‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 45 sur 123 · OS · texte numérisé non relu

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usurpée du pouToir ciflt, et de l*iratre, agir do concert avec Tempereur, éviler tout sujet de rupture, car Tempereor avait bien mérité de l'Eglise, et les malheurs des temps rendaient son assistance nécessaire, en serff convaincu que toute niabiletéd*mi négociateur consommé n*était pas de trop pour se tirer de circoDstances si délicates. On a beaucoup parlé de la fermeté, de la force du i^raclère de Grésoire Villon n*a pas asseï remarqué sapruuciYce, sa modératioti , quel esprit de conduite U dépioya dans les affaires, et à quel point il réunissait les qualités qui font les' hommes sages et les hommes forts.

. La marche quo suivit Hildebjrand, el, si j*ose dire, sa tactique, était de présenter h Tempereur un candidat irrépochable, un évèaue qu'il était impossible de refuser, quelquefois un Allemand (Victor II}, quelquefois un ami de l*empereor(Alexandrell), et de le faire aussitôt élire à Rome selon le droit canonique. Il a*est pas sans intéi^êt de suivre les progrès qu'obtenait Hildebrand, et commer>t il arrachait peu à peu les élections h la dépendance du pouvoir impérial. Victor il fut <^lu par l'empereur et confirmé à Rome. Nicolas II, au contraire, fut d'abord élu canoniquement , et puis reconnu par l'impératrii^e régente. Euûïir l'élection d'Alexandre II, eut lieu sans aucune intervention séculière. Il est vrai qu'il s'éleva quelques oppositions, les Lombards nommèrent un anti-pape; mais au bont d'un an toui rentra dans Tordre, et Alexandre fut universellement reconnu.

Ainsi les rapports naturels se rétablissaient entre les deui pouvoirs, lorsqu'un changement de règne vint tout à coup interrompre ces heuFCui et pacifiques progrès r

Le jeune roi d'Allemagne, Henri IV, n'avait que cinq ans, lorsqu'il succéda à son père Henri le Noir. 11 paraissait doué d'heureuses qualités, qui furent étouffées par une mauvaise éducation, ou plutôt par le défaut de toute éducation. Las seigneurs se disputaient la possession de sa personne, à laquelle était attaché l'exercice du pouvoir suppôroe. Ceux oui parvenaient à s'en emparer, contents d'avoir en main las rênes du gouvernement r ne s'occupaient qu'à Oatter les ^oùcH du jeune roi, sous prétexte de ménager son enfance, ils le livraient à lâchasse et aux plaisirs. On parvint à en faire un iiomme violent, dissimulé, d'un dévergondage de mœurs qui ne connaissait point de bornes. A peine eut-il épousé une princesse d'un noble caractère et d'une grande beauté, qu'il songea à faire prononcer le divorce. Entre les moyens qui furent employés pour e<)tenirune séparation légale, il en est d'une telle nature,. au rapport des contemporains, qu'on aimerait pouvoir n'y pas croire. Ce fut la première cause de ses démêlés avec ta cour romaine. Les différends entre Rome et les pouvoirs politiques ont toujours eu leur principe dans quelque violation des droits les plus sacrés de la famille ou de Ifr

société, et presuue toujours dans {{uelque atteinte portée à la sainteté du mariage m\ »n est le fondeàHent. Le Pape Alexandre multipliait avertissements et menaces, sans que Henri y ftt beaucoup d'attention ; mais le seandale continuant, et le trafic des biens ecclésiastiques s'établissanl à la ceur germanique avec une impudeur dont on n'avait pas eu d'exemple, Alexandre somma le roi de comparaître devant le siège de saint Pierre, afin de rendre compte de sa conduite. Cet acte n'eut pas d'autre résultatque d'arrêter un moment le nmnarque; mais ce n'en était pas moins un sévère avertissement qu'on recevait en Allemagne, de cettr» Italie si longtemps courbée sous le jouçdes empereurs germains. Telle était la situation des affaires, lorsque Alexandre 11 vint à mourir avec la gloire d'avoir engagé sur tous les points le combat d'oà devait sortir le triomphe de l'Eglise, et d'avoir ouvert le chemin qu'un grand bomme allait parcourir, à l'étonnement de tout l'univers.

« Alexandre,» dit Voigt, « était plus qu'un instrument d'Hildebrand. Il parugeail sans doute ses idées; il était intimement convaincu quelles étaient utiles et nécessaires, quoique dans son esprit elles n'eus* sent pas encore la clarté, la perfection et la vivacité qu'on pourrait désirer; quoique dans sa conduite elles ne fussent pas encore en parfaite harmonie. Mais elles ne pouvaient pas avoir dans sa tête la même vivacité qu'elles avaient dans celle d'Hildebrand, parce qu'il les avait empruntées , tandis que Hildebrand les avait conçues et pouvait seul les conduire à leur maturité. Car les idées ne reçoivent leur vie, leur énergie, leur for^ ce invincible et ne se produisent dans le inonde avec toutes leurs conséquences que par celui qui les conçoit, qui les nourrit, qui les fortifie et leur donne toute l'impul*. sion nécessaire.

« Maintenant, continue notre -historien , se présente une grande époque : grande, non pas précisément par des événements nouveaux, extraordinaires et féconds en résultats, eu par des scènes terribles ou soudaines, mais par l'exécution d'un yaste plan concerté depuis longtemps ; grande, par l'ébranlement général que cause en Europe le génie d'un seul bomme, par la secousse et 1 impulsion donnée à toutes les affaires; grande, parce qu'à la voix d'un seul homme les trônes chancellent, les peuples tremblants quitlept leurs anciens maîtres; parce que la volonté d'un prêtre fait changer la face de la terre , fait naître de nouvelles lois et de nouvelles institutions, et cela depuis le nord de l'Europe f depuis l'Angleterre jusqu'au midi, jusqu'aux déserts de l'Afrique, depuis la mer Atlantique jusqu'à la Palestine, où le fondateur de notre religion avait enseigné, combattu et versé son sang, où l'apôtre saint Pierre avait annoncé des paroles pleines de vie ; grande, parce qu'un nomme sortant de Tobscurité conçoit Je projet d'établir une monarchie universelle au centre de la chré* tien té, au siège de saint Pierre, siège ^uJ^

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fondé par de paorres pécheurs, séteYft suc* cessiveroenl soit par lui-même, soit par le secours d'aulrui , et s*établit si solidement que tes puissances de Tenfer, comme on lo croyait, ne pouvaient Tébranler ; grande en** fin, parce qu*un simple moine, fils d*un charpentier, se met dans la léte que le soleil de Tancienne Rome doit éclairer tous les hommes et former leurs croyances. Si Ton se représente ensuite des peuples qui se soulevèrent, bien déterminés à vaincre ou à mourir, pour la défense de leurs droits et de leurs libertés, pour la conservation de la couronne de leurs empereurs et de leurs princes ; un Pape aux prises avec Tempereur, et l'empereur avec les princes ses sujets; toute Pbumanité en mouvement. Des Etats et des familles qui se divisent et se $6f^ parent pour soutenir les uns leur foi , les autres leurs libertés; Ton voit des peuples qui combattent contre leurs rois, des parents contre leurs enfants ; la fortune qui élève un homme jusqu'à en faire le dominateur universel , et qui l'abaisse ensuite jusau*à le conduire en exil ; qui, d'un autre côté, donne une couronne à un prince lorsqu'il est jeune, et le condamne presque à la mendicité lorsqu'il est dans la maturité de l'Age ; si l'on se représente toutes ces choses, on voit certainement devant soi une époque grande et extraordinaire. »

Tout cela est grand , mais il y a quelque chose de plus grand encore, quelque chose dp. plus élevé qui a échappé et devait échapper à la vue d'un auteur protestant. C'est que cet homme, dont il admire la force morale, devenu tout à coup, par l'effet de son ei^altation sur le Siège des Pontifes romains, le représentant de la justice sur la terre, comprit et voulut remplir sa mission dans toute son étendue. Par une coïncidence qui n'est pas unique, il se trouva que l'homme qu'on peut considérer comme la plus haute * expression du pouvoir temporel, prit sur lui de représenter la violence, le meurtre, Tusurpation, toutes les injustices. La lutte qui s'établit entre eux n'était pas une lutte a*horome, mais bien plutôt une phase du combat entre le bien et le mal, entre le droit et l'iniquité, combat qui ne cesse point, mais se reproduit de temps à autre, sous des formes plus arrêtées et plus terribles; surtout quand ces deux éternels ennemis se personoiOent dans les deux sommités humaines d*une époque.

Parmi les services signalés que Hildebrand rendit à l'Eglise, le plus important de tous est d'avoir ré^lé les élections pontificales, de les avoir mises au-dessus de 1 intrigue du peuple el des souverains, d'avoir veillé autour du Saint-Siège pour;jr faire monter des Ponlifes vertueux. Depuis vinçt ans, les Papes se livraient è lui et se laissaient diriger par ses conseils. Si le dernier, Alexandre II, retenu par sa bonté de cœur, hésita parfois devant les avis de Hildeorand, il eut lieu de s'en repentir, et tdt ou tard fut forcé par les événements de dire ce que Hildebrand avait cunseilié, tant celui-ci avait bien jugé. Enfin

Alexandre meurt, api-ès un règne oe il ans 6 mois et 21 jours, laissant une mémoire honorable. Pour la première fois depuis long* temps, Rome resta tranquille, se confiiftit en*tièremeot à Hildebrand. L^s cardinaux assemblés pour donner un successeur au Pape Alexandre, passèrent d'abord trois jours en jeûne et en prière; ils se rendirent ensuite

frocessionnellement dans l'église de Saintierre, oii les attendait une foule immense qui, en les rodant arriver, s'écria : « Saint Pierre a choisi pour Pape le cardinal Hildebrand. Nommez-le; cest lui que nous voulons. » On essaya de faire cesser ces cris ; mais les cardinaux, voyant qu'on ne pouvait obtenir le silence, se rendirent à des vœux si unanimes et si hautement manifestés.

L*évèqueHusues, chargé de proclamer l'élection de Hilaebrand, déclara, au nom des cardinaux, qu'ils l'avaient choisi d'un conmun accord, et qu'ils le jugeaient comme le peuple lui-même, seul digne d'occuper la chaire de saint Pierre. Alors tous, clergé et peuple, évèques et cardinaux, s'écrièrent : Cesl rarchidiacre Hildebrand que Dieu a choisi. Hildebrand résista fortement; il monta en chaire pour calmer l'esprit du peuple, et pour le détourner de son projet ; mais on cria encore plus fort, sans lui laisser le temps de parler. On le revêtit, malgré lui, des insignes de la Papauté, et on l'éleva sur le siège de saint Pierre. Grégoire n'était plus è lui ; il fut oblige de céder à l'enthousiasme, comme à la violence. Son élection est ainsi conçue : «Ce vingt-deuxième d'avril de l'an mil soixante-treize, nous cardinaux de la sainte Eglise romaine, clercs, acolythes, sousHliacres et prêtres assemblés dans I église de Saint-Pierre aux Liens, en présence des évêques et des abbés, et d'un grand nombre d'autres ecclésiastiques et séculiers, nommons et élisons pour vicaire légitime de Jésus-Christ , Hildebrand , archidiacre , bomme d'une singulière doctrine et d'une grande piété, prudence, justice, constance et religion, moaeste, chaste, sobre, bon ménager, libéral aux pauvres , nourri et élevé dès son enfance, dans le sein de l'Eglise romaine; auquel nous donnons le même pouvpir pour le gouvernement de l'Eglise» que saint Pierre recul de Jésus-Christ. »

tirégoire était bien, en effet, l'homme qui convenait el que Dieu avait choisi* Les abus de l'Eglise étaient portés h l'excès : il fallait un grand caractère, une vertu et une puissance consommées. Le mal était général el soutenu par presque toutes les puissances de la terre; il fallait une vigilance extrême, une vaste activité, un courage sans bornest Hildebrand éuit doué de toutes ces qualités. Il avait, en outre, l'avantage immense de connaître parfaitement l'Eglise dont il était le centre et dont il dirigeait toutes les affaires depuis vingt ans. Oracle de la papauté» et plus Pape que le Pape lui-même, Pierre Damien avait pu lui adresser ces piroles i c Je vénère le Pape ; mais pour toi, je t'adore les genoux en terre ; tu fais du Pape loa seigneur et lui te Hait un Dieu*» Cesmoia

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indiquent guèfle était Titifliience d*Hildebrand. Mais, en étudiant sa yie, il faut prendre garde de perdre de vue le sucées* teur de saint Pierre» le ficaire de Jésus- Christy rhomme chargé du fardeau de toutes les âmes rachetées^ à qui le divin fondateur de l'Eglise en avait confié la défense contre toute espèce d*ennomis intérieurs et extérieurs. Grégoire s'était pénétré de longue main de la grandeur d'une telle mission ; il avait senti le poids de la papauté. Aussi lorsqu'il se trouve en face d*eile, il s'effraye, il veut détourner le coup qui le menace, il conjure le peuole et le clergé de chercher un autre Pontiie.

Ce choix qui convenait si bien à l'Eglise ne convenait pas à lui-même, car il fut en ]>roie à de violents combats et saisi d'une douleur profonde. Il prévoyait sans doute les difficultés et les obstacles qu'il aurait à vaincre, et la terrible responsabilité qui allait peser sur lui. Son affliction fut telle qu'il eu devint malade. C'est ce qu'attestent les historiens contemporains , et c'est ce qu'il atteste lui-même dans plusieurs lettres, en(re autres dans celle qu'il écrivit confidentiellement à son ami Didier, cardinal et abbé du Mont-Cassin. C'est la première de la volumineuse collection.

Le Pape Alexandre est mort ^dii-W^ maie sa mort est retombée sur moi , m'a bouleversé les entraiiles et m'a mis dans un trouble ex^ trime; car en cette occasion^ le peuple romain est demeuré si paisible^ contre sa coutume ^ et s'est tellement remis à notre conduite^ que e était un effet manifeste de la miséricorde de Dieu. Nous avons donc ordonné ^ par délibération^ qu'après un jeûne de trois jour s^ après des processions 9 des prières et des aumôf^est nous déciderions ce qui nous paraîtrait le meilleur touchant l'étection du Pape. Mais comme on enterrait le Pape Alexandre dans l'église du Sauveur^ il s'est élevé tout à coup un grand tumulte du peuple et ils se sont jetés sur moi comme des insensés , en sorte que je puis dire avec le Prophète : « Je suis venu en haute mer et abîmé par la tempête. » (PsaL Lxviii, 3.) Mais comme je suis au /t7, si fa» figue que je ne puis dicter lonatemps , ^'e ne jvous parlerai pas davantage de mesp^mes; seulement je vous conjure ae me procurer le secours des prières de vos frères, a/in qu'elles me conservent dans le péril ce quelles d!evaieni me faire éviter. Ne manquez pas de venir au

Îlus tôt nous trouver, puisque vous savez com^ ien FEglise romaine a besoin de vous et la confiance qu'elle a en votre prudence. Grégoire écrivit de même sur son élection à Guibert, archevêque de Ravenne, lui disant: que sans lui laisser la liberté de parler ni de délibérer, on l'avait enlevé violemment pour le mettre sur le Saint-Siège.

Dans son extrême douleur, il conçoit en* core une lueur d'espérance de pouvoir déctiner cette terrible charge. D'après la constitution de Nicolas II , le consentement de l'empereur d'Allemame était nécessaire, non pour la validité de I élection, mais pour la consécration. Hildebrand, qui avail tout fait

f)our résister au peuple, espérait iroorerdaiis e refus du roi, une excuse légitime près du peuple romain pour refuser la dignité qu'on lui avait imposée. Il s'adressa donc dès le lendemain à la cour du roi teutonique, em-ployant les motifs les plus puissants poor être refusé. Il lui disait que, s'il approuvait son élection, il aurait à s'en repentir amè^ rement, parce qu'en qualité de chef de l'Eglise, il ne laisserait pas impunis les crimes manifestes auxquels il se livrait. Jamais empereur n'avait entendu un langage si hardi, et selon toules les probabilités humaines, il devait refuser d'autant plus que tous ses conseillers, comme lui-même, étaient personnellement menacés par l'élection deHildebrand. Cependant le roi, contre toute vraisemblance, confirma l'élection et envoya à Rome son chancelier, celui-lb même qui l'avait le plus détourné de l'approbation, pour assister au sacre du nouvel élu. Comment ne pas voir le doigt de Dieu en de telles circonstances?

Hildebrand fut donc ordonné prêtre et ensuite évêque do Rome. Il prit Je nom de Grégoire VII, pour honorer la mémoire de Gréj;oire VI , qui avait pris soin de lui dans sa jeunesse. Il était alors Agé d'environ 60 ans, et d'une stature beaucoup au-dessous de la médiocre ; mais il avait dans ce petit corps une âme très-grande , un esprit extrêmement vif, un courage intrépide et incapable de céder, quelques difficultés qu'il rencontrât. Il était d'un naturel ardent, prompt, énergique; au reste, irréprochable dans sa vie, de quelques calomnies que ses ennemis l'aient voulu noircir; savant dans le droit et la discipline ecclésiastique; désirant ardemment de puiser l'Eglise des vices dont il la voyait infectée. Ses premières lettres pontificales sont pleines du gémissements et de larmes. C était dans ses ardentes prières, dans un profond sentiment d'humilité chrétienne que Grégoire trouvait le principe de sa force ; c'est là que son ^énie achevait de dépouiller ce qu'il pouvait y avoir d'humain et de personnel dans les vastes desseins dont nous allons le voir poursuivre l'exécution.

L'avènement de Grégoire Vtl fut reçu dans la chrjétienté avec clés sentiments bien divers. Ceux qui se sentaient coupables furent saisis de terreur, redoutant lenerçiede son zèle. Ceux qui désiraient au contraire la fin des désordres de l'Eglise, furent transportés de joie , et plusieurs môme s'empressèrent de l'en féliciter, tel entre autres ^ Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre auquel Grégoire répondit en ces termes ; Nous sommes montés bien malgré nous sur un navire qui, lancé sur une mer orageuse à travers les vents et les trombes^ à travers les flots ^ui montent jusqu aux nues, à travers les écueiUy les uns cachés, les autres manifestes, fait sa route avec péril, mais pourtant la fait 9 et avec courage. Car la sainte Eglise romaine qu^ nous présidons sans l'avoir mérité ni voulu, est assaillie incessamment et chaque jour par

DES FAFES.

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des i€nêaiian$ divmr$e$^ par h$ per$êcuiion$ des hypoeriies^ par les embAches et les ohjec* îions frauduleuses des héréiiquee ; elle est /îrailtée de côté et d^autre par les puissances du mofide, tantôt (Tune manière occulte^ tantôt d'une manière ouverte^ Obvier à tout eelOf y porter remède ainsi qu'à toute autre chose^ voilà ce fuiy devant IHeu et au milieu des Aornmes qui partaient notre sollicitude^ nous tra^* vaille nuit et jour ^ et nous met continuellement en pièces, quoique pour le moment^ aux yeux des enfants du siècle^ ces choses semblent nous plaire. MaiSf grâce à Dieu^ ce qui est du monde nous déplaît fortement^ Voilà comme nous vivonSf voilà comme^ avec la grâce de Dieu^ nous continuerons de vivre.

La première cause de la résistance de Créffoire et de sa douleur est l'opposition <|u*iT préYoildo la part des souverains. Ceux* cif dit-il, ne se contentent pas de tenir l'Eglise asservie^ de se livrer à toutes leurs bru-- Sales passions et de violer la loi de Dieu; mais ils en sont les ennemis déclarés et /*a/layven/ de tout leur pouvoir. La seconde cause qui le plonge dans une profonde afDiction ei fait le sujet de toutes ses lettres confidentielles, c'est la conduite du clergé, des évoques, qui| an lieu d*6tre les pasteurs des Ames et le iqodèle de leur troupeau , donnent l'exemple de l'avarice et des plus viles passions. C'est là le sujet de la lettre qu'il écrit k Lanfranc et de celle qu'il adresse à Godefroî le Bossu, duc de Lorraine, auquel il dit que € son élection était pour lui la cause crune douleur amère, et ôa'il y suc-* Gomberait s'il n'était aidé par les prières des personnes spirituelles. » Car^ lyoute-t-il, tous, et principalement les prélats, travail^ lent plutôt à troubler l'Eglise qu'à la défen* dre^ el, ne songeant qu*à satisfaire leur ava* rice et leur ambition , s'opposent , comme des ennemif , à tout ce qui regarde la religion et la justice de Dieu.

Bien que prévoyant ainsi toutes les difficultés qui rattendent, Grégoire VU ne se décourage pas; fortifié par le secours d'en haut, il s'offre en holocauste. Il jeûne, il médite, il prie; souvent, au milieu des nlus grandes affaires, il reste des heures entières eo eitase. Sa figure rayonne de joie : le monde, sa richesse, ses plaisirs et sa gloire, ne sont rien pour lui ; il ne soupire qu'après le ciel. 11 s'impose toutes sortes de pri-* nations, et se contente d'une nourriture grossière. Plein du sentiment de sa grande mission, il s'appliquait souvent ces paroles du Prophète (Execk. ui , 17, 18) : tils de t homme, je t*ai placé comme gardien de la maison d Israël, tu annonceras donc aupeu' pie de ma part tout ce qtu tu esUenéhras de ma bouche. Si je dis à Cimpie : Impie^ tu mourras, et que tu ne l'avertisses pas pour quil se garde' de ^ la mort, Timpie mourra dans son péché; mais cest à toi que je demanderai compte de son sang. Voilà ce que Grégoire se représentait sans cesse. Mais rien ne l'émeut, rien ne Pétonne; il a Tinirépidité d'un héros, et* reste calme et tranquille devant la monde entier armé contre

lui. Jamais il ne perdit ce calme a« milieu des plus grandes tempêtes; el, dès le début, son incroyable activité embrasse à la ibis tous les pays et toutes les affaires.

A peine élu, il entame des négociations avec lEspagne, l'Angleterre, la France, l'Allemagne, les puissances du Nord, l'Afrique, l'empire de Constantinopie, en un mot, tout rOrient et l'Occident. Il écrit d'innombra* bles lettres, est à la fois partout par ses lé*

f;ats, enirepreud lui-même un Toyage dans e midi de l'Italie, pour s'assurer dfe la fidé* li(édes.|>rinces, et, dans l'espace de quelques mois, imprime un mouvement uni-* versel à l'Europe entière. Ses correspondances s'étendent des côtes de l'Italie jusqu'au Nord de l'Europe , de l'Orient jusqu'à

I extrémité de l'Espagne ; il est présent partout, et la granoeur de cet indomptable génie prépare une ère nouvelle è la chrétienté.

Dès qu'il est assis sur la chaire de saint Pierre, il ouvre à Rome cette série de conciles où il venait chaque année lancer de solennels analtièmes contre tous les abus el tous les ennemis de l'Eglise. Dès le premier concile, la simonie et rincontineoce des clercs sont proscrites : Toute fonction de l^autel est interdite aux clercs impudiques; défense au peuple d'assister aux Offices des prêtres violateurs des saints canons: défense aux clercs de conserver une dignité acquise avec de l'argent. Il n'était pas facile de faire entendre ces choses aux prélats d'Allemagne, à ces pontifes guerriers , moitié prin* ces, moitié prêtres, plus accoutumés à la vie des camps et des cours qu'à la discipline ecclésiastique. On murmurait, on se soulevait de toute part. Ici le peuple chasse les prêtres concubinaires ; en Lombardie, les évêques se révoltent contre le Pape ; ailleurs, on outrage les légats. L'archevêque de Hayence, l'évêque de Passau, manquent d^être massacrés par leur propre clergé* Ceux qui se trouvaient atteints par les nouveaux décrets accusent le Pape d'hérésie et de doctrine insensée, puisqu'il semblait avoir oublié les paroles de l'Evangile : Tous ne comprennent pas cette parole : que celui qui peut la comprendre la comprenne {Matth. XIX, 11); et celles de l'Apôtre : Que celui qui ne peut garder la continence se mairie, car il vaut mieux se marier que brûler.

II Cor TU, 9.) Ils lui reprochaient de vouloir contraindre les hommes à vivre comme les anges, et de causer la débauche en voulant changer le cours ordinaire de la nature : «Que si, » disaient-ils, « il voulait presser l'exécution de son décret, ils aimaient mieux quitter le sacerdoce que le mariage, et qu'alors le Pape verrait 8*il peut trouver des anges pour gouverner les églises, puisque les hommes élus déplaisaient. » Grégoire voyait cet orage avec le plus grand calme, et le laissait gronder; mais il ne continua pas moins d'envoyer de nomtft*eu8e.s légartions et d'écrire aux évêques pour répriman* der leur faiblesse et leur nédigence, et pour les m€nac4.'r de censure, s ils n'exécutaient

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prompleinenl ses ordres; les effets suivaient tes menaces. Il eommença par frapper les plus grands coups sur les réfractaires les plus redoutables. Le puissant archevêque de Brémey. l'évêque de Bamberg, furent déposés. Celui de Constance s*étant permis des propos injurieux au Pape, reçut une lettre foudroyante : 0 impudence! 6 singuliire au* dace 1 un évéque mépriser le$ décrets du siège apostolique: fouler aux pieds les décisions des saints Pêres^ et prêcher dans la chaire de vérilé ce ^ui est essentiellement opposé à la foi chrétienntl Cest pourquoi^ en vertu df l'autorité apostolique ^ nous vous ordonnons de comparaître au prochain synode^ pour y rendre compte de cotre désobéissance et du mépris de Vautorité du Saint-Siège^ et pour répondre à toutes les autres accusations ca* noniques qui pèsent sur vous.

Même injojietion est adressée h Tarchevêque de Mayence. Le second concile tendit plus directement à rétablir la liberté de !*£glise en brisant le joug que les pouvoirs temporels étaient parvenus à lui imposer. dn y prononça Tiraporlante prohibition de Tinvestiture conférée par des laïques. H fut défendu aux laïques de ta donner» et aux clercs dtt la recevoir, sous peine d*anathème contre les uns et les autres. Ces décrets furent suivis de la déposition d*un grand noml)ve d'é- Téques en Allemagne et dans la haute Italie. Kn même temps, Grégoire voulut montrer que jes dignités temporelles ne mettaient pas de simples laïques au-dessus des lois de TEglise. II retrancha de la communion ecclésiastique cinq officiers de la maison impériale, accusés d'avoir trafiqué des biens du clergé, avec menace d'excommunication.s'ils ne venaient se justifier à Rome dans un bref délai. Le roi de France fut menacé d*un semblable cliAtiment , s'il ne promettait de s'amender.

Pour arriver à la réforme et à l'indépendance de l'Eglise, Grégoire n'avait qu'à faire exécuter les décrets de ces deux cQuoiles. C'est à quoi il ne cessa de travailler par de nouveaux synodes, par ses lettres, par ses légats. L'institution des légats reçut une nouvelle existence. Grégoire Vil en fit ses véritables représentants, k la fois mission* naires, ambassadeurs, juges, rendant la pal^auté présente et agissante sur tous les points de la chrétienté ; ileurs décisions devaient âtre regardées comme les siennes propres; aussitôt qu'ils apparaissaient quelque part, rois, princes, archevêques, tous devaient s'abaisser comme devant le Pape en per* sonne. Il savait du reste choisir les hommes auxquels il confiait son autorité. Parmi ses iéçats, nous trouvons saint Pierre Damien, saint Anselme de Lucques, Lanfranc, Hugues; évéque de Die, dont Grégoire était souvent obligé de modérer le zèle. Il eut encore pour coopérateurs, le bienheureux Altmann de Passau, saint Annon de Colo-

Sne, saint Ahnulfe de Soissons, sainiGébuin e Lyon, saint Stanislas de Cracovie, le gsand'martyr de la Pologne, qui répandit son sang au pied des autels, sous l'épée du

roi Boleslas, un siècle avant le meurtre de saint Thomas de Cantorbéry, cet autre martyr royal du moyen âge. Ce que saint Grégoire Vil ne pouvait Taire par ses conciles et ses légats, il le faisait par ses lettres. Sa correspondance qui s'étendait à tout l'univers chrétien, fut peut-être son plus puissant moyen d'action ; car c'est là que son Ame se déployait tout entière; il agissait alors librement, directement, avec toutes les ressources et tout l'ascendant de sa foi et de son génie. La collection de ses Lettres^ qui forme un des plus précieux monuments de l'histoire du christianisme , renferme aussi les documents les plus sftrs et les plus instructifs pour toute la suite de sa vie. Là* seulement on apprend à connaître à fond cette Ame si grande, si complète qu'aucun historien n'est encore parvenu h la montrer tout entière. Esprit d'une parfaite rectitude possédant deux qualités rares à trouver ensemble, rétendue et la profondeur, remontant aux principes des choses, en prévoyant de loin les résultats, et descendant avec une égale facilité aux moindres détails d'exécution; embrassant d'un même coup d'œil toutes les afi'aires, toutes les sollicitudes des églises, les conduisant de front, sans qu'aucune souffrit de leur multitude et de leur complication. Ajoutez un cœur plus admirable encore au-dessus de toute crainte, parce qu'il était vide de toute affection égoïste, qui renfermait une volonté de fer à calé d'une tendresse, d'une sensibilité maternelles, gui n'agissait que par amour, ne connaissait qu'une passion, Tamour, l'amour immense, éternel, foirt comme la mort ÊJant. VIII, 6), l'amour du Christ et de son glise, de Dieu et des hommes. Le vice quff Grégoire détestait le plus était l'orgueil, l'amour de soi, la tendance à se constituci centre de ses propres affections. Oui\ rer/e.s écrivait-il è.Béatrix et à sa fille Hathilde, deux femmes héroïques, dignes à tous égards d'être les amies de Grégoire VU : Out, certes^ aimer et aider le prochain par amour de hieu^ soutenir les malheureux el les opprimés est^ dans mon opinion^ bien préférable aux oraisons^ aux jeûneSf aux veilles et à une foule d autres bonnes ceuvres: carjen'hésite pas, avec V Apôtre^ à placer /a charité au-dessus de toutes les vertus. Et si cette charité^ mire de toutes tes vertus, quia porté Dieu à quitter le ciel pour venir sup* porter notre misère^ ne m^ enseignait que c'est elle fut, dans vos personnes^ secourt les égli' ses opprimées et malheureuses^ qui sert aussi r Eglise universelle^ croyez bien que je vous conseillerais de quitter le siècle et tous ses soucie. Mais comme vous ne chassez pas Dieu de votre caur^ ainsi que font tant dCautres princes ; comme au contraire vous rinvitex à If venir j en lui offrant un sacrifice de justice^ je vous supplie f très- chères filles^ éCaecomplif le bien que vous avez commencé. Rapprochez ces paroles des reproches si vifs au il adres* sait à Pierre Damien de ce qu'il anandonnait le champ de bataille ponrollev se reposer dans la solitude^ quoique le saint évéque paraisse

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DES PAPES

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itoir acquis ce droit par ses longs traTauT ; tom{iarez encore cette autre lettre» une des )tus l»ellesdela collection, adressée à l'abbé te Ciuoy» saint Hueues, coupable d'aroir édé aux instances a*un duc de Bourgogne |U) avait voulu prendre l'habit de moine.

Pourquoi ne eonsidérez-vouê poê en mtl >oint et dans quel triste état se trouve i'£flise? Où sont ceux qui résistent aux impies u qui ne craignent pas de mourir pour la ustiee et pour la vérité? Les hommes qui emblent craindre et aimer Dieu abandonnent a guerre de Jésus^Ckrist sans se mettre en yeme du salut de leurs ftires; ils cherchent t repos etn*aiment qu'eux seuls. Les pasteurs *en fuient et même les chiens qui devraient iéfendre le troupeau. Ainsi les loups et les orrons ne trouvent plus aucune résistance* Vous avex enlevé ou du moins reçu le duc Hu* mes dans le repos de Cluny^ et vous avex aissé cent mille Chrétiens sans protecteurs, fue si vous avez été peu touché de mes exhor* UianSf pourquoi ne favez-vous pas été des irmes des pauvres^ des veuves et des orphe^ inSf du murmure des moines et des prêtres^ te ta ruine des églises ? Que vous diront saint ïenoît et le Pape Grégoire^ dont Fun ordonne in noviciat d une emnée^ et t autre une aN ente de trois ans^ pour qu*un guerrier soit ait moine? On trouve assez de moines^ de irétres, de laUques craignant Dieu; maiSfdans out l'Occident^ à peine trouve-t^on un prince rui craint et aime Dieu. Si nous avons tardé i vous écrire^ c'est que nous avons espéré que otre charité chrétienne percerait suffisamment notre court et vous montrerait toute la Couleur que f éprouve en voyant un bon prince nl^zé à V Eglise sa mère.

C'est ainsi qu'il faut étudier Grégoire VU an s ses lettres» dans sa vie de prêtre et de on tife» dans ses combats pour la réforme e I '"E^jlise» si l'on veut ie comprendre dans I laille contre le pouvoir temporel.* Alors» » it tia historien philosophe» ^ ayant appris a vertu et sa force» l'Ëj^lise interrogea le iècle et le somma de lui rendre la prémaie qui lui était due. » L'adultère et la simole (lu roi de France» Tisolement schisme* ique de l'Angleterre» tous les vices» toutes »s violences personnifiées dans l'empereur iirenl appelés k rendre compte. Les longs émélés enire Grégoire et Henri IV sont rern^lisits parVoigt avec intelligence et bonne iif et il en résulte la plus entière justiQca* on (te notre grand Pontife. Les accusations levées contre lui par ses pins violents déracleurs fieuvent se réduire h quatre chefs : - Intention» supposition d'un droit nouveau qui n'eiistait pas avant Grégoire. — r'tulence et emportemeni dans la défense de e droit. — Trouble de l'ordre social» desructioode toute liberté. — Orgneil prodigieux qui voulait établir un pouvoir iJlimité ur la ruine de tons les droits sociaux.

Or, premièrement VHistoire de Voigt et iirloui les recherches auxquelles s'est livré . l'aUbé Jager dans son Introduction^ ch^^ent de démontrer aue Grégoire ne fit iu user d'un droit manifeste» ressortant de

la constitution de l'Europe» droit reconnu par tous et par ceux-là même qui avaient le plus d'intérêt è le contester.

Etchhorn» le savant et renommé protestant, Eichhorn résume k peu près en ces termes le système du droit public de l'Allemagne au moyen Age : <r La rhrétienté » qui, d'après la destination divine de l'E- Çlise» embrasse tous les peuples de la terre, lorme un tout dont le bien-être est k la garde du pouvoir que Dieu lui-même a donnée certaines personnes. Le pouvoir est de deux sortes» le spirituel et le temporel. L'un et Tautre est confié au Pape; c'est de lui que l'empereur» en qualité de chef visible de la efarélienté pour les affaires du siècle» et que tous les princes en générai tiennent le pouvoir temporel. Les deux pouvoirs doivent se prêter un mutuel appui. Tout pouvoir vient donc de Dieu» vu que TEtat est d'institution divine. Mais le pouvoir spirituel n'appartient qu'au Pape seul» qui en communique une parlieaûx évêqiies comme k ses aides [adjutores), pour l'exercer sous lui. »

Les preuves de ces assertions se trouvant dans le droit public de l'époque» car voici eomme s'exprime le Droit saxon qui était d'un usage général dans Tempire germanique : « Dieu a laissé deux épéessur la terre pour protéger la chrétienté; au Pape l'épée spirituelle» k l'empereur Tépée tempo* relie. Il est aussi permis au Papede monter» k un temps déterminé» sur un cheval blanc et l'empereur doit lui tenir l'étrier» afin quo la selle ne bouge pas. Gela signifie que» quand on résiste au Pape avec une opiniÂtretéqu'il ne peut vaincre par la puissance spirituelle» l'empereur doit contraindre k l'obéissance par la puissance séculière; de même la puissance spirituelle doit prêter assistance ou |>ouvoir séculier» lorsque cela est nécessaire. »

Le Droit so<nal explique cet article de la manière suivante : « Dieu» qui est appelé le prince delà paix, a laissé» en montant au ciel» deui epées sur la terre. Ces deux épées. Dieu les confia k saint Pierre, l'une K)ur la justice spirituelle» l'autre pour la ustiee temporelle. Pour l'épée temporelle» e Pape la confie k l'empereur. » Îm glose du Droit saxon donne k ce passage la même explication.

D'après le même Droit saxon, on ne pouvait élire ni empereur» ni roi, celui que le Pape aurait justement banni. L*empereur élu n'obtenait le pouvoir et le titre imfié' rial qu'après avoir été sacré par le Pape. Lorsqu'il allait k Rome pour y être sacré» il devait être accompagné des six premiers électeurs qui rendaient compte de la régularité de son élection. Le même code réservait au Pape» mais au Pape seul» le droit d'excommunier l'empereur» et eela pour trois causes : 1* lorsqu'il déviait de la vraie foi; 2* qu'il répudiait sa légitime épouse ; 3* qu'il ruinait les églises ou troublait le cube divin. Or» pour comprendre toute Té* tendue de ce pouvoir, il ftiut savoir que» evà»

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Yanl la jarisprudeBee de Tépoqae, 579, !'ex* commuaicalion eairatnait la déposition» lors-

aa*au bout d*un certain temps, c^ui était orinairement celui d'un an, on n était pas réooncilié aTec l'Eglise.

Bicbborn, a\^rès afoir iait réuuméfatioa des droits qu'arail l'empereur» comme chef de la cbrélienlét ajoute : « Ce pouvoir, l'empereur le tient de Dieu; mais il estoUigé, à son couronnement, de jurer au Pape fidé* lité et obéissance.

En second lieu, il ne fit usa^e de ce droit qu'avec une grande modération. La lulte violente entre Grégoire et Henri avait été précédée d'uneauire lutte de remontrances, d'avis paternels d'une part; de vaines pro« messes, d'obstination, a'outrages, de l'autre. On lira avec intérêt le tableau qu'en a tracé M. l'abbé Jager :

« Déjà n'étant encore que diacre de l'Eglise romaine, Hildebrand donne k Henri auelques avertissements, l'exhortant, comme l'atteste lui-même, à ntener une vie plue digne de sa naissoÊue et de eon rang. Mais inutilement; car Henri n'écoutait que les conseils de ses flatteurs. Grégoire, parvenu au souverain pontificat, et le voyant dans un âge mûr, espère le ramener ; il y met tous ses soins. L'affaire élait importante, car Henri était alors le premier monarque de l'Europe.; à la tète d'un vaste empire» la Bourgogne, la Lorraiue, les Pays-Bas, la Hongrie, ia Bohème» la Saxe, la Pologne, tous les Etats du Rhin» une grande partie de l'Italie le reconnaissaient pour leur souvefain. Ainsi, en ramenant Henri, tout était gagné pour la chrétienté. Grégoire, sentant I importance de la chose, s'/ a|)plique d'une manière spéciale. Que dis-je 7 il en fait une étude particulière. Il cherche d'abord h se lier étroitement avec lui : il lui écrit les lettres les plus douces et les plus affectueuses. Henri est le plus excellent et le plus cher de ses fils: et, s'il lui donne quelques avis, ils sont dictés par l'amitié la plus sincère ; mais Henri n'a pas de ccour, ses habitudes criminelles semblaient avoir emporté toutes ses affections. Grégoire ne désespère pas ; il emploie l'intermédiaire des personnes qui lui sont les plus chères : c'est tantôt sa mère, ce sont tantôt sts plus proches parents, tantôt sus amis et ses généraux, confidents de tous ses secrets» qui $ont chargés de lui parler. Henri semble céder ; le cœur du Pontife est plein de joie, il le félicite, mais Henri revient bientôt à ses anciennes habitudes.

« Grégoire recourt à d'autres moyens. Il excommunie des évèques, ses amis, qui avaient regu leur dignité de ses mains. Henri laissa faire, mais sans profiter de Tavertissement,

« Grégoire ne désespère pas encore, il redouble ses soins ; sachant que Henri était

Suerrier, il tente son jeune cœur, s'insinue ans son esprit et lui propose une croisade. Mais Henri n'v répond pas, il semble mieux aimer se souiller du sang de ses sujets que de s'illustrer dans une guerre lointaine.

« Grégoire, ayant épuisé les moyens do douceur, emploie la sévérité ; il ménage encore l'empereur, mais il frappe autour de lui. Cinq officiers de sa maison sont excommuniés, pour avoir vendu les dignités ecclésiastiques. La leçon était forte : Henri ne la comprend pas, ou ne veut pas la comprendre.

« Grégoire, ayant échoué, revint encore une fois à la douceur. Si Henri n'avait marqué aucune disposition vers le bien»

du moins il n'avait pas soutenu les évèques frappés par le Saint-Siège, tel que celui de Bamberg; Grégoire s'empresse de lé féliciter, il l'encourage, il lut donne des éloses.

c Hais Henri n'était pas sincère. 11 va d'une usurpation à l'autre, il donne un nouvel évoque à l'Eglise de Milan, lorsqu'il y en avait déjà deux. Cependant n'ayaut pas entièrement soumis les Saxons, et ne voulant pas avoir sur les bras deux ennemis à la fois, il écrit à Grégoire une lettre hypocrite. Grégoire ne se trompe pas sur ses intentions ; quoique fortement blessé, il lui répond encore avec la plus grande douceur.

< Henri une ibis vainqueur des Saxons, no cx)nnaii plus de mesure. 11 lève le masque, en foulant aux pieds toutes les règles de l'Eglise. Il nomme aux sièges vacants, selon ses caprices ou selon ses intérêts. Tous les jours un nouvel outrage est porté au Saint- Siège. De plus par ses ordres, ou du moins avec sa participation, le Pape est maltraité jusque sur l'autel. Il est arrâtét prisonnier, et sur le point d'être amené à Tempereur ; Grégoire reste calme, il évite tout éclat, il se contente d'avertissements, donnés cependant avec fermeté et dignité. »

Nous ne poursuivrons pas ce parallèle.

Il y a du reste un fait décisif qui prouve jusou'à quel point Grégoire Vil porta la modération : c est qu'il n^xcommunia Henri, qu'après que Henri eut osé déposer Grégoire dans deux conciliabules; il était difiicile, ce semble, de pousser la loDganimllè plus loin. Les intentions de Grégoire VU ne sont pas moins placées au-dessus de toute attaque, son seul but était l'extirpation des vices qui désolaient l'Eglise, le rétablissement de sa constitution, son entier affranchissement du pouvoir laïque. Mais comme cet esprit profond aimait à saisir les objets sous leurs formes les plus générales, toutes les idées secondaires se résolvaient pour lui en une seule idée, toujours présente à son esprit: La iustiee^ la justice^ tel était le seul mobile, le seul cri de saint Grégoi* re VIL 11 y revient sans cesse dans &es lettres. iVbttf seront heureux et il le sera (aimime^ dit-il en parlant du roi Henri IV, lî. marchant dans la voie de la justice^ il se rend à nos avertissements: mais si» dissimulant la justice de Dieu^ il rend au Toui^Puissant le mépris pour l'honneur^ nous ne risquerons pas d'encourir les menaces divines; car nous ne pouvons abandonner le chemin de la justice pour conserver la faveur des hommes.

Nous cherchons à faire cesser dans votre royaume les meurtres et tes dissensions qni

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DES PAPES

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le HiolenU c/b» à,t iui rendre ta paix, la juftict et son ancienne splendeur. Nous avons ordonné qu^on convoque une diète et, au'en présence ae nos légats, on décide de quel côté est la justice... Personne ne nous croira jamais capable de favoriser celui dont la cause aura été reconnue injuste, car nous aimons mieux la mort pour votre salut, que toute la gloire du monae pour votre perte. {Lettres mux états d!* Allemagne.)-- Agissez, écri\àii-'\\ à sas légats, avec force et avec prudence, afin que tout se fasse selon la charité. Que ceux qui sont opprimés trouvent en vous des défenseurs, et les oppresseurs, des hommes qui ai-ment la justice. Persuadez -vous que personne ne pourra jamais me faire dévier du sentier de la justice, soit par amour , soit par crainte, soit var cupidité. « Celui qui persévérera jusqu à la fin sera sauvé. » (Ma'tth. x, 22.) Si nous nous reportoDS maintenant à relevation de Grégoire sur le trône pontifical» et que nous nous souvenions qu*un des prin* ci|>aux motifs qui lui gagnèrent Tunanimiié des suffrages fut son amour pour la justice, ainsi que porte en propres termes le décret de son élection; si, nous transportant à Salerne» auprès de son lit de mort, nous écoutous svs derniers adieux : Mes frères Uien-aimés, je compte mes travaux pour peu de chose: ce qui me donne de la confiance, test que toujours j^ai aimé la justice et hai r iniquité: et encore : JTai aimé la justice et haï Viniquité : voilà pourquoi je meurs dans Vexil, qui furent ses dernières paroles, nous ieaieurerons convaincus que la pensée et *amour de la justice, placés à l'origine et I la Qn, et ne cessant de retentir durant le ^urs de cette admirable vie, la remplissent out entière e! peuvent être considérés omaie en formant le type particulier, l'iicflaQable caractère.

Quant h rinfluence générale du pontificat le saiut Grégoire Vil sur la civilisation uronéenne, les résultats en sont assez gétéralemeot appréciés aujourd'hui, pour que tous n'ajrons pas à nous arrêter sur ce qui Test plus guère contesté de personne ; et lue nous fassions encore une fois admirer accomplissement delà prophétie de Joseph le Maistre : < Un temps viendra où les Pa« ^s contre lesquels on s'est le plus récrié, els que Grégoire VU, par exemple, seront egaraés dans tous les pays comme les irais, les tuteurs, les sauveurs du genre luinnin, comme les véritables génies consituants de l'Europe. Personne n'en doutea, » ajoutait l'illustre écrivain, «c dès que es savants frangais seront chrétiens et dès iue les savants anglais seront catholiques. »

« L'Allemagne semble avoir entendu la rcmière l'appel que le comte de Maistre dressait aux Anglais. Or a'est-il {las cu« ieux de remarquer comment les savants yiftçais, sans être devenu tout è fait Chréens, et les savants allemands, qui ne sont as encore Catholiques, semblentavoirjconsiré pour réhabiliter la mémoire des Ponifes romains? La marche suivie relaliveoent à Grégoire VU nous parait surtout

dip^ne d'attention. D'abord est renue notre érole historique rationaliste, qui a veng^i les actes de ce Pontife des accusations intentées par les philosophes du siècle dernier.

< Les Allemands viennent à leur tour et défendent les intentions de Grégoire coniro les calomnies des écrivains protestants. Contre Voltaire, nous avons M. Guizot et son école; contre Mosheim et les centurialeurs, nous avons Voîgt, Luden, Eichhorn, H.Stetfens, Schmidt, Jean de Muller. Les philosophes out refait l'homme de génie, les protes^ taots l'homme de bien. Maintenant tout estil dit sur saint Gré^^oire VU? Non; car il reste h refaire l'homiiie de foi, l'homme d'amour, l'homme de la justice , pour tout dire en un mot, le saint: et celte gloire ne saurait être réservée qu'à un écrivain oui croie et qui aime, c*esl-à -dire è un Catholique. » (A. CoMBEGoiLLB, lUstoirc de Grégoire VU et de son siècle.)

Ce rapide aperçu d'ensemble n'est rien moins que suffisant pour appréji^ier et juger dans ses détails l'action prodigieuse de Grégoire VU. Pour s'en faire une idée complète, il faut l'étudier successivement dan» chaque pays séparé; ce que nous allons faire eti commençant par les contrées qui lui offrirent le moins de résistance, l'Espagne et l'Angleterre.

Grégoire VU obtint en Espagne la reconnaissance de ses droits do suzeraineté, le rétablissement de la discipline ecclésiastique, la réforme du clergé et Tinlroduction de la liturgie romaine au lieu de la liturgie go« thiçiue ou mozarabique. 11 obtint, ce qui était plus difficile encore, la rupture du ma« ria^e et le renvoi de la femme d'Alphonse, qu'il avait épousée malgré ses liens de parenté. 11 réconcilia les deux fils de Raymond comte defBarcelone, qui après sa mort se disputaient les armes k la main l'héritage paternel. Tous ces efforts furent couronnés de succès dans ce pays qui lui dut sa prospérité.

L'action de Gréjoih» VU n'eut pas moins de succès en Angleterre^ Il écrivit au roi et k la reine, ainn qu'k LanlVanc archevêque de Cantorbéry, et déjà légat du Saint-Siège sous Alexandre U. 11 lui fait part de ses angoisses en ces termes :

Si nous voulons éviter le jugement de Dieu, noas sommes obligé d'exciter la colère de bien de gens. Car on ne cherche plus que son pro'pre intérêt et non celui de Jésus Christ. Les premiers du monde, les puissants du siècle ne sont occupés qu'à satisfaire leurs passions ; nonr-seulement ils abandonnent la loi et la justice de Dieu, mais ils les méprisent et les attaquent de toutes leurs forces. Tous se sont élevés contre le Seigneur et son Christ. Quant aux éviques, qui devaient être les pasteurs des âmes, ils ne pensent au'à la gloire du monde et aux plaisirs de ta chair, et entrain nent ainsi leurs inférieurs, par leur exemffle. à toutes sortes de vices. Ne point les contrarier^ e^est dangereux pour nous ; mais leur résis^ ter, arrêter le cours de leurs iniquités^ c'est bien difficile.

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Il encourage ensuite le vertueux évAque, lui recommande de réprimer tous les al)uSy et de commencer par les plus criants. 1( exdte surtout son attention sur l'Ecosse, où il a appris qu'on vendait les femmes, non content de les quitter. Il le prie de se servir de toute son autorité pour abolir cet usage barbare, partout oui il le trouverait établi.

£n 1074., il écrit à tous les évêques et tous les abbés de la Grande-Bretagne, pour leur faire observer avec exactitude tous les décrets des Pères; il les invite au concile de Home, et leur recommande de faire exécuter les lois relatives à la continence des clercs; il prie les évoques de lui faire connaître ceux qui se sont soumis à ses ordres, et ceux qui y ont désobéi, afm qu'il puisse les absoudre ou les excommunier au prochain concile. C'est dans ce concile, tenu l'année suivante [1075] que Grégoire VU interdit aux princes fiuvesrtiture, et poursuivit IMncoiitinence des clercs avec toute rigueur. 11 fut puissamment secondé en An* gleterre, pour la réforme du clergé, par les conciles de Londres et de Winchester, (]ue présida Lanfranc. Guillaume ayant empiété sur les droits de l'Eglise et mis des entraves k sa liberté, Grégoire VU lui envoya un légat, le cardinal Hubert, sous-diacre de rÉglise romaine, chargé de lui demander le paj^ementdu tribut qui était arriéré depuis trois ans et un serment de Gdéiité, c'est-àdire la cérémonie de l'hommage. Le roi ()romil de payer le tribut, mais se refusa à 'hommnge, prétendant qu'il ne l'avait jamais promis. Celte assertion est évidemment fausse, car nous lisons dans laCAroiitque de Normandie que Guillaume promit de « tenir le royaume d'Angleterre, de Dieu et du Saint-Père, comme son vicaire, et non d'autres, h Le Pontife fut vivement piqué, moins du refus encore, que du mensonge, mais n'insista pas davantage 11 chargea son légat de représenter vivement au roi la faute quil avait commise, en empêchant les évêques d*aller à Rome, et de le menacer même d'excommunication. Guillaume satisfit le Pape à ce sujet, et leurs rapports continuèrent dans les meilleurs termes.

Le zèle infatigable de Grégoire Vil, qui embrassait le monde entier, s'étendit jusqu'en Afrique. Cette malheureuse Ezlise no comptait plus en 1053, sous Léon IX, que cinq évoques : encore étaient-ils divisés. Léon IX parvint cependant à les réconcilier. A ravénoiiient de Grégoire VII, l'Afrique n*avail plus qu'un seul évëque, celui de Carthage, et cet évêque était mal avec son souverain, son clergé et son peuple Ayant refusé d'admettre à l'ordination des sujets indignes, il fut maltraité et battu de verges, par ordre du roi musulman. Grégoire VU, apprenant cette nouvelle, écrivit à rarchevèque pour le consoler et le louer de sa fermeté d'avoir résisté au roi, et d'avoir mieux aimé souffrir divers tourments, que de violer les canons de TEglise; il l'exhorte par Texemple des saints, à ne point se laisser abattre, le prie de lui donner souvent de ses

nouvelles, et de demander à Di«u de j^tei un regard de pitié sur cette Eglise battue de tant de tempêtes. Il adresse de vives remon- Irannes au clergé et au peuple, sur ce qa*ils avaient fait contre leur archevêque; il les exhorte avec larmes à rétablir la paix entre eux et à expier leurs fautes parla pénitence, s'ils ne veulent encourir la malédiction de la Chaire de saint Pierre.

La ville d*Hippone, illustrée par saint Au«

Justin, comptait encore un grand nombre e Chrétiens, et, par extraordinaire, le roi sarrasin, nommé Annasire» leur était favorable. Un évêque ayant été nommé, Anna* sire l'eûvoya a Rome avec une lettre trèsrespectueuse pour le Pape, de riches présents et le renvoi d*un nombre considérable de Chrétiens, captifs en Afrique. Le Paixs ayant sacré le nouvel archevêque, le renvoya dans son pays, portant au roi la lettre suivante, monument curieux du moyen âge, surtout dans la bouche li'un Pa)>e.

Grégoire^ serviteur de Dieuj à Annasire^ roi de Mauritanie^ de la province de Setiff en Afrique^ salut et bénédiction apostolique.

Votre Noblesse nous a envoyé cette année des lettres pour nous prier éC ordonner évêque le prêtre Servant , suivant la constitution chrétienne; comme votre demande est juste et de bonne augure^ nous nous sommes em* pressé ify accéder. Vous y avez ajouté des présents , et^ ce qui est bien plus beau , poussé par le respect pour saint Pierre^ et par affection pour noujr, vous avez rendu la liberté a des Chrétiens captifs chez vous^ et promis d'en délivrer encore plusieurs autres ; c'est le Dieu créateur de toutes chosesp sans lequel nous ne pouvons ni faire ni penser rien de bon^ qui a donné cette bonté à votre cœur: c'est lui qui^ éclairant tout homme venant en ce monde (Joan. i , 19) , a fhii luire cette bonne intention dans votre âme. Car le Dieu tout-puissant qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu'aucun ne périsse^ n'aime rien tant en nous^ sinon que Chomme airAS l'homme^ et qu^il ne lui fasse pas ce quil n'aime point quon fasse à lui-même. Celte charité réciproque^ nous nous la devons plus qu'aux autres nations^ puisque nous croyons et confessons^ quoique d'une manière différente^ un seul DieUf et que chaque jour nous louons et adorons le Créateur des siècles et t'arbitre de ce monde; car ^ comme dit l' Apôtre, c'est lui qui est notre paix et qui de deux enfuit un.{Ephes. Ufik.) Grégoire Vli stimuleensuite son amour-propre parla haute opiniou que donnent de lui de telles actions» et par Testime qu'elles lui attirent. Plusieurs des nobles romains, continue-t-il, ayant appris par nous la grâce que Dieu vous a faite, admirent votre bonté et vos vertus^ et les publient partout. De leur non^re soni deux de f «^i <i7nf5 particuliers, Albéric et Cennius, élevés avec nous, depuis leur jeunesse^ dans le pillais romain. Désirant obtenir votre amitié et votre affection, et vous servir de leur mieux dans notre paffs, en tout ce qui peut vous plaire, ils vous envoient de leurs gens pourrous faire voir combiM ils savent apprécier votre

GRE

DES l»APES.

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noèltâst et tolre prwkncf, el combien ils défirent tous nnirt service. En les recom-' mandant à votre munificence , nous vous prions, pour l'amoUr de nous^ et pour la récompense de eëùssifui vous le< envoient^ de leur montrer U chanté que nous aurons tou* joun po^r vous et pour les vôtres. Car Dieu sait avte quelle intention pure^ pour rhon^ neur dé Dieu méme^ nous vou* aimons et désirons votre salut el votre gloire en la vit future. Nous prions Dieu de bouche et de cœur ifut Ui'tnime^ après de hngues années tcilast vous conduise au sein dé ta béatitude dû trêi'saint patriarche Abraham.

Tous les mots de celte lettre sont pesé».

Les gens qu*il envoie au roi et qu*il recoin*

inanJ^ à sa oharité ont sans doute une niis*^

»ion conridealielle» celle de raffermir le toi

«Iabs ses dispositions btenveiHantes envers

les Chrétiens, el d*eiiaminer peul-ètra s'il

n*est pas possible de le convertir au cbristia-

nisme. Le Pape écrivit aussi au cler^^é et au

l><tuple d'Uippone pour leur annoncer la

ronsécratioD de Tévêttue qu*ils avaient ôlu^

el pour leur recommander de lui obéir avec

une docilité filiale; de mener une vie purs

et de se distinguer iiar- leur union el leurs

CBuvres, de manière a exciter les Sarrasins à

J'ëmulatiou plutôt qu*au mépris de la foi

chrétienne. Il faut, ajoute-t*il, qu'en voyant

roê auvres^ ils glorifient le Père qui est dans

Us deux, {ihtth. v, 16.) C'est la dernière

lettre |)astorale adressée à l'Eglise d'Afrique,

qui, détruite en llt'O par laucte desAlmolia*

des, s'éteignit insensiblement.

L'action de Grégoire VU s'étendit jusqu'en Orient. L'empereur Micbel, ayant appris son avènement au trdne pontifical, lui écrivit une lettre qu'il fit porter par deux moines, Thomas et Nicolas, qui étaient chargés de lui dire de rive voix ce qu'il voulait lui communiquer. Il s'agissait certainement d*un projet de la dernière importance. Le Pape do si)n côté envova Dominique, patriarobe de Denise, pour s^nformcr auprès de l'empereur ailes projets qu'on lui avait communiqués de vive voix et sous le secret étaient réellement les siens et s*il y persévère. La réponse fut, h ce qa'il paraît, affirmative. Ces projets ^rriient : i* la réunion des deux Eglises grec- (jue el latine ; ^ une croisade contre les inhdèles. Dans la lettre que lo Pape remet au f>.ilriarcbe de Venise pour l'empereur de Uoiisiautinople, il révèle en ces termes le ;ircniîer de 4!es projets : Nous désirons ar- Utntnenl^ non- seulement rétablir Vancienne a 99 corde entre V Eglise romaine^ à laquelle ious présidons quoique indigne^ et t Eglise de "onsiaueinopUf sa fiiîe^ mais encore avoir ta t Aix arrc tout le monde^ autant que cela d;é^ t^nd de nous. Vous savez que du temps de nos rédrcessews el des vôtres celte concorde a ic aussi utile au Saint^iége el à la tranquilté de Vempire que h refroidissement de la ftariié leur a été nuisible. Vous pourrez ioutcr foi à tout ce que vous dira secrète- \ent noire envoyé et lui confier ce quil plaira I aire Majesté de nous communiquer. Cette fan«io entreprise qui resta secrète avait

Dif.TIOM?! DES P4PSS.

pour complément la seconde qui consistait dans l'organisation d'une croisade contre les infidèles. Grégoire comptait aller Iui-mèm0 sur les lieux» et aussitôt qu'il se fut assuré des intentions do l^empereur, il appela l'Occident à la croisade. Il rappelle k Guil*laume, duc de Bourgogne, au comte de Saint- Gilles et k d'autres seigtieurs, la promesse qu'ils ont faite de porter seeaurs au Sainl- Siége, chaque fois qu'ils en seront requis^ leur disant qu'il s'agit non de versi^r le sUn^ chrétien, mais de délivrer l'Orient dq joug des Sarrasins. Cette lettre est du mois de février 1074. En mars suivant, il adresse une lettre encyclique à tous les fidèles» où il leur expose, sous les couleurs les plus sonibresi la triste situation des Chrétiens de l'Orient et les excite à leur porter secours. Lepor^ ttut de celle lettre^ dit-il» revenant d'outrés^ mèr^ s* est présenté detnnt nous el nous avons appris de /ui, commt de btaucoup d'autres^

Îue les païens ont prévalu contre l'empire des hrétienSf quils ont presque tout dévasté jusqu'aux murs de Constantinopte et égorgé plusieurs milliers de Chrétiens comme de vils troupeaux. C'est pourquoi^ si nous^ aimons Dieu, el si nous sommes Chrétiens^ nous devons être très ' sensiblement affligés sur li triste état dft ce grand empire^ et sur le cruel massacre de tant de Chrétiens. Mais il ne suf^ fit pa$ de nous en affliger^ il faut donner natre vie pour la délivrance dt nos frirts^ setàH t'exempte que Jésus-Christ nous en a donnée el selon ce qu exige de nous le précepte de lu charité fraternelle. Sachez donc que^ noué confiant en la miséricorde et la puissance de J}<>a, nous leur préparons des secours pat tous les moyens qui sont en notte pouvoir* Ifous vous exhortons donc^ par la foi qui nous rend enfants de Dieu et par fautorité de saint Pierre, de vous laisser toucher par le sang de vos frères et le péril dudit empire, ël d'y porter des secours. Ce que voui avez résolu à cet tgard, faites nous le connaître aU plus tôt. Grégoire VII s'adresse ensuite à la France et à TAIlemagne, leur annonçant le proiot qu'il a formé de secourir les Chrétiens de I Orient. Il les presse avec les plas vives instances de se réunir en Italie pour passer avec lui en Orient afin d'entreprendre c^tte guerre sacrée» promettant k leurs travaax passagers des récompenses «éternelles. A cette voix puissante qui a retenti dans toutO l'Europe, cinquante raille guerriers se sont fait inscrire et n'attendent pour marcher que le «ignal. Gré^joire VU va se mettre k leur tête |)our réunir toutes les églises de l'Orient k l'Occident; il rêve déjk la délivrance du saint sépulcre et veut confier la garde dd l'Bglise romaine k Henrif son défenseur na* turel, auquel il écrit en ces termes : Je fais savoir à Votre Grandeur que les Chrétiens d'ouire-mer, cruellement persécutés p^r les païens, journellement mis à mort comme dé vils animaux^ et pressés parla misère extrême oui Us accable, ont envoyé me prier très* humblement de la secourir de la manière auê je pourrais, et d'empêcher aut la religion chrétienne, ce qu'à Dieu ne plaise! neptrUsé

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rnlUrementelm eux. J'en suis nacré de dou* 'leur^jusquà désirer ia mort et aimer mieux ^exposer ma vie pour eux que de commander à toute ta terre^ en négligeant de les secourir. C/est pourquoi fai travaillé à y exciter tous les Chrétiens^ et à leur persuader de donner In vie pour Feurs frères^ en défendant la loi de Jésus-Christ^ et de montrer^ par cette preuve éclatantCf la noblesse des enfants de Dieu. Les Italiens et les hab liants d'au delà des monts, inspirés dsDieu^ comme je n'en doute pas^ ont reçu de bon cœur cette exhortation^ et il y en a déjà 50 mille qui se préparent à cette expé" dition^ s'ils peuvent m'y avoir pour chef et pour Pontife^ résolus de marcher à main ar^ mée contre les ennemis de Dieu^ et d'aller^ sous sa conduite, jusqu'au sépulcre du 5eigneur. Ce qui m'excite encore puissamment à cette entreprise, c'est que l'Eglise de Constant tinoplCf divisée d'avec nous au sujet du Saint^ 'Esprit, demande à se réunir au Siège aposto- ^lique. Presque tous les Arméniens s'écartent de la foi catholique, et presque tous les Orieniuux attendent que la foi de saint Pierre déride ^entre leurs diverses opinions. Notre temps demande l'accomplissement de ce que le Rédtmpteur a daigné, par une grâce spéciale, ordonner ^au -prince des apôtres, en disant (Luc. XXII, 32) : « J ai prié pour toi, » Pierre, « afin que la-foi'nc défaille point ; lorsque lu seras converti, affei'niis les frères, h El parce que nos pères, dont nous désirons suivre les traces, malgré notre indignité, ont souvent passé en ce pays -là pour confirmer la foi ca- ' Iholique, nous sommes -aussi obligés d y passer pour la même foi et pour ta défense des Chrétiens, si Dieu nous»en ouvre-la voie. Mais comme un si grand dessein a besoin d^un saae conseil et d'un puissant secours, je vous oemande l'un et l'autre ; âar si je fais ee voyage, cest à vous, après Dieu, que je laisse VEglise romaine, afin que vous la gardiez comnre votre sainte Mère et que vous défendiez son honneur. Faites-moi savoir au plus têt ce que vous pensez à ce sujets et ce que votre prudence, divinement inspirée, aura résolu. ^

Dans ce projet |rigan(esque, Grégoire VÏI avait à la fois pour but de délivrer Tempiro de Constanlinople et ta ville de Jérusalem, do réunir les deux Eglises grecque et latine, fît de faire cesser les divisions intestines de la chrétienté, en tournant contre les inOdèles la passion désordonni^e d^s princes pour les armes. La première idée des croisades appartient à Sylvestre II, mais Grégoire Vil \'n développée; il a tourné les regards de l'Europe vers les lieux saints^ et disposé les peuples à leur délivrance. Il fut forcé malgré lui d*en différer dVxécution, car ii se trouva L>ioiit(»t aux prises avec Henri IV, et, d*uD autre côté, Michel Ducas fut précipité du trône et remplacé par un prince impie et adultère^ Nicéphore Botoniate, qui fut excommunié par Grégoire VU.

Dans le Nor^l, en Russie, en Norwége, en Suède, en Danemark, en Hongrie, en Bohême, en Pologne, Tétonnanle aclivité do Grégoire exerce son inOucnce. Le fils du roi Déméirius vint à Rouie demander au Saint*

Siège de placer la Russie sous sa protection immédiate, ce qui lui fut accordé. £n Norv^ége, Olmis III faisait fleurir le christianisme. Grégoire Vil lui donne des éloges justement mérités ot quelques sages conseils de bon gouvernement, gui témoignent de sa haute sagesse. Il le prie d'envoyer à Rome de jeones nobles, pour qu'il puisse les faire instruire 'dans la loi de Dieu et les renvoyer ensuite dans (eur pays, afin d'y faire connaître les décrets du Saint-Siège et cultiver la religion dans toute sa pureté. Grégoire VU donne au roi de Suède h pou près les mêmes conseils qu*à celui de Norwége, et le

1)rie de (ni envoyer un évêque pour lui àrre •connaître là situation religieuse de son royaume, et le renvoyer ensuite muni de Mandements a)>ostoliques et instruit de tout ce qui concerne la religion. En Danemark, le Pape apaisa plusieurs querelles entre le roi et Âdalbert de Bavière, vicaire apostolique. Il écrivit à Suénon, pour lui donner de sages conseils et recevoir Thommage de son royaume. Plus tard, il répondit à Canut IV, qui lui demandait des instructions, le loue de son zèle et de son dévouement è l'Eglise» lui recommande ^a justice, la miséricorde, le prie de bannir ùe son royaume l«s coutumes barbares et de lui envoyer des hommes oapabies, qui pussent faire connaître les mœurs de la nation et rapporter chez eux les mandefnents^4u Siège apostoli(|ue.

Votre Excellence, dit-il au roi Canut W^ doit considérer que, plus elle est élevée H domine au-dessus du grand nombre, plus elle peut , par son exemple , ou incliner ses sujets au mai, ce qu'à Dieu ne plaise! ou ramener au bien même les plus relâchés. Voire prudence doit considérer encore combien les joies de cette vie temporelle sont caduques et fugitives, et, pût-on espérer la vie ta plus longue, combien elles sont sujettes à être troublées par les adversités imprévues, il faut donc vous appliquer surtout à diriger vos pas et ^os intentions vers les choses qui ne passent

>point*et qui n abandonnent pas celui q^ii les possède.

Pensez toujours, dit-il mi roi de Norwége, ci l espérance de votre vocation et soyez attentif à ce que dit le Seigneur dans iEmngUe {ifatth. vin, il) : « Ils viendront de l Orient et de l'Occident, et s'assiéront au festin avec Abraham , Isaac et Jacob , dans le royaume des deux. » Ne tardez pas, courez ^ hâtezvous. Vous êtes aux dernières limites ; mais si vous courez, si vous vous hdtez, vous serez associé, dans ie royaume, aux premiers ancêtres. Que votre course soit la foi, la charité et le devoir ; votre carrière, de méditer combien la gloire de ce monde est caduque , et de vous convaincre qu'elle doit être envisagée avec amertume plutôt quavec délices. L'usaae de votre puissance doit ^tre de secourir les opprimés, de défendre les veuves^ de venger les pupilles; enfin, non^seulemeni d aimer la justice, mais de la soutenir de toutes vos for* ces. C'est par cette voie^ avec ces trésors et ccî richesses, qu'on parvif}U du royaume terrestre

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