‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 52 sur 123 · IN.N · texte numérisé non relu

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ailleurs : en sorle que tout le monJe admirait la gravité de cette comniunauié. Les Romains ne virent rien, dans cette église, qni excitât leur cupidité : il n*y avait que les murailles toutes nues, et ces admirables religieux ne présentaient rien de désirable que rimitation de leurs vertus. Le repas qu*ils offrirent fit connaître Paustérité de \}ur vie : on servit à manger du pain noir, des herbes, des légumes, et il ne se trouva jK)ur le Pape que quelques petits noissons.

Déjà le concile du Puy s*était solennellement déclaré en faveur dlnnocent 11, qui alla tenii^ un concile à Clermont, où il excommunia Tanlipape. Saint Bernard, saint Hugues de Grenoble, et tout ce que TEglise comptait de plus auguste; s'était prononcé pour lui. On convoqua è Reims un concile de toutes les nations, afin de confirmer d*un commun accord l'élection d'iimocent. Ce concile s'ouvrit le 19 octobre 1131. Il sy trot] va treize arclievèi]ues, deux centsoîxanletrois évoques, une infinité d'al)bés, de clercs et de moines français, allemands, espagnols et anglais. Le plus émineut de ces prélats était saint Bernard , qui ne se séparait plus du Pape, et qni assistait, avec les cardinaux, k toutes les délibérations publiques. L'élection d'Innocent fut unanimement ratifiée, et Pierre de Léon excommunié, s'il ne venait à .résipiscence; après quoi on publia dix-sept canons de discipline.

Innocent, étant ensuite retourné en Italie, vint à Pise; il y appela tes Génois , et les réconcilia avec les Pisans, leur faisant prêter serment de part et d'autre qu'ils s'en tiendraient à son jugement, touchant la guerre .qu'ils se faisaient entre eux; et il leur ordonna de vivre désormais en paix. Saint Bernard, qui avait suivi le Pape dans ce voyage, fut le médiateur de cette paix. Ensuite, le roi Lothaire étant venu à Pise joindre le Pape, comme ils en étaient convenus, ils marchèrent vers Rome, et y entrèrent, le 1^' mai. Innocent couronna empereur ce prince, avec la reine Richilde, son épouse* dans l'église du Sauveur, à Latran, et non à Saint-Pierre, parce que -l'antipape Anaqjet en était le maître. Il se tenait à couvert sur les hauteurs, d'où il incommodait avec ses machines l'armée de Lothaire, qui n'était que de deux mille chevaliers. Cet empereur, voyant qu'il n'avait pas assez de forces pour prendre le château Saint-Ange, et encore moins pour attaquer Roger, roi de Sicile, qui protégeait Anaclet, se retira en Allemagne. Le Pape Innocent, ne se trouvant plus en sûreté dans Rome, revint à Pise. H y convoqua un concile, et il y appela saint Bernard. Ce saint assista à toutes les délibérations; et comme il était vénéré de tout le monde, on s'en rapportait à ses avis. On y excommunia de nouveau Pierre de Léon, dit Anaclet.

Cet antipape mourut au commencement de Tannée 1138, anrès avoir porté le nom de Pape pendant près de huit ans. Les cardinaux de son parti élurent, pour tenir sa place, Grégfiire, prétre-cardinal, qu'ib nom-

mèrent Victor ; mais deux mois aprè» il aii^i se jeter aux pieds du Pape Innocent, et M clercs schismatiques suivirent son exemple. Alors Innocent reprit l'autorité tout entière à Rome; il rétablit le service des églises, en répara les ruines, rappela les exilés et repeupla les colonies désertes. L'aonéo suivante, il fit tenir le concile général qu'il avait indiqué à Rome, dans le palais de Latran. Il s'y tiouva environ mille évè<]ues, et on le compte pour le dixième général. 1^ Pape y fit un discours qui tendait principalement à la réunion de l'Eglise, après le schisme; car c'était le principal objet du concile. On y fit trente canons; ensuite le Pape appela par leur nom chacun des évoques ordonnes pendant le schisme; et, après leur avoir reproché leur faute, il leuralladia leur cn*sse, leur anneau et leur palliutu.

Le roi Roger de Sicile, sachant qu'il avait été excommunié dans ce concile, vint i Salerne avec son armée, et parcourut la Fouille, dont toutes les villes se rendirent à lui. I^ Pape, à cette nouvelle, sortit de Home avec les Iroujtes qu'il put rassembler, et s'avança jusqu'au pied du mont Cassin. On envoya de part et d'autre des députés pour négocier la paix; mais, dans cet intervalle, le ulsdu roi Roger, h la tète de mille chevaux, attaqua par derrière le Pape en marche, le prit et l'amena à son père. Aussitôt le roi envoya des députés au Pape, son prisonnier, dans les termes les plus soumis; et le Pape, se voyant abandonné, sans forces et sans armes, consentit à la paix. Les principaux articles du traité furent que le Pape accor* derait à Roger le royaume de Sicile; à un de ses fils, le duché de Pouille, et à l'autre, la principauté de Capoue. Après quoi, le roi et ses deux fils vinrent en présence du Pape, et, se jetant à ses pieds, lui demandé^ rent pardon, lui promirent obéissance et lui jurèrent fidélité. Innocent retourna à Rouje, où il était très-impatiemment attendu.

Lan 1140, Albéric, archevêque de Bourges, étant mort, le Pape mit à sa place Pierre de la Châtre, d'une famille noble du pays et l'envoya prendre possession. Le roi de France, Louis le Jeune, se tint offensé quil eût été élu sans son couseutement, jufa quo, lui vivant, Pierre ne serait jamais archevêque de Bourges, et empêcha qu'il ne fût reçu dans la ville. Pierre alla à Ronoe, et fut sacré par le Pape, qui dit qu'il fallait instruire ce jeune prince, et empêcher qu'il no s'accoutumAt à de telles entreprises; et parce quo le roi avait défendu à Pierre l'entrée des terres de son obéissance, le Pai/t: lis mit toutes en interdit, défendant dV célébrer TOffice divin. Thibault, comte de Champagne, ()ui avait de grandes terres dans le Berri, prit sous sa protection larchevêquc Pierre : en sorte que toutes les Eglises I'H obéissaient. Le roi, irrité, assembla ses va^^saux, porta la guerre en Champagne, et la ville de Vitri fut brûlée, avec une grande multitude de peuple de tout sexe et de (oui âge. Saint Bernard, prévoyant les suites funestcâ de riulcrdit que le Pape avait jtlo

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DES PAPESb

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fur la France, è cause de rarclievèt|ue de Bourges, écrivit aux cardinaux de la cour de Romei les chargeant de deu)ander pardun fK)ur le roi, allendii qu'il le demandait luimême, et leur représentant la dignité du roi tt celle du royaume de France.

D*un auire cAté, les Tiburtins, qui avaient été excommuniés par Innocent, voyant leur ville assiégée, se rendirent h des conditions raisonnables; mais les Romains, qui vou* laient que le Pape nu leur pardonnAt*qu*è condition d*abatlre leurs murailles, irriiés de ce qu*il ne leur imposait point cette coudai tion, recommencèrent la guerre. Le Pape s'opposa h leur dessein de son mieux, et ne (lo UTant s*en rendre niattre, parce que le peuple était le plus fort, il tomba malade, et mourut le 2^ septembre 1H3, après treize SQ5 et sept mois de pontiflcat.

INNOCENT III. — Parmi les plus grands liomoies qui ont occupé la chaire de saint Pi erre, Innocentbrille au premier rang, soit f|ije nous contemplions son habileté, ou retendue de ses connaissances, son înfatig»t)le activité, ou la pureté de sa vie, son Bl (ilude digne en pariant au nom de sa charge, qui est celTe de Dieu même, ou enfin son Il ■/milité, lorsque sa propre personne s^ofTre seule aux regards. Aussi pourrait«on dire. Je re qn'il voulut, prépara, entreprit et termina : innocent mit au grand jour ce que 'iré^'oire Vil montra dans Tombre, et les :orrues déposés par ce dernier acquirent HIU5 le premier leur entier développement. Inondant la durée d*un pontificat extraonJilai renient long pour un chef de TEglise, %lemandre III avait souffert et lutté avec une nnstance romaine pour atteindre le grand »ui dontson illustre successeur profita moins *n combattant que par Tautorité que donne a V ictoirc ; et dans un long enchaînement le prédécesseurs et de successeurs, tous dus nu moins animés d*une même et uni- |it€9 idée. Innocent 111 en présente la plus la i re expression, Tapplication la plus îir* iii^«liate.

0"e Ton songe au torrent d'événements 1 1 %r tTs qui se pressent dans un espace de dixl'i if années, et dont il y eut è peine un seul lù /nnocent ne iouAt un rôle actif; que Ton outemple le théAtre sur lequel son œil toulAurs vigilant observait tout, était présent arlout pour coordonner » régler, diriger t^piiis I Irlande jusqu'à l'Buphrate» des iiunlagnes de la Paltêtine aux rivages de la 4-andiuavie. Au dedans de Rome le |iouvoir eiiiiiorel k rétablir et k défendre co'itre les iiachinations des grands obstinés k attaquer autnrtté séculière de FEglise; au dehors la irile à prolégeretkconserver avec énergie: n Allemagne des dissensions de dix années clore ; puis, k peine le calme est-il revenu lie de nouveaux déchiretiients y éclatent ans la collision du pouvoir impérial avec el-tidu Pape. En France, vient la longue ffaire du divorce de Philippe Auguste avec tigetiurge, où il s'agissait de maintenir U'S r»iA de I Eglise contre le caprice royal ; au uidi du méiue royaume» 1 hérésie k com-

battre dan^ ses progrès ; ensuite l'agrandissement de la couronne par la conquête de la Normanriie et la brillante victoire dé Bonvines. De lautre cdté du détroit, TAngleterre

Souvernée par un (rince perfide, Tétcmnanie lection de l'archevêque de Cantorhéry W la fulie toujours croissante d*un indigne monarque qui, d'un état liiire, fait un fief de Saint-Siége; enfin en Espa$;ne une foule de choses qui réclamaient l*in(ervention du Pontife et devenaient pour lui une source de consolation, sans compter réclatanio vic*^ toire de las Navas de Toloza, coup mortel porté k la puissance des Maures. Qued'affai* res de toute nature en Norwége, en Danemarck, en Suède, en Pologne, en Hongrie, qui attendaient de Rome des conseils, des soins, une direction et même des ordres I L'Arménie, la Bulgarie et la Servie (la dernière du' moins pour un temps}, se réunissent k l'Eglise romaine : de Ik des négociations, des dispositions k prendre, des règlements k établir. Plus haut le christianisme fondé dans l'Esthonie, se propageant dans la Prussi', se fortifiant dans la Li^onie, lie ce9 pays au j^rand centre de la vie spirituelle et les joint irrévocablement au grand faisceau chrétien. Et les croisades, ce premier et dernier but de toute l'activité, de tous les efforts d'Innocent dans l'Europe entière; eettesoif du voyage (Voutremer se réveillant de nouveau dans len peuples, mais qui, soudain, prenant une direction extraordinaire par la con(]uête de la vieille Byzance, fonde un empire latin où régnait naguère un Grec, et réunit par un lien passager et ne s'appiiyant point sur le peuple une ËgUse si longtemps séparée de la romaine I Que si vous ajoutez k tout cela des alfa res < cclésiastiques en plus grand nombre et plus in^tortanies que dans tin autre temps; les unes traînant depuis longues années et heureusement terminées, les autrns raniméesdetanguissantea Qu'elles étaient; puis encore tout ce qu'en uro|)e ce Pape approiondit, décida, régla, en lui donnant le cachet indélébile dç son génie, et, pour en finir, un concile général avec la fondation de deux ordres religieux

2ui, en s'étendant, acquirent une telle inuence que, soitensemble,soit séparément, ils imprimèrent souvent une direction k l'Eglise elle-même et formèrent plus tard une partie essentielle de son histoire : vous avouerez, je crois, au momt^ntde rassembler les ^larties de cet immense tableau, qu'il exigeait bien une toile aussi grande.

Au moyen Age, la famille des Conti fut longtemps regardée comme une des plus illustres d'Italie. Elle portait originairement le nom de Trasmondo et faisait remonter sa généalogie jusqu au vu* siècle, quand Urirooald,roides Lombards, donna le duché de Spolète k un Trasmondo qui était déjk comte de Capoue. La faveur impériale sous Othon le Grand, des alliances distinguées, des acquisitions importantes, des fonctions élevées et d'autres circonstances augmentèrent encure la grandeur de celte maison dans le cuurs des sièclesi eu sorte qu'au xiti* la

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OmTIONNAIRE

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r»1us grande noblesse de Rome s'honoreti de ui êlre unie par les liens du sang, ou riyalisail avecelle d*éclat et de puissance. Le temps même sembla épargner les Conli, et h Hiesure que Thistoire moderne les rapproche de nous, nous l^es voyor\s toujours, tantôt nobles patrons des arts, tdnl&t guerriers illustres sur le champ de bataille, tantôt enfin sur le trône ponlitiral dans la personne de Grégoire IX, d'Aleiandre IV, d'Innocent Xlll, qui mourut m t725: Mais alors la main qui les soutenait parut soudain se retirer. Ce Pape co:nptait neuf oncles, huit frères, oualre neteux, sept petitsneveux : que de garanties de force et d'avenir! Hélas! un siècle ne s*était pas écoulé que déjà Ton déposait dans la tombe le dernier dft Conti.

Lothaire Conti, destinée éclipser la gloire de ses aïeux sous te nom d'innocenflll, était filsdu comte Trasmondo et de Clarisse ScoUit qui pouvait aussi vanter sa noble extraction el ses brillantes alliances. Il était le plus jeune de cing enfants et naquit en 1160 ou 1161. Cette époque, pour l'Eglise, Tllalie, TAIlemagne el toute la chrétienté, élait un moment qu'on pourrait appeler gros d*«i7enir (verhan^nisxvolle). En effet , ta question de savoir si TEmpire avait un droit de souveraineté ou seulement de protection sur rSglise était restée quelque temps en suspens entre l'énergique Uohenstaufen, Frédéric V\ et le ferme, mais prudent Adrien IV. Mais après sa mort, le cardinal Uob. Bandineili, chancelier de TE^lise romaine, fut élevé sur le trône pontiticalsous le nom d'Alexandre. C'était le même homme qui, dans une diète h Besançon, avait posé hardiment cette question : « De qui Tempereur tient-il sa dignité, sinon du PapeT » Et ces mots lui assurèrent les voix de ses amfrères, dont quatorze partageaient ses opinions. Mais d'autres membres du conclave nommèrent le cardinal Octavien, et celui-ci prit le nom de Victor, dans l'espoir de vaincre son adversaire à l'aide du pouvoir impérial. Néanmoins, ni un concile auquel se réunirent les évoques allemands par dé férence pour Frédéric, ni les objections que ce prince insinua contre l'élection d'Alexandre, ni même une enquête juridique faite à son instigation, ni enQn la pompe avec laquelle Victor se Gt de nouveau couronner, tout cela ne put décourager Alexandre, ou le pousser à une abdication, dont les suites eussent été de sacrifier l'indépendance de TEglise, en la soumettant aux arbitraires caprices de l'empereur. Ainsi donc, en ces jours, il était descendu dans la lice deux adversaires doués d'une pénétration égale, d'une volonté égale , d*un courage égal : c'étaient Alexandre et Frédéric. Que pouvait être Victor? Tout au plus une planète brillante à côté du soleil d'une lumière empruntée.

Comme on le voit, la lutte était engagée, lutte du fait contre le droit, de la force contre l'intelligence, de l'flme contre le corps; duel mjiytérieux et terrible qui, sous mille formes

diverses, subsistera tant qu'il y aura un seul homme pour le sentir dans tout son èlrç. Qui donnera le mot de Ténigme? Qui fiTJi triompher l'esprit? Qui fera dominer IV mour parmi les hommes, en les rangeant do nouveau sous un même pasteur? Dieu seul s*en est réservé le secret. £n attendant courbons la tête devant ses desseins cachés, et adorons en silence : heureux celui que n'enorgueillit pas une vaine sciencel

On sait peu de chose sur la jeunesse rie Lothaire; dans les temps pass<^s on nes'oc. cnpait guère de ce qu'avaient fait dans leurs premières années les hommes qui tenaient une large place sur la scène politique, ou qui exerçaient une profonde mAuencesur leur siècle. L'attention réveillée par leur activité laissait à peine une place au souvenir de leur passé : pour le monde leur existence datait seulement de leur apparition sur le théâtre où ils éblouissaient tous les regards. Tel fut au moins le sort d'Innocent III; beaucoup d'obscurité reste sur son enfance; toutefois on sait positivement qu'il fit ses premières études è Rome, et prolia* blement sous la surveillance de trois cardinaux qu'il comptait au nombre de ses parents.

Hais il y avait alors en Europe un inimense foyer de savoir et de génie, qui dardait ses rayons lumineux a travers toute l'Europe : c'était Paris, Paris préludant dès lors aux destinées qu'il doit accomplir; lèlu gigantesque d'un grand corps dont il paraU aujourd'hui absorber toutes les forces. Co fut là que se rendit le jeune et ardent Lothaire, pour y puiser à long traits aux sources de la science.

Ce fut au milieu de cette brillante réunion que le jeune Lothaire vint aussi jeter les fondements de sa vertu et de sa gloire à venir. 11 sut éviter les pièges qu'y rencontrait la jeunesse , et ses premières liaisons, dont la plupart mûrirent peu à peu et donnèrent les plus beaux fruits de l'amitié, prouvent bien que la sainteté et le savoir formaient l'unique objet de ses recherches

Carmi tant de décevantes amorces. Le célère Pierre de Corbeil contribua particulièrement à lui former l'esprit el le cœur. Cet Iiomme habile laissa dans son âme des traces si profondes que plus tard, tout en poriant la l;*ipie couronne et accablé d'affaires, iUe rappelait encore avec orgueil et reconnaissance les leçons do son illustre maître. Gtdoe à lui, Conti fut bientôt connu des élèves trs plus distingués et des professeurs les plnif fameux. Ce fut alors qu'il put deviner le noble caractère du fameux Langhton, dont la glorieuse résistance è la tyrannie enfanta la liberté anglaise; et qui I s'unit de ccsur avec un autre Anglais, Robert Courçon» dont l'esprit cultivé, les mœurs pures et la douceur évangélique lui eurent bientôt concilie l'affection d\me Ame à l'unisson de la sienne. Innocent 111 ne put se résoudre à ne plus voir l'ami de Lothaire Conti; le cardinalat devint pour Hubert la iécott»j»eose de

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services en même temps qu*un gAge de *atiachemenl de son ancien condisciple.

A?ecde pareilles reialionsylefnliir Pontife le (arda pas h se livrer complètement à son inieur |io*jr Tétude. L*Eci'iture sainte, rnvi- Of^ée sous tous ses points de vue, philoso* >)ri(jue, allégorique et religieux, devint d*a- K>rd l'olyel de ^es investigations pour y rouver le secret de la direction spirituelle. Puis, les Consolations de Boëce, ouvrage ires-répandu au moyen Age; l'histoire ecclé- )iasli({ue et ses vicissitudes; celle de Tem* lire avec ses luttes continuelles; les annales uives étudiées dans Josèphe et autres écriaios; enfin les modèles de l'antiquité grec- |ueet latine, sans même excepter la poésie,

laquelle il consacra, dit-on» quelaues fforts : tel fut le cercle où Lothaire cnerhait sans cesse de nouvelles forces et des unnaissances plus profondes (M).

D*un autre c6té, Tfiurope se rappelait lors avec im mélange de terreur et d*admi* ition le drame sanglant dont la péripétie vnit été le meurtre de Thomas Becliet. Ce !»i«bat acharné entre un despote puissant i une volonté puissante, entre la violence ersonnifiée par Henri II et le droit repréiMiié par Thomas qu'exaltait Jusqu'au suîiiie le sentiment de la persécution 7 cette ilte, dis-je, avait eu un long retentissement ans toute la chrétienté. Qu'était-ce, en Tct, sinon un épisode terrible de cette autre itiu engagée entre la papauté et l'empire, itre les guelfes et les gibelins, qui a oc- \\ié tant de siècles en remuant le sol jusque ins ses profondeurs? Aussi, à 'l'exemple I vieux Henri lui-même, rois et peuples, ands seigneurs et manants, beaux chevatrs et troubadours amis de la gaie science^ ai s surtout les ecclésiastiques se prosternent à Tenvi devant la tombe du pieux clievêque. Point là d'ambition, de calcul; avait-on pas vu sa résignation, son déoût*nC dans l'exil, ses scrupules quand il ij^issaii d'exposer ses amis, sa hardiesse k ^acrirler pour ce qui, à ses jeux, était la us«de l'Eglise même? Que d'enthousiasme U!» le langage de ses contemporains! « Il ^51 oppose comme un mur pour le salut Israël 1 c'est un homme entre mille; les ai^ls ensevelis sous les eaux le regrettent, ri'ifs que dans sa joie, il se rit, lui, do la ttune et de sa roue. »

Entraîné avec les autres par ce sentiment ipéiieux qui pousse parfois les hommes à n<Jre un éclatant hommage h la vertu, Loaire s'achemina, pèlerin austère et croyant, rs le sanctuaire fréquenté de Cantorbéry. •Iroe remplie des souvenirs du passé, il se osterna religieusement devant les restes celui qui avait donné sa vie pour les lir(és de l'Eglise. A la vue de ce sang dont > taches parlaient encore si éloquemraent r l^s marches du sanctuaire, sans doute habiles et profondes pensées durent domer et enflammer tout l'être du jeune jnii. Alexandre 111 sut le trône pontifical,

exemple vivant de cons nre; Beckec, leçon inanimée, mais plus frapimnte encore, de dévouement k une même idée: n'y avait-il

fias de quoi exalter un noble caractère en ui inspirant un héroïque amour du droit et de la sainteté? «c Quels sentiments durent s*élever en lui, » s*écrie Hurter, « à Taspect de ces dépouilles, lui dont les convictions énergiques avaient tant de rapports avec celles du grand archevêque 1 Quelle force ne dut pas y trouver sa vocation intérieure d'êire tout par et pour l'Eglise! Quelle prodigieuse influence exerça peut-être ce pèleri* nage sur Lothaire, quand il avait de plus sous les yeux l'exemple entratnant du Souverain Pontife, animé, comme le sont d'autres de sa trempe, par la ferme détermination de dévouer et leurs forces et leurs vies à un but unique. >i

De Paris, notre héros se rendit è Bologne, si célèbre alors par ses études juridiques; mais nous ne l'y suivrons pas. Son> esprit sérieux et aiipliôué s'y montra le même, et bientôt il approfondit les deux principales branches du droit, celui de Rome et ce* lui de l'Eglise. De retour dans sa ):atrie, Lucius III, successeur d'Alexandre, commença è l'employer .dans les affaires, car le Pontife avait été tout d'abord frappé de son instruction étendue et de ses rares facultés. Mais ce fut sous Clément III, son oncle maternel, que Lothaire entra dans la direction immédiate du gouvernement, où il acquit celte expérience pratique indispensable à toul homme d'Etat. La dignité do cardinal devint le prix de son zèle et de son aptitude. Il avait alors trente trois ans. En revanche, l'avènement de Célestin 111 au trône pontifical lerejeta dans l'ombre [1191]. Ce Pape appartenait à une des fdmilles n- \ales des Conti, et il donna peu d'occasions à Lothaire de montrer ses talents. Mais celui-ci s'en consola facilement devant le spectacle d'une belle nature, et au sein de 1 amitié, deux biens inestimables que ne peuvent procurer les grandeurs ni Te luxe des cités. Quand l'injustice ou les vicissitudes humaines répandent de I amertume sur la vie, les hommes vraiment grands retrouvent la paix en face des simi/ies et gracieux tableaux de la campagne. Le bruissement sourd de tout ce qui se meut et vit sous les ombracjes d'arbres séculaires, le gémissement de l'alcyon sur la vague, ou bien les cris qui se répondent dans lo montagne, endorment les douleurs profondes, et l'Ame se f»orte naturellement vers le Dieu bon dont e souille ranime et la soutient au milieu des épreuves.

« Pou!>sé par l'attrait d'une douce méditation, je me dérobai, dit-il, à lair orageux de la ville pour ramener mon ûmedans un port plus tranquille. Oui, pour jouir en pais de celle vie libre, n^posée et sûre, seul reste de ce peu de biens que nous laisse le Ciel, pour alléger les mille soucis de mon esprit faiigu*é,.j'abandonnai la noble enceinte de ma

• «4) On .iiuibuc à I iiioceni III la sulillme composition du Stabat.

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ville natata. Une fois caché soms ces ombrages épais tin valloii riaot dominé par la monlagne don! TanUque nom rolentit toujours doux h rorêille« je m*assis à ses pieds : un laurier verdoyant abritait ma tète, et sou* dain toute pensée sombre s'évaunuii. »

Ainsi chantait Laurent le Magnifique aux bords enchanteurs de TAmbra, et ainsi faisait un génie plus grave encore et frappé (»lus que lui des vanités et de la misère de *honime. Le jeune cardinal se retira sur les biens de sa famille; il y composa son ouvrage intitulé : Du méprU du monde^ où règne une profonde conviction et un goût réel pour les jouissances élevées de la religion. Qui oserait accuser Lothairo d'hypocrisie dans ces révélations intimes de son Ame? Qui l'attribuerait à un amer chagrin de se voir éloigné des affaires? « Bien souvenu » ditHurter, « les plus m&les génies contemplent avec une insurmontable tristesse les calamités de la vie mortelle, et les égarements de la race humaine dans cette lutte hérétlitaire que soutient le mal coutre le bien. Leur cœur est accablé par un sentiment douloureux è la vue des soins inutiles et des viles passions où se consument les forces de Thomme pour atteindre des chimères, tandis qu'il demeure ignare ou indifférent à regard du but élevé qu'il devrait se proposer, laisse alors échapper de longues lamentations. Ces hommes, regardant seulement les ombres de rhum»nlté, ne peuvent y trouver ni compensation ni accommodement; aussi reviennent-ils avec une force doublée à un intlexit)le attachement aux devoirs de leur position. Toute l'énergie de leur existence se concentre da^s ce point unique, ils en écartent même ce qui serait permis jiour que rien ne tes éloigne de leur grand but; et il leur est bivn plus facile de renoncer è une foule de choses que de confondre le sérieux et le brillant de la vie, de manière à faire du dernier un vêtement gracieux qui voile et rende méconnaissable Télévation intime du premier. De pareils hommes sont lesjujjes de leur siècle, sont les jugus de l'humanité entière ; colonnes inébranlables sur lesquelles celleci s'appuie sous peine de tomber en ruines, sel de la terre qui éloigne la corruption; partout où ils se montrent, ils trouvent leur place; partout où ils travaillent, ils emploient toutes leurs forces, se dévouent tout enliers à ce qu'ils commeuct-nt une fois, luttent pour obtenir quelque chose de durable, au milieu des changeantes vicissitudes des événements, et ce que l'ancien portique cherchait en lui-même, ils le voient plus complet et plus certain dans la nouvelle union qu€ le ChrisI a ettectuée entre Dieu et l'homme. »

Lothaire appartenait è cette classe. Ses vues sur le monde dé|)Osent d'une âme grave ; ses jugements sont sévères et portentsouvcnt le cachet d'un profond chagrin inspiré parles erreurs humaines. Alors son re^^ard se Uxe uniquement sur le grand Ré-

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% eomma sur le rayon lumiaeui qui perce de sombres- naaife»,

L Océan eH amer et orageux: (bmAuf Tamertume et tes flots pénètrent la vie lempo» relie. Nulle part de paix, de repos^ de sûreté; partout^ au contraire^ la terreur^ le tremblement, la peine et la douleur. Oui, la douleur se mêle au rifre, et le chagrin se cache dans les fleurs de la joie. La vie- est bien courte^ et pourtant si pleine de misère ^ se fatiguant dans le iravail^ se consumant dans les angoisseSy s'éteignent dans les souffrances. Et cette misère est longue, car elle dure jusqu'à la fin; elle est tenacCf car pas un jour n'en est affranchi Oh I le sort de Vhomme icibas est triste ; il naît pour la douleur^ el son corps corruptible ne pourrait soutenir tant ds maux^ si de temps à autre un rayon céleste ne venait le réjouir. Mais^ hélas 1 combien y en a-t-t7 dans le monde fut ne ressentent jamais aucun goût pour ces joies spirituelles et éternelles ^ se courbant sous le joug des plaisirs mondains I Malheureux , à quoi pensons-nous? Que commençons-nous^ que faisons-nous cha' que jour? Nous tendons de vaines toiles d'araignée; nous nous dissipons nou^'-mémts; nous dispersons nos jours, et notre temps se perd en d'oiseuses considérations, en de maiivaises actions^ ou au milieu de joies futiles et passagères.

Quelquefois sa voix prend des accents encore pi us sombres et plus tristes pour peindre le sort de l'homme et ses iriénarrables douleurs. Oh 1 plût à Dieu, s'écrie-t-il avec Jérâmie, (Thren. ii, 12) que le sein de ma mire fût devenu ma tombe l Lhomme est désuni au malheur. Pétri d'un vit Itmon, conçu dans le péché, né pour le châtiment^ il commet U mal qu il ne voudrait pas, et le crime qui lui déplaît, puis se livre à une vanité sans résultat, et devient la proie de la corruption

Avant quit puisse pécher, il est déjà souillé par U péché. Oui, sa conception est mptcre, impure encore est sa nourriture dans le sein de sa mère. Les uns arrivent difformes et contrefaits, les autres idiots, sourds et impotents; tous gémissent dès leur entrée dans la vie, tous sont faibles , incapables de s'aider ^ pires que les animaux eux-mêmes. Oh ! qu'ils sont plus heureux , ceux qui meurent avant d'avoir vu la lumière I Chaque jour aussi la vie se fait plus courte : bien peu atteignent la quarantaine, moins encore l'âge de soixante ans. Et alors quelle dégradation de l'dme et du corps n'attend pas le vieillard!....

C'est sur ce ton que le cardinal Cooti continue de passer en revue toutes les positions de la vie, gémissant sur la folie humaine, flétrissant le vice par de brûlants stigmates, ou élevant à son tour la vcrlu dans un langage exalté. Quelquefois, il semble entendre Uamiet devisant sur le vide de la gloire dans un cimetière, jouant avec les cendres du fameux conquérant de l'Asie; mais chez THamlet chrétien, la fui éclaire la scène de son flambeau brillant et dissipe les vapeurs qui s'amoncèlent ; te froid scepticisme, le suicide au cœur Mche ne se présentent pas un instant è sa pensée.

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DES PAPES

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Oh 1 quil est différent, le cri de doiilenr 'Cé par Conli sur la fie troublée de ce londe I Monarques et peuples, riches et pau* res, forts et faibles, rien n*écbappe à son i>pel lugubre auquel chacun répond pour tre jugé d'après la loi divine ; mais pourml Dieu apparaît pour relever, soutenir et >r(ifier sa créature, et la rigueur même du evoir enflamme' cette grande Ame chréleiiue. On sent que le monde croulerait sur a tête sans qu'il en fût épouvanté.

Si fracius 1 lab.iiiir orbis, Impavituin ferieiit ruiuae.

(HoRAT., Carm, 1. ni, oda 3, v. 7-8.)

Oui, Dieu pour Loibaire, c'est le mot de 'énigme; Dieu, le secret mobile de ses Ides, Tubjel de ses vœux, et avec cette pent*e sublime • bientôt il remuera le monde, le Dieu le destinait à de grandes choses; la ctraite l'y prépara. Dans sa solitude d'Ana- ^ni, Pœil Uxé constamment sur le Ciel, il en Il descendre le principe de cette énergie aébranlable nécessaire aux grands hommes »our accomplir leur mission.

En 1198, Célestin 111 termina un règne econd en événements; cl, à la grande sur* >rl$e de r£urope , un jeune cardinal de rente-sopt ans réunit Tunanimité des suffrages. Innocent 111 écliusa et tit oublier ^«ithaire Conli.

Oui, Innocent III domine son siècle bien c iirenjent que Philippe Auguste, mais ^Duniooi? Parce que ce Pontife n'a point M'osiiliié son génie au vent de la prospérité ; rsrceque sa capacité a toujours compris la itfoJûiation et la religioti ; parce que sou tWivT^ie a été employi-e tout entière au proil de l'opprimé, parce que sa conduite a h'i-iosé, jusque dans les plus petits détails, Je l'accord intime existant entre sa vie re* ii^ieuse et sa vie politique. Voilà pourquoi Il a dominé son siècle; voilà pourquoi nous le saluons; mais non à cause de sa capacité veule; car, à nos yeux, la capacité sans la vertu est une calamité. Saluons dune cet »$ire qui se lèvebrillantet pour nouséchauf* 1er de ses rayons bienfaisants, et nous guider de sa lumière dans l'épineux sentier de la vie; mais ne nous prosternons pasdevani L.(ia.'jue météore sanglant qui égare et bientôt u*é«:iairequedes ruines.

A près la mort de Célestin III, trois membres du SacréCollége, trouvaient surtout espérerde hionier sur le trône pajiol. Le cardinal Jean iJe Colonne (c'était le premier), avait pour lui )c déâir manifesté par le dernier Pontife NVâut de mourir; après lui, Jean de Salerne iomptait au muins sur dix voix, et les au* tresse réunissaient sur le cardinal Octavien. Mais soudain celui-ci se lève et déclare qu*il r*'Minnaltdans Lothaire, comte de Segni, un uiénie bien supérieur au sien et plus digne Ooiiienir la tiare. « Tous conubissaieut ^3 pruronde érudition ; sa volonté forte de vtWier .sur Tindépenilance de rE^lise;ses i'iffris pour en faire exécuter les ordonnan- •*^; onlin, 9on activité, son habitude des a\\A\rir$ et la gravité de ses mœurs. La seule

considération de son âge devait-elle rendre inutiles tant de brillants avantaj^es, ou plutôt les circonstances ne iirescrfvaient-elles pas impérieusement d'oublier les usages ordinaires; n'exip;eaient-elles point la ferme eténergiiiue influence d'un homme dans la force de I Age. plutôt que la timide et souple dévotion d'un vieillard? » Tel fut le langaged*Octnvien,et sa voix réunit l'unanimité des suffra^^es sur ta tète de Lothaire. Pendant l'élection, on remarqua trois pigeons qui ne cessaient de voler sur le lien où délibérait le conclave ; mais quand toutes les voix furent tombées sur Lothaire, et qu'il eut pris la place désignée par l'usage au nouvel élu, le plus blanc de ces oiseaux vint voler à sa droite. On paria aussi de présages et de révélations. Innocent parut si grand à ses contemporains, son influence sur la politique fut si active, qu'ils crurent à une providence spéciale du Chef invisible de r£glise sur lui et par lui sur elle-même. Et cette voix populaire ne se trompait point ; les temps étaient mauvais et de rudes combats attendaient le nouvel athlète. A Frédéric I** il avait fallu un adversaire comme Alexandre 111; Dieu l'avait fornjé et Jonné à son Eglise. Trente-neuf ans plus lard, en 1198, la puissance des Hohenstaufen ne se montrait pas moins menaçante. Son sceptre de fer s'étendait jusqu'aux portes de Rome; et l'Allemand, fler de sa supériorité (Hivsique, dominait en maître sur l'Italie, qui Te payait avec usure en haine et en malédictions. Si ki couronne impériale était encore donnée à celte maison, c'en était fait, humainement parlant, de l'Eglise; il fallait des miracles pour lui rendre la vie et sa liberté; en un mot, il s'agissait de vaincre ou de périr. ^ Enferiiié de tous côtés,» dii Hurter,«par lesdomainesde cette familie, que des Allemands tenaient en fief pour fortifier encore ses prétentions, le Pape fût devenu (ce que voulait le dernier conquérant moderne) le patriarche de la cour hohenstaulienne, et la chrétienté, semblable à Constantinople , eût été soumise à ses caprices... »

Mais dans ces temps l'Eglise avait unt supériorité réelle sur les Etats européens. Reposant sur une base spirituelle, elle concentrait dans son sein l'essence méum du {mouvoir spirituel, et dans l'usage qu'elle en aisait, ne manquait pas d'éprouver combien elle l'emportait sur les forces purement matérielles. Elle seule était animée d'une idée clairement perçue et qui ne mourait jamais dans ses membres ; car la conservation et la réalisation de celte idée n'étaient pas limitées à la ()ersonne d'un Pape, dont l'importance individuelle, toute grande qu'elle pût être, n'en faisait jamais que le représentant, le véhicule de cette même idée pour arriver au monde. Aussi doit-on ajouter que si parfois l'homme parait contredire ceUe assertion, cependant la force interne de l'idée nien souare point ; car les règnes si courts de Ja plupart des Papes, la transmettaieol intacte à ceux dont la vie s'identifiait aveo

7il

DIGTIOMNAIRE^

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elle de TEglise/et devenaient un puissant motif pour mettre à sa tète • seulement des gens qui, réunissant et habileté, et lumière, ei volonté, donnaient de sûres garanties pour une administration universelle. De cette claire conscience d'elle-même, TEelise tirait sa persévérance dans la poursuite a*un ^raiid but bien distinct, sans que le pouvoir pût lui opposer de résistance durable, ni savamment combinée. Autant en etTet, dans celuici les rayons divergeaient en tous sens, autant dans celle-là ils se rencontraient tous au mèiue foyer. Peu de princes avaient une fin h laquelle ils sacriQaieni leur vie entière. Saisis à Timproviste parla circonstance, dominés par la passion du moment, ils poursuivaient bien leurs projets selon leur caractère, avec une violence irrésistible et une indomptaiile audace; mais à la lonj^ue ils devaient céder devant la puissance de TEglise, marchant avec suite , quoique avec lenteur, portée par toute la supériorité de l*ospritsur le corps. Une seule race de souverains osa lutter contre elle pour obtenir la prépondérance terrestre, et celte race seule aussi se proposa un plan arrêté : ce furent les Hohenstaufen. Mais encore ce combat servit-il à assurer la suprématie papale, et les Pontifes qui le soutinrent brillent dans l'histoire d'un éclat dont ils n'auraient pas joui sans ces terribles divisions. Ensuite de ces événements portons nos ref;ards sur le cours des âges ; voyous comme a papauté a dépassé en durée toutes les autres institutions de l'Europe; comme elle a vu vivreetmourir les autres Etats; comme, narmi les incessantes vicissitudes des choses humaines, elle seule demeure inébranlable, toujours animée et soutenue par le môme esprit; puis, dites : Oserons-nous i)ien nous étonner de voir tant de cens trouver en elle le rocher qui s'élance ierme et tranquille au-dessus des flots orageux des siècles?

Mais l'action générale de l'autorité papale fut étroite et mesquine , dit-on. Etroite et mesquine 1 Mais de grAce, faudrait-il au moins nous dire de quelle manière vous eussiez voulu que cette action fut exercée? Détruire est bien quelquefois, mais il faut aussi édifier. Oui, nous soutenons avec raison que l'influence des Papes a été morale, car les exemples en sont nombreux. Et il ne s'agit pas seulement de monarques rappelés au devoir, mais de simples particuliers qui avaient re«:ours à Rome pour être éclairés, fortitlés ou redressés. Qu'il vous ftlaise d'ouvrir les recueils de droit canon di'S conciles, des lettres pontiticales, et vous y trouverez desmilliers de plaintes, d'appels ei de consultations qui se pressent yers le centre de la sagesse chrétienne.

^uoi qu'il en soit, le nouveau Pape ne regardait pas comme étroits et mesquins les devoirs de sa nouvelle position , car à ses yeux ils embrassaient le monde. Lothaire connaissait en partie par expérience les difficultés de sa sublime dignité. DéjÀ iî s'était précédemment expliqué sur le malheureux sort des grands. Vés que Thomme

s'élève sur les degrés de la distinction, les soins et les soucis s'amonceilent sur si tète ; les pénitences demeurent suspendues, les veilles se prolongent, la nature se raine, l'esprit s'aSaiblit. On perd le sommeil et l'appétit; les forces s'épuisent, le corps est exténué, et une triste On est la conclusion d'une triste vie 1 Ainsi donc, mevoiliin* vesli de la plus haute dîgnité de lachré* tienté 1 Quelle responsabilité pour une seule négligence! Que de travaux qui suriiassent presque les forces d*un homme pour loat prévoir, régler, coordonner et conserveh £l moi, « le plus jeune de tous ; moi, plac6 au-dessus de tant d'autres plus Agés, plus recommandabtes par leur dignité et leurs lumières. » Aussi se répandail-il eh gémissements, en prières; auSbi se déballait-il avec lui même. Ainsi avait fait Grégoire le Grand, en se cachant quand on lui annonça qu'il remplaçait Pelage; ainsi son succèsseur, non moins çrand, Grégoire VII» avait douté de sa capacité pour occuper une dignité dont aucune autre sur la terre n'approchait, suivant ses idées, et devant laquelle toute dignité humaine devait se reconnaître insuffisante. De môme enco:e, l'homonyme de Lothaire, Innocent 11, s'é' tait opposé à sa propre élévation aussi longtemps que possible; de mêmeEugènellI avait dû être mis de force par les cardinaux sur le trône pontifical ; puis Adrien IV, dans le tourbillon de soucis et d'affaires qui I entouraient, soupirait après sa vie passée, après son tie et l'obscurité de son cloltrei maljjré sa confiance que le Seigneur qui le jetait entre le marteau et i'euclume, soaliendraii le fardeau de son bras vigoureux et suppléerait à sa faiblesse. Et Alexandre lU luiMuéme ne s'était-il pas soumis, malgré lui, à diriger l'Eglise comme à la volonté de Dieu ? Or que fussent donc devenues et cette volonté et la vérité don' ces chefs de l'Eglise devaient être les mandataires et les apôtres , si, i^areils à Octavien, ils eussent usurpé cette dignité d'une manière outrageuse, ou, courant après uue gloire humaine, ils eussent livré l'Eglise elle-même aux caprices du pouvoir temporel ? Mais pas plus dans le cas actuel que dans les autres, les électeurs sacrés n'abandonnèrent leur grande idée. Le premier d'entre le» cardinaux-diacres s'avança vers Lothaire, le revêtit du pluvial de pourpre et le salua du nom d'Innocent.

Le jour même de son intronisation, le nouveau Pape prononça un discours sur les obligations du pasteur universel. Tout le (jeuple assemblé et le clergé de Home Teotouraient dans un profond silence. Quel est doncj dit-il en élevant la voix, quel est donc le êerviteur fidèle et prudent que son Maiirt a commis sur sa maison pour distribuer b nourriture au temps marqué? (Lue. xii, il) La parole étemelle nous montre tes qualités de celui qui est placé à* la tête de la maison, et comment il doit la régir. Jt doit être fidile et prudent pour distribuer la nourriture au temps marqué : oui, fidèle pour la distribuer:

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tmdînif pour la donner, au lemp$ convenable ; mii on noue dit : Qui rétablit ? — Ceet le kigneur. — Qui est établi? — Un serviteur. — Ce quil est ? — Fidèle et prudent, — Sur fui ett'il établi ? -^ Sur la maieon. ^~ Pour^ }uoi il e$t établi? — Pour distribuer la lourriture. — El quand ? — Au temps narqué

Pelons chacune de ces paroles^ car ce sont elles du Verbe éternel^ et chacune a son tmloriaMCt chacune renferme un sens pro^ 'ond.

D'abord il ne peut y avoir qu'un Seigneur^ *elui qui porte écrit sur ses vêtements et sur n ceinture : le Roi des rois^ le Seigneur des eigneurs\(Apoc.\ix^i6\; celui dont il est cril : Le Seigneur est son nom (Psal, lxyu, I). C'est lui-même qui a donné au Siège apos» olique le premier rang^ afin que personne ne oH astes osé pour résister à ses ordres; omme cest aussi lui qui a dit : Tu es Pierre^ ( sur cette pierre je bâtirai mon Eglise^ et !S portes de Cenfer ne prévaudront point 9nire elle.(Matth. xti, 18.) Car^ comme il posé le fondement de l'Eglise^ et que lui- Jine est ce fondement^ sans doute les portes î V enfer ne gagneront jamais rigt sur elle. e fondement est inébranlable, et upersonne^» it l'Àpôlre<,lI Cor, m, 11), cfi« peut en établir » autre que ceiui*ci» qui est Jésus-Christ, n iussi tes flots tumultueux peuvent-ils bien ; soulever contre la barque de Pierre où dort I Seigneur^ elle ne sombrera pas ; car Jésus vnmande à Vorage et à la mer^ et le calme inaît: en sorte que les hommes s'étonnent 1 disant : Quel est donc celui-ci auquel les mts et la mer obéissent? {Matth. Yiii, 27.) est là cette maison haute et forte dont la érilé éternelle a dit ; la pluie tomba, les tor^^ 'Hts se gonflèrent^ les vents rugirent et se ''écipiiirent sur la maison^ mais elle ne mbdpaSf parce quelle était bâtie sur le €z [Matth VU, 25); oui^ sur ce roc dont ^le V Apôtre, sur le Christ, Il est clair que ^aini 'Siège ne perd risn par les épreuves, ( ÎJ que, fort de la promesse divine, il peut r e avec le Prophète : Cest du sein de la tri^ lai ion que vous m'avez conduit au loin, sut. un, 9.) U s^abandonne plein de con^ iHC€ à l'assurance donnée par le Seigneur ur apôtres : « Je suis tous les jours avec vous %:fss à la fin des siècles, i» (Matth, xxviii, 20.) /Y^i» si Dieu est avec nous, qui peut être mre nous? [Rom, sin, 31.) Car cette insti^ lion venant, non des hommes, mais de ei<« et même du Dieu-Homme^ cest en vain € ârataille CMrétique ou le schismatique ; si en vain qiu travaille le loup oerfide à cagcr la vigne, à ébranler le roc, à renter^ '* U flambeau pour éteindre la lumière; car, mme disait le célèbre docteur Gamaliel : si ruvre vient des hommes, elle périra: wais

elle vient de Dieu, vous ne pourrez la màaitre^ de peur de devenir comme ceux i luttent contre Dieu. {Act, y, 38, 39.) Le [gneur est mon espérance: je ne crains ni les hommes, (Psal, c^vii, 6.) Je suis ic ce serviteuf que Dieu a placé sur sa *ijn : puisse-tMme donner a être fidèle et

TrcTtoriTr. des Papes,

prudent pour distribuer à tous la nourriture au temps marqué!

Ouï, If fi serviteur, et le serviteur des servi' leurs ! Plaise à Dieu que je ne sois peu de ceux dont il est dit : eQui fait le péché est l'esclave du péché; (Joan, viti, 34j» ou bien encore: •Four'^ be,je faitenu quitte de tout (Uatth. xviii«32) » ou enfin: nQui connaît la votante du Seigneur et ne la fait pas^ celui-^là mérite une double pei^ ne! 9 (Luc. x\i, kl,) Mais non ; puissé-je plu* tôt être de ceux à qui le Seigneur a dit : « Quand vous aurez tout bien fUitf dites en^ core : Nous sommes desjnviteurs inutiles.m (Lue, XVII, 10.) Je suis un serviteur et non un maitre. Le Seigneur dit aux apôtres: « Les rois des peuples dominent sur eux, et les puissants parmi eux sont appelés sei* gneurs : il ne doit pas en être ainsi parmi vous : mais que celui-là qui est plus haut soit Vesclave de tous et gue celui qui est plus dis* tingué devienne le serviteur des autres, 9 (Lue. X. 25, 26.)

Magnifique honneur ! Je suis placé sur la maison: rhais aussi quel pesant fardeau! Je suis le serviteur de toute la maison réunie^ me devant aux sages et aux non sages. Bien des gens peuvent à peine servir convenablement un seul homme, comment un seul pour^ rait'il servir tous à la fois? Chacun est fai* ble, et moi je ne le serais pas ! Chacun est tourmenté, et moi seul je ne brûlerais pas ! Puis au dehors de moi, des peines ioumaCières et le soin de toutes les Eghses. Oh ! que d'ongoisses^ que de douleurs, que^ de soucis et de difficultés à porter ! que de choses à entreprendre plus encore qu'à terminer ! Ceoen* dont, je ne veux point faire retentir bien haut ce que j'entreprends de peur d'être au dessous de ce que j'aurai entrepris. Qu'un jour dise è Vautre ce que je supporte; que la nuit raconte à l'autre mes soucis. Ma dureté n^est pas celle de la pierre et ma chair n'est point aairain. Néanmoins, malgré mes faiblesses et mes manquements^ Dieu me donne de là force^ lui qui règle tout convenablement sans^rien négliger. Aussi, parce que la voie de l'homme n^est point dans ses propres mainSf espéré-je être conduit par celui qui retira saint Pierre des flots de la mer, afin qu'il ne s'enfonçât pas; qui aplanit l'inégal et redresse le recourbé. Vous venez d'apprendre les conditions , ap^ prenez maintenant les objections.

Je suis un serviteur :je dois être fidèle et prudent pour distribuer la nourriture au temps marqué. Ici, Dieu demande de moi trois choses : la fidélité du cœur, la prudence des actes, la nourriture de la bouche: car site cœur croit on est juste, et qui confesse sa croyance par sa parole est heureux, Abraham a cru en Dieu, et cela lui a été imputé à jus» tice. (G en. xv, 6.)

Sans foi il est impossible de plaire à Dieu (Uebr, XI, 6), parce ^ue ce qui ntst pas de ta foi est péché. Or , si je n'étais pas moi-même ferme diflns la foi, comment pourrai-je affermir celle des autres f Cest même undesprin* cipaux devoirs de ma charge, suiventHa déci* sion du beigneur qui dit à Pierre : J'jai prié pour toi a^n que ta foi ne défaille points et

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quand tu seras converti une foiSf confirme tes frères. {Lue xxii, 32.) Il prta, et la foi de Vapôtre fut confirmée^ parce qu'à cause de sa soumission tout est accordé au Sauveur, C* est pourquoi la foi du Siège apostolique n*a jamais vartéf mais est resiée ferme et inébrau' lable^ aân que le privilège ae saint Pierre ne se perdît jamais. Avant tout ^f ai donc besoin de foi^ étant responsable devant Dieu seul de toutes les autres fautes^ mais étant responsa^ ble devant l'Eglise des erreurs contre la foi. Tai la fçi^ et une foi certaine^ parce quelle est apostolique: j'ai encore confiance que ma foi me rendra heureux^ d'après celui qui a dit : « Ta foi fa sauvé ; va, et ne pèche plus. » {Luc vu, 50; Joan. viii, 11.) Cependant^ la foi sans les œuvres est morte ; la foi est vive^ elle agit par Vamour^ parce que ta justice vit de la fui. Ce ne sont pas les aens qut écoulent ^ mais ceux qui pratiquent la parole de Dieu qui sont justes devant lui. Quiconque Fécoute ^et nela fait point f cette oarole^ peut être com^ ^paréàThomme contemplant sa figure dans un . miroir. {Jac. i, 22, 23.) Du reste^ Iç fidélité sans la prudence sert à peu de chose^ non plus que la prudence sans la fidélité.

Ouip je dois être fidèle et prudent. Il est écrit : « Soyez prudent comme te serpent. » {Matth. X, 16.) Oh l de quelle prudence n'atje pas besoin pour comprendre la plénitude de mes obligations , pour que*^ ma gauche ne sache point ce ^ fait ma droite {Malt, yi, 3), pour savoir distinguer le lépreux de Phomme sain^ le bien du mal^ la lumière des ténèbres; afin que je n* appelle pas mal ce qui est bien^ ni bien ce qui est mal, la lumière ténèbres^ ni les ténèbres lumière; que je ne condamne point à. mort les âmes qui sont vivantes^ ni à la vie •celles qui doivent mourir I C'est bien avec rai^ . son que le pectoral double et carré était ré' puté la plus noble partie des ornements du grand prêtre. La raison du Pape dont celui-ci était la figure doit en effet avoir qucUre faces et discerner le vrai du fauXf le bien du mal; tevraif pour ne point errer dans la foi; le ftîen, pour ne poinf faiblir dans tes ceuvres. Il lui faut également distinguer entre deux Vêlonlés : la siennif et celle au peuple^ de peur que si un aveugle en conduit un aulre^ ils ne . Sombent tous deux dans un fossé. Le pectoral avait quatre côtés signifiant les qiuUre sens de l Ecriture ^î doivent être connus au Pape ; les sens historique^ allégorique^ tropique et anagogique. Il était en outre douMe à cause des deux Testaments^ ce que le Pape ne peut méconnaître^ parce que la lettre tue et que t esprit vivifie. A quatre facettes^ parce que le Nouveau Testament est divisé en quatre JSvangiles; double à cause de Pancienne loi •qui fut gravée sur deux telles. Qu'elle doit être grande la prudence qui répond à toute sagesse, résout toutes les questions embrouii^ lées, lève tous les doutes secrets, traite toutes les affaires, rend toute espèce de jugement^ explique T Ecriture, prêche au peuple^ punit les fauteurs de désordres, confirme les faibles, combat iliérésie et veille sur la chrétienté catholique. Ah! qui peut y suffire?.... que celui-là reçoive nos louanges. Aussi le Sei-

gneur dit'il expressément : a Ouest le servie leur fidèle et prudejit ? je Vétablirai sur la maison. j> {Matth. xxiy, 45.)

Moi, je suis établi sur cette maison! Plût à Dieu que jfi pusse briller 4ion moins par mon mérite que par ma place! La gloire du Seigneur en est accrue qiuind il opère sa volonté par un mauvais serviteur, car alors on atlrioue toutf non à la puissance humaine, mais à la force ^divine. Mais qui suisije ? ou qu'est la maison de mon Père^ pour que je siège audessus des rois y et que j'occupe la place dhon' neur ? C'est de mot cependant que le prophète dit : « Je t'ai établi sur les peuples tt les royaumes, afin que tu arraches^ délruiset^ anéantisses f et aussi pour que tu bâiisses et plantes, n {Jerem. ii, 10.) Ù*est encore à moi qu'il a dit dans la personne de l'apôtre : a Je te donne les clefs au royaume du ciel; ce oue tu liercu sur la terre sera lié dans le ciet. » {Matth. XYi, 19.) iitn^t Pierre peut lier les autres sans lui-même Vêtre par personne» « Toi, » continue-t^il y « tu t'appelles Céphas, c'est-à-dire la tête. » {Joan. i, 42.) Or, comme dans la tête on trouve réunis tous les sens qui sont répartis séparément dans les autres membres, a£ même aussi les autres sont-ils appelés à partager ces soins; mais Pierre seul reçoit la plénilude de la puissance.

Vous voyez maintenant quel est ce serviteur que le Seigneur a établi sur sa maison ; aucun autre que le représentant du Christ^ le suC' cesseur de Pierre. Il tient le milieu entre Dieu et l'homme ; au-dessous du premier^ au-des* sus du second; il juge tout et nest jugé de personne^ car, dit V Apôtre, « c'est Dieu qui me juge. » (7 Cor. ly, k.)Mais lui, que la sublimité de sa position élève, est rabaissé par les fonctions d'un serviteur, afin que thumilitesoit élevée et la hauteur abaissée; car Ditu combat le superbe et fait grâce à Vhumble, et quiconque s'élève sera humilié; les vallées seront comblées, tandis *que les montagnes et les collines seront nivelées. 0 porte du salut Ipins tu es haute, plus aussi tu descends au-dessous de tout. « Ils t'ont fait prince, p est'il aussi écrit , « mate ne eote point arrogant, sois bien plutôt comme un d'entre eux. »(J?ce{t.xxi3, 1.) La lumière est mise sur le chandelier pour que tous puissent la voir dans la mtison : mais, si la lumière est sombre, cofhment les ténèbres ne seraient-elles pas épaisses ? (Matth* yi, 23.) C*ee/ le sel de la terre, mais ei le sel est sans goût, avec quoi assaisonnera-honf Assurément il ne sera bon quà jeter sur h chemin et à être foulé aux pieds. Il a plus reçu pour veiller avec plus d'assiduité, non pour se glorifier, il rendra compte à Dieu non-seu^ lement de lui-même, mais encore de tous ceux que celui-ci a confiés à sa direction. Car le Seigneur ne fait aucune distinction dans sa maison; il ne dit pas les domestiques, mais, la maison, comme s il ne s'aaissatt que Sune seule, puisqu'il n'y aura qu un seul pasteur et un seul troupeau. {Joan. x, 16.) Ma colombe^ ma bien'^imée est unique; la robe du Seigneur n'avait point de coutures, et ne fut point partagée: dans l'arche, tous, quel que fût leur nombre, furent sauvés des eaux sous

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DES PAPES

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un pilotef tt ceux qui étaient denors furent enmoulis ensemble dans les eaux du pech/.

Le serviteur est placé sur la maison pour distribuer la nourriture au temps marqué. Kotre-Seigneur Jésus -Christ a institué la su* prématie de saint Pierre avant sa Passion^ pendant sa Passion^ et après sa Passion. Avant sa Passion^ car il a dit : ii Tu es Pier* re^ et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise: et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le cielf et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » (Matth. xvi, 18» 19.) Pendant sa Passion^ quand il a dit : « Simon^ toilà que Satan a désiré te passer au crible comme le froment: et moi^j'ai prié pour toi^ afin que ta foi ne défaille pas^ et toi^ quand tu seras converti^ affermis les frères. » {Luc. XXII, 31, 32.) Après sa Passion^ quand il lui dit par trois fois : c Pais mes agneaux. » (Joan. XXI» 15, 16, 17.) La première fois^ il désignait la sublimité ae la dignité: la secon^' df, la fermeté de la foi ; la troisième^ la charge de pasteur : trois choses auxquelles se rapporte mon texte. La fermeté dans la foi^ e*est'à-dire^ prudent et fidèle; V élévation de la dignité^ car il est établi sur la maison ; la pâture des brebiSf puisqu'il distribue la nour* rilure,

Or^ cette nourriture f il la distribue par r exemple^ la parole et le sacrement. C est :oinme si le Seigneur avait dit : Paissez4es war l'exemple de votre vie^ par la parole de ^f:^ science^ par le sacrement de l'autel ; lar V exemple des acteSf la parole de la cAat* ^e, le sacrement de la communion. La Vérité fiernelle a dit du premier : « Ma nourriture fMi de faire la volonté de celui qui m'a en* 7oyé. » {Joan, ly, 3i.) L'Ecriture sainte dési* fne le second par ces mots: « Il Va nourri du inin de ne, et il Va abreuvé des eaux de la fainie sagesse. it{Eccli. xv, 3.) £'n/Sn, du troi^ ûèm$ le Seigneur lui-même dit : « Ma chair *st la véritable nourriture, et mon sang est le véritable breuvage. » {Joan. yi, 56).

Je dois donnera la maison la nourriture de "exemple, afin aue ma lumière luise devant les tommes et qu*iis voient mes bonnes -osuvr es tt louent mon Père dans le ciel. Car personne t'allume une chandelle pour la mettre sous le ioisseau^ mais bien sur un chandelier^ afin i éclairer tous ceux qui sont dans la maison... ii le prêtre pèche^ lui qui est Voint du 5eifneur^ il fait pécher tout le peuple^ car cAa« fue faute devient d^autant plus répréhensible fue le coupable est plus grand. Je dois enore distribuer la nourriture de la parole^ iour faire profiter le talent qui m'est confié; tarce que^ suivant les paroles de CApôtre^ le eigneur ne m'a pas envogé pour baptiser^ usés pour prêcher (/ Cor. i, 17), afin ^ ue les ri ils chiens obtiennent les miettes qui tom^ eni de la table' de leur maître; car l* homme e vit pas seulement de pain^ mais de la parole qui vient de la bouche du Seigneur. Maiih. IT, k.) Je dois la distribuer^ cette ^urriiure^ afin que ces paroles ne trouvent oint sur moi et moins encore contfemoi leur pplicuiion : « Les petits enfants demandiefil du pain, et il n'y avait personne pour

leur en donner, v (Thren, ly, 4.) Je dois dittribuerà la maison la nourriture du saint Socrement^ pour qu'elle reçoive la vie et se sauve de là mort^ le Seigneur ayant dit : « Je suis le pain de vie qui vient du ciel. Quiconque en mange, vivra éternellement. Ma chair est le pain de vie du monde. Si vous ne man* qez la chair du Fils de l homme ^ et si vous ne buvez son sang, la vie n'est point en tfous. » {Joan. yi, 41, 59, 33, 54).

Ainsifje dois vous distribuer cette triple nourriture, mais au temps convenable. Sui» vant Salomon, chaque chose a son temps. Œccle. m, 1.) D'abord la nourriture de i exemple: ensuite celle de la parole, pour vous disposer à bien recevoir la nourritura du sacrement, car Jésus a commencé par travailler et enseigner. Par là il nous a donné l'exemple, afin que nous marchions sur les traces de celui qui n'a point fait le mal, et dans la bouche duquel il n'a été trouvé rien de mauvais. Or, qui fait ce qu'il enseigne sera appelé grand dans le royaume du ciel. Car y si j enseigne sans pratiquer, ne serait-on pas en droit de me dire : « Médecin, guéris-toi toimétne.n (Luc. ly, 23); et ;« Hypocrite, arra* che d'abord la poutre qui est dans ton œil^ puis viens ôter ta paille dans celui de ton

frère Luc. yi, 42.) « Tu prêches qu'il

ne faut point voler, et tu voles; quonne doit point commettre d adultère, et tu le commets. • (Rom. II, 22) ; car Dieu dit à l'impie : « Pourquoi parles-tu de ma justice,et prendstu mon alliance dans ta bouche?^ (Psal. xlix, i^.) Oui, on méprisera les enseipnements de celui dont la vie ment à ses paroles ; « Je me suis fait tout à tous, » s'écrie l'Apôtre « pour les gagner tous à Jésus -Christ. » (ICor. ix, 22.) Je me réjouirai avec les heureux ;je pleurerai avec les infortunés, afin que je remplisse le but de ma mission. Avec les parfaits^ je parlerai sagesse; mais croyez que je ne saurai rien sans Jésus le crucifié. Aux petits enfants dans le Seigneur f offrirai du lait , et non une nourriture fierté, car celle-ci ne convient qu'aux adultes. C*est pourquoi il faut que « / homme s'éprouve lui-même, et qull mange le pain et boive le calice, car celui qui mange indigneinent, mange son jugement même, parce ^u'iî ne discerne pas le corps du Seigneur. » / Cor. XI, 28, 29.)

Ainsi donc, mes frères et enfants bien-aimes, moi, je vous distribue la noutriture de la divine parole prise sur la table de l'Ecri* ture sainte. J'attends de vous la récompense^ une rémunération : c'est aue, eU)jurant toutes querelles et haines, vous Aeviex vers le \ciel des mains pures (/ Jim. ii, 8) ; obtenez-moi par votre foi ardente la grâce de remplir convenablement la charge de serviteur apostolijue qu'il a mise sur mes faibles épaules; de la remplir pour t honneur de son nom, pour le salut de mon âme, le bien de l'Eglise univer* selle, le profit de toute la chrétienté. Que Nôtres Seigneur Jésus-Christ^ oui est Dieu par-dessus toutf soit loué dans les siècles des siècles»

MainlenaDt qu'un se reporle aux paroles échappées à Lotliaive daus sa solitude récente, ce discours n'en est-il pas on com-

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