‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 43 sur 123 · GRIS · texte numérisé non relu

GRIS

GRE

lenail par U main Gordien debout, revêtu d'une chasuble de couleur brune» avec une dalmatique par-dessus. Il étaiulegrande taille» le visage long, d*une physionomie grave» la barbe médiocre» les cheveux épais. De l'autre côté était Silvie assise : un voile blanc la couvrait, prenant depuis l'épaule d'roite» et enveloppant le côté gauche» où la main était arrêtée sous le manteau ; par-dessous elle portait une grande tunique blanche. Elle avait le visage rond» et dans sa vieillesse des restes d une grande beauté ; sur sa tèle était une mitre def&mme» arrêtée avec un ruban blanc. Elle étendait deux doigts de la main droite, comme pour ftrire sur elle le signe de la croix ; et de la main gauche» elle tenait un psautier ouvert. Dans un autre endroit, au dedans du monastère, saint Grégoire était peint de la maiii du même maître. Il était de belle taille : son visage tenait de la longueur du père» et de la rondeur de la mère; la barbe était médiocre» les cheveux assez noirs et frisés» chauve sur le devant, avec deux petites touffes de cheveux» la couronne grande. 11 avait un beau front, la physionomie noble et douce, les mains belles, son habit étaitjcommecelui de son père; mais il portait de plus le pallium entortillé simplement autour des épaules, et pendant sur le côté. De la main gauche il tenait l'Kvangile» et de la droite» il faisait le signe de la croix. Saint Grégoire s'était ainsi fait peindre dans son monastère,

f)Our retenir les moines dans la ferveur de 'observance» par la vue de son image. On voyait encore ces peintures du temps de Jean diacre, gui les décrit exactement. Il constate aussi que l'on avait coutume de peindre le Saint-Esprit en forme de colombe sur la tête de saint Grégoire écrivant. Les discours de ce saint Pape ne respirent c^u'humilité» componction» esprit de pénitence. Ses Lettres^ que l'on regarde» avec raison, comme un trésor de tout ce que l'Eglise avait de plus précieux en son siècle» contiennent les règlements qu'il avait faits pour le maintien ou le rétablissement de la discipline de l'Eglise; on y voit combien il était zélé pour conserver la pureté des mœurs et de la foi. Ces règlements, qui sont pleins de sagesse, rappellent presque toutce qu'il y a de meilleur dans les saints canons» dont il était observateur exact» et qu'il tâchait de faire observer aux autres» autant par son exemple» que par son autorité. Elles ne sont pas seulement des preuves de sa vertu et de sa science ; mais elles sont encore une vive peinture de ses mœurs, du caractère de son esprit» et des mouvements de son cœur.

Nous avons cru devoir exposer en détail et avec quelque étendue ce grand pontificat» parce que Grégoire le Grand est un des rares )K)ntifes dont le règne se mesure par des siècles. En effet, son bras puissant imprime un mouvement immense au monde entier.

Vovez d*abord comme il parle haut et ferme À 1 Orient. Tout s*y renouvelle et s'y régénère sous son influence.il excommunie Jean de princa Justiniana, maintient Némésien

à DioCiée, chasse Maxime de Salotie malgré les légions impériales , réforme les jo^f. ments du patriarche, fait respecter les simples moines , al)aisse l'orgueil de Jean :e Je&neur, et en appelle contre remfiereur lui-même au jugement de Dieu, qui cooGrine ses prophétiques paroles.

Grégoire ne règne pas moins en pèresor l'Orient. Ses aumônes pénètrent jusquas Sinaî; ses consolations accompapieoi let évêques lointains. Sa vigilance étouffe h hérésies renaissantes k Alexandrie, à Tbe»salonique et partout. Ses encoura^effleots favorisent les tentatives de conversioni d« Perses ; ses lettres répondent *k des coqsqItatioos familières venues des vallées du Caucase ; en un mot, son infatigable prévoyance n'épargne rien pour saaver l'Oneol, « cette vieille barque vermoulue suspesdae sur l'abtme, craquant comme k Theoreda naufrage, m

Son génie renouvelte en mèoie trmpi toute la face de rOccideat. En lutie,ilr^ forme toute la biéRacchie sacerdotale, termine le schisme d^Aquilée , convertit b Lombards, évangélise les BarbarJtiens, et défend seul toute nt&lieeadépil des laible»v) et des trahisons des exarques. En Occitaoïr^ il préside à la conversion de ftécarède et it) Visi^oths. En France, il combat et détnii ce vice précoce de la simonie; simonie d'argent, simoniea/mjriia, qui se sertdesadat* tiens et des protections pour s'emparer d«i dignités ecclésiastiques. Mais l'œuvre biet aimée de Grégoire le Grand, c'est la coov«rsion de ses anget^ les Anglo-Saxons, dooi i. fut le premier apôtre. Avant de nioanr.ti put admirer \es merveilles semées sooslei

{>as des humbles thaumaturges, ses ealiais: *Aileluia et les hymnes romaines réi^etf» dans la langue accoutumée aux chants («• bares; l'Océan aplani sous les pas des siiat5. des flots de jieu pies indomptés tombant camés à la VOIX des prêtres.

Mais il est deux faits de la dernière loportance et trop peu remarqués dans ce p ttificat mémorable: ce sont la royaim^r^ Papes manifestement reconnue etrniaufuration de leur paternelle dictature. Le («in< moine de Saint-Pierre, dont la première oc* nation remontée Constantin et peut^lrep -' haut, est parfaitement constitue sous ce rtgne. Grégoire possède, comme oiali^réitoute rrtatie^ la Sicile, la Corse, et a de ^^ tes patrimoines dans les Gaules» en Afn^ ' et jusque dans l'Asie. Il approvisionae K me, a ses gardes pontificales, son armée. U • des traités avec les Lomijards et d'aul:»-* peuples ; en un mot^il exerce tous le< dr*^^* de souveraineté que lui reconnaît la Frt<^"' l'empereur et tous les peuples oiipHc--^ dont il est le tuteur. Esprit vivifiiat -^ monde et de TEglise, sa grande iffiiïce ^'^ au palriarehium de Latran comme le p<0^ tuel modèle de ses successeurs. Ses c<r^* popularisent tons les secrets de Tascea^et tous les devoirs du Chrétien daos <iamirables \ià^es. Les fortes traces de f^'*^ niart|uent ''invariable sentier que *«»'-'^**

GRE

DES PAPES

GRE

ML

les Papet qui, jusqu'à Grégoire Vil et depuis, eonlinueroot la sublime mission dont Gré* ' goire le Grand est le premier initiateur.

GREGOIRE II (Saint) était natif de Rome et fils de Marcel.— Il fut élu Pape le 19 mai 715» et tint le Saint-Siège pendant quinze ans vingt mois huil Jours , sous quatre'etnpereursy Anastase, Théodose, Léon et Constantin. Il arait été élevé ,| dès sa tendre jeunesse, dans la maison patriarcale de La- Iran, sous le Pape Sergius et fut sous-diacre sacellaire et bibliothécaire. Il suivit à Constantinople le Pape Constantin, et l'em- (lereur Tajant interrogé sur plusieurs articles, il satisfit à toutes ses Questions par d*excellentes réponses, car il était fort instruit dans TEcriture sainte, et s'expliquait facilement. Ses mœurs étaient pures, son courage ferme, et il soutint vigoureusement les droits de 1 Eglise. Dès le début de son ponUfical, il commença à réparer les murs de Rome; mais diverses difiicultés oui survinrent Tempèchèrent d'achever. Ii répara diverses églises ruinées. Il reQui de Jean» patriarche de Constantinople, une lettre synoJique, et. v fit réponse ; mais la même année, seconde de l'einpereur Anastase, Jean fut déposé, et Germain, évèque de Cjzique, iransferé à Constantinople.

L'Italie était en proie aux Lombards. Ils prirent Cume, malgré la paix, et refusèrent lie la rendre, quelque instance que le Pape Grégoire II leur en fit; les menaçant par ses lettres de la colère de Dieu, et leur offrant de grands présents s*ils rendaient cette ville. Le Pape, très-affligé, mais se confiant en Dieu, s'appliquait a encourager par ses let* très le peuple de Naples et le duc Jean , qui y commandait, suivant ses ordres. Us surprirent de nuit la ville de Cume, ayant à leur tète ce duc Jean et un saus-diacre nommé Théodime ; le Pape ne laissa pas de donner, pour la racheter, trente livres d*or qu'il avait promises.

Les missions de la Germanie furent aussi Tot^et de la sollicitude toute particulière du Souverain Pontife. Il donna, I an 716, à Marlînieo, évèque, (jui partait pour la Bavière, riasiruction suivante : iipr^s avoir rendu nos lêlirtSj V0U9 délibérerez afec le duc de la province pour faire une auemblée deiprétreSf des juges et de tous les principaux de la na^ iion; a^nt examiné les prêtres et les mtnûtres vous donner ex le pouvoir de sacrifier^ de servir et de chanter^ à ceux dont vous trouve^ rez f ordination canonifue et la foi pure^ et leur ferez observer la tradition de F Eglise ro^ fnaine : vous défendrez aux autrts toute fonc^ t îofi, et leur donnerez des successeurs : vous pourvoirez pour que Von célèbre la Messe dans chaque égliHf les Offices du jour et de la nuit^ et la lecture des seunt es Ecritures : vous établirez des évéchés^ agant égard à la dis* tance des lieux et à la juridiction de chaaue duc^ et vous réglerez les dépendances de cmçue siéae : s'il y en a troisy quatre ou plus , vous réserverez le principal siège pour un archevtguei el, agant assemblé trois évéques^ vous en ordonnerez de nouveaux far FçiutO'

rite de saint Pierf*e : si vous trouvez un hom'' me digne de remplir la place d'archevêque^ vous nous renverrez avec vos lettres^ ou vous ramènerez avec vous : si vous n'en trouvez pas de capable^ vous nous le ferez savoir^ afin 0i« nous en envoyions d'ici. Vous recomman^' aérez à ceux que vous ordonnerez évêques de ne point faire dordinations illicites^ mar-' quant en particulier les irrégularités: de con^' server les biens de VEglise. et en faire quatre parts; de ne faire des ordinations que dans les temtfs marqués^ et n*administrer le baptême qu'à Pâques tt à la Pentecôte^ hors les cas de nécessite. Au res(e^ toute la religion est soumise à l évèque^ et tous les Chrétiens obligés de lui obéir.

Touchant le mariage^ enseignez au*on ne doit ni le condamner sous prétexte ainconti* fience, ni donner occasion à la débauche^ sons prétexte de mariage. Défendez le divorce^ la polygamie^ les conjonctions incestueuses entre parents : enseignez que la continence est pré" férableau mariage : ne permettez pas que Fon juge immonde aucune viande^ sinon celle qui aura été immolée aux idoles^ ou que Fons'ar^ rête^ ni aux songes^ ni aux auaures. Défendez les enchantements , les maléfices et les observations de certains jours : défendez de jeûner le dimanche et aux fêtes de Noël^ de F Epiphanie et de f Ascension ^ et de recevoir les o^randes de ceux qui sont en division. Enseignez que tous ont besoin de pénitence pour tes péchés journaliers^ enseignez la résnrrection des corps^ rétei^nité des peines de l'enfer^ rejetant ceux qui prétendent que les dé^ nions reviendront à la dignité angélique. Telle est Tinstruction du Pape Grégoire II pour la Bavière.

Cependant Grégoire travaillait h rétablir en Italie la discipline monastique. Pour relever le monastère du mont Cassin, ruiné pas les Lombards, environ cent quarante ans auparavant, il envoya Pétronax, citoj^en de Bresse, qui, étant venu à Rome par piété, ^ avait embrassé la vie monastique. Avec lui, le Pape envoya quelques frères du monastère de Latran, fondé du temps du Pape Pelage II, par les moines du mont Cassin, réfugiés à Rome. Pétronax et ses com pagnous, étant arrivés au mont Cassin , y trouvèrent quelques solitaires qui vivaient en grande simplicité dans les ruines de Tancien monastère. Ils formèrent avec eux une même communauté, dont ils établirent pour supérieur Pétronax, qui fut ainsi le sixième abbé depuis saint Benoit. Il rétablit le monastère, augmenta l'ancienne église de Saint-Martin, y éleva un autel en Tbonneur de la sainte Vierge et des saints martyrs Faustin el Jovite, et y mit le bras de l'un d'eux, qu'il avait apporté de Bresse, sa patrie, où ces saints avaient souffert le martyre. Ainsi, dèslors,*on divisait les reliques en Occident. Cet établissement du mont Cassin eut lieu en 718; depuis ce temps, il fut fameux , et considéré comme la source où l'on devait puiser la pure observance de la règle de Saiht- Benolt.

Le Pape Grégoire II établit encore à RoiuQ

GRE

Page 1