala le plus son pontificat
Nous avons dit plus haut qu'Alexandre VII, 8on prédécesseur, avait donné un bref por-, tant commission k neuf prélats de faire le,
Ïrocès aux quatre évèques qui, dans leurs' landements pour la signature du Formu^ lain^ avaient distingué le fait et le droit Dès que Clément IX fut sur le Saint-Siège, on se hâta de le prévenir ; on lui fit entendre qu'il était de l'honneur du Saint-Siège' de Mre exécuter tous les décrets qui eu étaient émanés, particulièrement celui de son prédécesseur contre les quatre évèques. On l'engagea ainsi k donner de nouveaux brvfe contre eux } mais dans le même temps l'archevêaue de Sens (Gondrin), qui avait recoBDU dans le nouveau Pape oes qualités ; propres k le faire entrer dans un accommodement, entama une négociation auprès du , Doooe Barginelli, qui était arrivé depuis peu en France. Il lui représenta vivement combien il serait glorieux k Sa Sainteté de pacifier l'Eçlise de France; il ajouta qu'on a y trottverait aucune dlfiiculté, i)ourvu qu'on il*eiigeât rien des prélats, qui pût blesser leur eonscience ou leur dignité. Ensu>te s'étant joint k l'évêque de Châlons (Félix Vialart), ils dressèrent une lettre commune ponr Sa Sainteté, destinée k justifier les quatre évêaues , et k le conjurer de donner la paix k rÈglise. Dix-neuf évêqucs dont la vertu et la réputation étaient connues, se réunirent k eux, signèrent cette lettre, et l'envoyèrent au Pape. En même temps, ils en adressèrent une au roi, dans le même but.
L'intervention de ces dix-neuf évtqoM, qui élevèrent la voix pour la défpnsadeiears confrères, fut ce qui décida surtout 1» cour de Rome à se prêter k un accommodemenl On souhaitait, en Fraqce, devoircetteaffaire terminée ; le Pape le désirait de son cèté. Ces raisons engagèrent Sa Sainteté k écouler les propositions qu'on lui fit. Ces proposi* tions furent que les quatre évèques, nnn révoquer leurs Mandements, feraient faire une nouvelle signature par des procès-ver* baux qui demeureraient dans leurs greffes, et qu'ils écriraient au Pape une leuredi* soumission, ce qu'ils exécutèrent. Dans c^s procès-verbaux on distinguait le fait da droit. Clément IX en eut connaissance par le moyen des prélats médiateurs. Dès le S décembre, l'évêque de Châlons, le seul des prélats qui était k Paris, donna une déclara* tioR par laquelle il attestait que les quatre évèques avaient agi de bonne foi. Cette déclaration fut remise au nonce, qui l'envoya au Pape. Les archevêques de Sens et de Rouen, et l'évêque de Laon, écrivirent en même temps k Sa Sainteté, pour lui certifier la même chose : « Après quoi, > dit le cardinal Rospigliosi dans sa Relation^ « Sa Sainteté, crut devoir demeurer persuadée que les quatre évèques avaient rendu uoe obéissance entière et souscrit le Fermti/airf avec toute sincérité : c'est pourquoi se te* nant satisfaite, elle résolut de leur rendre ses bonnes grâces et de les honorer d*no bref. »
Ce bref était daté du 19 janvier 1669. Qé* ment IX y mande, aux quatre évèque«, au'ayant reçu les lettres par lesquelle» ils 1 avaient assuré (}u'ils avaient souscrit sio* cèrement, et fait souscrire le Formuiatri , d'Alexandre Vil» néanmoins, k l'occasion de j certains bruits qui avaient couru, il antt cru devoir aller plus lentement dans cette affaire : Car^ dit-il, nous n*aurion$ yoMn QdmiSf à cet égards m exception ni reitrir^ (ion quelconque^ étant tris- fortement attatkê . xux constitutions de nos prédécesseurs. Puis il ajoute : Que présentement^ après les a$s*' rances nouvelles et considérable^^ qui /»• sont venues de France^ de la vraie ei parhù* . obéissance par laquelle ils ont souscrit le Ffirmu/atVe, outre qu'ayant condamné^ sans an* ' cune exception nirestrictionf tes cinqprep^* sitionSf selon tous tes sens dans lesquels etln sont condamnées par le Siège apostolique^ l'/i sont tris-éloignis de vouCoir renouveler n cela les erreurs oue ce même Siège ^ o ro<* damnées: il veut bien leur donner une mdrfte de sa bienveillance paternelle. Le Pape àdn^^ des brefs au roi et aux prélats médiateurs* oii il s'exprima dans le même sens, touchât l la signature des quatre évèques. Le roi» satisfait du succès de la négociation, annoovi lui-même la paix ; pour en conserver le souvenir, il fit frapper une médaille («ortant cette devise : Ob restitutam Ecctesist eontor* diam.
Clément IX apaisa aussi les différends qui existaient en Portugal, et donna des éiè]* «^ k ce royaume oui eu demandait depuis I ^i'
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temps ; il envoya du secours h Candie, et en procura de la part de la France. Mais tous ses sûios ne purent empêcher la prise de cette place par les Turcs. Le Pape mourut le 9 décembre 1669, dans la troisième année de son pontificat.
Clément IX fut un des plus dignes Papes qoe TEgliseait eus depuis longtemps. II laisait d'abondantes aumônes» visitait les hApltaai, donnait audience k tout le monde. Il cherchait sans cesse Toccasion d*obliger la France, et allait au-devant de tout ce qui poQTaît être avantageux k ce royaume.
Il canonisa » durant son pontificat , saint Pierre d*Alcantara, religieux de Saint- Fraoçois, et sainte Madeleine de Pazzi, Carmélite.
CLEMENT X. *- Onze jours après la mort de Clément IXt les cardinaux entrèrent au coDclare. Ils étaient divisés en cinq çu six factions, qui, pendant quatre mois, ne purent s'accorder sur Télection d*un Pape.
Eofifl les factions de Cbigî, de Barherini et de Rospigliosi s*unissant ensemble, firent donner cinquante voix è Emile Altiéri, qui avait 80 ans. Il fut ainsi élu le 29 avril 1670, et prit le nom de Clément X. Ce Pape était d'une fanaille de Rome des plus anciennes. Qui allait de pair avec celle des Colonne. Il iuld*ahord envojré nonce à Naples par Ur-« bain Vlll; ensuite il fut dépouillé de cet emploi par Innocent X, qui lui ôta môme tous ses biens. Alexandre VII lui conféra la nonciature de Pologne, et rétablit ainsi ses affaires. Clément IX le fit maître de la cham-* bre, et le créa cardinal.
Il eut pour premier ministre Paluzzi, fait cardinal par Alexandre VII. Il attaqua le premier les franchises, dont les ambassadeurs jouissaient à Rome, sous prétexte des fraudes qui se commettaient a cette occasion ; il rendit une ordonnance contre Texemiition des droits d'entrée dont les ambassadeurs jouissaient. Ceux-ci s'en plaignirent bautemeul, et firent de grandes menaces au nom de leurs souverains; mais aucune des couronnes intéressées ne témoigna son ressentiment, celles de France et d'Espagne ne voulant point alors se brouiller avec le I^Ape« à cause de la guerre qu'elles se faisaient l'une à Tautre. Clément X reçut un ftml)assadear de Moscovie ou de Russie, qui Tenait proposer une ligue entre les princes chrétiens, pour secourir la Pologne contre les Turcs, avec des offres maguifiques en faveur de ce rojrauroe. Cet ambassadeur s'en ret'mrna mécontent de ce que l'on avait refusé i son maître le titre d'empereur qu'il voulait avoir, et que les puissances de l'Europe lui ont accordé depuis. Le Pape mourut accablé de vieillesse, le 22 juillet 1676. On lui rend la iustice d'avoir été fort pacifique au milieu Je la guerre, qui était alors allumée dans toute l'Europe ; il favorisait les Fran- V^is, sans néanmoins choquer les Autrithiens. Il se fit aimer par sa douceur et sa Unté. Sous son pontificat, Louis XIV ne cessa d'empiéter sur le pouvoir spirituel. Il cunfisca, de sa propre autorité, des biens ec*
clésiastiques ; réclama le droit de mettre des pensions militaires à la charge des bé* néfices de l'Eglise; et chercha à étendre à des provinces, dans lesquelles ce privilège n'avait jamais existé, le droit de jouir des revenus d'un évèché pendant sa vacance, et de conférer les bénéfices qui en dépen* daient, droit qui est devenu si céîèbre sous le nom de régaU.
CLEMENT XL— Les luttes furent assez vives dans le conclave qui se tint après la mort d'Innocent XII : mais enfin toutes les factions se réunirent en faveur du cardinal Albani, qui donna à cette occasion un grand exemple de modestie ; car il refusa pendant trois jours de se rendre au choix qu'on avait fait de sa personne. Il pria, pleura et conjura les cardinaux de tourner leurs yeux ailleurs : il se rendit à la fin, et prit le nom de Clément XI. Il n'avait que 51 ans, et fut élu le 23 novembre 1700.
Jean-François Albani, était né en 1650, d'une famille distinguée, dans l'Etat d'Urbin. 11 s'appliqua de bonne heure aux sciences ; il y fit des progrès. Comme il avait l'esprit gai et agréable dans la conversation, il se fit aimer surtout du cardinal Otloboni, qui , devenu Pape sous le nom d'Alexandre VII, le fit secrétaire des brefs, puis peu après cardinal. Innocent XII l'employa dans les affaires comme un homme habile. Les commencements de son ponlificat furent applaudis de tout le monde. Il déclara d'abord au gouverneur de Rome, et aux principaux ouicierK, que son intention était que la iustice fût exercée avec la dernière exactituae ; il voulait tout voir, tout ordonner sans se fier entièrement à ses ministres.
Clément XI pouvait être considéré comme un élève, comme un fidèle représentant de la cour de Rome qu'il n'avait jamais quittée. Ses mœurs affables, ses talents littéraires , une vie irréprochable lui avaient acquis l'estime sénérale. Il avait su conserver l'affection des trois derniers Papes, en se rendant nécessaire à eux malgré la différence de leurs caractères. Il s'éleva, par une habileté exercée, toujours utile, jamais incoipmode. En reprenant, dès son avènement, les quesr lions juridictionnelles avec une nouvelle ardeur, il ne fit que se soumettre à l'opinion publique.
11 faut avouer que Clément XI parvint au pontificat dans des circonstances fort épineuses. La France était résolue à maintenir la disposition du testament de Charles II, roi d'Espagne, qui appelait le duc d'Anjou, pe^ tii-fils du roi de France Louis XIV, à la succession^ è la couronne. D'un autre cOté, la maison d'Autriche ne voulait rien épargner pour élever sur le trdne d'Espagne, Varchiduc Charles, qui fut depuis empereur, sous le nom de Charles VI. Le royaume de Naples et le Milanais, faisant partie de la monarchie espagnole, devenaient par là le théâtre d*une
Suerre sanglante, ce qui jetait le Pape dans e grands embarras. On le pressait de se déclarer; et il n'osait, dans la crainte do compromettre la gloire et la liberté do TE*
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DIGTIOMNAIRB
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glUe. Il aurait bien voulu oontenter Tempereuf et le roi de France; mais il ne pouvait en venir à bout. Cependant Tempereur ayant fait passer des troupes en Italie, le Pape lui écrivit un bref pour lui offrir sa médiation dans celte guerre; mais ce bref ne produisit aucun effet. Il témoigna alors son inclination pour la France, et déclara qu'il n'accorderait point l'investiture du royaume de Naples» que la paix n*eût décidé en faveur de l'un ou de l'autre concurrent.
En 1703, Tinoodation du Tibre et plusieurs secousses de tremblements de terre remplirent d'effroi la ville de Rome. Le 2 février, dans le temps que le Pape était au Vatican où il tenait chapelle avec les cardinaux, les secousses furent extrêmement violentes et durèrent quinze minutes. Les plus jeunes et les plus dispos des cardinaux sortirent du lieu et abandonnèrent le Saint«Père, qui resta avec les plus vieux, les mains en croix sur la poitrine, attendant le moment d'Atre enseveli sous les ruines du palais. Enfin, le danger étant passé, le Saint-Père et plusieurs cardinaux exercèrent leurs charités envers les familles ruinées par ce terrible événement. Clément XI s'appliqua ensuite à réformer un grand nombre d'abus. Plein de zèle pour la pureté des mœurs, il établit des officiers pour visiter les boutiques des peintres et des sculpteurs, avec ordre de confisquer tous les tableaux et les statues obscènes qu'ils trouveraient exposés aux yeux du public. Il fit aussi publier un édit, portant défense aux hommes d'enseigner la musique aux femmes, soit pour chanter ou pour jouer des instruments; il fit savoir aux prélats et aux ecclésiastiques, que ceux gui ne s'abstiendraient pas de la fréquentation des personnes du sexe encourraient sa disgr&ce.
On avait agité sous le pontificat précédent, l'affaire des cérémonies chinoises con* tre les Jésuites, qnu'on accusait d'autoriser à la Chine une espèce d'idolâtrie. On attendait un jugement du Saint-Siège ; mais Clément XI, porté d'inclination pour la Société, différa pendant quatre ans de le rendre. Enfin, par un décret du 20 novembre 170^, il autorisa celui de la congrégationde Rome, qui condamnait ces cérémonies, et envoya le cardinal de Tournon à la Chine, pour prendre connaissance de cette affaire. Ce cardinal y arriva en 1705; quoiqu'il eût toujours été ami des Jésuites, il ne put s^empècher de les désapprouver. Mais ce prélat infortuné, fut persécuté de tant de manières par l'empereur de la Chine qu'après avoir essuyé toute sorte de mauvais traitements, il mourut de misère au mois de juin 1710, dans la maison des Jésuites à Macao, où il avait été mis par ordre de l'empereur. Clément XI, ayant appris la triste fin du cardinal de Tournon, quelque ami qu'il fût des Jésuites, il ne put s'empêcher de les condamner solennellement par sa bulle Ex illa die. Mais bientôt après ils vinrent à bout d'apaiser le Saint-Pere.
Cepen<jant l'affaire du cas de conscience
avait excité'en France ûe granoes discussions ; Clément XI s'en préoccupait vivement. Voici ce dont il s agissait : on avait proposé un cas à décider à des docteurs de Sorbonne, où on leur demandait ce qu'on devait penser d'une personne qui ne croyait point le fait de Jansénius, qui était trèspersuadée que l'Eglise n'en pouvait point exiger la croyance, et qui cependant aurait signé purement et simplement le Formulaire dans cette disposition. Des docteurs répondirent qu'une telle personne était en sûreté de conscience , et qu'on pouvait lui donner l'absolution. Cette décision fut signée par quarante d'entre eux. Le Pape, instruit de cette décision, donna un bref qui la con^ damnait : quelques évoques de France*, Zélés pour le Formulaire^ engagèrent le roi è demander au Pape une bulle qui décidât qu'il ne sufllsait pas de garder un silence respectueux à l'égard des faits décidés, quil fallait les croire intérieurement. £n consé^ quence. Clément XI donna la bulle Tineam Domini sabaoth^ le 20 octobre 1705 ; mais il se contenta de définir qu'on ne satisfait
f)as à la soumission due aux bulles aposto* iques par un silence respectueux : ce qui est évident, puisque les bulle s contiennent des points de foi et des faits* Or le point de la question entre les uns et les autres était de savoir si, par rapport Jiux laits contenus dans cette bulle, il ne suffisait pas d'avoir une soumission de silence et de respect : c'est ce que le Pape décid e en principe. Cependant cette bulle fut publiée par ordre du roi, et les jansénistes, après tant de disputes et de troubles soulevés par eux, trouvèrent encore moyen d'en eicciter de nou-< veaux.
En 1708 parut un décret du Pape contre le livre des Réflexions morales sur le Nouveau Teslamentf du P. Quesnel. Ce fut aussi dans la même année que Clément XI donna une bulle pour la suppression du monastère de Port'-RoYal des Champs, près Paris. On avait voulu obliger ces religieuses à signer la bulle Vineam Domini; ce qu'elles firent dans les mêmes termes aue leur archevêque (le cardinal de Noailles} leur avait près-* crit. Mais comme elles ajoutèrent à la formule (lue c'était sans déroger à ce qui s'était passé a leur égard pour la paix de l'Eglise, sous le Pape Clément IX: cette clause, fut le signal de la destruction de leur monastère.
Clément XI avait bien d'autres embarras |)ar rapport à la situation des affaires poiiti*
3ues. Comme il s'était déclaré pour le parti e Philippe V, l'empereur et ses troupes, 3ui étaient déjà entrées en Italie, ne garaient plus aucune mesure. Elles entrèrent dans l'Etat ecclésiastique, et répandirent la terreur jusque dans Kome, vivant à discrétion sur les terres du Pape. On déclara au Saint-Père qu'on allait mettre tout à feu et à sang dans ses Etats, s'il ne souscrivait aux conditions qui lui avaient été proposées par l'empereur ; savoir, que le Pape désarmerait^ qu'il reconnaîtrait Charles 111
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DES PAPES
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poar' léçilime roi d'Kspagne» et qii*il lui deiinerait rinveatitore du royaume de Na*ples. Dans cette fâcheuse eitréaiilé» Clément XI consentit à tout ce que voulait 1 empereur. Dès que raccommodement eut été signé, les hostilités cessèrent.
Des querelles d*un autre genre s'élevèrent bientôt après. La bulle Yineam Oomini n'avait pas terminé les disputes. Les évéques de Liiçon, de la Rochelle et de Gap firent des Mandements contre le livre des Bé* flexionê morales^ dont le cardinal dé Noailles avait pris la défense, puis qu'il condamna
f^lus tard. Louis XIV croyant pouvoir élouf* èr tous ces troubles, sollicité d'ailleurs par le P. le Tellier son confesseur, demanda au Yape une constitution sur cet ouvrage. Clément XI nomma des commissaires pour Texaroiner. Les bornes que nous nous sommes prescrites dans ce Dictionnaire ne nous penoettent pas d'entrer dans le détail des propositions que cette constitution censurait, ni sur quelles matières elles roulaient. Le Pape et les consulteurs jugèrent à propos de ne pas les qualifier en particulier; ils les condamnèrent toutes respectivement comme fausses, mal sonnantes, capables de blesser les oreilles pieuses, etc., enfin, hérétiques et renouvelant diverses hérésies.
Louis XJV aya.nt reçu celte constitution, décida qu'il se tiendrait une assemblée de
[»réiats, résidant actuellement à Paris, sur es moyens d'accepter la constiiution ; ce qui fut exécuté. Plusieurs d'entre eux contestaient ; les autres soutenaient que le Pape avait prononcé, et qu'il fallait se soumettre. Après plusieurs débats, ils convinrent de donner des explications de la bulle. Pour cet effet, après a^oir reconnu que l'assemblée avait accepté avec soumission et res< pect la constitution Unigenitus^ ils firent dresser une Instruction pastorale ; on y fixa le sens des propositions condamnables, après quoi tous les prélats signèrent l'instruction.
ClémentXI, instruit de ce qui s'était passé en France, fut naturellement affligé qu'on eût recours à tous ces tempéraments, et manda à son nonce que les propositions devaient être condamnées en elles-mêmes,
5ro ut jacent. Dans le même temps, Louis JV donna des lettres patentes pour la publication de la constitution. Elles furent enregistrées au parlement; ensuite la constitution fut portôe en Sorbonne, et bientôt reçue partout. Cependant Louis XIV, irrité île la résistance au parlement pour l'enregistrement pur et simple de la constitution, prit la résolution de venir tenir son lit de justice ; mais il en fut empêché par la malaladie qui lui survint, dont il mourut le 1*' septembre 1715.
Clément XI donna encore des brefs fulminants contre la Sorbonne, dont il suspendit tous les privilèges. L'abbé Chevalier et le P. de la liorde furent envoyés à Rome par Tordre du régent, pour engager le Pape à lionner des explications. L'opiniâtreté des iaaséuisles leurs distinctions de plus en
plus subtiles, leur mode d'appel et tous les moyens qu'ils employaient pour susciter des difficultés sans cesse renaissantes, perpétuaient le trouble au sein de l'Eglise de France sur les matières inaccessibles de la grâce. De son côté, le gouvernement s'appuyait adroitement sur cette demi-révolte pour empiéter de plus en plus sur les droits de l'Eglise et du Saint-Siège. Il fit donner une déclaration qui imposait silence sur la bulle. Le Pape se plaignit avec raison qu'on imposât silence sur une conslitution déjà reçue dans le royaume, semblant confondre ainsi ceux gui l'avaient acceptée et ceux qui la rejetaient. Des négociations furent entamées avec le Saint-Siège, mais elles restèrent sans résultats, par l'obstination incurable des jansénistes qui trouvaient sans cesse de nouveaux prétextes pour éluder une soumission absolue. II était certain désormais gue tous les évêques des différentes parlies de la catholicité adhéraient à la constitution VnigenituSf et regardaient l'appel comme un acte illégitime et nul. Quesnel avait demandé, pour se soumettre, 1 attestation de toutes les Eglises de l'Europe. Or cette attestation avait été fournie. En Italie, tous les grands sièges attestèrent
?|ue la constitution était reçue partout : il en ut de même en Allemagne, en Saxe, en Hongrie, en Pologne, en Dalmatie, en Espagne, en Portugal, en Suisse, en Piémont, en Angleterre et dans les Pays-Bas. Devant cette unanimité de témoignages, de quel prétexte les jansénistes pouvaient-ils étayer encore leur indocilité ? D'aucun. Aussi s'épuisaient-ils en distinctions frivoles.
Voulant enfin mettre un terme à cette lutte déjà si prolongée. Clément XI fit publier, le 8 septembre 1718, les lettres Pasto^ ralis officiif où il déclarait qu'il séparait de sa communion etde cellede I Eglise romaine, tous ceux qui refuseraient de recevoir la constitution, quand même ils seraient évê-« ques, archevêques ou cardinaux ; il exhortait tous les évéques à faire la même chose. Mais le cardinal de Noailles rendit public, le 24* septembre 1718, l'appel qu'il avait fait dès te 3 avril 1717: il en interjeta bientôt après un autre des lettres Pastoralis o/^cii. i Dans ce dernier acte, il prétend établir la maxime aue l'appel lie les mains au Pape, et qu'il n y a plus que le concile général seul qui ait droit de juger. Ces mêmes lettres furent encore Toccasion de l'appel de l'Université de Paris, et qu'elle fit le 5 oc^ tobre 1718. Ce corps donna peu après un Mémoire qui contient les motifs de son appel. Mais les cardinaux de Rohan et de Bissy donnèrent des Mandements par les« quels, suivant l'exemple du Pape, ils se se* paraient de la communion des appelants : ils entraînèrent avec eux les/évêoues, qui publièrent des Mandements dans le même esorit
D'un autre cêté, le cardinal de Noailles ayant publié son Instruction pastorale Buv la Constitution, le tribunal de Tlnquisit. m à Rome uromulgua un décret par lequel il la
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cordamnait et la supprimait, comme contenant des doctrines et des assertions fausses, captieuseSt scandaleuses» favorisant les hérésies et les schismes. Vers le même temps, le régent imagina de former entre les évéques un accommodement qui pût aboutir à faire accepter la Constitution. Ce prince pril cette affaire fort à cœur. Le moyen qu'on proposa pour faciliter l'acceptation aux évoques op-» posants, fut un nouveau corns de doctrines, intitulé Explications sur la hulle^ qui devait être joint a leur acceptation. Mais comme on ne pouvait se flatter que le Pape ap-
Î)rouvât ces explications, pour essayer de eur donner quelque autorité, on prit le parti de les faire approuver par environ cent évoques de France, tant constitutionnaires qu'opposants, qui déclareraient, dans une lettre au régent, que ces explications ne contenaient rien qui . ne fût conforme à la saine doctrine et au vrai sens de la bulle. En môme temps, on faisait regarder comme un grand avantage pour les évoques opposants,
au'un corps de doctrine qui contenait, isait-on, les sentiments les plus exacts sur les points controversés, fût approuvé par tout le corps épiscopal. Le cardinal de Noailles et quelques autres crurent aue ces avantages compenseraient les inconvénients qu'ils trouvaient h recevoir la bulle, et cet accommodement fut conclu le 3 mars 1720. Mais des évoques crurent blesser la vérité en adoptant cet expédient : ils dirent que cet accommodement péchait par le principe fondamental, par la manière dont toute cette affaire avait été conduite, et par la désunion de ceux qui avaient souscrit à ces supplications : mais un coup d'autorité termina cette affaire. Le régent fit donner une déclaration, danslacjuelle le roi, €n supposant que les explications avaient rétabk Tunanimité parmi les évoques, et qu'ils s'accordaient a recevoir la bulle UnigenituSf ordonne que la Constitution sera observée dans ses États, défend d'en interjeter appel, veut que les appels ci-devant interjetés soient regardés comme de nul effet, défend de publier aucun écrit contre la Constitution, et défend de s'attaquer par les noms odieux de novateurs et de jansénistes. Le parlement, exilé alors à Ponloise, refusa d'enregistrer la déclaration ; mais le régent étant venu au grand conseil, accompagné des princes, avec tout l'appareil de la puissance royale, la fit enregistrer de l'exprès . commandement du roi.
Clément XI ne donna aucune marque d'approbation, ni au corps de doctrine, ni à l'accommodement. Tant de traverses et tant do mouvements que cette affaire et celles de l'Europe lui avaient données, avaient si fort altéré sa santé qu'il touchait à la fin de sa carrière. Il nous reste à rapporter succinctement plusieurs faits qui regardent personnellement ce Pontife, comme prince temporel, et (^ue nous avons laissés en arrière, pour De pas interrompre le récit de l'affaire de la constitution, à laquelle Clément Xi eut la •principale ]>art
Outre le différend qui avait eu lieu eohe ce Ponlife et l'empereur, le Saint^Père en avait eu un autre non moins grand en 1711, avec le roi d'Espagne, comme roi do Sicile, au sujet de la monarchie de ce nom. Le sujet de la querelle était celui*ci : on 1570, sur quelques difiicullées survenues à l'égard du tribunal de Sicile, qu'on nomme la monarchie, il se fit un concordat entre Pie V^ et Philippe II, à la suite duquel le roi de Sicile établit un juge ordinaire de cetle juridiction: il fut appelé ju^e de la monarchie 'j le tribunal où ]| présidait, jugeait eu dernier ressort les causes ecclésiastiques, dont on avait appelé des juges ordinaires, aussi bien que les causes de ceux qui relevaient immédiatement du Saint-Siège; en* un mot, il exerçait le pouvoir d'un légat a laiere. Clément aI révoqua ces privilèges monstrueux.il voulait envoyer en Sicile un légat, contre la volonté du souverain, et y établir un tribunal de juges délégués. Ce démêlé fut long; le Pape excommunia le juge de la monarchie. Le procureur général du roi d'Espagne, interjeta appel de la buiio du Pape. Le Pape refusa des bulles nu cardinal Alberoni pour l'archevêché deSéviile, ce cardinal gouvernait alors les affaires d'Espagne. Sa Sainteté révoqua encore le bref qu'elle avait donné en faveur de ce prince, qui lui accordait pendant cinq ans un subside sur les revenus ecclésiastiques. Philippe V, piqué, fit donner orJre au nonce de se rc^ tirer de Madrid et de sortir du royaume. L'absence du nonce fut aussitôt suivie du départ du cardinal Âquaviva, ambassadeur d'£spagne à Rome, qui eut ordre de sortir de cette ville, et den faire sortir incessamment tous les Espagnols. Ils en sortirent au nombre de plus de quatre mille : leur départ causa aux Romains et aux négociants des pertes considérables.
L'historien allemand (le P. Leben), dit qu'enfin ce Pontife fut obligé de céder et de se montrer plus favorable aux désirs de Sa Majesté catholique. L'empereur Charles Vl, voyant que le Pape se réconciliait avec l'Espagne, et qu'il refusait de lui accorder les décimes sur les biens ecclésiastiques, et des subsides pour la guerre contre les Turcs, fit signifier à ce Pontife, par lo comte do Galles, son ambassadeur è Rome : 1" qu'il eût à se désister du droit d'investiture pour le royaume deNaples; 2*. que le duché do Bénévent fût réuni à ce royaume ; 3* que la collation des vingt-quatre évéchés du royaume de Naples n'appartenait qu'à l'empereur ; 4>* que les évêques avaient seuls droit, en ce pays-lè, de conférer les bénéfices è leurs diocésains; 5" que la Daterio n*avait pas le droit d'alternative a cet égard, et qu'elle ne pouvait réserver des pensions sur les bénéfices ; 6" que les évêques et les autres bénéfi* ciers du royaume devaient être exempts d'annates; 7* que les laïques ne devaient plus être cités à Rome; 8' que toute juridiction du Pape dans le royaume de Naples devait être abolie ; 9** enfin, que Sa Sainteté devait dé^Tader JVberoni du cardinalat. Clément XI
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oe pouvait éyidetnmenl consentir h ces de* Daodes; sur le refus qu'il en fit» son nonce eucordri de sortir de Vienne. Le nonce qui était à Naples, et Tinternonce de Bruxelles, reçoreot le même ordre, et furent contraints d'obéir. Cette querelle ne fut terminée qu'en 1721. On voit que tous les souverains semblaient se liguer contre la liberté de TEglise et les droits du Saint-Siège.
Dans l'année ^720, on apprit, par les lettres de la Chine, que les Jésuites de Macao avant sa que le Pape avait pris la résolution d'envoyer un nouveau légat a laierCf pour y régler les affaires de la religion chrétienne, et terminer tous les différenas entre les missionnaires, s'étaient saisis de tous les papiers du feu cardinal de Tournoc. Quelque affection qu'eût Clément XI pour les Jésuites, il parut mécontent. Cependant il se borna d'abord à en parler à l'ambassadeur de Portugal, et à faire écrire k son nonce à Lisboone, pour se plaindre de cet outrage, lui ordonnant de demander une entière satisfaction, en ch&tiant les Portugais qui avaient servi les Jésuites dans cette affaire.
Nous avons dit que Clément XI paraissait toucher au terme de son pontiGcat. Les fré-
Saenles infirmités dont il était tourmenté ^ onnaienl de trop justes motifs de crainte. Dans le mois de février 1721, il fut attaqué d*une maladie qui fut dès l'abord jugée mortelle & cause d'une inflammation de poumon. Il reçut la nouvelle du danger où il était avec une résignation exemplaire, et employa les moments qui lui restaient à se préparera la oaort. Le cardinal Paulucciqui lui administra le saint viatique, en qualité de grand pénitencier, ayant voulu lui dire
Îaefques paroles tendres et touchantes, le ape lui oit : Non^ norif cela ne nous touche plut. Comme on l'exhortait fortement à remplir les deux places vacantes dans le Sacré Collège, il répondit que ce n'était pas le temps de faire une promotion, mais de penser à son &me. II pria hes cardinaux qu'on laissât toujours résider le prétendant dans le palais qui loi avait été assigné, qu'on lui continuât le revenu aoxïordé, aQn qu'il pût toujours soutenir sa dignité royale, jusqu'à ce qu'il fût rétabli dans ses IDtats. Clément XI mourut le 9 mars de cette même année, â^é de soixante *et onze ans et sept mois, après avoir tenu le Saint-Siège vingt ans et trois mois.
Son pontificat fut semé de bien des difBcuU tés : il eutd'abord la douleur de voir ritalieaffligéed^une lonjKue guerre qui s'alluma après Ja mort du roi Charles II, pour la succession d*Esparae, que Charles VU et Philippe Y se disputaient aTec acharnement. Il garda autant qu'il put un juste équilibre entre les prétendants; mais toute son impartialité ne put empêcher que le patrimoine de l'Iiçlise De fût souvent exposé aux brigandages des troufies. La constitution Unigenitw fut pour lui une source de désagréments et de luttes qui ne finirent qu'avec sa yie.
La charité de Clément XI eniers les pau- Tres n'eut aucunes bornes. Dans une auuée
de famine, il nourrit à ses dépens huit mille pauvres venus à Rome'de toutes les parties de ses Etats. A sa mort, on trouva une liste de plus de six cents familles qui subsistaient de ses aumOnes. Pendant la peste qui ravagea Marseille, il fit passer aux habitants de cette ville trois cent cinquante charges 'de blé pour être distribuées aux pauvres. On • aura tout dit, en ajoutant qu'après son décès on ne lui trouva qu'une soixantaine d*écus, seul argent qui lui restât de plusieurs grosses sommes destinées à l'entretien des malheureux.
CLEMENT XII. >- Le conclave qui se tint après la mort de Benoit XIII dura quatre mois et sept jours. Enfin, le 12 juillet 1730, on élut Pape le cardinal Corsini, alors â^é de soixante et dix-huit ans. Son élection avait été arrêtée dès le iour précédent. Mais il avait
i)rié le Sacré Collège de la différer iusqu'au endemain, fête de saint Jean Gualbert, parent de sa famille, ce qui lui fut accordé; de sorte qu'il ne fut élu nue ce jour-là, sur le midi, d'une voix unanime, par tous les cardinaux qui se trouvèrent dans le conclave, au nombre de cinquante-trois. Ensuite son élection fut publiée solennellement avec les cérémonies accoutumées. 11 prit le nom de Clément XII, en mémoire de Clément XI,
aui lavait élevé au cardinalat. Le 16 du mois fut couronné, en la forme ordinaire, dans la basilique de Saint*Pierre.
Laurent Corsini, issu d'une ancienne et illustre famille de Florence, en Toscane, était né le 7 avril 1652. Après avoir fait ses études, et parvenu à l'âge où l'on arrive aux dignités, il fut nommé préfet de la signature de f[rftce, le 13 février 1690; puis nonce apostoiqueàlacour devienne, le 1" avril suivantf et fait archevêque de Njcomédie , le 10 du même mois. Mais il n'alla pas à cette non^ ciature, l'empereur ayant persisté à ne point le recevoir en cette qualité, malj^ré les instances et les sollicitations qui lui furent faites, pour l'engager k l'agréer. Depuis il fut nommé trésorier général au mois de février 1696. Des Mémoires portent qu'il en STait été autrefois auditeur. Clément XI, lorsqu'il fut élevé sur le Saint-Siège, le continua dans . cette charge , et le créa cardinal le 17 mai [ 1706. Il lui donna le chapeau dans un consistoire public le 20 du même mois ; et, après a?oir fait la cérémonie de-lui ouvrir et fermer la bouche, il lui assigna le titre de Sainte-Susanne le25 juin suivant. Le cardinal Corsini quitta ce titre, et opta pour celui de deSaint-Pierre-èS'Liens,le ik décembre 1720. U fut nommé député de la congrégation du concile le 12 juillet 1723 ; il passa dans l'ordre des évêques, et obtint Tévêché de Fras* cati, qui fut proposé pour lui dans un consistoire le 17 novembre 1725, et fut déclaré préfet de la signature de justice, au lieu et place du feu cardinal Bernardin Scotti : il
Erit possession de cette charge le 88 novem*^ re 1726. Après la mort de Benoit XIII, il fut élevé sur le Saint-Siège.
Le lendemain de son élection, il quitta le Vatican pour aller demeurer au QuiiinaL
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Le peuple assemblé de toutes parts, criait : «Vive le Pape ClémenlXlI,justice desinjustices du dernier minislpe.» Il entendit parler en particulierdesaffairesdeBénéventyPOurreiamen desquelles il crut devoir établir un tribunal extraordinaire. Le 19 novembre suivant s'étant rendu en cavalcade à Saint- Jean de Lalran, il prit solennellement possession de cette basilique avec beaucoup de pompe. La veille de son couronnement, pour s'attirer l'amour du peuple romain, il ùt publier un édit portant conQrmation de Tabolition de la ferme du savon qui avait été suspendue par les cardinaux chefs d'ordre, durant le dernier interrègne. Il en Gt publier un autre le lendemain, pour le règlement du prix de l*huile« Au mois de juillet 1730, il établit la con-
S régalion de Nonnullis pour faire le procès ceux qui avaient été accusés de mafversa^ tion sous le dernier pontificat, parmi lesquels le cardinal Coscia était des principaux : en conséquence, tous ses bénéfices furent déclarés vacants. 11 fut condamné à rembourser à la Chambre apostolique une somme de quatre-vingt mille écus, qu*ii avait fait remettre au trésorier de Ferrare, qui les devait à la Chambre : on lui donna des gardes, pour Atre sorti de TEtat de TEglise, sans la permission du Pape. Ce procès fut très-long, et occupa un grand nombre de séances. Clément XII établit aussi une congrégation civile, par ordonnance du 12 août suivant , composée du cardinal camerlingue, de trois autres cardinaux , et de deux commissaires de finances, pour la révision des comptes des dépenses faites durant le même pontificaL Le 11 septembre il indiqua, suivant la coutume, un Jubilé universel, àl'effetd'implorer Tassistance de Dieu pour le bon gouvernement de l'Eglise catholique confiée à ses soins. Il fit plusieurs décrets ayant pour but de réprimer le luxe, et défendit de porter de Tor et de l'argent sur les habits dans les terres de son obéissance.
Le 20 septembre 1731, il fit aflicher un acte de prise de possession en son nom, par lequel il était déclaré que les duchés de Parme et de Plaisance, étant des fiefs qui relevaient du Saint-Siège, il était défendu aux peuples de ce duché, de reconnaître d'autres souverains que le Pape. Mais le général Stampa, ayant pris possession de ce m6me duché, au nom lie l'infant don Carlos, fit ôter l'acte afiiché.
Le 10 mai 1733 fut prononcé le juf^ement contre le cardinal Coscia uil portait qu'il resterait prisonnier pendant dix ans dans le ch&teau Saint-Ange, privé de voix active et passive dans l'élection 'd'un Pape, et que jusqu'à ce* qu'il restituât toutes les sommes qu*il avait acquises illégitimement, il resterait excommunié.
Dans la même année, Clément XU adressa une bulle Yerbo descripto aux Dominicains, pour attribuer à toutes leurs écoles les droits, prérogatives et privilèges des universités, et il fit l'éloge de saint Thomas et de sa doctrine. Mais peu do temps après, il accorda lux Jésuites le bref dit Àpostolicœ providen-
(IIP, dans lequel Sa Sainteté déclare qu'elle n'entend pas oue les louanges données par elle et ses prédécesseurs k la doctrine de saint Thomas, empêchent c|ue les autres éco» les ne soutiennent à l'oriinaire sur les matières de la grâce les sentiments qu'elles ont soutenus et.enseignés jusau'ici librement et en tops lieux ; défend de flétrir d'aucune nolo .ces niènies écoles, ou de donner à leurs sentiments des qiialifications injurieuses, jusqu'à ce qu'il ait plu au Saint-Siège de définir et de prononcer définitivement sur cette coq* troverse.
En 173/lh, Clément XII donna un bref commençant par ces mots : Cum Micui^ qui condamnait l'Instruction pastorale de l'évèque de Montpellier (Colbert), comme contenant des propositions fausses, scandaleuses, schismatiques. Dans la même année il condamna pareillement un Mandement de l'évèque d'Auxerre fCaylus).
L'entrée et le séjour des troupes impériales sur les terres de l'Etat ecclésiastique causèrent à Clément XH de grands embarras : il fit à ce sujet de vives représentations à l'empereur. 11 donna vingt-cinq mille écus
f»our aider les habitants de Ferrare, de Boogne et de Revenue à payer les contributions exigées par les troupes impériales. Celles du roi d'Espagne qui entrèrent aussi on Italie, à cause de son différend avec le roi des Deux-Siciles , le jetèrent pareillement dans de vives inquiétudes. Il eut aussi de longs différends avec la cour de Turin.
Le 20 juin 1737, le Pape fit la canonisation du bienheureux Vincent, instituteur de Torrdre des prêtres de la Mission, ainsi que celle du bienheureux Régis, qui avait été quelque temps de la Compagnie de Jésus. Le 27 du même mois, il fit la béatification du bienheureux Joseph Léonissa* Capucin.
En 1738, il donne un bref qui délègue Tarchevêc[ue de Paris, comme visiteur et corn* missaire apostolique des monastères desreli-
fieuses de la congrégation du Cal vaire,élablis Paris, ainsi que tous les évêques daus lo diocèse desquels il y a des monastères de cette congrégation, lequel archevêque s'associerait deux evêques qui lui rendraient compte.
Cette congrégation avait été établie sous lo gouvernement de trois supérieurs maieurs et évêquès, qui, au décès de l'un des deux, avaient le droit d'en nommer un troisième, ainsi successivement.
Le 23 mai de la même année, il donna au roi des Deux-Siciles l'investiture du royaume de Naples, dans la même forme qu'elle avait été accordée aux prédécesseurs de Sa Majesté sicilienne; et, le 28 juin, le connétable Colonne présenta la haquenéé au Pape, de la part du roi.
L'année suivante, il publia un induit qui accordait au duc de Lorraine, ensuite au roi de France, la nomination de toutes les ab« bayea régulières des duchés de Lorraine et de fiar. Sous son pontificat, il y eut en Italie plusieurs tremblements de terre; ce Papo donna une bulle pour faire faire des prières. Pendant tout le temps que Clément XII fut
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sur le SaiDlSiége, il eut de fréquentes attaques de goutte. Epuisé enfin par les infirmités de la vieillesse 9 il mourut le 6 février I7i0, i l'âge de quatre-vingt-huit ans, après dix ans de ponliticat. L*idée mère du régime pénitentiaire appartient à Clément XII. Puisse-t-il ne |>as se présenter à nous veuf (lu principe vivifiant qui avait présidé è son avènement en Italie^ et qui l'a soutenu dans I« Nouveau-Monde y le principe religieux, sans lequel toute réforme est impossible I
Cest Rome qui a bAti la première prison cellulaire, il y a un siècle -et demi ; c'est un Pape qui a le premier écrit de sa main le règlement d'une maison de correction^ mot qui renferme à lui seul toute la pensée du régime pénitentiaire. Enfin, c'est dans fem* pnsonnement adopté et appliqué par les monastères, qu'a d'abord subsisté, clans toutes ses conditions, le êolUary confinement de Tberry-Hill, à Philadelphie.
CLEMENT XIII. -* Après la mort de Benoit XIV, le Saint-Siège fut vacant pendant soiiante-cioq jours ; dans ce même espace, le conclave en occupa cinquante-trois. Le résultat fut l'élection de Charles Kezzonicp, Vénitien, né le 7 mars 1693. Dans ïh suite il deTint évAque de Padoue, fut fait cardinal du titre de Saint-Marc en 1737, élu Pape le 6 juillet 1758. Comme il était redevable au Papa Clément XII, il prit le même nom, et fui couronné le IG du mAme mois. Clément possédait une âme pure, des intentions droites; il priait beaucoup et ardemment : c'était uo saint. Termement convaincu que les droits de l'Eglise doivent être inviolables et sacrés, il gémissait profondément de ce qu'on en avait laissa périmer quelques-uns ; décidé à oe faire aucune concession sur ce point, il était mAme persuadé que l'on pouvait, à force de persévérance, reconquérir tout ce ui avait été perdu, et rétablir la splendeur e r&lise. Il regardait les Jésuites comme les défenseurs les plus fidèles du Saint-Siège et de la religion.
Dès le commencement de son pontificat, il donna le chapeau à quatre cardinaux, savoir : ceux de Rovero, d'Albert de Lujnes, de Gesvres et 'de Heth. Dans le même temps, il lit continuer les travaux commencés sous le pontificat de Benoit XIV, pour la réparation et rembeliissement de l'église du Panibéon, Tun des plus beaux monuments de l'antiquité. Il fit divers règlements pour banoir de Rome la licence des divertissements du carnaval , et pour défendre aur ecclésiastiques d'assister aux représentations (]ui se font sur les théâtres publics. Dans la même année il donna ses leUres apostoliques contre la troisième partie de VUùtoire du peuple de ^i>M, |iar le P. Berruyer : Sa Sainteté y rappelle les différents décrets contre cet auteur, tundamne et réprouve cette troisième partie, et déclare qu elle met le comble au scandale.
Vers le même temps, Clément XIII adresiû une lettre circulaire aux patriarches, ar-
chevèques et évèques de l'Eglise catholique. Il les y exhorte à conserver les liens do l'unité et de la paix, à arracher toutes les semences de division , les instruit sur la dispensation des biens ecclésiastiques et sur les devoirs des évèques. II fit aussi un décret qui ordonnait de dire tous les dimanches la Préface de la Trinité, à cause des erreurs avancées contre ce mystère, par les PP. Hardouin et Berruyer
Le 31 janvier 1759, il publia des Lettres aposloliquesy portant condamnation et prohibition de l'ouvrage intitulé : De Fesprit. Clément XIII donna dans ces lettres des preuves de sa sollicitude pour déraciner^ ditMl, les différentes ivraies que Vhomme en^ nemi sème dans toute retendue du champ du Seigneur, comme aussi celles qui tendent à corrompre les mœurs^ et celles qui combattent la pureté des dogmes de la religion catholique. Cet auteur, ajoute le Pape, foulant aux pteds les lois divines et humaines^ ferme toutes les voies qui peuvent conduire A la pratique des vertus chrétiennes^ lâche la bride à tous les vices , sape les fondements de la doctrine catholique^ et, sous les dehors d'un langage étudié, ouvre le chemin le plus large pour conduire les âmes à la perdition. Le Pape, après avoir pris l'avis des cardinaux, condamne et réprouve ledit livre, comme ten* dant à renverser la religion chrétienne, à étouffer la loi et l'honnêteté naturelle ^ en adoptant et soutenant les fictions perverses des épicuriens et des matérialistes, comme rempli de propositions impies^ scandaleuses et hérétiques. Vers le même temps. Clément XIll fit écrire une lettre de congratulation, par le cardinal Torrégiani, au sieur Chaumeix, excellent refutateur du livre De l*esprit.Sà Sainteté donna ensuite d'autres lettres apostoliques en forme de bulle, par lesquelles il condamne et réprouve le /><ctionnaire de l* Encyclopédie^ comme contenant des propositions fousses, scandaleuses, ouvrant la voie à Hncrédulité et à la corruption des mœurs.
• Lan 1759, il écrivit une Lettre aux pa^ triarches, archevêques et évèques, sur fobser^ vance des lois canoniques contre les clercs qui font le négoce et qui s'ingèrent dans les af^ faires séculières, il y dépeint leur désir désordonné d'amasser des richesses. Dans la même année, il rendit une ordonnance par laauelie il enjoint à tous les archevêques, évèques et autres ecclésiastiques titulaires de se rendre au lieu de leur résidence, sous peine d*encourir les peines de droit.
L'année suivante,- Clément XIII accorda pour toujours au roi de Portugal et à son conseil de conscience la décision de tous les différends ecclésiastiques qui pour* raient survenir dans ses Etats. Sa Sainteté demandait seulement qu'on v appelât un évAque qui eût fait une étude des cas de conscience et de droit ecclésiastique.
Le k février de la même année, le cardinal Orsini, ministre plénipotentiaire du roi des Deux-Siciles, reçut du Pape, au nom de ce prince, l'investiture du royaume de
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Naples. Ce Pontifo donna une bulle en conséquence. Cette bulle, semblable à celle que Clément XI donna è l'empereur Charles Vl, porte donation du royaume de Naples, nonseulement au roi Ferdinand, mais encore à ses descendants, tant hommes que femmes. Vers le même temps, le Pape autorisa la congrégation des Rites à entreprendre le procès-verbal de la béatification du vénérable Alphonse Rodriguez, de la Société de Jésus; le 13 mai suivant, cette congrégation donna un décret par lequel elle déclara suffisante la preuve des vertus de ce serviteur de Dieu. Dans la môme année, Sa Sainteté donna un bref approbatif de la lettre encyclique ou circulaire de Benoit XIV; elle annula le décret du gouvernement de Gènes contre le visiteur apostolique; elle donna aussi ses ordres pour faire travailler aux Marais Pontins.
Le 15 décembre, la même congrégation des Rites statua de procéder à la béatification du vénérable évèque Jean de Palafox.
Le 21 mars 1761, Clément XllI fit reconstruire le port de Civitta-Vecchia, beau monument de son règne.
Le 22 septembre 1762, il fit condamner, par le tribunal de l'Inquisition, l'ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, de Genève, intitulé : Emilef comme impie, hérétique, et la lecture en fut défendue, sous peine d'excommunication.
La disette qui se fit sentir à Rome, en 176^, donna beaucoup d'embarras au Pape. Sa Sainteté chercha tous les moyens possibles de soulager le peuple; elle «rdonna une diminution considérable dans le poids et la q^ualité du pain; elle indiqua une procession pour implorer le secours du Ciel, et la suivit en personne à pied; elle ordonna qu'on tirât du trésor déposé par Sixte-Quint, au château Saint-Ange, une somme d'argent pour acheter de l'étranger la quantiter de grain nécessaire à la subsistance du peuple.
En 1765, le Pape ordonna des prières publiques, à l'occasion des fréquents désastres arrivés en Italie pendant cette même année. En 1766, il interdit les spectacles pour l'hiver de 1767, et toute espèce de divertissement en usage dans le carnaval, voulant que ce temps-là fût employé à des prières publiques, afin d'obtenir les secours du Ciel, dans les conjonctures où se trouvait l'Etat ecclésiastique, que les mauvaises récoltes des grains exposaient à manquer de subsistance. En 1767, il sécularisa les Jésuites de Corse ou d'ailleurs, qui le demandaient. En 1768, Clément XIII donna un monitoire contre le ministre de Parme, qui attaquait les droits régaliens. Le Pape, dans ce moniloiri', se qualifie souverain de Parme, Utro qu'aucun de ses prédécesseurs ne s'était encore arrogé depuis l'extinction de la maison Farnèse. Ferdinand, duo de Parme, proscrivit la bulle du Pape par une ordonnance du 3 mars de la même année. Don Carlos, roi d'Espagne, fit en même temps publier un décret dans lequel il expose que c'est mal à propos qu'on rappelle dans cette bulle celle
dite In Cana Domini. Le roi des Deux-Sieiles donna, le 4 juin, un édit portant suppression du bref que le Pape avait donné contre les édits de Parme, sous le préteite que ce bref attaque tous les s^ouverains.
En 1769, le 17 janvier, le Pape adressa un bref aux Vénitiens, oi!k il se plaignait de ce qu'ils voulaient affranchir les religieux de 1 obéissance du Saint-Siège et de la censure de leurs supérieurs généraux. Il ne survécut pas longtemps à cet acte d'autorité.
La plupart des souverains de l'Europe, principalement celui de Portugal, poursuivaient, auprès de Clément XIII, la dissolution de la Société des Jésuites. Depuis deux ans la patience et la modération du Pape étaient en butte aux insolences de Carvalho, ministre de Portugal. Ce ministre, aidé des sophistes français, fit traduire et répandre en tout çavs et jusqu'en Chine un grand nombre d'écrits destinés à rendre les Jésuites odieux et suspects. Il essaya de les faire chasser de la Chine, du Tonking et de la Cochinchine. Une multitude de libelles diffamatoires contre la Société ne cessaient de s'imprimer , surtout en Portugal. Près de deux cents évêques des différentes nations, indignés de tant de calomnies, s'adressèrent à Clément XllI pour le prier de mettre fin au scandale. Le Pontife, cédant à leurs instances et à sa propre inclination, adressa au nonce d'Espagne un bref où il condamnait tous ces ouvrages de ténèbres. Remontrances paternelles, exhortations, prières, le Pape avait tout tenté pour dérober cet ordre religieux à la haine de ses implacables ennemis. 11 avait écrit dans ce but à Louis XV, aux évêques dé France, à l'assemblée du clergé ; mais tout avait été inutile. En apprenant les nouvelles atteintes portées à la religion dans la personne de cette Société, Clément XIII publia, le 3 septembre 1762, un bref apologétiaue des Jésuites, et annula les arrêts des parlements portés contre eux. Alors le corps épiscopal de France s'éleva presque tout entier à la suite de l'archevêque de Paris, pour prendre en main la cause de l'ordre poursuivi par de si hautes influences. Le 7 janvier 1765, Clément donna hautement la bulle Apostolicum^ gui les confirmait dans leurs privilèges, oui les iustifiail dans tous les points, et qui faisait 1 éloge le {)lus pom-
f>eux de leur zèle, de leurs services et de eurs talents. Le roi de France prit Avignon, et le roi de Naples Bénévent. Pendant ces actes d'hostilité, Clément XIII, craignant d'agir contre sa conscience, s'annonçait comme un autre Thomas de Cantorbéry, prêt à souffrir le martvre pour conserver et défendre les droits de 1 Eglise. Dans le même temps, se voyant vivement pressé par tous les souverains, par la maison de Bourbon et celle de Bragauce, gui lui demandaient la sup* pression des Jésuites, il ne se trouva extrêmement embarrassé. Il lui fallait, en ce cas, se déclarer contre son propre cpuvrage,sa bulle Apostolicum, dont nous avons parlé, ou aie-
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connaître encore des souYeraîns qui ne le rnéna^aient pas, et exposer Rome à quelque Tiolente teuipftte. Enfin, il se détermina à faire examiner solennellement la question. En conséauence, il indiqua un consistoire pour le 3 février; là il devait proposer aux cardinaux d'acquiescer aux désirs des souverains ; mais ce qu'il y a de frappant» c'est que le soir même, en se mettant au lit, il se trouva mal et s'écria : Je me meurs. On le saigna aussitôt du bras droit, ensuite au bras gauche. Cette saignée fut suivie d'un vomissement de sang, m61é d'écume, et sur^ le-champ le Saint-Père expira. Celle mort arriva contre l'attente de tout le monde. Prœier omnium exspectaiionem ; cq soni ]es termes du pape Clément XIV, dans sa bulle de la suppression des Jésuites.
CLÉMENT XIV.— Quand on \k l'histoire des conclaves, on v voit que le siyet poussé ))ar les factions n arrive presque jamais à la |iapaulé : il s'élève tout à coup un avis qui prévaut, qui réunit les suffrages en faveur (J'un candidat auquel on ne pensait pas, et qui jette dans l'étonnement ceux mêmes qui l'ont choisi. C'est ce qui arriva dans le conclave tenu après la mort de Clément XIII, Il y avait un iiarti considérable pour Chigi, pelit^neveu d Alexandre Vil ; cependant un aalre cardinal, sans intrigue et sans ambilioD, eut la gloire d'être élu. Le conclave dora trois mois ; la diflioullé de nommer un PoQiife dans des circonstances épineuses, le rendait tumultueux. Les Jésuites, qui craignaient la ruine prochaine de leur Société, avaient beaucoup de cardinaux qui leur étaient dévoués. Les opinions étaient contiuueUement contrebalancées. Les cardinaux dUachésà la maison de Bourbon n'ignoraient pas que te cardinal Ganganelli était savant tl vertueux; que, sans avoir aucune haine (ODtre les Jésuites, il ne les avait jamais luilivés; qu'étant professeur en théologiOi il avait combattu plus d'une fois leurs opinions, et ils pensaient qu'il serait agréable à tous les souverains. Sur ces considérations, ils réunirent bientôt le plus grand nombre de voix, et le proclamèrent Souverain Pontife, le 19 mars 1769. Sa vie est intéressante |>ar les événements mémorables et singuliers dont son règne fut accompagné. Il prit le noffl de Clément XIV.
Jean-Vincent-Antoine Ganganelli naquit ("Il 1705, au bourg de Sainl-Arcangelo, près Kimiiii, d'une famille noble et patricienne OeSaint-Angelo in Vado.
Fils d'un médecin, il eut trois sœurs. Il était très jeune lorsqu'il perdit son père, et Ton aperçut, dès son enfance, une Ame cr^ée pour de grandes choses. L'esprit le plus pénétrant le faisait souvent sortir de la ^plière étroite où un pays sans ressource le tenait concentré.
11 lui semblait que ses camarades étaient trop frivoles pour l'intéresser, et quoique
toujours actif et toujours gai, il aimait
iaieux rester seul que de les fréquenter ;
« Je crains, » disait sa mère, « qu'il ne soit
B^orieui ou singulier; il ne prend aucune
part à tout ce qui amuse les enfants; mais ce qui me console, c'est qu'il a toujours un livre à la main.»
Il fit ses premières études à Riminî, et ceux qui prirent soin de son éducation eurent de fréquentes occasions de l'admirer. On voyait un disciple qui promettait de de* Tenir un ^rand mettre, et l'on s'applaudissait de lui donner des leçons, comme d'une honorable fonction. « Il ne me laisse pas le temps de lui faire des questions, tant il est . prompt à me prévenir, » disait un curé c|ui l'avait pris en affection. La langue latine fit bientôt ses délices. Il s'essavait a la parler avec tous ceux qui voulaient lui répondre., Il avait douze ans quand il adressa à Tévèque de Rimini un compliment de sa com«* position. Le prélat en fut ravi, il ne cessai! de répéter: « Voilà un enfant qui servira quelque jour utilement là religion. » Les âmes sensibles ne s'annoncent pas comme le reste des hommes.
Une étude trop opiniâtre pensa précipiter au tombeau celui qui donnait de si brillantes espérances, et il n'V eut qu'un topique appliqué à propos qui lui rendit la vie. Ma plus grande peine^ dit-il, en revenant à lui-même, élait de mourir sans avoir vu Rome. Il ne prévoyait pas alors qu'il en serait un jour ie maître et qu'il y recevrait les hommages dt» toute la chrétienté.
Il avait un parent chez les Frères mineurs Cordeliers; et c'est ce qui le lia avec eux, et qui lui fit connaître la repaie de Saint-François dont il fut vivement touché.
Il ne pensa plus dès lors qu'à quitter son lieu natal, dès que la Providence lui en fournirait les moyens. On eût dit qu'il éprouvait ces tourments du génie qui agitent les grands hommes jusqu'à ce qu ils soient placés dans leur centre.
Cependant ce fut dans le lieu de sa naissance qu'il acquit un protecteur dans la personne d'un gentilhomme riche et éclairé» nommé Barnaldi, qui le prit dans la plus grande amitié. Outre qu'il lui offrit sa bibliothèque, il lui procura souvent l'occasion de connaître la bonne société. Les études» selon le cardinal Paleotli, ont besoin d'être civilisées par le commerce des hommes aimables et polis. Ganganelli contracta une amitié intime avec un jeune homme d'une grande espérance. Il faisait avec lui des parties d'études, comme Tes autres en font de plaisir, lorsque la mort lui enleva ce vertueux ami.
On conseillait vivement au jeune Ganganelli d'embrasser Télat ecclésiastique et de renoncer au projet qu'il avait formé de se faire relideux, lorsqu'il ré|)ondit d'un air enjoué : Si cest la piété qui vous fait parler^ vous conviendrez quelle brille éminemment chez les disciples de saint François , où je veux me retirer : si c'est /'amftiaon, où peut" elle être mieux que dans un ordre qui Rt la fortune de Sixte iV et de Sixte-Qutnt ?
Ses amis comme ses parents ayant épuisé leurs représentations, et sa mère surtout, après la résistance la plus opiniâtre, ayant
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enfin donné sODConsentementi il partit pour UrbinOi à dessein d'entrer au noriciat : il avait alors Jii-huil ans» et des lumières qui le mettaient à Tabri d'une démarche incon* sidérée.
Son débat dans le cloître lui ^agna tous les cœurs. Il y parut avec cette sainte liberté qui caractérise les enfants de Bieu» et il j porta cet air de candeur et de gaieté qui dénote une Ame sans nuage et sans feinte. C'est «alors qu*il prit le nom de François- Laurent.
Toujours ami de ses devoirs, toujours ennenii de la dévotion minutieuse» il servit Dieu comme un père qu'on aime, et non comme un matlre qu'on redoute. L'état de novice ne le gêna pas plus que celui de profès : Je ne suis jamais plus libre^ disait-il souvent» que lorsque fai des obtigalions à remplir^ parce que je me' fais un plaisir de iout ce que je dois faire.
Il s'accoutuma de bonne heure à ne répondre jamais qu'avec justesse et précision i « Ses reparties sont vives» » disaient quelquefois ses supérieurs; « mais il y met tant de raison qu'on ne peut s'en offenser, ti
On le Qt passer successivement à Pesaro» è Recanati» a Fano» pour y étudier la philosophie et la théologie» et il s'appliqua à cette double science» avec la aifférence qu'on doit mettre entre ce qui élève l'Ame» et ce qui amuse l'esprit. Lorsque d*écolier il devint maître» il enseigna le scotisme tel qu'il est » mais ajoutant des réflexions oui en combattaient les opinions ou qui en faisaient voir la singularité. Ses disciples l'adiQiraient autant qu'ils l'aimaient.
Jamais on ne l'entendit se plaindre» jamais on ne le vit cabaler. Etranger aux intrigues» comme aux affaires du siècle» il n'aimait qu'à se renfei mer dans ses devoirs. Son humilité le garantit toujours de l'ambition ; les promotions qui se faisaient dans son ordre au temps des élections ne l'intéressaient nullement : Peu m'importe^ disaitil» que les supérieurs changent y puisque la religion ne doit jamais varier. Elle fui tou* jours sa boussole, et c'était le vrai moyen de goûter la solitude et d'en connaître les douceurs.
il fut appelé à Rome pour y faire ses études» et il les termina avec le plus grand succès. C'est là qu'il eut pour professeur le P. Antoine Luoci » et pour directeur le P. Ange Sandréati» tous deux morts en odeur de sainteté. On l'envoya» par la suite» ré{^enter à Ascoli» à Milan et à Bologne, la philosophie et la théologie; et dans cette dernière ville» le P. Marc Giannechini, dé^à mis sur les rangs pour être un jour béatihé, fut son disciple chéri.
Sil meublait alors son intelligence des connaissances les plus exquises et les plus sublimes» il communii]uait son esprit à une multitude d'élèves qui perpétuèrent sa mémoire et qui la chérirent.
On jugea que le séjour des provinces no suffisait pointa son mérite» et ses supérieurs s'empressèrent do le rappeler à Rome pour
demeurer au couvent des Saints-Apôtres» et pour professer la théologie au collège de Saint-Bonaventure» fondé par Sixte^îuint:
il avait alors trente-cinq ans. Il remplit cette
Elace» non comme un personnage décoré des onneurs du doctorat» mais comme un hom<* me docte dont l'enseignement répandait le plus grand jour sur les matières les plus obscures. C'est alors que son directeur lui
Eronostiqua sa future élection en le relenant Rome, car il voulait en sortir» et qu'il lui dit en termes formels :. Que Dieu avait de grands desseins sur sa personne.
Quoique Ganganelli fût sur le plus brillant théAtre du monde» associé par son rang comme par son mérite à la première uni*' versité, il ne chercha que Tombre du cloître» et il n'aima qu à vivre ignoré.
Cependant ses talents Te décelaient malgré lui» et» s'il ne devint pas général de son ordre» c'est qu'il s'obsUna toujours à refuser cette dignité. Je vous conjure de n*étre point pour mot» disait-il aux religieux français qui» dans les différents chapitres , voulaient lui donner leur voix» mais d'être toujours constamment mes amis : Non sitis pro me, sedsitismihi:ri il craignait $ans doute gue la place de général ne 1 arrachât à ses livres;. et comme ii était extrêmement assidu au chœur» il ajoutait en riant : Si vous me met* tez en place^ je n'y paraîtrai plus. Mais par la raison qu'il était universellement estimé et chéri» il enlevait les suffrages pour ceux qu*il croyait les plus capables de gouvernerj on s'en rapportait aveuglément à sa décision. Lorsqu'il devint procureur-général des missions^ il fit transporter à Rome ie^collé^o que son ordre avait à Assise » pour former les religieux aux missions étrangères.
Quelques entretiens familiers» quelques lectures amusantes» quelques promenades solitaires lui rendaient l'elaslicité dont il avait besoin quand il se sentait épuisé par le travail. Il allait de temps en temps converser avec lui-même dans le jardin des Capucins; et c'est là, si l'on doit ajouter foi à une tradition populaire et donner dans le merveilleux» quun certain fière George de Viterbe qui vivait alors, et qui est mort depuis en odeur de sainteté» se jetant à ses pieds pour lui demander sa bénédiction» lui dit : « C'est è raison de ce que vous serez un jour que je vous supplie de me bénir; car vous deviendrez Pape» et après avoir régné autant de temps que Sixte-Quint»
vous mourrez d'une mort violente, et vous n'ouvrirez point la Porte sainte (de la basilique de Latran). »
- Quoique Ganganelli s'efforçât de mettre une barrière entre le public et lui» sa cellule était le fréquent rendez-vous des savants, des cardinaux.
Ce fut sous le règne de Benoit XIV que Ganganelli devint consul teur du Saint-OiTice» place importante h Kome» qui exigeait beaucoup de connaissances pour la remplir avec distinction» et qui donnait un lustre encore bien plus éclatant, lorsqu'on la devait (lu choix de Lamberlini.
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DES PAPES
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On n*a point oublié que ce Pontife, mettant un jour la main sur la (été de Ganganallî, dit à sou général : Tenez grand compte dj ce petit Frère^ ievous U recommande forte* ment. 9. Fait gran contodi questo FraietiuciOf ri le rnccommendo forlemenie,»
I^ confiance au*on avait dans les lumières de Ganganelli I appliqua souvent à des études qui n*a?aient nul rapport avec ses emplois : il lui fallut approfondir les questions qu*on traite dans les diverses rongrégalions, telles uue celles du Concile, de llndex, des Riteê^du Goutemenwnt de VEgiise^ de VExa^ tnen éee évéques. Et | onr ne fias donner des décisions au hasard : Je crains tellement de me tromper, disai l-i I, que j'emploie trois jours à es qui n^en exigerait quun, quand on me demande un avis important. Le malin le surprit plus d*une fois la plume h la main» lorsqu'il croyait encore nôtre qu*au milieu lie la nuit » et surtout lorsqu'on l'appliqua h la correction des Livres orientaux. Il n'y avait pas un seul de ses moments qui ne fût utilement employé; on le voyait tous les samedis à la bibliothèque du cardinal Passionci,y feuilletant les livres les plus rares, y faisanldes extraits et y écrivant des lettres. Tout autre oue lui eût succombé sous un pareil travail; et, au lieu de prendre du relâche de temps en temps, il faisait sa recréalion de l'étude du droit canon.
Benoit XIV, encore plus canoniste que théologien, ap)>elaii souvent le Père Ganganelli pour avoir son avis : Il joint, observai t-jU une mémoire itnmense à, une vaste érudition ; et ce qui fait plaisir, e'eêt qu'il est mille fois plus modate quun homme qui ne sait rieti, et qu*on croirait qu'il n^a jamais gardé la retraite^ tant il est gai.
Le Père Ganganelli allant un jour à Assise recueillir l'esprit de son fondateur, qui naquit et mourut dans ce lieu, rencontra un l»ay5aadont il fit sa compagnie pendant plus d'une heure. Ils marchaient bonnement, discourant ensemble, lorsque le paysan, après t avoir entendu parler, lui dit : Cest aomr mage (fuevousne soye%qu*un Frire convers (il jugeait de lui par son extérieur négligé), car il me parait, mon frère, que si vous aviez étudié^ vous pourriez bien être comme Sixte^- Quint. Nous avons son portrait chez nous, et je trouve que vous avez son air.
Il était temps que les honneurs vinssent chercher Ganganelli, ou plutôt l'investir; car il (allait qu'ils lui fissent violence pour qu'il ies acceptât. Des appréciateurs du vrai mérite voulant augmenter la gloire du Sacré Collège (le curps le plus fécond en grands hommes), le proposèrent à Clément XIII, cest, lui dirent-ils, le religieux le plus hum^ Me. te plus savant^ le plus laborieuXf et c'est honorer la pourpre romaine que de Ven dé^ corer.
Le Souverain Pontife n'eut pas de peine k se déterininer. Outre que c'était lui faire plaisir que de lui proposer de dignes sujets. Il connaissait par lui-même et par les notes favorables de Benoit XIV »on prédécesseur, le coosulteurdu Saint-Office, (rovt^anf //t.
Diction il. des Papes.
Ce fut le neveu du Pape, Rezzonico, connu sous le nom de cardinal Patron , qui l'envoya chercher au couvent des Saints-Apôtres, et oui, après lui avoir demandé si son travail était en règle, s'il n'avait rien à se reprocher, lui déclara d'une manière propre à l'intimider : « Qu'on avait dit au Saint- Père bien des choses sur son compte; qu'il hésitait de lui intimer les ordres de Sa Sainteté, dans la crainte de lui causer une trop grande révolution ; que cependant il ne pouvait s'empêcher de lui apprendre que, dès l'instant même, le Pape voulait absolument mais absolument qu'il fût cardinal. »
Le dénoûment de cette nouvelle à laquelle Ganganelli ne s'attendait pas, et qui lui faisait croire, comme il l'a dit plusieurs fois, qu'on «avait indisposé le Saint-Père contre lui, fut un coup cie massue qui parut l'atterrer. Il tomba aux pieds du cardinal, et lui dit tout étonné : Ce n'est point une fausse humilité qui m'engage à vous déclarer
Ïue je ne mérite nullement cet honneur, mais I conviction que j^ai de mon neàfU et de mes imperfections. J'ose vous protester, ajoutat-il, que cette promotion ne fera point a'Aonneur à Sa Sainteté, qu'elle troublera mon repos par les envieux qu'elle me suscitera, et que si le Pape veut honorer l'ordre de la pourpre, il y a plus de dix sujets dans le couvent que j'habite qui méritent , à tous égards, beaiAcoup mieux que moi cette singu" Hère faveur.
Quand le cardinal lui eut répondu que le Saint-Père avait prévu son refus, et qu'il lui ordonnait, sous |>eine de désobéissance, de se soumettre à sa volonté, il n'y eut plus moyen de résister, et Ganganelli, confus de son élévation , vint apprendre , presque en tremblant, cette nouvelle à ses confrères : Sa Sainteté me nomme cardinalf leur dit-il; mais ne vous effarouchez point, à la vue de celte dignité. Je vivrai toujours au milieu de vous, comme un d'entre vous, toujours votre serviteur, toujours votre ami, ne vous laissant jamais apercevoir que f ai changé d'état.
II répondit avec esprit au cardinal Rezzonicot qui voulait lui donner un auditeur, un maître d'hôtel ou chef de cuisine : L'auditeur étant une personne de confiance^ Votre Eminence trouvera bon que je le choisisse à mon gré, et quant à mon chef de cuiiine et à mon maître d*hôtel^ ce sera le frère François qui me tiendra lieu de tout, comthc par le passé, car je suis déterminé à toujours vivre en simple religieux, « Per credenciere^ per coco ho ilfrate Francesco ebasta cosivolendo semper vivere da religioso. »
Il m'est impossible de voir le cardinal Gangonelli^ disait un niilord qui la visitait fréquemment : Je nt trouve jamais en lui qu'un rdigieux rempli d^humilité.
A peine fut-il élevé h la pourpre, que Clément XIII, enchanté d'avoir fait cette promotion, ne pouvait contenir sa joie, et qu'il dit au cardinal Galli, en levant les reux au ciel : Nous bénissons Dieu de ce quit nous a
DiCTIOMNAIRC
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inspiré U désir de Fassnritr au Sacré Collège^ d^auiasU mieux que iaui U peuple fa déjà i/esigné pour notre successeur : « iMja nomi naio tf nosiro suecessore. » Il est vrai que les Romains comme les étrangers même crojaîent voir en lui le Pape futur.
Le marquis d'Aubeterrc» ambassadeur de France è Rome, dont les paroles furent toujours pesées, ne faisait pas difficulté de dire publiquementque le cardinal Ganj^aneili élait du Sacré Collège , celui qui méritait mieux occuper le trône pontiUcal, et c*est en conséquence de la haute opinion qu'il en avait qu*il s'intéressa vivement à son exaltation.
L'abbé Richard s'exprime k son sujet sur le même Ion dans son Voyage d'Jialie^ après avoir parlé de son goût |)Our les livres et de la considération inOnie dont il jouissait.
Bientôt les visites de cérémonie, les cnnsullations, les fonctions cardinalistes, vinrent troubler sa chère solitude rmais il économisa toujours son temps de manière à pouvoir étudier : La nuit est une bonne amie sur tafuetleje compte^ disait-il lorsqu'on l'avait distrait *|)endant la journée ; elle réparera le dommage qu*on m^a causée en me faisant part de ses keures et de son silence^ pour tra^ vailler tout à mon aise*
Les diverses congrégations qui se tiennent k Rome successivement ne faisaient que répéter les décisions du canlinal Ganganeili ; il en était l*tme et le flambeau, il y parlait avec autant de clarté que d'érudition, e^mme un homme qui avait fait une ample provision de connaissances et d'idées, et qui avait des principes inébranlables.
C est ce oui me console de me voir dans la tlasse des Èminences^ disait le cardinal Ganganeili ; car on doublerait et triplerait les honneurs du cardinalat dont je suie environnéf igoutait-il en parlant à un religieux du couvent des Saints-Apôtres, que js n'en serais pas moins le tris-humble serviteur du dernier des fnalheureux. Mon Ame aurait^' ellt donc changée^ parce qu* on m'appelle E minence f II me semble que je suis toujours le même individu qui naquit à Satut-Arcangelo^ et que mon être n'a pas plus d amplitude quil en avait avant ma promotion.
Ses lumières encore plus que sa dignité le mirent en relation avec des hommes de tous les climats, distingués par leur naissance et par leurs talents. Tantôt on le sollicitait comme le cardinal le plus obligeant ; tantôt on le consultait comme celui du Sacré Collège qui saisissait mieux une affaire, et qui en rendait compte avec plus de précision.
Toutefois ses correspondances lui pré(iaraient insensiblement, sansqu'ils'en doutât, le rang suprême que la Providence lui destinait. On entendait dire en Angleterre, en Russie comme en Portugal, qu'il n'y avait que la cardinal Ganganeili qui Dût* en de* venant Souvtrain Pontife, pacifier les esprits. On le regardait de toutes parts comme celui qui serait un jour l'anue de paix et qui
réroncitierait la cour de Rome avec mi.). versai res. ^
Lui >eul ignorait les jugements se»\ avantageux qu'on portait sur son coiii|»ti», h tandis qu'on le préconisait déjà cuDitue le Pape futur, il se renfermait en loi-iuème h il ne se communiquait que pour ré|)aiidrf des lumières et |)our exercer des actes d'hv* milité.
C'est ce qui paraît dans une lettre qu'il écrivait è un de ses amis en 1766. Hus m • voulu m'élever^ lui marquait-il, et plusit dois m'humilier. Malheur à moi si^ consiié^ rant autre chose dans ma dignité de cariUsël que Fobligation de défendre F Eglise su prix même de mon sang^ je m*en préwdais pour m livrer à un vain orgueil^ ou pour me rtfekrt ^illusions»
Un cardinal de F ordre de Saint^FrttBçoî$^ tel aue moi, et dans des temps aussi peu /àiorables aux religieux^ ne doit s^occuper qseéi faire le bien selon son pouvoir^ sans rhtrcktf à se produire^ sans jamais désirer de iowr de sa simplicité.
Un prêtre^ et surtout un religieux^ qui c de Fambitionf ne mérite que le mépris: nttt vie est-elle donc étemelle^ pour en faire f»a bonheur.
On porte la larrelte^ on porte la tiare ffts^ dani quelques malheureux jours^ fastiéieu par des servitudes: on est vivement afitépsr des orageSf après quoi Fon iombe déai a gouffre universel^ où les personnes et îtsri noms vont s'engloutir. Cela mériie-î'il é&»< la peine de perdre son âme en désirast i0 honneurs si frêles et si rapides.
La pensée de Fétemité m'a toujours guiri de Fan^bition; quand je considère le seinèe Dieu même comfne devant être $non repot^)i n*ai pas le courage de souhaiter mu gUm aussi frivole et aussi passagère que celle iss titre ou d'un rang.
Toute ma satisfaction est de jouir dwu es* cellent livre ou de la conversation de qsdque homme de bien qui m éclaire^ et qui mèdifie.
Et si quelque chose doit flatter Ihsmmt dans un rang oà la fortune l éléte^ cesi te pouvoir d'y faire du bien; autrement on n* te voit élevé que pour irriter les peiits et pesr se rendre odieux.
Son cœur fut tooiours ouvert aux malbea* reux, et il disait, à ce sujet, qae son Imc, [Mr une Sjrmpathie dont il n'était pas oulirr. s'identifiait avec tous ceux qui souffraicat
Dans le conclave de 1769, il y avaii bo parti considérable |)Our Chigi, petit neffu d'Alexandre VU, et le cardinal Gàt^caoeth, quoique sans intrigue et sans ambition, rat le même triomphe que Sixta^)uiQl, è\th avoir |)orté le même habit* Il fut proclafr.e Pape le 19 mai 1769 et pnt la nom deUcment XIV.
Quand le doyen du Sacré Colt^ lai demanda s'il acceptait la i)a|)auté,il répoodit: qu'on ne devait ni la désirer^ ni la refuser, et il dit è quelques cardinaux : // faut fse celte place ne soit pas actuellemtnt êica cr