SOI
CLE
DRS PAPES
CLE
eeU€mi€f puiMOuon veut en charger un pauvre rtUgieux deSaini-Françoif.
Il tsl îDcroyable combien le peuple romain fit éclater sa joie, lorsque le cardinaldiaare vinl, selon Tusa^e, annoncer à liaule voix : « Vous avez pour Souverain Pontife François-Laurent Ganj^auelii, qui s^est iiu- |K>sé le nom,de Clémenl. »
On n'entendit que des cris d'allégress(*« et il n*y eut jamais un triomphe aussi marqué* Atloru iuilo il tnando era infervorato^ e $i credera cke it secolo doro ricommincir a da capo. Alors tout le monde était transporté» écrivait une dame anglaise à une de ses aaï\es^ et Ton s'imaginait que le siècle d'or allait recommencer.
I! prononça, quelques jours après son avènement au trone pontificali un discours digne da son cœur et de son génie. Après avoir exposé qu'on voyait dans sa personne c^oiwiifR^ U néant pouvait devenir quel(fue chose entre Us mains de Dieu^ il s'éleva insensiblement jusqu'à déployer Ja puissance et les prérogatives du souverain pontiQcat, et lorsqu'il eut tracé le plan au'il se proposait dans le gouvernement de l'Eglise, il nnit par ces paroles énergiques : Sicjuvante Deo^ g^emabimus Ecelesiam mi/t/on/em, ni non amittamus triumphaniem.
Chacun s'empressa de le combler d'éloges» et ce fut k cette .occasion qu'il dit au tribu* nal du Saint-Ofllce, lorsqu'il le complimentait : Le Sauveur du monde fut béni à son entrée dans Jérusalem » et bientôt après on detnanda sa mort! Pour mot, mit suis son vicaire^ je pourrais bien stêbir te même sort dans Fétat funeste oà sont les affaires de l'Eglise.
Jamais Pape n'avait été élu dans un temps plus orageux. Le Portugal, vivement irrité contre Rome, comme n'en ayant pas reçu la satisfaction au'il désirait dans ce qui concernait les Jésuites, méditait les moyens de s'en tenir k un patriarche et de ne plus comoiuniquer avec le Pape que par la voie des prières. L*Es[iagne, qui exij^eait à toute force leor abolition, tonnait continuellement a a près du Saint-Siège, et laissait entrevoir quelque démarche funeste à la cour de Rome. La France, en possession d'Avignon depuis quelques années, et vivement irritée de la manière dont on avait (raité le duc de Parme , s'unissait k l'Espasna \^\xt faire éclater en toute occasion Ta grandeur de son resseotilnent. Naples, soutenue par les autres couronnes et |iar un ministère plein de vigueur, retenait Bénévent ,' Ponte<* Corvo, et menaçait de |)ousser plus loin ses llinites. Parme, la pierre d'achoppement, exigeait une rétractation de la tiart du Pape même, comme une j*istice qui lui était due. Venise prétendait réformer les communautés religieuses sans en conférer avec Rome ; la Poiosjne avisait aux moyens de diminuer les privilèges de la nonciature, et de mettre oon^équemment un frein k Tautorité papale; les Romains eux-mêmes murmuraient do v«iir leurs possessions devisuir la proie des èiraogers ; et pour comble de maux, un es-
prit de vertige rénanau de toutes parts attaquait les rois, les Pontifes, Dieu loimèmei et rangeait le christianisme dans la classe des chimères et des superstitions. Quel coup d'œil pour le chef de l'Eglise 1
Clément XIV commença par adresser des vœux au Ciel pour les besoins de l'Eglise et de l'Etat ; et, pleinement occupé de réparer les brèches qu'un zèle indiscret avait faites k la religion, il écrivit k tous les monarques, leur montrant uneAme pacifique et les intéressant vivement (lar la tendre affection qu'il leur témoigna. Il nomma le cardinal Palavicini son secrétaire d'Etat, comme un minisire agréable aux couronnes; mais bien résolu de j^ouverner lui-même, et de prendre sur le lait tous les agents subalternes au moment qu'ils malverseraient. Rien^ dit-il, n^est à négliger lorsqu'on est souverain; les plus petits objets ont des ramifications qui s'étendent jusqu'aux premières racines.
Il fit diminuer le prix du pain, de la viande, de t'huile, du savon. Il refusa le présent qu'on offre aux Souverains Pontifes pour le tabac, en ordonnant d'en faire un meilleur usage
Un secret inviolable dérobait k ses plus intimes amis la connaissance des projets qu'il méditait , et les nouvellistes étaient obligés de se nourrir de conjectures et d'avouer que le pontificat de Ganganelli n'était pas celui des curieux. C'est ce que répondit un cardirial k une dame romaine, qui le persécutait pour savoir ce que deviendraient les Jésuites.
Personne n'ignore que ces Pères, fondés
K or saint Ignace de Loyola, et approuvés par aul III l'an 1540. eurent dès le moment de leur naissance de grands amis, et de puissants ennemis.
Clément XIV se trouvant précisément eu centre des plaintes et des éloges qu'on fai« sait de la Compagnie de Jésus, voyait tout k la fois des motifs pour la détruire et des rai« sons pour la conserver. II savait que depuis son établissement la plupart de ses membres travaillaient avec un zèle infatigable pour prêcher les peuples, pour enseigner la jeunesse, et que, selon l'exposé mèm.ederévèque de Soissons (Fitz James), dont le témoignage n'était pas suspect, ils vécurent toujours aune manière vraiment exemplaire. Mais il savait en même temps qu'on lui reprochait de commercer^ de troubler ta paix^ d'avoir une morale relàckée (ce sont les teimes de son bref), et que c'était Sa Majesté Chrétienne,Sa Majesté Catholique, Sa Majesté Fidèle, qui, après les avoir expulsés de leurs "Etats, sollicitaient vivement leur destruction.
Autant de griefs qu'on devait peser au poids du sanctuaire : aussi Gans^anelli, toujours modéré, prit-il la terme de quatre années pour supputer les avantages et les inconvénients d'une [lareille démarche, malgré les instances journellement réitérées des iiinces et de leurs ambassadeurs, malgré es murmures d'un public toujours impatient .
CLE
CLE
Le premier soin du Ponlife fal de ramener le Ponugal» qui s*éloignail de la cour de Rome de plus eo plus. On ne le vil poini alléguer sa dignité pour se dispenser de faire la première démarche. En père tendre comme en homme éclairé, il alla lui-même Au-devant des Portugais, et il fit si hien, que la cour de Lisbonne reçut un nonce et reprit pour celle de Kome son ancienne alteclion.
il avait été couronné dans la basilique de Saint-Pierre» le k juin 1760, au milieu des acclamations ; et le 26 novembre de la même année, il prit possession de Saint-Jean de Lstran^avec la magnificence attachée à cette pompeuse cérémonie^
Il fallait, selon Tusage, expédier la bulle du Jubilé que chaque Pape a coutume de donner à son exaltation. Celle de Clément XIV fut un chef-d'œuvre d'éloquence et d'instruction. On y trouva cette piété mâle et lumineuse qui caractérise les âmes élevées , et chaque nation se lit un plaisir de la lire et un devoir de la conserver. L'amour de la paix qu'on y recommande à tous les fidèle^, et qui en fait la substance, eût étouffé toute dispute, si la modération chrétienne dirigeait les esprits, et si tes hommes, au lieu de n'écouter qu'eux-mêmes, voulaient avoir le véritable esprit de la religion.
Ce fut pour l'affermissement de cette paix,
Sue Clément, par un trait qui n*a pas 'exemple, et qui le couvre de çloire, omit de lire la bulle In Cœna Domint.
Cependant les Anglais, les Allemands, les Français, les Russes, les Hollandais, les artistes, les savants» en abordant Clément XIV, ne cherchaient que Ganganelli. On connaissait son mérite, on éiait instruit de ses ta* lents, et l'on était curieux de voir un disciple de saint François, qui, dans le temps le plus défavorable aux reli^^ieux, avait été préféré pour la tiare, aux princes romains, et aux fils même des rois.
11 recevait les hommes de tous pays, comme s'il fût né dans tous les climats : il leur parlait comme si son langage eût toujours été celui d'un père et d'un souverain; et c'était alitant d'admirateurs qui publiaient de toutes parts ses rares qualités. Peut-être n'y eut>il jamais un Pape aussi généralement connu que Clément XIV.
De misérables monopoleurs, le fléau de l'Europe, affamèrent l'Etat ecclésiastique pour nourrir leur insatiable cupidité, et &• rent passer chez les Vénitiens des provisions destinées à la substance des Romains. Ganganelli usa de toute l'activité possible pour ramener l'abondance, et il y réussit : Rome reprit son allégresse et son bien-être, chacun bénit l'auge tutélaire qui veillait au salut des malheureux.
Il est vrai, qu'en se multipliant en autant de secours qu il y avait de besoins, il pourvut & tout, et qu'en faisant donner des semences aux cultivateurs ; qu'en diminuant la taxe des denrées, il coupa la racine du mal : J'auraU bien mauvaise grâce, disait-il
un jour au cardinal Stoppani, de tie pos souiager les indigents, moi qui sttis venu au monde longtemps avant ma fortune^ et qui fus un pauvre religieux de V ordre de Saini-Fran* çois^ .
Laissez, dit-il une autre fois à un de st's chevau^légers, laissez approcher ces-bonuts gens qui veulent me voir : leur gmour propre e£t flatté d'apercevoir un homme ordinaire, parvenu à une telle élévation.
11 ne vit pas indifféremment les Cordeliers français reprendre les constitutions et l'habit des Conventuels, que te cardinal d'Amboise leur avait ôtés lorsqu'il les réforma. Cela augmentait le nombre de ses anciens confrères qu'il aima toujours tendrement, et il été charmé de pouvoir entretenir parmi eux une honnête émulation. On vit |)arattre un bref tout écrit de sa main» au sujet de cette réunion qui fut glorieusement cimentée, et on le vit lui-même présider au chapitre général, en père qui rassemble des enfants chéris, et qui leur parle dans l'effusion d'un cœur pénétré.
Ce fut un spectacle attendrissunt que l'humble Ganganelli devenii Pape, environné d'une multitude de religieux de tout fige et de toute nation, dont les uns excités par la curio.sité, les autres par le respect^ tous par l'attachement, savourAient le plaisir inestimable de Tentendre et de le contempler. Un habile peintre eût fait de ce point de vue le plus excellent tableau. C'était, au milieu des extases, à qui l'approcherait, tant 1 impression deses lumières, de ses vertus, de sa dignité agis.sait puissamment sur les cœurs et sur les esprits.
On le conduisit, selon ses désirs, à son ancienne chambre dont il garda toujours la clef, et c'est là que l'idée de ce qu'il était, le souvenir de ce qu*il avait été, atteadrirent son âme et baignèrent ses yeux.
Le P. Marzoni , son confrère, le voyait souvent, et ne cessait de l'admirer* L'assiduité auprès des grands homtxies, est la Eierre de touche pour bien les connaître, anganelli, toujours vide de Tesprit du monde, toujours rempli de celui de Dieu, n'avait de moments heureux qu'autant qu*il les unissait à l'éternité ; mais chaque heure de sa vie lui paraissait aussi précieuse que la dernière, et dès4ors, toui son temps était sagement employé.
Jamais l'éclat de son trône ne Téblouit : Saint Archangelo, disait-il, faii dîsparaifrc Rome à mes yeux, et toute la magnificence extérieure qui m'environne ne nCempéehe pat de me rappeler ma cellule et mon cloUre. Il ne voulut être servi que comme un simple religieux. Le repas le plus frugal» qui ne valait guère mieux que la portion orainaire du couvent des Saints-Apôtres, ei pré|iaré des mains du bon frère Françoiêf le réduisait à manger uniquement pour subsister.
Lorsqu'on lui représenta que la dignité papale exigeait plus d'apprêt» il se conteuta de répondre : Nisaint Pierre ni saint François ne m' ont point appris à dîner splendidement; et lorsque le chef de cuisine vint le
CLË
DES PAPES
CLE
zm
supplier de le conserfer, il lui ûk : Vous ne ptrdreK pat voê appoinitment$t mais pour vouê meure m exereiee^ je ne perdrai pas
Bieo oe put jamais le distraire de ses aa-
Î;us(es fonctions. On le vit toujours à toutes eschafielles papales donner les marq^ues de la plus haute piété, célébrer les saints mystères, comme on Pontife qui exerce réellement le sacerdoce de Jésus-Christ, l^rier dans un esprit tout brûlant de ramoor.divin, et édifier tous ceui qui Tap* prêchaient. Rome n*a pas oublié que, descendant un jour de son équipage, poursuifra le Saint-Sacrement jusque dans le triste réduit d'une |)auTre femme, il lui lit Texhortation la plus |)athélique; et qu*il la {sralilia d'une somme digue de sh générosité : Un Papef disait-il, n'est pas le chef de VE* gli$tt pour vivre en prince du mondct mais pour servir les autres et pour se sanctifier lui-même. Aussi neconnul-il point cet esprit de domination si condamné par saint Pierre, et oui des ministres de Jésus-Christ fait des esclaves. Les prêtres comme les religieux Irouvèrent en lui un père toujours prêt à les écouter» un ami toujours sensible à leurs (KMoes comme k leurs besoins.
On lui reproche d'avoir été trop indulgent h l'égard des religieux qui quittent leurs cloilres, et qui demandent des brefs de sécularisation ; mais il savait qu'un moine raérootent est un scandale perpétuel dans une communauté, et que la charité veut qu'on coiD|iatisse au malheur de ceux qui s'en- Ksgent dans des cloîtres, ou par dépit ou fiar légèreté.
Clément ne pouvait résister au plaisir do donner; son cœur l'entraînait malgré toutes les réflexions, et il fallait pour le tranuuilliser, qu'il s'épanchAt dans le sein de rindictent : une belle Ame est une source de richesses pour les malheureux. Ganvanelli n'en connut point qu'il ne les assistât. Il leur disiribuait de l'artfent, il leur faisait faire des habits, et il disait que la seule chose qui le contrariait, lorsq^n'il vivait dans le cliiltre, c'était de n'avoir pas la faculté de donner. Aussi, s'écria-t-il avec transport, lorsqu'il devînt cardinal i Ah! du motW, pourrai'je quelquefois secourir mon pro^ chain.
Pour peu qu'on le vit sortir, on s'apercevait aisément qu'il était libéral. Les pauvres focmèrenJ toujours la plus grande partie de son cortège. 11 s'épanouissait en lea vojaut; souvent même il leur parlait avec celte bonté qui donne aux moindres paroles un prix infini.
Les louanges, qu'il appelait l aliment des petits esprits^ et la firianaise des faux dévote^ lui étaient insupportables. Il déiendaît qu'on, lui adressAt aucun éloge.
Que me demandex-vous^ dit-il une fois à unablié qui lui Al un beau compliment, car on ne loue pas les souverains sans intirét ? (e qull y a de sAr^ c'est que je ne vous accordemi rien^ fkumiliti chrétienne me défend de Uiompenser un flatleur qui travaille à me
donner de V orgueil. Dites^moi la vérité^ et je vous avancerai. Ni les louanges^ ni les satires ne changent pas VindividUf et je crains tou^ jours qu'on ne me trompe^ ou qu'ont ne me joue^ quand on vient m' encenser.
Quelquefois, las d'avoir trop médité, il se retirait avec le frère François dans un bosquet inaccessible aux regards; ils se rappelaient avec bonheur les anecdotes du cloître, et Ton eût dit è les entendre qu'ils étaient parfaitement égaux. Un jour, en le montrant, il répéta jusqirà deux fois : // a gardé son habitf il est plus heureux que moi qui porte la tiare. On a voulu me faire PapCf et je crains bien»., (il n'acheva pas). Du reste^ il faut se soumettre à ce que Dieu veut.
Le public s'imaginait au'il perdait de vue la grande affaire des Jésuites, que, selon l'usage de la cour de Rome, il ne cherchait
3u'è gagner du temps ; maisdepuis le moment esoo exaltation, il ne cessa de s'en occuper. Tantôt il faisait ouvrir les archives de la propagande, pour consulter les Mémoires du cardinal de Tournon, de MM, Maigrot, de la Beaume, et ceux des missionnaires Jésui* tes : tantôt il se faisait lire les accusations contre la société, et ses apoloj^ies. Il n'y eut
Sint d'ouvrages importants, contraire et rorable à la Compagnie de Jésus, dont il ne prit une connaissance exacte ; et se défiant également des éloges et des satires, il n*alla chercher les preuves qui devaient le décider, ni chex des critiques, ni chez des panégyristes. Il fit demander au roi d'Espagne la correspondance de Philippe 11, avec Sixte-Quint sur le compte des Jésuites, dont on méditait dès lors la suppression. Jamais homme ne fut plus impartial, se détachant de sa propre volonté, se dépouillant de tout ce qui respirait la prévention, il jugeait comme la postérité.
Laissez-moi le loisir d examiner la grande affaire sur laquille je dois prononcer ^ réuondit-il aux souverains qui le pressaient <lc se décider. Je suis le pire commun des fidèles^ surtout celui des reliaieux^ et je ne puis détruire un ordre célèbre^ sans avoir des ratsons qui me justifient aux yeux de tous les siècles^ et surtout devant Dieu^ je ne veux point être exécuteur^ mais juge.
Il manquerait quelque chose à sa gloire, s'il n'eût pas contribué à l'embellissement de Rome, cette ville si susceptible d'ornements, si fécondes en richesses propres h la décorer : mais jaloux de marcher sur les traces de Charles-Quint, de Paul V, de Benoît Xiy, il composa un Musœum de tout ce qui peut satisEaire la curiosité des anti quaires et des voyageurs,^ c'est-à-dire des choses les plus rares qui sortirent do la main des anciens.
On eût dit que Rome, jalouse d'honorer son pontificat, s'empressait de mettre au jour des chefs-d'œuvre qu'elle recelait dans son sein. Il n'y eut pas d'années qu'on ne trouvAt en creusant, des vases, des urnes, des statues d'un prix infini, et qu'on n'augmenlAtde ces restes précieux la superbe collection commencée sous Lambertini
CLE
CLE
Jamais il ne fit le moindre préseni à sa famille. Quand on m'aura demandé des fra* gaieiteSf dil*il à un chanoine de Fossem* brone^ et au P. Buonteropi qui le sollicitaient d'envoyer quelque chose à sa sœur « on exigera des choses plus importantes.
Dur à lui-même, indulgent pour les autresi ne connaissant les commodités de la ▼ie que pour s*en priver, il s'en tint exactement aux termes de saint Paul, qui nous recommande d*userdes choses créées, comme n*en usant pas.
L'impératrice de Russie, dont les domaines s'étendaient déjà si loin, frappée du mé« rite de Ganganelli, lui écrivit dans les termes les plus honorables, pour lui demander un évoque catholique, qui gouvernAt dans ses Etats les prêtres et les religieux du rite romain.
Le roi de Prusse lui-même, par une prédilection marcjuée pour Clément XIV, lui accorda ce qu il avait persévéreroment refusé à Benoit XIV et à Clément XIII ; une peroiission, à Tévêque de Breslau, de visiter une partie de ses diocésains, privés depuis nombre d'anqées de la présence de leur pasteqr.
Il n'jr eut pas jusqu'au sultan qui régnait k cette é|)oque, prince vraiment éclairé, qui ne l'estimAt : if dit un jour à un ambas- .^adeur de Venise: «Si tous vos Papes étaient comme le Pontife que vous avez maintenant, l^os patriarches grecs n'auraient pas tant d'éloignement pour la cour de Rome s c'est Mn sage dont j'estime beaucoup la droiture et les lumières, et qui ne tombera pas dans la foule, n
Ues Catholiques irlandais se ressentirent de ses liaisons avec le roi d'Angleterre. Ils nefurent point persécutés sous son pontificat, comme ils l'avaient été précédemment : c'est ce que lui dirent les Cordeliers venant d'Irlande pour la tenue du chafiitre général; Il voulut de les combler d'amitié , en dédommagement de ce qu'ils avaient souffert pour la loi.
On fit par %^& ordr&s plusieurs réparations auportd'Ancone,àceluideCivita-Vecchia;et, % raison des encouragementsqu'il prodiguait aux hommes de talents, l'on employa sous SAS jeu^ cette fiimeuie machine qui, détournant les eaux du Tibre, fleuve aussi ^ofoud que fangeux, donna le moyen d'y puiser de précieuses richesses. On avait tenté ce protêt sous Clément XI, et Ton n'avait pu l'exécuter. Mais, ce oui mérite plus d'atten- Uon« c'est le soin qu il prit de la bibliothèque du Vatican.
Tandis que les esprits étaient p&rtagés sur le sort que \t^ Jésuites devaient subir, et que cette incertitude donnait lieu à mille conjectures et à mille propos , le Souverain Pontife* qui avait eu le temps d'examiner par lui<emême les accusations el les apologies, nommait une commission de cina cardinaux, et de quelques prélats, pour ! aider daqs l'exécution de ses proiets.
Marifoscht, connu par sadroilure et par si>s lumière^s; Zelada, par son esprit facile, et
subtil; Gasali, par son bon senset fiar sa fermeté ; Caraffa, par ses bonnes intentions, CassinJ, par sa candeur et par son équité, étaient les riirdinaux que le Pape avait choisis, et qu'il avait institués par un bref De rébus Jesuitarum agendiSf pour examiner les maisons et les anaires de la Société avec tout le zèle, toute l'exactitude et toute la discrétion qu'exigeait une pareille entreprise.
11 était à propos de joindre aux commissaires, des avocats, et l'on nomma ceux qu'on crut les plus propres à s'acquitter dignement de cette délicate frmction. Clément , comptable de sà conduite à Dieu, à l'Ë^lise, au public, au siècle^à la postérité, devaiteoi-» ployer toutes les formes eccléciastiques, civiles et judiciaires ; sans cette précaution on l'eût accusé de ne s'être décidéque par son propre esprit, et il fallait que tout l'univer*» fût témoin Je la manière dont il procédait.
Le Saint-Père avait indiqué des prières publiques, sans déclarer précisément son intention ; mais personne n'ignorait qu'elles avaient pour objet la Compagnie de Jésus. Il priait lui-même continuellement, se rendant presque tous les jours à l'église de Notre-Dame des Victoires, afin de recevoir les lumièresdontil avait besoin.
Si le Pape n'eût consulté que son cœur , il n'y a pas de doute, comme il la dit luimême plusieurs fois, qu'il n'eût adouci leur sort; mais il s'était décidé par les raisons les plus puissantes , gravissimis adducti causis.
La commission exerçait son ministère, faisait des visites, prenait des informations; et Clément paraissait n'avoir d'autre affaire, que celle aentretenir les étrangers, et de vamier à ses fonctions.
Cependant l'affiaire des Jésuites était è son point de maturité, et il ne s'agissait plus que de prononcer un jugement définitif sur leur sort. Clément redoubla ses prières, comme il le dit lui-mêmoi^ et dans la confiance que l'fisprit-Saint l'assistait par sa
f)résence et par son inspiration, il médita le iref au'il allait tracer : Diotiiî Spiritu^s^ ut conhdimus^ adjuti prœsentia et afflaiu.
Malgré les précautions du Saint-Père pour ne [»as se tromper, il se défiait encore de luimême, et, afin qu'on n eût jpoint de reproclies à lui faire, il communn^ua son bref à des théologiens et à des cardinaux des plus éclairés. 11 voyait qu'il allait éteindre un ordre fécond en grands hommes, qui avait produit des littérateurs» des missionnaires, des prédicateurs, des savants^des saints, en trèsgrand nombre et trop connus pour qu'où puisse le contester i qu il allait former un vide immense dans les cnaires comme dans les collèges, el qu'on aurait beauicoup de peine h remplir.
Il voyait en même {etnps que leur existence avait occasionné des troubles depuis leur berceau : Suo fne ab i^itio varia dissidiarum oc œmulationum semim^ pullullasse. C^ue les plaintes et les accusations contre la bociété ^'augmentaient chaque jour de plus en plus.
HES PAPES.
CLE
Ameii$ enim qnotidiemagit in prœdiciam so^ eittattm eiamoribuê et querelis ; que les rois an France. d*Espagne, de Portugal, des deux Siciles, s^étaient cru forclos de les ezftulser de leurs Etals» et qu'ils demandaient leur alwlitton : Etgen Francorum^ HUpaniarum , Luêiianiœf aeutriusque Siciliœ^ suis ex re- §ni9 soeios âimiUere coaeii omnes fuerint et exptttere; que le nombre d'évéques et autres personnages distingués par leur dignité, leur science, leur religion, avaient sollicité leur suppression : Epitcopieumplures^ aliique riri dignitate^ doctrinal retigione plurimum cAmspicui; qu'ils ne pouvaient plus produire ces fruits, aussi excellents qu'abondants , |iour lesquels ils avaient été institués : Prœdictam eoeietatem Je$u uberrimos , amplissimoique fhtctus et utititalem afferre amplius non posée.
Ce sont les propres termes du bref, auquel je n*ajoute rien.
Il voj^ait enfin qu'ils avaieut eux-mêmes consenti à leur anéantissement, en déclarant sans ambiguïté, par la bouche de leur général, qu'ils aimaient mieux ne plus exister que de souffrir une réforme : Sint ut suntf aut non sint*
Enfin Clément XIV, après avoir mûrement tMlancé les motifs qui le faisaient agir, signa» en levant les yeux au ciel , le fameux bref qui supprime à jamais la Compagnie de Mstts en date du 21 juillet 1T73. (Jour qui , dans l'histoire, ne sera sAremenl pas oublié.) Aussi le bref est-il intitulé : itdperpHumm rei memorioin.
Lorsqu'il eut signé, il dit, étant appuyé sur son bureau, en présence d'une personne distinguée par son mérite et par son rang : Eeeo la dunquefatta questa suppressions ; la voilà donc faite, cette suppression. Non me ne pento; je ne m'en repens pas. Non mici sono determinato che doppo aver tutto esa» minato e ponderato;}e nem*vsuisdéterminé qu'après avoir tout examiné et tout pesé. E
pour le bien de lEgl Ho ereduto dever far là ; j'ai cru devoir la faire : E la fareiencora^ senon fasse fatta; etje la ferais encore, si elle n'était pas feite. Ma fuestasoppressionemidara lamort^; mais i;ette suppression me donnera la mort.
li échap|ia quelques larmes au Souverain Pontife, qui ne s'elait pas couché , lorsque le prélat Macedonio vint lui annoncer,' à deux heures après minuit, que ses ordres avaieut été (>onctuelleinen.t exécutés, il dut en coAter à son Ci^ur naturellement compatissant : aussi disait-il qu'il fut h la. torture , liendant qu'on sigijijfiait aux Jésuites ses dernières volontés.
Clémeixt ne fût capable, ni de haine, ni de préveiMion :. de sorte que s'il détruisait la Société il s'y crut oblige. On se trompe ^ disait l'ambassadeur d'un grand prince, si Fon sHwiagine que Clément, XlV est un Pape qu'on fait agir comme on veut : nous Favons trouve inébranlabk dans ioccasion^ e/, quel*
que chose qu'on lui dise^ il ne se détermine qu'après avoir mûrement réfléchi. Le Pape adressa son bref à tous les évoques
eatholiques,leur enjoignant des'y conformer. Il est entièrement semblable à celui qui sup-
[)rme]es Templiers f les Oblates^ \esjésuatesj es Humiliés. Aussi a-t-il soin de dire, toutes les fois qu'il rappelle ces exemples : In forma brevis nostri : selon la forme de' notre bref; et Clément XIV dit dans son bref, de la manière la plus énergique, que Dieu l*a établi sur les nations et sur lés royaumes, afin que, dans la culture de la vigne du Sei-
gneur, il arrache, il détruise, il perde, il édie, il plante : Quinimo probe scientes divino nos consilio constitutos fuisse super gentes et regna^ ut in exeolenda vinea Saoahot^ evelta' muSf et d'Struamus^ et disperdamus^ et dissipemuSf et œdificemusetplantemus.
Quand il apprit qu'on lui reprochait do n'avoir pas consulté l'Eglise universelle sur l'abolition de la Société, il répondit : Que si Paul III ne prit conseil que de lui-même^ en Vapprouvant^ Clément XIV étant surtout dt concert avec les souverains^ n'avait besoin de prendre des avis en la supprimant.
Ce ne fut pas une petite consolation pour Clément, que le retour d'un primat , d'un patriarche, de plusieurs prélats, les uns hérétiques et les autres schismaliques, qui lui écrivirent afin qu'il les reçût dans son sein. Des Trausilvains, des Ancyroniens de la Galatie, le primat de Perse, le patriarche de l'ancienne Assyrie, frappés des vertus de Ganganelli, dont le nom pénétra jusque dans les régions les plus éloignées, et tourmentés par de justes remords, reconnurent enfin que TEvèquç de Rome est le chef de l'Eglise, et que .«a primauté est de droit divin. Plût à Dieu ! s'écria le Saint-Père, en recevant leurs lettres, que toutes les communions séparées suivissent un pareil exemple ; je consentirais bien volontiers à mourir sur-le-champ : E.io darei presto la miavita.
Cependant le bref du Saint-Père s'exécutait de toutes parts, malgré les petites résistances qu'il éprouva dans quelques pays. La Pologne elle-même, où les Jésuites furent toujours dans un grand crédit, se vit con* tpainte d'accéder aux volontés da Pape et des souverains qni venaientde les supprimer.
Plus les événements donnaient de la célébrité au pontificat de Clément, et plus on souhaitai lavoir une juste idée de ses vertus, de son génie, de sa figure même. On aime à voir les grands hommes jusque dans les moindres linéaments. La Sorbonne demanda son portrait, et il crut, malgré sa modestie , ne pouvait le refuser k une école fameuse dès son berceau, h qui Benoit XIV avcit accordé la même faveur.
Il était écrit que Clément passerait dans l'agitation les jours de sou poniificat. Il lut encore moins tranquille après l'abolition de la Société. Maigre les mouvements qu*il fallut se donner pour remettre V ^rdre et la paix, il était nécessaire de pourvcfr sur-lechamp à nuslruclion de la je» esse, et de
Kf
CLE
remplir les collèges, en j plaçant des hommes capables d'enseigner et d'édifier.
Le Pape alors, comme s*il n'eût en que cette seule affaire, se renferma quelques jours, consulta sa mémoire et son génie, prit une plume, traça un plan d'éducation digne des plus grands maîtres, jeta un coupd^eil rapide sur les prêtres et des religieux capables de remplacer la Société pour l'exemple et pour les talents, les fit appeler, les institua professeurs, et Rome étonnée ne s'aperçut presque pas qu'il y eût quelque intervalle entre les Jésuites et ceux qui leur succédaient. On vit les écoles s'ouvrir dans le moment m6me où le public les croyait fermées pour longtemps.
Le Saint-Père ne se borna point k cet objet. L'université de Ferrare prit par ses soins une nouvelle forme et un nouvel éclat, et elle ne fut plus une triste solitude.
Les missions offraient beaucoup plus de difficultés. Peu de personnes ont le.zèle et la force de saint François Xavier, pour courir aux extrémités du monde et pour catéchiser des idolâtres ; et c'est ce qui occupa sérieusement le Souverain Pontife. Les Indes sont un pays qui exige des missionnaires actifs» éclaires, uniquement occupés du salut des âmes. Les Jésuites, depuis leur origine, étalent en possession d'y aller exercer leurs latents, et par leur suppression cette source tarissait.
Le Pape chargea la Propagande de remplacer les absents, en attendant qu'on y pourvût plus efficacement. On ne peut pas obvier k tout au même instant, et il poussa le zèle si loin sur ce point, qu'à la réquisition del'évèque de Ceram, vicaire apostolique et coadjuteur de Tonquin, qu'il effecUonna toujours sincèrement, il écrivit le bref le plus tendre et le plus paternel à H. George Alary, des Hissions étrangères, pour l'arracher \ la Trappe, où il s'était confiné, et pour l'engager a reprendre ses travaux apostoliques comme auparavant.
Pès que les cours de Versailles et de Naples eurent remis au Baint-Siége les domaines qu'elles avaient séquestrés, Sa Sainteté, pénétrée de reconnaissance, remercia Tin- Cant de ses bons offices.
Cependant la santé du Saint-Père, qui fut toujours brillante et vigoureuse, commençait à s'altérer, et son visage^ qui semblait avoir pris une nouvelle carnation depuis son pontificat, se décolorait insensiblement : ce fut au mois d'avril XTÎk q[u'OQ aperçut des symptômes de langueur^
On ne peut rien lire d'aussi touchant que la lettre qu'il écrivit à Louis XVI au moment de son avènement au trône : on j voit les sublimes q|ualités d'un Pontife uniquement occupé du Donheur des hommes, enun Y^m^ de Ganganelli.
Il avait en effet des connaissances for^ étendues, comme ses lettres le font voir, et ce qu'il y a encore de plus admirable, lea hommes à ses yeux étaient transparents.
Rien ne donna une plus haute idéç de son Kivoir et de son génie, que les magtiitiques
discours qu'il prononçait dans ces assemblées connues sous le nom de con$istoiret, où l'on discute des intérêts de l'Eglise parmi ces hommes vénérables qui en sont les princes et l'ornement. Il peignait avec les couleurs les plus fortes les ravages de la cor* ruptien et de l'incrédulité: de sor4e qu'on l'appelait le Michel-Ange de l'éloquence, tant il y avait d'énergie et de fierté dans son pinceau.
Les lettres qu'il écrivit aux premiers pasteurs de l'Eglise fiOur les encourager è main* tenir la discipline, et k ne confier l'exercice du saint ministère qu*après des épreuves, sont marquées au même coin que celles des Grégoire et des Léon : ce ne sont point des phrases, commeJ'éloqnenceà la mode, mais des raisons.
La maladie du Saint-Père aufl;roentanl de plus en plus, et ses entrailles étant souvent déchirées par des douleurs inouïest on lui conseilla les eaux; et comme elles n'apportèrent aucun soulagement , on crut , d après l'avis du docteur Bianchi, médecin à Rimini, devoir exciter une abondante transpiration par des moyens artificiels, quoiqu'au milieu dés chaleurs brûlantes de I été. Cela n'em-
Cècha pas le Saint-Père de tomber insensilement dans un marasme général. Dès la fin de juillet. Clément n'était plus c|u'iine ombre de lui-même. Ses os s'exfoliaient et semblaient diminuer. A mesare qu'il se sentait mourir, il redoublait ses prières et même ^es travaux; mais les maux qu'il souffrait étaient si aigus , qu'on ne voyait plus rayonner cette aimable sérénité qui lui gagnait les cœurs.
A mesure que sa santé s'altérait, son médecin lui recommandait de se tranquilliser, et il répliquait : La morl^ contre laquelle notu luUom en tain^ me mettra bientôt dans le cas de me reposer A\ est vrai qu'elle Tinvestissait de toutes parts, et qu'il paraissait la traîner avec lui toutes les fois qu'il sortait. Plus sa santé s'affaiblissait, plus il désirait voir le P. Marzoni, général des Mineurs conventuels , son confe.<iseur et son ami , non pour disserter sur des objets indifférents, mais pour s'entretenir sur le lionheur du ciel. On le voyait recueillir ses lumières et celles de son directeur, pour se disposer à soutenir le jour du Seigneur, ainsi que l'aigle rassemble ses forces pour accoutumer ses yeux k l'éclat du soleil. C'est dans ces entretiens familiers que, spectateur de sa longue mort, il apercevait les honneurs comme une vapeur, les siècles comme un atome; il ne tenait plus qu'au ciel par la ferveur de ses désirs. Si t éclat 'de la tiare, s'écriait-il, avait pu m'éblouir, voilà bien U moment d$ me détromper.
Il convenait qu'en qualité de Pape et de Souverain il s'occupât de la résidence des évèques, recommandée dans tous les temps par les saiuts canons, ordonnée par tous les
f>rinces catholiques attentifs h faire observer es lois de l'Eglise. Le cardinal Marc-Antoine Golonna, vicaire de Sa Sainteté, flt publier U9 édît par lequel le Saint-Père ordonne
SIS
CLE
DES PAPES
CLB
cxpressémeuty sous peine de censures et de confiscation dt» revenus, qu'on ne quittera point son Eglise sans les plus fortes raisons.
Ctémeni avait une juste notion de presque tous les érèques catholiques, touchant leur science et leur piété; il se faisait un plaisir, dans les instants dont il pouvait disposer, de parcourir les mandements de ceux qui se distinguaient par le talentderinstruction. Il défenditaux Juifs, qui avaient une synagogue dans Rome même, et conséquemment le libre exercice de leur religion, d*y célébrer publiquement une fête nommée Purim^ qii*ils solennisaient pendant le Carême, et qui donnait lieu à des divertissements profanes.
Le mois de septembre étant arrivé, on persuadait au Saint^Père que malgré les progrès du mal qui le consumait, il aurait encore assez de force pour soutenir le voyage de Castelgandolfe; il est vrai que, depuis cinii mois, il forçait la mort même, qui travaillait sourdement dans son sein, b respecter ses augustes fonctions; mais eiifin il vint un temps où la nature succomba, et ce moineni arriva, le 10 septembre, lor.«q>fau sortir de la promenade il entra dans une église pour y faire sa prière. 11 fallut le ramener dans* son carrosse au palais Quirinal, et depuis ce moment il ne lui fut plus possible de sortir. Il sentit des douleurs atroces; sa voix sYteignit insensiblement, sa tête même ne fut pas toujours è lui, et sa constitution, qui fut toujours vigoureuse et qui promettait pour le moins un rè^ne aussi long que celui de saint Pierre, se trouva tout à coup dérangée |>ar un mal dont l'activité trompa Tart des plus habiles médecins et l'espéranre de tout le monde : Valetudi^ nem iitam vegttam firmamque , paucis ad kine memibus^ acer inUrcepU morbus^ qui raptim ingrateicens pêrilorum ariêmf oui" niumfUê voio fefeêliL
C'eut ainsi que s*exprime le révérond P. Marzooi, son confesseur, dans la lettre rircQlaire,qQ*en qualité de général, il adresse à tout Tordre des Conventuels ou Cordelters. Mais pour bien juger de la situation du Pape, il faut se figurer le moment où son corps, rédoit presque è rien tant il était atténué; il n'y avait plus que son courage et sa
Iiiété qui paraissaient le soutenir. Alors s*é- «nçant continuellement vers le Ciel, il prouvait à tous ceui qui l'entouraient, que Dieu seul avait toujours été sou refuge et son anique espoir. 11 exiioria lui-même son coDiesaeor k ne point s'attrister, lui rappelant que la mari des créatures est un hommage rendu à rétemilé du Créaleurf et que toui komtme ne vit que pour mourir.
Il ranima sa main presque glacée pour signer la bulle qui met ses anciens confrères m possession ae la péoitencerie de Saint- Pierre de Rome , en attendant qu'on leur donnftt celle de Lorette, voulant apprendre k ^1 postérité qu*il les aima jusquk la On, usque in finem dilexii eos. Les Pères Marzoni trt Buontempi ne le quittèrent point tant .]u'il respira, et ils eurent k chaque instant
occasion d'admirer sa patience, sa douceur, sa magnanimité, qui, I élevant au-dessus de lui«méme. Punissaient intimement k Dieu.
Il désirait qu'on ne lui parlât que de ùe grand objet, et c'est oe qu'il lit entendre lorsgu'on le supplia de nommer les onze cardinaux réserva in petto.
Je ne le ptit'i , ni ne le dois , répondit-il , et le Seigneur jugera mes raisons : et lorsqu'en se mettant k ses genoux l'on insistait encore pour qu*il les déclarât , il répliqua d'un ton
mais peut-être k tort, que les cardinaux qu'il se proposait de nommer ne lui auront plus paru si dignes ; la mort est le moment de la vérité, et par cette raison presque tous les Paires en mourant craignent de faire des promotions.
Les hommes terrestres plaignent Clément XIV d'avoir peu joui des honneurs de la papauté, et en mourant il bénissait Dieu de ravoir délivré d'un part'il fardeau. Une vie aussi pleine et aussi édifiante devait se consommer dans la participation des sacrements. Il demanda le saint viatique avec la plus vive ardeur, et il le reçut avec les mêmes transports qu'éprouvait le prince des A|idlres quand il disait h Jésus-Christ : Vous saveXf Seigneur ^ combien je vous aime : Domine^ tu seis quia amo te. (ionri., xxi, 15.) Le lendemain, en présence du Sacré Collège, on lui administra i*extrême-onction, et il ne cessa jusqu'au moment de sa mort, qui arriva le 22 septembre 177&, k sept heures du matin, de témoic^ner sa confiance dans la miséricorde divine, et la plus parfaite résignation k la volonté du Tout^Puissant. Les généraux des Augustins, des Dominicains, des Conventuels, des Obser\antins, récitèrent, selon Tusage, les prières des agonisants , et le P. Marzoni reçut son dernier soupir.
Ainsi mourut, a râgadesoixante*neuf ans dix mois vingt-deux jours, François-Laurent Ganganelll, de l'ordre des Frères mineurs conventuels. Souverain Pontife sous le nom de Clément XIY^ après avoir éprouvé ce que la prospérité a de plus grand et de plus ora-^ geux, sans avoir été un seul instant ébloui ou abattu.
il était d'une taille ordinaire, il avait im large front, des sourcils noirs et fort épais^^ des yeux vifs, un visage allongé; sa constitution lui promettait un siècle de vie, d'autant mieux qu'elle lut touy^ars soutenue par la plus grande sobriété.
La mort de ce Pontife k famais mémorable fut une calamité publique et un deuil cbeii toutes les nations.Ëllespleorèredl Ganganellî comme un grand homme, qui, indépendam«meut de la diversité des religions , avait part aux respects et aux éloges du monde entier. L'histoire rappellera sa tranquillité, sa rési-« gnation qui nirent d'autant plus admirable?, que, selon une expression de saint Bernard, il savoura sa propre mort.
Les obsèques se firent, selon l'usage, da;:s la chapelle du chapitre de S^int Pierre. Le
SIS
CON
DiCTIONNAIIIC
CON
Sacré Collège et toute la prélature y assistèrent en srande cérémonie. Ou avait élevé dans le milieu de l'église un immense et magnifique catafalque t où Ton voyait, sous les symboles les plus majestueux et les plus expressifs, les mémorables effets du ponUticat de Clément XIV. Le prélat Buonauiici , i un/le ses secrétaires , prononça l'oraison funèbre, et il n*eut pas besoin de recourir à des hyperboles pour y faire paraître Ganganelli comme un des plus grands Pontifes qui aient régné.
Il naquit le 31 octobre 1705, il fut élu Pape le 19 mai 1769, et il mourut le 23 septembre 1774»
COLLÈGE (Sacré). — Yoy. Caedinaux.
CONCLAVE. — Voy. Élection. — la teille du conclave. — Le iour qui suit le dernier des novendiali^ les cardinaux se rendent à Saint-Pierre, dans la chapelle du chœur, avec la -prélature, et entendent la Messe du Saint-Esprit célébrée par le cardinal doyen. Après la Messe , le célébrant, portant la mitre précieuse « donne la bénédiction solennelle; puis Torateur désigné fait le discours : De eligendo Ponlifice; s'il est évéque, il garde la mitre. Ce discours est imprimé et distribué.
8elon la remarque du P. Papebrock, ce fut après la mort d*EugèneIV, en 1U6, que, l>our la première fois, deux discours furent
J»rouonces, Tun par un auditeur de Rote, i la louante du Pontife décédé, Tautre par un cardinal, sur la nécessité de lui donner un digne successeur. Avant cette époque, il n*y avait fias d'oraison funèbre.
Autrefois, le conclave se tenait au Vatican , et les cardinaux ê'y rendaient processionnellement , immédiatement après la Messe du Saint-Esprit. Maintenant, le conclave a lieu au Quirinal. Le iour où la Messe du Saint-Esprit a été chantée * vers le soir, les canlinaux, en roehet et camail* et suivis de leurs conclavistes « se rendent, avec deux voitures, au couvent des Prêtres de la Mission ; réunis d'abord dans une salle commune, ils déposent le camail pour prendre la cappa, et vont en silence adorer dans l'église (Saint-Sylvestre) le Saint-Sacrement. Les chantres de la chapelle papale enton* nent le Feni, Creator; après la première stniphe, tout le Sacré Collège se met en marche, précédé de la croix , et traverse la place du Quirinal » entre une double haie de soldats, au bruit des fanfares et au sein d*une foule immense.
La procession se rend à la chapelle Pauline; après avoir récité les oraisons d'usage, le cardinal doyen prend la parole , et, dans une courte allocution, exhorte ses collègues à élire sans délai le chef de l'Eglise. Les constitutions apostoliques relatives au conclave sont lues de nouveau; les cardinaux
(17) Les archevêque et évèques aui$tant au trône ont sur les autres évéques un droit de préséance dans les cérétnonies religieuses de TEglise rmiaine ; ils Jouittsent en outre de divers privilèges. 1 la mort de Grégoire XVI, on comptait 178 prélats revêtus de ce titre, do^it 19 archevêques onévè-
prètent serment de leur être fidèles. Le majordome» le maréchal du conclave, le trésorier général, les patriarches, les archevêques et évéques assistant au trône (17) , les protonotaires apostoliques, les auditeurs de Rote, les clercs de la chambre; en uu mot, tous les prélats préposés à la garde des tours, pendant le conclave, jurent également d observer ces lois en ce qui les concerne.
Les conservateurs de Rome, le commandant de la garde du Capitole, le ffouverueur du château Saint-Ange et le général en chef des troupes pontificales viennent ensuite prêter serment de fidélité.
Les formalités remplies, les cardinaux
Suittent la chapelle Pauline, et, précédés e quatre ou de six valets de pied portant des torches enflammées , chacun gagne la cellule que le sort lui a donnée (18). Là, ils reçoivent debout les visites du corps diplomatique, de la noblesse, de la prélature, des personnages étrangers. Aux portes, les domestiques sont rangés, la torche à la main. Vers une heure et demie de nuit, un premier signal est donné, au bruit d'une sonnette ,
Ear un maître des cérémonies ; une deinieure après, un second lui succède. Enfin, & trois heures de nuit, c'est-è*dire è onze heures du soir dans la saison d'été, le troisième et dernier avertissement reientii. Le maître des cérémonies parcourt les corridors du palais, agitant sa sonnette et faisant entendre ces paroles latines : Extra omncs. Les étrangers se retirent. Accompagné des trois cardinaux chefs d'ordre, le cardinal camerlingue procède à la clôture intérieure du conclave. Le maréchal et le majordome ferment les portes extérieures , et , dès ce moment, il n*est plus possible d*y pénétrer ni d*y rien introduire.
Le conclave. — L'usage de fermer le conclave ne date guère que de Grégoire X.
Avant cette époque, les cardinaux se réuni;»saient chaque malin, de bonne heure, h Rome, ou dans la basilique de Saint-Jean de Lalran , ou dans celle de Sai ut-Pierre , ou ailleurs, selon les temps et les circonstances; hors de Rome , dans la cathédrale de la ville oJi ils se^ trouvaient, ils s'assemblaient
four traiter de l'élection d'un Souverain ontife, è peu près comme ils le font de nos jours quand il s'agit d'assister à quelque congrégation particulière. Il y a ce|iendant des exemples des Papes antérieurs à Grégoire X, élus par les cardinaux réunis dans un lieu fermé. C'est ainsi que se firent notamment les élections dnonorius ill, do Grégoire JX, de Célestin IV, d'Innocent IV, d'Alexandre IV, et,grAce aux supplications et exhortations de saint Bonaventure, celle de Grégoire X lui-même. Hais il n'y avait è cet égard rien de réglé; et ce fut ce Pontife qui,
qoes français.
(18) Un garde-noble est donné à clisfiue cellule. Celui qui a gardé la cellule du cardinal élu Pape, a le drotl de demaiidcr one pension, ou de Tavaucement, ou telle aov*»«i wtut.
CON
nés PAPES.
CON
le premier^ en 1274 , au qualorzième concile œcuméniaue , tenu è Lyon, porta sur co S oint la loi salutaire qu*on observe encore, endant longtemps le Pape fut nommé par le clergé de Rome, auquel se joignaient les éfAques présents dans cette vifle , et avec le conseDtementdupeuple,ouseuleroentdeceui
3ui le représentaient ; mais ce miHJe d'élection onnant trop de prise aux menées des factions qui s*étaient formées dans la capitale du monde chrétien et aux iniques tentatives des empereurs et des rois contre la lit)erté de TEpouse du Christ, des changements devenus nécessaires eurent lieu.
Et d*abord le clergé étant désormais trop nombreux pour qu il fAt aisé de le rassembler sans tumulte et sans confusion, le droit de suffrage fut réservé aux prêtres élevés en dignité et aux évAques voisins de la ville de Rome. De là k remettre Télection aux seuls cardinaux, il n'y avait qu'un pas, puisque les membres du Sacré Collège représentent et sont véritablement les prAires romains les plus élevés en dignité, et que parmi eux se trouvent les évéques suburbicaires. Ce pas, Nicolas II le franchit en décrétant au conrile de Latraa, tenu en 1059, que désormais les cardinaux, auraient le privilège exclusif de concourir à l'élection du Pape. Néanmoins Kogène III, en f U5, et Adrien IV, en 1154, furent élus par le clergé et le peuple. Ce fut Alexandre III qui , au troisième concile de Latran, en 1179, assura définitivemrnt au Sacré Collège le droit qu'il a toujours exercé depuis cette époque.
L'élection n'a pas toinours eu lieu è Rome. Avant Grégoire x, Urbain II, en 1068. avait été élu à Terracine; Calixte 11» en 1119, à Cluny; Grégoire VIII, en 1187, à Ferrare; Clément III, encore en 1187, è Pise; <*t, depuis. Innocent V,èArezzo; Jean XXIII, Benoit XII, Clément VI, Innocent VI, Urtiain V et Grégoire XI, à Avignon. Grégoire X avait prescrit d'une manière générale que le conclave se tiendrait dans le l^alais de la ville où le Pape décédé résidait avec la cour pontificale ; Clément VII ordonna que l'élection se ni à Rome, quand bien même il mourrait dans son voyage de France. Pie IV, le 22 septembre 1761, dans la prévision d'un voyage à Trente, qui n'eut |i8s lieu, et Clément vlll, allant prendre |iossessioq du duché de Ferrare, rendirent de semblables décrets. A moins de circonstances extraordinaires, pareilles è celles quiv en 1800, obligèrent les cardinaux à aller chercher à Venise (19), la liberté des
(19) A propos âe l'éleciion par itupiraiwn^ c'estl-dtre de celle qui sefaiit sponiaiiément par Tadlié- &IOO onatiînMidei cardînaoK, an imiriial citait TéleciivH de Pie VII, et I^Uribuaii à rtiisptralîoN de Bo- D^fKine ! Nous ne qualifierons pas comme elle le ««nierait cette docle plaisanterie : nous nous oonloneroiis de remarquer d*J*liord que l«* conclave éiail réuni k Veiiive, sous la protection de Tempef««r d^Autricbe et fort a l>bri des colères de Donaparte ; en second lieu, que réleaioU fut longtemps iiH!crUine ; le conclave dura cent qualre jours. Il m vrai (lue le choii de Pie VU fut agréable ii la
suffrages et la sécurité ; régulièrement , l'élection doit se faire k Kome.
De Boniface VIII, en 129<^, à Pie VI, en 1T75, les conclaves se sont tenus au Vatican, sauf deux qui, en 1!^1, pour l'éleelion d'l!.ugène IV« et en 1U7, pour celle de son successeur, Nicolas Vécurent lieu au couvent des Dominicains de Sainte-Marie topra Mi-nerva. A la mort de Pie VII, les cardinaux résolurent à l'unanimité, dans leur première congrégation, de tenir le conclave au palais Quirinal ; c'est là que le Sacré Collège s'est également assemblé pour l'élection de Pie Vill et de Grégoire XVI; c'est là qu'il s'est réuni trois jours pour Télection de Pie IX.
Une aile entière du palais est disposée pour rhabitalion des cardinaux et de leurs conclavistes, et des différents officiers ou employés du conclave. La rue est fermée aux deux extrémités, depuis les uuatre fontaines jusqu'à la place du QuirinaL Tous les endroits par où I on |>ourrait entrer ou sortir sont murés ; on ne laisse qu'une seule porte libre, afin que les cardinaux qui arrivent après l'ouverture du conclave puissent entrer, et par où puissent sortir, pour n'y plus rentrer, ceux , cardinaux ou autres, que la maladie ou toute autre cause y forcerait (20). Cette porte est fermée avec quatre clefs ; deux à l'intérieur qui sont remises au maître des cérémonies, deux à l'extérieur que
Sarde le marécbal du conclave. Il ne reste ans le conclave que les cardinaux, leurs conclavistes, le prélat sacriste, les mattres des cérémonies désignés, le secrétaire du Sacré Collège, qui est en même temps secrétaire du conclave, le prélat sous-sacriste, le confesseur du conclave, les gardes nobles, médecins, chirurgiens, pharmaciens et barbiers, domestiq^ues et ouvriers désignés. Le soir du second jour, ils sont tous pour plus de sûreté, reconnus dans la chapelle ; le cardinal camerlingue et les trois chefs d'ordre s'assurent par eux-mêmes que personce n'est caché dans l'intérieur, les cardinaux choisis à cet effet vérifient les oostes. et acte en est dressé.
Les cellules des cardinaux, numérotées au-dessus de la porte, sont tapissées, celles des cardinaux de la création du Pape décédé, de rouge ; les autres en vert ; avec les meubles de même couleur. Les balcons et les grandes fenêtres demeurent murés. Le jour tient par des ouvertures laissées^ à une certaine nauteur, devant lesquelles s'é-
France ; mais il était alors dans les inlérèts de rEgl'se, et les événeiuenu le prouvèrent, de foire tout ce qnl éuit permis pour ramener le gouvernement français dans des voies meilleures. Cette élection, à ne la considérer qifbnmainement, fut donc un artf de sagesse, acte méritoire, car, à Venise, il était parfaliemeni libre et désintéressé.
(dO) La maladie du cardinal doit èire consutée ; quelques auteurs croient que le cardinal sorti p«»ur Cituse de maladie, pourrait être admis de nouveau. Cela nous parait eu contradiction avec toutes les lois du conclave.
CON
DICTlONNAiRF
CON
tend un rideau bhnc. Il n*y a de communicatioa possible arec le dehors, que par des Irotts pareils à ceux qu*oa voit dans certains coutenls de religieuses, et qui sont établis sur trois points divers pour le service du conclave. L*un de ces trous, appelé tour d*honneur, est réservé aux cardinaux, et divisé de manière à ce que (rois à la lois puissent s'y trouver sans se gêner mutuellement. Cest là qu'ils reçoivent ceux qui vont les visiter. Le second trou est afltecté au service général et aux communications des personnes attachées aux cardinaux. Le tnnsième sert aux secrétaires du conclave, exclusivement. Celui-ci peut s'ouvrir à toute lieure, les fonctions du prélat exigeant qu*il |iuisse communiquer au dehors toutes les fuis que le demandent les affaires, ses ran- IKirts avec les ministres des cours étrange** res, avec les fonctionnaires,. etc., etc. Les autres trous ne seront ouverts que de huit heures à midi et demi, le matin; de cinq heures et demie k sept heures et demie, le soir. Celui dos cardinaux ferme une demilieure plus tard.
La garde des trous est coudée à i*exlérieur, à tour de rAle, aux patriarches, archevêques et évéques assistant au trône, auditeurs de Rote et autres prélats è ce désignés; ils les ferment et les ouvrent, pendant qu'un maître des cérémonies, charge de la garde intérieure, les ferme et les ouvre au dedans. Pour être admis aux trous, il faut présenter soit la baguette violette ou verte que les cardinaux seuls peuvent donner, soit une des médailles que font frapper, à l'occasion du conclave, le camerlingue , le majordome, le maréchal du conclave, les conservateurs et le gouverneur de Rome, l'auditeur de la Chambre, le trésorier général. Les lettres qu'on apporte sont ouvertes, celles qui partent, lues et cachetées par les prélats gardiens. Un cardinal ne peut envoyer de dépêches secrètes que par l'entremise du secrétaire du conclave. Dans tous les entretiens entr6 !es personnes du con<* clave et celles qui viennent les visiter, on doit parler k haute voix. Aux portes du conclave, chaque cardinal a un domesti(|ue prêt k exécuter les ordres de son maître.
La Chambre apostolique fournit k toutes les dépenses et («urvoit k tous les besoins ; mais il est d'usage que le repas des cardinaux leut' soit apporté de chez eux. Les cor» beilles qui le contiennent sont remises au trou et soigneusement visitées par un garde commis k cet effet, sous la surveillance des |>rélats iprdiens. Outre les trous, on ouvre, eu certains moments, la grande |H)rte non murée ; c est là que les cardinaux vont recevoir les ambassadeurs ; c'est par lA que sont introduits les cardinaux arrivés après l'on*' verture du conclave.
On sait que les souverains catholiques ont coutume de nommer un ambassadeur extraordinaire auprès du Sacré Collège, |)endant la vacance du Saint-Siégc, et que cet envoyé diplomatique se rend en grande pompe k
Taudienoo du conclave, pour reoetlre ^ lettres de créance. Introduit par le najordôme et par le maréchal jusqu à l'eotrte 4e la salle ducale où les cardinaux sont réoois, la grande porte lui est ouverte, mais il dtmeure séparé par une grille du Sacré (Mlége. 11 présente ses lettres dont le secréuirt du conclave brise le cachet, et pronouee no discours auquel le cardinal chef de Tordre des évêques est chargé de répondre. Les aiih bassadeurs haranguent en latin ; le représeo* tant de la France a seul le privilège de parler au Sacré Collège dans la langue oo son (mi. Après le discours, la cardinal -doyen et le< autres cardinaux qui désirent eotreieiur l'envoyé, s'approchent successivement de ii
Î;ri Ile. Dans la soirée, de brillantes fête» oot ieu au palais de l'ambassade.
Lorsqu'un cardinal arrive après Touverture du conclave, le Sacré Collège lui mirque le jour et Theure oil il sera reçu. Lf matin, il se rend avec une voiture de saiie ï Saint-Pierre , pour prier au tombeaa des saints Apêtres; le soir, il arrive au Quirinil avec le même cortège ; le maréchal du ooih clave le reçoit dans ses salons. Après le scrutin du soir, les cardinaux se réunissem dans la salle ducale, le cardinaUdojeo si« vance vers une petite porte pratiquée deos la grille de clêlure , et dont il a toujours ia clef; il tire le cordon d'une sonnette qui doit avertir le maréchal du conclaie. U grande porte s'ouvre, le nouveau venu v: présente devant la grille ; le premier malue des cérémonies et le cardinal camerlingue, du cêté intérieur, le maréchal, du côté eii^ rieux, ouvrent successivement la triple cMture : les (rois chefs d'ordre, le doyen et le camerlingue accueillent leur collègue, qoi reçoit ensuite l'accolade de tous ses frère». Les chefs d'ordre le conduisent k la ebapelte commune, où, anrès avoir adoré le Saint- Sacrement , il prête le serment prescrit Les mêmes cardinaux, précédés de quatre uomestiques portant des torches, le mènent à sa cellule. Dans la soirée, il reçoit tous les membres du Sacré Collège, et l«s visite à son tour. Le lendemain, il prend avec eus, part k l'élection.
Entre les deux scrutins qui ont lieu chaque jour, les cardinaux se livrent aux occa* Mtioos qui leur conviennent. Ils peuvent se faire mutuellement des visites, se promeoer dans la cour du oouclave (les cours et les jardins du palais leur sont interdits), etc. Mais k trois heures de nuit, k ia suite ds triple signal donné parle maître des cérémonies, chacun doit rentrer dans sa cellule. C'est dans ces entretiens que sont discuiet les titres des membes du Sacré Collège ijfisemblent le plus dignes d*ètre élus ; c'e^t alors que se forment et se dénouent la négociations, que tout se prépare pour le ra* sultat définitif. Les personnes qui s'élooMat ou se scandalisent de ces choses , onbiiest que les cardinaux sont des hommes, et qo« les hommes ne |)euvent s'entendre que f^ des moyens humains. Dans l'écononju «<
CON
t>ES PAPES.
CON
Tonlre surnaturel, la grâce ne détruit pas la nature; elle la suppose, au contraire, et la laisse subsister pour la transformer. Les cardinaux le savent, et c'est poun^uoi ils peuvent employer tous les moyens que la sagesse et la prudence conseillent quand la conscience et la religion les avouent.
Le maréchal occupe , au rez-de-chaussée, un appartement où il esta portée de remplir les devoirs de sa charge, et d*où il peut aller promptemenly selon les occurrences, ouvrir et fermer la grande porte non murée. Le gouverneur du conclave qui, d'après une <:ou$titution de Clément XII, doit être le majordome pontifical, occupe également un apfiartement spécial ;run etianre ont leur garde. Tous les matins, Mgr le sacriste, préfet de la chapelle papale, célèbre la Messe iJevant le Sacré Collège (des autels sont disposés eo diverses salles pour que les cardinaux et les prêtres qui sont dans le conclave puissent dire la Messe quand cela leur convienl). Après le saint saoriQce, le sacriste entonne le Ken», ereaior^ et quand il a récité les dernières oraisons, tous les prélats conclavîstes ou maîtres de cérémonies se retirent, les cardinaux restent seuls, et l'un d'eux va lui-même fermer à clef la porte de la chal>elle. Quand le scrutin est terminé , le cardinal doyen donne le signal, tous se lèvent; on lire le cordon d'une sonnette qui corres- |)ond i la salle ducale où attendent les conclavistes et les serviteurs. Ce premier scrutin a lieu de neuf heures à onzes heures du matin; un second se fait le soir de cinq heures et demie è sept heures. Les deux tiers des voix des membres présents sont nécessaires pour la validité de Télection , et lorsqu'il ny a pas de résultat, le scrutin est annulé; les bulletins, mêlés avec de la paille humide, sont brûlés dans l'Aire d'une petite cheminée placée derrière Tautel , la fumée sort par un tuyau au-dessus du grand balcon extérieur, et apprend aux Romains qui attendent sur la place du Quirinal, que le Pape n*est pas encore nommé.
La chapelle Pauline, oi!^ siègent les cardinaux, est disposée d'une manière particulière, un vaste rideau de soie violette sépare le Sacré Collège de la partie inférieure du temple. Le tableau de l'autel représente la descente du Saint-Esprit sur les apôtres; sur les marches du même autel, du côté de TEvangile, est préparé lefauteuil où ira s'asseoir le Pape élu pour recevoir le premier hommage des cardinaux. Chaque membre a son trône particulier, arrangé de manière à ce que le baldaquin qui le surmonte puisse être >ubilement abaissé lorsque le nom du Souverain Pontife sortira du scrutin* Devant ebaqae trône est une table recouverte en soie de la même couleur que le baldaquin» violette si le cardinal est de la création du Pape décédé, verte « s'il est d'ancienne création; sur la table , ce qu'il faut pour écrire , les cêdiets, la cire, etc. Les cardinaux sont
placés selon leur rang dans le Sacré Collège; leurs sièges forment un carré ouvert autour de rautei; six autres sièges, avec un nombre égal de tables, sont disposés au centre pour ' les cardinaux qui ne sont pas encore arrivés ou pour ceux qui craindraient d'être vus en écrivant leur vote à leur place.
Pendant toute la durée du conclave, sur les ordres du cardinal- vicaire, le clergé séculier et régulier (le clergé de chaque église au jour qui lui est fixé), se rend processionnellemenl, de l'église des Sainis-Apôtres, au Quirinal, en chantant les litanies des saints et les prières pour l'élection du Souverain Pontife, s'arrête & la chapelle des auditeurs de Rote, où chaque jour, pendant le conclave, les chapelains, cnantres pontificaux, chantent la Messe duSaint-£sf)rit, y entonne le Yeni^ crea^or, et, après avoir fait, en chantant cette iiymne, le lourde la cour du palais, va finir, à Téglise Saint-Sylvestre, la cérémonie. Le Saint-Sacrement est exposé, tour à tour, dans chaque église comme pour les Quarante-Heures ; les diverses confréries s'y réunissent aux jours qui leur sont fixés.
Le premier jour du conclave, avertis par le maître des cérémonies qui parcourt trois fois les corridors , de demi-heure en demiheure, avec sa sonnette, et en criant au troisième tour : In capellam^ Domini! k la chapelle. Seigneurs (21)1 les cardinaux vont, vers neuf heures, entendre la Messe que célèbre ce jour-là le doyen du Sacré Collège. A la communion, ils se lèvent, déposent leur croix , prennent une étole blanche , et s'avancent deux à deux pour recevoir, k genoux, des mains du célébrant, la sainte Eucharistie. C'est après cet acte solennel que commence l'élection du Souverain Pontife.
CONGREGAïIONDESCARDINAUXav^kt ET PENDANT LE CONCLAVE. — Le matin du troisième jour après la mort du Pape, les cardinaux, en cappa viollette, se réunissent an Vatican, dans la salle de Paromefi/i, et y tiennent la première congrégation générale dans laquelle le prélat, secrétaire du Sacré Collège, et le maître dos cérémonies pontificales donnent lecture des constitutions pontificales, relatives à la vacance du Saint-Siège, qui règlent les cérémonies à su ivre, qui fra|»pent les élections simoniaques, qui, en un mot, réc$issent le conclave, ce sont : Les roustitulions de Grégoire X : Ubi periçuinm; de Jules II (du 2k janvier 1505} : Cum /an» divino; de Pie IV (du 9 octobre 1521j: Ju eligendo ; de Grégoire XV (du 15 novembre 1621) : Etemi Patris; (cl du 12 mars lë^) : iloiiiantim; d'Urbain VUJ (du 28 janvier 1638): Ad Romani; et de Clém«;nt XII (du 5 octobre 1731): ApostoUUus officium.
Les cardinaux font serment d'être fidèles à toutes ces lois ; après quoi le cardinal camerlingue présente l'anneau du pécheur que l'on rompt, on (lorte également ]esforme$ du sceau de plomb, pour les bulles; elles
^11/ Tel est leseiis; on oe doit pas traduire, couime certains auteurs : A la ehap^le du Seigneur.
CON
IMCTtONNAïaE
CON
Kl
aonl brisées. Le sous-diacre remet aux car* dinaux la cassette contenant, les mémoriaui ou suppliques de la daterie ; ou la confie à la garde d un prélat » clerc de la chambre, de roéme pour la cassette des brefs.
Ia congrégation élit ou confirme le ffou- Yerueur de Rome, et nomme ensuite deux
!»rélats : le premier pour prononcer Toraison unèbre du Pape, le jour des novendiali ; le second, pour prononcer le discours. De eftgendo Summo Ponlifice^ après la Messe du Saint-Esprit, qui précède immédiatement, Touverture du conclave. Enfin, on désigne deux cardinaux pour ordonner et surveiller les travaux de la construction du conclave. Tous les cardinaux présents prennent part à ses votes.
Dans la seconde congrégation, qui se tient, comme celles qui suivent, dans la sacristie de Saint-Pierre, on confirme où l*on révoque les fonctionnaires de la ville et des provinces des Etats de TE^Iise, nommés par les cjiefs d'ordre ; on <ioune audience aux con^ servateurs de Rome; le cardinal doyen leur répond ; les cardinaux désignés dans la congrégation précédente, rendent compte de 1 état des travaux pour la construction du conclave. On lit les réponses des souverains aux lettres de notification de la mort du Pape.
Oans la troisième congrégation, on choisit le confesseur du conclave, qui a(irpartioiit presque toujours à une congrégaiion religieuse : dans la quatrième, les deux méd cins et le chirurgien; dans la cinquième, le
Eharmacien, ses deux aides, les deux bariers , leurs deux garçons; dans la sixième, le dernier cardinal diacre tire au sort les cellules du conclave pour les cardinaux; et les maîtres de cérémonie, non participants , exhibent les" brefs du Pape décédé, en vertu desquels on peut les admettre au conclave: OD ne peut admettre plus de six maîtres de cérémonies, trois |Mirticipants, trois nou f)articipants, et le premier des surnuméraires.
Dans la septième congrégation, on examine les requêtes des cardinaux qui demandent à avoir un troisième conclaviste ( les constiiutions n*en accordent que deui ), et l'on cham un ou plusieurs cardinaux de choisir les domestiques et valets pour le service du conclave. Il y en a autant que de cardinaux: chaque cardinal désigne le sien, mais il ne peut le prendre dans sa maison ui hors de celles de ses collègues. Autrefois le nombre en était fixé à trente-cinq, et plus anciennement à dix-sept.
Dans la huitième, on nomme trois cardinaux pour examiner et approuver les conciavistes. Chaque cardinal doit présenter un rapport détaillé sur ceux qu'il demande. Les conclavistes ont certains droits et privilèges
(2i) On connaît la liinchnnte liisioîre de ce pieux et dévoué ami de Pie VI, qui, ayant tout qutué pour le suivre, le servir et lui reiidi-e los derniers devoir* , fui fan c:irdiiul par Pitt Vil. Il ne voulait p«iiiii accepter, parce qiril Yoyaii ta raniille a*éti?ii dre dans la personne de son f ri* re, malade et Jusqu'alors sans eufauis. Pie \ll ne voulait pas laisser
que les cardinaux, en entrant dans le conclave, jurent de maintenir. La chambre apostolique, pendant le conclave, leur donne une certaine somme, et, après, le nouveau Pape leur fait distribuer 100 écus romains (5(««00tr.).
Dans la neuvième, on nomme, è la pluraralitédes voix, les trois cardinaux qui doivent veillera la sévère clôture du conclave» et è ce Que tout y soit dans l'ordre.
Dans la dixième et dernière, on choisit les ouvriers menuisiers, maçons, serruriers»
plombiers, qui doivent murer le conclave, et enfin les cardinaux qui ne sont point dans les ordres sacrés exhibent les brefs qui leur donnent droit de prendre part à l'élection du nouveau Pontife.
La bulle du Pape Pie IV, in tligmào^ confirmée |iar Sixie-Quint (Consl. 50), exclut du vote les cardinaux qui se trouvent dans cette position, mais Grégoire XV a déposé qu'ils pourraient y être admis sur la présentation du bref spécial de dispense.
On sait que le cardinal qui n*est pas tu êocris lors de sa promotion, s'il ne se fait ordonner immédiatement, doit obtenir du Pape un bref qui l'en dispense |iour un tem|is. Le délai fixé est rarement de plus de six mois, mais il peut être prorogé (ffî). Dans le cas où le délai viendrait à expirer pendant le conclave, le cardinal devrait eu sortir, è moins qu'il ne se fit ordonner.
Tel est en général, et sauf les modifications que peuvent réclamer les circonstances, Tordre d(!S travaux dans les dix congrégations qui précèdent Touverture du conclave. Quelquefois ces travaux sont interrompus par les réceptions des ambassadeurs, qui, après en avoir fait la demande ofiicielle, cl au jour fixé par le Sacré Collège, sont admis à son audience, présentent leurs compliments de condoléance sur la mort du Souverain Pontife, et sont remerciés par le caniinai doyen. Le cérémonial est le méoïe que |iour les audiences du Pape, dont, en ce moment, les cardinaux tiennent la place; les ambassadeurs rendent les mêmes hommages, 1 1, ^n entrant, font la génuUexion.
Ces congrégaiioiis générales n'empècnent point les congrégations particulières des cardinaux chefs d'ordres, qui, jusqu'au jour où le conclave est assemblé, se tienneiU chaque soir chez le cardinal doyen • et se composent de ce cardinal premier évèque, du cardinal premier jirétre, du cardinal premier diacre, du cardinal camerlingue, et du prélat secrétaire du conclave.
Ce n'est que lorsque le conclave est réuni, qu'a lieu, tous les trois jours, ainsi que nous l'avons expliqué, le renouvellement de celte haute commission, où viennent successivement prendre place, selon leur rang
sans fécompense le dévouenent qui avait eonst>lc S4)n prétiéeesseur. Il fut convenu que le nocivea*! cardinal aérait dispensé, et que iii dispense bcmit prungée jusqu'à ce que rëiatde *on Irére lui penuil de prendre une détermination. Sun frère élani muri, il quitta ta p urpre et se maria.
sts
CON
DES PAPES