INTRODUCTION. M
aient imaginé rien àe meilleur , ni même d'aussi bon. Qui sait ce qui serait arrivé si la théocratie politique et la science avaient pu se mettre tranquillement en équilibre, comme il arrive toujours lorsque les éléments sont abandonnés è eux-mêmes et qu'on laisse faire le temps? Les plua affreuses calamités > les guerres de religion, la révolution française, etc., n*eussent pas été possibles dans cet ordre de choses tel encore que la puissance pontificale a pu se déployer, et malgré Tépouvantable alliage des erreurs , des vices ei des passions qui ont désolé l'humanité à des époques déplorables, elle n'en a pas moins rendu les services les plus signalés à l'humanité.
Les écrivains sans nombre qui n'ont pas aperçu ces vérités dans l'histoire savaient écrire sans doute; ils ne l'ont que trop prouvé, mais certainement aussi, jamais ils n'ont 50 lire.
Les Souverains Pontifes furent Irès-inconieslablemeot les précepteurs, les rois, les conservateurs de la science et les instituteurs de l'Europe^
Les Papes n'ont pas moins entrepris et réalisé pour le bonheur domestique. La famille n'est heureuse qu'autant que les mœurs sont pures et les cœurs unis; et cette union intime, cette pureté de mœurs ne se peuvent conserver sans la sainteté du lien conjugal et la stabilité des mariages. Ici brillent encore la pré voyance et la fermeté des Pontifes romains. Dans ces t^mps où les passions étaient moins raffinées, moins raisonneuses, mais plusfranchesdans leur expression, plus impétueuses dans leurs écarts, des hommes puissants cherchaient à secouer le joug incommode d'une union indissoluble. Si ces doctrines du vice avaient prévalu, c'en était fait des mœurs et de la paix domestique ; l'exemple serait descendu comme un torrent des sommités sociales jusqu^aux dernières classes, la corruption passait en principe , et la loi conjugale recevait une blessure incurable. Les Papes Je comprirent ; ils surent aussi comprendre qu'eux seuls pouvaient parer à ce malheur; car quelle résistance attendre de quelques évêques isolés, circonvenus? Le Pape ou l'Eglise, c'est tout un, a dit saint François de Sales. Cette maxime se vérifia surtout aux époques dont nous parlons, et les Souverains Pontifes se montrèrent les défenseurs infatigables de la doctrine catholique. Dans Tardeur de leur courage, ils ne s'arrêtèrent point k guerroyer avec quelque prévaricateur subalterne ; c'est contre les têtes couronnées qu'ils dirigèrent les foudres apostoliques ; l'histoire est pleine de ces grands exemples de fermeté sacerdotale.
Que n'ont-ils pas fait aussi pour les sciences et l'enseignement? Quiconque n'est pas étranger à Thistoire, n'ignore pas que presque toutes les universités de l'Europe ont été fondées par les Papes, ou du moins de leur consentementformel et sous la protection de leur aatorité; et, comme l'étude des lettres sacrées en fut pendant longtemps l'objet principal, OD croyait avec raison qu'elles relevaient naturellement du Chef de la religion.
Les écoles fondées par le christianisme embrassèrent toutes les branches de philosophie, sciences naturelles, sciences mathématiques , métaphysique, les diverses questions qui s'y rattachent ; les philosophes de la Grèce et de Rome y étaient mieux connus que de nos jours. Le premier titre où l'on trouve mentionné le titre d'UniversUé^ appliqué h Tagglomératîon de toutes les études, dont Paris devint comme le centre, est un privilège concédé par Innocent Ul, qui fut fait Pape en 1198, et fut contemporain de Philippe-Auguste. Il conférait à l'université des étudiants de Paris le droit d'avoir un procureur pour les représenter dans les procès. Les grâces, les exemptions, les privilèges pontificaux, furent répandus avec profusion sur cette université de Paris, car les Papes comprenaient combien il importait, dans l'intérêt de l'Eglise, de favoriser l'instruction et la culture de toutes les sciences.
Qoand Grégoire VII eut sauvé une seconde fois l'Europe du naufrage inévitable ot l'entratnaient la corruption et la barbarie, on vit les Papes travailler à l'envi à répandre l'instruction et k encourager les études. L'Italie Tit naître l'école de Naples et l'université de Home vers le milieu du xni' siècle, dans laquelle Innocent VI institua une école de droite et accorda aux étudiants tous les privilèges, qu'on accordait alors au Uudium centrait^
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ou université ; Eagône IV institua également à Rome un Studium générale^ avec les pi jj( grands privilèges : l^école avait pour chancelier le cardinal camerlingue ; pour curateurs, quatre nobles romains ; elle avait quatre-vingt huit professeurs , et une somme de 1^,000 florins était affectée a leur traitement. Les nniversités de Perrugia, de Plaisance, furent également érigées par les Papes ; et celle de Turin en reçut de grands privilèges. En IdSi*» Clément VI fonda pour toutes les sciences Tuniversité de Pise, sous le titre de Studium générale; et, en 1391, Boniface IX fondait, sous le même titre, celle de Ferrare. ta célèbre université de Bologne, si elle ne fut pas fondée par les Papes, leur dut cependant une grande partie de sa splendeur, la conservation de son indépendance et l'accroissement de ses privilèges.
Dès 1180, Tuniversité de médecine existait h Montpellier; en 1289, le Pape Nicolas V y ajouta le droit canon, le droit romain et les arts libéraux , c'est-à-dire toutes les facultés, excepté la théologie. En 136!i-, le Pape Urbain V y fonda le collège de Saint-Matthieu, pour douze étudiants en médecine, natifs du diocèse de Mende. Ce même Pontife, zélé protecteur des lettres, entretint pendant tout son pontiHcat mille écoliers en diverses sortes de sciences ; il fournissait des livres à un grand nombre d'autres, dont on lui faisait connaître les heureuses dispositions et Tindigence. Les plus savants étaient toujours les mieux pourvus en bénèQces et en grades distingués. Le 27 janvier 1306, le Pape Clément érigea l'université d'Orléans sur le môme pied, et jouissant des mêmes droits que celle de Toulouse. Enfin le xv' siècle a vu les principales villes de France devenir des centres de lumières. En 1!^1, Eugène IV fonde l'université de Poitiers ; et, en 1&37, celle de Caen, que son successeur Nicolas V confirma. Le Pape Paul 11 confirma les érections d'universités fondées par les princes, et le k avril U60, Pie II fondait l'université de Nantes, avec tous les mêmes droits et les mêmes privilèges que celle de Paris; le 6 janvier 15&7, Paul III octroyait« par une bulle, ces mêmes privilèges à Tuniversitè de Reims^fondée par le cardinal
de Guise.
Les Papes du xvi* siècle, comme ceux qui les ont précédés et suivis, protégèrent les lettres et les sciences, eux-mêmes les cultivèrent avec zèle; ils élevaient aux premières dignités de l'Eglise les savants; ils s'appliquèrent à fonder de nouvelles nniversités ; ils les comttlaient de privilèges; ils s'attachaient à réformer les abus qui existaient dans celles qui étaient plus anciennes et à j améliorer de plus en plus les études. Pour reconnaître que les Papes étaient en effet des hommes éclairés, zélés propagateurs des connaissances humaines, il nous suffira de nommer Pie II, si connu avant d'être élevé au souverain Pontificat sous le nom de £neas Sjlvius Piccolomini ; Innocent VIII, considéré comme un des plus grands hommes de son temps ; Pie III, a qui ses vastes connaissances acquirent une grande réputation ; Paul 111, protecteur des savants; Sixte IV, qui trouva h Kome d'illustres Mécènes, et sous le règne duquel il se fit dans celte ville un grand nombre d'éditions en tout genre; Léon X, lui, donna son nom à son siècle; Adrien VI, auteur d'ouvrages très-eslimés. Que serait-ce si nous voulions parler des Papes antérieurs, tels que saint Léonl", saint Grégoire le Grand, Sylvestre II et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer?
C'est dans les Etats du Pape, au monastère de Subiaco, en IbOS , et à Rome en 1467, que furent établies les deux premières imprimeries italiennes. De tout temps, on le voit, la protection des Papes fut noble et élevée ; les premiers à répandre l'instruction, à dissiper les ténèbres, à provoquer les découvertes, ils s'étaient montrés les plus ardents promoteurs de l'étude dans ce qu'elle a de grand et de généreux; et prenez garde que ce n'était pas seulement les études sacrées qu'ils favorisaient, mais aussi les arts, mais l'étude do l'antiquité, de ses auteurs, de ses systèmes. Seulement ils conservaient leur caractère religieux et leur prépondérance sociale ; ils ne se croyaient pas obligés d'applaudir au cynisme^ parce que la foule y applaudissait , et la peinture ni la poésie ne pouvaient leur faire oublier leur saint et auguste caractère.
Mais comment rappeler toutes les grandeurs, toutes les gloires de la papauté, sinon en considérant dans leur ensemble la vie des Souverains Pontifes à qui l'humanité doit toutî Voulez-vous, disent les Bénédictins de la communauté de Solesmes» vous former une idée dea
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mœurs primitives du christianisme etsa situation dans Tempire è Tâgedes persécutions? Cousidérez la suite des Pontifes romains de Lin àMelchiade, athlètes indomptables réêistant juêqu*au iang^ comme parle T Apôtre; portant peu de lois» mais sachant au besoin faire éclat pour la vérité et la discipline, témoin Victor, Etienne et Marcel, et vous aurez vu l'Eglise d'alors telle qu'elle nous est visible dans le récit d'Eusèbe, dans les Actes des martyrs, les Epltres de saint Cyprien, la doctrine de saint Irénée. Eles-vous arrivé aui siècles des Sylvestre, des Jules, des Lérice, des Innocent, des Célestin, des Léon, des Grégoire le Grand, tout l'esprit de la hiérarchie entière se reflète dans ces grands législateurs du dogme et de la discipline, à cette époque où l'Eglise, émancipée par les empereurs, jetait les bases de son droit écrit, et comprimait vigoureusement les hérésies qui s'attaquaient au grand mystère de l'Homme-Dieu. Bientôt les Grégoire II et III, les Adrien, les Léon III, les Nicolas I*% mettant la main à la constitution de l'Occident, faisaient en grand ce qu'opéraient, sur des milliers de points, les évoques et les abbés; en sorte que, tandis que les évêques faisaient les royaumes de France et d'Espagne, et les moines celui d'Angleterre, les Papes faisaient l'Europe. Au x* siècle, les désastres de l'Eglise romaine se reproduis saient lamentablement dans la société chrétienne tout entière. Durant ces tristes jours où la m^'esté du siège apostolique était opprimée, Tœil d'une foi timide eût cru que l'étoile du catholicisme avait pAli, lorsque, tout à coup, l'héroïque Grégoire Vil vint, en rappelant la sainteté sur le trône du prince des apôtres, raviver la discipline et les mœurs ecclésiastiques qui s'écroulaient de toutes parts. Après lui, cette pléiade éclatante des grands Papes, Urbain 11, Pasctal II , Alexandre 111, Innocent III , Grégoire IX, Innocent IV, qui, dans des conciles fameux, rendaient la vie aux Eglises en promulguant des canons fondés sur l'esprit de Dieu, ou des décrétâtes dans lesquelles une équité surhumaine le disputait h la science du droit, en même temps qu'ils organisaient, par leur influence paternelle, ce moyen âge qui nous a légué de si grandes œuvres.
Lors de Léon X, et quand s'éleva la prétendue réforme, Dieu sauva encore son Eglise par la Papauté. Convoqué par Paul III, le saint concile de Trente vint fixer le dogme ébranlé et relever avec force et douceur la discipline renversée; mais qui ne sait que cette grande tentative eût été sans résultats, si Dieu n'eût suscité cette admirable suite de Pontifes intègres dans les mœurs et ardents pour la cause de Dieu, Pie IV, Paul IV, Pie V, Grégoire XIII, Sixte-Quint, Clément VIII? Plus tard, lorsque la criminelle sécularisation de la société n'avait pas encore refoulé, comme au xyuV siècle et aujourd'hui, la juridiction ecclésiastique bien en deçà des limites qui lui ont été assignées d'en haut, l'Eglise résista avec énergie en la personne d'Innocent XI, d'Alexandre VIII, de Benoit XIII, même de Clément VIII; tandis qu'elle renversait le honteux protée du néo-calvinisme par Innocent X, Alexandre VII et Clément XI. Non moins purs que ccux-k;], mais prédestinés à une action toute pacifique. Innocent XII, Benoit XIV, Clément XIV, semblèrent avoir pris pour règle cette parole du Sauveur : N'achevez pas de rompre le roseau déjà brisi^ et fCétei* gnex pas la miche qui fume encore. [Matth. xii , 20.) Enfin ces derniers temps ont vu saint Pie V, les augustes infortunes do Pie VI et Pie VII, et les grands pontificats de Léon XII, de Grégoire XVI et de Pie IX.
DES PAPES
ADEODAT. — CoDlemporain de Pempereur ConsCantiu Pqgonal et de Thierri 1 , roi de France» Adéodat, que quelc|ues-uDs. traduisant san doid^ appelleat Dieudonné, fut élu Pape le 22 avril 672. II était Romaia de naissance, Qls de Jovinien ettipt le siège k ans 9 mois et 5 jours. Il avait été élevé dans le n^onastère de saint Erasme au mont Celius, dont il augmenta les bàli-* ments, et y établit un abbé et une communauté. Ce Pape, h la requête d*Agaric» abbéde Saint-Martin de Tours, autorisa par ses let* très le privilège que Robert, archevêque de Tours,avait accordé à ce monastère, et qui consistait à conserver aux moines la liberté de Tivre suivant leur règle, sans préjudice du droit de Tévèque diocésain. Du reste Thistoire BOUS apprend peu de chose des actes d*Adéodat. Anasiase le bibliothécaire dit qu'il fut toujours d*un caractère doux, accessible à tout le monde, libéral et compatissant pour les pauvres. Il fit rebâtir Téglise du prince des apôtres, où son corps fut déposé, et mourut en juin 676.
ADORATION PU PAPE. — Voy. Baise-
WB!fT DES PIEDS.
ADRIEN 1" fut élu Pape le 9 février 772 huit jours après la mort d*Elienne III son prédécesseur. — Il fut contemporain de Cbarlemagne, de l.éon III et de Constantin IV empereurs. Fils de Thépdore, et né à Rome d'une très-noble famille, bien qu*il eût perdu son père en bas flge, il donna dès sa jeunesse de grandes marques de vertu, priant souvent le jour et la nuit dans l'église de Saint-Marc , voisine de sa maison, morti- . fiant son corps par le cilice et par le jeûne , et Cotisant d'abondantes aumônes. Toute la ville parlait de sa piété, de son mérite, de la pureté de ses mœurs et de sa libéralité pour les pauvres. Tant de saintes (]ualilés étaient encore relevées par un extérieur imposant. Le P^ipe Paul le mit dans le clergé, le fit notaire régionnaire et ensuite sous-dia^ cre. Etienne Ul l'ordonna diacre, et alors il employa son savoir à expliquer l'Evongile au peuple. Enfin l'estime générale le fit élire Pape aussitôt après la mort d'JÇtienne, et il tint le Saint'Si^e 23 ans. Le Jour même de soQ éifBCtion, il rappela plusieurs des
magistrats du clergé et de la milita, que Paul Asiarte et ses partisans avaient exilés à la mort du Pape Etienne, et délivra ceux c|u'ils tenaient en prison; en sorte que la joie fut redoublée a sa consécration.
Sitôt que le roi Didier l'eut apprise, il envoya des ambassadeurs au Pape pour rassurer de son amitié. Le Pape répondit : Je désire d^avoir la paix avec tous les Chrétiens^ mémeavee le roi Didier ^ et Referai mon possible
J)our conserver le traité fait entre les Romains^ es Français elles Lombards. Mais comment puis- je me fier à votre roi , après ce que le Pane Etienne mon prédécesseur m'en a dit ? Qu il avait manqué à tout ce qu'il lui avait promis sur le corps de saint Pierre, et n^avait cherché qu'à perdre par ses artifices Christophe et Sergtus^ prétendant que te Pape lui en devait avoir beaucoup d'obligation , et le menaçant de Carloman^ roi des Français.
Voilà quelle est la bonne foi du roi Didier. Toutefois ses ambassadeurs promirent avec tant de serments qu'il accomplirait tout ce qu'il avait promis au Pape Etienne, et garderait une paix inviolaI)le, que le Pa[)ft Adrien les crut, et envoya ses légats à Didier pour l'exécution de ses promesses ; mais ils apprirent en chemin qu'il avait pris plusieurs villes de l'exarchat, et qu'il tenait Ravenne bloquée , ruinant tout le pays d'alentour. Rientôt après les habitants»
pressés de famine, envoyèrent leur archevêque Léon avec une députation au Pape, qui se plaignit au roi Didier ; celui-ci lui répondit qu'il ne rendrait point ces places que le Pape ne vint conférer avec lui. Le roi Carloman était mort le 4 décembre de l'année précédente 711, et sa veuve Gerberge, avec ses deux fils, venait d'arriver en Lombardie pour se mettre sous la protection de Didier. Il voulait obliger le Pape è sacrer ces deux princes en qualité de rois des Français, pour l'opposer i Cbarlemagne, leur oncle, que les seigneurs français avaient reconnu pour leur seul roi, et qui avait été sacré de nouveau en celle qualité. Mais le Pape Adrien ne donna pas dans ce piège, et refusa constamment d aller .trouver Drdier.
{>idier voyant que tous sçs artifices avaient
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