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nieotaire sublime ?Que d^élévationdans cette bassesse chrétienne dont le nouveau Pontife aime à s'entretenir :5«rmry oui, voilà la condition de tout ce qui gouverne en ce monde ; servir en esclave, quand Tambition dévore r*Ame, quand Tinsatiable soif des honneurs et du pouvoir s*en emparant, la pousse vers une incroyable abjection , et une prostitution ignoble' de toutes ses hautes facultés à de vains hochets d'un moment. Mais «emr, dans le sens chrétien, c'est régner, régner par la douceur, par la prudence, par Pamour du prochain, par l'abnégation de soi-même.
Les premiers regards d'Innocent III* se dirigèrent sur l'Italie : réformer la cour de Home, raffermir l'autorité papale dans la Sicile, appuyer les villes libres de la Toscane et de la Lombardie, tels furent les sollicitudes qui occupèrent d'abord son administration. Son premier soin fut de recouvrer les domaines que l'Eglise de Rome avait eus eu Italie, et d'en chasser ceux qui les avaient usurpés. Pour cet effet, il envoya plusieurs nonces dans les provinces, et visita en personne le duché de Spolète et de Toscane. Il employa même les armes contre quelques villes rebelles. Entre tous les désordres qui régnaient alors à la cour de Rome, un des principaux était la vénalité; le Pape travailla à déraciner ce vice. II tenait trois fois la semaine le consistoire public, dont l'usage était presque aboli ; il y écoutait les plaintes de toutes les parties, renvoyait à d'autres juges les moindres affaires, et terminait par lui-même les plus importantes. Tout le monde admirait la sagesse et la pénétration avec laquelle il faisait cet examen, et les plus savants jurisconsultes venaient l'entendre, aQn dé se former dans ses consistoires. Il n'avait aucun égard aux personnes dans ses jugements, et et il ne les prononçait qu'après une mûre délibération. C'est ce qui lui attira tant et de si grandes causes ; et l'on n'avait rien vu à Rome de semblable deouis longtemps
Mais il se préparait en Allemagne des événements d'une haute importance et destinés à absorber l'attention du Pape pendant toute la durée de son règne. « Frédéric, >i dit M. Hurter, « avait élevéTEmpire plus haut , et étendu sa puissance plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs. A ses diètes, on voyait des ambassadeurs de presque tous les Etals chrétiens; la Bourgogne lui était soumise; Arles se voyait de nouveau réunie à l'Em-
Kire ; mais celui-ci reposait toujours sur la ase do l'élection , parce que l'empereur n'appartenait point à un seul pays , mais à la chrétienté tout entière. Gomme les princes de l'Eglise, qui se trouvaient dans des rapports plus immédiats avec le centre de Tunité chrétienne, élisaient le Pape, de même hes princes du royaume allemand, qu'une coutume constante liait étroitement à l'Empire, choisissaient aussi l'empereur. Mais, à raison de la prépondérance que la famille hohenstauQenne avait acquise sur les princes, et de la longue réunion de sa puissance
privée avec la dignité impériale , la conlinnation de ce système fût devenue presque
impo*ssible, sans l'autorité du Pape et son intervention énergique; car, d'un autre côté, la grandeur personnelle de plusieurs prédécesseurs d'Innocent III, aidée par les circonstances, n'avait pas moins consolidé et étendu la considération et l'influence du Saint-Siège. C'était seulement tant que les cardinaux étaient divisés entre eux, qu^ua empereur pouvait écrire les paroles suivantes à ceux qui ne prenaient pas ses vues pour règle de leur conduite : « Voulez-vous 4t donc (jue Dieu soit seulement le Dieu des « Romains? Les vallées de l'Allemagne pro- « duisent aussi de fertiles moissons. Le pa- « lais n'est ni le ciel, ni le paradis; mais il c n'est point noii plus entre les eaux do Ba- «( bylone. Votre porte est ouverte à tous, <( mais quiconque s'y présente reçoit une « morsure, et non un baiser d'accueil ; loin «( de le guérir, on l'égorgé; loin de lejusti- « fler, on le condamne ; en un mot , tout ce « qui se fait chez vous est crime. Or, quand « le Fils de l'homme viendra sur son siège « de gloire, ot serez-vous? Vous serez dis- « perses çà et là. v
En traversant toutes ces dissensions intestines, l'inébranlable fermeté d'Alexandre avait porté l'Eglise au plus haut point de considération. Il n'était pas moins important pour elle que pour les princes Allemands, de savoir si la première couronne de la chrétienté, dont le principal devoirétaitde protéger cette Eglise dans toute l'étendue de son action extérieure, devait être la récompense du plus brave, du plus sage et du plus chrétien nommé par un libre choix ; ou bien, si elle devait devenir l'héritage d'une maison dominante ; si les prétentions des candidats devaient s'appuyer sur des qualités personnelles, ou sur un simple droit de naissance. Aussi vit-on Innocent aborder avec résolution le combat qui so préparait. Plus d'une fois on a voulu 1 accuser d'avoir empiété sur les droits du royaume allemand au proGt du Siège apostolique. Cela n'est pas; il voulut seulement en conserver les prérogatives, mais à la façon des natures fortes qui opposent au moins une résistance opiniaire« 3uand ils ne foulent pas aux pieds le droit 'autrui. Il ne voulut pas non plus enlever aux princes la liberté d'élection : au contraire, c'est à ces rapports des Papes avec l'élection impériale que l'Allemagne doit de n'être pas aujourd'hui fondue en un vaste corps doué peut-êtred'une grande force extérieure, mais qui aurait paralysé au-dedaos cette activité multiforme et cette culture toute spi« rituelle qui distingue sa population des autres nations européennes. Si nous partons des 'principes du droit public admis au moyen âge sur Texistence réciproque de rSglise et de TElat ; si nous les contemplons tous deux dans leur plus haute destination, il nous faudra reconnaître qu'Innocent lit son devoir, et même qu'une coupable inditrerice à cet égard lui eût attiré les plus sanglants reproches de ses contemporains, sans
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lui Assurer la douteuse approbatien de la postérité. »
Quand Tempereur Henri YI vint à mourir, en 1198» quatre concurrents pouvaient se disputer le trûne électif : son jeune fils Frédéric, encore en bas fige; Philippe de Souabe, frère du monarque défunt; Otnonde Brunswiky et enfin Bertnold de Zœbringen» le célèbre et puissant fondateur de Berne. Ce dernier ne tarda pas à se retirer des rang», i:ar il tenait, dit-on, plus à ses richesses qu*à rhooneur de gouverner l'Allemagne. D'un autre côté, le jeune Frédéric était encore trop près du berceau pour maintenir la paix de rÊmpire, et réprimer la turbulence des seigneurs féodaux ; aussi fut-il presque immédiatement écarté. La lutte se réduisait donc à deux rivaux qui disputaient avec acharnement le sceptre teutoniquede Cbar- Jemagne. Bientôt, de la mer du Nord au Danube et du Rhin à la Visiule, tout le pays parut être un immense champ de bataille, où l'on combattait avec des chances diverses
i>our Tun ou Tautre des deux prétendants. Miilippe possédait encore une force plus réelle, appuyée de vastes domaines : Othon avait pour lui la haine qu'inspiraient les liohenstaufen ià une foule de seigneurs, et Je plus l'appui de Richard Cœur-de-Lion, »un oncle maternel. Ce dernier l'avait choisi >our rester en otage jusqu'au paiement de ;a rançon, et telle était son effection fraterlelle pour Othon, qu'il s'était écrié en l'emirassant après sa délivrance : AÂI (Taujour^ Chui êeulje mi sm$ libre de la friêon afienande. Le duc de Brunswick avait, en effet, »lus d'un rapport avec ce fameux batailleur; 'étaient ^ deux esprits parents (kmdred)^ omme disent les Anglais. Dans la mêlée, me audace qui souvent devenait de la téuérîté, une force physique extraordinaire, ine beauté remarquable, et, du côté de Tes- »rit, plus de penchant à entreprendre de iraoues choses *que de persévérance à les ccompiir*: tels sont les principaux traits de on caractère. Un autre avantage qui parlait aut en faveurd'Othon, c*était l'excommu- Ication qui pesait sur Philippe ; Célestin III était vu forcé de recourir à jce moyen pour unir les dévastations et les violences du uc sar les terres du Saint-Siège. « Ce seul il, »ditHurter, « invalidait son droit au une ioipérial, malgré les votes des prin- 5. » Et, à notre avis, ce seul fait révèle au and jour l'idée qu'on se formait alors d'un upereur. Le protecteur né de l'Eglise ne ruvait Tétre réellement hors de son* sein; tiuiualie eût paru trop choquante. Quoi t*i I en soit, un événement aussi important, lî divisait jusqu'aux familles, et semait iL^ine la désunion au foyer domestique, dej t nécessairement être connu de Rome, its, si Ton y conservait la profonde con- . lion que tout le pouvoir terrestre découle . pouvoir divin et éternel ; si l'on y croyait e le représentant suprême du dernier lit supérieur au premier, qu*il avait le r>îc de conGrmeç ou de rejeter; d'approur ou de désapprouver, cependant Inno*
cent fût sorti des limites assignées à sa position comprise dans le sens le plus étendu, s'il fût intervenu de son propre mouvement dans les affaires d'Allemagne. C'est bien alors qu'on aurait pu lui reprocher à juste titre dr empiéter constamment sur le droit d'élection, l'accuser d'ambition, d'usurpation, de mépris pour les privilèges et la dignité des princes allemands. Son devoir lui prescrivait de ne gêner en rien la liberté d'action. Deux circonstances pouvaient seules légitimer la médiation conciliatrice du Chef deTEglise : un appel à son arbitrage, oubien undan^erimminentpourl'Ëtat, le repos de la chrétienté, ou enfin de l'Eglise ellemême; car, de ridée d'un christianisme universel et embrassant tous les Etats, en était sortie une autre, la plus belle peut-être qu*on eût encore conçue, savoir, que dans les luttes entre les souverains et les peuples, il 7 avait une autorité suprême qui les rappe- At aux lois divines, quoique l'interprèlo lui-même appartint aussi à Tespèce humaine. Ainsi donc la discorde générale pouvait bien affliger le Pape ; il lui était permis de désirer ce qui aurait contribué au repos de TAU lemagne ; mais le droit du pays et sa position personnelle lui ordonnaient d'attendre le dénoûment de ces dissensions.
Aussi, au commencement de son règne, Innocent ne s'occupa-t-il de l'Allemagne qu'autant que des faits déjà existants Texi-
feaient d'un chef de l'Eglise. De ce nombre* tait le honteux emprisonnement de l'arclievêaue de Salerne et la perûde détention de la iamille royale de Sicile. On avait déjà leurré Célestin de vaines promesses d'élargissement de l'archevêque. Quelques jours après son sacre, le nouv.eau Pontire envoya revenue de Sutri, Allemand de naissance, et l'abbe de Saint-Anastasie vers le duc Philippe, les princes, archevêques et prélats de l'Empire, pour en obtenir la délivrance de ces illustres prisonniers, détenus déjà depuis longtemps dans les cachots. Les évêques du Rhin devaient appuyer les légats. Les biens de celui qui gardait l'archevêque, au mépris de toutes les lois ecclésiastiques, devaient être coniisqués, et enfin il leur était epjoint de mettre sous l'interdit non-seulement les fauteurs de cette criante injustice, mais aussi le diocèse entier où elle se pratiquait, et même d'excommunier tons les princes qui ne travailleraient pas efficacement à y mettre lin, .en ajoutant l'interdit pour toute l'Allemagne. On conûait à l'arohevèque de Mayence l'exécution de cette dernière mesure.
Malheureusement févêque de Sutri se laissa gagner par Philippe, qu'il délivra de son excommunication sur une simple promesse de remplir les conditions exigées par lui, mais auxquelles il ne satisUt qiren partie*; en approchant de Rome, le prélat prévaricateur sentit sa conscience se réveiller; pressé par sa voix, il avoua qu'H avait indignement trompé la contiance du Pontife.
Celui-ci sentit ou*avant tout il fallait s'assuror d'agents fidèles; autrement c*en était fait
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de son autorité. « L'Eglise étant un corps que n*apuuyait aucune puissance matérielle », observe M. Hurter» « ne pouvait espérer de force et de respect que dans l'union intime de ses serviteurs. Eniormant un tout compacte, toute autre force devait échouer devant eUe; divisée et désunie, elle devenait la proie*de l'arbitraire, ou devait gémir dans un indigne esclavage. %
Quoi qu'il en soii, celte circonstance profita beaucoup à Philippe, qui voyait ainsi lever le plus grand obstacle à son élévation. Cependant la guerre seule pouvait décider entre les deui rivaux. Le duc de Souabe tira le premier Tépée du fourreau, et chercha à se faire des alliés. Philippe-Auguste se joignit à lui parla seule raison que Richard se déclarait pour Othon. Ce dernier réussit à se pendre maître d'Aix-la-Chapelle, où jusqu'alors les empereurs d'Allemagne recevaient la couronne. Là se trouvait le trône de Charlemagne,là son diadème, emblèmes vénéra-* Lies que respectaient les peuples, et qui assuraient à leur heureux possesseur la consécration papale; ainsi le vou1ait*]a coutume. Othon, comme. on le pense bien, se hÂia de profiter de cet avantage. Adolphe, archevêque de Cologne, lui mit sur la tète la couronne du grand empereur des Francs, et «lors il put dire : Mot, fai le droit ; Philippe n'a que les insignes de la royauté^ faisant allusion aux joyaux de la couronne, dont il s'était emparé. Après cette cérémonie, les princes de son parti reçurent les différents fiefs et prêtèrent serment. Quant à lui, pour offrir au Seigneur les prémices de sa dignité, il jura de respecter et de maintenir sincèrement les droits de l'Eglise, pour lesquels les Papes avaient si vainement et pourtant SI constamment combattu sous les Uohenataufen $ de ne plus saisir les revenus ecclésiastiques au décès des évêques, et de rendre ce que les précédents empereurs avaient injustement enlevé aux prélats ou à l'Eglise.
Il y avait donc deux empereurs et deux partis en Allemagne. Ni l'un ni l'autre ne voulait céder la couronne qu'avec la vie. Bans une conjoncture aussi aélicate, guelle fut la conduite d'Innocent III ? « Aussi longtemps que ni les princes réunis, ni quelquesuns d'entre eux, ni même l'un des deux rivaux n'avaient informé Innocent de l'éat des choses, n'avaient élevé aucune plainte, réclamé aucun appui, il parait, suivant les devoirs de sa position, ne s'être immiscé en rien dans les événements d'Allemagne. Sans doute il en était afflij$é, et il voyait quelles funestes suites aurait cette querelle sur la plus importante affaire de ces temps, sur les croisades. Mais, après tout, il ne voulut point attenter à la -dignité des princes, ni se perraeltre aucune intervention directe ; il. espérait qu'ils finiraient par s'entendre, et lui demanderaient de leur propre mouvement un bon conseil. Othon fut le premier à rompre le silence et à se tourner vers le lieu d'où devait venir la solution de ces questions, quand on ne voulait pas les faire dépendre de* armes, ou bien quand ion désirait
appuyer celles-ci sur cette puissante protection. Le Pape lui-même s'y croyait obligé, à raison de ses relations avec l'Empire dont le chef était installé parle chef spirituel, et aussi comme suprême docteur du droit divin. Il y allait, en effet, de la paix de l'Eglise, de son avenir, de Pélévation d'un empereur dont les dispositions ne fussent pas dangereuses pour elle. Aussi, un Pontife bien moins énergique qu'Innocent se fût regardé comme appelé h exercer toute Tautorité de sa charge et de sa personne, dès que l'affaire prenait une direction qui légi< timait son intervention. »
Cependant une année entière s*écoula avant que le Pape voulût rompre le silence, ou donner aucun signe d'approbation à l'un ou à l'autre des deux rivaux. Philippe s'était abstenu pendant ce même temps d'annoncer son élévation à Rome ; mais Richard Cœur^le-Lion étant mort en 1199, Othon perdit en lui un de ses plus fermes appuis, et -s'adressa de nouveau è Innocent, qui devenait presque son unique ressource, à cause des nombreuses défections de son parti. Le Pontife répondit aux avances de ses amis par une lettre pleine de bienveillance, dans laquelle il manifestait le désir d'obtenir d'Othon le même dévouement an Saint-Siège c|ue ses prédécesseurs; une autre lettre fut adressée à tous les princes d'Allemagne, et le ton qui y règne mettra en évidence sous quel point de vue élevé le Pape envisageait les dissensions de l'Empire. Nous saisirons cette occasion de laisser le Père des fidèles s'expliquer lui-même, ill s'efforce surtout de prouver combien est importante l'harmonie entre l'Eglise et l'Etal. EUe seule^ dit-il, peu^ étendre la foif réprimer rhérésie^ faire fleurir la ^)trtu^ extirper le viCe, maintenir la justice et bannir Vini' quité: car il n'y a que la tranquillité qui puisse faire cesser la persécution, La paix de la chrétienté assurera rabaissement df$ païens^ tandis que le bien-être de rEmpire'pc* croîtra la liberté de VEglise. Croyez-le^ ces ennemis du repos et de la paix, qui déchirent aussi le sein de l'Eglise romaine^ ont semé parmi vous des discordes dont Veffet a été de vous faire nommer à la fois deux souveraim qui se partagent vos souffrances^ sans consi' aérer ritrhnense dommage que cela enaendre dans VEtat et dans la chrétienté tout entière. Au milieu de cette lutte^ l*indépendiance duroyau>^ me périclite^ ses droits sont affaiblis^ sa cof^ sideration se perd^ VEglise aussi en souffre^ rindigence est opprimée, les princes se voiefU tyrannisés^ le pays devient un désert^ le corps subit ta mortt les âmes se perdent, enfin l'en" nemi du nom chrétien triomphe. Malgré toute notre af/liction^ nous avons cependant attendu jusqu'à ce moment, espérant que, pour mettre fin à tant de maux, vous chercheries secours et conciliation auprès de celui auquel il appartient de décider de cette affaire en premier et dernier ressort. Mais notre attente a été vaine. Aujourd'hui nos fondions sacréei exigent que^nous vous exhortions à mieux pourvoir à l honneur et à la dignité de TEtnAs
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Vappui du Siège apostolique $e déchrera pour celui qui sera soutenu par la majorité et par ton mérite personnel.
Cette letlre était écrite depuis huit jours et problablement envoyée, quand Philippe songea à s'adresser au Pontire pour lui an- BoncerJ officiellement son élection , et ses partisans joignirent k sa lettre une autre qui la confirmait. Dans rintervallo, Conrad, archevêque de Mayence , étant revenu de la croisade, Innocent le chargea de concert a?ec Boniface, marquis de Montferrat, de négocier une réconciliation , ou tout au moins une suspension d'armes entre les deux rivaux. Il ne réussit qu*en partie , et pour les Etats de la haule* Allemasne , on convint d'une diète où se débattrait Ta cause des deux rois. Malheureusement la mort de Tarchevèque empêcha l'accomplissement de cette résolution. Cependant Othon demanda que le Saint-Siège se pronongAt pour lui d*une manière positive. « Je ne doute en rien, » disait-il, « de la fidélité de mes partisans, et même j'ai l'espérance légitime de gagner ceux de Philippe; mais je suis convaincu que la protection de saint Pierre et Taide de l'Eglise me seront d'un grand secours pour atteindre ce but. Il priait donc le Pape, ajoutait-il, d'ordonner à tous les princes, en vertu de son autorité apostolique, de le reconnaître pour roi légitime.» Philippe, de son côté, députa une ambassade i Rome pour se concilier la bienveillance i'innocent, qui lui répondit eo public et en présence de tous les cardinaux. Dans son lîscours, il s'attacha à faire ressortir la supériorité du sacerdoce sur la royauté terrestre : Tun fondé par Dieu même, Tautre >ar les hommes. Le sacerdoce, royauté de uansuélude et de justice; l'empire, trop k>uvent le règne de la tyrannie et de la ovce. Qu'avait pçrdu l'Eglise par la persécution des souverains temporels ? Rien assuément; n'y avait-elle pas plutôt gagné? 3ans Innocent III, c'était la même idée qui lominait Grégoire VU, Innocent II et tant Tautres; et celui qui se rappelle saint Marin de Tours passant la coupe à un prêtre I vant l'empereur romain, dira que, dans une irconstance pareille, le Pape du xiir siècle ùi fait comme le thaumaturge des Gaules, e discours est un curieut monument des iécs du temps sur les pouvoirs; et si les urnes de ce travail nous le permettaient, JUS Toudrions le mettre tout entier soiis s yeux de nos lecteurs. Après avoir repaie les efforts de Frédéric I*' contre TE^Iise, Pontife termine par ces mots : Aujourhui^ par la grâce de Dieu^ VEgHse jouit de inité^ tandis quà cause de ses péchés lEm* re est divisé. Mais VEglise ne le traite pas ntme elle en a été traitée. Cette division ifflige et la fait souffrir^ surtout parce que f princes souillent leur réputation^ enta^ eni leur honneur^ affaiblissent à la fois leur rtnchise et leur dignité. Déjà depuis long* mps on aurait dû soumettre cette affaire au ^ge apostolique, dont elle dépendait en prer>r et dernier ressort : en premier^ parce que
e*était lui qui avait transféré FEmpire de TOrient à FOccident dans la personne de Char* lemagne ; en dernier^ parce que c*était lui qui donnait la couronne. Ainsi donc nous vous écouterons, dil-t7, en s'adressant à Venvoyé; nous lirons la lettre de votre maître^ nous délibérerons ensuite avec nos frères^ noue vous donnerons une réponse. ^Puisse le Dieu tout^puissant nous inspirer et nous découvrir sa volontéf afin que^ dans cette affaire^ nous agissions pour son honneur^ pour le bien de l Eglise et de l'Etat.
Voici quelle fut la réponse adressée à toute rAllemagne;, document trop important pour qu'il nous soit permis de le passer sous silence.
Les divisions de VEmpire affligent le Saint" Pire. Dans de fréquentes délibérations avec nos frères et autres personnes prudentes^ on a déclaré que nous devions peser plus mûre^ ment y et la disposition des électeurs^ et le mé^ rite des élus. Si la majorité et les joyaux de la couronne parlent pour Fun ,' on peut y opposer son couronnement insolite, le serment par lequel il s'était engagea consulter dC abord te Saint-Siège, puis l excommunication , Ttrrégularité avec laquelle elle a été levée, et «nfin la tentative de rendre le trône héréditaire. A regard du second concurrent, il a pour lui le couronnement légitime, contre lui la majorité des électeurs. Nous vous exhortons donc tous à travailler avec xile et dans la crainte de Dieu à rhonneur du royaume, afin que son bonheur ne tombe pas en ruine , que sa gloire ne soit point obscurcie, et que vos discordes n'ouvrent pas un abîme sous ce trône que vous devez soutenir. Au reste^ eomme les délais offrent aussi des dangers, nous voulons chercher ce qui peut contribuer au bien général, et montrer la faveur apostolique à celui qu'appuieront les plus grandes «ympathies et le mérite le plus éclatant. lious sommes heureux qu enfin vous vous soyest rap^ pelé nos avertissements, en prenant la volonti de consulter le plus grand bien de VEtat. iVoppuyex de vos conseils et de vos suffrages que. le plus méritant par son énergie et sa loyauté; car , dans les circonstances actuelles , I'£mpire a besoin d*un chef fort et loyal. Mais l'Eglise aussi ne peut se passer plus lonatemps d'un défenseur probe et prudent qu'elle puisse couronner. Quant à celui que des obsta^ des trop évidents empêcheront toujours éTobte^ nir l'approbation apostolique, vous devez vous en élôianer, de peur de faire servir même ces mesures de paix à semer de nouvelles discordes; car, selon toute probabilité, un pareil choix sor rait mal vu des Romains et de V Italie entière;, tandis que F Eglise le verrait avec défaveur^ et ne sépargnerait aucune peine pour soutenir le droit de la vérité, devant plaire à Dieu plutôt qu'aux hommes. Alors vous seuls seriez coupables de la perte de la Terre-Sainte, dont le recouvrement est le but' de tous nos efforts. Et nous disons ces choses^ non pour porter atteinte à vos droits , à votre liberté , à votre dignité , à votre pouvoir^, mais bien pour éloigner la dissension. Dans ces, temps surtout^ le sacerdoce et la royauté doivei^ 14
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porter un mutuel appui. Cesi pourquoi vous nedevex enaucunefaçonvous laisser influencer par ceux qui cherchent leur bien particulier bien plus que le bien général; car^ un prince n'est point choisi pour améliorer sa position d'homme^ mais pour faire fleurir la chose publiquCf ce qui n^airrive certainement pas quand le choix ne tombe point sur un homme droit et prévoyant^ brave et honorable tout à la fois. Outre cette réponse générale , les princes da parti de Philippe reçurent une autre lettre, où Innocent les conjure de ne point Srèter l'oreille aux calomniateurs qui, dans es vues intéressées , l'accusaient avec des« sein de travailler à rabaissement de TEmpire» guand au contraire il ne désirait que sa gloire et ses vrais intérêts.
Cependant, ceux-ci se montrèrent mécontents, de la réponse; ils s'étonnaient qu'il ne se prononçât pas pour Philippe» et même qtt*ii prélenait avoir quelque choix à faire. lia papauté n'avait-'eile pas été soumise , à l'Empire jusqu'à Tempereur Henri I"? innocent répliqua qu'il ne contestait en rien le droit des princes, mais qu'assurément on devait lui reconnaître le cfroit d'opter pour celui qui avait été légitimement nommé. Atta€(uait-il aucun droit en refusant son assentiment k celui qui regardait l'Empire comme un héritage. Ainsi l'évêque de Préiieste (son légat en Allemagne)» ne s'était donc rendu coupable d'aucun empiétement; il avait seulement déclaré Philippe incapaî)Ie de porter la couronne. Lui» Pape, s'était li)orné à une option» parce qu'oQ n avait pas voulu s'entendre; et en cela souvent il avait imité son prédécesseur, qui avait prononcé entre Lothaire et Conrad. Dès lors quelqu'un étaît-il fondée se plaindre? A partir dô ce moment, le Pape se déclara ouvertement pour Othon. A ses yeux il offrait plus de garanties pour l'Eglise, et déjà dans ses domaines, ce prince avait commencé par rendre aux évéchés la liberté des élections. Aussi Innocent montrait-il une activité infatigable à lui procurer des partisans : lettres, promesses, encouragements , tout fut mis en œuvre pour l'exhorter à persévérer jusqu'à la fin', a ne point abandonner une lutte si noblement entreprise , et dont l'heureuse issue pouvait assurer le repus des deux ordres qui se , partagent la société. Quelquefois, ])Onrtant, sa voix prend un accent prophétique; il semble pressentir le caractère d'Othon, versatile et faible, malgré ses brillantes qualités ; et, en écoutant les paroles du Pape, on dirait aue l'avenir aurait été dévoilé à. son génie : Plaise à Dieu, lui écrit-il , à ce Dieu qui tient en sa main les ccturs des hommeSf et par lequel les princes obtiennent la pricipautéf de vous faire comprendre notre affection f plutôt par ses effets que par nos pa^ rôles ! Puisse-t 'il graver dans votre comr, et ce que nous avons fait, et ce que nom faisons, et ce que nous ferons encore pour vous avec son aide. Puisse-t'il en imprimer si profondément lesou* venir dans votre âme que vous ne paraissiez ni oublieux, ni ingrat, mais travaillant avec ardeur à rhonncur et à r exaltation du Siège
apostolique; que vous reconnaissiez pleinement sa bienveillance, qui ne s'est jamais refroidie quand vos forces étaient défaillantes ; qui ne vous a jamais abandonné dans Cadversiiéf mais vous a si bien soutenu que vous avez été élevé au gré de vos désirs.
Othon avait besoin, en effet» de toute la puissance du Saint-Siège, qu'il abusait même par des rapportsmensongerssurdeprétendus avantages, tandis que son rival voyait croître à chaque instant son parti et baisser celui du duc de Brunsvrik. Les choses ne tardèrent pas à être présentées au Pape sous leur vrai point de vue, etPbilippe» d'ailleurs, crut devoir se rapprocher deRo« me» étant bien eonvaincu que sans son a[> pui il ne pourrait arriver a une tranquille possession du tr6ne. Cependant Innocent tint ferme jusqu'au bout ; il sembla encore plus intéressé à la cause d'Othon que luimême. La protestation des princes avait déjà reçu une réponse ; le Pape paraissait avoir à cœur de repousser tout reproche d'usurpation. Il écrivit donc de nouveau à sou légat : JDans Vaccomplissement des obligations apostoliques, et devant à tous la justice, nous voulons aussi peu voir les autres empiéter sur nos droits, que nous ne voulons usurper nous-mêmes ceux des princes. Nous leur reconnaissons, d'après la légitime et an^ tique coutume, le droit et le pouvoir d'élire un roi, et de Vélever à la dignité d'empereur; mais les princes doivent en revanche nous reconnaître le droit et le pouvoir d'éprouver le personnage élu, lui que nous sommes obligé d'oin' dre, de sacrer et de couronner ; car il est con* forme à Fordre, et reçu universellement, (jue P épreuve appartient à celui auquel revient Tim* position des mains. Si, au lieu d'être divisés, les princes avaient choisie Vunanimité un spoliateur d'églises, un excommunié, un tyran, un fou, un hérétique ou un païen, pourrait-on nons forcer de lut donner et fonction, et le sacre et la couronne. Eh bien ! non. Notre légat ne s'est fait ni électeur , car il na élu, ni /at( élire personne ; ni arbitre, car il n'a confirmé ni invalidé cMcune élection ; il a joué uniquement le rôle de rapporteur ^ en annonçant Vindignité du duc et la légalité du roi véritable, sans égard pour les sentiments privés da électeurs, mais d'après le mérite de l'élu.
Le roi de Franco avait aussi appuyé la
F^rélention des princes philippistes ; le Papo ui devait donc une réponse. Elle fut di^ne dlnnocent, pleine de modération et de fermeté. La France élait pour lui l'objet d'une bienveillance toute particulière. Ni Philippe» ni son royaume n'aurait rien à craindre de l'élévation d'Othon, car le chef de l'Eglise portait à tous les deux une trop grande affection pour le permettre. L'anathème» le f)arjure, la persécution de TE^Iise étaieut es raisons qui empêchaient Philippe d'arriver au trône. Cet homme se regarderait comme dégénéré de sa race s*il. ne surpassait leurs méfaits, et ne remplissait la mesure de sa méchanceté. N'était-ce pas lui qui , loin de se contenter de ce que soa père Hi son frère avaient arraché au j>airi*
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DES PAPES
luoioe de Saint-Pierre, avait voalu étendre son pouvoir jusqu*auT portes de Kome et au delà du Tibre? Quelle protection à espérer pour TEglise d*un homme qui l'avait ainsi allaquée? Le Pape avait dû se prononcer pour Othon; car, dans une élection douteuse, il ne pouvait» lui» nommer un troisième empereur » et sûrement il vafait mieux appliquer un remède à propos que de le chercher seulement quand la blessure serait devenue trop grande; puis»
le roi devait se rappeler que le Siège apostolique avait exigé d*Olhon, par serment et par écrit, l'assurance de suivre ses avis en toitl ce qui regardait la France. D*ailleur$» maintenant que te fîls aîné du roi de France et son héritier Hlirect s*élait allié tiu sang d*Oibon» le Saint -Père restait convaincu que Philippe appuierait les prétentions du due de Brunswik plutôt qu'il ne les com bâtirait. Les princes allemands eux-mêmes ihandonneraient sans doute le duc de Souabe ^t s'attacheraient au roi desquels apprenraient» par les légats du Saint-Siège, la pueté de ses intentions. Le roi de France devait n outre craindre que si Philippe réussissait ceindre la couronne impériale, et à dépouilsr son neveu de la Sicile» il n'emplojât les >rc(*s de l'Empire et ce'.les du royaume [>urexécuter l'idéede sonfrèreHenri» en les rigeant contre la France. N'était-ce pas en- »re ce môme prince qui lui avait tendu des nliûchesen Lombardie» k son retour de la ?rre-Saint9 ? La Providence divine l'avait otégé alors ; mais ce serait folie è lui de s'y >oser de nouveau et d'essayer vainement apprivoiser le tigre. Apr^t^ou/» ajoutait In- »cent» nouê vou$ donnons à entendre que ire réiokêiion est ferme et inébranlable. Votre tesse royale pourra réttéchir au peu de valeur ce qui se fait malgré le Siège apostolique. Si rot s* offense de ce que le Pape appuie quel' *uit 9 ei nommément un empereur contre la anee^ le Pape est tout aussi fondé à s'offenser ce que le roi de France veut aider quelqu'un nonier sur te trône romain en dépit aeTEte romaine. Que le roi n'abandonne pas VE" se^ ei CE^liseh'abandonera jamais le roi. I L*opposilion» » continue M. Hurter, « ne rail donc qu'à rendre Innocent plus ne et plus résolu. Plus les diflicultés s*a- Qcelaieut» et plus il se montrait actif à mcer, exhorter» encourager et à réunir :es les forces diverses. Les esprits snpétrs de tous les temps ont affronté la lutte Ire les événements extérieurs» quand les *es faiblissaient en leur présence. Sans le christianisme fût resté lui-môme une e judaïque » ou un ordre qui» planté » robscuritéd*un coin retiré» n'eût ja- » eu « pour but l'humanité tout entière a développement du grain de sénevé m grand arbre. Hais» malgré toute la c^vérance et l'énergie du Pontife» Othon ut tenir contre son puissant adversaire; pssi cément presque tous ses partisans se ^lièrent de lui» et i^ se vit réduit à dére ses possessions patrimoniales. Phif, de son o6té» sentit la nécessité de s'a-
baisser» et annonça au Pape qu'il était prêt è conclure une trêve d'une année avec son rival, à faire tout ce qu'ordonnerait le Saint- Père, à garantir la liberté des élections ecclésiastiques. Son ton était complètement changé ; il montrait une condescendance qui lui avait été jusqu'alors inconnue, reconnaissant au Siège apostolique les droits dont le refus paraissait dans ces temps une révolte contre l'institution divine. Peut-ôtre en cela Philippe obéissait-il plutôt aux circonstances qu'à ses propres convictions ; car» bien qu'il eût affaibli son adversaire par la force des Armes» bien qu'il lui eût enlevé ses partisans, et se vît lui-môme maître de presque tout le royaume» cependant il voyait contre lui, dans la personne du Pape» 'une puissance gui défiait le glaive; qui» seule» par l'autorité dominante» universelle et profondo d'une idée inébranlable, triomphait mieux de chaque pouvoir que les princes avec leurs chevaliers et leurs troupes. Olhon pouvait bien être écrasé, mais Philippe n'aurait pas été pour cela tranauille possesseur de la couronne : vaincre l'obstacle matériel ôtait
Eossible» mais restait toujours cette autre arrière élevée par le Siège apostolique contre sa légilimilé» et en môme temps le refus de le reconnaître. Ainsi la terrible lutte entre la puissance et la conscience continuait de subsister. Mais Philippe réussissait-il à convaincre le Poniife de la justice de ses préten-^ tions» de la pureté de ses vœux , de l'impuissance où était Othon de conserver la couronne» enfin à faire taire toutes les objections soulevées contre sa personne, alors seulement le trône s'affermissait sous lui.» Quelles que fussent les intentions secrètes de Philippe» sa démarche plut au Pontife. Avant tout» le rétablissement do la paix en Allemagne était le premier but à atteindre; car il voyait avec douleur les maux incalculables de la guerre civile. Il conseilla doncè Othon de ne point refuser la trêve ; les raisons étaient assez urgentes pour l'y faire consentir. Bientôt [1207J une ambassade so*. lennelle fut députée par le Pape» en Allemagne, pour porter les esprits à la paix. Des conférences eurent lieu ; Philippe» ayant promis sous la foi du sermeut de no point attenter aux droits de l'Eglise» fut réconcilié avec elle; les négociations entamées entre les deux adversaires furent portées d'un commun accord à Rome» oCt le Pape devait décider en toute justice. *i Celui-ci connaissait» » dit Hurter» « les déchirements de l'Etat et les maux toujours croissants, qui en résulteraient pour l'Ej^lise» si une pareille situation se prolongeait; il connaissait aussi la faiblesse d'Othon» et son {propre devoir comme Chef de l'Eglise. Enfin » après en avoir délibéré avec son conseil secret,» son aversion pour la maison souabienne » suite de sa position et de l'expérience acquise* céda au désir de pacifier l'Allemagne , de tranquilliser la chrétienté» et peut-ôtre aussi è ses vastes projets contre les ennemis de la foi; en un mot» il agréa Philippe» et les cardinaux retournèrent en Allemagne, pour
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terminer l'affaire.» Mais» comme aitBdssuet 9 fhomtne s'agite et Dieu nous mène; Tannée ne s'était pas écoulée [1208], que . Philippe, yictimc d'une yengeance privée, périssait sous les coups d'un assassin. »
Nous venons de j^arcourir une époque importantante de la vie d'Innocent III, et de la vie européenne au moj^ren Age. Qu'y avons* nous trouvé ? Le Pontife s'est-il montré à nous plein d'arrogance et d'ambition? l'avons-nous vu appliqué sans cesse à empiéter sur le pouvoir temporel, semant partout la division et les guerres intestines pour s'élever sur les débris de la prospérité publiaue? Avons-nous tronqué les faits, altéré les passages, donné de fausses interprétations? Non, mille fois non, nous avons laissé parler le grand Pontife, et, après lui, son judicieux historien. Il nous eût été facile , qu'on le croie, de fafre 'monter la rougeur au front de plus d'un écrivain moderne ; nous nous en sommes abstenu: c'est un triste r6!e que celui d'avoir à relever les calomnies et les mensonges ; vaut niieui les réfuter par le simple narré de la vérité. Le sacerdoce et l'empire, tel est le thème usé de tant de déclamations qui passent trop souvent pour de l'histoire. Le temps de la réparation est ▼enu : honneur aux hommes courageux qui en donnent le signal I
Une des affaires les plus graves, laissée sans être terminée à son successeur par Célestin, fut le divorce du roi de France avec Ingelburge. Innocent 111 ne pouvait refuser de prêter une oreille attentive à la voix de cette épouse scandaleusement abusée et rejetée. Dieu lui avait imposé le devoir spécial, disait-il, de ramener au bien tout Chrétien coupable de péché mortel, et, s'il méprisait ses avis, de le châtier par-les peines spirituelles. La dignité royale ne dispensait pas des devoirsfdu christianisme, et la position princière n'établissait aucune différence entre le souverain et les sujets. Quant à lui. Pape, il ne voulait pas commencer parla force, mais aussi ne se sentait-il en rien dis-
fiosé àse laisser arracher un divorce injuste.» nnocent 111 adressa donc au roi de France une lettre de paternelles remontrances. Il terminait en' le conjurant de retourner à Dieu et de reprendre son épouse si indignement délaissée. Philippe resta aussi indifférent à ces exhortations qu'à celles de Célestin. Une seconde lettre, puis une troisième au clergé français , étant restées sans effets, le Pape donna à son lé,^at des instructions
Erécises , qui le forcèrent de convoquer à ^ijon un concile, où parurent quatre archevêques, dix-huit évêques et un grand nombre d'abbés. Invité à s'y rendre, Philippe fit ' jeter en prison les deux religieux chargés de lui en faire la sommation. L'assemblée dura huit jours , au bout desquels le légat déclara tous les domaines du royaume de France en interdit.
Le légat défendit encore la promulgation de l'interdit jusqu'au vingtième jour après Noël. Dans cet intervalle, la certitude d'un châtiment sérieux pouvait porter Philippe à
. un changement ; et, s'il en était aatrement, le cardinal avait le temps de se soustraire aux premiers effets de sa colère. Tels étaient ses motifs.
Le délai s'étant écoulé sans aucune démarche de Philippe pour éloigner l'interdit, le cardinal se rendit à Vienne, ville située dans l'ancien royaume de Bourgogne, et alors comprise dans le territoire de l'Empire. Là, il convoqua une nouvelle assemblée et prononça publiquement la sentence de l'interdit. Tous les prélats de France reçurent l'ordre de le publier dans leurs diocèses, et de veiller k sa stricte observation. Si un évêque se permettait de n'en tenir compte, il était suspendu de ses fonctions, ipso facto, et devait répondre en personne de cette désobéissance devant le Saint-Siège pour l'Ascension prochaine.
Maintenant donc, en France, tous les jours se ressemblaient. Le croyant se voyait privé de tout ce qui raffermit l'âme dans les vicissitudes de la vie , et soutient le courage dans les luttes de cette existence terrestre. On vovait bien s'élancer au-dessus des chétives habitations des hommes, l'édifice dont l'enceinte offrait en si ^rand nombre les images visibles du Dieu invisible, mais c'était un immense cadavre û^oii la vie s'était enfuie. Le prêtre n'offrait plus le sacrement du corps etdu sang de Notre-Seigneur, pour la consolation des &mes fidèles* La voix triomphante des serviteurs de Dieu était muette; k peine, dans quelques cloîtres privilégiés , les moines pouvaient-ils , à voii basse, les portes fermées, sans assistants et dans l'ombre de la nuit, prier le Seigaeuf de ramener, par sa gr&ce, les esprits è la pénitence. Pour la dernière fois, l'orgue avait tonné d'ogive en ogive; le silence de la tombe réj^nait ùù naguère s'élevaient les chants de joie en Thonneur de l'Eternel. Les lumières furent éteintes avec un appareil de deuil, cbmipe si la nuit et l'obscurité eussent enveloppé la vie. Les images du Crucifié gisaient à terre, et les reliques des héros chrétiens, renfermées dans leurs cbflsses, semblaient fuir une race souillée; la prédication des vérités saintes restait suspendue , elle qui prêtait tant de force à la vie pour suivre 1 étoile bienfaisante dont les rayons éclairaient l'âme sous des formes diverses, et des pierres jetées de la chaire pendant que l'Eglise était encore ouverte, rappelaient à la foule tremblante que le Très- Haut l'avait de même rejetée de sa face, et qu'il lui avait fermé l'entréo de la cité sainte, comme le bedeau fermait celle de l'église terrestre. Triste et morne, te Chrétien passait devant le parvis du temple : pas un seul regard jeté à la dérobée dans l'intérieur, oii son cœur avait si souvent ressenti la présence vivifiante do sou Dieu , ne venait maintenant calmer pour un instant ses douleurs; les portes étaient closes, et même en dehors il se voyait privé de tout ce qui rappelait à sunir à la Divinité. Ni consolation, ni encouragement, ni force ne lui venaient de la vue du Sauveur cruciSé;.ua voile dé«
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robait son image aux yeax de Tindigne.
Les statues de tous les saints avaient également disparu ; on ne voyait que ces Ggures ditformes qui » grimaçant du naut de leurs chambranips et de leurs goutliàres, rappelaient à Thomme les honteux effets du péuké mortel. Pas un seul son de cloche , si ce n'est le sombre glas d'un moine moribond, ne proclamait la brièveté de la carrière, le but mystérieux de l'existence, les besoins vlevés de Tâme.
To'Hes les situations importantes de la rie étaient sanctifiées par l'Eglise ; mais, Jans cette circonstance, elle paraissait avoir 'ompu avec l'humanité; le soleil de bénélidion s'était éclipsé, et l'existence d'ici-bas estait sans lien avec celle d'en haut. L'eiN int trouvait bien encore accès dans la soîCié spirituelle, mais c'était à la hAte et Dmme furtivement ; le jour, qui d'ordinaire ppelait les parents de toutes les classes à a réjouir, s enveloppait de silence et de eiiil. Au lieu d'être contracté en face de autel , l'engagement matrimonial se liait .ur des tombes ; la conscience chargée trourail rarement k se calmer par la confession Il l'absolution ; la parole du prêtre n'offrait luc une consolation k l'homme de douleur;' a nourriture de vie était refusée k l'affamé; eou bénite cessait d'être distribuée. C'était eulcment le dimanche que le prêtre, en éicments lugubres, osait, au parvis, exhor- ?r le peuple k faire pénitence. Au moment e ses relevai Iles, la nouvelle accouchée ne ouvait remercier le Très-Haut qu'au porche e l'église, et le pèlerin ne recevait que là
bénédiction de son voyage. Le mourant ne ^eevait qu'en secret Tfîostie sainte, que le 'âtre ne«consacrait que le venrfredi matin ^ bonne heure ; quant k l'extrême-onction, I « lui était refusée, de même qu'une place I terre sainte, ou même un tombeau quelmque. Les prêtres, les mendiants, les pè« r Jns et tous ceux qui étaient marqués de
croix jouissaient seuls d'une exception.
ami ne pouvait enterrer le corps de son ni, ni les enfants celui ^e leurs parents; cadavre du prince subissait le même sort io celui du pauvre manant. Dans les cou- ^oi5, le nom du -maître et du serf était ésan)eut privé d'épitnphe; il fallait que 1 inrdit eût été levé sur tous les morts en gérai, ou sur chacun en particulier, pour [*on leur accordât enfin une sépulture retienne.
La corde de la harpe et les chants de la e se taisaient ; on voyait disparaître tout n de société , tout ornement de toilette, jusqu'au soin ordinaire du corps; k leur ice, un jeûne universel et la cessation de ut commerce , de tout échange avec les iréiiens indigm^s de ce nom. Les revenus I souverain souffraient non moins sérieuncienl que l'industrie générale. Les écriins scrupuleux taisaient, dans les docuents publics , le nom du prince, et désilaient un pareil temps par ces mots: Soua règne du Chriii.
Dans remploi de ce ehAtiment, l'Eglise
supposait la privation des srAces spirituelle<t pfus pénibles pour les Chrétiens que les privations corporelles ; dans sa pensée, il était juste d'arracher aux. laïques les biens de l'Ame, quand ceux-ci arrachaient au clergé ses possessions, où l'opprimaient par des exigences ou des contributions forcées. Les Pontifes avaient laissé pénétrer dans l'Ëglise ce moyen de punir les usurpations royales ou les scandales publics, dans l'espoir d'exciter dans le cœur des princes la compassion f>our l'état du peuple , et d'opérer , par 'anxiété générale où l'on était de recouvrer les biens séquestrés, ce que n'aurait jamais pu faire la force des armes. Après tout, étaitce dona une pernicieuse erreur celle qui s'attachait k la plus noble partie de l'homme, qui pensait que le cœur d'un roi ne demeurerait pas insensible aux gémissements des vieillards, aux cris des parents, au deuil du pays , aux soupirs de tout un peuple qui voyait ainsi changer en sévérité la bonté oui bénit? Etait-ce une pernicieuse erreur, celle qui s'efforçait d'obtenir, par cet immense concours de douleurs, ce qui fût demeuré impossible aux prières, aux exhortations et aux menaces du Père de la chrétienté? Elle se fondait au moins sur la supposition que, sous la i)oitrine des princes, battait un cœur de Chrétien et de père.
Tel était donc Tétat oii la conduite de Philippe-Auguste avait réduit la France ; car les évêques n'osèrent résister k la voix du Souverain Pontife, et tous aimèrent mieux s'exposer k la colère royale que de désobéir. Elle éclata furieuse et terrible, cette tolère :
1)rélats, religieux, dignitaires de tout rang, a ressentirent dans l'expulsion de leurs sièges, dans la privation de leurs bénéfices, dans les outrages les plus divers. L'évêque de Paris' se hasarda k calmer Philippe et l'exhorta k se soumettre : < J'aime mieux perdre la moitié de mes domaines, » répliqua le roi, « que de me séparer de mon Agnès; elle ne fait qu'une chair avec moi. » Puis ses satellites chassèrent l'évêque de sa maison, pillèrent sa garde-robe, ses chevaux, sa vaisselier. L'évêque de Sentis aurait éprouvé un sort encore plus cruel, s'il ne s'était dérobé par la fuite k ses persécuteurs. La pauvre Ingelburge , comme on peut le penser, ne fut pas épargnée; elle qui cherchait son unique consolation dans les prières et les pratiques de piété, se vit enlevée de son asile et renfermée dans le château d'Etam-> pes, k quelques lieues de Paris, oii l'attendaient toutes les souffrances d'une étroite captivité. Bientôt toutes les classes furent attaïuées avec une rage aveugle : nobles, barons, bourgeois se virent poursuivis comme les prêtres. On commençait k prendre les armes; les gens du roi le fuyaient comme un être malfaisant. Quant aux prélaU, leur union était telle qu'ils se montraient prêts k souffrir le martyre, ou k renoncer k leurs biens temporels, en quittant le pays. Cependant Innocent n'avait encore excommunié personnellement,ni Philippe ni Agnès ; c'était sa dernière ressource, et on lui conseil-
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lait déjà de Teôiployer. Le monarque parut enGn trembler ; il avait vu les derniers effets de cette peine dans son iiays, eti poussé par cette crainte, il fit savoir au Pape qu'il était prêt à se soumettre à la sentence de juges nommés par lui : Quelle sentence? demanda Innocent, celle qui a été prononcée^ ou bien une nouvelle? Il connaît la première : éloigner sa concubine^ rappeler la reiney rétablir et dédommager les prélats expulsés, voilà ce qu'elle exige : à ce prix Vinterdit sera levé. S'tl veut un autre jugement et une enquête sur la pa^ rente\ qu il fournisse caution et qu'il accomplisse aabord le premier. Agnès fut accablée de cette réponse, et le roi furieux : « Oh I que Saladin était heureux, il n*avait pas de Pape I » Il se voj^ait forcé de repousser une femme qu'il aimait de toutes les forces de son Ame , pour se rapprocher d'une autre qu'il abhorrait.
Ce fut pourtant à ce parti qu'il se décida. Il convoqua un conseil des grands du royaume; Agnès y parut pflle , consumée de chagrin et souffrant d une grossesse avancée. Ce n'était plus la femme pleine de jeunesse, de grâce et de beauté, qui distribuait à Compiègne le prix au vainqueur.... Les barons assis gardaient un profond silence. Philippe demande ce qu'il devait faire: « Obéir au Saint-Père, éloigner Agnès, rappeler Ingel- Imrge, » telle fut la réponse. Après quelques nouveaux efforts pour fléchir le Pontife, il fallut se soumettre, et lé roi consentit à se réconcilier avec Ingelburge, à la visiter, quoique. avec répugnance marquée, et même à lui rendre les honneurs dus à son rang. L'interdit fut donc levé. Mais à peine l'assemblée réunie k cette occasion était-elle dissoute, que Philippe oublia ses promesses et fit encore renfermer l'infortunée Ingelburge; surveillée, espionnée jusque dans sa correspondance, elle se vit en butte aux plus indignes traitements; le cardinal légat, parent du roi, se laissa gagner par lui et trompa les intentions d'Innocent. La reine s'en plaignit au Pape, qui pouvait à peine l'en croire. Bientôt cependant il devint impossible de révoquer en doute la prévarication de son ministre : une lettre ferme et noble partit donc de Rome; et comme le roi recommençait à menacer, on y trouve ces paroles énergiques : Si le roi croit pouvoir vous tromper^ qu'il prenne garde de ne pas se tromper lui-même. S'il le faut, nous donnerons notre sang pour la vérité et pour la justice : ainsi^ Dieu aidant^ nous ne souffrirons pas qu'on biaise ou quon prenne la chose légèrement. Abstenez-vous donc de tout com" merce avec ceux que la crainte empêche de parler pour la reine. Songez à ce que nous vous avons dit : cette affaire peut oeaucoup contribuer à l'honneur du Saint-Siège, si elle est conduite avec prévoyance^ ou bien lui cath ser beaucoup de Konte^ si elle finit d'une ma^ nière insignifiante^ et qu'on dût répéter : c'est la montagne qui accouche d'une souris. Encore une fois^ songez à votre devoir envers Dieu, envers nouSf envers i Eglise et envers votre propre Ame : en face de tout cela j qu'est-
ce que le roi, Vindividu ou la faveur du souverain? Notre bienveillance pour vous n'a pas diminué: nous vous parlons comme un ami à son ami, nous vous supplions de prêter votre appui à la reine autant qu'il vous sera possible.
Cependant, pour complaire au roi de France, une nouvelle investigation eut lieu dans un concile nombreux qui se réunit à Soissons. Des envoyés danois y parurent; les dt^bats restèrent ouverts pendant quatorze jours ; un jeune ecclésiastique, dont le nom est inconnu, défendit l'innocence d'ingelburge avec tant d'éloquence, et par des arguments si péremptoires, que ses conleraporains le prirent pour un envoyé du Ciel venu pour protéger la vertu opprimée. Après tant d'efforts, Philippe prévoit une décisioa pareille à la première : soudain il déclare^ en présence de tout le monde, qu'il reconnaît Ingelburge pour sa femme et ne se séparera lamais d'elle. On s'étonnait encore de cette déclaration, que le monarque était déjà à cheval et courait à l'abbaye où demeurait la reine; bientôt il la fait monter en croupe avec lui, afin que chacun soit témoin de celle reconnaissance, et, sans prendre congé de personne, sort de la ville avec elle. Dès lors le conseil se dissout, le cardinal Jean sa retire. Cette ruse réussit à Philippe ; la sentence se trouva éludée et l'assemblée dispersée; Ingelburge ne larda pas à être de nouveau renfermée dans un vieux chftteau, et l'affûire n'en était pas plus avancée.
Mais la Providence elle-même parut prendre en main la cause do cette malheureuse femme, en retirant Agnès de ce monde. La honte, la douleur de voir ses espérances brisées, le désespoir d'être séparée d'un homme qu'elle aimait épuisèrent ses forces, et, cinq ans après son union avec Philippe elle descendit consumée de chagrin, dans la tombe. S'il est vrai que les lois de l'ordre physique ne sauraient être impunément violées, à combien plus forte raison peui-on le dire de l'ordre moral? Mais ce qui est digne d'admiration, c'est'que Dieu donne presque toujours pour punition la faute même dans ses suites funestes ; par cette loi si simple el dont les effetssontpourtantsi variés, l'homme
a constamment devant lui des phares dont Téclat sinistre peut au moins l'aider è éviter les écueils. Des cendres arides annoncent la présence du volcan; telles encore se trahissent les plantes vénéneuses par des taches livides.
Si le Pape s'était montré inflexible pour l'union adultère de Philippe-Augusle, il ne voulut point le blesser dans ses affections
{maternelles. Agnès laissait deux enfants dont e père désirait la légitimation. Itmocent accorda sa demande, avec la clause prudente que cet acte ne préjudicieraît en nen dans raffaire d'In^elburge. Après tout, la sentence précipitée et arbitraire des évéques français pouvait bien avoir porté le roi a exécuter ses projets, et Innocent était pcu|' être bien aise de lui prouver que son zèio procédait contre les actes et non contre les
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jersonnes. Ptix et oubli aux cendres des
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Toutefois le décès d Agnès n avança pas )Our le moment le rapprochement des deux éf)OUi ; en 1208, Philippe s*acbarnait encore i obtenir un divorce, et celte fois la magie e( un vœu furent les raisons dont il s*appuya. La réponse du Pape donne lieu de croire que e rui avait arraché d^lngelburge, à force le menaces» la promesse de ne se laisser amais approcher par lui. Il est certain que a captivité de celte princesse était des plus lures, et Innocent ne cessa de la reprocher u monarque, comme un siyet de honte et le lâcheté, qui rejaillissaitsur lui|d'une maière infamante. La reine reçut elle-même es lettres où brille au ptos haut point cet sprit de charité et de bonté qui verse un aume consolateur sur les plaies les plus ruelles. EnOn, en 1213, son mari se réconilia franchement avec elle, et Tharmonie e leur intérieur ne fut plus troublé. La rance retentit de joie en apprenant cette eiireuse nouvel Ih.
Déjà plus d'un Pape avait fAit des efforts uur réunir TEglise grecque et l'Eglise lane. Grégoire VU avait nourri quelque temps L'tte espérance. Innocent profilant avec joie une ambassade envoyée au Saint-Siège arAlexislIIde la famille des Comnène, lui iTivit une lettre pressante dans ce but. empereur^ dit-il, aoU s'efforcer de réunir Eglise grecque à l Eglise romaine^ de ramener
I fille auprès de sa mèrCy afin que les brebis u Seigneur soient gardées par un seulpasteur. uhse lEspril éveiller dans l empereur ces *ntimentSi afin qu'en fils dévoué il agisse con^ armement à cet avertissement paternel pour m honneur, pour son salut, pour la gloire ^l Eglise. Ces ambassadeurs sont cliar^^és i négocier à ce sujet et sur des ouvertures ^iproguesy tou t ce qui peut être favorable la gloire de PE^Iise et à la prospérité de Bnipire. Il le prie de les recevoir avec bieu- ?itldnce, de les renvoyer promptement ; pendant son intention est d*agir aussi ogtemps quMI sera nécessaire. Il écrivit ins te môme esprit au patriarche de Consiui(u»)ile d'employer tous ses efforts à faire nircr les Grecs dans la communion catho-
£n travaillant à faire cesser tontes les distons, à constituer l'unité catholique, à *nc»?rter toutes les forces du royaume, nocent avait principalement le noble but ' réunir toute la chrétienté contre les Sar- Mns vour la délivrance de la Terre-Sainte. ^M dans cette intention qu'il consacra utes les ressources de son autorité et de son nte à fonder t*ordreen Italieet la tranquilé vians le rojraume de Sicile; à terminer ^ divjsions intestines de rAllemagne; à toblir la paix entre la France et TAngle- ^re ; à diriger en Hongrie le goût du duc
II ré vers la croisade ; à faire remrer Byli^e dans la grande société chrétienne et à llamiuer lout TOccident par le lujçnbre *i^au de la situation de la Palestine. Ranitt l'enthousiasme des peuples, écarter tous
les obstacles, ce fut sa première pensée. Il avait dit un jour publiquement k Rome : J/sus-Christ pleura sur Jérusalem: aujourd'hui il ne nous reste aussi que des pleurs. Quelle poitrine serait assez cuirassée^ quel cœur serait assez dur pour ne pas laisser un libre cours à ses gémxssemetits, pour ne pas verser des larmes en apprenant le malheureux sort de la Terre-SainlCy la misère déplorable du sanctuaire? Les routes de Si on sont désertes, parce que personne ne veut se rendre à ses féleSf les ennemis du Christ remportent. X peine innocent 111 eut-il été sacré que, contristé de la désertion et du découragement de Tarmée des croisés, il envoya des lettres d'exhortation à tous les princes, ecclésiastiques et laïques, è tous ceux oui étaient à larmée, au patriarche de Jérusalem et à ses évoques, les avertissant de sa ferme résolution de consacrer toute Téner^iede son âme à la délivrance de la Terre-Sainte. Il attacha lui-même la croix aux cardinaux Sofred et Pierre; et le cœur navré des horreurs de la dévastation des lieux saints et du massacre des enfants, gémissant de voir les frontières de TEglise se rétrécir, il ûr un appel éner-
Îjique à tous les pays du nom chrétien : Si es croisés avaient eu moins^de confiance et plus de foi; s'ils avaient marché dans les voies du Seigneur^ un seul d'entre eux eût suffi pour battre mille et dix mille ennemis; et ceux-ci se dissipant comme la fumée^ se fondant comme la cire en présence du fèu, auraient été renversés. Où est donc celui qui voudrait se soustraire au danger^ quand il s'agit de celui qui s'est fait attacher à la croix pour nous délivrer de l'ennemi ? Où est celui qui refuse ses biens à celui qui noiss a accordé la vie et les 6tfna, et nous promet une récompense cen^ tuple pour le présent et l'avenir f Levez-vous, donc fidèles ! Levez-vous^ armez'-vous du glaive et du bouclier t Levez^vous^ courez au secoure de Jésus-Christ ; t7 conduira lui-même votre bannière à la victoire? C'est lui qui met un terme au combat^ qui précipita Pharaon avec ses chevaux el ses chariots^ lui qui entoura les faibles delà ceinture de la force^ afin qu ils brisent l'arc du puissant et domptent l'orgueil de ceux qui ne mettent pas leur confiance en Dieu, mais dans leur audace. Les pays, les princes, les biens des croisés furent placés sous la protection de saint Pierre, de saint Paul, du Saint-Siège et de tous les archevêques et évêques..Ceux qui emprunteraient de Targent pour subvenir aux frais de la croisade seraient affranchis du payement des intérêts. Chacun devait au moins contri-* buer aux préparatifs de guerre sous peine d'encourir la plus fl;rave responsabilité. Il ordonna aux ordres de Clteaux et de Prémontré de payer le cinquantième de leurs revenus ; au clergé de tout rang, le quarantième; aux cardinaux, le dixième; lui-même en donna autant, et de plus il équipa un vaisseau neuf el le fit charger de provisions de toutes espèces. Il envoya des évêques à Piso, à Gênes et à Venise, pour exhorter les fidèles à accomplir leurs devoirs envers le Crucifié. 11 ordonna aux prélat^ de la Tôt?
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cane, de la Pouilie ^t de 4a Calabre, do parcourir les villçs, les forts et ies châteaux, et d'eiciter la noblesse et les bourgeois à se croiser contre les ennemis de Dieu. En Sicile, l'évèque Laurent de Syracuse et l'abbé Lucas deCenbucino étaient chargés d'exhorter les ecclésiastiques et les laïques, ies nobles et les roturiers, è se hâter à porter des secours en hommes, en vaisseaux et en vivres. L'évèque de Lydda, qui revenait de la Palestine, fut chargé, comme témoin oculaire, de faire à rimpératrieo le tableau de la fureur des Barbares qui n'épargnaient ni le sexe, ni le rans. Beaucoup ae Siciliens prirent la croix et fournirent des contributions. On devait ftire dans toutes les églises, tous les jours après la Messe, une prière spéciale pour les croisés, et offrir chaque semaine le sacriGce de la Messe pour ceux qui luttaient contre les souffrances de la détresse.
Innocent chargea en outre le cardinal Pierre de négocier une trêve de cinq ans entre les deux rois de France [et d'Angleterre, et écrivit au premier en ces termes : Si'des hommes périssent^ si des Eglises soni accablées^ si les pauvres sont opprimés^ si des Français et des Anglais courent des dan^ gers à cause de leurs rois^ tout cela importe moins que la perte de la Palestine^ que /'extermination au nom chrétien: c'est ce qui arrivera s*ils empêchent leurs guerriers de marcher pour conquérir ce qui est perdu^
{}our protéger ceux qui sont menacés. Il 'engage à conclure dans l'espace de deux mois, au moins, une trêve, afln que les armées desdeux royaumes renforcent ceux qu'il espère envoyer au mois de mars prochain^ avec l'aide de Dieu. Mais, si lui ou le roi d'Angleterre s'y refusait, safern^ résolueîoa et celle des cardinaux, était de jeter l'interdit sur le royaume du récalcitrant et de défendre.avec la plus rigoureuse sévérité/sans égard aux privilèges et aux Indulgences, l'exercice da service divin. Innocent s'adresSe arec la plus vive énergie à tous les archevêques, évèques, abbés, prieurs de la France, pour lui prêter assistance à ce sujet. Il exhorte le comte 4e Toulouse, celui de Forcalquier et un grand nombre d'autres seigneurs k la croisade. Il no néglige rien, et presse l'empereur Alexis m de prendre part k la guerre contre les ennemis de ta foi. Qui pourrait le faire mieux que vous^ dit-il, attendu la proximité du champ de bataille^ votre richesse et votre puissance ? Le peuple murmure non-seulement contre vouSf mais contre F Eglise romaine qui jusqu'à ce jour a patienté. Puisse votre grandeur mettre toute considération de côté et courir au secours de Jésus-Christ et du pays qu'il a conquis par son sangl Les païens fuiront devant vous^ devant votre armée ^ et vous participerez avec les autres princes aux grâces pontifica^ les. Il presse le patriarche pour obtenir l'assistance de l'empereur.
Au milieu de toutes ces préoccupations^ Innocent n'avait qu'un but, qu'une pensée, préparer et réunir toutes les forces de la dirélienté («our la délivrance de la Terre-
Sainte. Rien ne ralentit son inbtiakte arti* vite. Il renouvelle les demandes de eootn* butions, déjà faites aux ordres religieui tt au clergé de tous les royaumes. Il leur peu de nouveau la détresse du petit Dombre ifos croisés et le danger imminent qui Îmak. nace. Il ordonne d'établir dans tootes ^ . églises un tronc où chacun paisse mettra » n offrande, et de dire chaque semaine lut Messe en faveur des donateurs. Le» ircM^ vèques reçurentJe pouvoir de cooteitir':
aumônes pour la Terre-Sainte, les péoiteikTs imposées. On employa aussi, uoar Ii mliu œuvre, les produits des bénéfices dont h possesseurs avaient été suspeadas. Le terjc rut appelé à exhorter tous les bomiiies *h lides a s'enrôler dans l'armée des crol^^ Innocent peignit de nouveau sa x^a jt France la triste situation da royaume .- Jérusalem. Par les dissensions qai dimir.. les Sarrasins, le Seigneur doonaitauiCbrtiens le signal de la croisade. Il doit d^non-seulement permettre à sas croisé$ >! partir, mais les y forcer ; lui-même C' \ équiper un nombre convenable de comU'* tants, afin d'offrir au moins la dlme au Se:* gneur. Comme il est impossible que .t grandes armées puissent traverser la mer r si peu de temps, il faut d'abord qu'il eQK:-, pour défendre le pays, quelques cbefalKn avec des armes, des chevaux et autres os:tions de guerre. Foulques de Neuillj, <*.'> les prédications enfantaient tant de mi^ des, reçut d'Innocent Tordre et les pour.-. > pour prêcher la croisade. Dieu^ lui c.t Pape, t^a surtout gratifié du don et •• loquencCj afin que tu remploies pour k jm grand bien de la Terre ^ Sainte, Fl* ques partit donc avec son compagnon f^.*^'* re de Rosny, et il parcourut la Normedie, la Flandre et la Bourgogne, eioi: ' partout un enthousiasme impossible 1 •."* crire. Tout le monde voulait l'enleodre, t * ses iMiracles, et lui demander la goén^i des ixlalades. On attribuait même k ses fttsments la vertu de guérir, et on les lui strr chait souvent par lambeaux, de sorte at* * soir ils étaient complètement déchirés. Fv*ques lui-même et l'évèque de Langres ;rrent la croix. Nobles, peuples, jeuee» r. vieux, hommes et femmes, se pressa»'autour de lui pour recevoir la croix de ^ mains, et marcher sous sa conduite à la Ter.- Sainte. Le moine Arloin porta le inéoefs* thousiasme en Bretagne. De tous le^ p^^if de r£urope, enQn, la chrétienté s'ébraci* tout entière pour marcher, comme aa^fhomme, à la conquête delà terre saocU^ par le Rédempteur.
Un autre ennemi plus redoutable eftr«^ que l'islamisme appelait, pour le oio:* tous les efforts dlnnocent lli. Le maaicre * me régnait dans tont le midi de la Pr«^^ et les pays voisins en étaient d^ji iol^'^ C'était une question de vie ou de niorl c<r * l'Rglise catholique. Déjà elle avait pe^*> l'Orient; la croix, plantée un moment <'•* les murs do Jérusalem, venait d'être aU - * par Sola lin. Toutes les espérttices de ^*
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gliso sont donc en Occident. Si le manichéisme reuYahit, plus de christianisme. Inno* cent envisagea de sang froid tout le péril dont la chrétienté était menacée. Il s'en occupa dès les premiers moments de son pon« lifical, bien décidé à employer contre Tbérésie tous les moyens en son pouvoir.
Héritier de toutes les sectes docètes et gnos« tiques, le manichéisme était comme un Panthéon de toutes les hérésies qui, filles de rOrient, cherchaient depuis douze siècles è pénétrer le christianisme. Issu de la Perse, et restes transformés de la religion des GaureSy il s'était répandu, dès Torigine, dans tout rOrient, la Thrace, les vallées de !*£mus, et était entré en Europe avec le commerce et les expéditions mililaires.il s'introduisit en llaîie, principalement è Milan, et de là en France. Ses Tameam innombrables avaient reçu les noms les plus divers. iu vu* siècle, on les nommait pnuliciens; lux XI' et xu*, cathares ou purs, albigeois, >ulgares, turlupins, begares, lollhards, pa^ aréens, etc. Leur doctrine ne subit pas le moindres transformations. En général, l5 regardaient toute la création matérielle omme i*œuvre du mal. Toutes les Ames laieol, suivant eux, des esprits déchus qui, ^our remonter. à leur pureté primitive, deraient se purifier, par leur transformation Jans le corps, simple instrument de l'esprit. Le Christ, être purement spirituel, n'avait un corps qu'en apparence; ils rejetaient à la fuis l'autorité de rEcriture sainte et celle de .'Eglise, et expliquaient tous les sacrements fans un sens purement rationnel. Ils n'adneltafént, du reste, aucune autorité, quelle |u*ellefût. « L'homme, » disaient-ils, «n'a le roit ni d'en punir un autre, ni de l'exclure e TEglise; et, s'il le fait, il usurpe le pouoi r de Dieu même. » Quelques-uns pen- ?rBt qu'ils avaient un chef , sorte de pape, toute une hiérarchie organisée ; ce qui (t douteux, et contraire m6u>e à leur prinp e, qui niait toute autorité. Ce qu'il y a de ir /ain, c'est qu'ils se divisaient en deux asses : les parfaits, qui avaient une docine secrète, et les simples fidèles. La pluart de leurs prédiications semblent conclure uo« immense communauté de biens spirilels et matériels. Leur nombre était prodileu X et répandu dans toutes les classes de 1 société. Les anabaptistes , les sectes proslantes.etfrancs-maconnesqui'préparèrent révolution française, ne furent autre chose ue leurs successeurs directs.
Les vaudois ou pauvres de Lyon exerlicol surtout une grande inQuence parmi i peuple. « L'Eglise, » disaient-ils, « avait lé corrompue par les possessions tempoelles ; chez noua, au contraire, on peut -cuver la doctrine des apôtres en paroles t en actions. » Comme les pataréens, ils rétendaient rappeler le christianisme à sa iiupUcité primitive et à la communauté de érusalero. Après s'être répandus de la rance dans la haute Italie, ils pénétrèrent usuile dans la Bohème, en Moravie et jusu'ea Pologne. Dans ce même temps, Al*
méricdeBène émettait ses doctrines à Tuniversitéde Paris. )i prétendait que la Trinité se révèle dans l'histoire du genre humain par trois phases successives : La première, révélation du Père , est la loi de nature ou de justice, qui a ré^né depuis le commencement du monde jusqu*à Jésus-Christ. La seconde, révélation du Fils^ dure depuis le Christ dans la loi de grâce. La troisième, qu'Almeric prophétise comme étant proche, est le royaume du Saint-Esprit, qui consistera uniquement dans la charité, et rendra superflus tous les moyens extérieurs, sacrements ou autres.
Aussitôt qu'Innocent fut élevé sur lo trône apostolique, il s'occupa des sérieux dangers qui menaçaient l'Eglise. Parmi les nombreux orages, écrivait-il après son sacre à l'archevêque d'Âuch, par lesquels la nacelle de saini Pierre est poussée çà et là sur les flots, rien ne nous afflige aussi profondément que de voir les serviteurs de la perversité diabolique s'élever plus audacieusement et d*une manière plus effrénée contre la doctrine orthodoxe^ séduire les oens simples, les entraîner à leur pente^ et s efforcer de détruire Vunité de l'Eglise catholique. Là première chose qu'il fait, c'est d'exciter l'attention publique sur le danger de l'hérésie et sur sos conséquences, et d'en inspirer partout l'horreur, il envoie en conséquence dans tous les pays, et principalement en France , des lettres pleines d'énergie, où il dépeint l'hérésie sous les plus vives couleurs. Le second moyen est la réforme du clergé, qu'il appelle à grands cris. Le troisième est Ja prédication de la vraie doctrine, et la réfutation publique de l'hérésie qu'il cherche k organiser. Le quatrième, ce sont les censures et les tribunaux ecclésiastiques, et, au besoin, le bannissement. C'est dans ce sens qu'il écrit le 1" avril 1198 à l'archevêque d'Auch. Il envoie dans le midi Kaynier et Guy, auxquels il donne des instructions qu'il renouvelle dans une lettre circulaire écrite le 21 du même mois aux archevêijues d'Aix, de Nffrbonne,d'Auch, de Vienne, d'Arles, d'Embrun, de Tarragone, de Lyon, k tous leurs sutfragants et aux princes, barons , peuples du pays.
Innocent III crut devoir ordonner 'aux princes de porter les armes temporelles con* tre les hérétiques; car^ disait-il, le glaive a été confié par le Tris*Haut aux puissants pour protéger les pieux et se venger des mal^ faiteurs. La sévérité ne peut jamais être em* ployée plus convenablement qu envers ceux qui veulent arracher aux autres^ non Fexis" tence temporelle f mais avec la foi la vie spirituelle. C*est conformément. à ces principes que plus tard le concile d'Avignon déclara, eu iz09, qu'un évêque doit faire jurer aux comtes, aux châtelains, aux chevaliers et à tout le monde l'engagement d'exterminer les hérétiques exclus de l'Eglise.
Tels étaient les principes qu'Innocent appliqua d'abord à ses propres provinces. Deux villes surtout ofiEraientae grandes difficultés» Orvieto et Viterbe. S'adressant aux ecclé-
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siastiqaes,» aux bourgeois et aux consuls de cette dernière ville» il dit : Nous ordonnons toute rigueur 9 afin que personne désormais ne donne plus l'hospitalité aux hérétiques^ ne les protège^ nejhur accorje de la bienveillance ou jeur ajçute fbi. Si quelqu'un néanmoins osait encore te faire et ne s'en laissait pas détournery il devra être déclaré déshonoré^ incapable de remplir aucune fonction publique^ a être élu conseiller de la ville^ d'user de son droit d'élection^ de servir de témoin, de disposer de sa fortune^ de recueillir un héritage; s'il est juge, de prononcer un jugement ayant force de loi; incapable ététre admis nulle part comme fonde de pouvoirs; et s^il est écrivain juré, aucun écrit émané de lui ne sera reçu. Quiconque sera avec celui qui est réprouvé sera réprouvé. Nous ordonnons qu'on destitue de leurs fonctions les hérétiques^ qu'on leur retire leurs bénéfices. Si l'on dénonce à quelqu'un un hérétique, et s'il n'évite pas son commerce^ il est par le fait soumis à l excommunication. Nous ordonnons dans toutes les provinces de notre domination temporelle la vente de leurs biens. Nous commandons la même mesure aux princes et souverains des mêmes pays. Celui qui ne se laissera pas redresser spirituellement devra être châtié var des peines temporelles ; mais, comme les lois punissent de mort les crimes de lèse-majesté, comme leurs biens sont confisquas et la vie laissée à leurs enfants, seulement par miséri' corde, ceci ne doit-il pas à plus forte raison s'appliquer à l'égard ae ceux qui, par leurs erreurs dans la foi, offensent Dieu et le Fils de Dieu ?
Les mesures les plus sévères ne réussirent pas à exterminer l'hérésie à yiterbe. Au contraire, ses partisans devinrent si nombreux qu'ils furent élus consuie. En Toscane, à Florence, dans la Lomhardie, à Parme, À Plaisance, l'hérésie se multiplia malgré tous les moyens de répression. Déjà elle s'était introduite dans les montagnes duTj^roi, les Al[)es Cottiennes, la Marche Trévisane, la Suisse, l'Autriche, l'Allemagne, les Pays-Bas , l'Angleterre et l'Espagne. Elle attaquait toute aristocratie, toute noblesse, toute autorité, prêchait aux masses fégalité qui , disait-elle , a existé primitivement parmi les hommes, et en vertu do laquelle aucune différence extérieure ne doit exister entre eux, toute autorité temporelle ou spirituelle étant l'œuvre du mal. Ils représentèrent symboliquement cette égalité jusque dans leurs vêlements et contractèrent un pacte de fraternité universelle. C*est par là surtout que l'hérésie fit d'immenses progrès dans le peuple. Elle se propagea même si raj:)idement parmi un grand nombre de puissants seigneurs suzerains, parmi la plus grande partie de la noblesse et les ecclésiastiques de tout rang, qu'Alexandre 111 fut obligé de convoquer un syuode en 1176 à Alby et plus tard d'envoyer des légats, mais sans aucun résultat. Les principaux protecteurs des hérétiques, parmi les seigneurs, étaient Raymond VI, comte de Toulouse, le vicomte Raymond Roger de Béziers , sei-
gneur da Carcassonne, Gaston YI, vicomte ae Bearn, Bernai'd iV, comte de Comminges, le comte Raymond Roger de Foix, et Gerold IV, comte d'Armagnac. Mille causes d'ailleurs, qu'il serait trop longd*énum<^rer, favorisaient les progrès de l'hérésie, surtout dans le midi de la France.
Vers la fin de fan née 1203, Pierre de Castelnau et le frère de Rodolphe arrivèrent comme représentants du Pape à Toulouse.
Ils firent expulser de la ville les hérétiques. Le triste tableau qu'ils firent de la ruine de toute discipline ecclésiastique, et delà pro*
[>agation considérable de l'hérésie, détermina e Pape à leur adjoindre Pabbé Arnauld de Clteaux, et à représenter au roi de France que le temps était venu où le poutoir teaiporel et le pouvoir spirituel devaient coopérer ensemble pour la défense de l'élise, et se prêter un mutuel appui, afin que le bras seculier écrasAt ceux qui ne se laisseraient pas ramener du péché par la discipline ecclésiastique, il dit au roi que son devoir est de se lever, d'employer la force qui lui a été donnée par Dieu, et, s'il ne peut marcher ea personne contre les impies, d'envoyer son nls ou tout autre personnage puissant, et de forcer les grands à confisquer les biens des hérétiques ; et, dans Je cas où ceux-ci s'y refuseraient, de s'emparer de leurs possessions au profit du trésor royal. Il promit au roi et à tous ceux quil'assisleraient les mêmes grâces qu'à ceux qui combattaient les infidèles. Plus tardyil somma encore à diverses reprises Je roi d'assister ses légats par le g!aive.^Cependant Innocent 111, ne voulant avoiraùcun reproche à se faire, avant de venir aux mesures extrêmes, organisa successivement deux missions, dont la seconde dura près de trois ans, mais, comme la précédente, sans produire aucun fruit. Cependant il ne se décourage pas, et en organise une troisième, qui n'a pas plus de succès. Arnauld, abbé de Clteaux, et plus ta/d saint Domini« que s'étant joints aux missionnaires catholiques, ils firent d'assez nooibreuses conversions, mais qui ne changèrent rien à la situation du midi de la France. Les hérétiques, arrivés à des excès où l'on vient rarement, usaient de violence et se signalaient par leurs crimes. Lés armes seulessemblaient pouvoir trancher cette grande question; mais aucun souverain n'était en état de soutenir le poids de la guerre. Philippe-Auguste', occupé à réprimer une féodalité remuante, so préparait à la bataille de Bouvines; rAngle* terre gémissait sous un Iflche tyran ; l'Espagne était occupée à combattre et à repousser les Maures, et l'Empire occupé à étouffer ses dissensions intestines. Une croisade devenait donc le seul moyen possible d'atteindre le but qu'on se proposait. Le meurtre du légat Pierre de.CasteInau poussa les Catholiques à bout , et au siège de Béziers ils usèrent d'horribles représailles. Saint Dominique, triste et désolé, se relira dans sa patrie pour attendre des jours meilleurs. Dès lors, la guerre prit un caractère de férocité digne des cannibales. Tout était détruit par le 1er
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9l le fea. Simon de Monlfofl se lAi9$a eni* vrer par le succès, L*orgueil aveugla même les légats du 8ain(-Siége, qui se montrèrent durs et exigeants envers Raymond vaincu» et jetèrent* par leur arrogance, Pierre d'Arapon dans son parti. Ils cacbèreot la vérité au Saint-Père, redoutant son inflexible amour Je la justice. Ainsi le sac de Béziers et de t)eaiicoup d*autres villes, loppression et le massacre des Catholiques eux-mêmes, les intolérables conditions imposées au siège de Toulouse; tout cela et beaucoup d'autres injustices furent soigneusement palliées ou omises dans les rap|}orts faits à la cour de Rome. On jf accusait avec exagération la mauvaise foi de Raymond. Celui-ci se rendit i Rome avec les comtes de Foix et de Com- :uin,;es, exposa ses griefs et obtint prompte satisfaction. Des lettres énergiques O'inno- :enl III exprimèrent aux légats et à Simon Je Montfort son mécontentement. Il ne se aisM éblouir ni par les humbles protestalions de ce dernier, ni par la satisfaction de roir riiérésie comprimée. Néanmoins sa voix ul méconnue, car dans ce combat è mort la ^lge des deux partis était portée au comble. \lurs Innocent convoqua Iui-m6me« efi 1215, un concile général dans le palais de Latran ;>our régler les affaires de TEpHise. Après les jueâtjons de foi et de discipline dont on /occupa avec une grande attention, vinrent relies qui s'y rattachaient indirectement. Les comtes de Toulouse, de Foix et de Cornuinges parurent devant les Pères assemilés, et éclatèrent eu plaintes amères contre >imon de Montfort qui avait usurpé leurs iomaines, malgré leur soumission au Saintiiége. Un des cardinaux et Tabbé de Sinti- >éry les soutinrent avec chaleur. Le Pape se convainquit qu'on avait foulé aux pieds les ronventions arrêtées et désobéi è ses ordres; |ue Simon avait abrégé la vie du comte de iéxiers et ravagé ses propriétés, et qu'enfin ui et les légats s'étaient plutôt conduits :omaie des meurtriers que comme des Ghrélens. Innocent se fit apporter les actes et léc^araque, comme les comtes et leurs amis avaient toujours promis de se soumettre à i'CgUse, on ne pouvait, sans injustice, les jépouiller de leurs Etats. L'archevêque de Varbonne éleva aussi la voix en faveur des iccttsés. Cependant l'opiniâtreté des prétats raaçais iiaratt avoir entraîné la majorité de 'assemblée. Malgré le Pape lui-même, le rieux comte de Toulouse fut déclaré dé- >ouillé de ses droits, et Simon de Monfort toolirmé dans la possession de tous les pays uiitiuis. Plus tard on rendit aux comtes de **oix et de Comminges leurs châteaux.
■ Le jeune Raymond, ^ dit Uurter, « resta I uaraoïe jours à Rome. Quelques personnes tJresserout peut-être à Innocent le reproche le n*avuir pas annulé de force la décision )u concile. On a déjà vu comment il chercha I oaluier par des raisons positives la vio- «snce des prélats français. Soutenir qu'il lurail dû heurter de front la majorité de 'assemblée, embarrasserait les (jens qui souviennent la supériorité du concile sur le Pa-
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pe. Lui-même put y trouver d'autant moins occasion, que, dès le commencement, il prévoyait la possibilité de conserver pour le jeune Raymond, un domaine considérable;
[)robabiement il préféra rémettre le reste h a fortune des armes, que d'exposer l'unité de l'Eglise è des maux incalculables, en uszmt de son autorité suprême.
« Raymond s'était rendu à Rome, accompagné de quelques seigneurs auxquels son {»ère le confia pour prendre congé du Pape, nnocent, charmé de la bonne tenue du jeune homme, le prit (^ar la main , le fit asseoir à côté de lui, et lui dit : Cher enfant , si tu iuis mon conseil ^ tu ne te tromperas jamais. Aime Dieu par-dessus tout, et sers-le fidèle» ment. N'étends pas ta main iur le bien f autrui; mnis défends le tien contre celui qui voudrait fen dépouiller: alors tu ne seras point privé ^héritages. Et afin que^ dès aujourd'Aut, tu en sois pourvu, Je te donne le comtat Venaissiny avec Beaucaire et la Pro* vence. Tu pourras ainsi vivre conformément à ton rang. Quand V Eglise s*assemblera dans un autre concile , tu auras la faculté de faire entendre tes plaintes contre le comte de montfort.
« Saint Père, v reprit le jeune homme, « ne ^ vous irritez pas si je réussis à reprendre, 9 sur le comte de Montfort, les biens qu'il « m'a retenus. »
« Dans iout ce que tu fiais , répondit Innocent, pume Dieu t accorder de le bien commencer et de bien finir l Après ces mots, il lui donna sa l)énédiction et les actes nécessaires
Kour le mettre en possession de ses Etats, aymond s'embarqua sur-le-champ à Gênes, avec son père, {)Our Marseille. »
Les ordres donnés par Innocent III à ses légats, les lettres écrites par lui dans ces contrées, ses entrevues avec Raymond prouvent invinciblement qu'il voulait arriver à extirper l'hérésie, sans ce mélange de dureté et d'injustice dont on usa à son insu. La douceur avec laquelle il traita Raymond et ses amis dès qu'ils vinrent k résipiscence , l'énergie qu'il mit h défendre leurs droits contre la cupidité et la passion ; la générosité qui le porta k sacrifier ses propres intérêts pour assurer le sort du jeu'ie comte de Toulouse prouvent surabondamment la droiture de son âme vraiment chrétienne. A la vue des flots de sang versé, il reculer d'épouvante, et préféra s en remettre k la Providence.
La prodigieuse activité d'Innocent III s'étendait k tout; et l'on serait effrayé de Ténumération seule des affaires qu il embrassait, des questions adressées par les archevêques, des délibérations envoyées par les évêques, des doutes soumis par les chapitres, des éleetions, et des fonctions ecclésiastiques supérieures qu'il fallait prépareret autoriserai>rès une démission, vérifier et confirmer lorsqu'elles étaient terminées, ou casst-r lorsqu'elles étaient illégales. Quel dévouement de ta iiari de celui qui , appelé k la direction suprême de TEglise, avait k en relever les ruines, • combattre les méchants, k éclairer les i^^
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rants I La foule des affaires à traiter consistait non^seulement dans des ordres généraux, tels que le renouvellement de privilèges accordes à des ordres» k des couvents ou à des églises; dans l'introduction des fêtes pour les diocèses; dans les ordonnances pour le maintien des mœurs; dans des sentences prononcées contre ceux qui avaient obtenu des dignités par simonie , ou contre d'autres criminels; non -seulement dans les soins à donner pour conserver l'intégrité royale de l'état ecclésiastique qui parassait souvent souffrir beaucoup» ïh par la promotion d'hétërodoxes» ici par le cumul de bénéGces; nonseulement dans la décision de beaucoup de doutes particuliers concernant surtout les rapports matrimoniaux» dont la solution était renvoyée par les évèques» les chapitres et par les prêtres» avec une plus grande confiance au chef de 1 £glise» comme gardien de la f(H et de la discipline; mais encore il y avait à veiller contre l'arbitraire ; à regarder de tous les côtés si les ordres des Papes, aussi bien ceux du Pontife régnant que ceux de ses prédécesseurs » étaient respectés ; si aucuns n'avaient été surpris dans des ruses» et» dans ce cas» on les révoquait; si nulle part le pouvoir temporel ne se livrait pas trop à son d%sir de restreindre les libertés de l'Eglise » afln de détruire partout les suites de son despotisme. Là» il fallait recommander des fonctionnaires» ou de pauvres prêtres de l'Eglise romaine» souvent les protéger contre les prélats ou les chapitres. Les autres affaires étaient : la confirmation des sentences prononcées par les légats» la suppression de celles qui avaient été portées par les évdques avec trop de sévérité; l'absolution des excommuniés :1a canonisation des personnages éminents parleursvertus.il fallait accorder l'approbation aux conventions entre ecclésiastiques» confirmer les privilèges consentis, décider les querelles sur les revenus, dissoudre des concessions préjudiciables k d'autres» et renouveler celles acquises. Rien ne parut à Innocent au-dessous des droits ou de TattentioQ de sa suprême dignité.
Luttant avec un invincible courage contre tous les adversaires de la justice et de l'Eglise » Innocent 111 donna au monde le modela le plus accompli d'un Souverain Pontife. (îracieux et bienveillant dans ses manières, doué d'une beauté physique peu commune» plein de confiance dans ses amitiés, généreux è l'excès dans ses aumônes et ses fondations; orateur éloquent etfécond; écrivain ascétique et savant comme le prouvent ^es Sermons et ses Irai tés Z>tt mépris dumonde et des Sept psaumes de la pénitence; poëte même» comme le démontre cette belle prose : Venisancte Spirilus^ et cette belle élégie : Stabai Mater dont il fut l'auteur; grand et profond jurisconsulte» protecteur zélé des sciences et des études religieuses» veillant avec sévérité au maintien des lois de l'Eglise ot de sa discipline» il avait ainsi toutes les qualités qui eussent pu illustrer sa mémoire, s*il avait été chargé du gouvernement de PËglise dans une époque paisible et iacile.
Mais une mission plus haute encore l^i était réservée. Avant de monter sur le Siège de saint Pierre» il avait compris et puiilié dans ses œovres le but et la destinée du pontifical suprême non-seulement pour le salut des Ames et la conservation de la vérité catholique, mais pour le bon gouvernement de la société chrétienne tout entière. En défendant la liberté suprême de rE.^lise» la constitution de TEurope k cette époque lui conférait la glorieuse fonction de veiller en même temps k tous les intérêts des peuples, au maintien de tous leurs droits» k l'accomplissement de tous leurs devoirs.
Il fut, pendant tout son règne de dix-huit années k la hauteur de cette colossale mission. Quoique sans cesse menacé et attaqué par ses propres sujets» les turbulents habitants de Rome» il planait sur l'Eglise et le monde chrétien avec un calme imperturbable» avec une sollicitude permanente et minutieuse» portant partout un regard de père et déjuge. De l'Islande k la Sicile» du Portu|;al jusquen Arménie» pas une loi de l'Eglise n'est transgressée qu il ne la relève» pas une injure n'est infligée au faible qu'il n'en demande réparation» pas une garantie légitime n'est attaquée qu'il ne la protège. Pour lui, la chrétienté tout entière n'était qu'une majestueuse unité » qu'un seul royaume sans frontières intérieures» sans distinction de races» dont il était le défenseur intrépide au dehors et le juge inébranlable et incorruptible'au dedans. Pour la mettre k l'abri de ses ennemis extérieurs » il réveille l'ardeur défaillante des croisailes; il se montre dévoré plus que personne de cette sainte ardeur des combats pour la croix, dont saint Grégoire Vil a ressenti les premières atteintes, et qui enflamma tous les Pontifes romains jasqu*à Pie IL qui mourut croisé. Le cœur des Papes était alors comme le foyer d*où cette ardeur rayonnait sur toutes les nations chrétiennes; leurs yeux étaient sans cesse ouverts sur les' dangers qui menaçaient TEurope» et tandis qu'Innocent s'efforçait» chaque année, de lancer contre les Sarrasins vainqueurs k TOrient quelque armée chrélienne,au Nord, il propageait la ibi parmi les peuples slaves el et sarmates» et à l'Occident» il prêchait aux rois d'Espagne la concorde et un effort décisif contre les Maures» et présidait ainsi à leurs victoires merveilleuses. Il raruèoe à l'unité catholiaue, par la seule force de la persuasion et rautorité de son grand caractère» les royaumes les plus éloignés, comme l'Arménie et la Bulgarie, qui» victorieuses des armées latines» n*hésitent pas k s'incliner devant la seule parole d'Innocent. A un zèle exalté» infatigable pour la vérité « il sa« vait joindre la plus haute tolérance pour les personnes; il protégeait les Juifs contre les exactions de leurs princes et les aveugles fureurs de leurs concitoyens» comme les rivants témoins de la vérité chrétienne , iini<» tant au reste en cela tous ses i)rédécesseurs sans exception : ii correspondait même arec les princes musulmans dans Tinterai de la paix et de leur salut, tout en luttant arec une
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rare perspicaciié et une infiitigable constance contre les innombrables hérésies qui éclataieutdàs iors, et menaçaient les fondements de tout Tordre social et moral de l*univers. Il ne cessait de prêcher aux Catholiques vainqueurs et irrités 9 aux évèaues mômes la modération et la clémence. Il chercha longtemps à réunir l*Eglise séparée d'Orient à celle d'Occident par les voies de douceur et de conciliation; et lorsque le succès inespéré de la quatrième croisade* en renversant l'empire de Bjzance, eut soumis de force à son autorité cette moitié égarée du monde chrétien, et doublé ainsi sa puissance, il recommande la douceur envers l'Eglise vaincue; et loin d'exprimer un seul sentiment de joie ou d'orffueil en apprenant cette conquête, il refuse de s'associer è la gloire et au triomphe des vainqueurs, il repousse toutes leurs excuses, tous leurs prétextes religieux, parce qu'ils avaient méconnu dans leur entreprise les lois de la justice el oublié le tombeau du Christ I C*est que, pour lui, la reli&;ion et la justice étaient tout, et au'il avait identifié sa vie avec la leur. Son àme était enflammée d*un amour passionné de la justice, qu'aucune acception de personnes, aucun obstacle, aucun écljec ne pouvaient ni diminuer ni arrêter; ne comptant pour rien les succès ni les défaites, dès que le droit était intéressé h une cause ; doux et miséricordieux envers les faibles et les vaincus; inflexible pour les puissants et les orgueilleux; partout et toute »urs protecteur de l'opprimé, de la faiblesse et de I équité contre la forée triomphante et lajuste. C'est ainsi qu'on le voit défendre iv^ec une sorte de noble acharnement la sainte âé du lien conjugal, comme la clef de voûte les la société et de la vie chrétienne. Aucune i^'^ase outragée n'implorait en vain son in« iervention puissante. Le monde le vit avec adaiiratioo lutter pendant quinze années contre son ami et son allié Philippe Auguste, pour défendre les droits de cette inforluoée Ingelburge, venue du fond du Daneniarck pour être l'objet du mépris de ce >rince; seule, emprisonnée, abandonnéede DUS, au milieu de la terre étrangère, excepté >ar le Pontife, qui enfin sut la faire rétablir ur le trône de son époux, au milieu des ppl^udissements du peuple, heureux de (»ir qu'il y avait dès ce monde uue justice (gaiement sévère pour tous.
C'était dans le même esprit qu'il veillait vec une sollicitude paternelle, et jusque dans es pajs les plus lointains, sur le sort des or* >belins royaux, des légitimes héritiers des ouronnes ; qu*il sut maintenir dans leurs roiis ei leur héritage des princes de Nor- ^^ge, de Pologne et d'Arménie [1199], les rifantes de Portugal , le jeune Ladisias de Inn^^rie» et jusqu'aux fils des ennemis de i^;^lis«, tel que Jacques d'Aragon , dont le ère avait été tué en combattant pour les éréiiques, et qui, captif lui-même de l'arnée caiiiolique.fut délivré par ordre d'Innoeut ; tel , encore que Frédéric 11, l'unique éritter de la.race impériale de Hohenstaufen, » rival le ulus redoutable du Saint-Siège,
mais qui, laissé orphelin à la garde d'Innocent, est élevé, instruit, défendu par lui, et maintenu dans son patrimoine avec une affection et un dévouement non plus de tuteur, mais de père. Il nous parait surtout admirable, alors qu'il offre un asile^ au pied de son trône, au vieux Raymond de Toulouse, l'ancien et opiniâtre ennemi du catholicisme, et à.son jeune fils; lorsqu'il plaide lui-même leur cause contre les prélats et les croisés victorieux ; lorsque après avoir prodigué les plus tendres conseils a ce jeune prince, après avoir essaj^é en vain de flébhir ces vainqueurs, il lui assigne, malgré leurs murmures, le comtat de la Proyence, pour que le fils innocent du coupable ne soit pas sans patrimoine. Comment s'étonner si à une époque où la foi était regardée comme la base de tous les trônes, et lorsque la iusticeainsi personnifiéq était assise sur la Chaire de Pierre, les rois cherchaient à s'y rattacher par les liens les plus forts; si le vaillant Pierre d'Aragon ne croix pas pouvoir mieux garantir la jeune indépendance de sa couronne qu'en traversant les mers pour la déposer aux pieds d'Innocent, et la recevoir comme vassal de Sà main ; si Jean d'Angleterre, poursuivi par la juste indignation de son peuple, se proclame lui-même vassal de cette Eglise qu'il avait si cruellement perséimtée, sur d'y trouver un refuge et un pardon que les hommes lui refusaient ; si, outre ces deux royaumes, ceux de Portugal, de Navarre, d'Ecosse, de Hongrie et de Danemark s'honoraient d'appartenir en quelque sorte au Saint-Siège, par un lien de protection plus spéciale? Tous savaient qu'Innocent respectait autant les droits des rois à l'égard de l'Eglise que ceux de l'Eglise elle-mêmecôntreles rois.Ainsi que ses illustres prédécesseurs, une haute et pr^ voyante politique se mêlait h son culte pour l'équité, comme en s'opposant à Thérédité de l'Empire dans la maison de Souabe, en soutenant la liberté des élections en Allemagne, il a sauvé cette noble contrée de la centralisation monarchique qui aurait altéré sa nature, et étouffé tous les germes de cette prodigieuse fécondité intellectuelle dont elle s'enorgueillit à juste titre. Gomme, en rétablissant et en défendant avec une inaltérable confiance l'autorité temporelle du Saint- Siège, il a garanti l'indépendance de l'Italie non moins que celle de I Eglise. 11 forme par son exemple et ses préceptes toute une génération de Pontifes également dévoués à cette indépendance , et dignes d'être ses auxiliaires, comme le furent Etienne Langton en Angleterre, Henri Guesnin en Pologne, Roderic de Tolède en Espagne, Foulques de Toulouse au milieu des hérétiques; et même de mourir martyrs de cette cause sainte, comme saint Pierre, Pareatisse ou Pierre de Casteinau. Sa glorieuse vie se termine par le concile célèbre de Latran 11315] qu'il convoqua et présida, où furent révisés tous les jugemenis de l'Eglise, oit les Jugé» mmis de Dieu dégénérés en abus de la force, furent définitivement abolis; où la aommunion pascale fui prescrite ; où fut établie la
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roc&lure criminelle gui a servi de modèle celle de lous les tribunaux séculiers, où furent enfin présentés, ponr ainsi dire, au monde chrétien ces deux grands ordres de Saint-Dominique et de Saint-François oui devaient l'animer d*une vie nouvelle, et qulnnocent III eut la gloire de voir naître tous deux sous son pontifical. (M. deMontalbm- BBRT» Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie.) Humbert, archevôaue deCantorbéry, étant mort en juillet 1205, les moines de l'ordre de Saint-Âugustin,sans demander la permission au roi comme la coutume ancienne le voulait» élurent, au milieu de la nuit, Réginald leur supérieur pour archevêque. Convaincus de riflégalité de leur élection, ils le firent partir immédiatement pour Ruine, avec quelques* uns des frères. Apprenant ensuite que Régi* nald n'avait point tenu son élection secrète» comme il l'avait promis par serment, ils résolurent de nommer un autre archevèoue.
Le roi leur ayant recommandé Jean de Norvrich, son confident, ils se rendirent à ce vœu et rélurent. Après de longues et amples informations, tous ceux qui avaient été con- Toqués pour cette affaire comparurent aa jour fixe. Rome procéda avec cette circonspection approfondie qu'elle suit dans toutes les questions importantes. Après avoir entendu les témoins, examiné les diplômes, et suffisamment éclairci tous les points» le Pape rendit, le 21 décembre 1206» une déclaration qui cassait les deux élections entachées d'iilégalités. Les moines présents à Rome, et qui étaient munis de pleins pouvoirs» après une vacance de deux ans» élurent au siège archiépiscopal de Cantorbéry Etienne Langlhon, cardinal-prêtre du litre de Saint-Chrysogone. Les envoyés du roi d'Angleterre n'avant point voulu donner leur assentiment a cette élection, le Pape fut obli^ de s'adresser au roi lui-même. Cette éieetion excita la colère de ce roi» irritable et si facilement disposé à user de moyens violents. Il envoya de nouveaux messagers à Rome» et fit dire au Pape qu'il ne reconnaîtrait jamais Etienne Langthon pour archevêque. Quelque menaçant que lût le langage du roi. Innocent, loin de s'effrayer» sacra luimême l'archevêque élu» lui mitde ses propres mains le pallium» et écrivit aux évéques do Londres, d'Elie et de Winchester de se présenter devant le roi, et de lui dire avec autant de liberté que de respect» qu*il doit son* ger au salut de son âm<), à la tranquillité de son peujtle» à l'honneur de Dieu» mettre de côté toutes préventions contre rarchevê|]ue» le reconnaître» et le laisser exercer paisibiement ses fonctions. Si vos paroles^ dit-il, ne produiéent aucun effets vous devez surmonter ioule crainie temporelle '^ ne pas tous arrêter à cette opposition » prononcer l'interdit sur iouie V Angleterre^ et veiller à ce quil soit sér vèrenent observé. Si ces moyens étaient eans résultats^ nous élèverons notre main contre te roi lui-même. Dans une nouvelle lettre» le Pape représente à Jean qu'il lui a écrit humbiMiMt» amioalement» avec supplication et priirea» et^u'il n*en a reçu^pour réponse que
menaces arrogantes» et instiltes orgueilleuses, il lui expose de nouveau tous les motifs décisifs qui doivent lui faire agréer l'électioa de l'archevêque» et le conjure de ne point troubler plus longtemps la paix de TEi^Use. Ces instances étant restées sans résultats, les évêques reçurent de nouveau Tordre de faire exécuter dans toute sa sévérité l'interdit, au cas où il faudrait le prononcer ; de sorte qu'on ne mit aucune exception pour les chevaliers du Temple et les frères Hospitaliers et autres congrégations religieuses, et le [jays de Galles dut aussi en subir les rigueurs. Innocent écrivit à tous les évêques des lettres d'exhortation , f)our ne se laisser détourner par aucune crainte de V exécution de ses ordres: car le Pape est prêt à combattre jusqu'à la mort pour une cause aussi juste^ et si / obéissance est Vomement de chaque Chrétien, à plus forte raison est^elle celui de Véiêque. S'il
Îf avait parmi vous quelques récalcitrants, je eur infligerai une punition qui sera pour plusieurs un avertissement effrayant. Mais les grands seigneurs du pays doivent avant tout faire une dernière tentative pour changer les sentiments du rot, dit le Pape dans une autre lettre, car, puisqu'il vous est impossible de servir deux maîtres^ votre devoir est de ne pas laisser étouffer la crainte de Dieu par la crainte des hommes f mais de garantir par des conseils prudents et fidèles^ le royaume contre tout désordre.
En attendant, le roi commença par faire bannir tous les moines de Canlorbéry. Il spolia tous les biens du clereé» et se livra h toutes sortes de violences. Ni les exhortations» ni les menaces des évèques » ni les représentations des barons» ne purent le décider à reconnaître l'archevêque élu. Les évêques de Londres, d'Ëlie et de Winchester se présentèrent devant lui, et le prièreol en versant des larmes de rappeler Tarchevêque et les moines expulsés» d'épargner à son royaume le scandale d'un interdit, et de veiller k son salut éternel. Jean les interrompit, entra en fureur» éclata en iiyures contre le Pape et les cardinaux, et jurant selon son habitude : « Par les.dents de Dieu» m s'écria-t-il,» si vous prononcez l'inlerdit, j'en» verrai tout le clergé et tous les évoques au Pape» et je m'emparerai de leurs biens, alors tous les Romains que l'on trouvera dans mon royaume relournerooi dans leur patrie» les yeux crevés et le nez coupé, afin qu'on les reconnaisse dans tout l'univers. £t si votre peau vous est chère, retirez-vous aussi promptement que possible de devant mes yeux. » Méprisant les menaces , les évêques» à l'expiration du délai, le lundi de la semaine de PÂques 2k mars, prononcèrent : a Que l'Angleterre était séparée de la communauté de TËglilse et de tous les biens spirituels que celle-ci départit aux tidèle.6. 9
On cessa toutes fonctions ecclésiastiques ; on enterrait les morts dans les fossés, sans prières et sans le ministère des prêtres ; ou se contentait de baptiser les enfants et de donner le viatique aux mourants. Loin de
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changer de sentiments, Jeanj transporté de colère, chassa )es prélats, dépouilla les églises et se livra h tous les crimes.
Cet interdit ayant duré deux ans, le Pape chargea les éyéijues qui Tavaient prononcé de déclarer le roi excommunié si, dans trois mois, i| ne satisfaisait à TEglise. Ils n*osArent d*abord exécuter cette commission.
Néanmoins, en peu do temps, tout le monde en eut connaissance, en sorte que, dans toute là ville, on disait tout haut que le roi serait excommunié. Le roi aysm appris que l'archidiacre de Norwich avait tenu ce aîscdurs, le fit mettre en prison, chargé de fers, et le Gl revêtir d'une chape de plomb, dont le poids, joint au défaut de nourriture» le fit mourir en peu de jours. Le Pape, informé de l'action du roi, déclara tous ses sujets absous du serment de fidélité, ortlonna, par une sentence, que le roi serait déposé, et qu'on lui donnerait un successeur plus digne que lui de la couronne. Il écrivit en même temps au roi de France de se charger de l'entreprise de détrôner le roi Jean, afin que lui et ses sucesseurs posst dassent à perpétuité le rovaume d Angla- ^leterra. En conséquence Philippe-Auguste entreprit la guerre contre le roi Jean, par ordre du Pape (1213). Il fit armer tout ce qu'il put de vaisseaux. Le roi d'Angleterre, averti de cet armement, fit de grands pré- [laratifs de son côté: mais pendant qu'il se [uettait en état de défense, un sous-diacre Je Rome, nommé Pandolse, ayant obcou une conférence de ce prince, lui fit inrisaeer tous .les maux dont il allait être cable, s'il ne se soumettait au Pape: il 'assura que le roi de France se vantait *avoir des lettres do j)resque tous les seitieurs d'Angleterre, qui promettaient de i reconnaître. Alors le roi Jean voyant tes érils dont il était menacé de toutes parts, ? trouva dans le plus cruel embarras, et rai^nant d'être abandonné d(*s seigneurs 'Angleterre, s'il en venait à une bataille, et % ré à ses ennemis, se rendit à tout ce que i>ulut Pandolse ; il convint avec lui et pluleurs seigneurs d'uu traité de paix dont le ape avait envoyé le modèle.
[Iâf3| Deux jours après il déclara, (^ar ne <-iiarle authenii<|ue, que, pour l'expiafin de ses péchés, il donnait à l'Eglise de tinie le royaume d'Angleterre et le royaume Irlande, avec tous leurs droits; qu'il ne ^ tiendrait plus que comme vassal du Pape, t i|ue, |K)ur marque de sujétion, outre le intrr de ^aint Pierre, il paierait tous les ï\s «111 Pa)>e mille marcs stcrlings. En outre, iTaprès l'arrivée de celui qui devait l'absoure, il devait remettre huit mille livres sternes pour dédommagement des pertes quV lit souffertes l'archevêque de Cantorbéry et 5 intéressés dans cette affaire. Après quoi, 1 présence de Pandolse et des assistants, fit hommage au Pape et serment de Jélité.
Lin suite Pandolse passa on France, et ex- )rla fortement Philippe«Auguste h se délier de son entreprise sur r.\ngU'terri*,
attendu tout ce que venait de faire le roi Jean, et qu'il ne pouvait attaquer ce royaume sans offenser le Pape. Le roi Philippe répondit qu'il avait entrepris cette guerre par ordre du Pape, et avait di^jè dépensé plus de soixante mille livres (qui feraient aujour* d'hui un million] pour armer des vaisseaux. De son côté, le roi Jetin, reprenant courage, résolut de faire la guerre a Philippe; mais les seigneurs exigèrent qu'il se flt absoudre de l'excommunication ; ce qui fut exécuté par les évoques dans l'église cathédrale de Winchester, ils la lui donnèrent, après avoir récité le psaume Miserere.
Le Pape ayant reçu les lettres du roi Jean, lui écrivit pour le féliciter de la soumission qu'il avait faite de son royaume à l'Eglise Romaine : Qui a pu vous y porter ^ dit-il, sinon V esprit de Dieu, qui souffle oà t7 veut f Vous possédez maintenant un royaume qui est devenu un royaume sacerdotal^ selon les paroles de VEcriture. (1 Pelr. u, 0.) En même temps il lui envoya un légat qui était évoque de Tusculum, et qui fut reçu partout en procession. Ce légat, à la prière du roi, leva solennellement l'interdit, qui avait duré six ans, et avait causé des maux infinis.
A la fin de la rpême année, les seigneurs demandèrent au roi la confirmation de leurs libertés. Le roi Jean, après leur avoir d'abord refusé leur demauJe, tes voyant disf^osés à la guerre, leur accorda ces mêmes iberlés, dont un des principaux articles était pour la liberté des élections dans les églises cathédrales. Cependant le roi Jean ravageait les provinces septentrionales d'Angleterre, ruinant les châteaux des seigneurs, et pillant le plat pays avec des troupes composées de ses sujets de deçà la mer, qui enlevaient les bestiaux, et portaient partout le fer et le feu. Les barons, dépouillés de leurs biens, maudissaient le roi, et résolurent d'élire pour souverain quelque prince assez puissant pour les rétablir dans leurs biens, et jetèrent les yeux sur Louis, fils de Philippe-Auguste, Agé d'environ 29 ans. Ils lui envoyèrent des ambassadeurs qui donnèrent des otages, et le roi leur envova dJx seigneurs français. CeUe guerre civile fut pour le royaume d'Angleterre la source d'une infinité do malheurs; mais, au passage d'une rivière, le roi Jean ayant perdu son bagage et son trésor, il tomba malade de chagrin, et mourut la même aunée.
« Quelques détails privés sur la vie d'Innocent III nous feront connaître ce Souvernin Pontife d'une manière plus intime. Tous les matins , dès qu'Innoceut avait dit la Messe, il se rendait au consistoire. Autour de lui s'asseyaient los cardinaux, et en face l'on voyait d'autres ecclésiastiques distiu-
Sués ; c'était là qu'il recevait les demandes e tous ceux qui réclamaient son appui, quelle que fût leur patrie. Chaque pétition trouvait un accueil affable, chaque démarche
{»our obtenir le redressement de sriefs, de Hveurs pour des églises, ou la réiorroation ^es ordres religieux,* pouvait compter sur
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iiDe audience favorable.Troisfois la semaine le consistoire élaî ( public et consacré k la solution des questions de droit les plus importantes, usage rétabli par ce Pape aprè<» une longue interruption. Dans ces débats, il prêtait une attention scrupuleuse à toutes les propositions, examinaitchaauepointavec rigueur, exigeait des rapports aétaillés, des preuves, des témoins, des documents, quand tout cela devenait nécessaire; l'attaque et la défense avaient une lattiude entière pour jeter de la clarté sur Taffaire, sans crainte de fatiguer le Pontife. Mais, malheur à celui
2ui comptait plus sur les charmes de son loquence que sur des raisons solides : la perspicacité d'Innocent perçait l'enveloppe, et une exposition ornée ne diminuait en rien pour lui le poids de la logique. On était môme convaincu qu'un langage simple et clair faisait plus d'impression sur lui que de belles paroles. Kn outre» les clameurs contre un individu avaient beau être grandes, le Pape lui-môme avait beau être pré- Tenu» dès que l'accusé prouvait son innocence ou reconnaissait ses torts, celui-ci re- Tenait à la bonté. Il faisait même si peu de cas des formes toutes seules, qu'on le vit accorder à des prières instantes une seconde investigation d une affaire déjà décidée. I « Quand les parties arrivaientà Rome, elles devaient s'adresser au Pape qui les renvoyait k un auditeur. Lui demandait-on de juger en personne 7 aussitôt la requête était octroyée le jour fixé. Ni les ruses des avocats, ni leurs raisonnements ne réussissaient jamais à tromper ou k faire biaiser Innocent. Les peines qu'il se donnait oour arriver k la connaissance de la vérité et a une décision équitable étonneraient plus d'un juge moderne : consultations, discussions calmes avec les hommes de lois, examen des Ecritures, exhortations sérieuses faites k tous, rien ne lui coûtait, et véritablement on eût dit que les fonctions de sa charge se bornaient k juger des points d^ droit et défait; enfin, après la sentence rendue, il reprenait Je caractère de prêtre catholique adjurant vainqueur et vaincu k oublier leurs dissentions, k se réconcilier dans le sein de la charité chrétienne, souvent même on le vit terminer k l'amiable les questions litigieuses pour mieux assouplir les haines et prévenir les divisions. Ses connaissances en droit canonique et civil faisaient J'étonnement universel, mais il préférait une seule parole de paix aux plus beaux procès où pouvait briller son génie. La veuve et l'orphelin trouvaient accès auprès de lui, et il écoutait volontiers leurs longues et incohérentes condoléances. S'agissait-il d'une bulle ou d'un bref, tout lui passait entre les mains; sa mémoire des précédents semblait prodigieuse et la fabrication de brefs apostoiiq^ues assez commune au moyen Age devint impossible sous son règne.» (HurtsRi Histoire d'Innocent.) I^ plus grande simplicité régnait k sa table, le reste de la journée était consacré aux affaires et souvent uas un, moment ne lui restait pour prendre le plus
léger repos, nf pour cultiver des étades littéraires, vers lesquelles il se sentait entraîné par le goût le plu$ prononcé. 11 avait une activité si prodigieuse que rien ne pou* vait satisfaire son araeur pour accomplir ses devoirs dans leur plus scrupuleuse étendue. Ses lettres et ses décisions canoniqnes se montent au nombre énorme de plu ieurs milliers. Et pourtant ses occupations écrasantes pour sa santé d'ailleurs très-délicale, ne l'empêchaient pas de prêcher souvent au peuple assemblé, qui se pressait avec avidité pour entendre sa parole vive et élor|uente. La piété d'Innocent III était exemplaire ; les spectateurs se sentaient émus et pénétrés k la vue de la ferveur avec laquelle il priait et célébrait les divins Of&ces. Jamais solennité chrétienne ne se passait, sans qu'on le vît donner l'exf^mple public de la dévotion et de la fidélité k observer les préceptes de l'Eglise.
L'administration intérieure de Rome ressentit nécessairement l'influence de celte action puissante qu'Innocent III imprimait k tout ce qui l'entourait. Dès son avènement, il supprima les fraudes k l'aide desquelles les employés subalternes rançon* naient les étrangers qui recouraient au Saint-Siège; sa conduite personnelle en imposait k tout le monde. Dans ses voyages à travers ses domaines, il défrayait ses dépenses , ne voulant être k charge ni aux villes, ni aux églises. Les dons faits k celle de Saint-Pierre et un dixième de ses revenus étaient consaciés aux pauvres ; pour les cas imprévus, il avait une forte somme en réserve ; ainsi, au moment de son élection, les indigents, les veuves et les orphelins reçurent des présents convenables; de plus» quatre mille livres furent distribuées parmi les gens de sa maison. Dans un temps de famine, on le vit nourrir huit mille malheureux par jour, sans compter ceux qui recevaient des secours k domicile. A st*s yeux, son devoir spécial et perpétuel lui prescrivait de nourrir les affamés, de vêtir, de doter les filles pauvres, d'élever les enfants abandonnés. Son aumônier avait l'ordre de rechercher surtout les pauvres honteux, et il leur faisait des bons k échanger contre de l'argent. Chaque samedi il lavait et baisait les pieds de douze mendiants. Il envoya de
Srandes sommes en Terre-Sainte, paya les eties d'un grand nombre' de couvents et il n'était aucune œuvre pieuse a laquelle il ne
frît une part active. Autre saint Vincent de laul, il fonda une maison destinée k recevoir les enfants abandonnés et appro^trta des fonds k leur éducation. Des palais entiers entrèrent dans son enceinte, et quinze cenis malades trouvaient des s^ins dans un bâtiment contigu, sans compter les pauvres nombreux entretenus par cet hôpital. Cet établissement célèbre comprit plus tard d'immenses édifices séparés. Dans l'un quarante nourrices prenaient soin des enfants abandonnés, tandis que deux mille autres en<fants étaient élevés au dehors. Dans une se^ conde division cinq cents garçons et plus
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loin aulaiit de filles recevaient une éducation; enfin, un quatrième bfltimeni renfermait raille lits. La dépense annuelle s'élevait à 64,000,000 de francs. Tel est Thospice du Saint-Esprit, le plus bel établissement de charité qui ait existé et existe encore, et qu'Innocent dota avec magnificence de ses biens patrimoniaux.
Sa sollicitude s'étendait jusqu'aux Juifs si tyrannisés partout, et qui prenaient souvent une rude revanche par leurs extorsions de toutes sortes et leurs crimes. Innocent élève la voix pour prévenir ces tristes icènes et rappeler aux Chrétiens qu'ils ont une origine communeavec la postérité d'Israël. Partout son langage respire la plus lendre charité. Ils «onf, dit-il, les témoins rivants de la foi chrétienne. Il n*est pas per^ nis du Chrétien de les exterminer^ car ils lui servent à Vempécher d'oublier la commssance U la loi. S'ils veulent accomplir dans leur synagogue les préceptes de leur toi, que per^ lonne ne soit assex osé pour insultet à lears pratiques^ malgré leur opiniâtreté à préférer eurs endurcissements aux prédictions de leurs irophites. Etrangers aux mystères de leur loi rnéme et à la connaissance au Messie^ ils ont pourtant droit à notre protection. C'est f}ourquoi nous voulons^ par esprit de manfuéiude chrétienne Uur offrir le même appui fu ils reçurent de nos prédécesseurs. Aucun Chrétien ne doit forcer un Juif à être baptisée car la contrainte ne donne pa& la foi^ mais r*i7 consent à le faire de bonne çrdce , que personne ne s'avise de le décrier. Le Chrétien l'a aucun droit non plus de se saisir de leurs fiens ou de leurs personnes^ ni de les priver ie leurs biens sans une sentence judiciaire. H est également défendu de changer leurs ssages et coutumes aux lieux de leur habita^ ton, on ne peut les troubler dans leurs jours ie féies^ ni par les coups ^ ni en leur lançant ies pierres. A plus forte raison est-il prohibé ie recevoir deux en ces occasions^ les servi- :es auxquels ils sont d'ordinaire soumis^ de iétruire leurs cimetières ou de déterrer leurs norts^ le tout sous peine d'excommunication.
Conformément k ces principes, le Pontife établit des ressources pour les Juifs converlis, et en même temps s'efforce d'empèclier a perversion des Chrétiens. En agissant linsi. Innocent III ne fait que suivre les tra« te« de ses devanciers. Innocent II et Alexan- Ire m, comme plus tard il est imité luiuéme Ltar Grégoire IX.
Par I action toute-puissante d*InnocentIII, 'Arménie, la Bulgarie et la Servie furent éunies à l'Eglise romaine; le christianisme iropagé en &tonie et en Prusse, consolidé a Livonie ; et tous ces pays rattachés au lentre suprême de la vie chrétienne. La iiéiuoire d'Innocent III a été méconnue, et histoire qu'un en a écrite jusqu'à la fin du leraier siècle n'est, selon l'expression de >e Maistre, qu'une longue conjuration coure la vérité. Pleins des préjugés du droit [ivin des rois qui dominaient leur époque, *Meur7 et Bossue! lui-même en ont tracé le »orlrait le plus faut. Avant YHistoire du
yPape Innocent III et de ses contemporains^ par Frédéric Hurter, un seul homme avait réhabilité ce grand Pontife. C'était en 1791, sous la république française et sous le naironagede l'Institut nalional.Un savantdcla race épuisée des Bénédictins M. de la Porte da Theil publiai dans le Recueil des chartes, actee et'diplômes pour l'Histoire de France^ les lettres jusqu'alors inédites d'Innocent III, qui formaient deux volumes de supplément au grand travail de Baluze. Les recherches auxquelles fut entraîné du Theil pour éditer ces lettres et leur lecture attentive lui firent apparaître le Pape Innocent III sous un jour tout autre que celui dans lequel on était habitué à le considérer. Il se livra donck une étude plus approfondie de sa vie et de son siècle, et publia dans un mémoire de l'Institut, une première partie de ce travail divisé en cinquante chapitres et qui traite des événerpents ies plus importants de en grand poutiticat. Nous allons en donner une courte analyse résumant ainsi avec M. du Theil la vie d'Innocent 111.
Il constate d'abord la grandeur de son caractère, une fermeté d'Ame à toute épreuve, une suite et une constance inébranlable dans tous ses projets, un zèle infatigable pour la gloire de l'Eglise et celle de la chrétienté toute entière, une pureté de mœurs irréprochable, une habileté extraordinaire dans les affaires, une rare supériorité de talents naturels et de lumières acquises» une adressa peu commune à tirer parti de tous les événements favorables à ses desseins. Il montre enfin les succès brillants et constants qu'il obtint, non-seulement pour la gloire et la liberté de l'Eglise, mais pour le bonheur des peuples et l'avantage des sociétés humaines.
En Espagne, Innocent défendit avec énergie la sainteté de la famille, et si les différents princes de ce pavs éprouvèrent de sa [>art tant d'obstacles a leurs unions illicites, es lois canoni(]ue8 comme les lois de la morale l'exigeaient impérieusement. Les rois de Castilin et d'Aragon durent k l'assistance du Pa|»e leurs grands succès contre les Sarrasins.
En France, qui pourrait refuser des éloges k sa fermeté chrétienne quand on le voit quinze ans occupé k soutenir contre un puissant monarque, la cause d'une femme infortunée devenue l'objet d'un dégoût in-
t'uste et d'une persécution cruelle? La triste ngelburge également intéressante par ^t beauté, ses vertus et ses malheurs, loin de sa patrie, loin de ses parents, au milieu d'une cour étrangère, et livrée sans défense au pouvoir sans bornes de son persécuteur, périssait sans retour si, du haut du Vatican, un bras infatigable ne l'eût constamment soutenue. GrAce k l'inflexible Innocent, la morale, la justice l'emportèrent enfin. Le rot reprit son épouse el dut k cet acte le retour de l'affection de ses sujets et leurs efforts incrorables qui amenèrent la victoire de Bouvines, victoire qui fut le fruit de la Ion* gaaimité du Pontife, qui| en cette affaire»
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DICTIONNAHIE
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et sans fe moindre intérêt personnel, se montra invariablement, comme toujours, l'appui de la veuve et le venjçeurderinnocenoe. Dans TafTaire des albigeois, Innocent III remplit forcément le rôle de représent«'mt et ae censeur de la société tout entière attaquée jusque en ses fondements, par cette hérésie qui niait toute autorité spirituelle et temporelle. Floury lui-même, si partial cotitre ce ^rand Pontife, le constate sans s*en apercevoir. Un des plus célèbres conciles, le quatrième de Lalran, fut convoqué è ce sujet, et présidé par Innocent III. Là, se trouvèrent quatre cent douze évoques, soixante et oïlze primats ou métropolitains, plus de huit cents abbés; un ^rand nombre de procureurs pour les absents, et des ambassadeurs des principales puissances de TKurope. La société tout entière de l'Europe était donc représentée dans cette imposante assemblée, et il ne p>iuvait rien s'y décider que de son consentement. Or, le- concile abordant la question des hérétiques, prononça que si le seigneur temporel étant admonesté , néglige de purger sa terre des hérétiques, il sera eicommunié par le métropolitain et ses coroprovinciaux; et s'il ne satisfait dans l'année, on en avertira le Pape, afin qu'il déclare les vassaux absous du serment de fidélité, et qu*il expose sa terre è la conquête des Catholiques. L*Eglise, dit Fleurj , semble ici entreprendre sur la puissance sécnlière, mais il faut se souvenir
au*à ce concile assistaient les ambassadeurs 6 plusieurs souverains qui consentaient è ces décrets au nom de leurs maîtres. Toute l'explication de la conduite des Souverains Pontilès est dans ce peu de *mots. En effet, coinaie nous Tavons déjà fait remarquer en parlant de Grégoire VII, la constitution du moyen âge était fondée tout entière sur ce principe, que les hommes n'étaient unis en société temporelle que par leur union supérieure en la société spirituelle ou l'Eglise, et qu'ainsi tout homme qui perdait par l'ex^ communication sa place dans la dernièrei était par là même exclus de la première, et perdait tous ses droits d'homme et de ci-^ toyeo, en perdant tous ceux de Chrétien. Or ce principe n'est [las selon nous une simple question delaitque nous opfiosons aux adversaires du Pape pour justifier leur mémoire, mais bien une question de justice éternelle et d'immuable vérité. Nous croyons en effet, qu'aucune communauté civile ou temporelle ne peut avoir pour base que la comniunauié morale, spirituelle ou chrétienne qui définit les droits de chaque homme en définissant ses devoirs. Nous sommes convaincus que c*e*»t pour avoir oublié ce principe fondamental de tout ordre social, que les sociétés sont aujourd'hui menacées d une universelle dissolution. Or ce principe admis, comme il Tétail d'ailleurs sans conteste au uioyen flge, le rôle de TEglise ou de la papauté était fort simple. Après avoir usé en vain de toutes les voies dtt conciliation et de douceur, le Pape frappait l'hérétique , non bàus avoir essayé de
rébranler une dernière fois, par l'exposé des conséquences temporelles qu'entrafoàil nécessairement avec elle celte excommunication. Là se bornait le rêle de l'Eglise et sa mission toute spirituelle. Comme hommes et comme Chrétiens, tous les membres de la société s'élevaient aussitôt contre l'tiérétiaue, pour lui appliquer les peines temporelles, conséouence civile et sociale derannthème (|ui l'avait frappé. C'était là l'œuvre de la société temporelle, dont l'Eglise ne pouvait plus que cnercherà adoucir Tapplication, trop souvent mélangée sans doute du cours de toutes les passions humaines.
Lorsqu'à son avéneipent au trftne pontiGcal , le rôle qui venait de lui être confié sur le rd!e du monde et son dévoûment à la foi chrétienne, avaient fait à Innocent une loi de veiller à ce qui menaçait le christianisme d'une ruine pour ainsi dire complète. Ce Pape usa, comme nous l'avons vu, de tous les moyens possibles pour ramener les albigeois par la persuasion. Tous les monuments bistori(|ues prouvent avec quelle constance il n^sista à toutes les suggestions contraires. Les lettres du Pontife, 1 histoire et les actes originaux constatent qu'il fui indignement trompé par ses délégués qui agirent contrairement à toutes leurs instructions. Longtemps le Pape repoussa leurs insinuations, et ce n'est qu'après avoir été trompé 1us(]u au bout, qu il légitima les conquêtes de Simon de Montfort. Encore sut-il toujours rendre
Justice à Hayinond, dès que celui-ci put se aire entendfp, et chercha-t-il à terminer cette malheureuse croisade, en prévenaot toute nouvelle effusion de sang.
En Angleterre, Innocentsoutiotet Qt triompher la cause de la justice contre le plus détestable des princes* Si les engagements contractés par I Angleterre envers Je Saint- Siège furent l'œuvre volontaire du roi Jean; si un seigneur pouvait donner ses propriétés en fief à un évéque ou à un couvent, pourquoi un roi n'aurait-il |m donner son royaume en fief à ct^lui qui régnait sur tous les évoques et sur tous les couvents ? Un trèsgrand nombre s'étaient ainsi constitués les vassaux du Saint-Sié^e, et cette suzeraineté de l'Eglise sur les princes n'était, au fond, que l'application du principe dodl nous venons de parler, et qui considérait toute société politique comme une simple conséquence temporelle de la société religieuse universelle qui constituait la chrétienté dans dans son droit public comme dans sou dogme.
Dans les royaumes du Nord, la conrersion d'un çrand nombre de iMiïeos fut due aux soins infatigables d'innoncent. Nous avons rappelé soinnairement ce qu*il fil pour le^ croisades, ces sublimes élans de la chrétienté tout entière qui eurent pour résultat de refouler Tislamisme, d'établir des rapports étroits entre TOcoident et TOrienl, a*enrichir r£urope des arts et des seiences cultivés par les Arabes, de préparer la réToluiioii des communes, 1 indépendance des aations
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DES PAPES
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rhr<^tiennes» et notre inD'ience actuelle sur les destinées de la Turquie.
En Italie, la puissance tenoporelle du Saint- Siège s*accrut immensément sous'le règne de ce Pape. A peine monté sur le trône et couronne de la tiare, il vit le peup1e.de Rome, depuis longtemps indocile, devenir tout a coup soumis, «^t les provinces, qui Hvaient été soustraites h Taulorité pontiflcale par les empereurs, se ranj^er sous son obéissance. Celte révolution paciûque, en rendant au Siège ponti.lcal son ancien éclat, lui donna plus Je force pour revendiquer partout la liberté de rËglise et les droits méconnus des •euples.
En Allemagne, nous avons vu la droiture le la conduite d*lnnocent,et comment Olhon >crdit la bienveillance de son protecteur, par la propre ingratitude, et par son infldélité & emplir des engagements volontaires, aulieniiques et sacres. Frédéric, cet orphelin o^ral, placé sous la tutelle du .Pape qui prit OUI de son enfance et travailla eflicacement I sa grandeur, ne paya éi^alement ses soins maternels que de la plus noire ingratitude.
Le rôle des Pontifes romains dans Tliis* oîre d^ltalie , n*a pas été le même. Au xiir iècle, c'étaient les études graves qu'ils favoisaient de tout leur pouvoir; c'était à fouler des universités partout le monde, îk les ombler de privilèges quMls consacraient ours soins et leur argent. Innocent III préidnit trois fois par semaine un consistoire |ui jugeait les causes qu'on lui envoyait de lute rEurope. La science du Pontife, son ioijuence, son discernement étaient tels, |o*il gavait à Rome alDuence de causes pour tre jugées par lui , et offluence d'hommes o( les, de jurisconsultes pour l'entendre. Le léiue Pape ordonna quil y eût dans les olises un professeur de grammaire, et dans r^ métropoles un théologien pour Tinstrucou des clercs et du peuple. C'est à lui que .Mijontent les plus anciennes lois do I uniûrsîlé do Paris.
Une confrérie toute spéciale, consacrée L<:lusivement au soulagement d^s malades, i forma à Rome sous Innocent III, en même »inps h peu hrès que celle qui s*était charge {«le la délivrance des captifs chrétiens. n certain Gui , de la ville de Montpellier, 1 viron vingt ans avant l'élection d'Innocent, nu À Paspect de pauvres malades privés de cours, se décida à fonder un hôpital pour s recevoir. 11 fit construire, devant les jrtcs de Montpellier, une maison qu'il plaça »us fa protection du Saint-Esprit, et s'adjoint quelqui*s autres hommes animés comme li de sentiments chrétiens, il y entra luii^iue pour la desservir. Elle devait prodi- J4T toutes sortes de soins charitables : miager ceux qui avaient faim, revêtir Uis luvres, soigner et consoler de toutes maires les malades. Gui commechef de l'ordre li^oà lui-même les règles, auxquelles détient se soumettre ceux qui se réunissaient lui, pour se livrer à des œuvres de charité. >ii$ avonsdèjk précédemment raconté comeni Innocent avait reconstruit l'ancien hos-
pice du Saint-Esprit, bâti à Rome par les fois anglo-saxons, et l'avait enrichi de bé« néfices , de biens fonds , de revenus , de trésors, d'ornementiB, de livres et de juridictions, aGn que l'on pOt, en tout 'temps, s'y livrer tranquillement au culte divin, au soin des malades, au soulagement des malheureux. Il l'admission des enfants trouvés et au loge^ ment de trois cents pauvres. Le Pape ne né* gligea pas dans cette occasion le salut de l'Ame de ses prédécesseurs et de ses successeurs, de tous h'S évoques, des cardinaut morts et vivants. Certes il serait diiQcile de trouver une institution qui ait conservé sa destiuation primitive pendant plus de six cents ans dans une aussi grande pureté que Thôpital du Saint-Esprit à Rome. En I an 120i Innocent appela maître Gui k Rome, et réunit les deux hôpitaux, celui du Saint-Esprit à Saxia, et celui de Montpellier; de telle façon que les deux devaient être placés sous un seul mattre, et les Frères 80u<* mis aux mêmes règles qu'il leur donna. A l'hôpital de Rome devaient être attachés au moins quatre ecclésiasti(]|ues. Ils devaient y remplir les fonctions religieuses, prier journellement |K)ur les Papes , les évêques et les cardinaux, et être soumis immédiatement au Pape.
Parmi tous les Pontifes qui ont représenté dans leurs personnes l'idée «chrétienne du service public. Innocent III est un de cent qui nous paratt l'avoir le mieux compris dans son application sur une grande échelle, circonstance d'autant plus merveilleuse que l'élévation de son caractère l'eût porté probablement vers des pensées de domination, si . son Ame eût été moins profondément pénétrée des vrais principes d'un gouvernement catholique. On Itii a reproché une aoKe de rigueur et d'inDexibilttè, sinon même on esprit de domination, pour avoir osé rappeler les princes de la terre aux lois de la morale et de TEvan^ile et aux saintes prescriptions du christianisme. Mais ne pourrionsnous pas répondre par ses propres parolesr Se pourraii-il^ ii'H Innocent dans un de ses écrits, que les Mques et plus aue tous les autres ^ Ce Pape n eussent pas le droit de pu^ nir les princes de la lerre lorsqu^ifs refusent découler la toix de l Eglise et d^o/frir pour leurs crimes une satisfaction convenable, par* ce quils n'ont à répondre de leurs péchés qu'à Dieu seul^ et non aux hommes? Mais noni quoique le cœur des rois se trouve datia lu main du Seigneur ^ qui le dirige tomme il lut plait^ cependant aux évéques et au Pape ap^ partient de prononcer contre les coupables les peines ecclésiastiques» (Inno€b?it 111, inpsat. III pmnilent.X. V» n. 30, 1838.)
Innocent III tomba en paralysie, puis en léthargie, et mourut le 16 juillet 1216* après avoir tenu le Saint-Siège 18 ans et 6 mois.
INNOCENT IV. — Après la mort ée Gré* goire IX le Saint Siège vaqua près de dixhuit mois, par la division qui était entre Ita cardînatix. L'empereur Frédéric envoya à home l'archevêque de Bari pour négocier
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la paix ; mais ce fut inutilement. Il vint luimôme avec une grande arméct ravagea les environs do Rome, et retourna ensuite eii Allemagne.VersIemème temps, ilécri.vitaux cardinaux pour leur reprocher leur division et le retard qu'ils apportaient à l'élection du Pape. « Vous n'avez point, v leur disait* il, u d'attention aux choses spirituelles, mais seulement à celles de ce monde terrestre. Chacun de vous désire ardemment le ponti- 0cat, et ne suit que sa passion, sans avoir é^ard au mérite. Vous poussez la jalousie
t'usqu'à souhaiter ia mort l'un de Tautre, lien loin de contribuera le faire Pape. Faites donc cesser entre vous les factions, accordoz-vous pour donner un chef à l'Eglise. » Non content de ces lettres injurieuses, Frédéric se mit en campagne avec une armée, et ordonna à ses troupes de ravager les terres des cardinaux. Los Sarrasins qu*il avait è sa solde, ne s'acquittèrent que troj) de cet ordre. Ils pillèrent cruellement la ville d'Aïhano, sans épargner les <^glises, cl réduisirent les habitants h la Juruièrc misère. Les cardinaux voyant ces ravages, prièrent l'innpercur do les faire cesser, promettant 'J*éliro un Pape au nlus tôt Enfin, lo 2V juin I2M, ils s'accordèrent è nommer Sinibalde de Fiesque, Génois , de la maison des comtes de Sava^no, et rardinal-prètrc. Il prit le nom d'Innocent IV. Quand on on porta la nouvelle è Tempcruiir Frédéric, il en parut aflligé, et dit nn\\ prévoyait que, d'un cardinal ami, il (fevicndraii un Paf>o ennemi. Il fit néanmoins faire des prières, nar tout son royaume, en action de grâces, et il lui envoya des ambassadeurs. Ils étaient porteurs d'une lettre, où fcmpereur reconnaît (lue le Pape est issu de la première noblesse de TEmpiro, et son ancien ami, et lui offre toute sa puissance pour l'honneur et la liberté de TEglise. Le Pa|>e reçut cette ambassade très-favorablement, et pour négocier la paix avec l'empereur, il lui envoya trois nonces; mais la négociation fut sans effet, liarceque l'empereur proposa des demandes auxquelles le Pape ne pouvait accéder.
On traita de nouveau de la paix, et sous des conditions favorables; il n'y était fait aucune mention de réhabiliter Frédéric dans la dignité impériale dont Grégoire IX l'avait déposé : mais seulement de l'absoudre des censures. L'empereur,.après les engagements les plus solennels qu'il parut oublier aussitôt qu'il les eut contractés, ne tendit qu'à surprendre Innocent et à se rendre mattre de sa personne. En effet quelques mois «près, le Pape, qui voulaits'il était possible, conclure la pnix avec ce prince, partit de Rome pour s'approcher du lieu oti il était ; mais Frédéric lui manda qu'il n'exécuterait rien de tout ce dont il était convenu, s'il ne recevait auparavant les lettres de son absolution. Le Pape répondit que cette proposition n'était pas raisonnable; l'empereur ta chait de se rendre mattre du Pape. Innocent en étant averti, résolut de se retirer sucrè-tement, mais ayant appris que trois c^uis chevaliers Toscans devaient venir la nuit
suivante pour le prendre, il en fiit si alarmé, que, vers le milieu de la nuit, il quitta les marques de sa dignité, s'arma légèrement, monta sur un bon coursier, et partit sans que personne s'en aperçât. Il poussa si vivement son cheval, qu'avant six heures du matin il avait déjà fait onze lieues. Vingttrois galères étaient venues de Gènes audevant du Pape à Civita-Vecchia, ce qui faisait juger qu'il avait déjà formé ce projet. Ces galères étaient commandées par Ie$ premiers de la ville. Après une navigation.de auelqucs jours, ils arrivèrent à Gènes, pleins e joie, et furent reçus au son des duchés. Le Pape se trouvait ainsi à quinze journées de Rome, dans !a ville de sa naissance, au milieu de ses parents et do ses amis. L'empereur ayant appris sa fuite, en fut fort irrité contre ceux qu'il avait mis à la garde des ports et des villes de son obéissance.
Innocent ayant appris que le roi saint Louis devait aller au chapitre général de Ctteaux, écrivit aux abbés qui devaient s'y trouver pour les prier de conjurer le roi à genoux, qu'il prit la protection du Pape cont**e Frédéric : ce qu'ils exécutèrent, car saint Louis s'étant rendu à ce chapitre, tous les abbés, et la communauté, qui était de cinq Cents moines, s'étant mis à gencux devant ce saint roi, lui firent la prière que le Pape leur avait prescrite. Saint Louis, ému de ce spectacle, se mit pareillement à
f;enoux, promit sa protection au Pape contre es violences de l'empereur, et dit qu'il recevrait volontiers le Pape dans son royaume si ses barons le lui conseillaient , parce qu'attendu sa jeunesse, il ne pouvait se dispenser de suivre leurs avis. Tous les abbés fendirent à ce prince de grandes actions dd grâces.
Saint Louis assembla donc les seigneurs de son royaume, pour prendre leurs avis sur ce sujet. Or, pendant qu'ils étaient assemblés, le Pape envoya demander permission de venir à Reims. Mais les barons répondirent qu'ils ne souffriraient pas qu'il vint s'établir dans le royaume. Ils craignaient que sa présence ne nuisit à la dignité royale, et irou valent trop de différence entre leur jeune roi et un Pape consommé dans les affaires. Le roi répondit donc aux envoyés, conformément à l'avis des seigneurs; mais dans les termes les plus bienveillants. Lo Pape envoya aussi demander aa roi d'Aragon la permission de venir dans ses Etats, et il fut refusé de mè:ne. Quant au roi d*An« gleterre, il se contenta de lui faire écrire par quelques cardinaux, comme de leur propre mouvement. Le roi d'Angleterre ne rejeta pas cette proposition : mais des seigneurs de son conseil l'en détournèrent.
Innocent ne tiouvant donc point d*asi!e chez ces princes, se détermina à venir à Lyon, ville neutre alors, et dont l'arcbevèque était seigneur. Il partit de Gônes , traversa la Savoie , et arriva à Lyon. Aussitôt il écrivit une lettre circulaire aux archevêques et évoques, pour la eonvociviion d'un concile général ; voulant, dit-il» rétablir dans
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nES PAPES.
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sa preo)iftre splendeur» TEglise agitée par une terrhile lem; ète. Il y invita aussi les rois et les autres princes au temps marqué, qui était h la Saint-Jean. Cent trente, tant archevêques qu'évoques se trouvèrent à Lyon, mais fort peu d'Allemagne naturellement. Pour les princes, il n*y en eut que Jtux qui y vinrent; savoir, Baudouin, empereur de Conslantinople , et Raymond, :om(e de Toulouse. Dans la congrégation préliminaire, Thadée de Suesse, au nom de 'empereur Frédéric son naître, offrit au ?ô{ie^ pour rétablir la paii, de s'opposer aux rartares et autres ennemis de rÉglise, dealer en personne à la Terre-Sainte, pour la lélivrer du péril où elle était, et de rendre I TEglise romaine ce qu'il lui avait ôté.Mais e Pape rejeta ces offres, montrant que Fréléric ne tenait jamais ses promesses.
Dans la première session, le Pape, revêtu Ohtiflcalement, étant monté sur un lieu levé, et ayant à sa droite l'empereur de 'onstantinople, et quelques princes sécui ors à sa gauche, 6t un discours dont les irincipaux points étaient le dérèglement les prélats et des peuples, Tinsolence des ^Arrasins, le schisme des Grecs, la cruautédes fartares, la persécution (|ue l'empereur Fré- I éric avait exercée contre le Pape Gré^^oire IX, jofjiant que ce prince était héréti(|ue et sari lége. Cependant le Pape voulut encore ccorder h remi^ereur deux semaines de dé- 9i. Frédéric n en tint aucun compte, et ne aigna pas même envoyer de nouveaux pouoirs h son délégué. Dans la seconde session i>s Pères du concile ayant appris que l'emereur diffamait leur tribunal, le traitèrent omme contumace et rebelle à l'autorité de Eglise. On le convainquit d'avoir exercé es craautés contre les prélats qui venaient Rome sous Grégoire IX, et d'un ^rand nomre d'autres crimes. Dans la troisième sestori différée au 17 juillet par égard pour réciéric, le Pape prononça la sentence de ^position. Il réduisit les crimes de ce prince f|uatre principaux : Paijure, sacrilège, hé- :sie et telonie. Sur iouM ces exeis^ dit-it, et près en avoir délibéré avec nos confrères^ ouM dénonçons ce prince privé de tout hon» fur et dignité^ dont il s est rendu indigne ir ses crimes^ et l'en privons^ absolvant rur toujours de leur serment tous ceux qui i ont juré fidélité.
Pendant la lectare de la sentence, le Pape
les prélats tenaient des cierges allumés, tous les assistants paraissaient consternés. ?s envoyés de l'empereur frappaient leur >iirine en poussant des soupirs. .
L*enipereur Frédéric, ayant appris la :>uveile de sa déposition, fut transporté de »lère. « Quoi, » dit-il, € le Pape a eu l'auice de me dé}K)ser dans son concile, et de *ôter ma couronne? ^ E<i se redressant avec s yeux menaçants, il dit : « Mais je ne lî pas encore perdue, et le Pape ni le cono ne me Tôleront pas, sans qu'il y ait ;iucnup de sang répandu. » Ce prince, qui lit alors h Turin, envoya promptement ij Ois Conrad en Allemagne, et écrivit des
lettres aux princes souverains, pour se les rendre favorables. Il les exhortait à profiter de son exemple : « Que ne devez-vous point craindre, » leur dit-il, « d'un tel Pape, chacun en particulier, puisqu'il entreprend de me déposer, moi aux suis couronné empereur de la part de Dieu, après Télection solennelle des princes Vous en êtes vousmêmes cause, en vous soumettant à ces hypocrites, dont l'ambition n'a point de bornes. » Il se déchaîne ensuite contre les prétendus vices de la cour de Rome. Ce prince écrivit aussi au roi saint Louis. II envoya en France Pierre de Vignes, son secrétaire, avec une lettre dans laquelle il disait que pour Taffection singulière qu*il portait au roi de France, il remettait entre ses mains son différend avec le Pape, et qu'il était prêt de donner è l'Eçlise telle satisfaction qu il jugerait convenable. Saint Louis essaya de fléchir le Pape qui, convaincu de la duplicité de Frédéric, crut nécessaire de maintenir la décision du concile de Lyon.
Regardant TEmpire comme vacant, on pressa les princes d'Allemagne d'élire pour roi des Romains Henri landgrave de Thuringe. Les Frères prêcheurs et les Frères mineurs, qui avaient l)eaucoup de crédit parmi le peuple, prêchèrent en faveur du nouveau rôi, et promirent des indulgences h ceux qui s'attacheraient à lui. Le landgrave fut élu, et aussitôt on prêcha la croisade contre les infidèles, entre lesquels on comptait Frédéric. La Providence se chargea de ratifier la sentence du Pape : on connaît la chute et les dernières années de Frédéric, la mort prématurée de son fils, et la ruine totale de cette race redoutable ; triomphe à jamais mémorable du droit sur la force brutale, de la foi sur l'intérêt matériel» du christianisme sur la tyranuie.
Innocent partit de Lyon en 1251, après y avoir passé six ans et quatre mois. Il arriva è Gênes, et de là il se retira à Milan, où il passa deux mois.
Denx ans' après, l'empereur Frédéric tomba malade; et se trouvant en danger de mort, il chargea son fils Conrad, qu'il avait fait son héritier, de rendre à l'Eglise de Rome ce qu'il lui avait pris. Il reçut l'absolution de rarchevêque de Palerme, et mourut le ik décembre 1253, Agé de 52 ans. Conrad entra en Italie pour prendre p«)ssessiôn du royaume de Sicile. Il s'avança dans la Fouille; et il y faisait tous les jours de nouveaux progrès, lorsque la mort en arrêta le cours. Ce prince n'avait que 26 ans, ei laissa un fils, nommé Conradin, encore enfant. Mainfroy, fils naturel de Frédéric, étant devenu son tuteur, crut devoir se soumettre à tout ce que le Pane exigerait.
Innocent IV fut obligé a'excommunier Sanche II, roi de Portugal, et de mettre bon roj^aume en interdit : cardepuis Grégoire IX,
3ui avait déjà prononcé cet interdit, aucnn es abus qui y avaient donné lieu n'avait été réformé. Quelque temps après Inno-
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cent envoya pour missionnaires aui MogoU des Frères- pr^dieurs.
Uan 12Mt Innocent iV étant venu à NapieSy y publia une bulle fameuse pour restreindre les privilèges des religieux mendiants. Ce fut dans cette ville et dans la même année qu*il termina sa vie le 7 dét;embre, après avoir tenu le Sainl-Siége onze ans et cinq mois. Innocent IV aimait et protégeait les lettres; outre les écrits qu*il composa pour la défense de l*EgUse contré la persécution de Frédéric, on a de lui des commentaires sur le livre \ des Décrétalés; il était versé dans la jurisprudence, et on le nommait le Pire du droit.
INNOCENT V. — Après dix jours de vacance du Saint-Siège, les cardinaux enfertlQés dans le conclave élurent Pape Pierre des Cours de l'ordre des Frères précheursi cardinal-évëque d'Ostie, qui prit le nom ■d'Innocent V. Il alla aussitôt à Rome, où il fut couronné le 23 février 1276, et logea au palais de Latran: mais il y toml>a malade» et mourut le 22 juin, après cinq mois de pontiticat. Nous croyons ne pouvoir donner une biographie plus savante et plus complète de ce Pontife, que celle contenue d&ns le Mémoire lu par le chanoine Bâl Valenlin à la réunion de la société académique d*Aoste, le k février 1856. Nous regrettons vivement que le défaut d*espace nous mette dans l'absolue nécessité de passer sous le silence la seconde partie de ce Mémoire, si remarquable et si pleine d'érudition, relative à l'origine dlnnocent Y.
« La même vallée qui, dans le xii* siècle, » dit M. Bal Yalentin, « adonné h l'Eglise le grand saint Anselme, lui a aussi donné, un siècle plus tard, l'illustre Pape connu sous le nom dlnnocent V. Au couchant du duché d*Aoste, à peu de distance des glaciers du mont Blanc, existe nne commune appelée la Salle. C'est dans le château des Cours de Cunes, appartenant aux seigneurs de celte commune, que naquit, l'an 1225, Pierre des Cours.
« La distance, qui nous sépare de l'époque de sa naissance, et l'extinction de la famille des Cours, arrivée au xiir ou xiv' siècle, sont cause de Tobsurité où se trouve enveloppée rorigiue d'Innocent. Les recherches <{u'on a faites ont bien servi à faire connaître certains personnages de cette noble famille, mais les noms du père et de la mère de Pierre sont restés ignorés.
« Quant au jeune Pierre, le château qui abrita son berceau n'eut pas le bonheur de le posséder longtemps. C'était un usage assez réftandu à cette époque, que les enfants des nobles étaient placés à Tétranger, dans des couvents, ou sous la direction de quelque peraonnage distingué, pour leur faire éducation : celle du jeune des Cours fut cooûée à l'illustre seigneur Rodolphe de Chatellair, archevêque de la province ecclésiastique de Tarentaise. De là, étant à peine Agé de dix ans, il entra dans l'ordre de Saint-Domini- <^ue, de sorte que, selon le langage d'un historien qui a fait sa biographie, Pierre des
Cours s'ttait muni des armes Déeessair«s pour repousser les assauts de la chair, avant même a*en ressentir les révoltes. Lcssupé* rieurs l'ayant ensuite envoyé à Paris, pour y professer l'Ecriture sainte, il y eul^)nuc collègue le grand docteur de l'ordre, l'angé* lique saint Thomas. Alors cette <;api(aleput se glorifier de posséder dans son sein les deux plus beaux génies de leur siècle.
« A la réputation de savant, Pierre des Cours joignait dès lors celle de saint, ausei fut-il acclamé deux fois provincial des Gaules et vicaire général des Frères prêcheurs. Ayant eu connaissance de son mérite, Grégoire X, qui occupait, depuis 1271 la Chaire de saint Pierre, le promut au siège archiépiscopal de Lyon. Les chanoines de cette ville étaient depuis longtemps en litige avec le peuple. La paciGcation avait été tentée déjà bien des fois par des personnages éminents, mais elle avait toujours échoué. Il était réservé au zèle et h la charité admirable de Pierre des Cours d'aplanir toutes les difficultés et de rétablir chez les uns et les autres celte union et cette concorde qui sont l'essence de l'esprit chrétien.
« C'est de son temps qu'eut lieu le second concile général de Lyon. £ti assemblant ce ,concilo l'an 127&, Grégoire X se proposait un double but, celui de recevoir dans le sein de. l'Eglise les Grecs (]ui auraient professé le dogme de la procession du Saint-Esprit et celui de déterminer en mêoQe temps les se* cours qu'on devait envoyer en Syrie aux Grecs persécutés. Notre archevêque avait été chargé de tout disposer pour que celle auguste assemblée pût, en se réunissant dans la ville archiépiscopale, travailler avec succès à ces deux grands objets. Il y réussit si bien, que le Souverain Pontife, voulant lui marquer sa haute satisfaction, et lui donner une nouvelle preuve de sa confiance, s'empressa, avant même que les Pérès du concile fussent arrivés à Lyon, de le nommer au siège d'Oslie et de Vellétri en Italie» et de lui donner eu même temps la digoiié de cardinal, ainsi que la charge de grand pénitencier de la sainte Eglise romaine.
« La métropole des Gaules allait donc perdre son pasteur, et la circonstance du concile devait faire comprendre plus que jamais l'immensité de celte perte : ca.r tous les historiens sont d'accord à dire que Pierre lui, dans le concile, l'œil, le bras, V&me du Souverain Pontife.
« Choisi pour faire le discours d'ouverjure de la troisième session, après avoir déploré, les maux produits par le schisme des Grecs, et exposé les grands avantages que l'Eglise retirerait de leur union, il développa les causes pour lesquelles celle union, tant de fois projetée, ne s'effectua jamais, et suggéra en même temf)s les moyens les plus efficaces pour y arriver. Neuf jours après la quatrième session, TEglise peniit une de ses plus belles gloires-: saint Bona* venture, qui éait un des Pères du concile* Le cardinal des Cours fut chargé de son oraison funèbre,il s'en acquitta de manière a
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irer les larmes de^ yeux de tous les auditeurs. )a?idt pleurant la mort de Jonathas : DoUo itper If, frater mi Jonatha ( // Reg. i, 26), ui fournit le teile et la matière de son distours. Sur ces entrefaites, les orateurs du ^rand kan des Tartares, au nombre de cize, se présentèrent au concile, pour de« nander à former une ligue commune avec es princes chrétiens contre les Sarrasins ; le ardiual dominicain profita de Toccasion »our administrer le baptême à trois d'entre ux qu*H reconnut les plus dociles à la ;rftce. Le Souverain Pontife avait proposé ui Pères assemblés à Lyon d'abréger la duée du conclave dans les vacances du Saintiiége, à cause des désordres qui surgissaient rendant les intrigues : mais les cardinaux 'ooposaient. en disant qu'il ne fallait rien précipiter dans l'élection des Papes. L^orateur iooiinicain prit la parole, et par de solides aisons, détermina le concile a se ranger du Ôt6 du Saint-Père.
< Chacun s'étonnait de voir un homme el nue le prélat des Cours, qui avait été levé dans une étroite cellule, entre le silence u clotire et l'exercice privé des vertus mo« aies, déployer, dans toutes lès circonstanes, tant de maturité de conseil et de graneur de vue jointe à une promptitude (f exé« ution et à une égalité d'esprit si remarqua* les. Il sut éteindre dans bien des coeurs la aine des guelfes et des {gibelins ; et c'est par e> conseils et à ses prières, qu'Alphonse, oi de Caslille, se désista de ses prétentions ur l'empire d*Oecident. L^aflTabilité des maiîères et Thabileté à tirer parti des circons* inces, étaient ses plus grandes ressources.
«( Le 10 janvier 1276, Grégoire X mourut
Arezzo, et onze jours après, le concile réclamait à pleins suffrages l'élection de ierredes Cours au souverain pontificat. Le ni Charles envoya ses orateurs annoncir (1 nouveau Pape son élection, et quelques ;urs après il fut reçu à Rome avec une ompe et des honneurs extraordinaires. Ses reiuiers soins, dans sa nouvelle élection, jrcQt pour le rétablissement de la paix aroiî les princes chrétiens) et pour y parenir, il envoya des prélats, en qualité aiuliassadeurs dans toutes les cours de Euro|>e. Prévoyant que les Vénitiens se* lient entrés dans la ligue formée contre les sirrasins, leurs ennemis communs, il leva ifiiertJit que son prédécesseur avait lancé >ntre la republique.
« En même tenues ilsoulintet défendit do »ut son pouvoir les droits imprescriptibles j Saint-Siège relativement à la nomination *s évëqises, droits que Tem^iereur d*Orient ^ait tenté de s'arroger déjà sous les Pontifes rérédents. C*est ainsi que le zèle et Tactile de ce Pape promettaient à TEglise les plus -ands biens, lorsque, hélas 1 ces espérances rcut brisées. Innocent V n'occupa la Chaire : Saint-Pierre que cinq mois et deux jours ; vil d'un œil serein la mort qui s'approlait, et ayant recommandé son Ame entre s mains de son Créateur, il mourut à Rome,
22 juin 1276, avec la réputation d*uu
saint. Sa dépouille mortelle fut déposée dans l'église du Saint-Sauveur. Nous avons de lui plusieurs écrits remarquables, tels que : Nolei $ur les EpUre$ de saint Paul^ sous le nom de Nicolas de Goran ; Corn* mentaires sur le livre des Sentences; quatre lettres qui se trouvent dans Ugheili et dans Campi-Pûstillœ m (ifenesiiti et Exodum^ et plusieurs autres manuscrits dont quelquesuns se trouvent à la bibliothèque de Turin. » INNOCENT VL— Les cardinaux étant entrés dans le conclave pour donner uh sucitesseurà Clément VI, élurent, le 12décetn« bre 1352, Etienne Aubert, cardinai-évéque d'Osltff, qui prit le nom d'Innocent Vi. U était né près de Pompadour^ dans le diocèse dè^Lirooges. Il professa le droit civil à Toulouse, fut fait évèque de Noyon, ensuite de Clermont, et enfin cardinal-évèque d'Ostie. Il dut sou élévation à sa probité singulière, à sa sagesse tout évangélique et à Tintégrité reconnue de ses mœurs. Religieux observateur des lois canoniques, il com»inença par les mettre en vigueur dans son intérieur, afin de les mieux appliquer partout par son exemple.
Aussitôt après son couronnement, le Pape suspendit plusieurs réserves de bénéficeSt faites par Clément VI en faveur des cardinaux$et il ordonna à tous ceux qu*il trouva k sa cour d'aller résider chacun k son bé- Hélice; ce qui fut exécuté. Il diminua le nombre de sts domestiques, sa dépense ec celle des cardinaux. 11 fit une constitulioii contre les commandes, dont il montra fort bien les inconvénients ; et corrigea quelques abus. Presque toutes les villes et les places qui appartenaient à l'Eglise romaine, élajent alors occupées par ditférenis usurpateurs. Le Pape travailla à les affaiblir, et k rétablir le bon ordre dans toutes les villes. Mais, malgré ses efforts, l'Italie fut comme auparavant le théâtre de toutes sortes de crimes et de désordres. Dans la bulle de légation qu*Innocent donna pour Tltalie, il ûiwCtst avec la plus vive douleur que nous voyons régner depuis si longtemps en Lombardie^ en Toscane et dans les contrées voisines^ une division d'où suivent les meurtres^ les ravU" gesj la dégradation du culte dtrtn, le pillage des églises et des lieux qui en dépendent^ te mépris de la liberté ecclésiastique et ce qui est pis encore f esprit de schisme et d'hérésie. Cependant les affaires du premier ordre qui nous retiennent en deçà des monts nous empé* chent de nous porter en personne dans les lieux chéris où tende sans cesse Fardeur de nos vœux.
Par une bulle en forme, innocent révoqaa comme attentatoire aux droits immuables du Siège apostolique le règlement que les cardinaux avaient fait dans le dernier conclave- Jean Paléolo^jue, empereur de Constanlinople, traita la réunion des Grecs avec l'Eglise romaine, animé de dis|Kisitions plus sincères que celles delà plupart de ses prédécesseurs. Il fit entre les mains du nonee du Pape les engagements les plus solennels»
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DA demandant en retoar qn^nn faible se* cours. Mais les factions qui déchiraient en ce moment Tltalie et les autres Etats de l'Eu* rope mirent le Pape dans i*im(K>ssibilité de procurer ce secours. Cependant comme In* nocent VI avait fort à cœur celte affaire dont il concevait do grandes espérances pour la religion, il envoya en Orient pour légat le bienheureux Pierre Thomas de Tordre des Carmes qui affermit Tempereur dans ses dispositions.
Le Pape dont les vues d'ordre, d'économie et de désintéressement ont été appréciées par tous les historiens» se trouvait sous le rapport des ressources pécuniaires dans la situation la plus critique. A cette époque ît était presque le seul souverain qui soutint les Chrétiens d'Orient. Dès 1353 il avait envoyé de fortes sommes et des vaisseaux chargés de blé pour secourir Smyrne. Dans l'espoir fondé de la réunion des Grecs, qui ne pouvait être exécutée qu*avecde l'argent et des secours fournis, il crut devoir recourir à l'imposition de quelques décimes. Mais l'empereur Charles ne répondit à cette demande qu'en menaçant de mettre les revenus ecclésiastiques en séquestre entre les mains des princes laïques.
Le Pape s'efforçait en même temps de réveiller le zèle des premiers prélats, s'adressant en même temps aux archevêques de Mayence, de Trêves, de Cologne, de Brème et de Saitzbourg pour réprimer les dérèglements du cierge d'Allemagne. Vers le même temps, Innocent se vit exposé aux avanies et à l'insolente férocité de ces troupes de bandits qu^on appelait Compcignie blanche^ et gui infestèrent d*abord les provinces méri«lionales de la France. Enfin l'année suivante 1362, Innocent VI consumé de vieillesse, de soucis et de maladie, mourut le 12 septembre après neuf ans et près de sept mois de pontificat. Sou corps fut déposé dans la cathédrale d'Avignon, puis transféré à la Chartreuse deVilleneuve qu*il avait fondée. Ce fut un Pontife d'une vie exemplaire, observateur toujours exact de la justice, sévère quel(|uefois, inflexible même quand le datiger du scandale l'exigeait, d'une charité à^ laquelle on a faille reproche glorieux d'être allée jusqu'à l'excès, zélé pour les intérêts de r£cj;lise et ami des sciences et des savants, qu'il ne cessa de favoriser.
INNOCENT VU. — fiotiiface IK étant mort, et son compétiteur Benoit XIII restant seul, on espérait l'extinction du schisme qiii régnait depuis si longtemps en Occident. Ku etiet, Benoît avait contracté dans un écrit publié, signé de sa main, l'obligation de renoncer au pontificat en cas de mort de Boniface. Comme tout était disposé pour l'y contraindre, au cas où il refuserait, les car^ dinaux de Rome n'avaient qu'à s'abstenir de faire une nouveUe élection et le schisme était fini. Le roi de France se hAta de leur écrire dans ce but. Mais, par un empressement que l'on ne peut expliquer, les cardinaux présents à Rome, insensibles aux pressantes sollicitations qui leur étaient faites.
entrèrent en conclave le 12 octobre lU)^, douze jours après la mort du Pa|)e, et le 17 du même mois lui donnèrent un successeur» Ce fut Cosma de Meliarati, archevêque de Ravenne, plus connu sous le nom de cardinal de Boulogne. Il prit le nom d'innocent VII. 11 s*était en;;agé par serment, comme tous les autres cardinaux, à sacriGer sa pro- . pre grandeur à la paix de TEglise, pourvu que Pierre de Lune (Benott XIII) renonçât aussi à la papauté. Innocent était né dans rAbbruze,de parents médiocres, et vante généralement pour son esprit, sa doctrine, sou expérience, sa modestie, sa douceur inalté-* rable, en un mot pour toutes lesqualitésqui devaient faire un Papisans reproches. Tous les historiens font l'éloge de sa vertu et de son application aux affaires. Dans un autre temps, ce Pape eût fait la joie et le bonheur de 1 Eglise, mais dans le temps actuel, sun élection affligeait tous les Chrétiens, par ce qu'elle perpétuait un schisme qui durait depuis vingt-cinq ans.
Innocent YII notifia son élection dans toute l'Europe, par des lettres pleines d'uu ardent amour de la paix et qui inspirèrent une grande confiance, parce qu*on connaissait ses vertus et son caractère pacifique. Il indiqua un concile général à Rome, pour chercher les moyens de pacifier l'Eguse, Mais ce concilie ne put avoir liea à cause des troubles excités en Italie par les gibelins, à la tète desquels se trouvait Ladislas. Innocent, ainsi que son compétiteur, Benott XIII, écrivait de toutes parts des lettres où chacun d'eux exprimait ses désirs pour l'union et les efforts qu'ils faisaient pour Texiinction du schisme; aiais ni l'un ni l'autre n'arrivait à une cession volontaire qui, seule pouvait le terminer. Nous n'entrerons pas dans le détail des mille démarches qui eurent lieu à cet eCTet, principalement sous l'action toute-puissante de Tu* niversi(é de Paris.
Du reste, le pontificat d'Innocent ne (ut
1>as long. Il mourut au bout de deux ans, e 6 novembre 1406. Ses cardinaux, au nombre de quatorze, furent quelque temps incertains s ils procéderaient à une élection, parce que Benoit XIII, avait promis de renoncer au pontificat, si les cardinaux de Rome n'élisaient pas un nouveau Pape. Mais dans Tincertitude où ils étaient , ils firent un acte, dans lequel ils promettaient tous, que celui d'entre eux qui serait Pa))e, renoncerait à son droit, si Bonult renonçait au sien, signèrent cet acte, et procédèrent à une nouvelle élection, celle de Gré«'oire XII.
IlÎNOCENf VHI. — Il y eut de grands troubles à Rome açrès la mort de Sixte IV, et dès le lendemain, une troupe de jeunes romains alla piller le palais du eomie Riario, (neveu de Sixte IV} où ils ne trouvèrent personne : ils en rompirent les portes et les fenêtres, emportèrent tout ce qu il ; avait de plus précieux dans ce beau palsis. Le lendemain, ils pillèrent les naagasins et tes maisons des Génois, et cela en haine de Si^i^.*
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DES PAPES
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qui était né sujet de la république de Gènes. Ils enlevèrent encore tous les bestiaux qui étaient à un château appartenante ce comte. Les Colonnes causèrent à peu près les mêmes désordres : ils reprirent le château de Ca- ▼arro» dont \\s tuèrent le gouverneur et douze soldats» et j<ftèrent le reste de la (garnison par les fenêtres, dans les fossés.
Lorsque ces troubles eurent été apaisés « les cardinaux se rendirent à l'église de Saint-Pierre» où Guillaume de Pereriis» au- Jiteur apostolique, prononça devant eux un Jiscours célèbre sur réleciion d*un Souverain Pontife, et dans lequel il les exhorta h choisir un Pape qui fût ca{)able de secourir l'Eglise dans ('état déplorable oîi elle était; lut fût en état d'abolir tous les abus, surtout avarice et l'ambition, et qui ne craignit pas l'assembler des conciles généraux. Dès le eudemain les cardinaux s'étant assemblés li nombre de vingt-cina, on procéda h l'éection du Pape, et, le 29 août 1484^ ils éluen t Jean-Baptiste Cibo, dit cardinal de Melfe, l'extraction grecque, qui prit le nom d'Inlocent VIII, avec ces paroles du psaume pour levîse : faimarchédans mon innocence. [FâaL &XV, 1.) il était noble génois, et avait été ilevé avec soin. Dès qu*it fut entré dans le iionde, on l'envoya à Naples, où il vécut issez longtemps à la cour d'Alphonse et de l'erdinanâ. Depuis, il vint à Rome, chez le ;ardinal de Bologne, frère du Pape Nicoas y ; ce qui contribua beaucoup à son élévation. Paul II lui donna l'évèché de Savone, H Sixte IV lui conféra celui de Melfe, le Ht ardinal en 1473, et lui confia depuis la légation de Sienne : ce fut par ces degrés qu'il /éleva sur le Saint-Siège.
Innocent VUl contlrma la congrégation de elîgieuses établie à Tolède par Béatrix de >>]va et la rangea sous la règle de Citeaux, m lui conservant néanmoins son titre de la Conception. Il approuva la conduite remarluable de l'université de Paris, qui avait rondamné les propositions de Jean Laillier contre la primauté du Siège apostolique, 'autorité de l'Eglise et diverses pratiques -cligieuses.
Des le d^hut de son pontificat il employa ous ses efforts pour réconcilier entre eux es princes d'iulie, et réunir au Saint- Mége ceux que son prédécesseur en avait ridignés : il tâcha aussi d'unir ensemble les )riaces chrétiens contre les Turcs. Il oxhorait les ambassadeurs qui étaient à Rome, à Hjrter leurs maîtres à la paix. Il envoya des égau de tous côtés pour engager les souveaiDs à s'ojtposer aux Turcs, et à fournir de 'argent, s ils ne pouvaient faire mieux. Ce [ut vers le même temps qu'Innocent VIII publia la canonisation de Léopuld, marquis j'Autricbe, surnommé le Pieux, et qui était uort en odeur de sainteté dans le xir siècle.
Cependant les progrès de Bajazet, empe» *eur des Turcs, avaient répandu la terreur >n Italie, et le Pape voulant le prévenir, écrivit aux princes chrétiens de terminer eurs différends, et de s'unir tous ensemble ^ur défendre la cause de Jésus-Christ, con-
tre l'ennemi de la religion. La lettre qu'il écrivit aux princes d'ItaTii), ne fut pas sans succès. Le duc de Ferrare promit huit mille écus d'or, le Siennois autant, le marquis deMantoue six mille, celui de Hontferrat deux mille, et la république de Lucanes autant. Mais les Florentins, à qui le Pape avait imposé une contribution de trente-six mille écus d'or, représentèrent que leur Etat était épuisé par les grandes dépenses qu'ils avaient été obligés de faire dans la guerre contre les Génois.
L'année suivante, le Pape reçut des ambassadeurs des rois de France, d'Angleterre et de Danemark, ainsi que de plusieurs autres puissances. Il les exhorta tous à la paix, en leur exposant les suites funestes des guerres, les temples profanés, le culte divin interrompu, les villes ruinées, les vierges déshonorées, mais toutes ces exhortations ne produisirent presque aucun effet, à cause de la guerre qui était entre Mathias, roi de Hongrie, et l'empereur Frédéric , d'une part ; et Albert de Brandebourg et Othon de Bavière de l'autre, car on avait besoin de ces princes pour pouvoir arrêter les progrès des Turcs. Dans la même année, le Pape déclara la guerre à Ferdinand, roi de Naples, qui exerçait une violente tyrannie sur les sujets cle l'Etat ecclésiastique, et qui, contre toutes les lois, avait fait mourir un grand nombre de personnes. Plusieurs seigneurs du royaume de Naples avaient eu recours au Pape.Dailleurs, ce prince .refusait de payer a 1 Edise de Rome, le tribut dont il était re.devabîe, sous prétexte que le comtat d'Avignon n'avait été cédé par la reine Jeanne au Saint-Siège, que pour tenir lieu de ce tribut, qui montait à quarante mille écus d'or. Innocent VIII, offensé de ce refus, leva une armée, dont il donna le commandement à Robert de San-Severino.
Ferdinand, pour s'opposer au Pape, commença par apaiser les seigneurs de son royaume, qu'il avait maltraités. Il tâcha ensuite d'engager Innocent dans une guerre civile, afin qu'en lui donnant de l'occupa* tion dans Rome, il ne portât point ses armes ailleurs. Ayaut attiré dans son parti le duc des Ursins, il ne pensa plus qu à semer la division dans cette ville. Il employa les promesses, les menaces et toute sorte d'artifi-ces pour engager les cardinaux et le peuple kse révolter contre Innocent; il répandit des écrits, supposant que l'élection de ce Pape n'était pas légitime, et il promettait son secours k ceux qui voudraient en élire un autre. Le Pape se trouva fort embarassé, ses ennemis ravageaient déjà tous les environs de Rome. Sian*Severino, pour arrêter ces incursions, s'avança avec son année, et chassa les ennemis d'un pont qu'ils occupaienL Ferdinand fut obligé de ralentir ses poursuites ; il écouta les propositions de paix qui lui furent faites par quelques cardinaux, et promit d'en observer les articles : mais il ne tint aucune de ses promesses ; il continua d'opprimer les seigneurs, et se moqua
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des 9vifl du Pape. Innocent, poussé à bout, prononça une sentence d'excommunication contre lui, et le déclara privé de son royaume en faveur du roi de France Charlas VIII, qui prétendait y avoir un droit lé* (;i(ime. Il publia même une croisade contre ui. Ce prince ne se soumit au Saini-Siége que deux ans après, parce qu*il appréhen* dait les armes de Charles VIII, que le Pape avait invité à venir en Iialie.
Vers le même temps, le frère de Bajazet, nommé Zizim, s*élait réfugié à Rhodes, pour éviter la colère de l'empereur son frère; et le grand maître de Rhodes (d'Aubusson) le faisait garder en France dans la commaniie» rie de Bourgneuf, sur les conûns du Poitou. I.a plupart des princes faisaient tous leurs efforts pour avoir Zizim en leur disposition. Le grand mailre donna la préférence au Pape, et le roi Charles VIII y consentit. Un cardinal alla au-devant de Ipi , et on lui fit à Rome une entrée magnifique. Zizim fut présenté au Pape dans un consistoire public, par l'ambassadeur de France et le grand prieur. Le maître des cérémonies Tavertit de saluer le Pape et de lui baiser les pieds. Ce prince avait le regard farouche, le nez aquilin, la poitrine fort large, et surpassait la taille ordinaire des hommes; il avait en* yiron quarante ans. Dès le lendemain de celte cérémonie, le Pane, pour récompenser le
Srand maître de Rhodes, le fit cardinal, et éclara que toutes les commendes lui ap* partenaient; il lui donna encore le pouvoir de disposer des bénéfices et des revenus des ordres militaire « du Saint -Sépulcre et de Saint-Lazare, et il réunit ces ordres h celui de Saint-Jean de Jérusalem. Cependant le Pape songea à tirer avanlase de la personne de Zizim, dont il éiait maître, pour faire la guerre aux Turcs; il envoya des nonces a 1 eupe/eur e& aux rois, pour prendre avec eux les mesures nécessaires. On convint que chacun oontribueraH, selon son pouvoir, en armes, soldats ou argent, et qu on laisserait au Pape la liberté de lever les annales et les décimes, et de publier une croisade. Mais pendant que Ton faisait ces préparatifs , Bajazet , irrité contre le grand maître (ieRhodes,.de ce qu'il s*éiait dessaisi de Zizim, son frère, envoya un ambassadeur au Pap*', pour faire alliance avec lui et lui promettre 120,000 écus d or, pourvu qu*i| iroulût retenir Zizim en prison. Cet amitas*sadeur eut une audience publique, en présence du Sacré Collège. 11 parait que le Pape reçut 40,000 écus dor pour l'entretien de Zizim. Cette conduite d'Innocent VIll ne s'explique pas avec la résolution de fair(^ 4a guerre aux Turcs, et il continuait de lever des décimes pour celle guerre, ce qui nous sembledémontrer la tausselédece bruit. Quelque temps après, un homme nommé Macrin, mécontent du Pape, qui l'avait privé d'une charge, s'en alla à Constantinople, et promit au sultan de mettre fin à la guerre, en tuant le Pape et Zizim. On le uiargea d'or et de présents, et ou lui proQiit le gouvernement de l'île de Né^re|)onl, s'i|
{mouvait venir è bout de son dessein; mais il ut découvert, et on le fit périr. Eo septembre 1&90, Innocent VUI approuva une coqfrérie, nommée de la Ûiséricorde, pour assister les criminels condamnés à mori et pour avoir soin de leurs funérailles.
Deux ans auparavant, il avait donné une bulle pour réunir à la couronne d*EspagnQ les grandes maîtrises des ordres de Calatrava, de Saint-Jacques et d'Alcantara, ce qui ne s'effectua définitivement qu'en loOO, et mit le roi en état de consommer laréductlon des Maures.
L'an ikdU Innocent VIII fut attaqué d'apoplexie, et depuis cet accident il n*eiit plus la même liberté d'esprit pour s'appliquer aux affaires. Au mois de janvier de l'année suivante, il fit la paix avec Ferdinand, roi de Naples. Ce prince était alarmé des préparatifs que faisait le roi de France, pour porter h guerre dans son royaume; et c'est par là qu'innoceni VIII finit son pontificat. Sentant sa fin approcher, il ne parut plus occupé que de Taulre vie, et reçut les sacrements avec de grandes marques de piété. 11 mourut le 25 juillet suivant, Agé de soixante-deui ans, ai>rès en avoir été huit sur le Saini- Siéice.
INNOCENT IX. — Les mômes intérêts
3ui avaient divisé les esprits dans le précéent conclave subsistèrent dans celui qui se tint après la mort de Grégoire XIV. Ccj endant tout le monde était persuadé que le cardinal Santiquatro^ ou des Quatre-Couronnés, serait élu : ce qui arriva etlectivement. 11 prit le nom d'Innoi^ent IX. 11 se nommait Jean-Antoine Fachinetto, et étnit originaire de Bologne. Il s'élaic rendu recoinmaudabte
(lar sou intégrité et son érudition. Dès qu*il ut élu, il s\)ccupa à faire renaître Tabondance. Il ne Toulut accorder aucune grâce sans prendre conseil : il se conduisit avec tant de prudence, qu'il contenta la noblesse, le peuple et les ministres étrangers. Il n'eut rien plus h cœur que de soulager les Romains des impôts onéreux dont on les avait depuis peu chargés.
Innocent IX envoya des secours è ^a Ligue; et il nous reste la lettre dans laquelle il excite Alexandre Farnèse à hMi^r KS préparatifs, à entrer en France et à débloquer'Rouen : ce que ce général exécuta avec autant de bonheur que (inhabileté. Mais je malheur voulait qu'Innocent fût irèsvieux : il ne quitta presque jamais le lit; il y donna mèiue des audiences. Du lit de iuort d'un vieillard, qui ne pouvait plus femucr, parlaient les ordres et les conseils pour une guerre qui mettait en^^nouvement la France et l'Europe. Mais la mort interrompit tous ses bons desseins le 30 décembre 1691. M. de Tbou remarque que ce prince était d'une grande sobriété; qu'il était grave dans ses mœurs et dans ses discours, mais fort affable dans la conver^aiico. Il ne siégea que. deux mois.
INNOCENT X. — Le conclave qui suivit Ja mort d'Urbain VIII fut un des plus em* barrasses et des plus difficiles. Les Barbe-
Tel
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DES PAPES
LNN
riai, ses neveux» travaillèrent avec ardeur
à l*élection de Sachelti; mais Topposition
ferme et constante des Espagnols les empè-
cha d*y réussir. Le cardinal Antoine Barbe-
rini s^efforça de placer sur le Saint-Siège
Ferenzola, dit autrement le cardinal de
Saint-Clément; mais le patii de la France s*y
opposa, parce quMI était considéré comme
ennemi du cardinal Mazarin. Piqué de cette
opposition, il sollicita Télection du cardinal
Parophile» et, après bien des discussions, il
y réussit. Pampbile fut élu le 15 septembre
J6U, à r&ge de soixante-douze ans; il prit
le nom d'Innocent X. Il était Romain, d*ane
famille noble et ancienne. Après avoir fait
SOS éludes, il devint avocat consistorial ,
puis auditeur de la Rote, nonce h Naples,
Salaire dans la légation du cardinal François
Barberin, en France et enEspa;;ne,etfutfait
rardinal en 1629 par-Urbain VIll.
Les écrivains varient sur la personne et e caractère d*lnnocent X. Le comte Galeazzo Priorato dit qu'il était d*une taille fort haute, i*un port grave et majestueux; qu'il avait jn naturel ardent et plein de feu, une âme ^levée, une pénétration merveilleuse; qu'il §taii réservé dans les dépenses superflues, iH magnifique dans les occasions; qu*il limait 1'bonneur de l'Eglise. « Innocent, » iit Ranke, « était un hamipe bien loin d'a« roir des qualités communefs. Dans les foncions qu'il avait eu à remplir avant son élébaiion au Saint-Siège, dans la Rote, comme lonce^ comme cardinal, il s'était montré ictif, irréprochable et loyal; devenu Pape, I conserva cette réputation. On trouvait won zèle d'autant plus extraordinaire, qu'il :nmptait déjà soixante-douze ans lorsqu'il ut élu. Malgré cela, disait-on, le travail ne e fatigue point : après le travail, il est aussi ibre et aussi frais qu'auparavant; il parle vec plaisir aux gens, et laisse chacun s'ex* Ji()aer. Il opposa un abord facile et une uiueur gaie à la fierté de la vie retirée 'Urbain VIlI. Il prit particulièrement à Deur de procurer Tordre et la tranquillité à I ville de Rome. Il mit son ambition à ïaîDtenir le respect de la propriété et des ersonnes, à ne permettre aucun mauvais -aiiement des inférieurs par les supérieurs, es faibles par les puissants. »
L'élection de ce Pape changea la direction o la cour de Rome. Les Barberini subirent lentAt les conséquences de ce changement. >n préieodait qu'ils s'étaient permis des (jipiétements sur la justice, qu'ils s'étaient PI»roprié des bénéfices étrangers, et surtout « ri Is avaient soustrait des deniers publics. .e Pape résolut de faire rendre compte aux kvveux de son f>rédécesseur de leur administration financière pendant la guerre de la^tro. Ce fut là l'occasion de la rupture de a |>aix, dont la France avait été médiatrice ntre le Saint-Siège et le duc de Parme.
Raînuce II, duc de Parme, ayant appris d'Innocent X voulait donner pour évftque
la ville de Castro un sujet dont ce prince 'avait pas une idée favorable, fit prier le .ij*o d en nommer un autre. Innocent X,
Diction ^, des Pap£5.
qui était suzerain du îief, n'eut point égard aux représentations du duc. Celui qui avait été élu, sachant que sa personne n'était p^s agréable au duc, pria le Pape de le dispenser d'accepter cet évèché; mais Innocent X le fit sacrer évèaue, et le força d'aller prendre possession de son Eglise, lui promettant toute sa protection contre les mauvaises dispositions du duc. Le nouvel évêque, en prenant congé du Pape, lui dit en pleurant
Îue Sa Sainteté l'envoyait à la mort; mais le ape persista à vouloir qu'il partit, en lui réitérant les mêmes promesses. Mais avant même qu'il eût pris possession, il fut assassiné, et le crime fui commis avec des précautions qui n'en laissaient point connaître l'auteur. Le Pape le mit sur le compte du duc, et fit aussitôt démolir entièrement la ville, ëi poser, au lieu oik elle avait été, une pyramide, avec cette inscription : Là fui Castro. Le Pape, ayant déclaré le duc déchu de cette principauté, il s'ensuivit bientôt une nouvelle guerre. Les puissances de l'Europe s'intéressèrent pour ce nrince; mais elles ne purent rien obtenir. Dans la suite, le duché de Castro fut réuni à la Chambre apostolique, et le duc en fut déclaré entièrement déchu. Ces mesures énergiques ne furent prises par le Pape qu'à la dernière extrémité, et comme mal(;ré lut. Le duc de Parme ne payait point st% dettes, et le Pape ne pouvait se montrer dans Rome sans qu'on le conjurât de faire rendre justice aux Montis; en outre, l'évoque de Castro avait étéiissassiné, croyait-on, par des agents du gouvernement ducal, c'est pourquoi on se décida enfin à mettre en vente les biens des Farnèses. Le duc, loin de s'exécuter, tenta d'entrer dans les Etats de l'Eglise, et ce ne fut qu'après cette violence que Castro fut pris et rase.
Comme nous venons de le dire, Innocent fit faire des poursuites contre ceux qui avaient manié les deniers de la Chambre apostolique. Le cardinal Antoine Barberini était plus exposé que personne à ces poursuites, à cause de sa cbarge de camerlingue, Sui répond à celle de trésorier général. Les arberini effrayés implorèrent la protection de la France, et ils l'obtinrent facilement par le cardinal Mazarin. En consé- Îuence, le cardinal Antoine se réfugia en rance, avec son troisième frère. Dès que le Pape en fut informé, il disposa des charges et des dignités de ce cardinal. Mazarin reçut fort bien les deux frères, et les logea dans son palais. Ils portèrent en France de grosses sommes d'argent, dont le gouvernement profita pour lever de nouvelles troupes. Le cardinal Antoine gagna si bien la cour, qu'il fut nommé, en 16S3, archevêque de Reims et grand aumônier.
Innocent X publia en 16i6 une bulle contre les deux frères cardinaux. Il y déclarait que les cardinaux qui s'éloigneraient, sans sa permission, de I Etat ecclésiastique auraient tous leurs biens confisqués; que, s'ils ne retournaient pas six mois api^s, ils seraient privés de feutrée des églises, et
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DICnONNAIRE
INN
dépouillés de leurs^ bénéfices et de leurs emplois; qu'en persistant dans la désobéissance, ils seraient privés du cbapeeu, sans qu'ils pussent être rélablis au cardinalat que par le Pape, et non par le Sacré Collège, le Siège vacant. Il voulut que cette bulle eût lieu nonobstant toute raison ou (oute excuse, quoiqu'elle fût proprio motu. Il y déclarait qu'il dérogeait à tons les canons insérés dans le corps du droit, à toutes les constitutions apostoliques, à toutes les décisions des conciles, faits et à faire. Le parlement de Paris, sur le réauisiloire de M. Talon, avocat général, osa déclarer, la bulle d'Innocent X nulle et abusive. Cet arrêt fut bientôt suivi d'un arrêt du conseil, qui défendait Kl'envoyer de l'argent à Rome pour l'expédition des bulles; et on menaga même le Pape de se saisir d'Avignon. Celte menace fut bientôt suivie d'un armement de terre et de mer contre l'Italie. Le Pape, ayant appris ces nouvelles, chercha les moyens de se réconcilier avec la maison des Barberini. Il rétablit les Barberini dans tous leurs biens et toutes leurs charges, et déclara qu'il le faisait h 4a considération du roi Très-Chrétien, •qui les avait honorés de sa protection.
Cependant les affaires des Espagnols étaient en fort mauvais état : la guerre que Ja France leur faisait, surtout en Italie, obligea les vice-rois de Naples et de Sicile à surcharger le peuple d'impôts, pour en sou- ^tenir les frais; ce qui causa une révolution générale à Palerme et à Naples. Les rebelles appelèrent à leur secours le duc de Guise, fienri. Il était^alors àKome, où il sollicitait la cassation de son mariage avec la comtesse de Bossu, pour en contracter un avec Mme de Pons. Comme il était rempli de courage, et qu'il croyait avoir des droits bien fondés sur le royaume de Naples, il profita de l'occasion pour l'enlever aux Espagnols. Avant de partir pour aller au secours des rebelles, il voulut sonder sur son entreprise les dispositions du Pape. Mais le cardinal Masarin le laissa manquer de tous les secours nécessaires pour réussir dans cette «expédition. Innocent, persuadé par les raisons du duc de Guise, qui voulait le réconcilier avec la France, cionna le chapeau de cardinal à Pierre Mazarin^ archevêque d'Aix «t frère du cardinal Mazariii.
En 1650, M. Habert, évêque de Vabres, dénonça au Pape cinq propositions qu'on attribuait è Jansénius, qui avaient été déférées à la Faculté de théologie, un an auparavant, par le docteur Cornet, sans néanmoins en nommer les auteurs. L'année suivante, le docteur Saint-Amour, s'étant trouvé à Rome, agit en faveur des cinq propositions. Innocent X, voulant mettre fin à cette <lispute, avait établi une congrégation parlii'ulière pour les examiner, sur la dénonciation qui lui en avait été faite par environ quatre-vingts prélats frau{|ais. En 1651 , innocent X fit solliciter si lortement le roi d'Espagne de faire publier la bulle d'Urbain V!il,que ce prince en permit la publication. Cependant ia première congrégation pour
Texamen des cinq propositions s'était tenue à Rome; on eu tint même plusieurs depuis. M. de Saint-Amour et quelques autres docteurs, qu'on lui avait donnés pour collègues, furent entendus une fois dans ces congrégations : c'était dans le mois de mai 1653. Le 31 du même mois, Innocent X donna une bulle pour la condamnation des cinq propositions, qui y sont qualifiées chacune en particulier. Cette bulle était conçue de manière que, dans le commencement, la doctrine de ces propositions se trouve attribuée à Jansénius. Mais le Pape assura les docteurs que la doctrine de saint Augustin était et serait toujours la doctrine de l'Eglise; il leur déclara qu'il était bien éloigné de vouloir donner atteinte 'aux sentiments de ce Père et de saint Thomas. Cette bulle fut reçue en Flandre. Elle le fut aussi en France : en conséquence, le roi Louis XIY fit expédier, le k juillet, des lettres patentes pour la recevoir. Les évoques qui se trouvaient à Paris s'assemblèrent le 11, au nombre de trente, chez le cardinal Mazarin; ils l'acceptèrent d'un consentement unanime , et dressèrent le formulaire pour l'acceptation de cette bulle, qu'ils envoyèrent à tous les prélats du royaume. Innocent X fut rempli de joie quand il apprit que sa bulle avait été acceptée par cette assemblée. Il fit réponse à la lettre des évoques par un bref qu'il leur adressa, dans lequel il louait les prélats de France de leur soumission.
Ce Pape ne survécut pas longtemps à cette affaire : il était aiSigé de chagrins domestiques, et voyait sa famille partagée
Ear différentes passions de jalousie et d'amition. Se sentant accablé de vieillesse et tourmenté par les douleurs de la goutte, il rappela sa belle -sœur, comptant qu'elle aurait plus de zèle pour les intérêts de sa maison que n'en avaient tous les autres. Cette femme travailla à réconcilier les Barberini avec ce Pontife. Cette réconciliation promettait de grands avantages aux Pamphiles. Innocent X y avait une extrême répugnance. La chose réussit néanmoins par une alliance entre une petite-nièce du Pape et don Maffei Barberini, depuis prince de Palestrine.
Vers la fin de décembre, Innocent X se trouva très-mal, les médecins en désespérèrent. Personne n'osant lui annoncer son état, le cardinal Azzolina chargea de cette commission le confesseur de Sa Sainteté, qui était un Théatin. Le Pape donna sa bénédiction à ses neveux et nièces, et fit venir son prédicateur, afin qu'il l'exhortât dans siss derniers moments. Ayant aperçu près de son lit le cardinal Sforce, il lui dit : « Vous voyez où vont aboutir toutes les grandeurs du Souverain Pontife. » Il fit ouvrir pen* dant trois jours toutes les portes du palais, afin que tout le monde pût le voir. Il mourut le 7 janvier 1655, êgé de plusde 80ans« dans la onzième année de son pontificat. Il avait fait b&tir i Rome deux églises magnifiques et doux palais superbes ; il lais