‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 54 sur 123 · NN · texte numérisé non relu

NN

DES PAPES

INN

beaucoup d'argenlt dont on so servit utile- Doent pendant la longue vacance du Saint- Siège, et qui fut d'un grand secours à celui qui lui succéda.

INNOCENT XL — Peu s'en était fallu que le cardinal Odescalchi n'eût été élu dans le conclave précédent: l'austérité de ses mœurs fut le seul obstacle h son élévation sur le Saint-Siège. Voici que dit à ce sujet M. Amelot de la Houssaye : « Selon quelques gens, il se ruina lui-même, pour avoir dit aux cardinaux, qu'il n'avait pas les talents qu'il fallait à un Pape, particulièrement en ce temps, oik il y avait quantité d'affaires en désordre à régler : ce que l'on appréhendait à cause de sa vie irréprochable ot de sa sévérité : ce qui faisait dire h plusieurs prélats romains, qu'à la vérité Odescalchi était un très-bon ecclésiastique, mais qu'il n'était pas propre pour être Pape. » Quoi qu'il en soit, il fut élu le 10 septembre 1676, et prit le nom d'Innocent XI.

Benott Odescalchi était né à Cômeen 1611 sa famille, originaire de Lombardie, s'était fort enrichie dans le commerce. 11 fit ses premières études sous les Jésuites, ensuite ^luJia les. lois , partie à Naples , partie è Rome. Comme il avait un frère atné qui soutenait sa famille, il résolut de prenare l'ëpée, et s'achemina vers Naples, dans le dessein d'y acheter quelque charge militaire. Odescalchi était de la plus haute taille, naturellement maigre, et avait un air fort sérieux. Le hasard voulut que, passant par Rome, il logeât dans une maison vis-à- ^is de laquelle était un vieux seieneur, qui, frappé de sa figure, souhaita de I entretenir. Odescalchi lui fit une visite : l'entretien ayant ronlé sur le sujet de son Yoyngcet ce seigneur jugeant du caractère du personii5ge par son extérieur, le détourna de sa resolution, et lui conseilla d'entrer dans l'Eglise. Les raisons qu'il lui en donna firent impression sur le jeune homme, etledèter« luinèrentà aller à Rome et il y prit l'habit ecclésiastique. Sa piété, sa douceur et sa modeslie, lui firent bientôt desamis. Urbain VIII le fit protonotaire apostolique, ensuite commissaire de ia province de la Marche. A son retoarè Rome,il fut nommé clercdela chambre par Innocent X, et ensuite cardinal en 16i7. Il avait su gagner les bonnes grèces de la fameuse Olympia. Il eut la légation de Ferrare et Tévèché de Novare, dont il se démit en faveur de son frère, aimant mieux faire son séjour à Rome, parce que l'air de son évèché lui était contraire. Pendant son cardinalatqui fut long, il mena toujours une Tîe fort retirée, fort modeste, et eut grand soin des pauvres. Il était ennemi du faste, xélé avec modération, et austère.dans sa manière de vivre. Devenu Pape, il ne se àé^ roentit pas, et l'intégrité sévère qui réglait sa Tie privée l'excita aussi à remplir sans «le lâches ménagements les devoirs sacrés de ^a fiapauté. La sainteté de sa vie et ses mi- Facles après sa mort l'ont assez vengé du reproche d'inflexibilité qu'on a osé lui £:iire«

9 Au commencement de son pontificat, il s'appliqua avec un soin infatigable à rétablir la discipline et les affaires de la chambre apostolique, à corriger les abus qui s'étaient

S lissés dans le service divin, à faire revivre ans le clergé la science et la vertu. .11 est constant qu^l désirait réussir dans une aussi louable entreprise. Il commanda à son neveu Livio de ne point recevoir de présents, et ne voulut jamais le faire cardinal-patron. Au contraire, il abolit cette dernière charge» et nomma lecardinal Cibo surintendant et secrétairede l'Etat ecclésiaslique.Il envoya d'à* bord ses nonces en France, en Espagne, en Pologne et en Portugal, pour exhorter les souverains à la paix. Il défendit aux Juifs de Rome toute usure, et renvoya les évèques qui y^demeuraient, dans leurs diocèses. Il ordonna qu'on ti'en sacrât aucun qui ne fût digne de ce ministère, qu'on éloignât du sacerdoce tous les sujets ignorants ou déréglés , et commit, pour réformer les abus, quatre théologiens, dont le célèbre Recanati faisait partie. Il pourvut libéralement aux besoins des pauvres, et assigna une pension considérable à Christine, reine de Suède, qui s'était réfugiée à Rome. En 1679 il condamna soixante-cinq propositions de moralç relâchée, et défendit de les soutenir, sous peine d'excommunication encourue

{)ar ce seul fait. Il condamna en même temps es cinq propositions de TAugustin d'Ypres contenues dans quatre ouvrages différents. Il réforma l'administration des finances romaines qui menaçait d'amener une banqueroute imminente, et abolit d'innombrables abus et exemptions d'impôts.

Ce Pape répondit avec une grande énergie à Itouis XIV, dont rbal)ile tactiaue consistait à limiter Tinfluence de son clergé par le pouvoir papal, et celle du pouvoir papal par te clergé. Jamais clergé ne poussa plus loin la soumission servile envers un souverain, que celui de France envers Louis XIV : nous en verrons plus loin de tristes exemples. Aussi le prince de Gondé disait-ii que s*il prenait fantaisie au roi d'embrasser^ le

[protestantisme, le clergé serait le premier à 'imiter. La première occasion de contestation entre le Pape et Louis XIV fut l'ancien droit qui rendait les palais des ambassadeurs des asiles inviolables. Ces franchises abusives s'étendaient à des quartiers de Rome d'une vaste étendue. Elles ne comprenaient pas seulement l'hôtel de l'ambassadeur, mais encore tout le quartier , les places et les rues qui sont autour de son palais, sans qu'il fût permis aux officiers de justice d'jr mettre le pied. Plusieurs Papes avaient fait d'inutiles efforts pour abolir ces franchises C'étaitd'auta9t plus indispensable, qu'elles procuraient l'impunité à une multitude de scélérats. Odescalchi, devenu Pape, prit la résolution d*arrèler la cause de ces désordres. Inflexible dans ses volontés^ lorsqu'elles étaient fondées sur la justice, il osa lutter contre une puissance qui faisait alors tout fléchir ; il fit publier une déclaratiou, par laquelle il abolissait les franchises

INN

DICTIONNAIRB

IXN

des quartiers, et ordonnait que les magîs* trats chargés de maintenir le bon ordre pussent partout exercer leurs fonctions ; fit représenter par son nonce en France à Louis XIV, les raisons qu'il avsit eues de les abolir : ajoutant que les autres puissanees 7 avaient renoncé pour le bien public et l'honneur de la religion; qu'il n*en espé* rait pas moins d'un rut qui portait le glo* rieux titre de fils atné de TEglise. Louis ré* pondit qu'il ne s'était jamais réglé sur l'exemple d'anlrui ; qu'il ne crojrait pas que personne pût l'empêcher de jouir des franchises des quartiers, et que c était un ancien droit de sa couronne à Rome. Innocent XI, justement irrité de cette réponse, se préparait à agir arec vigueur : cependant celte querelle parut comme assoupie pendant

Îuelque temps, et ne se ralluma qu au bout e dix ans.

Hais un second démêlé qui survint prolongea la mésintelligence qui régnait déjè entre la cour de Rome et celle de France ; ce fut au sujet delà régale. La régale était un droit, par lequel le roi de France jouissait des revenus des évéchés du royaume, et conférait même les bénéfices qui n'avaient point charge d'Ames, pendant lavacanoedes sièges Jusqu'à ce que le pourvu eût prêté serment de fidélité. En 1673 , le roi fit publier une déclaration pour étendre la régale dans tous les diocèses du royaume, à la réserve de ceux qui en étaient exempts à titre onéreux. Cetéuit concernait principalement les provinces du Languedoc, de la Guyenne, de la Provence et du Dauphiné. L'opposition qu'y formèrent d'abord les évêques de ces pays engagea le roi à donner, en avril 1675, un second édit qui eut cet effet : la plupart firent enregistrer leur serment de ndélité, les évêques d^Alet (Pavillon) etdePamiers (Caulet) furent les seuls qui refusèrent. Sur leur refus, le roi fit saisir les revenus de leurs évêchés,et nomma par droit de régale aux bénéfices vacants dans leurs diocèses. Ces prélats fulminèrent des excommunications contre les pouvus des bénéfices parcette voie, nommèrent des sujets pour les remplir, et portèrent leurs plaintes an Pape Innocent XI. Ce Pontife soutint Je droit des évêques; ce qui causa les différends qui durèrent pendant tout le reste de son pontificat entre la cour de France et celle de Rome. Le Pape adressa un bref à Louis XIV, dans lequel il exhortait ce (irince è rendre à ces évêques leurs immunités et leurs libertés.

Ce bref n'ayant point arrêté l'exécution de la déclaration du roi, Innocent XI en écrivit un en termes plus forts, et peu de temps après un troisième. Qiiel(|ue temps après. Innocent XI adressa un brefè l'é^êauede Pamiers, dans lequel il lui promit de l'aider de tout son pouvoir dans celte affaire; mais ce bref ne Ait rendu à Pamiers qu'après la mort de Tévêque ; celui d'Alet était mort trois ans auparavant. Le chapitre des anciens chanoines tous réguliers, et qui étaient toujours demeurés en possession de leurs

bénéfice», nonobstant les provinces en r(^gale données à divers sujets, élurent deux vicaires généraux. L'archevêque de Toalouse, métropolitain de Pamiers, nomma de son côté un vicaire général qui maintint tes

[>ourvus en régale, et ieparlement de Tououse fit le procès au P. Cerle, qui était vicaire général de Pamiers : le parlement lé condamna à avoir la tête tranchée , ce qui fut exécuté, mais en dBgie seulement. Du fond de la retraite oiï le P. Cerle s'était caché, il donna une ordonnance contraire, le 15 novembre ; et, vers le même terop;^, le Pape confirma aux PP. d'Auberade et Cerle la qualité de grands vicaires, par deux brefs, l'un adressé à eux, l'autre au chapitre de Pamiers, dans lesquels il confirmait les excommunications portées contre les ré^alistes. Il déclara par un autre que l'établissement des grands vicaires, par l'archevêque de Toulouse, était nul, et prononça une sentence d'excommunication contre ceux qui n'obéissaient ooint aux ordres du P. Cerle.

La part qu'Innocent XI prit à l'affaire de la régale est d'autant plus digne de louan-

Ses, qu'il s'y montra le courageux défenseur es faibles opprimés, et que, supérieur à tout esprit de parti, il maintenait les droits d'évêques jansénistes. Il y allait d'ailleurs de toute la dignité et de toute l'autorité de l'épiscopat. L'evèque de Pamiers était réduit à vivre d'aumônes. Avec ce droit prétendu inaliénable de nommer aux bénéfices durant la vacance des sièges épiscopaux,1e roi pouvait laisser vaquer les places pour jouir de leurs revenus, supprimer les titres et les offices, nommer des sujets hérétiques ou sans loi, et renverser ainsi ta religion. Il était indispensable de prévenir ce désastre en restreignant la prérogative royale. C'était» sous une autre forme, la grande question des investitures, qui a immortalisé saint Grégoire Vif, par la grandeur de la lutte qu'il soutint pour les droits et la liberté de rEglise. D'ailleurs, Innocent XI avait d'abord prévenu le roi, qui n'avait pas même daigne lui faire de réponse. Après 1 avoir fait à trois reprises différentes, il montre, comme il le dit lui-même, qu'il ne craint aucun danger, aucune violence, et place toute sa

Sloire dans la croix de Jésus-Christ. (Bref u 27 décembre 1679) Cependant le clergé de France ne craignit pas d'aider le roi contre le Pape; il puDlia d'année en année des déclarations de plus en plus décisives en faveur du pouvoir royal. Enfin vint rassemblée de 1682; «Bile fut convoquée et dissoute,» dit un amtiassadeur vénitien, wt suivant les convenances du ministère, et dirigée selon les inspirations de celui-ci.»

X L'assemblée extraordinaire du clergé, qui avait commencé le 9 novembre, discuta l'affaire de la régale ; elle reconnut ce droit du roi sur toutes les Eglises du royaume : elle écrivit en même temps. une lettre è Innocent XI. II répondit par un bref du 15 .avril 1682, par lequel il cassait et aiU2u!aît

ISS

DES PAPES

INN

tout ce qae rassemblée du clergé avait fait touchant la régale. Il faut observer ici que cette même assemblée avait déjà donné, le 29 mars» sa célèbre Déclaration touchant la puissance ecclésiastique, ou les quatre arti« cles.InnocentXI» indigné de la Déclaration du clergé^ qui plaçait le pouvoir royal, nonseulement' au-dessus de TEglise, mais en dehors et au-dessus du toute morale, refusa de donner des bulles à ceux du second ordre qui avaient été nommés évèques. Le roi, de son côté, ne voulant pas qu'ils fussent distingués des autres, fit défense de se eourvoir en cour de Rome pour avoir des ulles.

Les quatre articles de la Déclaration de 1682, et principalement le dernier, plaçaient la France sur tes dernières limites du schisme. Adulation monstrueuse envers la royauté à laquelle elle ne donnait aucunes bornes, elle osait en prescrire à la papauté elle-même. Au reste, cette tentative avortée, que désavouèrent plus tard la plupart de s^i auteurs eux-mêmes, tomt)a ()ar sa propre impuissance devant la réprobation publique, et Louis XIV la désavoua formellement par sa lettre du U septembre 1696, insérée dans VBistoire de Pie YII, par M. Artaud. (T. Il, p. 71.)

Comme nous venons de le dire, le roi voulait donner les fonctions épiscopales aux auteurs de la déclaration, et aux membres de rassemblée 9ui Tavaient prononcée. Hais Innocent refusaitde leurconferer Tinsiitution canonique. Ils pouvaient jouir des revenus, mais non recevoir Tordinalion, ni exercer aucun acte spirituel de TépiscofAit. Cette afTaire vint se compliquer des actes de Louis XIV à Tôgard des huguenots, è la destruction violente desquels il procéda pour couvrir ses usurpations d*uu voile d'orthocJoxte. Innocent xl ne voulut jamais s'associer à ces Yiolences, et repoussa une œuvr.e ifeconversion exécutée par des apôtres armés: y r>ua-CArûl, disait-il, ne s'est pa$ servi de cetie méthode; il faut conduire tes hommes iiant le temple^ et non pas les y traîner.

Le 12 mai 1687, se renouvela la querelle sur les franchises : Innocent donna un bref i|ui les abolissait de nouveau du quartier Lies ambassadeurs, et excommunia ceux qui 'prétendaient les conserver. Louis XIV s'opposa vigoureusement à cette bulle; il orion na au marquis de Lavardin, qii*il en* •r oyait en ambassade à Rome, de maintelîr les franchises dans toute leur étendue. ;^o ittarauis fit son entrée en homme bien ésolu d exécuter les ordres de son maître : 2 I >« rut à Rome accompagné de 80Q hommes rfDés, avec un éclat qui tenait plutôt du rîoffuphe que d*une entrée d'ambassadeur. n nocent XI voyant qu'on bravait son auto- 1 ce jusque dans Rome, dit que cet ambas* ««Jour était notoirement excommunié en «*r tu de sa bulle ; il donna un décret, le 26 ^corabre 1687, par lequel il prononça, de tmiitorité apostolique, que l'église paroisaIg de Saint-Louis de Rome était inter» L io» patte que le recteur et les ministres

de celte église avaient osé admettre aux ditins Offices et è la participation des sacrements, à la Messe de minuit, l'ambassaiieur de France, notoirement excommunié. M. de Lavardin fit aussitôt une protestation contre cette sentence. Louis XIV, instruit de l'action du Pape, en fut irrité, et prétendit renvoyer raffaire au parlement, cette cour rendit un arrêt qui reçut l'avocat général appelant comme d'abus de la bulle du Pape, ajoutant que le roi serait supplié d'ordonner la. tenue d'un concile national, afin d'aviser aux moyens les plus convenables pour re* médier aux désordres que la longue vacance de trente évAchés avait introduits.

Les archevêques et évéaues qui étaient à Paris, ayant été assembles par ordre du roi, firent une déclaration au sujet de ce difl'érend. L'archevêque de Paris (de Morlay), qui portait la parole, dît, que le Pape ayant poussé à bout la patience du roi, 8a Majesté a permis au procureur général d'interjeter un appel au concile général futur des griefs reçus sons son pontificat, et cela, afin que cet appel an concile général, qni, selon les maximes fondamentales du royau« me, est reconnu supérieur de tout état et de foute personne ecclésiastique, sans exception, même de celle du Pape, suspendit tous les effets de sa mauvaise volonté, ou les rendit inutiles; que son officiai avait donné acte de cet appel au procureur général qui t'en avait requis, et que ce magistrat lui avait encore demandé les lettres qu'on appelle Apostùloef pour suivre cet appel en tempa et lieu. Cet am>el est du 17 septembre 16W. Le clergé de Paris et l'Université se joignirent par des actes particuliers à l'appel dtv procureur sénéral, et soutinrent les intérêts du roi. On s assura de la personne du nonce,.

3ui était h Paris, en mettant des gardes auprès e lui ; et le roi se saisit du comtat d'A«^ vignon. Innocent XI rejeta la demande*

Îivon faisait de la personne du cardinal de urstemberg pour l'archevêché de Cologne,, à la sollicitation de la France. Ce différend dura tout le reste du pontificat d'Innocent XI, et ne finit que sous celui de son soc-^ cesseur..

Gomprend-t^n qu'un panement français, ose déclarer que le Pape n'est pas maître chez lui, et prétende lui imposer ses ordres

C^u'au sein même do sa capitale t Un am-^ sadenr ose faire son entrée à Rome avec des escadrons de cavalerie, et des

Srélats français trouvent étrange que le ape ne veuille pas faire d'une partie de sa capitale un refuge inviolable pour tous les crimes. lU vitnmmi avec des chevaux ei d$s chmriotêt disait Innocent, mais nous, nous vouions, marehsr ou nom dtt Seigneur^ En effet, Louis XIV prit en vain les mesures les plus extrêmes i en vaia il en appela k un concile généraU Ot occuper Avignon^ enfermer le nonceà Saint-Olon^et pensaii à créer un patriarche de France, trente-cinq évêques français restaient sans institution canonique, et Innocent XI ne fit pas une seule concession. Au reste, il s'élevait uue oppo»

INN

INN

sillon générale, soulevée par les entreprises de Louis XlVy qui menaçait l'Europe dans sa liberté.

Exposons maintenant quelques faits, arrivés dans les années précédentes, qui appartiennent à la yie de ce Pape.

En 1676, il défendit aux Jésuites de recevoir des novices. Il les avait déjà exclus des missions du Tonquin et de la Cochinchine« L'année suivante les évêques de Saint-Pons et d'Arras dénoncèrent à Innocent XI la morale des Jésuites, comme corrompue, et en 1680 ce Pape condamna l'apologie des ca* suisfes relâchés, ouvrage d'Amédus Guimoneus. En 1687, il condamna la doctrine erronée de Michel Molinos, prêtre du diocèse de Saragosse, en Espagne, regardé comme le chef de l'hérésie appelée le Quiétisme.

Molinos s'était appliqué, dès sa jeunesse» è lire les livres qui traitent de la théologie mystique : il s'adonna ensuite à la direction, et s'acquit une grande réputation dans cette partie du ministère. Etant venu s'établira Rome, il y eut bientôt un grand nombre de disciples. Ce faux docteur avait imaginé un système do quiétude^ ou contemplation, qu'il développa dans son livre intitulé le Guide J|pirt7tt«. L'ouvrage fut imprimé, approuvé» et fit d'abord l'admiration des personnes les plus pieuses. Ce ne fut qu'en creusant dans cette espèce d'abîme, où Molinos s'enfonce et son lecteur avec lui» qu'on aperçut toutes les erreurs de son système. « On vit »| dit le ?• d'Avrigny, Jésuite, «que l'homme prétendu parfait de Molinos est un homme qui ne raisonne point, qui est dans une inattention et une inaction entière, qui ne réfléchit ni sur Dieu, ni sur lui-même; qui ne désire rien, pas même l'enferma qui les pensées lès plus impures aussi bien que les bonnes œuvres, les actes les plus criminels; aussi bien que l'usage des sacrements, deviennent absolument étrangers et indifférents. » D'habiles théologiens écrivirent contre lui. Enfin, le Pape Innocent XI, touché des plaintes qu'on faisait contre cette doctrine, la décerna au tribunal de l'Inquisition, qui le fit conduire dans les prisons du Saint-Office. Son procès fut instruit; il fut condamné à faire abjuration publique de ses erreurs, ce qu'il fit; ensuite on le reconduisit en prison» et il mourut en 1692. Quanta sa doctrine, le Pape donna une bulle qui confirma le décret de l'Inquisition. Ce tribunal avait condamné soixante-huit propositions tirées des écrits de Molinos, ccrmme hérétiques, scandaleuses, détruisant la discipline chrétienne, etc.

Depuis longtemps Innocent XI était incommodé par des fluxions et des catarrhes. En 1689, les médecins crurent le soulager, en lui faisant des incisions aux jambes, ou il sentait de grandes douleurs. Mais ce remède fut inutile, parce C|ue son corps accablé d*infirmilés et de vieillesse n'avait presaue plus de chaleur naturelle. Le 8 août, la uèvre devint si violente, que les médecins perdirent toute espérance : on lui administra le saint viatique. Se voyant près de sa

fin, il fit appeler don Livio, son neveu, auquel il donna sa bénédiction ; il lui recommanda de se retirer dans ses terres, et de ne point se mêler dans les intrisues qu'il y aurait dans le conclave pour lui donner un successeur. Deux jours avant sa mort, il fit faire des excuses à tous les membres du Sacré Collège, de ce qu'il ne les faisait pas venir dans sa chambre, selon la coutume : il voulut que les généraux de tous les ordres et des religieux de chacun lui donnassent leur bénédiction, et fussent présents à sa mort , qui arriva le 12 août. Il avait tenu le Saint- Siège 13 ans, et eu avait vécu 78. A sa mort, il y avait en France plus de trente Eglises destituées de pasteurs, par le refus qu'il avait fait des bulles aux évêques nommés. Le peuple invoqua Innocent XI comme un saint, et se disputases reliques^

INNOCENT XII.— Après la mort d'Aîexandre VIII, le conclave pour l'élection d'un nouveau Pape dura plusieurs mois. Il fut enfin terminé le 12 juillet 1691, par l'élection d'Antoine Pignatelli. Il était né à Naples, le 13 mars 1615, d'une ancienne et noble famille, originaire de Tro|)ea, ville de la Calabre ultérieure. Il se rendit fbrt jeune à Rome, et se mit dans un séminaire, pour y apprendre ce qui convient à la «vie ecclésiastique, qu'il avait choisie. Ayant achevé ses études, son mérite le fit connaître de plusieurs Papes. Urbain VIIl le fit vice-légat du duché d Urbin. Innocent X le nomma inquisiteur de Malte, et nonce à Florence. Alexandre Vil le fit nonce en Pologne et h Vienne ;*C1ément X lui conféra l'évêché de Lucques; Innocent XI lui donna le chapeau, et le fit ensuite archevêque de Naples. Ce fut par reconnaissance pour ce Pape qu'il prit le nom d'Innocent Xll ; il déclara en même temps qu'il s'efforcerait de marcher sur ses traces. Innocent Xll avait toujours mené une vie exemplaire : il était simple,, et sans dissimulation. Le peuple de Rome témoigna, par des réjouissances extraordinaires, la joie qu*il avait de son élection. En effet, les vertus d'Innocent étaient aussi pures qu'éminentes.

Le nouveau Pape fit aussitôt cesser les désordres que la longue vacance du Saint- Siège avait causés ; et il soulagea les pauvres par des aumônes abondantes. Il ne voulut donner à ses parents ni bénéfices, ni aucune part au gouvernement. Il déclara qu'il no conférerait les charges qu'à des hommes de mérite, sans avoir égard ni à la naissance, ni à d'autres qualités numaines. Dans le premier consistoire qu'il tint, il assura les cardinaux qu'il voulait travailler uniquement k la gloire de Dieu et au bien de l'Eglise. Il défendit sévèrement aux officiers de justice de recevoir des présents dans l'exercice de leurs fonctions, il s'appliqua à chercher les moyens de corriger les abus, et de réprimer les désordres qui régnaient à Rome. Il re* commanda l'économie aux commissaires de la chambre apostolique , et voulut que la dépense de son diner ne passât pas un testOD« qui vaut 30 sols de France, qu ou ne lui ser^

DES PAPES

vU pour le soir qu*uo simple rafraîchissement. Il supprima toutes les charges inutiles, par là il fut en état d'acquitter les dettes qu'oaarait coDtractéessous son prédécesseur. Un mois après son élection, il commença à doDDer audience publique, une fois la semaine, aux pauvres et à tous ceux qui avaient quelque chose h lui proposer. Il écoutait avec beaucoup de douceur et de bonté tous ceux qui se présentaient ; il rétablit le bon ordre par quelques exemples de sévérité ; et mit à la raison un prince dont les vassaux se plaignaient, 1 obligent de paver ses eréaociers : il condamna les jeux de hasard. L voulut que les ecclésiastiques fussent modestes dans leur extérieur, prudents et circonspects dans leurs sermons. Il obligea tous les curés de Rome de s'assembler tous les mercredis pour conférer sur les cas de conscience. Mais sa grande application était de soulager les pauvres; il les appelait ses neveux; et pourvut abondamment à leur subsistance, il abolit pour toujours le népotisme par une bulle qu'il fit souscrire par tous les cardinaux, il s'attacha ensuite à réformer les moines et les. religieux dont la ¥ie était peu conforme à leur professfon ; mais il y trouva les plus grands obstacles. Cependant les différenos de la cour de France avec celle Rome duraient encore ; il y avait deux ans qu'on négociait pour y ipeltre fin. Le Pape ne YOuTait rien abantlonuer des droits de l'Eglise et du Saint- Sîége, quelque menace que lui fît faire Louis XIV. £nGn la France se prêta à la paix ; L«>uis se relftcha sur le droit des franctiises de ses ambassadeurs; les prélats nommés aux évéchés, qui avaient assisté à J *assembfée de 1682, écrivirent è loooeent }UI une lettre d'excuse sur la part qu'ils avaient prise à ce qui avait été décicié dans cette assemblée ; ils y. déclaraient que si le décret, qui avait été fait dans cette assemblée, pouvait être interprété comme fait au préjudice de la puissance ecclésiastique et de 1 autorite^ des Papes, ils le regardaient comme CA*ayant point été ordonné par eux et délibéré ; qu'ils n'avaient eu aucun dessein de lien définir contre les droits de l'Eglise rouiaioe. En vertu de cette déclaration, le L'a pe accorda des bulles aux évoques. Après Jeux ans de négociatioa, le Pape, maintenant l'intégrité des droits du Saint-Siège, B vait enfin obtenu la rétractation absolue Je la Déclaration de 1682, que les ecclésiasti- { ues français proclamaient eux-mêmes nulle r c non avenue. Voici leurspropres expressions: t Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, » ous confessons et nous déclarons que nous ouïmes extrêmement fAchés^et au delà de r>ut ce que loapeut dire, de ce qui s'est mil dans l'assemblée susdite, qui- a souve- 'finement déplu à Votre Sainteté et k $es ff-^tiécesseurs. Ainsi tout ce qui a. pu être Lf^osé ordonné dans cette assemblée, con- Lf rnant la puissance ecclésiastique et l'eutff*i(é pontificale, nous le tenons et décla- ^ na qu'on doit le tenir pour non ordonné, cr plus, nous tenons comme non délibéré

ce qui a pu être censé avoir été délibéré au préjudice des Eglises ; car noire intention n*a pas été de décréter quoi que ce fût, ni de porter aucun préjudice aux droits des Eglises susdites. » Indépendamment de celle lettre de soumission des prélats, Louis XIV écrivit lui-même à Innocent XII, en date du 2h septembre 1692 : « Je suis bien aise de faire savoir k Votre Sainteté que î*ai donné les ordres nécessaires afin que les choses contenues dans mon édit du 16 mars 1632, concernant la déclaration faite \>àr le clergé du royaume, n'aient point de suites. » Ainsi s'éteignit cette prétendue déclaration faite par trente-qualre évêques, d'ailleurs sans mission pour un tel objet, et qui ne représentaient nullement l'Eglise de France.

La lettre des prélats et celle de Louis XIV firent un extrême plaisir è la cour de Rome. Innocent XII était alors brouillé avec la maisou d'Autriche. Comme il était content de la satisfaction que lui avait donné la France,}! ne cessa de presser l'empereur

four l'obliger à faire la paix avec Louis XIV: I procura des secours au roi d'Angleterre pour têcher de le rétablir^ et en accorda aussi aux Vénitiens.

L'affaire du quiélisme l'occupa beaucoup. Cette hérésie avait fait de grands progrès en Italie ; le livre des Maximeâ des saints , de l'archevêque de Cambrai qui semblait la favoriser, avait été déféré à Rome. Innocent XII établit une congrégalion pour l'examiner. Les deux partis fournirent leurs Mémoires , et la décision fut longtemps en suspens. Mais enfin, après plusieurs congrégations , le Pape condamna le livre des Maximes des saints , non-seulement en général-, mais en particulier;. savoir, vingt-trois propositions extraites de ce li^re. Ensuite il écrivit un brefau roi de^ France, pour lui faire part du décret qu'il venait de publier. Aussitôt

Îue la constitution du Pape fut apportée en. rance, l'archevêaue de Cambrai donna un. mandement par lequel il se soumettait &. cette constitution. En 16% le Pape donna une preuve de sa droiture et de son équité dans le bref qu'il adressa à l'archevêque de Malines, par lequel il lui défendait d'inquiéter personne sur des accusations va^^ues de jansénisme et d*bérésie, sans les avoir juridiquement convaincus d'attachement aux erreurs condamnées. La-mort d'Innocent XIL arriva le 20 septembre 1700. Ce Pape était Agé de 86 ans ; son pontificat fut de 10 ans. Il avait d'excellentes qualités, les protestants eux-mêmes lui ont rendu justice.

INNCKXNX XIII. — Après la mort de Clément XI, les cardinaux, au nombre de cinquante-cinq, étant entrés en. conclave, élurent le S mai 1721, après un mois dixneuf jours de Siège vacant,le cardinal Michel* Auge Coati. Romain, et évêque de Viterbe. Quand on lui demanda- s*il acceptait l'élec-. i tion qu'on venait de faire de sa personne , il répondit qu*il ne méritait pas cette suprême dignité, qu'il ne se sentait pas capable de porter un tel poids : mais itse rendit enfin aux instances du Sacré Collège. Ilfutcourionn^Je

INN

INN-

18 mai, sous le nom d^Innocent XIII. Il avail 6(j ans» et était créature de Clément XI, qui Tavait élevé à la pourpre en 1707; sa famille avait donné plusieurs Pontifes à TEglise.On ie regardait comme un homme prudent et éclairé; il avait Tàme noble , aimait les savants, était astable, et porté à récompenser ]e mérite ; tous les souverains avaient concouru è son élection.

La famille du nouveau Pape était assez nombreuse; il avait de quoi exercer ses libéralités : mais on fut rassuré par la défense qu'il flt à tous ses parents de se mêler des affaires du gouvernement. Dans ces circonstances, il arriva un exprès d'Ecosse, envoyé par les Jacobites, avec une lettre au Pape, dans laquelle ils suppliaient Sa Sainteté de suivre l'exemple de son prédécesseur, et de protéger un prince délaissé. Le Sacré Collège s étant assemblé, le Pape fut d'avis, non-seulement de ne rien retrancher de la pension du prétendant, mais de l'augmenter tle sa cassette ; ce qui fut approuvé des cardinaux.

Innocent était résolu à suivre les traces de son prédécesseur. En effet, sept évoques de France lui ayant écrit une lettre en date du 9 juin 1721 , dans laquelle ils représentaient que la constitution Unigenitus venait à l'appui des mauvais principes qui s'étaient introduits dans le dernier siècle, que cette bulle était insoutenable, et que Sa Sainteté devait la révoquer pour l'honneur du Saint- Siège, Innocent XIII écrivit au roi un bref contre les prélats, auteurs de cette lettre. Il remit ce document à la congrégation du Saint* Office. Le 8 janvier il condamna cette lettre, par un décret de cette même congrégation, comme contenant plusieurs propositions injurieuses aux évèques catholiques, notamment aux évèques de France, è la mémoire de Clément Xl, au Pape régnant, et au Saint- Siège apostolique. Ce décret du Saint-Office fut solennellement rendu, en présence du Pape, et publié dans Rome le 19 mars 1722, Louis XV fit à sou tour examiner la lettre, et, dans un arrêt du conseil d'Etat , la déclara injurieuse au sacerdoce et à l'empire, et la condamna comme téméraire, injurieuse à la mémoire du dernier Pape, au Saint- Siège, aux évoques et è l'Eglise de France, comme contraire à l'affermissement de la paix et aux déclarations de 17U et de 1720.

Le Saint-Père montra également son zèle pour le - maintien de la disciplina ecclésiastique. Il publia une ordonuance, par laquelle il était enjoint à tous les archevêques, évèques et abbés, tant réguliers que séculiers, de se rendre à leurs bénéfices dans le terme de douze jours, révoquant à eet effet toutes -les permissions qu*eile pourrait leur avoir données pour s'en absenter.

Les affaires politiques n'inquiétaient pas moins Innocent : les mouvements des troupes de l'empereur en Italie l'alarmaient. Pour s en débarrasser, il consentit à donner à. l'empereur l'investiture du royaume de Naples « qu'il demandait depuis que les impériaux avaient fait la conquête de ce royaume. La

veille de la fête des Saints*ApAtres,ce prince fit présenter è Sa Sainteté la haquenée blanche, espèce de tribut que la cour de Romeexi- SepourFinvestilure de ce royaume, comme ef dépendant du domaine de l'Eglise, On ajouta h ce présent une bourse de cinq mille ducats d'or.

Mais le Pape avait bien autrement \ cœur l'affaire touchant l'investiture des Etats de Parme et de Plaisance. L'Espagne, par l'entremise de la France, venait de dp-mander à l'empereur l'investiture pour oes mêmes Etats, dans lopinioa où Ton était que Sa Majesté impérial» en était le seigneur direct, et que ces Etats n'étaient point ua fief immédiat du Sainl-Sié^e; la diète de Katisbonne y avait même donné son approbation et son consentement. Innocent XllI se plaignit vivement, par des brefs circulaires, k rempereur et aux princes de l'Empire, da préjudice qu'on venait de faire au patrimoine de saint Pierre.

Pour faire voir quelles étaient les prétentions de l'empereur et celles du Pape sur les Etats de Parme et de Plaisance, il faudrait exposer toutes les révolutions que res Etats éprouvèrent en divers temps, et les différents maîtres dans les mains desquels ils passèrent. Contentons-nous de dire que, dès la plus haute antiquité el de temps immémch rial, cette contrée, était un Qef direct du Saint-Siège, et que ses droits de possession à ce sujet ne sauraient être contestés, ni même discutés. Voici le sommaire des évé* nements qui se passèrent en ce pays depuis Louis XiV.

Les Français, étant alors entrés en Italie, chassèrent de Milan Louis Sforce, dit le More; car jusqu'à ce temps les ducs de la maison de Sforce avaient possédé Parme et Phisance. Alors Louis XIl devint le maître de ces Etats, comme annei^e de ce duché. Mais en 1512, le Pape Iules II, ayant chassé les Français, s'en rendit maître. Trois ans après, François V% étant entré en Itahe, s'empara de Milan, et le Pape Léon X ne fit aucune difficulté de lui rendre Parme et Plaisance. Les Français ayant été de nouveau chassés d'Italie, Charles-Quint, par ménagement pour le- Pape Adrien Vl, qui avait été 5on précepteur, le laissa rentrer en possession de ces deux vitres. Il importe de dire au'en 1329, Parme s'était donnée h VE^Visti u temps de l'empereur Louis de Bavière, que Jean XXII poursuivait avec ses censures; mais les seigneurs de Gorregio rentrèrent bientôt dans la souveraineté de cette ville. Parme et Plaisance demeurèrent soumises au Saint-Siège jusqu'en 15bS, où le Pape PaulIU les donna, à titre de duché, è son fils Pierre-Louis Farnèse* dont la postérité les a possédées depuis sans aucune interruption; mais, an miHeu de toutes ces révolutions; le Saint-Siège ne perdit jamais ses droits de haute souveraineté. Innocent XIII s'engagea dans cette affaire avec cbaleur; il adressa un bref à tous les évèques et Etats catholiques, dans lequel il se piaigriaitde ce que les ambassadeurs du roi d*£!>-

Page 1