‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 31 sur 123 · S7I ELE DICTIONNAIRE ELC TA · texte numérisé non relu

S7I ELE DICTIONNAIRE ELC TA

inaladeft et les posent un à un sur la palène^ je puis m'exprimer eiwiif dans Tordit bâLi*

puis dans le caiice. (uel de sà providence.

Lorsque tous les bulletins sont déposés Le Sacré Collège est assisté, il n'est point

dans le calice recouvert de sa patène, le violenté du Saint-Esprit. L*élection du Son*

1>remier scrutateur les mêle plusieurs foi.s verain Pontife est un acte libre, et comme

e dernier les compte et les met un è un tous les actes libres, elle peut et doit être

dans un second calice. Si le nombre s*en déterminée selon les règles de la pradeo»

trouve plus grand ou moindre que celui des et de la raison, éclairée des lumières de U

cardinaux présents, on ne va pas plus loin , foi, aidée des secours de la grâce, et dans

on brûle tous les bulletins , et Topération les conditions que comporte l*humaDité

recommence. Si les deux chiffres sont iden* chrétienne dans son état présent, dans cH

tiques, on procède au dépouillement. état qui n'est plus celui de la nature penloe,

Le premier scrutateur prend un bulletin dégradée, abandonnée sans ressources è Ter-

dans te calice et l'ouvre de manière k voir «'e?r et au mal, mais qui n est j«s encore

seulement le nom de l'élu placé au milieu, celui de la nature relevée, çloriCéc, dimi-

Avant lu ce nom, il passe le bulletin au se- f*®- attachée pour toujours i la vénié et sa

cond scrutateur qui te lit aussi et le passe î>»en; dans cet état où 1 on est assoie de

au troisième. Ceïui-ci proclame le nom à ff^U^er Dieu lorsquon !e cherche, mais ou

haute et intelligible voix, et les cardinaux ]} *>"l chercher pour trouver, frapper, tt

qui ont chacun sous les yeux une liste im- frapper quelquefois longtemps pour se faire

primée de tous les membres du Sacré Col- ^^^^' . . . -. . .

lége , font une marque à côté du nom que le , Cela bien compris, il ne peut paraître

vote désigne; l'on continue ainsi jusqu'au élrange, on doit trouver tout simple quf,

dernier bulletin. quelquefois comme à toutes les réunions

c- -. « -.» 1 - u ,ii«i;..» 1^» •^-.,i. d hommes, le temps, la réflexion, les leniei

Si, en ouvrant les ^«"elins, les scruta- ^j ^^^res délibérations soient nécessaires

î?î?'?Af "" wî!""^"* 'l?l.''i'*',.fsi'/'ïnl!* H ® «" cardinaux pour se mettre d'accord. Les

manière à faire présumer qu ils sont du ^^^ ^qu^j. ^^ ^^^ ^jn^j jj^^ 1^,3,5^, ^^ ,^

même électeur, ces deux bulletins ne comp- j '3^ ^|j^ d'hVmain aux choses de la reîi-

en oue pour un seul suffmge quand ils por- Jj^q^ désirant ardemment ne voir jamaisqoe

ten fe môme "om; 1 s ne comptent pas du f^ ^^j^ lumineux de la nuée divine Vi tout quand Ils portent deux noms différents, j^^ ,,,3^. voudraient à Rome une poliV

bien que le scrutin soil ^^g"^* cœ^^^^ va- JJ^ inflexible comme le dogme ; ils deman-

hde pour tout le reste. Le vote doit toujours 3^^^ „„ p^ j „« craigne pas de lutter, à

ê re déterminé ; lout bulletin qui cont ont ,^ f^^^ j„ ^.^^^ contreles puissants et es

plus d'un seul nom est annulé ; il en est de ^^{3 „„ p^ ,|^ ,^»; ^3 •

même du vote qu'un cardinal se donnerait à ^^ ^ij ,43 ^^, réiatfese la puissanceV

soi-même, cas, du reste, qui ne s est jamais ^^^^J^ dans tous ses droits et toute son au-

prosente. torilé. Les autres, plus préoccupés des dan-

Lorsque tous les bulletins ont été lus , tes gers de l'Eglise et des difficultés que les

cardinaux font l'addition dos votes et en temps ont fait natlre, considérant d'aillears

écrivent le résultat sur une seule feuille de qu'il est dans son essence de supporter beau*

papier, comme par exemple : Reverendiêsi^ coup, que sa grande vertu est la patience,

muê cardinalis N N. Ikabuit auffragia que l'on doit au bien de la paix de grands

duodecinif et au-dessous : Reverendissimus sacrifices, et qu'enfin l'Epouse'du Christ esJ

cardinalis N. N. habuit suffragia oo^ souvent ici -bas condamnée, comme soo

tara, etc. Maitre, à la honte, à l'ignominie, aux don-

Cependant, le dernier scrutateur prend leurs de la passion, sounaitent surtout une

les bulletins un à un, les transperce d'une politique patiente, modérée, conciliatrice;

aiguille aa mot f/tjfo, et les réunit ainsi par ils demandent un Pape sage, prudent, ctr-

un fil de soie dont il noue les deux bouis et coospect, incapable de se laisser entraîner à

qu'il pose sur la table. aucune extrémité, et qui, tout en sauvegir-

Lorsque l'un des cardinaux a réuni les dnnt les droits et les intérêts de l*£glise, oe

deux tiers des voix, le premier scrutateur la jette jamais dans aucun péril, recompte les bulletins sous les yeux des Tels sont les deux principaux partis qui

deux autres , on les vérifie de nouveau , on se forment d'ordinaire au conclave, pouf

t'assure, en un mot, de la validité de l'opé- peu qu'il se prolonge; le premier es>l celoi

ration, selon l<>s règles et de la manière que des xehntif le second celui des polUiquet,

nous ferons connaître en parlant de l'accès- du moins les qualifie-t-on ainsi ; mais pouf

sion ; si tout est trouvé en règle, le Pape e^t être juste, on doit singulièrement adoucir le

élu. sens outré que la première, le sens quasi

Le$ partie. Vexctueion. — Il est rare que injurieux que la seconde de ces appellation»

l'élection ait lieu, comme au conclave de prennent presque toujours dans les bouclies

1846, au bout de quelques jours : au moment françaises.

où ils se réunissent, les cardinaux ne savent Les partis une fois formés, il est naturel, presque jamais où doit se trouver le Pape ; il est sage, il est nécessaire qu*ils disculeut ils le cherchent, et lorsque Dieu daigne le ensemble, qu'ils délibèrent, qu'ils cherclieni leur montrer tout d*abord, ce n'est que par mutuellement à se convaincre, à faire prenne grAce particulière, et qui n'entre j>as, s* valoir leur sentiment; ({ue des deux cÂtcs ics

ELE

DES PAPES

ELE

membres les plus modérés se rapprochent ec fassent effort pour se gagner les uns les autres, pour aboutir i une transaction, quand de irop nombreux scrutins ont eu lieu sans résultat, quand aucun des deux partis n*a Tespoir fondé de triompher pleinement. On discute donc au conclave comme dans toute autre assemblée ; utie assemblée n'est pas faite po\jr autre chose; on y travaille à la réunion des suffrages sur une seule tête» c*est là le but suprême de toute élection ; seulement les discussions, les moyens employés diffèrent profondément des discussions, des moyens employés dans les assemblées profanes, en ce que, sauf d'imperceptibles uu très-rares exceptions, la charité y domine toujours la dispute, et le respect de la vérité et de la justice, le désir de servir la plus sainte cause.

Le parti do la majorité se nomme rtnclusive ; le parti de fopposition Vexclu^ive. Ce sont toujours les cardinaux italiens qui forment copime le noyau du premier, et d'ordinaire les cardinaux dévouésaux diverses puissances sont le plus solide appui du second. Vinclusive comprend les cardinaux parmi lesquels îamajorité entend choisir le Pape; elle circonscrit et resserre, pour ainsi parler, les limites dans lesquelles l'élection doit se faire, elle détermine le milieu où, suivant elle, Télu doit se trouver. Elle n'exclut nommément personne; seulement elle profiose la personne qui lui semble réunir mieux que toute autre les conditions voulues. Vexclusive^ au contraire, n'ayant ((ue peu ou point d'espérance d'emporter l'élection, se home è repousser, h exclure^ à faire échouer les candidats ainsi proposés, jusqu'à ce que le parti contraire lui en offre un qu'elle veuille agréer, ou jusqu'à, ce que quelques-uns de ses partisans, se lassant peu à peu, l'abandonnent pour donner enfin A Vincluêive la majorité voulue. 11 arrive rarement qu'un retour en sens contriure ait lieu, et que le Pape sorte des rangs de l'ex-

Comme dans toute réunion d'hommes sages et qui veut sérieusement le but auquel eWe tend, les partis ont leurs chefs et leurs gaîdes et se laissant diriger par eux , on ne peut atteindre le but qu'en agissant de concert, on ne peut agir de concert qu'en se soumettnnt à une certaine discipline. Tous les efforts de Vexdusive tendent a conserver au moins le tiers des voix, il ne lui en faut IfHS davantage pour empêcher l'élection , puis(|ue Vinclusive ne peut triompher qu*à la condition de réunir les deux tiers des voix, plus une. Les deux tiers suffisent pour que l'élection soit valide; mais VincbAsive compte dans son sein le cardinal qu'elle propose, et celui-ci ne peut se donner sa propre voix, sous peine de nullité; c'est donc une voix perdue.

Quelquefois, s'apercevant que sk t^ause se pcr J, que des défections ont eu lieu, C[ue ii*autres se {réparent, qu'enfin une victoire prochaine du parti con'raire est probable,

Vexclusive a-recours à un moyen extrême» elle dénonce VincliAsive.

La France, l'Espagne, le Portugal et l'Autriche se sont arrogés, on ne sait trop ni pourquoi^ ni comment, ni sur quel fondement, ni à quel titre, le droit d'exclusion, c'est-à-dire que chacune de ces puissances se réserve, et en mainte occasion, à faire valoir ce privilège exorbitant, d'exclure un candidat qui ne lui serait pas agréable, et dont elle aurait lieu de redouter l'élection. Ce droit ne s'exerce que contre un seul candidat pour chacune des trois cours, et il ne peut en être question contre un Pape déjà canoniquement élu. II faut que l'exclusion soit dénoncée avant l'élection cousom* mée, et une fois appliquée à un. candidat par Tune des trois puissances, cette puissance est obligée d'accepter tousJes autres, à moins aua l'un d'eux ne soit. exclu à son tour par 1 une des deux autres cours privilégiées. L'exclusion ne peut être déclarée ni avani, ni après le conclave, ni hors du conclave, ni par une personne étrangège au Sacré Collège.

Ce droit prétendu n'est qu'un. Téri table et révoltant abus; jamais l'Eglise ne Ta recon-* nu ; on ne trouve rien qui i autorise, ni dans les décrets des conciles, ni dans les constitutions des Souverains Pontifes; il n'a aucune valeur canonique, et certes une élection faite d'ailleurs validement, en dépit de l'exclusion dénoncée, serait bonne et valable, et regardée comme telle par tous les vrais Catholiques. Aussi Rome at-elle toujours .protesté contre la prétention des puissances; seulement, tout en réservant le droit, pour éviter de plus grands maux, et afin de prévenir toutes les conséquences d'une rupture violente avec des souverains trop portés à abuser de leur pouvoir, elle a cru devoir subir le fait. Apres tout» le Sacré Collège est juge dans cette occasion; son but est de donner à TEslise un Pape qui fasse le bien; c'est au Sacré Collège à voir, à apprécier les temps et les circonstances, et s'il croit qu'en nommant un Pape en dépit des préventions et des répugnances hautement et nettement articulées d un puissant état, il rend à ce Pape le bien impossible, personne ne peut le blâmer d'abandonner cette candidature pour en adopter une qui n'offre pas les mêmes dangers. Seulement on ne doit pas oublier que cette sagesse, cette condescendance du Sacré Collège ne constitue pas un droit en faveur des souverains aux désirs desquels il n'a égard que par la considération des maux, qu'ils pourraient faire à l'Eglise. L'avenir n est nullement engagé, et si jamais les circonstances étaient telles aue les princes de l'Eglise romaine, après les avoir pesées devant Dieu , crussent , devant une exclusion dénoncée, devoir passer outre, les rois ne trouveraient rien dans la tradition qui excusât leurs tentative^ de schisme; ils n'auraient [)as même la ressource d'alléguer, comme un précédent favorable à leurs prétentions, les exclusions données en d'autres temps ; car la question n*a jamais été posée ,

ELE

ELE

1>ersonn6 ne nie, en effet, que le Sacré Colère n*ait le droit de tenir compte de leurs prières et même de leurs menaces, mais alors il s*agirait de savoir s'il n*a pas aussi le droit de rejeter les unes et de mépriser les autres.

En d'autres temps, vous nous arez écou* tes, diraient tes gouvernements; vous vous è*tes abstenus d'élire les hommes que nous repoussions ?

Sans doute, pourrait répondre le Sacré Collège, et nous serions parfaitement libres de tenir la même conduite, si nous la trou* vions convenable; mais nous sommes libres également de faire le contraire; nous n'avons jamais reconnu le droit que vous vous arrogiez; les lois de l'Eglise ne vous en confèrent aucun de semblable ; vous ne vous appuyez Sur aucun titre ; il n'y a ni traité ni concordat qui vous le* concède. C'est uniquement pour éviter un plus grand mal, pour le plus grand bien de l'Eglise, (ju'à certaines époques^ nous avons cru devoir condescendre à vos exigences ;. c'est pour éviter un plus grand mal, c'est pour le plus grand bien de l'Eglise, qu'aujourd'hui nous refusons de les subir. Nous avons toujours été et nous sommes toujours seuls juges souverains de la question, jamais l'Eglise ne vous la livra ; elle a supporté, elle n'a pas consacré votre intervention ; elle n'a ni cédé ni vendu aucun droit sûr l'élection de ses Pontifes ; Dieu ne vous a pas chargés d'écarter du Siège suprême les mauvais pasteurs. Aujourd'hui» comme autrefois^ à Nou$ de dire si le moment est venu pour l'Eglise» de lui résister. Retirez- vous : nous prononcerons comme il semblera bon à lEsprit-- Saini et à nous.

Comme nous Tavons dit, ce n'est pas le premier jour d'ordinaire que l'eiclusion est signiGée ; en procédant avec tant de hâte , les gouvernements qui la donneraient s'ex* poseraient è épuiser en pure perte ce qu'ils appellent leur droit. Pour le faire valoir, les puissances ont besoin de trouver et d'avoir, dans le conclave même» des ambassa'* deurs tn//rt>ur«» c'esl-à-dire des cardinaux de la couronne, accrédités auprès du Sacré Collège, munis de leurs instructions, chargés de veiller à leurs intérêts, et en particulier, de déclarer l'exclusion au moment opportun. C'est le rdle, qu'en 1823 le cardinal Albani jouait au.conclave» en faveur de l'Autriche. V Inclusive , les Zelanti^ portaieut le cardinal Severoli. Après dix-nuit jours de scrutin, i! avait obtenu, le 21 septembre au matin, vingt-six voix, et il devenait probable que le soir, les trenle-(^uatro voix formant les deux tiers des cardinaux

Présents lui seraient acquises. Le soir à ouverture de la séance, ie cardinal Albani remplit sa triste mission ; il déclara, par une

(50) Une iodiserélloii manquai trahir VinclUihe. Un coiiclaviste eut Timpriidence de dire ^udapifero (genlilhomnie chargé de porter ie rep^s au tour du conclave) de son card nal : Slale zitto , proximus Urbi Ânnibpl : i Soyez dhcretf Anmbal approche de

note oflicioNe, que f impériale etroyalt cowrde Vienne ne pouvait accepter pour Souvnain Pontife^ Son Eminence Jtf. le cardinal Sete" roli, et lui donnait une exclusion formelU,

Dieu tire le bien du mal : c'est à cette exclusion que l'Eglise a dû le pontificat de Léon XII, comme plus tard , le 2 février 1831, après la mort de Pie VIII, elle dut le pontificat de Grégaire XVI , à l^exclusion proBoncéa par l'Espace contre le cardinal Justiniani. Les Zelanti indignés, déférèrent au cardinal exclu le droit de nommer celui qui le remplacerait, il désigna Dell» Genga. Hais [Inclusive comprit que, pour réussir et prévenir une nouvelle exclusion, un peu d'habileté était nécessaire ; dissimulant ses forces, elle ne donnait encore k son candidat, le 27 septembre, que onze voix le matin et treize le soir (30). L'Exclusive dormait en paix ; le lendemain, trente-quatre voix nommèrent Annibal Délia Genga (31),

L'exclusion n'est que la forme extrême et odieuse de l'intervention des puissances, comme les discours des ambass^lbeùrs au Sacré Collège n'en sont que la forme respectueuse et légitime. Elles donnent leurs instructions aux cardinaux des couronnes, qui trop souvent semblent ainsi ne paraître au conclave, que pour y faira les affaires do telld ou telle cour. Mais le nombre des cardinaux des couronnes est heureusement fort restreint, et tous ne sont pas toujours disposés à croire que la politique de leur gouvernement soit nécessairement conforme aux inlërèta, aux droits et à la gloire de l'Eglise.

Les détails que nous venons de donner indiquent suflisamment au lecteur comment 5*exerce l'intervention des puissances , comment les partis se ferment au seia du Sacre Collège, comment les chefs des diverses fractions les dirigent, et comment, en général, réiection est conduite. C'est là le côté humain et tout extérieur du conclave» le seul que puissent voir les philosophes et les po* luiques du monde. Hais, sous ces apparences, oui ne l'ètonnent point, parce qu'il sait que 1 Epouse de l'Homme-Dicu est elle-même h la fois humaine et divine, et soumise icibas, comme le fut le Seigneur, aux conditions de l'humanité, le Chrétien voit le Saint- Esprit assistaht son Eglise, inspirant les bons, se servant des méchants, donnant aux uns la prudence et le conseil, faisant tomber les autres dans leurs propres pièges, disposant toutes choses avec force et avec douceur^ pour donner toujours a TEglise le Pontife le plus propre à remplir, au moment où il est appelé, les desseins de Dieu.

Devant cette intervention spéciale et toute particulière de Dieu, que sont et que peuvent les interventions des rois de la terret Quelquefois l'Esprit- Saint ne laisse pas iiième à celles-ci le temps de se produire;

Bûme, I Ce mot fut rapporté et deviné dana divers lieni de Konie le 27 au soir.

(31) On trouvera., avic plus de développement, tousces détails dans VHUtwe de Léon Jli, par VL Artaud, t, I, cil. 6i

ELB

DES PAPES

ELE

quand les peuples en ont besoin, il manifeste sa présence par des signes éclatants, arin que les faibles ne soient pas tentés do miV.onnalire son œuvre. C*est ainsi que, contre toutes les prévisions humaines, et pen.lant que la diplomatie en était encore i l^réparer ses intrigues, tes cardinaux se sont trouvés réunis dans une môme pensée le 16 juin iSM, et, après vingt-quatre heures de conclave, ont proclamé S. S. Pie IX.

VéUciion par accession. ^ Lorsqu'aucun des cardinaux n'a réuni les deux tiers des suffrages, couformément à la bulle de Grégoire XV, on passe à Taccession, qui diffère )>eiidu siTutin. Chaque cardinal, le doyen en léte, va prendre dans le second bassin d'argent un des bulletins d'accession, en tout pareil à ceux que nous avons décrits, sauf que tes mots : Èligo in Summum Pontificem reverendiisimum D, meum D. cardinalrmf sont remplacés par les mots : Accedo rêve* rendissimo Domino meo D. cardinali^ h la suite desquels l'élenteur a écrit le nom du cardinal a l'élection duquel il a accédé. Ho- Diarquons qu'il ne peutaccé>ierà un cardinal pour lequel il a voté d'abord, ni h un cardinal qui n'aurait pas obtenu au premier tour au moins un suffrage; mais il lui est libre de n'accéder à personne, et, en ce cas, il écrit : accedo tiemtm. Cbaciue électeur doit avoir soin de mettre au bulletin d'accession le même chiffre , la môme devise qu'au bulletin de scrutin.

Tout se passe, du reste, comme pour le scrutin, sauf qu'on ne réitère pas le serment, le premier engageant pour Taccession comme on le voit par la formule. Les infirmiers portent aux malades, avec les bullelins d*accession gue ceux-ci doivent rem- (>lir, une feuille imprimée où est marquée a somme des votes donnés au premier tour à cbaaue cardinal.

Si les votes de Taccession, joints à ceux dH scrutin» donnent à un cardinal les deux tiers des voix, alors le premier scrutateur, sous les yeux des deux autres, vérihe la validité des bulletins d'accession en les comparant à ceux du scrutin, les cachets aux cachets, les chiffres aux chiffres, les devises aux devises. S'il les trouve pareils, il les montre aux second et troisième scrutateurs, qui, après avoir reconnu l'identité des cachets, des chiffres et des devises dans les deux bulletins, s'assurent encore que les deux noms ne sont pas les mêmes. Si le même nom était porté sur les deux bulletins, le vote serait nul ; mais si cette condition, et toutes les autres que nous avons indiquées en parlant de l'élection par scrutin, sont remplies, le vote est valide, et le troi* sièroe scrutateur proclame les signes que porte l'empreinte du cachet, le chiffre, la devise, et, enûn, le nom de l'élu. Le tout est inscrit sur une feuille de papier préparée à cet effet. Les scrutateurs recomptent ensuite les votes, et lorsque personne n*a obtenu, par celte réunion des votes d*acccs^ion aux

votes de scrutin les deux tiers des suffrages, on renvoie à la prochaine séance la reprise des opérations. /^ba(^ue séance comprend ainsi un vote au scrutin, auquel succède un vote d'accession^si le scrutin Q*a pas de résultat. Mais si un cardinal a réuni les deux tiers des voix, le dernier cardinal-diacre tire au sort trois cardinaux*diacres appelés reviseurs (recognitores) i et chargés de vérifier une dernière fois si les bulletins ont tous été bien lus, si les signes caractéristiques ont été convenablement indiqués, si les vo«» tes ont été comptés exactement, s'il n*}' a pas eu d*erreur dans la confrontation des bu Iletins de scrutin avec les bulletins d'accession ; enfin, si toutes les conditions voulues, tant pour le scrutin que pour l'accesbion, ont été remplies. On ouvre les bulletins pour s'assurer que l'élu ne s'est pas donné sa propre voix; car, en ce cas, Télection serait nulle; et si toutes ces vérifications ne laissent plus de doute, le cardinal oui a réuni les deux tiers des suffrages est déclaré canoniquement élu. Après la révision, tous les bulletins sont brûlés, quel qu'en soit le résultat; mais quand il est dérinitif. la fumée ne s'échappe point par l'ouverture ordinaire, et lepeuple, assemblé sur la place du Quirinal, ne la voyant pas sortir, s'écrie : le Pape est nommé.

En même temps, le dernier cardinal-diacre sonne la cloche ( il campanetlo ) ; è ce signe, le premier maître des cérémonies et le secrétaire du Sacré Collège entrent dans la chapelle, et immédiatement le cardinaldoyen, premier évèque, le premier évèque, le premier diacre et le cardinal camerlingue s'avanceutdevantle cardinal élu. Assistés du premier et d'un autre maître des cérémonies, du sacriste et du secrétaire, ils demandent son consentement à l'élection ; le cardinal-doyen lui dit : Accipisne eleclionem de te canonice factam in Summum Pontificem f

Aussitôt le consentement obtenu, tous les petits baldaquins placés sur les siècles occupés par les cardinaux s'abattent; celui du nouveau Pape reste seul , et les deux cardinaux placés à ses côtés s'écartent par respect. Alors le cardinal-doyen le prie de faire connaître le nom qu'il veut prendre. Jus-

3 n'en 1009 les Papes conservaient leur nom e baptême; mais le Pape nommé cette année-la s'appelait Pierre; il ne voulut pas porter le nom sacré donné par le Christ au prince des Apôtres; il prit celui de Ser« gius IV. Depuis, les Papes ont toujours pris un nouveau nom en montant au Saint-Siéue. Ce nom prononcé, le premier maître des cérémonies, faisant fonctions de notaire du Saint-Siège, dresse du tout un acte authentique, en présence des cardinaux, et le signe, ainsi que le sacriste, le secrétaire du Sacré Collège et Tautre maître des cérémonies. Dès que Pacte est dressé, le Pontii'e élu, ac^ compagne des deux premiers diacres, s'avance vers l'autel, s'agenouille, et, après une courte prière, va, derrière ce même autely où ils sont préparés depuis le com-

ELE

ELE

SM

mencemeni du concla?e (32), recevoir des maîtres des cérémonies, qui rhabillent, les vêlements du souverain ponliflcat : les bas blancs, lessouliersde velours rouge à la croix brodée d'or, la soutane blanche, la ceinture è glands d*or, le.rochet de dentelles, la moselte rouge bordée d'hermine, la petite ca«lotte blanche (33) et i'étole rouge.

Revenu à Vaule!, après avoir donné au Sacré Collège la première bénédiction apostolique, le Pontiie prend place dans le riche fauteuil placé sur le marchepied , et reçoit la première adoration de ses frères les cardinaux. A genoux, ils baisent le pied et la main du Vicaire de Jésus-Christ, qui, les relevant, leur donne le double l>aiser de paix. Quelquefois le Pontife saisit ce moment pour annoncer aux cardinaux les charges qu'il veut leur imposer. Léon II en embrassant le cardinal délia Somaglia, lui dit : Votre Eminence nous servira en qwilité de secrétaired'Etat.

Le cardinal camerlingue passe au doigt du Pape Tanneau du pécheur, que Sa Sainteté contia ensuite au maître des cérémonies, chargé d*jr faire graver le nom nouveau du successeur de saint Pierre.

Cependant, après avoir rendu Tobédience, le premier cardinal-diacre, immédiatement précédé d*un maître des cérémonies portant haut la croix papale, se dirixe vers le grand balcon {gran fog^ia) du Quirinal, fait démolir la cloison qui en fermait extérieurement Touvcrture, et de sa voix la plus forte, annonce au peuple la création du nouveau Pape, par la formule consacrée : Annuntio vobis gaudium magnum : Papam habemus eminentissimum ac reterendissimum dominum Joanfif m Mariam^ archiepiscopum-episcopum imo^ lannm , tituliSS. Pétri et Marcellini presbyterum^ 5. R.E.cardinaiem Mastai Feretti quisibi imposuit nomen : Pius IX. « Je vous annonce une granejoie: nous avons un Pape^ Véminen' tissime et révérendissime seigneur Jean-Ma^ rie^ archevéque-évéque d'imola^ du titre des Saints Pierre et Marcellin^ cardinal-prêtre de la sainte Eglise^romaine^ Mastai-Feretti^ oui a pris pour nom Pie IX, >

Cependant le nouveau Pontife admet au bassement des pieds le majordome, le maréchal, les conclavistes, les employés du conc'ave ; puis les prélats préposés à la garde des tours, et enûn ses parents, ses amis, les seigneurs romains , les membres du corps diplomatique, les Gdèles qui se précipitent pour le contempler.

Le cardinal camerlingue présente les clefs des appartements du palais au Pape, qui peut en prendre possession immédiateinnni ; mais qui, le plus souvent, achève dans la cellule qu'il occupait au conclave cette première journée de son pontificat. » {Election et couronnement du Souverain Pontife)

ELËUTHERE rSaint), fils d*Abundius,

(5i) On a soin d*j en moiirc plosleors de granilriir» 4itflri(rrm«>s p«ur que Télu en trouve to«>]oiirt qui ^ill m ï sa latllc.

était Grec de naissance et originaire de Hi* copolis. — Jeune encore, il vint è Rome, et le Pape Anicet le fit diacre de TEgUse romaine. Sa grande piété le fil choisir uonr succéder à saint Soler, en Tan de Jésu^. Christ 177,sous Fempereur Marc-Aurèle.Siini Eleuthère eut la douleur, en montant sur ii chaire de saint Pierre, de voir Marc-Aurèle persécuter les Chrétiens, surtout dans» la Gaules et particulièrement à Lyon; msisil eut aussi la consolation de voir le règne de Jésus-Christ s'étendre dans la Grande-Bre* tagne. Ce fut sons son poniificat qot le roi Lucius, qui régnait sur une |)artie de celle lie, sous la dépendance des empereurs mmains, envoya a saint Eleuthère une amliatsade solennelle, et lui demanda des mission» naires pour instruire ses sujets, lenradministrer les sacrements et célébrer, aa milieu d*eux, les saints mysières. Cette demande causa la plus grande joie au saint Pape, ei il envoya au pieux roi saint Damîen et saint Fugace. Saint Damien, le premier qui éfaogéhsa les Bretons, en convertit un grand nombre, ainsi que le roi Lncius qui, quoique ayant demandé au Pape des missionriai* res, n était pas encore Chrétien. Il y a dans le comté de Sommersct une église paroissiale qui porte le nom de saini Dérumn, qui est le même que saint Damien. Dans le pays de Galles on rappelle saint Duvifi ou Dwvwan. Son disciple Fugace estant»

honoré en Angleterre.

Saint Eleuthère y établit des éréqaes trois archevêques et des primats. Il pourfui aussi è la défense des accusés et à ce quuo conservât leur rang tant qu'ils n*étaient fsi convaincus. Il fit une constitution qui fut reçue du Pape Damase et insérée daosle droit r^non pour qu on n*arrétAt rien ra l'absence de I accusé, jusqu'i ce au'il se foi présenté. Sous son pontificat rKgiise prit de merveilleux accroissements par toat Tuni* vers, et particulièrement è Rome, où presque tous les nobles se convertirent arec leurs femmes et leurs enfants.

Dès le commencement de son pontifiraU il reçut la célèbre dépulation des martm de Lyon qui s'adressèrent à lui pour renié* dieraux troubles aue les montanistes etotaient jiarmi les fidèles de TAsie. La vigilance et le zèle de ce saint Pape eurent de quoi s*exercer pour apaiser la division qu< les nouvel le» hérésies causaient.

Après avoir combattu avec zèle rbéré^^e des valentiniens et celle des roontaniste«. saint Eleuthère condamna Florin, leqn<; enseignait une doctrine qui faisait Dira auteur du mal, et Blaste qui prétendait guf la coutume de célébrer la PAque le quaii*rzième jour de la lune de mars devait èJt adoptée par TEglife romaine. Cette questiva de !a célébration de la PAque, déjk entjni«t* sous le pontificat de saint Anicet, fut s^h^ de nouveau sous le Pape saint Victor, su.-

(53) Autrefois le Pape portait sut In prtUe t^Ui t le ctimauro , gran «(a mIoUe blanche • emlfksiaaà toute ta tète et quelquefois bonlée tf Vmiar

ETI

DE» PâPES.

ETI

cesseurdesaint Eleuthère, qui convoqua un concile à ce sujet; en conséquence, nous renvoyons pour de plus amples détails au Pape Si-^int Victor.

Après avoir gouverné l'Eglise pendant près de quinze années avec beaucoup de prudence et de sagesse ^ saint £1euthère mourut en Tan 192, peu de temps «avant que rKglise fut délivrée de la tyrannie de Terapereur Commode. II fut enterré sur la voie Salarienne. Plusieurs le considèrent comme martyr y et sa mémoire est lionorée le 26 mai.

EPREUVES JUDICIAIRES. — Un décret du Pape Etienne prohibe les épreuves par Teau et par le feu ; et saint Thomas, le grand codificateur de la doctrine caUiolique, montre parfaitement que c'est en même ieuips condamner les duels, par la raison que, dans Tun ou l'autre moyen, l'homme tente Dieu et lui impose de perpétuels miracles, là où il n'en a point promis. Yves de Chartres tient le même langage. Citons encore le concile de Valence» en 855, Nico« las I" dans une lettre à Charles le Chauve, Célcstin III, Innocent m, etc.

A une époque plus moderne, les Papes ont proscrit avec une égale rigueur les duels et combats singuliers do tout genre, déférant, avec le concile de Trente, les peines les plus graves contre tous ceux qui y prendront une part directe ou indirecte.

ETIENNE I*' (Saint), vingt-troisième Pontife. — Safnt Etienne, fils de Jules, était Roiuain de naissance, et, après s'être engagé daas les ordres sacrés, il fut fait archidiacre do l'Eglise romaine sous les Papes saint Corneille et saint Lucius I", ses prédécesseurs. Ce dernier, lorsqu'on le conduisait au supplice, recommanda à son clergé de le lui donner pour successeur. On eut égard aux volontés du martyr, et Etienne fut élevé sur le trône papal Ie23 mai 253, sous le règne de l'ein4>ereur Valérien. La multitude des affaires que lui suscitaient les persécuteurs d'un c<>té, et les hérétiques de l'autre, fut cause ais*ii se laissa surprendre par deux évêques d'Espagne qui avaient été déposés comme convaincus d'être du nombre des iibellatiques, c'est-à-dire de ceux qui, bien qu'ils n'eussent pas sacrifié aux idoles, donnaient des billets portant attestation qu'ils Tavaient tait* et sauvaient par là leur vie. Etienne n*étant pas bien informé de la vérité des choses, reçut leurs plaintes et était disposé h (es remettre sur leurs sièges; mais saint Cvprien, évêque de Carlhage, ayant assemblé un concile sur ce sujet, on y conclut que ces évêques ne pourraient jamais être recoanus pour tels. Ainsi cette affaire n'eut point de suile. Etienne agit avec plus de précaution à regard des novatiens. Ce fut ▼ers le même temps, an de Jésus-Christ S54 , que saint Cyprien écrivit au Pape saint Etienne au sujet de Marcicn, évêque d'Arles, qui avait embrassé le parti de Nova cien, et qui se gloriliait même d*avoir rompu toute communion avec ses collègues. Aiiootant complètement les erreurs do cette

secte, il avait eu la dureté de voir mourir plusieurs pénitents sans leur accorder la réconciliation Qu'ils demandaient avec larmes. Fauslin, evèque de Lyon, après avoir écrit à saint Etienne conjointement avec les autres évêques de la province, adressa en particulier deux lettres à saint Cyprien, qui, de son côté» intervint auprès du Pape pour le conjurer d'apporter promptement un remède au mal, afin d'en arrêter les progrès. « Envoyez, lui écrivait-il, des lettres aux évêques des Gaules, et au peuple d'Arles en particulier, pour excommunier Marcien et faire ordonner un autre*évêque à sa place, afin de réunir le troupeau qu'il a divisé. ^ On voit dans cette lettre un témoignage bien incontestable de l'autorité du Saint-Siège. Nous n'avons plus les réponses du saint Pape; mais on ne peut douter qu'il n'ait fait exécuter ce que proposait saint Cyprien..

Mais la troisième année de son pontifical , il eut à soutenir contre saint Cyprien et d'autres saints évêques, une question de plus grande importance, et dont iissue fait honneur à sa mémoire. Ce fut la fameuse discussion qui s'éleva touchant le baptême des hérétiques. Cette question avait été déjà plusieurs fois agitée précédemment et examinée dans un concile teuu à Icône, Tan 231, par les évêques de Cappadoce, de la Cilicie et des provinces voisines. Ce concile, auquel assistait Firmilien de Césarée, se

Eronouça contre la validité du baptême des éréticfues. Cn concile de Synnade , en Phrygie, et c]uelques autres dont on ne sait ni le lieu ni le temps, portèrent la même décision. Cest probablement à Toccasion des montanisles que la question avait été soulevée en Afrique, et décidée dans le même sens, au commencement du m' siècle,, sous Agrippin, évêc|ne de Carthage. Celui-ci fut le premier qui s'écarta de la tradition de l'Eglise, et qui introduisit l'usage de réitérer le baptême donné par les hérétiaues, même lorsqu'il était administré selofi la forme étaldie par Jésus-Christ. Sa raison était que les hérétiques ne peuvent opérer la régénération, n'ayant pas la vie eux-mêmes, ni conférer la grâce qu'ils n'ont point; mais il oubliait que les sacrements tiennent leur efiicacité ae Jésus-Christ, et qu*ils opèrent en vertu de sa puissance, et non par les mérites des ministres. Agrippin assembla un concile de soixante-dix évêques de l'Afrique et de la Numidie pour délibérer sur cette question, et le concile décida, conformément à son avis, qu'il fallait rebaptiser tous les hérétiques qui revenaient à l'Eglise.

Saint Cyprien, appuyé de la pratiqué de son prédécesseur Agrippin, soutenait que tout baptême donné hors de l'Eglise catholique était nul, parce qu'il n'y a qu'un baptême; et, de la il prétendait qu'il fallait rebaptiser tous les hérétiques qui revenaient à TEçlise. Ayant appris que le Pape Etienne n'était point de son sentiment, il assembla deux conciles où l'on décida qu'il n'y a

ETl

ETI

3Sl

point d'autre baptême que celui qui sedonna dans TEglise catholique ; il en donna avis au Pape, et lui députa deui évêques. Mais Etienne refusa de les recevoir, et récrivit à saint Cyprien, lui déclarant, dans sa lettre^ qu'il ne communiquerait plus avec lui m avec les évêques du même sentiment, s'ils y persistaient. Saint Cypri^n, choqué de la réponse du Pape, entreprit de le réfuter; il fit plus, il tint à Carthage un concile de trois

frovinces d'Afrique. Il s'y plaignait de la auteur avec laquelle il prétendait avoir été traité par EUenne. « Aucun de nous, » dit-il, « ne s établit évéque des évêques^ et ne réduit ses collègues à lui obéir par une terreur tyrannique. » Le concile confirma le jugement de saint Cyprien, et députa au Pape pour l'informer de ses raisons. Mais Etienne, prenant le résultat de cette assemblée pour une conjuration contre la vérité, ne voulut ni voir les députés, ni leur parler; il défendit même d exercer l'hospitalité à leur égard. Quelque dure que fât, en cette occa^sion, la conduite de saint Etienne, on n'a jamais douté dans l'Eglise qu'il n'eût raison pour le fonds. Nous ajouterons même aue le sentiment de ce saint Pape, qui fut celui de toute l'Eglise, trouva dès lors un défenseur en la personne d'un évêque inconnu, qui réfuta l'opinion de saint Cyprien par un traité que nous avons encore parmi Tes œuvres de ce saint. Il faut conclure sans doute que le zèle de ce saint Pape était louable, mais l^u'il aurait dû considérer que la vérité

2u*il soutenait n'était (las encore Assez claircie pour lever toutes les difficultés, ni décidée par l'autorité de tonte rEdise; qu'ainsi il eût été bon, peut-être, d'user de ménagements envers saint Cyprien et les autres évêques qui étaient de son sentiment.

Dans sa Patroïogie^ M. Mœliler s'exprime ainsi sur ce différend entre saint Cyprien et le Pape saint Etienne:

« Il s'agissait, comme nous l'avons dit, de savoir si le baptême conféré par les hérétiques était un baptisma ralum^ et par conséquent si les personnes ainsi baptisées devaient ou non être considérées comme des Chrétiens. Etienne soutenait l'affirmative; il voulait que Ton ne changeât rien à la tradition existante, et que, lorsque ces personnes rentraient dans 1 Eglise, on se contentât de les admettre à la communion par Fimposition des mains. Cyprien était d'un avis opposé, et ne reconnaissant pas^ la tradition alléguée des apôtres, il disait que, sans égard pour le premier baptême héréti(^ue, il fallait leur administrer celui de TEglise. On aurait tort du reste de penser que Cyprien ait été, dans cette occasion, induit ea erreur par ses principes sur l'unité de l'Eglise. Il avait trouvé celte erreur devant lui et à côté de lui, et il n'en fut pas l'auteur. Il est vrai qu'il cherche à ramener à ses principes et à confirmer par eux ce qui se présentait extérieurement à lui avec une apparence de vérité. Ce qui rend pour nous un j jgem^nt difficile à porter, c'est qu^

nous ne possédons plus les lettres mêmes d'Etienne, mais seulement des fragments de ces lettres, dans le^ réponses ; or, voiei ce que nous croyons pouvoir conclure de ces fragments, quant à son système. Ie« hérétiques^ disait-il, sont d'accord avec les Ca^ thotiques quant au baptême; celui qu'il» ad-ministrent est par conséquent baptisma ratum et validum (Kpist. 57; epist. 20], attendu aue ses effets ne dépendent pas de t individualité soit de celui qui Fadministre, soit de celui qui le reçoitf mais de lui-même par h vertu du nom de Jésus-Christ que l'on invoque (Epist. 75.) En réponse, Cyprien observait : l Egli$t catholique est une ; elle est renfermée dans les limites de fépiscopat; elle est tellement exclusive qu'elle ne saurait admettre^ fourdétruire Vidée que Von doit se former a elle^ que les bienfaits quelle accorde puissent être obtenus hors d'elle^ dans Vhérésie et le schisme. Donc nul ne saurait donner^ par le baptême^ la rémission des péchés , ni la grâce du Saint-Esprit^ là où elle ne réside potni, ni personne la recevoir là où la vraie foi n'existe point.

« Saint Augustin remarquait avec raison à ce sujet (De bapt. lib. i, c. 6, init.) que saint Cyprien et ceux qui partageaient son opinion, ne distinguaient pas bien le sacrement en lui-même et ses effets sur les personnes. Le baptême n'est point l'acte d'ao homme, mais de Dieu ;c est Jésus-Christ lui-même qui baptise ; la persoQne dont il se sert pour cela n'entre point en considération, mais l'effet subjectif dépend toujours, même dans l'Eglise, des dispositions de celui qui le reçoit. La seule chose iudis-

f)ensable est l'observation de la forme et de a matière essentielles. Or, les adversaires mêmes du Pape reconnaissent qu'il posait en principe que celles-là étaient observées

Sar tous les hérétiques sans en excepter [arcion. L'erreur de ces nérétiq^ues, quant à telle ou telle personne de la Trinité, n'influe pas sur .la substance du sacrement (Epist. 75.) Il s'agit encore de savoir si Etienne reconnaissait au baptême hérétique tous les effets de celui de I Eglise. Ses adversaires, qui, comme nous venons de le voir, confondaient le sacrement avec ses effets, semblent lui attribuer cette pensée. Mais rien ne l'indique dans les paroles d'Etienne. En admettant avec lui que le baptême des hérétiques était valable, comme étant un acte divin, on ne prétend pas soutenir pour cela qu'un baptême ainsi administré puisse conduire au salut, il avait, au contraire, pour maxime, que Hœresis qui'^ demparit et eœponit; eœposiias autemEccU" sia suscipit; CQ qui fait voir qu'il rendait l'effet subjectif du baptême dépendant de la commuuion de l'Eglise. On retrouve la même idée dans cet autre passage : Quod non sit quœrendum quis baptizaverit^ quando is, quibaptizatus sit^accipere remissam peccor torum potuerit^ secundum quod credidit ; ou bien encore : Dicuntj eum, qtiomodocunque foris baptizatur^ mente et ftde sua gratiam consequi passe. On voit, d'après cela, qu'G-

En

DES PÂPBS

ETI

tienne reconnaissait toujours dans le baptême VOpu$ operalum^ mais qu'il ne lui accordait son effet salutaire que dans la supposition qu'aucun obstacle n'y était opposé de la part de celui qui le recevait. Ce système ne contient rien qui soit contraire à la doctriae de TEçlise, et les objections de Cjprien et de Firmiiien étaient sans fondement (De bapt. lib. i?» c. 13 ] EnQn» on voit encore plus bas ce qu^Etienne roulait quand il disait : Si quis ergo a quacunque hœrtsi tenerii odnoSf nihii innovetur^ ni$i quod tradilum e$tf ut manuê illi imponatur in p<gniteniimm. Les adversaires du Pape citaient aussi ce passage pour le réfuter. Cornme k celte imposition des mains était attachée Tin vocation du Saint-Esprit, par la descente duquel dans celui qui le recevait, ce dernier était incorporé à l'Eglise, ils en concluaientque le Saint-Esprit ne pouvait être communiqué hors de TEglise. Gomme on le voit par ce rite, le baptême ne pouvait pas non plus être donné. (Epist. 73.) Mais Etienne n'entendait pas par là l'imposition des mains par le sacrement de la Confirmation sur ceux qui auraient déjà été confirmés, mais celle par laquelle une personne baptisée par des bérétiffues était admise à la comoiunion de TEglise comme un hérélioue qui abjurait. Ce qui le prouve, c'est qu Etienne veut qu'on les regarde sous Iq même aspect, et que saint Cyprien avoue lui-même que c'était sous cette forme qu'il accordait la réconciliation de l'Eglise aui Catholiques qui s'étaient laissé entraîner dans le schisme.

« Telle a été du reste la pratique de l'Eglise, tant avant qu'après Etienne. Saint Augustin indique de la manière suivante ToriKine de ce rite : Si Von n^observe point /ïmposition du maim sur ceuxqui abjurent Vhé" résie^ on aurait Vair de les acquitter pure* meni et simplement. On impose les mains aux hérétiques a cause de la réunion avec la vérité qui est le plus grand don de l Esprit-Saint^ et sans lequel rien de ce que C homme peut avoir de saint en lui ne peut contribuer dson salut. 9 On reconnaît sur-le-champ qu'Etienne avait raison, et que ce ne fut que pour avoir mal compris le rapport entre Dieu, origine du sacrement, d'une part, et de l'autre celui qui l'administre ainsi que ses effets, que Cyprien se laissa entraîner à défendre une pratique erronée en p<ace de la véritable. Le zèle d'Etienne est digne à cet égard des plus grands éloges. Dne fois que l'affaire élaït arrivée à ce point, toute condescendance aurait été intempestive et aurait eu |H>ur résultat nuisil)le de fausser le dogme ea question. C'est là ce qui justifie sa sévérité. »

Saint Etienne n'eut pas la satisfaction de ▼oîr terminer de son vivant cette fAcheuse contestation : il fallut en suspendre les poursuites pour s'appliquer à munir les fidèles contre la persécution que l'empereur Valérien fit à l'Eglise. On ignore même quelles en furent les suites. Saint Augustin pense qae saint Cyprien rétracta son senti-

ment, et cela parait assez probable. Hais la discussion continua encore au moins avec les évêques de l'Orient, sous le pontificat de Sixte H, successeur de saint Etienne. On la voit par plusieurs lettres que saint Denis d'Alexandrie lui écrivit à ce sujet. Peu à peu cependant l'usage de reba{)tiser s'abolit partout; les évêques d'Afrique renoncèrent bitintôt à leur opinion , et nrent même un décret pour la condamner; la plupart de^ Orientaux ne tardèrent pas à se rétracter de même. La question fut enfin entièrement terminée en Occident par un décret du concile d'Arles, en diï, et peu de temps après dans toute l'Eglise par le concile de Nicée.

Saint Etienne défendit aux prêtres et aux lévites de se servir des ornements sacrés, ailleurs qu'à Tautcl. Il convertit un grand nombre de païens à la loi par sa doctrine et ses vertus. L'empereur Valérien ay^nt suscité contre les Chrétiens une cruelle persécution, saint Etienne en fut une des premières victimes. Ce saint Pape, célébrant la Messe, fut investi par des soldats envoyés pour le mettre à mort. Il resta courageusement à l'autel, acheva les saints mystères, et fut ensuite décapité sur sa chaire pontificale, le 2 août 257, après avoir tenu le Saint- Siège pendant cinq ans. Il fut enterré sur la voie AVipienne, dans le cimetière du Pape saint Clalixte avec sa chaire qu'on montre encore 'aujourd'hui, comme teinte de sang. Ses reliques furent transférées à Pise l'an 1680, et déposées dans une église qui porte son nom. Après vingt-deux jours de vacance, saint Sixte II fat élu pour succéder à saint Etienne.

ETIENNE II, quatre-vingt-douzième Pontife et successeur de saint Zacharie. — Quelques jours après la mort de ce dernier, le peuple s'étant assemblé dans l'église de Sainte-Harie-Majeure, on élut d'une commune voix, le 26 mars 752, Etienne, second du nom. Il était Romain de naissance, fils de Constantin, et fut élevé dans le palais do Latran, près des Papes, qui le firent passer dans tous les ordres ecclésiastiques jusqu'au diaconat. Etienne aimait TEglise, conservait les traditions avec une grande fern^té,

?rêchait avec force la parole de Dieu, et tait toujours prêt à secourir les pauvres, les veuves et les orphelins. Il rétablit d'abord dans Rome quatre anciens hôpitaux abandonnés depuis longtemps, et il en fonda un cinquième. Il en fit deux hors de Rome, I)rès l'église Saint-Pierre, et les dota magnifiquement.

Cepenlant Astolfe, roi des Lombards, qui voulait se rendre maître du duché de Rome, avait déjà pris Ravenne, et menaçait les Romains de les passer tous au fil de l'épée, s'ils ne se soumettaient à sa puissance. Le Pape Etienne exhorta son peuple à implorer la miséricorde de Dieu, fit une procession où l'on portait plusieurs reliques, entre autres une image de Jésus-Christ qui était fort respectée par son antiquité. Le Pape la portait sur ses épaules» marchant nu-pieds, comme tout le peup'e qui avait la cendre

ETI

sur la tète et poussait de grands gémissements. Entîn, voyant qu*il ne pouvait arrêter le roi des Lombards, ni par prières, ni par présents, il écrivit à Pépin, roi de France, une lettre pleine des plus vives expressions de douleur, qu*il envoya secrètement par un pèlerin; puis, par un autre, il lui mandait: « Envoyez vous-même des ambassadeurs à Rome, pour m'engager k vous aller trouver. »

Le roi Pépin envoya sa réponse, par laquelle il accédait è tout ce que le Pape de- Diaudait. Etienne écrivit en même temps à tous les ducs des Français, les exhortant de venir au secours de saint Pierre, au'il nomme leur protecteur. Vers le même temps, les légats que le Pape avait envoyés à l'empereur revinrent avec une lettre de ce prince, par laquelle il ordonnait au Pape d*aller trouver le roi des Lombards pour retirer de ses mains la ville de Ravenne. Etienne y consentit, et sortit de Rome fan 753. Quand il fut arrivé près de Pavie, et qu'il eut abordé le roi Astolfe, il lui fit de grands présents, et le pria instamment de restituer Ravenne et les autres places de l'empire. Astolfe demeura inébranlable dans son refus. Mais les ambassadeurs du roi Pépin étant arrivés, pressèrent fortement le rôi Astolfe de laisser passer le Pape pour aller en France. Ce prince y consentit, mais non aans beaucoup de peine. Le Pape partit donc pour la France, et, étant arrivé jusau'au-

{»rès de Pontbion en Champagne » le roi 'épin vint au-devant de lui, descendit de cheval, et se prosterna, avec la reina sa femme et ses enfants, et les seigneurs de sa cour; il marcha même quelque temps à côté de son cheval, lui servant d'écuyer. Le Pape et ceux qui l'accompagnaient rendirent grftces à Dieu, chantant à haute voix des hvmnes et des cantiques spirituels jus-

âu'à Pouthion, ot ils arrivèrent ie jour des ois, l'an ISA. Le Pape fit de grands présents au roi et aux seigneurs. Mais, le lendemain, il parut avec tout son clergé sous la cendre et le cilice, et se prosterna aux pie^Js du roi Pépin, le conjurant par la miséricorde de Dieu et par les mérites de saint Pierre et de saint Paul, de délivrer le peuple romain de la domination des Lombards.

Pépin lui promit, avec serment, de le faire et d'attaquer Astolfe. Ensuite il envoya le Pape avec sa suite au monastère de Saint-Denis, près Paris, et prit grand soin qu*ii y fût logé dignement.

Dans la même année 754, il tint une assemblée à Quercy-sur^Oise, de tous les seigneurs de son royaume : il y résolut le voyage d'Italie pour secourir le Pape qui était uréscnt, et il lui fit une donation ainsi qu*à l'Eglise romaine, de plusieurs villes et territoires d'Italie usurpés par les Lom« bards. Dans cette même assemblée de Quercy, Etienne II fut consulté sur divers points de la discipline f et sa réponse contient dix-neuf articles, dix sur le mariage, cinq sur le baptême quatre touchant le clergé. Les questions sur le mariage regar-

dent la plupart son indissolubilité. Le Pi(i défend d*épouser sa commère, soit de Uptême, soit de confirmation ; ce qui moDirc qu'à la confirmation il y avait aussi des par* rains. On met en pénitence le prêtre qui, ayant de Peau, a baptisé avec du vin ; mus on l'excuse s'il n'avait point d'eau. Ce n*cM pas que ce baptême soit approuvé, mais le prêtre est exempt de peine canonique. Le Pape Etienne résout la plupart des questions proposées par l'autorité des ancieooesdécrétales de saint Léon, de saint Innoceoi, de saint Sirice, ou des canons de Chalcédoioe, d'Antioche, de Néocésarée et de Carthage.

Etienne II revint ensuite à Saint-Denis où il tomba malade, et en peu de jours on désespéra de sa vie. Lui seul conserva oue Tire confiance en Dieu, et un matin qu'on s*aueih dait à le voir expirer, on le trouva [)arfai(^ meut guéri. On rapporte à ce sujet une lettre de lui, oii il ait : Je vu dam réglin de Saint-Deniêf debout fris de Taurri, iei apôtres saint Pierre et saint Paul avec tanu DeniSf à qui saint Pierre dit yuan lui actwdait la santé d'Etienne; et samt Denis tenasi un encensoir et une pa/me, vint me rrowcrr tt me dit : La paix soit avec vous^ mon frkt^ ne craignez points vous retournerez ksurnh sèment à votre Siège. Levez^vous ei consean cet autel en Fhonneur de EHeu et des apétra que vous voyez, en célébrant une Meut tentions de grâces. Le Pape, se sentant guén, voulut aussitôt accomplir cet ordre; nuis les assistants prirent ce désir du inati>ie

Î>our un accès de délire. C'est pourquoi il eur raconta sa vision, ainsi qu'au roi et aat seigneurs. La guérison miraculeuse et l'entier rétablissement de ses forces persuaJè* rcnt lest plus incrédules. Le lendemaio, Etienne 11 célébra une Messe soleoaetk, suivant l'ordre des apôtres, et, pendant cette Messe il sacra de nouveau pour rois de France, par l'onction de l'huile , Pépio H ses deux fils, Charles et Carloman, avec li reine Bertrade, et défendit aux seigneur» français, de l'autorité de saint Pierre, sous peine d'excommunication, que jamais eoi, ni leurs descendants ne se donnassent des nxs d'une autre race. Le Pape donna en mêue temps au roi et à ses deux tils le titre de patrices des Romains, pour les engager a protéger Rome. 11 accorda de grands f>riviléffesà l'abbaye de Saint-Denis, et laissa sur Tauiel qu'il avait consacré son pallium. que l'on conserva longtemps dans ce monastère.

Ensuite Pépin se mit en chemin pour aller faire la guerre à Astolfe; mais quand les troupes furent à moitié chemin de la Lou* bardie, il envoya vers le roi des Lombards, à la prière du Pape oui vonlait éviter IVffusiou du sang des Cnrétiens. Astolfe ne répondit au roi que par des menaces. Pépia fit donc avancer ses troupes, força le (tassage des Alpes, et réduisit Astolfe à s*enft*r* mer dans Pavie, où il l*assiégea. Alors te Pape le pria encore d'épargner ie sang cfare> tien : on fit un traité entre les Romains» les Français et les Lombards, par .«quel

sn

En

DES PAPES

ÏTl

Astolfe et les seigneurs de sa nation promirent, avec de grands serments et par écrit, de rendre incessamment Ravenne et plusieurs autres villes; après quoi Pépin se retirât nonobstant les remontrances du Pape qui ie conjurait de ne point se fier à la parole d*Astolfe, et de faire exécuter le traité en sa présence.

Le Pape Etienne retourna à Rome, et ce qu*il avait prévu arriva. Dès que Pépin fut retourné en France, Astolfe, bien loin de rendre les places qu*il avait promises, recommença a maltraiter les Romains. Le Pape Te fit savoir au roi Pépin par une lettre où il parle ainsi ; Je voui conjure par le Seigneur no$re Dieu^ sa glorieuse Mère, toutes tes vertus célestes^ et saint Pierre oui vous a sacré roi, de faire tout rendre à ta sainte Eglise de Dieu^ suivant la donation que vous avez faite à saint Pierre^ et de ne plus vous fier aux paroles trompeuses de ce roi. Vous rendrez compte à Dieu et à saint Pierre^ au jour terrible du jugement^ de la manière dont vouê les aurez défendus, Cest vous que Dieu a choisi pour cette grande œuvre^ par sa prescience de toute éternité; car ceux qu'il a prédestinés^ il les a appelés^ et ceux quil a appelés il les a justifiés. C'est ainsi que ce Pape appliquait les paroles de saint Paul.

Quelque temps après, le Pape écrivit une autre lettre à Pépin. Le pressant de venir à son secours , il lui disait : Cest pour cela oue le Roi des rois vous a soumis tant dépeuples^ afin que votss releviez la sainte Eglise. Car il pouvait la défendre d'une autre manière^ sll iui eût plu; mais il a voulu éprouver votre cmur. Cest pourquoi il nous a commandé d'aU ter vers vous^ et de faire un si grand voyage

au travers de tant de fatigues et de périls

Sachez que le prince des apôtres garde votre promesse: et si vous ne t'accomplissez^ il la représentera au jour du jugement. Là seront intUiles les excuses les j^lus ingénieuses.

Cependant Astolfe faisait avancer ses troupes, et le premier ianvier 755 elles parurent d( vaut Rome qu*il tint assiégée trois mois, ravageant par le fer et par le teu tous les environs, et donnant des assauts tous les jours. Sept semaines après le commencement du siège, le Pape envoya en France l'évêque George et le comte Tomarie avec Tabbé Vernica. Ils étaient chargés de deux lettres, Tune adressée au rui Pépin, la seconde aux princes ses enfants et à tous les Français ecclésiastiques et laïques, ârrites au nom du Pape et de tous les Romains. Elles coinluencent ainsi : Nous sommet environnés d'une tristesse si amire^ et pressés d'une angoisse si extrême; la continuité de nos maux nous tire tant de larmes^ quil nous semble oue les étéments mêmes dotvent le raconter. Ensuite les Romains font ainsi parler Astolfe : « Ouvrezmoi la ville et livrez-moi votre Pape : si non je renverserai vos murailles, et vous passerai tous au fil de renée; et je verrai qui pourra vous tirer do mes mains. » Puis parlant des Lombards, Etienuf^ II s'exprime ainsi : Ils ont brûlé les églises^ brisé et brûle les images: ils ont mis dans des sacs impurs le

corps de Notre-Seigneur Ils ont emporté

les voiles et les ornements des autels pour leur usage. Ils ont déchiré de coups les moines et violé les religieuses^ dont ils ont tuéquelques^ unes . Ils ont brûlé les fermes de saint Pierre et de tous les Romains^ emmené les bestiaux^ coupé les vignes jusqu'à la racine, foulé les moiS" sons , en sorte au'il ne nous reste plus de quoi vivre. Ils ont égorgé quantité de serfs et emmené les autres en captivité : jusqu'à arracher les enfants des bras de leurs mères pour les égorger. Les paiens mêmes n'ont jamais fait tant de maux.

Toujours persécuté, le Pape, dans cette extrémité, écrivit au roi des Français une éf>ttre au nom du prince des apôtres qu'il faisait parler comme s*il eût encore été sur la terre; il fait de même parler la sainte Vierge, les anges, les martyrs e( les saints. Cette épltre est conçue en ces termes : Pierre^ appelé à l'apostolat par Jésus-Christf Fils du Dieu vivant^ aux trois excellents princes Pépin, Charles et Carloman^ aux tris-saints évéques^ abbés^ religieux^ comme aussi à tous les ducs^ comtes^ capitaines et guerriers, et à tout le peuple de France, salut et bénédiction. Cest à moi Pierre, tout indi^ gne serviteur de Dieu que je suis, que le Sei^ gneur a spécialement confie son bercail, en mè disant iJoan, xxi, 17) : « Paissezmes agneaux, paissez mes brebis'; » c'est moi qu'il a prédes^ tiné et choisi pour éclairer toutes les nations, entre lesquelles il m'a donné les Français pour mon peuple particulier et pour mes enfants adoptifs. Cest pourquoi je m'adresse à vous préférablement a tous les autres, vous conju^ rant, par votre piété et votre affection filiale, de voter au secours de l'Ealise de Dieu, pion-'

«fée dans la plus triste affliction, de venir dé" ivrer de la détestable nation des Lombards cette ville de Rome, mon Siège et ma maison, où je repose selon la chair; car n'en jugez pas autrement, mes tris-chers fils, et tenez pour certain que je vous suis aussi présent que si vous me voyiez des yeux du corps, vivant et agissant en chair et en os. Croyez sans hési* ter, ô rois très-chrétiens. Pépin, Charles et Carloman, et vous aussi prêtres, évéques, aftbés, moines, avec les juges, les ducs, tes coni" tes, et tout Vempire français ; croyez que c* est moi Pierre, apôtre au Dieu vivant, qui vous parle dans ce discours, et que, si vous ne me voyez pas dans ma chair, je n'en suis pas moins près de vous en esprit. La reine du ciel, Marie, Mire de Dieu, et toujours vierge, vous parle aussi et vous conjure avec moi. Il en est de même des Trônes, des Dominations, des princes de la milice céleste, des martyrs, des confesseurs, de tous les anges et saints chéris du Tris- Haut, qui vous recommandent instamment cette ville de Rome, les ouailles du Seigneur qui rhabitent et la sainte Eglise qu'il a confiée à mes soins. Bdtez-vous, ne perdez pas un moment, volez pour la dérober à la fureur des Lombards, de peur que mon corps, depuis longtemps immolé dans ses murs à la gloire du Christ, et le lieu où il repose toujours par l'ordre du Seigneur, ne deviennent avec le peuple Romain commis à

ETI

ETI

ma garde^ le jouet de leur impiiii barbare

Je vous conjure par le Dieu vivant^ de ne pas permeUre que ma ville de Rome soit plus longtemps assiégée par les Lombard*^ afin que vos corps et vos âmes ne soient point livrés aux flammes étemelles. Si vous ne m'obéissezau plus tôtt sachez que^ par l'autorité de lasainte Trinité et la grâce de. mon apostolat^ vous serez privés du royaume de Dieu et de la vie éternelle Hâtez-vous de venir à notre secours avant que votre Mère la sainte Eglise soit déshonorée et ruinée; montrez-vous insé^ parablemetU unis avec Rome, afin que vous ne soyez pas rejetés^ comme étrangers^ du royaume de Dieu: combattez généreusement pour les Romains^ mes enfants et vos frères^ narce que personne ne sera couronné sUl n^a aignemeut combattu, {II Tim. ii, 5.j

Pépin se rendit à de si vives instances; il inarclia en Lombardie avec toutes s^s troues, fit le siège de Pavie, obligea A^tolfe à ui demander quartier, et à rendre toutes les places qu*il avait prises. Il en Gt restitution à saint Pierre, à i*£{çlise romaine et à tous les Papes à perpétuité, et Tacte en fut gardé dans les archives de cette Eglise. Fulrad, conseiller du roi Pépin, rendit au Pape toutes ces villes, au nombre de vingt- ^ deux.

L*an 756, Àstolfe^ roi des Lombards, étant mort, Didier, duc de Toscane, se tit reconnaître roi sans combat, promettant au Pape de faire rendre les villes qui restaient en la possession des Lombards. Le Pape Etienne mourut Tannée suivanie, après avoir tenu le Saint-Siège cinq ans. Il assemblait souvent son clergé dans le palais de Latran, et leihortait à s appliquer avec soin à Tétude de TEcritore sainte et aux 'lectures spirituelles; il accorda à Fulrad, abbé de saint Denis, le privilé|{e d*avoir un évoque particulier, qui serait élu par Tabbé et les moines, et consacré par les évoques du pays, pour gouverner ce monastère, ainsi que ceui que Fulrad avait fondés, et qui étaient ious sous la protection du Saint-Siége.

Ktienne 11 fut enterré à Saint-Pierre le 26 avril 757, et eut pour successeur, son frère Paul 1".

ETIENNE III, quatre-vingt-quatorzième Pape et successeur de saint Paul I". — Après la mort de ce dernier, un duc nommé Toton, qui demeurait depuis longtemps à Népi, avec son frère Constantin, vint à Rome avec une grande troupe de soldats et de paysans qu'il avait ramassés tant de Népi que des autres villes de la Toscane. Ils entrèrent par la porte Saiot-Pancrace, et s'assemblèrent dans la maison de Toton, où ils élurent Pape Constantin, encore laïque. Ensuite, revêtus de cuirasses et les armes à la main, ils le menèrent au palais patriarcal de Latrau , dont il demeura maître. Le dimanche suivant, Constantin, accompagné d'une multitude de gens armés, alla a Saint«Pierre, s'y tit con acrer évèque de Rome, et demeura pendant treize mois en possession du Saiui-Siéçe. C'est le premier exemple d'une pareille intrusion. Ceoendant Christophe,

pnmicier et conseiller du Saint-SiégD, indi-

5 né d'une pareille élection, assembla tes vè(]ues, les premiers du clergé et de U milice, avec tout le peuple de Rome; et étant tous d'accord, ils élurent Etienne, Sicilien de naissance et (ils d'Olivius. Cétait uq t>omme instruit des saintes Lettres et des traditions apostoli(]ues. Le Pape Zacbirie l'avait ordonné prêtre de Sainte-Cécile, U il vivait retiré. On l'alla prendre et oa l'amena, avec de grandes acclamations, aa palais de Latran, où il fut ordonné selua toutes les règles, le 7 août 768.

Cependant l'élection de Constaolii afiit causé une émotion dans Rome; on se porta aux plus grands excès : quelques farieoi tirèrent Constantin du monastère où il s'était retiré, et lui arrachèrent lesyeui; ils tirent éprouver le môme traitement à deux des partisans du Pape intrus. Ce tutuuiu étant apaisée, le Pape Etienne envoya eo France Sergius, fils de Christophe, au ni Pépin, avec des lettres par lesuuelles il le priait d'envoyer à Rome des évéques 5ivants, pour y tenir un ccmcile sur riolrusion de Constantin. Mais Sergius étant arrite en France, et ayant appris la mort du niiPé» pin, alla trouver les rois Charles etCarlomaa, qui, sur son exposé, envoyèrent avec luii Rome douze évêquesde France, bien inslrutts dans l'fcriture et dans les canons. Lor$qo*ij furent arrivés en cette ville, le Pape Eiieu&c assembla un concile qui se tint dans la U).lique du Sauveur, et composé des é^i\m venus de France, de ceux de Toscane, «ic Campanie et du reste de l'Italie. Le Pa,< Etienne y présida. On amena le malheureui Constantin , et on lui demanda pour^got, étant laïque, il avait osé usurper le Saïc:- Siège par une entreprise inouïe? Il soutai Que le peuple lui avait fait violence ti 1 avait mené par force au palais de Laim; puis, se jetant à terre, les mains élcnJuo sur le pavé, il confessa avec larmes qoi était coupable et que ses péchés excédaiec: le nombre des grains de sable de ta lucr. demandant miséricorde au concile. On le^: relever, et ce jour-là on ne prononça T'J contre lui.

Le lendemain, il fut encore amené; ^^ étant interrogé sur son intrusion, il diiq: n'avait rien fait de nouveau; que Ser^ia>. n'étant que laïque, avait été fait arcbe>f k de Ravenne, et qu'Etienne, aussi lai^'C avait été sacré évèque de Naples. Les v^

3ues, indignés de cette insolence, le cw* amnèrent à faire pénitence le reste de ^-^ jours. On examina ensuite tout ce ^- ' avait fait pendant son pontiQcat, et on K'< au milieu du sanctuaire les actes du ro& ' qui avait conQrmé son élection. Le h- Étienne se prosterna k terre avec toos ^ évéques et le peuple romain; et cniai Kyrie eleison^ avec beaucoup de lanuns'* déclarèrent qu'ils avaient tous péché ce "covant la communion des mains de Cou^k* * tin, et on leur imposa pénitence. Aior^apporta les canons; et les ayant exaoii'''<* lu Pape fit un dérrel , approuvé du cvn^ '

Page 1