DON
Doa
faite$ à notrt prédéceaeur de $ainle m/moire.
Les biens de l'Eglise romaine ne sont pas les biens du Pape, il n*en est que Tusufruitier ; le Pape ne peut disposer selon sou plaisir du domaine Je saint Pierre ; à son arénement, il prôte serment de le conserrer en entier, de le défendre et d'employer toutes les voies légjitimes pour recouvrer ce qui en a été illégilimement distrait.
Il n*jr a pas dans le monde de possessions dont Torigine soit aussi sainte et aussi pure. Dès les premiers siècles, et au milieu même des persécutions, les Gdèles comprirent que le chef de TEglise ne pouvait, s'il était pauvre et dénué de ressources, subvenir aux nécessités de l'Eglise, ni remplir dans toute leur plénitude, les devoirs de so charge; ils s'empressèrent d'offrir k Dieu, dans la personne de son vicaire, les prémices de leurs biens. Lorsque Constantin eut donné la paix aux Chrétiens, ces dons pieux s'accrurent encore, et les empereurs y joignirent les leurs. Au teinps de saint Grégoire le Grand, les biens de l'Eglise romaine étaient déjà immenses, ainsi que l'atteste la magnificence des aumônes et des largesses que ce grand Pape réi>andait dans tout l'univers (28*). Les empereurs et les rois catholiques tinrent à honneur de paver tribut au Pontife romain; ils eurent l'intelligence des besoins de la royauté spirituelle, et voulurent qu'elle possédât aussi son royaume temporel. Ils lui doonèrent des terres, des villes et des provinces (Grbtsbr, De munificentta princtpum in Sedem apostolicam^ cap. 11); neureuses d'avoir un tel maître, d'autres le choisirent spontanément. Ce n'est point par la conquête, c'est par des donations volontaires et libres que s'est formé l'Etat pontitical ; quel autre royaume sur la terre pourrait se glorifier d'une origine aussi juste, aussi pacifique (29)7
Au moyen âge le pouvoir des Papes fut grand, et les ennemis de l'Eglise en ont encore exagéré l'étendue ; certes, les successions n'ont pas manqué d'agrandir leur fuissancetemporelle;etvependantces grands ontifes que l'hérésie et l'incrédulité dépeignent comme dévorés d'ambition, n'ont rien fait pour l'accroître; ils l'ont, au contraire, constamment maintenue dans d'étroites limites. Y a-t-il jamais eu sur la terre une souveraineté qui ait montré une semblablemodération? Si, dans leurs luttes avec les empereurs et les rois, les Papes avaient été inspiiés par l'ambiiion humaine, leur politique eût sans doute cherché ce que demande l'ambition; mais elles ne luttèrent jamais que pour la défense de la société spirituelle; que pour soustraire au joug de la force brutale la conscience des peuples confiés à leur garde ; que pour ini|K>ser le respect do la justice et de la loi chrétienne aux dépositaires du pouvoir humain. Tous
(tt*) Vof. sur ce SMJ't les Origineê romaine»^ pobliécf par les Béi*ediciins de Solesmes. (i9> Ifpy. OftM, DitêCTl deUa origine Heidomimo
leurs efforts tendirent k ce but soprAiDe, et voilà pourquoi ils ne firent jamais lervir k l'agrandissement de leur domaine teoporel la puissance spirituelle qu'ils tienoeot de Dieu, et que la foi des peuples avait kiie si grande.
Ils acceptèrent toutefois de la piété des ^particuliers, de la piété des rois, de la piété des peuples, ce qui était nécessaire, afin de pourvoir aux charges qui leur sont irnooséas, autant pour le service et le, bien des fidèles, que pour l'avantage et la gloire de la religion. lis acceptèrent !e petit royaume que li chrétienté leur forma autour de Rome ptr la main de ses plus grands hommes, afin que l'Epouse du Christ ne pût jamais être ta servante de tel ou tel prince, afin qoe le chef de l'Eglise universelle ne fût pas sous la main et en la puissance d'une seule mtion : « L'indépendance, i dit Bossoet, t et la pleine liberté du chef de la religion sont nécessaires pour le libre exercice de la snprématie spirituelle dans Tordre qui se trouve établi de la multiplicité des rojanmes et des empires. » (Eleciion fi coiiron* nemeni du Souverain Pontife,)
Ecoutons maintenant ce que dit de Haistre au sujet du pouvoir temporel des Papes et de la manière dont s'est progressivement constitué le patrimoine de saint Pierre. C'est l'histoire qui parle elle-même ici plus encore que l'illustre écrivain : « C'est, » dit M. de Maistre, « une chose extrêmement re* marquable, mais nullement ou pas assez remarquée» que jamais les Papes ne se sont servis de Timmense pouvoir dont ils se sont vus en possession pour agrandir leur Etat. Qu*y avait-il de plus naturel |iar exemple et de plus tentatif pour la nature humaine que de se réserver une portion des provinces conquises sur les Sarrasins, et qu'ils donnaient au premier occupant pour repousser le Croissant qui ne cessait de s'avancer! Cependant jamais ils ne l'ont fait, pas même à l'égard des terres qui les toucbaieni, comme le royaume des Deux-Siciles sur lequel ils avaient des droits incontestables, au moins selon les idées d'alors, et fKHif lequel néanmoins ils se contentèrent d'une vaine suzeraineté qui finit bienlût par ta haquenée^ tribut léger el purement nominal, que le mauvais goût du siècle leur dispaia encore.
« Les Papes ont pu faire trop valoir, dans
le temps cette suzeraineté universelle*
qu'une opinion non moins universelle ne
leur disputait point. Ils ont pu exiger des
hommages, imposer des taxes, trop arbitrai-
\ rement si l'on veut ; je n'ai nui intérêt d'eu-
'^'miner ici ces différents points, mais totyoors
il demeurera vrai qu'ils n'ont jamais cbercbé
* ni saisi l'occasion d'augmenter leurs Etais
aux dépens de la justice, tandis qu'aucone
autre souveraineté temporelle n'échappa à
cet anathème, et que, dans ce moment méoei
ei délia iovranita de Rcmani PonIî/IW êo^rm gK HâÊi loro iewporat nenie ioggeUi,
D£S PAPES
DOM
Zin
avec loate notre philosophie, notre civilisa* tion el nos beaux livres, il n'y a peut-être pas une puissance européenne en état de justiQer toutes ses possessions» devant Dieu ei la raison.
« Nous n'observerons point sans admiration que« parmi tous les Papes qui ont régné, dans Je temps de leur plus grande influence il ny ait pas eu un usurfialeur et qu'alors même qu ils faisaient valoir leur suzeraineté sur tel ou tel Etat, ils s'en soient toujours prévalus pour le donner, non pour le retenir.
« Considérés même comme simples souverains, les Papes sont encore remarquables sous ce point de vue. Jules II, par exemple, Gc sans doute une guerre mortelle aux Vénitiens; mais c'était jjfonr avoir les villes usurpées par la république.
« Ce point est un de ceux sur lequel j'in- Toqaerai avec confiance le coup d œil géuénd qui doit déterminer le jugement des hommes seiLsés. Les Papes régnent depuis le ix* siècle au moins ; or, à compter de ce temps, on ne trouvera dans aucune dynastie souveraine plus de respect pour le territoire d*autrui, et moins aeuvie d'augmenter le sien.
« Comme princes temporels , les Papes égalent ou surpassent en puissance plusieurs tètes couronnées d'Europe. Qu'on examine les histoires des différents pays, on verra en général une politique toute différente de ceiledes Papes. Pourquoi ceux-ci n'auraientils pas agi politiquement comme les autres? Cependant on ne voit point de leur côté celte tendance à s'agrandir qui forme le caractère distiuctif et général de toute souveraineté.
1 Jules II gue je citais tout à l'heure, est, si ma mémoire ne me trompe point* le seul Pape qui ait acquis un territoire par les règles ordinaires du droit public, en vertu d'un traité qui terminait une guerre. Et même encore, d'après une observation faite à Rome, on pourrait contester cette exception unique, Jules II n'ayant fait que revendiquer les droits légitimes du Saint-Siège sur le duché de ParmCy droits qui dérivaient incontestablement des libéralités de Pépin ou de celles de la comtesse Mathilde. I) se fit. Céder ainsi le duché de Parme ; mais cette acquisition, quoique non coupable, choquait ce|iendant la caractère pontifical ; elle échappa bientôt au Saint-Siège. A lui seul est réservé Thonneur de ne posséder aujourd'hui que ce qu'il possédait il y a dix siècles. On ne trouve ici ni traités, ni combats, ni intrigues, ni usurpation ; en remontant on arrive touiours à une donation. Pépin, Cfiarlemagne, Louis, Lothaire, Henri, Olhon , la comtesse Mathilde, formèrent cet Etat temporel des Papes, si précieux pour ie christianisme ; mais la force des choses l'avait commencé, et cette opération cachée est un des speclaciesles plus curieux de l'histoire.
c II n jr a pas en Europe de souveraineté plus justifiable, s'il est permisde s'exprimer siiisi, que celle des Souverains Poutifes. E\\f*
Diction», des Papks.
est comme la loi divine, jim/i/îco/o m semetipsa. Mais ce au*il ^ a de véritablement étonnant, c'est de voir des Papes devenir Souverains sans s'en apercevoir, et même, à parler exactement, malgré eux. Une loi invisible élevait le Siège de Rome^ et l'on peut dire que le chef de l'Eglise universelle naquit souverain. De l'échalaud des martyr», il monta sur un trône qu'on n'aperçoit pas d'abord, mais qui se consolidait msensib/cment comme toutes les grandes choses, et qui s'annonçait, dès son premier Age, par je ne sais quelle atmosphère de grandeur qui Tenvironnait, sans aucune cause humaine assignable. Le Pontife romain avait besoin des richesses, et les richesses afiluaient ; if avait besoin d'éclat, et je ne sais quelle splendeur extraordinaire partait du trône de saint Pierre
« Les richesses de l'Eglise romaine étant donc le signe de sa divinité et l'instrument nécessaire de son action légitime» elles furent l'œuvre de la Providence oui les marqua dès Torigine du sceau de la légitimité. On les voit et l'on ne sait d'où elles viennent; on les voit et personne ne se plaint. C'est lo respect, c'est l'amour, c'est la piété, c*est la foi qui les ont accumulées. De laces vastes patrimoines qui ont tant exercé la plumer des savants. Saint Grégoire, à la fin du vi" siècle en possédait vingt-trois en Italie, et dans les îles de la Méditerranée, en Illyriet en Dalmatie, en Allemagne et dans les Gaules. La juridiction des Papes sur ces patri« moines porte un caractère singulier qu'on ne saisit pas aisément à travers les ténèbres de cette histoire, mais qui s'élève néanmoins visiblement au-dessusde lasimple propriété. On voit les Papes envoyer des officiers, donner des ordres et se faire obéir au loin^ sans qu'il soit possible de donner un nom à cette suprématie dont, en effet, la Pro<vidence navait pas encore prononcé le nom.
« Dans Rome, encore palennet le Pontife romain gênait déjè les Césars. Il n'était que leur sujet; ils avaient tout pouvoir contre lui. Il n'en avait pas le moindre contre eux; cependant ils ne pouvaient tenir à côté de lui. On lisait sur son froni le caractère d*un sacerdoce si éminent^ que Temperetir, qui portait parmi ses titres celui de souverain pontife^ le souffrait dans Rome avec plus d impatience
Îfuil ne souffrait dans les armées un César qui ui disputait Cempire. ( Bossuet, Lettre pastor, sur la eomm. pascale ^ n* (►, ex S. Cyp., epist. kif Ad Ant. ) Une main cachée les chassait dans la ville éternelle pour la don-| nerauchefde V Eglise étemelle: peut-être que, dans l'espril de Constantin» un ci>m« mencement de foi et de respect se mêla à la gônedont jo parle, mais je ne doute pas un instant que ce sentiment n'ait influé sur la détermination qu'il prit de transporter le siège de l'empire, beaucoup plus que les motifs p(»liliques qu'on lui prête : Ainsi s*ac^ complissait le décret du Tris-Haut. ( Iliade. 1, 5. ) La même enreinla ne pouvait renfermer l'empereur et le Pontife. Constantin céda
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