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sivement aliaqués avec des citatioDS d'autorités françaises. Cette protestation contre une loi française, remise au gouvernement français par le légat à latert du Sainl-Siége, a la forme, le ton, les arguments, la méthode exacte et la dialectique serrée d'un ouvrage composé par un français lui-même. *
«Napoléon s*étantfaitdéclarer empereur, il s'ouvrit entre lui et le gouvernement du Saint-Siège une longue négociation ayant pour but de venir le sacrer et le couronner. Les cardinaux furent consultés è deux reprises à ce sujet, et voici le résumé de leurs réponses tirées d'un mémoire du cardinal Fescb, ambassadeur de Napoléon lui-même à Rome.
« Parmi les cardinaux opposants, deux ont dit que fempereur des Français était illégalement et illégitimement élu; que Sa Sainteté ne devait pas conGrmer cette élection par le sacre. Ils ont distingué le droit du fait, s'appuyant de la constitution do Clément Y dans le concile général de Vienne en Daupliiné, qui établit que la dénomination que le Pape donne de roi ou d'empereur à quelque prince que ce soit ne constate pas •e droit; que c'est sous ce seul aspect que le Pape a pu faire le concordat avec le premier consul ; qu'il peut même le reconnaître empereur, et non pas le sacrer et le couronner, puisque les oraisons que l'on ferait sur lui établiraient et canoniseraient un droit usurpé, illégitime.
« Cinq cardinaux ont dit quo le sacre et le couronnement de l'empereur par le Souverain Pontife sanctionneraient toutes les lois et tous les actes déjà faits par l'empereur, même les lois organiques contre lesquelles Sa^Sainteté a dû s élever, et les mesures prises en faveur des constitutionnels (]ui avaient été rebelles aux décisions du Saiut- Siége; et (ju'elle canoniserait comme ayant bien mérité de l'Ë^lise le nouvel empereur, qui, bien qu'il ait contribué au rétablissement de la religion en France, y protège des systèmes avilissant la religion et ses ministres. Quelques cardinaux ont ajouté qu'il a sapé l'Ëglise d'Allemagne par la sécularisation. Un autre, après lavoir mis en parallèle avec Charlemagne, conseille au Saint- Père de différer cette grande cérémonie jusqu'à ce que l'empereur s'en soit rendu digne 60 rendant à l'Eglise s^s droits au moins sur le spirituel; il dit que le nouvel empereur, qui a donné à d'autres des couronnes, des rojraumes, n'a pas même JTait voir des dispositions à rendre à l'Eglise la moitié de son patrimoine qu'il a usurpé lorsqu'il était en sous-ordre.
1 11 représente en outre le danger où le Pape exposerait le Saint-Siège par un acte semblable. Il deviendrait ennemi des souverains de l'Europe et particulièrement de ceux de la maison de Bourbon et d'Autriche,
aui se vengeraient à la première occasion, a même ajouté que Pie VI, pour ne pas faire tort à l'empereur d'Occident, n'avait vceonnu ceiui de Russie au'après en avoir été sollicité par Joseph II.
« Ces moyens de refus absolu que les cinq cardinaux opposants ont développés ont élé indiqués par quelques-uns des quinze auim comme des objets qui doivent exciter la soi* licifude de Sa Sainteté. »
Le Pape ayant exigé, pour se décider, des conditions qui obviaient aux diflicallés énoncées par les cardinaux opposants, le gouver* nement français y satisfit. Le 2 août. Pie Vil félicita Napoléon sur son avénenaent an trône impérial, ^t le 15 septembre suiTant, l'empereur lui écrivit pour l'inviter personnellement à venir le sacrer et le couronner. Pendant ce temps, les évoques français réfugiés adressèrent, pour la seconde fois, au Saint- Père de nouvelles réclamations au sujet du concordat.
La grande majorité des cardinaux ayant enfin approuvé le voyage de Pie VU, on eo commeuÇ'i les préparatifs. Le 29 octobre, ie Pape assembla un consistoire où il adressa aux cardinaux une allocution remarquable. Le 1" novembre il ex«pédia les décisions qni donnaient au cardinal Consaivi les ponroirs nécessaires pour gouverner politiquement les affaires de Rome, Le lendemain il partit au milieu des témoignages les plus touchants de respect du peuple qui bordait les avenues pendant l'espace d'une lieue. Le 25, il arriva à Fontainebleau, où Napoléon alla à sa rencontre. Le 28 il arrivillt à Paris, et Je 30 il recevait une députation de vingt-cinq membres du sénat, dont le président, François de Neufchftteau, lui adressa un discours remarquable. Vint ensuite la députation du corps législatif, dont ToraleurM.de Fontanes dit dans un magnifique discours: « Tout a changé autour de la papauté, seuli^ elle n'a pas changé. » Mais le discours qai produisit le plus d'impression sur Tesprit du Saint-Père fut celui de M. Fabre de Laudet, président du tribunal , qui résume tout le passé de Pie VIL « Le tribunal^ • dit-il, « se rappelle avec les sentimentsde la plus vive reconnaissance, les services que vous avez rendus à la France, avant même d'être élevé sur le trône ponlitical. i' n'oubliera jimais que, dans votre dernier épiscopat d*lmola, vous sûtes apaiser f>ar une conduite sage, éclairée et paternelle, les insurrections or^janisées contre l'armée fran-
Sise et prévenir celles qui la menaçaient ais ce n'est pas sous ce seul rapport que Votre Sainteté a acquis des droits à la vénération et à l'amour des Français. Us étaient agités par des troubles religieax; le concordat les a éteints : nous nousTélicitoo^ d'avoir concouru de tous nos mojens à secondor à cet égard votre sollicitude \^'*^' nelle et celle du chef suprême de cet eiupire. Si nous eiaminons la conduite ^^ Votre Sainteté dans le gouvernement ioté* rieur de ses £tats, que de nouveaux sujets d'éloge et d'admiration 1 Votre Sainteté « réduit les dépenses de tous les palais apostoliques. Sa table, son entretien, ses dé^ienses personnelles ont été réglés comme ceut du plus simple particulier. Elle a peo^ avec raison que sa véritable grandeur coa-
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siste moins dans le fasle et la pompe de sa cour, que dans Péciat de ses rertus, el dans son administration économiaue et sage.
L*agriculture^ le commerce et les beaux-arts reprennent dans l'Etat romain leur ancienne splendeur. Les contributions qu*on y prèle* vail étaient arbitraires « multipliées, mai réparties. Votre Sainteté les a remplacées par un système uniforme et modéré ne contributions foncière et personnelle, toujours suffisant dans un pays auquel sa situation D*iiupose pas la nécessité d*un grand Etat militaire, et où une sévère économie règne Jcins les dépenses.Les privilèges et les^xempions ont été abolis : depuis le prince jusqu'au dernier sujet, chacun paye en propor- ;i0Q de son revenu. Le cadastre des provinces ecclésiastiques, commencé en 1775, et :elui do Vagro romano, commencé par Pie k^I, votre auguste prédécesseur, sont termilés, et ils ont reçu la perfection dont ils ftaîcnt susceptibles. Un bureau des byppoiiè<iues a été organisé , et la bourse des caâlaiisies est ouverte aux propriétaires mal lises. Des primes ont été accordées à ceux |ui formeront des établissements d*agriculure et des plantations. La Campagne de lome, depuis longtemps inculte et stérile, •era bientôt couverte de bois, comme ians le temps de la splendeur romaine. Une oi oblige le^ grands propriétaires à mettre ours terres en culture, ou h abandonner, K)ur une modique redevance , celles qu'ils le pourront pas faire travailler. EnGn, le Icsséoheuient des Marais Poniins, en reniant à l'agriculture de vastes terrains, conribuera à la salubrité de l'air et à Taccroiseroenl de la population de celte partie de Etat romain. Le commerce a besoin, pour Tospérc^, d*étre dégagé de toutes les eotraes de la fiscalité, et de ce svstème destrucsur, de gènes et de prohibitions; il veut tre libre comme Tair : Votre Sainteté a roclamé hautement la liberté du commerce. ,es monnaies de faux et de bas aloi, sources e discrédit et d'immoralité, ont été remlacées par une monnaie réelle. Des manuic lares de laine, des filatures do coton ^ni établies h Rome et à Givita-Vecchîa, our les indigents des hospices cameranx. ;n |H)iissant jusqu*è l'excès sa charité envers »s pauvres , en ne recevant rien pour elle, i pour sa famille. Votre Sainteté veille ceendant avec un soin particulier à ce que is libéralités aient un emploi toujours lile.
m La ville do Rome, malgré ses pertes, coniiuera à être la patrie des beaux-arts. Votre linleté a ordonné de fouiller à Ostie et sur ( lac Trajan. Tous les cliefs-d^œuvre dis- (ïrséset rachetables sont rachetés par elle. *iirc de Septime Sévère est décombréei la >ie eapitoline retrouvée. Tels sont les bienïLs qui ont distingué le règne paternel de olre Sainteté... »
L*e 3 décembre eut lieu la cérémonie du icre et du couronnement do Tempereur. Le mit courant qu'on voulait retenir le Pape Paris, Pie VU crut devoir répondre à un
grand olBcier qui le pressentait è ce sujet : un a répandu qu'on pourrait nous retenir en France; eh bien, qu'on nous enlève ta liberté^ tout est prévu. Avant départir de Rome, nous avons signé une abdication régulière^ valable^ si nous sommes jeté en prison ; / acte est*hors de la portée du pouvoir des Français ; le car'dinal Pianatelli en est dépositaire à Palerme^ et quand on aura signifié les projets qu'on médite^ il ne vous restera plus entre les mains quun moine misérable qui s'appellera Barnabe Chiaramonti. Cependant le saint Père put partir, et son retour, comme son départ, ne lut qu'une suite d'ovations triomphales. Sa réception à Rome fut surtout magnifique. Ce voyage avait électrisé l'âme du baint- Père. Il parlait avec feu de ce qu'il avait vu, et s'interrompait à tout instant pour dire des choses nouvelles. L'établissement des Sœurs de Charité de Paris avait vivement excité son intérêt, et il pensait à étendre cet ordre en Italie , en Allemagne, en Irlande. Il racontait surtout son passage à Châlonssur-SaAne, au milieu de plus de 2,000 individus, femmes , enfants et vieillards, et les scènes émouvantes dont le seul récit rauendrissait jusqu'aux larmes. Le 27 juin, dans un consistoire , il rendit compte aux cardinaux de ce voyage, et des cérémonies du sacre et du couronnement.
Mais déjà commençait h s'élever l'orage qui plus tard devait éclater avec tant de violence sur la tète de Pie Vil et de ses principaux conseillers. Héritier des prétentions des empereurs d'Allemagne, dont il surpassait peut-être encore l'ambition. Napoléon rêvait au fond une suprématie universelle, non-seulement sur l'Europe, mais encore sur l'Eglise. Enivré de ses nouvelles victoires, il va bientôt dévoiler ces desseins, qui jusau alors n'étaient sans doute pas encore mûrs dans son esprit. Ici commence toute une phase nouvelle du pontificat de Pie VII , phase si importante, si saisissante d'intérêt, aue nous croyons nécessaire de la rap|K)rter uans tous ses détails. Pour cela nous ne saurions mieux faire que d'en emprunter la narration complète à l'un des acteurs même de ce grand drame, le cardinal Pacca, qui s*exprime ainsi dans les pages si remarquables de ses Mémoires.
«C est une question. intéressante pour l'histoire de savoir si l'usurpation desdomain^^ du Saint-Siège avait été arrêtée de bonne heure dans l'esprit de Napoléon Bonaparte , et quelle en fut la cause véritable. Que Napoléon Bonaparte ait laissé voir ce projet sacrilège, presque aussitôt qu'il a été assis sur le trône de France, les faits uue nous allons exposer ne permettent ^s d'en douter. Mais qu'est-ce qui le portait à cette spuliatioo si injuste ? Selon les uns, sou ambition insatiable, le désir de reculer de plus en plus les bornes de son empire, d'asseoir son second trône sur la ville des Césars, )K)ur s'enivrer du titre fastueux d*ompereur romain ; selon d autres, une su^estion de queluuo secte ou faction ennemie do la papauté, une Goudition que lui avait imposée
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cette 5eete ponr prix de son concours k son éfévMiofi au trône de France. J'adopleraîs volontiers celle dernière opinion , qui me parait plus Traisemblable (80). Et, en effet, comment supposer que , ae la hauteur de ses projets gi^^anlesquès, celui qui créait les roîs et dispensait les royaumes, ait pu descendre de luinmème à la détermination de détrôner un prince amî, pacifique, sans dé^ fense, dont le petit territoire en Italie ne devait point accroître sa puissance et sa gloire, mais au contraire lui faire perdre celte renommée, cette faveur des Calholiques que lui avait si justement acquise le réta- Missement du culte catholique en France? Quoi qu'il en soit, voici les moyens qu'il employa pour arriver à Taccomplissement de son projet.
« Napoléon comprenait très-bien que, s'il détrônait purement et simplement un Pape cfui lui avail donné de si grandes preuves de tiienveillance et d*amitié, il exciterait nécessairement conlre lui une indignation sénéraie en Europe, dans les cours étrangères, particulièrement parmi les sujets ponlifi' eaux, et qu'il ternirait l'éclat de sa renommée, dont il élait si idolAlre. Il conçut donc un plan de conduite, un système de moyens qui pût amener doucement, mus aicousst^ la consommation de son projet, en rendant le Pape un objet' de mépris, de haine même pour les gouvernements et les peuples, et en faisant peser le gouvernement de l'Eglise comme un joug insupportable sur les sdjets pontificaux. Les condescendances, les concessions précédentes du Pape et de ses ministres, Napoléon ne les altribuait nasi cette prudence chrétienne qui sait quelquefois céder et fléchir pour demeurer ^lus ferme sur les limites du droit et de la justice; il les regardait, au contraire, c^mroe les fruits de la pusillanimité et de la crainte; et cette basse et fausse opinion , sa mésestime pour les membres du Sacré Collège, qu'il croyait incapables d'énergie et de résistance , lui firent penser qu'il pourrait réussir par les menaces et par la violence : mais il se trompa. Le Sacré Collège ne comptait pas alors, il est vrai , parmi ses membres, des Conlarini, des Poli, des Commendoni, et autres illustres cardinaux que ta divine Providence suscita au xvi' siècle, pour les opposer aux hérésies naissantes du Nord, pour préparer et accomplir le grand ceuvre du concile de Trente; mais cette même Providence, qui veille sans cesse sur son Eglise, lui avait fait et donné dans ces derniers temps des hommes tels qu'il lui en fallait, des hommes pleins de sentiments nobles et généreux, supérieurs aux considérations humaines, incapables de se laisser ni corrompre par les flatteries et les promes-
(8Q) On peui croire à la réunion des deux causes.
(8i) Serment exigé des cardinaux à leur exaltation.
(82) Voici quelle en fut la cause. Quelques mauvais siqels romains, portani la cocarde françai e, te jw-irtnt de querelle la nuit avec deux vendeurs
ses, ni intimider par les menaces; des hoo* mes prêts à tout sacrifier pour conserver «u Saint-Sié^e les droits et les prérogallTei
3u*ils avaient solennellement jurédedéfenre au prix même de leur sang (81); des hommes, enfin, ce çiui était alors si important, d'une conduite irréprochable, hom« mage que doivent leur rendre et la capitale et les divers pays do la France où ils furent si arbitrairement exilés.
«Après la solennelle cérémonie du sacre de Tempereur, Pie VU, depuis peu reveRu à Rome, les conseillers de ce voyage, de celle grande condescendance, se livraient à l'espérance d'en recueillir bienlût les heureux fruits, lorsque tout h coup la bonne harmonie qui paraissait régner entre Pie VII et Napoléon commença à s'allérer, àVoceasion de quelques légers différends (82) entre le cardinal Fesch, ministre ds France il Rome et le Cardinal Consalvi, secrétaire d'£lat. Quelque lemps après, un corps de troupes françaises part du royaume de Naples, s'empare d'Ancône et y élahlit garnison. Il est facile de concevoir Quelles dorent être la suprise, la douleur, la juste indignation du Pape en vovant d'une part tant de concessions, tant de condescendances pour l'empereur, payées par tant d'ingratitude, et d'autre part, les suites 'funestes que pouvait entraîner celle injuste occupation; car les puissances en guerre conlre la France pouvaient supposer qu'elle était le résultat d'un plan concerté eulre Tempereur et le Pape, ce qui leur aurait fourni de justes motifs de se plaindre de la violation de la neutralité, et d'user de représailles contre le port d'Ancône et le littoral de TAdrialique, dépendant de l'Etat pontifical. Pie VU s'empressa d'écrire lui-mérûe à l'empereur pour réclamer conlre l'occupation d Aocône et demander la prompte évacuation de cette place. Dans cette lettre, le Saint-Père laissa échapper une proposition qui sonne mal en diplomatie ; En cas de refui de rivacuation dÀncônef noue ne verrions pas^ disait-il« conwient pourrait $e concilier avec notr^ dignité la contintiation des rapports avec ts ministre de Votre Majesté à Rome.
c Profitant de ces paroles pour y voir une menace de rupture. Napoléon adressa au Pape une réponse pleine d'expressions ami* res, d'injures triviales, indignes du souverain qui les employait et du vénérable Pontife contre qui elles étaient dirigées. « Votre « Sainteté, » disait-il, « avait intérêt à voir « la forteresse d'Ancône, plutôt dans mes % mains que dans celles des Anglais et des « Turcs; je me suis considéré comme le « protecteur du Saint-Siège, et à ce litre» «j'ai occupé Ancône pour la mettre à Te- « bri d'être souillée par les Grecs et les Mudé eoncoiobres de Navonne et les tuèrent. Le bruit se répandit d'abord que les assassins étaieiK F rao' çais, ei le caldinal rescb, croyant voir dans te^^ scène sanglante un moyen d'inirîgae , dont le ^ était d'allomer le tèii contre les Français, *ài^ au cardinal GonsalTi des r^la«iaUoQS qm ^' " I lu iCè re ttiodciéc».
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« sulmans. Votre Sainteté est libre de ren«
< Yoyer mon ministre et d'accneillir de pré* c féreace et les Anglais et le calife de Constan-
< tlQople. » La lettre était datée de Munich, (e 7 janvier 1806, trenle-six jours après la bataille d*Austerlitz.
< Pie VII , le cœur plein d*amertume et d'afflieiion, fit à l'empereur une réponse admirable de noblesse, de courage et de résignation , justifia sa pro;K>sition interprétée si défavorablement, et prit la défense de ses ministres, particulièrement du cardinal Gonsalvi, accusés d'être les ennemis de la France, les conseillers, les instigateurs de toutes les résolutions du Pape. Il recommandait à rempereur les intérêts de la religion dans les Etats Vénitiens, dont il était devenu souverain, en ajoutant ces paroles remarquables : Cet agrandisiement de ses Etatê en Jta^ lie noue fuit eepérer qu'il eet arrivé le tempe opportun de voir se réaliser par Votre Ma* jeelé lee espérances quelle ne nous a jamais enlevées^ que le patrimoine de saint Ptetre ne s'af*
Sigera pas plus longtemps delà perle des trots gâtions^ faite dans la révolution.
€ Cette proposition révèle la mauvaise foi de l'empereur, qui avait fait espérer à Pie VU la restitution des trois légations, tandis qfu'il nourrissait le coupable dessein de s'emparer de tous les Etats de l'Eglise. Le Pape le priait encore de faire cesser à Ancône les nesures de guerre^ et dispendieuses^ si nuisi^ Ues au bien-être de cette vt/Ze, et de la rendre i rétat pacifique dont elle jouissait avant ^*occupation. il lui exposait ensuite la situaion déplorable du trésor pontifical, et de* Daodait le remboursement des nombreuses ivances faites pour l'armée impériale. Nous rroriJf, disait-il, employé à cet usage tous les onds que nous avions et nous avons même af^ ecté d aranre, pour les naffements définitifs^ les erenus qui doivent échoir d'ici à cinq mois. •Intin il terminait ainsi : Cette liberté de fan* âge s^ra pour Votre Molesté une arrhe de otre confiance en vous. Si Vétat de tribula* tons auquel Dieu nous a réservé dans notre ouioureux pontificat devait arriver à son omble; si nous devions nous voir ravir une hose si précieuse pour nous^ l'amitié et la . ienveillance de Votre Majesté^ le prêtre de /sus--Ckristf qui a la vérité dans le cesur et ,<r lee lèvres^ supportera tout avec résigna^ on et sans crainte; de la tribulation elle* émt il recevra le reconfort de sa constance, f espère que la récompense que ne lui offre as le monde lui est réservée plus solide^ étereiie dans le c te/, et ne cessant pas de prier *f eta pour la lonane et prospère conservation f Votre Majesté impériale et royale^ nous rt «ircordotie de tout cœur la paternelle bé* fdiction apçstolique. Cette lettre était du ^janvier 1806.
m Avant qu'on pût savoir h Rome l'imprcson que cette lettre avait faite sur l'esprit » l'empereur, le secrétaire d'Etat reçut une >te mmisiérielle du cardinal Fesoh (9à*) ,
dans latinelle celui-ci, sacrifiant un pea la dignité de cardinal de l'Eglise à sa qualité de ministre de Fiance, demandait, au nom de l'empereur, « oue le Pape expulsât do « Rome, de tous ses domaines, les Anglais, les « Russes, les Suédois , les Sardes, et fit fer- « mer tous les ports de l'Etat aux bAtiments « de ces nations, » demandes étranges que le cardinal prétendait justifier par cTassez faibles raisons.
« Enfin, le 2 mars, arriva à Rome la ré-
Emse de l'empereur, datée de Paris le 13 vrierl806, lettre plus acerbe encore que la première, et dans laquelle Napoléon, so démasquant entièrement, annonce clairement ses projets contre le Pape et l'Etat do l'Eglise. Voici cette lettre ou plul6t ce manifeste de guerre :
n, Très-saint Père,
« J'ai reçu la lettre do Votre Sainteté du « SO janvier. Je partage toutes ses peines;* je « conçois qu'elle doit avoir des embarras; « elle peut tout éviter en marchant dans une « route droite, et en n'entrant pas dans le « dédale de la politique et des considéra- « tiens pour les puissances qui* sous le point « de vue de la religion, sont hérétiques el « hors de l'Eglise, et sous celui de la politi* « que, sont éloignées de ses Etats, incapac blés de la protéger, et ne peuvent lui faire n du mal. Toute I Italie sera soumise à ma « loi. Je ne toucherai en rien è l'indépen « danco da Saint-Siège. Je lui ferai même « payer les dépenses que lui ocusionner:t « les mouvements de mon armée. Mais nos c conditions doivent ôlre que Votre Sainteté « aura pour moi dans le temporeNes m6mi*s « égards que je lui porte pour le spiri- « tuel, et qu'elle cessera des ménagements « inutiles envers des hérétiques, ennemis « do l'Eglise « et envers les puissances qui « ne peuvent lui faire aucun bien. Votre a Sainteté est souveraine de Rome,*mais ;*e» « suis tempereurt et ses relations avec moi
< doivent être celles de ses prédécesseurs « avec Cbarlema^e. Tous mes ennemis doi- « vent être les siens. Il n'est donc pas eoc- « venable qu'aucun agent du roi de Sar- « daigne, aucun Anglais, Russe, ni Sué-
< dois , réside à Rome ou dans vos Etats , ni « qu aucun bAtiment ap(>artenant A ces puisc sauces entre dans vos ports. Comme chef « de notre religion , j'aurai toujours pour « Votre Sainteté la déférence filiale que je lui c ai montrée dans toutes les circonstances; « mais je suis comptable envers Dieu, qui a « bien voulu se servir de mon bras pour rét tablir la religion, » etc.
« Il continue sur ce ton , accusant le Pape de négligence dans le gouvernement de l'Eglise, mémo de laisser périr des âmes , traitant ses conseillers d*hommes de mauvais principes, ennemis du bien; se vaniant do tout ce qu'il avait fait en faveur- de la reli-> gion. Cotte lettre, indigne d'un grand empe-
?) M. Artaud Tai arriver celle lettre ou iiuie du cardinal Fi;»cli, aprcs la IcUrc ^uivaole de Temrcur, ce qui est bien dilKr ni.
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reur» n'A besoin ni d interprétation ni de commentaire.
« A la lecture de cette lettre, le reste des illusions de Pie VU s^évanouit, et il reconnut combien avaient été trompeuses et perfides les espérances qu'on lui avait fait concevoir. Se souvenant alors de Ja conduite que tenaient ses prédécesseurs dans les grandes affaires de r£^lisc, même au temps de la splendeur
se réunirent au Quirinal dans l'appartement du Saiut-Père. Sa Sainteté exposa brièvement l'important objet de celte convocation, fit distribuer à chaque cardinal une cofûe manuscrite de la lettre de l'empereur et de là note du cardinal Fescb; et» pour leur donner le temps de bien examiner l'affaire et de se former une opinion mûrie par la réflexion , il les convoqua de nouveau pour le 10 mars au Quirinal , jour où ils devaient donner leur avis de bouche et par écrit» en rendant les copies manuscrites qui leur avaient été remises.
« Le 10 mars au matin les trente -deux cardinaux se réunirent au Quirinal. Pre Vil» te visage pAle, d*une voix émoe et tremblante» exposa l'objet de sa délibération , et demanda que chaque cardinal articulât son avis. >e soupçonnais dans Tesprit du Paue quelque crainte que la plupart des carainaux , mécontents de son ministère» qui les avait laissés jusqu'à ce jour dans Tignorance des affaires, ne fissent entendre des plaintes sévères, quoique respectueuses» de ce qu*on avait attendu» pour les appeler au conseil» une situation désespérante et presque irrémédiable. Mes soupçons étaient justes, mais il n'en fut pas ainsi, et la con luite de mes eoUègues fut pleine de dignité. Lorsque le Pa|)6 eut fini de parler» le vénérable cardinal Antonelli» doyen du Sacré Collège» se leva, se découvrit, remercia au nom de ses collègues le Saint-Père de la confiance qu'il plaçait dans le Sacré Collège, et l'assura que « les cardinaux, s'élcvant au-dessus de toute « considération huroaine,detoutintér6t par- < titulier, n'écouteraient dans leurs conseils «que la voix de la conscience et ks serments « qu'ils avaient faits h leur exaltation au car- « dinalat. » Ensuite il exposa brièvement les raisons qui devaient faire r^eter les étranges demandes de l'empereur. Vingt -neuf cardinaux adhérèient au sentiment de leur doyen » rejetant avec indignation les propositions du gouvernement français; et, dans l'énergie de leur langage, ils ne laissèrent pas échapper une seule parole qui pOt indi-
3uer un reproche de la conduite du Pape et e son ministère. Trois cardinaux n'eurent pas le courage de suivre Texemple de leurs collègues-, leur opinion cependant n*était pas le fruit d'une mauvaise doctrine» mais celui de la crainte qu'un refus n*exaspérAt Napoléon et n'amenât les plus funestes résultats. « Voici le développement du vote unanime des vingt- neuf cardinaux : a Ni comme « prince temporel , ni comme chef de TÈgli-
« se, le Pape ne peut adhérer aux prélea* « tions , aux étranges demandes de 1 empe- « reur. Comme souverain temporel, il ne « peut, sans de graves raisons , ni expul- « ser de ses Etats les sujets des puissances « avec lesquelles il est en paix et dont il n'a € reçu aucune injure, tels que les Anglais, c les Russes , les Suédois , les Sardes, ni fer- « mer les ports de TEtat pontifical aux bâd- « ments de ces nations ; un pareil acte d'boi- « tilîté serait une injustice nianifeste, uoe « violation du droit public de l'Europe. Sans « doute quelques-uns de ces gouverneœeols « iie professent pas la religion catholique, « mais ils traitent le gouvernement pontife fical en puissance amie ; ils ont pour le « Pape régnant du respect et de la iréné- « ration.
a Rien de plus frivole que la raison don* « née par Napoléon ie Toccupation d'An « cAne» celle de la mettre h l'abri d'être oc- « cupide par des puissances ennemies de la ce France, et d'être gouillée par lee Grecs ei « les musulmans ; car, dans l<i première oc- « cupation d*Ancône par les Français, sous « la république, on a vu la Russie, l'Angle- « terre et même la Porte ottomane, se réunir « pour assiéger cette place, la reprendre et la «r rendre à son souverain légitime. Comme tf chef de l'Eglise» le Pape doit, à plus forte « raison, rejeter avec un courage apostoii- « que les demandes de l'empereur : vicaire, « sur la terre, d'un Dieu de paix,''chef d'une « religion qui est toute douceur et cbarilé, « il lui est impossible d*accéder à celte de- «( mande absurde de l'empereur, qu'ildeni « toujours regarder comme ses propres « efiiiemis les peuples en guerre avec 13 c France, pa;s qui d'ailleurs par sa posi- <i tion, par son contact avec ses voisins, a n rarement joui du bienfait de la paiit « comme le prouve l'histoire. Une pareille « concession ferait perdre à l'instant au • Saint-Siège cette indépendance que la 1 Providence lui a faite et qui lui est né- <i cessaire» de l'aveu même de fiossuet,pour « exercer librement son ministère pas^ral, <K depuis surtout que l'Europe est divisée « en tant d*Etats différents. Les prétentions « de l'empereur réduiraient le Pape à la <i condition d'un tassai» d'un prince lige de il l'empire français ; et voici quel en serait « Teffetle plus funeste: à chaque guerre jc contre la France» toute communicalioD « serait h l'instant rompue entre Rome et « les nations ennemies de l'empire français; « le Pape n'aurait plus aucun moyen de a gouverner les Eglises de ces nations/ df « exercer lajuridiction spirituelle, et même, « en temps de paix, son ministère apostoff Jique rencontrerait de continuels obsta- « clés, d'incessantes contradictions. I^ c temps étant déjà si mauvais» quelesécrils « émanés de Rome sont reçus avec peine et « méfiance dans les pays étrangers, 4^® « serait-ce s'ils sortaient d'un fief de 1 eo|- «t pire français? Rien <ie plus étrange ela« « plus romanesque que cette prétention ^i^ « l'empereur, d tire le successeur de Cm\
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DES PAPES
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« lemagne et éTen avoir tous leg drotti^ pré- « tention souverainement dérisoire de la « part d*uD général qui a enlevé trois léga- « tiens aux Papes, et qui menace d*usurper « les anciennes possessions du Saint*Siége» 9 que Cbarlemagne avait reconquises pour c rendre aux Papes» et qu'il avait même « ai-crues par de nouvelles donations. On ne « peut plus désormais conserver aucun « doute sur le sacrilège projet de Napoléon» « si manifestement annoncé par les deux € propositions de sa lettre : Je $ui$ ttmpt» « rtur de itome» et le Pape doit avoir pour « moi dans le^temporel les mémei égards que c fai pour lui dam le spirituel. Il est facile c de prévoir la tempête qui va se déchaîner « contre le Pape et le Sacré Collège» et tous I les maux qui nous sont réservés ; mais» n nous souvenant des serments faits è notre > promotion au cardinalat, et n'écoutant que K la voix de notre conscience, nous promet- « tons au Saint-Père de rester tidèles à nos I devoirs, et de défendre, au prix même de I notre sang, les prérogatives et les droits I dn Saint-Siéc^e. »
« Tandis que les vingt-neuf cardinaux .^mettaient leur avis, si contraire aux denandes de l'empereur» on voyait un chan- ;euieDt sensible sur le visage du Pape» 'expression de plus en plus prononcée delà satisfaction. Ennn, après avoir entendu les rotes du Sacré Collège, Pie VU, prenant la >arole, déclara d'une voix forte et calme |u'il ne pouvait attendre du Sacré Collège m conseil plus juste et pins sage; au il 'approuvait, et qu'il était déterminé a le uivre, quoi qu'il pût en résulter. Puis, se ournant vers les trois cardinaux dissidents^ I détruisit les raisons qu'ils avaient apporées à l'appui de leur opinion, et chercha à eur inspirer plus de courage et de fermeté.
« Ainsi se termina cette congrégation gélérale si remarquable par la sagesse et la t^roieté du Pape, par le courage froid et slmo avec lequel mes collègues suggéraient ne résolutiun qui appelait sur eux une perf^culion certaine et imminente. Cette séance toujours présente à mon esprit, me rapelle un des plus beaux jours de ma vie, élut où j'ai éprouvé la plus douce satisfacon d'être membre de l'auguste sénat de Eglise. Je remarquai que la plui^art de les collègues, en sortant du Quirinal ne lissaient voir sur leur visage aucun signe e C rouble ou de préoccupation, en sorte ue le peuple, accouru dans l'intérieur du liais et sur la place pour connaître le motif 0 cette congrégation extraordinaire, la preliére depuis plusieurs années» ne put comrendre ni conjecturer si l'objet de cette >ri Tocation annonçait un événement heu- ^ux, ou un triste et funeste avenir.
m Queluues jours après» le Pape Qt une tn^ue réponse h l'empereur, lui donnant s raisons qui l'empêcnaient, à son grand '^ret, d'accéder è ses demandes, et réliant les assertions incohérentes et ca« »ixiiiieuses de la lettre impériale. La ré- >nse du Pape était forte, énergique, mais
tempérée par cette douceur, cette mansuétude qui était dans la nature de Pie Vil. Depuis cette époque, l'histoire des démêlés de Napoléon et du Pape devînt une répétition, une représentation parfaite de ce que nous lisons dans les chapitres i et ii du livre de Job.
< A l'arrivée de chaque courrier de France, la secrétairerie d'Etat recevait une note ministérielle deH.de Talleyrand, au nom de l'empereur, transmise è Rome par le légat de Paris, le cardinal Caprara, k qui elle était adressée, et c'était toujours, ou de calomnieuses accusations contre le gouvernement pontifleal, eu de nouvelles demandes que le Pape ne pouvait admettre ni comme prince temporel, ni comme chef de l'EAlise. Il y avait là un double but très-perflde : Si le Pape accédait^ il offensait quelque. gauvernemcnt étranger, et souvent une nation entière : s'il refusait^ c'était un motif de faire de nouvelles plaintes, toujours accompagnées de la menace d'enlever au Saint- Siège ses domaines temporels.
« Pie VII, c|ui venait a'éprouver, au niilieu de ses tribulati(ms, la force et l'encouragement qu*it pouvait puiser dans la réunion du Sncré Collège, eut bientôt l'occasion de le convoquer de nouveau. Le 23 avril 1806, le cardinal Fesch, ministre de France, adressa au secrétaire d'Ëtat une note dans laquelle il annonçait, au nom de l'empereur, que, l'armée française ayant conquis le royaume de Naples, et ce trône étant vacant. Napoléon avait cru convenable àsa dignité de placer la couronne de Naples sur la tête de son frère Joseph Bonaparte. Le 26 du même mois, lé cardinal Coiisaivi répondit qu'il avait mis cette note officielle sous les yeux du Saint-Père, et que « Sa Sainteté, dans la stricte obligation que « lui imposaient ses devoirs de maintenir « les droits du Saint-Siéee, l'avait chargé « d'appeler avant tout 1 attention de Sou « Eminence sur les rapports existant det puis tant de siècles entre le Saint-Siège et
< la couronne de Naples, rapports cons-
< tamment ot)servés, même dans les cas de « conquête, non-seulement h l'avènement « d'une dynastie, mais encore de chaque « nouveau roi. » Paroles modestes qui indiquaient sous un voile a^^sez transparent, le droit du Saint-Siège dedon^ ner l'investiture à chaque nouveau roi de Naples, et roblisation pour celui-ci de la demander. Bientôt arrivèrent deux notes ministérielles de M. de Talleyrand du 19 et du 20 mai , qui outrageaient de la manière la plus noire le Saint-Siège et la mémoire de plus de quatre-vingt-dix Pontifes romains. Le droit du Saint-Siège de donner l'investiture aux nouveaux rois de Naples, droit exercé par plus de quatre-vingt-dix Papes , admis pendant
f>lus de sept siècles dans le droit public de 'Europe, reconnu, respecté par tous les rois de Naples, parmi lesquels on compte des rois de France et dea empereurs, jusqu'au roi Ferdinand, qui demanda et reçut
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DICTIONPIAIRE
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rinvestiture ; ce droit inconteslable» H. de TaîIejraniJ l'appelait un des nombreux abus deTautorité pontiGcale, né dans des siècles obscurs du raojen âge, tombé en désuétude, et ne pourant d'ailleurs se soutenir devant le moindre examen critique. Ses arguments, qui seraient des sophismes ridicules dans la bouche d*un mauvais avocat plaidant une mauvaise- cause, étaient par là même indignes d'une correspondance diplomatique. La conclusion des deux notes de M. de Talleyrand était que, si le Pape ne s'empressait pas de reconnaître purement et simplement Joseph Bonaparte comme roi de Naples, l'empereur, tout en conservant fes égards dus au chef de l'Eglise, ne reconnaîtrait plus la puissance temporelle du Saint-Siège.
«c En présence de ces menaces, le Pape crut nécessaire et prudent de convoquer le Sacré Collège. La congrégation eut lieu le 8 de juin.
< Unanimes pour approuver la réponse faite au cardinal Fesch, les cardinaux se divisèrent sur la résolution qu'il convenait de prendre. Les uns, pensant qu'un refus ne pouvait manquer d'exaspérer l'esprit si irritable de Napoléon et d'accélérer l'usurpation des domaines du Saint-Siège, jugeaient qu'il n'était pas prudent de provoquer la perte de l'Etat et de l'indépendance politique du Pape pour conserver un droit d'in- Yestiture; q^ue, dans des temps si mauvais, il convenait d ajouter encore à tant de concessions un nouveau sacriQce, une nouvelle condescendance qui peut-être calmerait l'irrilation de l'empereur, lui inspirerait des sentimenis de reconnaissance et de modération, empêcherait ou du moins éloignerait l'exécution de son inique projet. Les autres furent d'un avis tout contraire. ^ Le Pape et ^ les cardinaux », disaient-ils, « ont fait les serments les plus solennels de défendre les prérogatives et les droits du Saint-Siège. Or, parmi ces droits, un des plus beaux, sans contredit, est de donner l'investiture aux nouveaux rois de Naples; c'est d'ailleurs une vaine illusion, l'espoir qu'une nouvelle condescendance apaisera Napoléon et le fera n^noncer à la pensée de réunir l'Etat pontifical à l'empire français: une nouvelle concession amènera toujours une nouvelle demande, jusqu'au temps fixé par l'empereur pour l'exécution de son projet sacrilège. C'est au passé qu'il faut demander des leçons pour le présent et pour l'avenir. Depuis le commencement de son pontificat, que n'a pas fait le Saint- Père pour satisfaire les désirs de l'empereur? On l'a vu s'arracher de Rome, traverser les Alpes, malgré son grand âge, malgré la rigueur de la saison, voyageant ainsi en courrier plutôt qu'en Souverain- Ppnlife, pour aller -couronner l'empereur à Paris, sachant très-bien que cet acte de complaisance singulière de déférence re-
« froidirait. Indisposerait lescoars de l'Eot rope, les unes ennemies, les autres rlTales ic de la France, toutes jalouses de l'accrois- « sèment de la puissance de Napoléon. Les « fruits que l'on a recueillis d'une si grande «c condescendance, où sont-ils? Il n'est plus « temps désormais d'écouter ni les promes- « ses, ni les menaces, mais de se soavenir « des serments qu'on a faits de défendre el « conserver les prérogatives et les droits da ff Saint-Siège. Elle est inévitable, imminente, n la perte du domaine pontifical , mais si un « jour la divine Povidence doit le rendre à « son Eglise, il ne faut pas se préparer le « repentir tardif d'avoir, sans espérance « d'aucun avantage, sacrifié un des plus a beaux droits du Siège apostolique. » Le Pape suivit ce dernier conseil, exposa dans sa réponse les motifs de son refus, et réfuta victorieusement les calomnies, les erreurs historiques et les sophismes des deux notes de M. de Talleyrand.
« Cherchant sans cesse un nouveau sujet d'amertume et d'aiQiction pour Pie VU, le gouvernement français fit surgir et lança contre le Pape un nouveau champion, Félii Baciochi, nommé par l'empereur prince de Lucques et de Piombino. Ce principiculo rendu deux décrets d*une étrangelé inouïe: l'un, du k avril, à Piombino; l'autre, du 12 avril, à Lucques (83). Par le premier, de sa propre autorité, sans l'autorisation du Saint-Siège, il étendait à la petite principauté de Piombino le concordat conclu eu 1801 avec le premier consul de la républi*
Sue française. Or, le monde entier sait que, ans ce concordat, il y eût nécessité, deroir douloureux, pour l'Eglise, de faire d'immenses sacrifices, cft, pour le Saint-Siège, d'eiercer les actes de juridiction sans exemple dans les annales ecclésiastiques, parce qu il s'agissait de rendre une grande nation, plus de trentjd millions d'hommes, non-seulement au catholicisme, mais au christianisme, toute espèce de culte chrétien ayant été aboi: par la révolution fran^^aise. Mais, au contraire, dans la petite principauté, il n'y avait ni défection i la foi dans le peuple, uischisme parmi le clerçè. Par l'autre décret, il étendait encore à Ta principauté de Lucques le concordat conclu entre le Saint-Siège et la république italienne, contrairement à ce principe de droit le plus élémentaire, qu ua pacte solennel, tel qu*un concordat, n'e^t applicable qu'aux pays pour lesquels il a été lait, et qu'il faut le consentement des deux parties contractantes pour l'appliquer à d'autres pays. Outre ces étrangetés, ces décrets contenaient des dispositions subversives de la juridiction ecclésiastique, opppressives
f)our le clergé, et modelées sur celles de l> iameuse assemblée nationale* de France. H suffit d'en citer un exemple : la puissance laïque enlevait Piombino à la juridiction d0 l'évèque de Massa, et le plaçait sous celle d'un évèque hors du continenti de l'évéqu^ d'Ajaccio, en Corse.
(dS) Ces faits manquent dans VHistoire de M. Artaud.
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DES PAPES
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c Le SainUPère ne pouvait point garder le silence sur ces scandaleui décrets, qui ten* datent ourerteroent au schisme; mais par Tesprit de modération et de douceur, il ne voulut cas donner de I*éclat à cette affaire en publiant des notes ministérielles. Il écrivit donc lui-même une lettre en italien au prince Félix Baciocbi, lui faisant les représentations les plus paternelles sur Tabus de son pouvoir, sur Tusurpation dé la puissance laïque, en matière ecclésiastique, le conju* rantde prévenir les maux que ces innovations devaient nécessairement amener.
« Lk-dessus arriva bientôt une note de H. de Talleyrand, note qui outragtfait le chef suprême de TEglise, calomniait le ministère public, et contenait des maximes non-seureraent erronées, mais d'une étrangeté inouïe.
« Pour justifier le prince de Lucques, il disait que ces décrets avaient été résolus à Paris, et ordonnés par Napoléon lui-même; comme si une maxime erronée, un décret tendantan schisme, pouvait changer de nature, devenir meilleur, parce qu'il émanait d'un [ ''ince puissant. Venait ensuite une furieuse plainte de ce que le Pape s*était adressé, non à rempereur, mais au prince de Lucques. Nous L'itonsces |>aroles remarquables : «Si la cour L de Rome croyait devoir faire des remon- < trances, c'est à l'empereur qu'elle devait I s'adresser. Les gouvernements doivent I correspondre entre eux. Tout appel à leurs I sujets est contraire au droit des gens et I peut avoir pour but ou pour résultat de I soulever les peuples contre l'autorité lé- I gitirae. Contrairement à ce principe, la I uour de Rome rend un bref rempli de r maiimes inconciliables avec Tautorité des ( souverains et avec le désir de conserver la c paix. Qu'espérait-elle? troubler la princit pauté de Lucques? changer les détermii Ballons de Sa Majesté? Les ordrtt de Sa i Maje»té seront exécutés. Elle maintiendra t son autorité et les droits de sa couronne; I et la responsabilité des troubles qu'on a
essavé de faire naître tombera tout entière : sur la tête des conseillers qui les auront
exécutés. » H. de Talleyrand terminait sa lote en justifiant ces scandaleux décrets par le si mauvaises raisons, par des sophismes i pitoyables, que le Pape ne crut ni uécesnire, ni convenable de consulter le Sacré ;ollé]}e.
« Pie VU fit donc simplement répondre
qu'il s'était adressé au prince de Lucques
parce que c'était en son nom que les décrets avaient été rendus; qu'il ne pouvait
considérer comme un simple sujet le
f^rioce Félix Baciochi, puisque l'empereur ui-méme, en le faisant prince souverain de LuG({ues, avait donné a Rome communication officielle de son élévation è cette dignité; qu'ainsi la correspondance avait eu lieu entre souverains, entre deux gou- ▼ememenls ; que , du reste , le chef de l'Eglise, le suprême pasteur des fidèles, a
(84) Tott ce» faits el les suivants manqu m iIajis VUitiwt et M. Arlaui^
« le droit incontestable de communiquer « directement avec chaque fidèle en parti- « culier, et de rappeler à ses devoirs, par < des exhortations paternelles, celui qui a « eu le malheur de tomber dans quelque « faute ou dans quelque erreur; qu il était « faux que le Samt-Père eût rendu aucun « bref, qu'il s'en était abstenu par égard « pour I empereur, se contentant d'écrire « une lettre familière et paternelle au prince «K de Lucques ; qu'enfin le Pape était très*- « étonné et affligé des paroles de M. Talley- « rand, qui indiquaient le soupçon que celte «( lettre eût pu avoir pour but ri'exciter des « troubles, de soulever le peuple, accusation « atroce et souverainement injurieuse à un « Pontife qui avait donné tant de preuves « de bienveillance et d'amitié à l'empereur.» Cette réponse se terminait par la réfutation des sopbismes de M. Talleyrand.
« Les justes plaintes et réclamations du Saint-Sié(^e , loin de produire aucun bon efi'et, semblaient au contraire exciter davantage la rage et la persécution du gouvernement français. Napoléon ordonna au général Lemarrois d'occuper Pesaro, Fano, Siniga-
Slia, tout le littoral de l'Adriatique déptn* ant de l'Etat pontifical ; et c'était le trésor puntiflcal, déjà si obéré, qui devait payer l'entretien des troupes d occupation. Un corps de troupes franc lises part au royaume de Naples, annonce son passage pour la Tos* cane; puis, tout à i:oup, marche sur Civita- Veccliia, s'empare du port et de la forteresse (8&). Le cardinal Consaivi adressa à H. Alquier, successeur du cardinal Fesch, de justes réclamations contre ces actes d'hostilité, contre ces violations du territoire pontifical ; et, afin qu'on ne pût pas croire que le gouvernemenl papal avait consenti à I occujiation d'Ancêne, les nonces-ministres du Saint-Siége près les cours étran^^èros re-
Î furent Tordre de représenter la vérité des aits, le mécontentement du Pape, et sa volonté ferme et constante de conserver la neutralité exigée par son caractère sacré de ministre de paix et de père commun. Je ne pourrais exprimer les regrets, les -dégoûts que j'éprouve en retraçant tant de faits qui attestent la manière si indigne dont lut traité Pie Vil, ce Pontife si doux et si bon, qui trouva un persécuteur dans celui-là même qu'il avait comblé de bontés, et sur lequel il avait fondé trop légèrement, il faut le dire, les plus grandes espérances. Et mal-
Sré ma honte, mes regrets d'être l'historien e tant d'indignités, qui sait si l'on ne croira pas mes paroles dictées par uu esprit de malveillance, si l'on n'y verra pas Texagératiou du ressentiment d'une persécution personnelle? Et cependant les maux dont je viens de parler ne furent que initia dolo^ rum,
« Vers le milieu de mai, le Maniitur fran; çais apporta à Rome une nouvelle aussi étrange qu'inattendue, celle que l'empereur avait érigé en grands fiefs de l'empire fran-
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DICTlOiNNAIRE
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çais, sous le litre de principautés, les duchés de Bénévent et de Ponlécorvo, le premier en faveur de M. de Talleyrand, le second en faveur du maréchal Bernadotte. Ainsi, de son autorité propre, et sans aucun litre, Na-
(»oiéon enlevait au Saint«Siége deux pa^s qui ui appartenaient depuis plusieurs siècles, sans même en avoir prévenu le Pape, tandis qu'on avait Timpudence de proclamer à Bénévent, par des affiches et par la voix du crieur public, que tout cela avait lieu en vi*
Joueur d'une convention entre le Pape et 'empereur. Le cardinal Consalvr adressa à M. Alquier les trop jusles plaintes et réclamations du Saint-Siése. Ce fut la dernière noie minisl(^rielle de Consalvi, qui fit accepter au Pape sa démission de secrétaire d'Etat, dégoûté qu'il était de se voir sans cesse accusé par M. de Talleyrand d'être Tenneroi de la France, Tinstigaleur de toutes les résolutions de Pie VU : calomnie atroce 1 car, si la postérHé devait adresser quelque reproche à la conduite ministérielle du cardinal Consalvi, ce ne pourrait êire, au contraire,
3ue celui d'avoir,élé le conseiller constant e toutes les condescendances, de toutes les concessions faites à la France, loujours avec des intentions droites, avec la conviction qu'il ne restait pas d'autre moyen de sauver lEu\i pontifical des sociétés secrètes et du libéralisme politique qui le menaçaient de toute part.
« Les faits que nous avons exposés laissent voir aussi clair que le jour le projet bien arrêté de Napoléon d'usurper tous les domaines de rÉi^lise. Pourquoi donc différaitil la consommation de ce projet sacrilège? Il est nécessaire de redire les motifs de ce relard, parce que seuls ils donnent l'explication de la conduite de Napoléon, l'intelligence de l'histoire de cette époque. L'empereur voulait et espérait obtenir, avant l'exéf'.ulion de son projet, les deux résultats suivants, d'une grande importance pour lui : le premier était de parvenir, à force de tracasseries, de violences, d'usurpations partielles, h faire descendre le Pape à des concessions honteuses pour le rendre méprisable, odieux aux peuples et aux gouvernements étrangers, qui auraient vu alors avec indifférence la chute de la puissance temporelle du Saint-Siège ; le second était de détruire ou d*atfaiblir rattachement des sujets pOiitificaux pour le gouvernement papal, en le faisant peser sur eux comme un joug insupportable. £t certes on avouera bientôt que, s'il n'y réussit pas, ce we fut pas sa taule.
« Le passage des troupes françaises qui allaient dans le royaume de Naples, l'arrivée continuelle de nouvelles troupes, le retour de celles qui étaient rappelées en France, coûtaient des sommes énormes au trésor pontifical, déjà épuisé par d'autres dépenses extraordinaires et forcées. Nous avons vu que le Pape, dans la lettre du 29 janvier 1806, exposait à l'empereur l'état déplorable
des Onances, et demandait !e remboursement des nombreuses avances faites pour l'armée impériale, ayant employé à eet usage tous les fonds disponibles, et affecté d'avance pour les payements définitifs les revenus qui devaient échoir en cinq mois. Fn peu de temps, le trésor pontifical avait dépensé plus de 2 millions d'écus ; on en promettait toujours le remboursement, mais le jour de l'acquittement de cette dette si juste se faisait toiijours attendre, et il n'est jamais arrivé. Ce^tendant les impôts n'étaient pas payés, les traitements des employés étaient arriérés, et l'on rendait impossible la continuation des secours bienfaisants que le gouvernement papal verse chaque jour sur ses sujets. Et néanmoins les populations souffraient tous ces maux avec une admirable patience, continuant de donner au Saint- Siège des preuves d'une fidélité singulière, d'un constant attachement.
« On voulut alors enlever au Pape les ressources mêmes qui lui permettai£nt de satisfaire aux demandes des commandanu français, pour l'obliger à pressurer son x'uple et h le porter au désespoir. Le 6 de uillet, le général Lemarrois, qui prenait le itre de commandant des côtes dé l'Adriatique, fit signifier aux fermiers des droits sur le sel et les céréales, ainsi qu'aux douaniers l'ordre de verser dans ses mains toutes les sommes destinées au trésor pontiiit^l. Sur le juste refus des fermiers et des douaniers, il fît arrêter quelques-uns d'entre eux, et envoya la force armée vider et piller les caisses publiques. Un des employés pontificaux ayant demandé à l'officier français, exécuteur de ce brigandage, de quel droil il faisait cela, l'officier' lui répondit iroidement : « Vous servez uu petit. prince, et moi uo « grand monarque; voilà mon droit. » Réponse digne de ce brenn ou chef des Gaulois qui incendièrent Rome et assiégèrent le Capilole (83).
« A ces violences en succédaient chaque jour de nouvelles, pour abattre le courage de Pie Vil et pour exciter le mécontentement du peuple. Le même général Lemarrois força les troupes pontificales des Marches à s'incorporer aux troupes françaises, et, sur le refus que fit un capitaine. M. Ascoli, de se rendre à Ancône, contre l'expresse défense de son gouvernement, Lemarrois le fit arrêter et conduire dans la forteresse d*ADcône. Le général Duchesne, qui occupait Civita-Vecchia, avec le titre de commanUani des côtes de la Méditerranée, eut l'arrogancD de signifier au prélat gouverneur pour le Pape, que désormais re n'était plas au goavernement pontifical qu'il devait adresser ses rapports, mais au commandant de ta plare, dont il aurait à prendre les ordres pour exercer la justice et régler l'administration. Le prélat ayant méprisé celte intimation arrogante et continué de rester fidèle à se» devoirs, Duchesne déclara la ville et le fon en état de siège, et porta l'audace jusque
(851 Ces faits manqueni dans VHUtoire de M Artaud.
DES PAPES
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cet excès, de faire arrêter un prélat représentant du Pape, et de le faire conduire par la force armée hors de la ville et du territoire de son gouvernetuent (86}. J'aurais voulu pouvoir jeler un voile sur tant de violences, tant d'attentats, indignes même des peuples barbares, et dirigés ici contre un gouvernement pacifique, conire un Pontife si recommandahie par sa douceur et par sa bonté; mais le devoir sévère d'historien exige que je les enregistre pour fintelligence des faits qui suivent et pour la justilication du gouvernement pontifical. Je suis heureux, du reste, de pouvoir aflTirmer que la plupart des officiers français, avec lesquels j*eus plus tard des rapports, soit pendant mon ministère, soit pendant ma captivité et ma déportation en France, exécutaient à regret les ordres de leur gouvernement, et ne cachaient j^as qu'il fallait toute la rigueur de la discipline militaire pour les i<)rcer à l'obéissance en pareilles circonstances.
« De sou côté, Napoléon ne donnait aucune trêve aux tentatives, aux instances, aux menaces qui avaient pour but de lasser la patience ae Pie VU, pour le faire cédera tous ses désirs. Le 8 juillet, M. Alquier communiqua directement au Pape, comme une bonne nouvelle, un uUimatum de Temuereur, qui n'était qu'un nouvel outrage a la dignité du chef de TEglise.
c On annonçait que le Pape conserverait Tintégrilé de ses Etats sous les deux condiliuns suivantes : c Sa Majesté demande que Votre Sainteté déclare, dans un concordât ou de toute autre manière, que tous les ports de TElat pontifical seront fermés à TAn^leterre toutes les fois qu'elle sera en guerre avec la France; et, en second lieu, que les forteresses de l'Etat romain seront occupées par les Français toutes les fois qu'une fiotte ennemie débarquera ou menaceid de débarquer dans quelque partie de ntalie.
« La première condition, le Pape l'avait déjà rejelée plusieurs fois comme contraire à sa conscience, aux devoirs de son ministère apostolique et à s<i qualité de Père commun ; la renouveler, c'était donc le croire capable de trahir sa conscience et ses devoirs pour conserver la puissance temporelle. La seconde condition était une prétention nouvelle sans doute, mais tout aussi inadmissible que les autres, parce qu'elle expoMit la principauté de l'Eglise au danger d*un état de guerre presque continuel, fléau terrible pour les malheureux peuples. Le cardinal Casoni, secrétaire d'Etat, répondit au nom du Pape à M. Alquier, renouvela lis raisons déjà tant de fois données qui reudatent les deux conditions inadmissibles, et, en i^arlant de la première, il faisait cette observation : « Sa Majesté ne peut pas iguo- « rer qu'un grand nombre de Catholiques « vivent tranquilles et libres dans l'exercice 4 de leur culte, soit dans le royaume d'An-
« gleterre, soit dans les colonies; mais si, « aujourd'hui, le Pape vient à offenser, par « une opposition persévérante, une grande « puissance qui accorde sa protection à tant « de Catholiques et leur permet de commu* « niquer librement avec Rome , comment « l'Eglise et la religion pourront-elles con- «c server un bien dont les résultats sont in- « calculables? » Observation pleine de jus- . tice* et de sagesse, comme le témoignent hautement les progrès actuels du catholicisme en Angleterre.
« Les deux conditions de cet uUimaium montrent, d'une manière évidente, le but do Napoléon de faire ie l'Etat de l'Eglise un fief de l'empire français; et dès lors aurait cessé d'être reconnue par les souverains de l'Europe cette indépendance du Saint-Siège, si utile au gouvernement de l'Eglise. On demandait au Pape une déclaration que tous les ports seraient fermés aux Anglais; mais ils l'étai( nt déjà. Les Français occupaient AncAue et Civita-Vecchia, le littoral de l'Adriatique et de la Métliierranée, et non^ seulement ils repoussaient les «Anglais de tous les ports, mais ils se livraient chaque jour k des attentats contre le droit des gens. Le 16 septembre, une tartane génoise ca|>turée par un vaisseau anglais, et portant un équipage de huit Anglais et de deux Génois, fut jetée p^r une affreuse bourrasque sur la
8lage de Fiumicino, où elle resta ensablée, luelques soldats français de ce poste voulurent aussitôt courir sus et s'en emparer, mais les officiers sanitaires les arrêtèrent en leur représentant le danger auquel ils exposaient la santé publique. Alors ils firent venir de Civita-Vecchia un vaisseau français,
2ui se rendit maître de la tartane et de son quipage, violant ainsi un territoire neutre et ami, et oubliant les égards, les sentiments d'humanité que toute nation, même ennemie, doit aux malheureux naufragés.
« Quelque temps après la réponse de Rome à ruUimatum de l'empereur, arriva une dépêche de la légation de Paris, messa* gère de triste augure, dans laquelle le cardinal Caprara présentait les affaires sous des couleurs encore plus noires qu'h l'ordinaire. Il mandaitque, dans une audience du 30 juillet, l'empereur avait montré le |*lus grand mécontemeut du refus d'adhésion à ses deux dernières demandes, et qu'il l'avait chargé d'insister de nouveau pour déterminer le Pape à envoyer sur-le-champ la déclaration demandée, en ajoutant : « Si le Pape « persiste dans son refus, je prendrai ausn sitôt possession de ses Etats, j'établirai « un sénat à Rome, et quand une fois tf Rome et l'Etat seront dans mes mains, ils « n'en sortiront jamais plus. Ecrivez tout « cela, « disait-il à Caprara^ ne cachez rien ; « je verrai bien par la réponse du Pape si « vous avez tout dit. » Le Saint-Père voulut répondre jui-mème, de sa propre main, à la dépêche du cardinal Caprara, pour donner une assurance bien positive de ses propres
(86) Ces faiu manquant dans l*lli«/otrede M. Artaud.
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sentiments, et détruire la fiiusse opinion que ses conseillers élaient les ennemis de la France, et lui-même un homme faible, une espèce de manneqruin dans les mains de ses ministres. Voici la plus grande partie de cette lettre, mélange de douceur, de sensibilité et de courage héroïque, dans lequel Pie Vil semble avoir versé toute sa belle
Ame:
« Noui noui sommée vivement recommandé à ce Dieu dont noui sommest bien qu'indigne, le vicaire êur la terre^ et à Vapôtre saint Pierre^ dont nous sommes le successeurf afin d^ohte" nir les lumières dont nous avons besoin pour la réponse que vous nous demandez, La voict, cette réponse^ et nous la faisons nousméme^ de notre propre main^ pour vous donner une nouvelle preuve de l'importance que nous met» tons dans des affaires si graves^ et vous con^' vaincre davantage combien sont sincères et profonds les sentiments qui nous animent^ et que nous sommes dans la nécessité de vous faire connaitre,
< Les raisons pour lesauelles nous nous som' mes refusé à faire la déclaration qu'on nous demande sont trop solides^ trop justes et trop puissantes^ pour quil nous soit possible de changer de sentiment. Elles ne sont pas fon» dées, comme on le suppose^ sur des considéra'tions humaines , mais sur les devoirs les plus essentiels que nous imposent et notre qualité de Père commun^ et la nature de notre mtnûtère ^pacifique. Qu'il soit bien vrat, comme vous l'a dit Sa Majesté^ que les Anglais ne croiront jamais que Rome se ifoit perdue pour eux, à ce titre^ et qu'ils ne lui en sauront jamais aucun gré^ ce n'est peu ce que nous aevons considérer. Dans la détermination de notre conduite^ nous n'avons consulté çue nos devoirs f lesquels nous imposent Vobliga^ tion de ne causer aucun dommage à la religion
Îar l'interruption des communications entre s chef et les membres de l'Eglise , partout où il existe des Catholiques; et cette interruption^ nous la provoquerions nous-méme^ en exerçant des actes hostiles contre une nation quel» conque^ en nous associant à un état de guerre progressif contre elle,
« Si les maux faits à la religion provenaient du fait d'futrui^ tels que ceux qui résulte^ raient des mesures que Sa Majesté pourrait prendre par suite du refus de notre adhésion a ce qu'on nous demande^ nous en gémirions dans l'amertume de notre eœur^ et nous ado^' rerions les jugements de Dieu^ qui le permet^ trait pour ses desseins secrets et proviaentiels» Mais sif trahissant nous-méme notre carac^ tèrct la nature de notre ministère^ nous ve^ nions à nous associer à un état de guerre qui provoquerait des ressentiments ^ source de maux pour V Eglise^ ces maux seraient notre fait propre^ et tf^ilA précisément ce que nous ne pouvons pas faire. Nous nepouvons^ nous^ pour éviter un mal dont nous sommes menacé^ occasionner par notre faute à l'Eglise les maux dont nous venons de parler. MaiSf nous devons le faire remarquer ^ les maux dont on
nous menace ne sont pas des wmu i^ saires : ils dépendent eniiiremeiU de k tplm de Sa Majesté^ qui est libre de (ei rédittr u de les éviter. Sa religion^ sa justitt^nw^gnanimitéj le souvenir de tout et fut tm avons fait pour eUe, parleront à $n rtr, nous voulons l'espérer encore ^stne bn ^. mettront pas^ en face des conimpwmit devant la postérité^ de préférer ov tm ii protecteur et de bienfaiteur celui it ptrà-y teur de l'Eglise.
X Mais , quoi quil puisse arrirer, mw t. mettons notre cause aux mains de f e Din ç». est au-dessus de nous^ au-dessus de tout m rois les plus grands» Us plus puitMii/i, « nous compterons sur son secourt dim,^ ne nous faillira pas au temps fixé par mugesse. Ce que Sa Majesté a dit dans imuatence, fue, quand une fois Rome ttUprucipauté de l'Eglise seront en ses mànt éln n'en sortiront p/us, Sa Majesté peut ^ § croire et se le persuader facilement: kj nous répondrons franchement gue, txSslkjesté se flatte , avec raison , d'avoir Ufont» main, nous savons^ nouSf quau^dastu tfr (^ les monarques règne un vengeur de kjtun et de l'innocence^ devant lequel deit ftà: toute puissancehumaine.
« On nous fait envisager les mauxquiptmi: résulter^ pour l Eglise et CEtat,duntrtfir* qui proviendrait de notre refus. Meu é^ nous ne sommes que trop condmiméit*' chaque conquête de Sa Majesté rentfrw a institutions religieuses et les règles ù ïl glise; nous ne sommes que trop eendoKm voir gémir notre Etat sous le poids iùsmancharges^ d'énormes dépenses qWon sou »
poie, contre toute espèce de droit, pevrit* jour et le passage continuel des troupes è^ Majesté: nous ne sommes que trop roiidsv < voir notre dignité compromise et mépnit','^ face de nos sujets^ en face du monde «b:* par tant d'excès, tant d'attentats auxp^^ livrent chaque jour les agents de Sa Me^' *• répondant à toutes nos réclamatiom ftexécutent les ordrts formels de ïempnf** On met sans cesse devant nous la menett it imminente usurpation de CEtat pontifcp nous ne consentons à faire la détiert: ' qu'on nous demande. Ne pouvant^ iM«f« *^' crire à cet acie par les justes et fortet f*>^ déjà exposées f nous sommes prêt à seuffrr ^ core la consommation des desseint i<flongtemps préméditéf^ nous le ref •» î " contre te Saint-Siège. Et qui saitlpets^que la persécution aont Sa Majesté ns» ^ nace est décidée dans les dtécretsiu Ctt^f^ rallumer la foi et la religion dans lee*^'^ Chrétiens. Pour nous^ nous y tmem^' ces desseins secrets de la Provuleme fss »:«• adorons déjà avec foi et résignatie**
« Vous nous dites que tempereure^' fait remarquer que la chose est derenv' blique, et quct par conséquent, il nepet^* reculer. Mais nous devons faire oksertef^^ Majesté (87) qu'elle ne pout rien perà* •' ' grandeur et de sa magnanimité qut»d a * *
(87) Ces consIdératioBS rappellent lei paroles de Vaqneau de la fable.
ÎM
PIE
DES PAPES
PiSi
ilM
poi devant un potentat de la terre, detant un f'Ual de Ma puiesance quil cède et fléchit ^ maie devant lee repréeentatione et les prières d'un prêtre de Jéiuê-Chnitf de êon Père, de $on ami. Si cette réflexion ne suffit pas pour U persuader, nous devons lui dire avec une /jiertéapostoliquCf que, si Sa Majesté est engagée d^honneur aevant les hommes, nous sommes engagé de conscience devant Pieu;
rie jamais le chef de l'Eglise ne prendra part la guerre; que certainement nous ne serons pas le premier à donner à l'Eglise et au monde un exemple qu aucun de nos prédécesseurs n'a donné durant dix 'huit siècles, celui de nous associer à un état de guerre progressif, indéfini, permanent, contre une nation quel-conque avec laquelle nous avons des relor tions; que nous ne pouvons accéder au sys^ tème féaératif de l'empire français: aue nos domaines, transmis à nous, indépendants de toute fédération, doivent demeurer tels par la nature de notre ministère apostolique: que si fon attaquait cette indépendance, si fon exécutait les menaces qu'on nous adresse, sans aucun égard à notre dignité et à Vamitié qui nous lie à Sa Majesté, alors nous y verrions (e signal d'une persécution ouverte, et nous en appellerions au jugement de Dieu (8S)'. Notre parti est irrévocable ; rien ne peut le faire changer, ni les menaces, ni l'exécution de ces ^némes menaces,
« Après aroir r<^futé avec sa modéralioa H sa douceur ordinaires quelques atlégaioiis injustes de l'empereur» le Pape leruiilait celle lettre par ces paroles :
< Tels sont nos sentiments, que vous pouvez regarder comme notre testament, et nous somnés prêt, s'il le faut, à le signer de notre ang, nous fortifiant, si la persécution se dé* hatne, par ces paroles de notre divin Maître :
Heureux cei^ qui souffrent persécution
pour la justice, y {Matth. v, 10.) Faites onnattre ces sentiments dans toute leuréien" fue à Sa Majesté: nous vous l'ordonnons exressèment, il est temps désormais de sortir le cet océan de peines et d'angoisses qui nous ont chaque jour demander au Citl d'abréger ette fin si triste et si amère de nos jours, iais aussi dites bien à l'empereur aue nous aimons encorCf que nous sommes disposé à li en donner toutes les preuves qui nous sont ossibles,et à continuer de nous montrer son teiiieur aini ; mais quon ne nous demande as ce que nous ne pouvons pas faire.
m Nous VOUS renouvelons , à vous aussi, *s oMMurances sincères de notre bienveil^ \nce^ et, au milieu de l'amertume de notre eur^ nous vous donnons avec affection^ noc bénédiction apostolique.
m Rome, 31 août 1806, le T de notre pontificat.
m Après rexpédition de cette lettre au carnal Caprara, on croyait à Rome que Na- #i«^ua ne larderait pas d'y répondre par
(SS) INea aimil cel appel ; par les désastres de xpéJiUon 4a Hassîc, par la bauiUe de Waterloo, r le àéfwxtmni de Nap iléoo à Samie-Héliiie, il
l'usurpation do l'Etal pontifical ; et le Pape, ainsi que le Sacré Collège, attendaient avec une pieuse résignation un si triste événement. Mais tout a coup éclata, en septembre, la guerre entre la France et !a Prusse ; et l'empereur, obligé de partir |)Our Tarmée d'Allemagne, suspendit l'exécution de son projet sacrilège.
« Ainsi se vérifia encore cette observation confirmée par tant d'exemples, que, dans les querelles et les discordes des princes de la terre, l'Eglise trouve quelque calme et quelque repos, et dans la paix du monde, au contraire, ses plus grandes tribulations, ses plus fortes amertumes.
« Tandis aue l'empereur guerroyait en Allemagne, les commandants des troupes françaises, cantonnées dans les domaines de TEglise, continuèrent à commettre chaque jour de nouveaux attentats, violant l'indépendance et la neutralité de l'Etat, foulant aux pieds l'autorité du Pape, achevant la ruine du trésor pontifical par les dépenses exorbitantes dont il était frappé pour l'entretien des troupes françaises. Dans quelques localités, ils chassèrent la garnison, pontifir-ale, même les officiers sanitaires; dans d'autres, ils arrêtèrent le consul d*An-^ gleterre et d'autres individus de cette na«. tibn. A Civita-Vecchia, ils capturèrent quelques bâtiments apparleuant à des nations ennemies, et ils voulurent même faire exécuter dans les ports de l'Etat le fameux décret impérial rendu le 21 novembre à Berlin, qui prohibait dans tout l'empire, français les marchandises et les produitades manufactures anglaises, quoique transportés dans des bâtiments appartenant aux. autres nations. Il serait vraiment trop long d'achever ici le tableau dégoûtant de toutes les vexations, de toutes les violences commises au nom de l'empereur durant Tannée 1806 et celle de 1807. Rome elle-même fut témoin de la grossière impertinence d'un oflTicier français (89), le 24 mai 1807, jour de la solennelle canonisation de cinq bienheureux, on vit cet officier, dans une voiture es-, corlée par vingt-quatre dragons, tenant le sabre levé, parcourir ainsi une grande partie de Rome, depuis le palais AlUcri iusqu'au' Vatican, traverser, bousculer la foule qui ac-. courait à la cérémonfe de ce jour, puis , fier de cette glorieuse bravade, se retirer dans son habitation.
« Vers la fin du mois de décembre 1806,^ arriva d'Allemagne i Rome Mgr Arezzo, archevêque de Sèleucie, précédemment ministre du Saint-Siège près la cour impériale de Russie, il se présenta aussitôt au Pape pour s'acquitter d'une commission désagréable dont Tavait chargé Napoléon, il rapporta au Saint-Père, que l'empereur l'avait fait venir de Dresde à Berlin et avait éclaté, devant lui, en plaintes violentes cou- Ire le Pape et le Sacré Collège, à cause du re-
décida U cause en faveur du Poaiire oppriiiié« vicaire sur la terre: Jwta judida DeL (M) L'adjudant eommaBdaiit Rand.
PIE
MGTIOMNAlItfi
MB
fus constant d*adhérer à ses demandes : « Le € Pape, » disait-iU « refuse de faire alliance « avec moi, de reconnaître pour ennemis « \es ennemis de la France, d'éloigner les « Anglais de ses domaines, de leur fermer « ses ports et de consigner ses forteresses à 4 mes troupes dans les cas de guerre entre la « France et l'Angleterre. Toute Tltaiie est à « moi par droit de conquête ; si le Pape n*ad" « hère pas è.mes demandes, je lui enlèverai « son domaine temporel, je ferai un roi de « Rome, ou j*y enverrai un sénateur, ou je « diviserai l'Ëtat en duchés, et je pourrai me « souvenir de l'exemple de Cbarles V (90). » Il Ouit par demander que le Pape donnât au cardinal Caprara ou au cardinal Spina, plein pouvoir de traiter et de conclure, ou qu'il envovAt un cardinal de Rome, ajoutant que tout (lovait être détinitivement arrangé |K)ur le 1" février suivant.
« Le Pape fil répondre par Mgr Arezzo à M. de Tatleyrand, pour que celui-ci comrouniquAt sa réponse à l'empereur. Il rappelait que déjà plusieurs fois, soit par des lettres écrites de sa main, soit par des notes ministérielles, il avait déclaré ne |)Ouvoir admettre les demandes de Tempereur, et particulièrement celle d'une ligue offensive contre tout gouvernement, toute nation où se trouvaient des sujets catholiques; et il se plaignait du renouvellement de ces mêmes demandes, comme s'il fut capable de se contredire, de trahir les intérêts de son ministère apostolique, d'agir contre la voix de sa conscience. A la menace de le dépouiller de sa souveraineté temporelle, il répondait qu'il remettait sa cause aux mains de Dieu, et qu'il attendait avec calme et résignation l'accomplissement de ce qui était écrit dans les décrets de la Providence. Il ne répondait pas à la demande d'envoyer en France un nouveau légat avec de nouveaux pouvoirs, parce qu'il voulait auparavant consulter le Sacré Collège.
« Les cardinaux furent d'un avis contraire à cette demande : « Paris, » disaient-ils, n. a « déjà un cardinal légat (Caprara), celui que « Napoléon lui-même a choisi, à oui il a « donné des témoignages de sa satisraclion, « en le nommant archevêque de Milan, et « en le décorant de l'ordre, de la Légion « d'Honneur. On ne voit donc pas la néces- « site d'envover un autre légat. Les propo- « sillons de 1 empereur sont inadmissibles, c et il n'y renoncera pas, comme son minis- « tre Talleyrand Ta clairement annoncé « dans une note officielle. Que ferait un « nouveau légal? si ce n'esi pas un prévari- « cateur, et il faut espérer qu'on se tlatte en « vaih d'en trouver un dans le Sacré Col- « lége, à la première conférence, la négo- « ciation sera rompue, et cette rupture agran- « dira la plaie au lieu de la fermer, irritera « davantage Napoléon, exposera la dignité « d'un cardinal, réprésentant du Saint-Siège, « à de graves affronts. » Pie VU, persuadé
par. ces raisons, ne flt aucune réponse àls demande d'un nouveau légat. .
« Cependant, l'ambassadeur Alquier, désireux de satisfaire le désir de Napoléon, mais s'apercevant que le Pape était effrayé desjp/i'tfif pouvoirs qu'on demandait pour un nouveau légat, reparla de cette affaire dans une audience particulière, assuraot le Saint-Père qu'il ferait une chose très-agréable à l'empereur, et, « du reste, » ajcuta-tilf « que Votre Sainteté choisisse un cardi- « nal qui ait sa confiance, Litta, Pacca, ou « tout autre, et alors elle pourra être assu- « rée €|u'il ne sera rien conclu de contraire à « ses intentions et à ses devoirs. »
« L'excellent et loyal pontife ne se doala pas du piège que lui tendait ce renard diplomatique.
« Alquier voulait arracher au Pape la promesse de l'envoi d'un nouveau cardinal, sachant bien, du reste, tout ce qui se méditait et se préparait en France. Le Pape, libre de choisir un cardinal de confiance, dont le caractère et la manière do penser lui seraieol bien connus, promit de faire encore celle concession^ et quelques jours après il nomma pour nouveau légat le cardinal Lilla. Alquier flt semblant d'applaudir à ce choix, el à cette occasion il donna un splendide repas auquel furent invités des personnages considérables.
« Tandis qu'on délibérait à Rome sur renvoi d'un nouveau légat et sur les pouvoirs qu'on pouvait lui donner, une autre affaire douloureuse occupait le Saint-Siège, la nomination aux sièges épiscopaux vacants dans le royaume d'Italie. Je vais prendre les choses d'un peu loin pour mieux faire compren* dre la difficulté de cette importante affaire.
« Le gouvernement français, dans la pro* mulgation faite en 1801 du concordat conclu avec le Saint-Sié^e , avait ajouté aux articles convenus d'une et d'autre part d'autres articles dits organi^uBs^ inconnus au Pape et contraires à la discipline de l'Bglise. Par la même mauvaise foi, le gouvernement dltalie, à Milan, de sa propre autorité, sans l'autorisation du Pape, inséra dans le concordat particulier à l'Italie diverses dispositions contraires aux saints canons, lesquelles détruisaient même les afantages qu'on pouvait espérer des articles du véritable concordat. Le Pape fit d'instantes réclamations, déclarant qu'il ne pouvait exécuter le concordat si le gouvernement ne révoquait et ne supprimait l'intrusion de ces dispositions anticanoniques. Les réclamations du Pape ne furent pas écoutées. Bientôt Pie Vn donna au monde entier le pio' grand témoignage de bienveillance et de délérenne pour Napoléon eu se rendant àP'ris pour son couronnement. Pendant son séjour dans celte capitale, le Pape renouTt?!a de vive voix ses réclamations, et l'empereur ne voulant ni se rétracter, ni affliger Vhàlt illustre qu'il avait reçu dans son palais» '<>
(90) Qoi tenait le Pape prisonnier dans le cliAleau Saint- Ange , et foinit dire des prières publii(0<^< pour sa délivrance.
PIE
DES PAPES
PIE
fl9i
tiM d^ombarras en disant ao Pape qu'A son retour k ftome il donnerait au cardinal Fescb, son fniDîslrev les pouvoirs nécessaires pour terminer tous les différends entre le Siiint- SJégie et le gourernement d'Italie. Sous le luinistèredu cardinal Fesch, rien ne put se concinreet quelque temps après vinrent les nominations, faites au nom de Tempereur par le ministre du culte h Milan, des évèqoes destinés aux sié^jes vacants d*Italie« Le cardinal Gasoni, secrétaire d*Etat, répondit an ministre Bovara « que fiersortne ne « désirait plus viveanent que le Saint-Père a de donner des pasteurs aux Eglises veuc ves, mais que, la nomination aux évéeliés « étant un des articles du concordai, Sa « Sainteté ne |)0urraii rien faire tant qu'on c laisserait subsister les violations si graves ■ contre lesquelles on avait tant de fois ré- « clamé en adressant è Sa Majesté Tempe- « renr et roi d'instantes représentations pdr « écrit, et de vive voix aussi à Paris. »
« Quelque temps après, le Pape reçut une lettre du vicè*roi d'Italie dans laquelle celui-ci se plaignait hautement de ta réponse du secrétaire d'Etat et du refus' de donner rinstitulion canonique aux évèques nommés par rempereur. Il rapportait que Napoléon étonné de cette op|X>sition du Pape, s'était écrié. « Le Pape ne veut donc plus qu'il y € ait iïes évèques? A la bonne heure 1 Si € cela s'apiielie servir la religion que doi- <■ vent donc fair» ceux qui veulent la dé- « Irutre? * Le vice-roi poursuivait ses instances arec le ton insultant de Tironie et du sarcasaiCf accusant non le Pape, mais ses ministres, de tout ce qui arrivait, et lui Gonsetltant de les éloigner du trône pontifical.
< Il faitait que Pie Vil essiiyèt encore cette hamiliatioQ de recevoir des reproches *ie négliiience, des leçons pour Tadminisiration Je l'Eglise, de la part d'un Jeune homme qui avait toujours vécu dans les i^mps, après avoir été élevé au milieu de ki tempête de cette révolution impie qui avait [iniscrit tout culte chrétien.
« Cependant le Saint-Père voulut réuondre
ui-inéme à cette lettre du vice-roi. Il justi-
ia plaînement sa conduite, prouva que
'ineiéeutton du concordat ne provenait
tas de son c6té« mais de celui de Tempereur.
Il ioMtfoiê^ disait-il, notiê conservons cit-
are feopéranetque Sa Majesté écoutera enfin
os prières^ remédiera aux funestes innoca*
Ions introduites en italis^ et no nous réduira
an à la dure nécessité de faire connaître aux
déi^M Mcemdalisés de notre silence tout ce que
^ess mvoHê faitf quoique sans surcis^ pour
s€»9Ui€ssdfi la discipline de l* Eglise, En^^uite
réfutait cette accu>atioa devenue banale,
A*sl suivait aveuglément les sunestions
f 2M^s ministres. Kt enfin, voulant encore
»o ner une nouvelle (ireuve do sa condes-
n^Jaiice, en présence même du mépris de
s justfîs réclamations, il annonçait qu'il
donnerait l'institution canonique aux évèques nommés par l'empereur, et que ceuxci pouvaient venir à Rome pour remplir les formalités d'usage, assurant qu'il avancerait l'époque du consistoire pour qu'ils fussent plutôt préconisés et sacrés.
« Il ne nous convient pas, è nous qui de- ▼ons toujours respecter les décisions du Chef de l'Eglise, de juger ce nouvel acte de condescendance en présence des abus qui régnaient en Italie, mais on va voir encore ici se vériEer les saxes prévisions de mes collègues, qu'il ne fallait plus espérer qu'aucune concession pût toucher l'esprit de l'emperenret lui faire abandonner la i^nsée de réunir l'Etat de l'Eglise à Terapire fiançais; que l'admission d'une demande en ferait naître de nouvelles iusqu'au lemiis li\é BDur la consominaiioa du projet sacrilège do a^ioléon.
« Tandis que cette nouvelle con«:ession faisait espérer au moins quelque signe de aaliffitolion* le Saint-Père reçut une nouvelle dépèche du vice^rui, avec la copie d'une lettre que l'empereur avait écrite à t:elui-ci. Lettresi irréligieuse, si outrageant» pour le Pape et le Saint-Siège, que Pie Vil ne voulut pas la communiquer au Sacré Collège, uniquement par égard |H>ur l'empereur, à qui elle était loin de faire honneur. Nous croyons devoir reoroduire ici cette lettre.
Dresde, 22 juillet.
« Mon fils, « J'ai vu dans la lettre que Sa Sainteté « vous a adressée, et que certainement elle
< n'a pas écrite, j'ai vu qu'elle me menace. « Croirait-elle donc que les droits du trône « sont moins sacrés aux yeux de Dieu que « ceux de la tiare? 11 y avait des rois avant
< qu'il y eût des Papes, ils veulent, disent- « ils, publier tout le mal que j'ai fait k la «I religion : les insensés I ils ne savent |>as « qu'il n'y a pas on iM)in du monde en Ai- « lemagne, en Italie, en Pologne, où je n'aie « fait encore plus de bien k la religion « que le Pape n'y fait de mal, non par do c mauvaises intentions, mais par des conn setls irascibles de quelques hommes lior-
< nés qui l'entourent, lis veulent me dénon- « cer à la chrétienté; cette ridicule pensée V ne peut appartenir qu'à une profonde ^ ignorance du siècle où nous sommes. Il y « a une erreur de mille ans de date. Le Pa- « pe qui se porterait k une telle démarche « cesserait d'être Pape k ntes yeux ; je no le « considérerais que comme VAntechrist en- • voyé pour bouleverser le monde et bire
< du mal aux hommes, et je remercierais « Dieu do son iinpuîasauce. Si cela était « ainsi , je sé|iarerais mes peuples de « tonte communication avec Rome, et j'éta- « Mirais une tolh poUeo qu'on ne verrait « plus circuler ces pièces mystérieuses, ni
< provoquer ces réunions souierraiiies (91) «qui ont affligé quelques parties de lltalie,
\0î) le ne puis pas comprondre ce f|tte Na^!èoii veut tlire par at piècc$ m^$iinane$ , en réamom tterrmiHts^
DlCTI0:«l5l. DKS Papks.
ME
HE
« et qui n'avaient été imaginées que pour a alarmer tes âmes timorées... Que veut « faire Pie VU en me dénonçant à la chré- « tienté? Mettre mon trône en interdit» « m'excommunier? Pense-t-il alors que « les armes tomberont des mains de mes « soldats (92} ? Pense-t-il mettre le poienard « aux mains de mes peuples pour m*égor- « ger(93)? Il ne lui resterait plus alors «c qu*k essayer de me faire couper les che- « veux et de m*enférmer dans un monastè- « re... Le Pape actuel s'est donné là peine de « venir à mon couronnement à Paris. J*ai « reconnu à cette démarche un saint prélat, « mais il voulait que je lui cédasse les léga- « tions;je n'ai puni n'ai voulu le faire. Le < Pape actuel est trop puissant ; les prêtres « ne sont point iaits pour gouverner... Pour- « quoi le Pape ne veut-il pas rendre è Cé- <K sar ce qui est à César? Est-il sur la terre « plus que Jésus-Christ? Peut-être le temps « n'est pas loin, si l'on veut continuer à « troubler les affaires de mes Etats, où je ne « reconnaîtrai ie Pape que comme évéque « de Rome, comme égal et au même rang « aue les évèques de mes Etats. Je necraiu- « arai pas de réunir les Eglises gallicane, « italienne, allemande, polonaise dans un « concile pour faire mes affaires sans Pape. « Dans le fait, ce qui peut sauver dans un « pays peut sauver dans un au ire : les droits « de la tiare ne sont au fond que des devoirs, c s'humilier et prier (9^). Je tiens ma cou- « ronne de Dieu et de mes peuples; je n'en « suis responsable qu'à Dieu et à mes peu- « pies. Je serai toujours Charlemagne pour « la cour de Rome (95), et jamais Louis le «c Débonnaire... Jésus-Christ n'a pas iiisti- « tué un pèlerinage à Rome, comme Maho- « metè la Mecque. Tels sont mes sentiments, € mon Gis. Je n'autorise plus qu'une seule 1 lettre de vous à Sa Sainteté, pour lui faire K connaître que je ne puis consentir à ce « que les évëques italiens aillent chercher c leur institution à Rome. »
« Le Saint-Père, le cœur plein d'amertume et d'affliction répondit lui-même au vice-roi, se plaignant avec dignité d'avoir été traité d'une manière si indigne. Nous ne devrions pas nous attendre^ disait- il, à ce que V Eglise pût voir dans notre personne son Chefattaquéf de la part d'un souverain catholique^ par des accusations telles qu aucun de nos prédéees^ seur n'a jamais été exposé à en subir /'Aumiliation, A la menace de former des diverses églises do l'empire une église séparée de Rome, et de les réunir en concile pour régler les affaires ecclésiastiques sans le Pape, Pie Vil répondait : Nous gémirions profondément envoyant tant d'âmes séparées du centre
(92) L*exeoroinuoic«ition fut lancée , ei bientôt les armes lombèrent réellenieiit des uiains de ses soldais.
(93) Comment Napoléon pouvait-il parler d<^ la sorte du plus doux, du plus indulgent des Ponlircs? Dans la bulle même d*excommunicaiion, on remar- (|ue ces paroles : Noui défendom esprenément, en vertu, de lu tainU obéiunuce , à tons la peuples chrétient, et surtout à nos sujets ^ de causer, sous quel-
de runiversité catholique^ mis uriMmn' aucune faute de notre part ne pomsn uu faire attribuer un si grand mal. Ôiiiliu, l'Eglise est assurée par lespromestn drM divin Fondateur qu elle nepérimptu, fut barque de Pierre ne sera pat tubmtrgét.^u les que soient les tempéitt qui $i dériiîikt contre elle, La foi lui donne ceiit ainmn. et l'expérience de tant de sikhécvëttù puis sa fondation en fournit une pnw m» tante. Nous demeurtrons fermât trss^i»»
dans l'accomplissement de no$ devpin man, et aucune crainte ne pourra nous fairi cki. ger. Puis, h la fin de la leUre n^paiii^ encore cet esprit de conciliatioQ m t* douceur qui était le fond du carKlèredein excellent Pontife; il disait qu'iostruit ;i par H. Alquier du désir deSaUijtfk.
enverrait è Paris un cardinal ponrleroi»^ tous les différends et dispenser du in\t:?. Rome, lesévèques nommés qu*ilpréâair rait dans le plus prochain consistoire.
« Aussitôt après la campagne de Pn«v l'empereur revint à Paris, et dans ii r raière audience qu'il donna au (im Caprara.il lui dit d'un ton solia(esqfie,«t;: « fallait qu'il écrivit au Pape de liunv'^ «sur-le-champ, à lui légal, lespouvoini- «cessaires pour terminer tous lesdifférfac* ce qui voulait dire, dans laboocbaàcV poléon, pour approuver et signer t^ qu'il lui plairait de prescrire, et ct^Ut mande fut accom[)agnée de la ioeoa<7 ' naire, de faire occuper fiai ses troupes^-. les provinces de l'£tat. Le Pape, qb.
pouvait (ms confier une mission siuii tante et si délicate au cardinal Ca}4n. répondre à son légat qu'il enverrait om dinal de Rome, afin que celui-ci pût laïc l'empereur qu'il était le fklèle inter}>rtie. sentiments reçus de la lioucbe mèer Saint-Père; il voulait aussi parUorf^ cette accusation ii\ju rieuse, et lao» -" renouvelée, de se laisser aveugltotLi' duire par son cabinet.
c Quet(|ue temps après, le cardinal 0;' communiqua h Rome une notequelat adressée M. de Clianif^gnjrt fl>iai>^ affaires étrangères; note la plosctmv la plus hostile de toutes celles qo'do i reçues jusqu'alors, indigne non-seniec d*un ministre d'un grand souverain, bitout homme qui a reçu oneédocau^c note, surtout parmi une nation qo ^ tingue par sa politesse el son urtieoiii Champagny remerciait d*abord le h^ * nom de l'empereur^ des félitiUtiM^ lui avait adressées pour son beurtiti'' à Paris; puis il se déchaînait par ooci furieuse et insultante cootre les co^^
que prétexte que ce aoil, ie msoimdre leri, k • préjudice^ le moindre d«0m9nmge a tm ^ "' tes préuntes censures, soii daits Itmrt K». leurs droits ou prérogatives,,.
(9i) Voilà la tliéolo{çie el le drml »!«•«' poiéoii avait appris à l*érole iqiliiainr.
(!)5) Plûi au ciel qu'il en càt cl^ ai» > ' bien cl celui de rKglis4.*.
PIE
DES PAPES
PIB
Ju SainI Père. Napoléon et ses ministres savaient très-hien que, dans les grandes afraires de TEglise, Pîe VU consultait tout le Sacré Collège : ainsi» les grossières inhires I iressées à ses conseillers frappaient directement le vénérable sénat de 1 Eglise, dont les écrivains hétérodoxes eux-mêmes ont coutume de parler avec respect» < L*empureur, n disait Bl. de Cbam))agny, t voit avec « peine que les ministres et les conseillers
* «lu Pape s'appliquent à surprendre ses bon- •« nés intentions» et le poussent aveuglément ' à des actes contraires aux intérêts de la
■ France» actes qui entraînent la ruine de K son autorité et de ses Etals. En trompant K Sa Sainteté» dont les intentions sont pures»
■ ils lui font donner une fausse direction
> aux affaires» contrairement à ses vues " politiques et à ses principes. Ce qu'il fau- » drait a Sa Sainteté ce sont les conseils Ju- « dicieux et modérés d'hommes remarquais blés par leur sagesse et leur expérience, K tels gue Votre uminence (96). Mais par » une fatalité inexplicable» les hommes j»m-
■ sionnéê^ inaptes ans affaires^ sont ceux qui
■ jouissent d un grand crédit» qui conseil-
> lent et dirigent tout. Lignorance ei lapoê-^
■ sion {paraissent les seuls titres pour les-
I quelsils sont en faveur (97)... Animés par, R I esprit de malveillance» ils cherchent k
■ iterpétuer les troubles dans le royaume de
■ Naples» et voilk comment la ville de Rome t est remplie d'ennemis de la France. Sa
■ Majesté j)ense que celte fausse direction
■ des ministres de Rome ne peut être attri- I buée qu'k une profonde ignorance des vé- I ri tables intérêts du Saint-Siège et k deper- I fidtê inientions. Ces conseillers mal intun- I lionnes rendront compte k Dieu et peut- I être aussi aux hommes de tous les maux ( que leur mauvais gouvernement doit alti-
• rer sur leur pays. Mais Sa Sainteté peut t encore remédier k tout. » M. de Cbampa- ;iiy refusait ensuite» au nom de l'empereur» o cardinal Litta pour nouveau légat, et dii^eait contre sa personne et quelques aures cardinaux des accusations si indignes |ue Pie Vil ne voulut même pas les faire onnattre au Sacré Collège. Mais l'objet prini(>al de cette note était 1 étrange et ancienne Tétention de faire expulser de Rome les anglais et tous les ennemis de la France» *est-k-dire les individus appartenant k la lupart des nations de l'Europe.
« Le Pape Ht communiquer cette note au iR^ré Collège. Les cardinaux entendirent Irec la plus froide indifférence les injures
irîKées contre eux; et» sachant bien quelle I ét«il la source» ils se crurent honorés hilAi que Qètris. Leur avis fut que» le Pape ^ant promis d'envoyer k Paris un nouveau ;al, et Tempereur refusant formellement recevoir en cette qualité tout autre cardtque de Bayanne» il convenait de faire
4M) Elofe certainement peu Oaileur et lionoraMe Hr le cardiMal t^prara.
to7) Ceflineni pouvan-oa accuser d*igiioranoe les Iditiaux Liiu» de Pielro» AuteuelU» cl U*iiicipa-
encore cette concession; qu'il bllait donner k ce cardinal des pouvoirs étendus, mais en se tenant toujours dans les limites qui ne permettraient pas une concession contraire aux lois de fa discipline universelle de l'Eglise et au droit des gens» lois et droit que le Pape» comme Père et matlre universel des fidèles» devait, plus que tout autre, respecter et défendre; qu'il était enfin bien évident» par cette incessante recommandation de donner pleins pouvoirs au nouveau légat» que ce n'était pas un négociateur Véritable que désirait Napoléon» mais un prévaricateur k qui il pût faire souscrire tout ce qu'il lui plairait; enfin» les cardi** naux faisaient observer que toute condescendance ne servirait de rien» et que la mission du cardinal de Bavanne serait nulle, sans aucun résultat.
K A la note de H. de Champagny» .e secrétaire d'Etat répondit « que le Pape était « vraiment afllîge de voir l'empereur |>er- « sister dans une fausse opinion, si humi- « liante pour le Chef de l'Église : celle qu'il « fût entouré d'hommes mal intentionnés « contre la France, et qu'il se laissait aveu* « glément conduire par leurs conseils; quo « c^était une atroce calomnie d'affirmer que <i Rome était remplie d'ennemis de rerjpi''> « français» et que, pour preuve do la fau»ff seté de cette accusation, il en appelait k « l'ambassadeur de France et aux Français « qui habitaient Rome; que le Saint-Père « avait été aussi étonné que fâché de la mé- « fiance qu'on avait inspirée k Sa Majesté « contre la personne du cardinal Litta; mai.H « que» néanmoins» pour être agréable k « I empereur, il envoyait en France le car- « dinal de Bayanne, selon les désirs de Sa « Majesté. »
« De son côté» Pie VII» pour uonner encore celte fois k l'empereur un nouveau témoignage de bienveillance et d'amitié, voulut lui écrire lui-même» dans l'espérancu de trouver en lui» sinon quelque reconnaissance^ du moins quelque compassion. Dans sa lettre» le Pape, après une douce plainte de n'avoir reçu aucuue réponse k d autres lettres écrites de sa propre main, assurait l'empereur de la continuation de ses anciens sentiments d'affection |)Our sa personne, et protesUit qu'il éuit et serait toujours prêt k satislaire ses désirs, k condescendre k ses demandes dans tout ce uui ne serait pas contraire k ses devoirs sacrés et à sa conscience. Il lui disait qu'il lui en donnait une nouvelle preuve en envoyant à Paris le cardinal de Bayanne» comme Sa Miljesté l'aTait désiré. Enfin, sur le bruit alors répandu que l'emuereur devait se rendre en Italie et aller k Rome (96), « il l'invi- « tait k descendre dans son palais du Vati- « can, ne voulant, » disait-il, « céder k per-
ciié aox aHUret les cardioaax Salauo, Sonaglla ei CoosalTi !
(9S) L*enpercar n*a jamais vu Kooie.
Ii99
PIE
HE
€ sonne i nonneur de recevoir un lidte si « illustre. »
€ Le 29 septembre, le cardinal de Bajranne» muni des instructions du Pape, Tenait de partir pour la France, lorsque le cardinal Caprara communiqua une autre lettre de M. de Champagny, laquelle commença à vérifier la prévision des cardinaut, que tout espoir d'accommodement éfait illusoire, et que le sort de Rome et de TËtat pontifical élait irrévocablement décidé. M. de Cbampagny disait « que l'invitation du Pane à « I empereur {ivait été très-agréable a Sa « Majesté, qur écrivait elle-même au Saintc Père une lettre de remerclment; que « l'empereur acceptait avec plaisir le cardî- « nal de Bajanne comme négociateur du « Saint-Siège; que ces deux faits lui fai- « saient supposer aue Sa Sainteté avait enfin •i secoué le joug a< ce$ hommes passionnés « qui ne comprenaient pas leur siècle^ et qui t Cl par leur résistance insensée au changement « que Dieu avait permis^ ruinaient les affai^ Il res temporelles de Rome^ et sacrifiaient ses « véritables intérêts à la petitesse de leurs « idées et de leurs passions; que la nomina* a lion du cardinal de Bayanne annonçait un terme à ces difiicultés, et faisait concevoir Tespérance d'un prochain accommodement; que« cependant, celte nomination serait lo\it à fait inutile, si ce cardinal n'était muni de tous les pouvoirs nécessaires pour conclure un accommodement si désiré. »
a Ensuite, M. de Cliampagny indiquait quelles devaient être les bases, les condilioas indispensables du traité; et la principale, qu'il formulait en termes positifs et avec les menaces ordinaires, c'était l'accession du Saint* Siège au système politique tie la France, la promesse du Pape de faire cause commune avec l'empereur contre la nation anglaise, < celte nation, » disait M. de €hampagny, « ennemie du continent et de « la religion. C'est donc l'intérêt de l'huma- « nité, la voix de soixante millions d'hommes « qui crie h l'empereur : Forcez P Angleterre « â vivre en paix avec nous, à nous rendre « nos côtes et nos ports, nos vaisseaux et nos « relations politiques et commerciales. » Si le Pape refusait d accéder au système polititique de la France, la réponse était Soute prête : «c L'empereur ferait occuper les pro- « vinces d'Urbin, de Macerata et d'Ancône, « comme successeur h la^ couronne et h tons « les droits de Charlemagne. » Arrivant ensuite aux affaires ecclésiastiques de France, M. de Champagny déclarait arrogamment « qu'on n*avait pas besoin de rinterventton « du Pape, parce que l'Eglise gallicane « avait ses privilèges, et qu'elle jouissait « d*une paix profonde. » Quant aux affaires ecclésiastiques d'Italie, Tempereur exigeait les conditions suivantes : « 1* Qu*il n'y eût
(99) Ces perfidei conuitten parurent bientôt en Francis, et ceux qui eurent roccasion de les voir et «Je les coniiâtire tsn conçurent une opinion bien difl'éreiitc. Les témoignages d*estinie , de respect et
« plus d'ordres religieux, par li nm ;., <v n'y en avait pas au temps des i^^d^ « que l'Italie avait besoin de soldats, h 14 « de moines et de frères; 2* que le$éfè> « italiens fussent dispensés du nul \ « Rome, et que ceci était un droit de (.^ « qui portait la couronne de ferdeCa> « magne; S* que le nombre des cardia.. < français fût augmenté en pro|)orttrHi . 1 n population de l'empire. > M.deChiaiM gny ajoutait « que, comme prote^etir * « la Confédération germanique, Vem;^.
« exigeait que les affaires é^ Eglises »/. « mandes fussent traitées et réglées so;;>^«< € yeux, k Paris, par les ié,jats du h(«, 1 . « qu'on pût arriver k la conclosioo ;. ^ accommodement rendu josqQ*aloKia, « sIl)lo par Faveuglement et Fign9rna « quelques perfides eonseiUtn (99), , « avaient sacrifié au protestanlitmt h». « rets du catholicisme. » U. de Ctiiuji. terminait sa note en disant • que le k « ciateur du Pape devait avoir des |k.-l « illimités , pour traiter et condur« s«j - « bases indispensables; que sans cm ^ mission à Paris deviendrait inutile, c. . l'empereur, pour les aff.âres teuii^r* en appellerait à la suprématii ùm'^ ronnCf et pour les affaires ecclé&ii^i«; à un concile général de la chréliente,>y « organe de r Eglise infailUbU, d fir.
« suprême de toutes les controtma r « gieuses. »
« Après la lecture de cette note sii:
tinente et si outrageuse» le Papeursi.
au secrétaire d'Etat d'indiquer au car.
Caprara la réponse qu*il devait taire n* nom h M. de Champagny, savoir ; « ^ « Saint -Père voyait avec la (dis p « douleur qu'aux dispositions si (laiL- « si conciliantes qu'il avait prise) eir* n cées, pour mettre un terme à uoc.
rabie contestation, on eût rèpoi^a.
ton menaçant et avec des ei|:e:
dures, qui 's'éloignaient trop de» tj dus au Chef de l^glise; de plus.;.
avait dans la note de H. de C)a.i(^ des propositions è jamais inada)lv^..
et que, sans vouloir entrer dan» titroverse inutile, il ne devait |>oi6i:« sous silence les deux pro()u5iU>' vantes :
« 1* Que la souveraineté spiriiulii ar « glise puisse être exercée ûth ••:
« avec gloire pour ta religion mju i'^ a la souveraineté iewporrtte, et f«^> ■ « que soit placé le Saint-^Sitff; « ' a concile général soit le seul arycv • ff alise infaillible^ Carbitre suprém ^ * « les controverses religieuses ; \f^\ ' « contraires aux priuci|>es iDa.ic'«. ' « l'unité cuthuli(|ue et aux druo 'r- « a conférés au Ctief de son Eg'i^' « reste, la première proposîUiio a*»
d*aliaclicmeni que les Fran^îs adoucirent les souffrauices ci '^ ped mérité»
Irarfc*.'
lid
PIE
OES PAPE
PiB
iwi
« élë réfutée par Bossuet dans son eélèbre ff Diicours $ur runité de VEglise^ où Ton re- «•marque lepassage suivant;
« Dieu voulut que ctUe Egiiêe^ io mire eom* 9 mune de tous iee r^yentmee^ ensuite ne fût ir déoendanie d'aucun royaume 4an$ le tempo- « reU et que U tiéftoù tous les fidèles devaient t garder f unité à la foi fût mis au-dessus des M partialités que leé divers intérêts et les^a-c lousies (XEtat pourraient causer, VEgltse^ « indépendante dans son Chef de toutes les « puissances temporelles » se voit en état « d'exercer pius librement^ pour le bi^n corn*
• mun et sous la protection des roischrétiens^ « celte puissance céleste^ de régir 4es émes^ tt^ n tenant en main ta balance droite au milieu m de tant d'empires souvent ennemis^ elle en-' t tretient funUédans tous les corps^ tantôt
• par d'inflexibles décrets, et tantôt par de « sages tempéraments.
« A la demande de Tempereur, que « le « concordat a?ec TEglise germanique fât
• discuté ef condu sous ses yeux, à ?ir;s« on répondait que « Sa Sainteté, voulant cti>> « o)re en cela condescendre aui désirs de « Tempereur, avait donné Tordre d*expédicr « aux cardinaux Caprara et de Bavanne, et a à Monsignor délia Gengai les Lrefs qui « leur donnaient tous les pouvoirs nécessai-. « res à cet effet ; mais le Saint-Père se réser- «^ vait de voir les articles convenus avant la m signature du concordat, parce ou'on ne a connaissait pas encore assez bien rétat des
• affaires ecclésiastiques d'Allemagne, pays « gouverné par des princes protestants. »
« Tandis que Uome se montrait disposée
h tous les sacriGces, à toutes les condescen-
iJances possibles, on reçut la nouvelle que
le cardinal de Bayanne, se trouvant déjà à
rurin» avait re^u Tordre de se rendre h Mi-
'an auprès du vice-roi, qui osa lui faire su-
lir le plus étrange interrogatoire. « Pouvez-
I TOUS, loi dit»iT, me donner votre parole
I de cardinal que vous avez reçu des |K>u-
( voirs illimités pour conclure le traité pro»
posé dans la dernière note de M. de Cham-
fNi^ny? car, autrement, il serait inutile
lie poursuivre voire vojage, et Tempereur
ferait prendre possession des (>rovinces
dXVbtn , de la Marche, de Macerata ei
d*Anc6ne. »
m Je ne crois pas qu'on puisse trouver dans •s annales de Thistotre de pareils actes <te Lj|>ercherie et d*abus de la force d*un grand ir^narque contre un prince d*nne puissance 1 t'ërioure ; et ici c'était contre un vénérable r»ntife, connu par sa douceur et par son M litigence peut-être trop grande I Tout né- >oiateur reçoit de sa cour les instructions ut doivejit lui servir de règle, et ces insu étions doivent toujours être secrètes, sans Aoi elles seraient mutiles. Le cardinal de 93'anne répondit qu'il n*était pas autorisé k ^ner tout ce c|u*on lui demandait, et il ei^ ^clia un courrier k Rome pour donner avis
• cette circonstance.
«■ En même temps, on recevait k Rome
une dépêche de la légation de Paris, dans laquelle Tange des mauvaises nouvelles, le cardinal Caiirara, rendait compte d*une andîence que Tempereur lui avait itonnée k Fontainetiteau. Napoléon, d'un air sérieux et courroucé, lui avait, disait*il, renouvelé les mêmes demandes : « Qu'il fallait que le « Pape fit cause commune avec lui oontro « tous ses ennemis cl qu'il entrât dans la «Confédération germanique, » accompa-
5nnd toujours ces demandes de la menace e lui enlever toutes ses provinces. On envoya alors an cardinal de Bayanne une extension i ses premières instructions, mais de nature h ne pas permettre une contradiction avec les réponses si souvent faites par le Pape k des prétentions contraires k ses devoirs sa* crés et k son ministère apostolique
<c De Milan, le cardinal de Bayanne partit pour Paris; et le 1" novembre 1807, le gé« néral Lemarrois» en vertu d'un décret impérial rendu avant l'ouverture de la négociation, prit possession des provinces de Macerata, de Fermo et d'Urbin ; occupation sacrilège accompagnée d'excès, d'attentats qu'il serait difficile de croire s'ils n'avaient été commis de nos jours et sous nos yeux. Dans cette circonstance, le gouverneur de Macerata , Mgr Augustin Rivarola , di'jk alors un des ornements du Sacré Collège, remplit un devoir indispensable pour un fidèle ministre du Saint-Siége, celui de protester contre celte injuste occupation ; et le général Lemarrois, sans aucun égard pour un cardinal représentant du Chef de l'Eglise, le fait arrêter et conduire daes la forteresse de Pesaro. Le sous-gouverneur a le courage de protester contre l'arrestation du cardinal Rivarola , et Lemarrois le fait enfermer dans la même forteresse. Tous les ministres, masistrats, officiers, qui se montrent fidèles k leur souverain, subissent le même sort.
« Pie Vil vit alors clairement qu'il avait affaire k des hommes auxquels on pouvait appliquer les paroles si connues ce saint Ignace» évêque d'Antioche, sur les gardes qui le conduisaient en prison. Quibus cum b^e feceriSf psjorss fiunt fiOO). Saisi alors d*ttne juste indignation, il écrivit de sa propre main la lettre suivante au cardinal de Bayanne, le 9 novembre iWt :
uLes attentats commis à Aneône^ A Macerata^ à Urbin^ i Fano et dans hs autres villes de ces provinces^ pendant la négocicuion^ nous ont causé autant de surprise que éCindigna^ tion. Une semblable conduite exeitafU en nous le plue juste ressentiment en nous mon-'^ trant enfin ce fiie notif devons attendre de Vempereur^ nous suspendêns^ « ipso fiteto, > A vous et A notre iegat, tous les pouvoirs donnés pour fa négociation^ et nous vous défendons den fûrs le moindre usage si la né^ gociation n* est pas terminée; et si eUe Festt nous ta déclarons nulle et non SÊvenue^ et vous devez vous préparer A revenir A Morne. Die» H les hommes nous feront justice des prorMée
<,f«*0)Qai devicu cni plus méclianfs, à mcburc qu ou leur f^it do bii n.
dt remptreur. Voilà ce que vou$ devez iigni^ fier à M. de Ckampagny. Celte lettre daii être commune à voui et au cardinal légat. Noue donnons l'ordre à notre recrétaire dEtat de voue eonummiquer le r4eit affligeant de tout U$ attentate eommie dans nos provinces»
« Nous vous donnons labénédiction apostO" lique.
« Cependant arriva de Paris une dépAche du carainal de Bayanne qui parlait d'un commencement de oonférence qu'il avait eue arec M. de Cbampagny» et de la promesse de ce ministre de lui communiquer un projet de traité tel que Vexigeait l'empereur, toujours avec ce refrain de menaces : « Si le « Pape n'adhère pas, on fera occuper toutes «f les provinces de l'Etat et Rome mémo. » Comme le cardinal de Bayanne donnait l'assurance qu'il n'outrepasserait pas les derniers pouvoirs qu'il avait reçus, le Pape l'autorisa à poursuivre la négociation sous les deux conditions : « Qu'on ferait cesser K immédiatement l'injuste occupation des « provinces exécutée par Lemarrois, et que « luit négociateur du Saint-Siège, demeu- « rerait ferme dans les limites Oxées par ses « dernières instructions. »
« Enfin parut le projet de traité prescrit par l'empereur, et déjà confidentiellement communiqué au cardinal de Bayanne par M. de Cbampagny. Ce projet fournissait une preuve évidente de ce que nous avons dit au commencement de ces mémoires, que le système de conduite conçu et poursuivi par l'empereur, avait pour but de rendre le Pape un objet de mépris et de haine pour les gouvernements et pour les peuples, qui auraient TU alors avec indifférence la chute d'un gouvernement qui avait lui-même abdiqué soq indépendance, pour se mettre sous le vasselage de l'empire franç«iis, et se vendre, pour ainsi dire, k Napoléon.
n Voici le curieux projet de ce traité :
« 1. Sa Sainteté s'oblige h faire cause com- « mune avec Sa Majesté, k unir ses forces de « terre et de mer k celles de Sa Majesté dans K toutes les guerres que celle-ci aura k soua tenir contre les infidèles et les Anglais.
« jâ. Sa Majesté s'oblige k défendre les « Etats du Samt-Siége dans toutes les guer- « res contre les infidèles, s'engage k faire m respecter le pavillou de Sa Sainteté, et k « garantir ses Etats de leurs incursions, trois € mois après le rétablissement de la paix « maritime.
« 3. Dans toutes les guerres contre l'Ao- « gleterre, le Saint-Siège s'engage k fermer « ses ports aux bâtiments aoglais et au com- « merce de cette puissance» et k ue perqoet- « tre k aucun Anglais d'entrer ni de résider « dans ses Etats, et k confier aux troupes de « Sa Majesté la carde des ports d'Anctoe, « d'Ostie et de Civita-Vecchia.
«4. Le Saint- Siège s'oblige k* recevoir « dans AncAne deux mille hommes de trouc pea françaises et k payer leur enlretien. • Toutes les aulres troupes de Sa Majesté « eq station ou en passage dans» les £tat$
« romains seront entretenus «oi fnu «k^ « Majesté.
« 5. Sa Sainteté reconnaît LL MX. |«n « de Naples, Joseph Napoléon; k roi it « Hollande, Louis Napoléon; elle roi de?fti^ « pbalie, Jérôme Napoléon ; S. A. I. h I. < « grand-duc de Berg, et LL AA. Il édita « princes de Lucques et dePioiDbino;M « reconnaît aussi tous les accommoilfiDcsk « conclus par Sa Majesté en Allemago^eia t Italie. Sa Sainteté renonce à toutes ^ « prétentions et même k toutes lei prvtiw « talions contraires aux droits de S. M. k « roi de Naples et k la pleine et entière sot- « veraineté de sa couronne. Cette rteonca* « tion s'étend aux princi|^iautésetiou;en:* «' netés de Bénévent et de Ponte^no, ir.< « gés en grands fiefs de l'empire.
« 6. Le nombre des cardinaux de PenitiR « français sera porté au liersdo noot^re*/- « tal des membres du Sacré Collège. Serr; 9 considérés comme cardinaux frao^iisccn « qui sont nés dans les ci-devant Etats ^ « Piémont, de Parme et de Gènes. I^ an- « dinaux français ne pourront Mre cn^s
< dans aucun cas du droit d'assister lDo^ « sistoire. Il n*y aura entre eux et les or* « dinaux italiens aucune distinction.
« 7. Le concordat établi |K)ttr le rouer* c d'Italie recevra son exécution dans Tid r « Etat de Venise, dans tous les pajs loon^ « au royaume d'Italie et dans tous les E»
< de leurs A A. II. et SS. les princes de L. H ques et de Piombino. Aucun des évkr « d'Italie ne sera obligé d'aller k Rook f-.' « y être consacré.
c 8. Sera immédiatement négocié et ? ''- « du un concordat, k Paris, entre Sa ^ .^- « et le Saint-Siège, pour tous lesEiiui'* « mands compris dans la Confédératix « Rhin.»
< A ce projet de traité devaient être v'^ tés les deux articles suivants, seloo f(^^ ' ture que M. de Ghampagnvenfitaaa;.
nal Bayanne.
« 1. Le Saint-Siège s'oblige i œ b^ « aucune protestation contre Tes liberté* ff l'Eglise gallicane, k n'y porter aucoi r « indice, et k ne fitire aucun acte, s^^^i « blic, soit secretf qui leur soit cooim"
a 2. Le Saint-Siège s'oblige k ne lu»
« permettre aucun acte contenant de <'•- « ses positives et propres k troubler les "' « scieqces» ou k semer quelques dML*- ' « dans les Etats de Sa Migestè. a
i( On a lieu d'être étonné que des bo;^ de sens et de portée, tels que Ic^ idici>"* de Napoléon, n'aient pas senti l'ini*^*litè d'obtenir du Chef de l'Eglise lacn>sioo de si étranges et si absucdes detsi) ^ mais ce qui est bien plosètoooaat^sc' e'eat que les cardinaux Bayanne, Gip^*^ Fesch aient pu être d*aocord pour e0^ '* un pareil projet k B^me. Dans toote rv ciaiion d'uQ nouveau projet d'aecoDS^^ ment , les articles priniilifs soot W • modifiés par esprit de conciliatioB;Ott»|^ cit ou l'on supprime ce qu'ils oot d( '' dur, de trop exigeant et le rapimw*^
Îf96
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DLS PArKS.
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s*opère peu à peu dans les paroles et les faits. Dans ce projet , au contraire, il y avait progression d eiigences, et aux premières prétentions, déjà intolérables, on en ajoutait d'autres qui étaient encore pires. On ne se contentait pas de faire du Pape un hommelit^e, de le dépouiller de la puissance temporelle, de faire de TEtat pontifical une colonie de rerooire français; on avait encore la prétention oe limiter la divine juridiction du Chef de r£g.lise, el de la soumettre au pouvoir séculier, en enchaînant le Pape dans l'exécution Je ses droits et de ses de- ▼oirs. Quelle insolence, surtout dans les deux derniers articles scandaleux qu*on voulait ajouter au traité 1 Pour le premier, on voulait évidemment mettre Pie VII en Contradiction avec ses glorieux prédécesseurs qui avaient toujours réprouvé les prétendues libertés de l'Eglise gallicane; par Iq second, on avait Timpertinence de faire croire que le Chef visible de l'Eglise, le mat- Ire, le (io«Ueur des fidèles, élait capable d'actes ou de décrets propres à troubler les consciences; on prétendait mémo lui donner des lois dans Texeroice des réserves pontificales, dans l'usage des anciennes clauses, et l'obliger, en quelque sorte à soumettre ses rescrits, les actes de sa juridiction à l'approbation de S. M. Tempereur des Franç.iis. Quoiou'il fût bien inutile de discuter un pareif projet, le Saint-Père voulut réunir los cardinaux près de sa r>ersonne et le leur communiquer. Le Sacré Collège frémit .d'indignation, en entendant les demandes si étranges de l'empereur, rejeta avec horreur i:et infftme projet, et conclu! qu'en présence d'une usurpation sacrilège, il ne restait plus qu'à courber un front résigné devant les imfiénèirables décrets du Ciel, et compter sur Jes promesses du Seigneur, de ne jamais abandonner son Eglise.
c Ensuite le Saint-Père écrivit de sa propre maia la réponse au cardinal de Bayanne, lui témoignant sa surprise et son indignalion d*un projet dans lequel on exigeait des conditions qu'il ne pourrait jamais admettre, ni comme Chef de l'Eglise, ni comme prin<;e temporel. H rejeta ce projet avec énergie, mit fin à la légation illusoire de ce cardinal, et se |irépara à souffrir avec résignation et avec calme la persécution que tes ennemis de l'Eglise méditaient depuis longtemps. Quelques jours après, le bruit vint de loin qu'un corps de troupes njarchaitsur Rome ;.et« en effet , le général Miollis, qui le commandait, annonça son passage pour se cendre dans le royaume de Nagles. Le i" février on apprit, que l'avapt-garde de Taumée française appriochaii de Rome , annonçant qu elle avait Tordre d'entrer dans la capitale. Le mèmejourvlo Pape réunit le Sacré Collésia (irès de sa. personne, lui communiqiia ravis reçu de l'entrée prochaine des Français dans Rome,, et manifesta l'intention de se retirer dans le châieau Saint-Ange, afin de ne pas être obligé lie recevoir les officiers français, ne voulant avoir aucun rapport, avec eux. Surprix de
cette détermination, la plupart des cardinaux l'en dissuadèrent par de respectueuses représentations. On lui fit observer que, « quelque pures oue fussent ses inten- ^ tions, les cnefs de l'armée française regar- «dcraient cette démarche comme un acte 1 d'hostilité, un préparatifde défense, elquc, « profitant du prétexte que le Pape s'était lui- « même déclaré en état de guerre, ils pour- « raient prendre possession de Rome à titre « de conquête » qu il fallait môme leur ôter ce « prétexte, et pour cela donner immédiale- « ment l'ordre que les portes de la ville fus- «sent ouvertes à l'heure ordinaire; que les
< gardes pontificales, au lieu défaire aucune
< résistance restassent immobiles dans leurs « quartiers,, et laissassent les Français rentrer 9, libremeat dans Rome;, qu'il était juste, rai- «sonnable, nécessaire môme défaire une vi-
< goureuse opposition aux étranges préten- « lions de l'empereur, qui tendaient à rendre cl'Efflise esclave et à. troubler la discipline « ecclésiastique; njais q,ue, pour les intérêts « temporels, après avoir publié une protesta- « tion formelleet solennelle contre une usur- « palion sacrilège,^ le Saint-Père ne devait « plus montrer que douceur, résignation et « patience, afin de constater avec |i1us d*évi- « dence, en lace de l'Europe, l'indigne super* «( chérie, le monstrueux abus de la lorce dont « élait victime un prince pacifiaue, qui n'a vai t « donné ni motif ni prétexte a une telle ini- « quité. » Pie Vil approuva le sentiment du Sacré Collège, et, à hnstant, en sa présence , les cardinaux rédigèrent une notification pour être affichée dans Rome h rentrée de l'armée française, ce qui eut lieu le lendemain malin,2 février. «
Notification et protestation du, Pape Pie VIL,
c La Sainteté de notre seigneur le Pape Pie VU, n'ayant pu adhérer à toutes les demandes qui lui ont été faites de la part du gouvernement français, parce que la voix de sa conscience et ses clêvoirs sacrés le lui défendaient, a crû devoir subir les désastreuses conséquences dont on l'avait menacé par suite de son refus et môme l'occupation militaire de. la capitale où il siège. Résigné dans l'humilité de son cœur devant les impénétrables jugements du Ciel, il remet sa cause aux mains de Dieu ; mais, ne voulant pas d'ailleurs manciuer à l'essentielle obligation de garantir les droits de sa soivveraineté,. il nous a ordonné de protester comme il proteste formellemient. en son nom, en celui de ses successeurs.coatre toute usurpation de ses domaines , sa volonté étant que les droits du Saint-Siégp soient, et demeurent tout à faitintacts.
€ Vicaire sur la terre de ce Dieu de paix
3ui nous a enseigné par son exemple la ouceur et la paiience,, il ne doute point que ses sujets bien-aimés qui lui ont toiyours donné tant de preuves d'obéissance et d'attachement, ne mettent tous leurs soins à conserver la tranquillité privée et publique; Sa Sainteté les y exhorte et le leur ordonne expre55ément|
liU7
PIE
DICTIOXNAIBE
« elle espère que loin de f«ire aucub lort» « auouoe offense h qui que ce soit, ils res* « pecterorit même les indiTÎdusd'uoe naiion « dont elle a reçu tant de témoiguages de « respect et d*affeGtion dans son voyage en m France ou son séjour à Paris.
« Datée du Ôuirinal, le 2 février 1808. «Philippe card. Casoni, secrétaire d'Etat. » « La première rédaction de cette notifica* tion contenait quelques expressions de plainte contre la nation française, mais un cardinal ayant fait observer que toutes les vexations passées et la persécution actuelle étaient le fait du gouvernement» et non celui d'une naiion qui avait donné au Saint- Père» en France, tant de preuves de respect» de vénération et d'attachement : « C'est « vrai» s'écria alors Pie Vil» je ne puis me « plaindre de cette nation, et je veux que « cela soit dit dans la notification ; » ce qui fut exécuté.
« Le 2 février, vers les huit heures du matin, l'armée française entra dans Rome par la porte du Peuple, désarma la garde ponliticale, occupa le cbAteau Saint-Ange, el, tandis que le Pape et le Sacré Collège céièliraient dans la chapelle du Quirinal la solennelle fonction de la fête de la Purifi* cation, un gros corps de cavalerie et d'in* fanterie fut posté sur la grande place du palais pontifical, et dix pièces d'artillerie fuirent braquées en face des fenêtres de l'apj>artement du Pape. Les officiers français et quelques sujets rebelles avaient espère qu'à la vue de cet appareil terrible, le Pape et le Sacré Collège, effrayés, auraient tlni par accepter les conditions de l'empirreur. Mais <eur étonnement fut grand de voir la cérémonie continuer avec la plus grande tranquillité, et les cardinaux se retirer ensuite sans montrer aucun signe d'altération.
« Le général français ne changea rien au gouvernement, et les ministres du Pape, ainsi que les tribunaux continuèrent l'exercice de leurs fonctions. Je crois à propos de démentir ici un prétendu bref (lettre) du Pape, daté du 8 février 1806, et adressé k chacun des cardinaux présents h Rome, onvrage de quelque bel esprit oui trompa un grand nonibre ue personues et Quelques auteurs mêmes qui le citent. Penaant mon séjour en Piémont et en France, feus plusieuirs fois Toccasion de démentir ee bref apocryphe et caloiunieui pour Napoléon, (larce due la bonne foi l'exigeait,, et que j,e ne voulais las d'ailleurs qu'on pftt soup-
Sonuer qu'il étajt l'œuvre du gouvernement e Rome, dans le but d*exciler tes peuplea catholiques h la haine contre l'empereur.. Celui qui a quelque connaissance des cho^^^ ses et des usasses de Rome s'aperçoit facilement de la fausseté de ce bref, qui contient des expressions et des phrases insolites dans les discours ou les écrits des Papes aux cardinaux, La plume acrimonieuse qui avait tracé ce bref^ne pouvait pas être celle de Pie VU, toujours dirigée par cet esprit de roodéiatiott et de douceur qui était le Ibùd de son caractère inaltérable. Quoiqu-s je
fusse alors k Rome, cet éciit ne œ |«nic
fHHUi ni Que je sache, h aucun i$ mesc.4. ègues. Voici un échantition du ce ir/^ contenant les plus étranges demaoïif»^ l'empereur, toutes inventées : < ht goum* « nement français demande ua (^Kmrut « indépendant de nous , il le nooBoie, l i « proclame, il nous le propose mm oi « notre autorité, et nous ordonne de !c ?•- « connaître. Il demande la pabticauoo e « l'application du code dans touinût laty. «Il réclame la liberté de tonte espért^i « cultes et leur eitercica public. Il cberc» « à rendra les évéquas iodéptadiflU it c nous. — 11 exige rabolition dei bbin poiitifii*ales conoemanl la oolUlioida evêchés et des iiaroiases de notre diwt ff II sollicite l'abolition fcénérei des otIr» religieux da Tun al de 1 autre aexe, i W lition du célibat, l'habileté ao miri^ ^ personnes déjà engagées dans li yie pAh gieuse par des vœux solennels. • - Ta. dans ce bref est faux, ei rimpostare m ainifeste.
« Revenons maintenant k la sitnatioi Ji Kome. Le général llioliis distrilioa «s troupes dans différents quartiers de lont et leur fit totijours observer une eucie «Jn* cipiine. On n'opéra pas alors le ehiDgfnfi de gouvernement, parce quelesiastmcti"* du général portaient qu'il devait le iu^i lentement et sans secousse. Mais biealSt, \s l'ordre formel du gouvememeat Inaet»
commença une série de violenoes etd*auf.tats qu'il me serait difficile de croire, » .< n'en avais été témoin. A la fin de féTner, ** cardinaux na|iolitains reçurent l'iinlre > partir dans les vingt-quatre heures, c'étiKv Carafa , Trajetto , Sailuzzo, GanoeiokK Reufoscilla. Ils répondirent qoeletrqw de cardinal leur faisail on devoir de ^^ sider à Rome, ils ne poavaient partir «• Tordra du Pape qui la leur avaa dtfewi Ils furent obligés da oidar k la force U mois après, le même ordre de quinerlio fut signifié aux cardinaux nés dias > royaume d'Italie ou dans les pajs iti »ti réunis k l'empire français , en leur rcff dant trois jours (H>ur se préparer an défir Le Pape leur tit. adresser k chacun pir> secrétaire d'Btat, une lettre qui leur dek» dait d'obéir et dans laquelle on reaiar.}u> ce passage : « Dans le cas où h force, ipm « avoir indignement arraché Votre Eoiiflct i « du sein du Chef de l'Eglise vous laifsr! « libre k quelque distance de Itooe, ii *•loiUé de Sa Sainteté eslçiae vous ne f^' suiviez pas la voyage, si la force ne t*«' conduit pas jusquau lieu devotiv*^ tioation, atin de oonstaler que la m^seule a pu vous éloisner du Seiai-Sié/ • « Les cardinaux obeireol, et la foret ^ conduisit jusque dans leur patrie. On K' les troupes [lontittcales k sSncerporer *>* troupes françaises. Les officiers qui tM *rent rester fidèles à leur sooverain lé^^iss* et nommément D. Pomjieo GabritilU ^^ famille princière romaine, tescootes A^ ciao délia Porta ?t Alderauo Pertii iJ^*
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arrêtés et conduits dans la forterassedeMan* toue; et au contraire, un oflBcîer au serTica du Pape, nommé Friaa, Corsa d*origîne, qui, de bonne heure, avait fasse aux Français, et portaii les autres à la |ilos déloyale désertion, fut nommé colonel par Miollis, pour son double mérite de transfuge et d'embau* clieur; ie rice-roi Eugène, en confirmant cette nomination, daigna lui écrire lui-mé« me pour le complimenter sur sa i^ndutie et lui annoncer qu'il recevrait la décoration de «la couronne de fer. Mais Dieu permit bientôi que i^eux qui encourageaient ainsi la trahison et la perfidie contre un gouver» neroent étranger lussent bientôt eux-mêmes victimes de la même trahison, et de la même
Crfidie dans leurs propres Etals ; et celte ^n salutaire de la Providence, les souve* rains ne devraient pas Toublier.
« Le 27 mars, le cardinal Joseph Doria, qui avait remplacé avec le titre de pro» secrétaire d'Etat le cardinal Casoni, dont la santé donnait de vives inquiétudes, fut arraché de Rome par la force et obliué de se retirer à Gênes. Il fut remplacé par le cardinal Gabrielli.
c Le K avril, Mgr Cavalchini, gouverneur de Rome, fut arrêté par un piquet dé soldats, enlevé militairement de Rome et traduitdans la forteresse de Féheslrelle. C*était un pré« lai d'un caractère sévère, mais juste, impartial, vigilant et très-zélé.
« Par un décret en date du 2 avril, Napo* léon avait pris possession des provinces d*Urbin, d'Ancêne et de Macérais, les déclarant è pê$jf4iuiié ei irrévoeaèlemeni réu» nU$ au reyaume tltalii^ ce que la divine Providence se chargea de démentir quelques années après.
« Parmi les motifs de cette usurpation sacrilège on remarqua celui<^i : < Parce que « la donatioo de Cnarlemai^ne, notre illuaire « prédécesseur, des pays formant TEiat pon-^ « tifical, fut faite au profit de la chrétienté, « el non pas pour 1 avantage des ennemis • de notre sainte religion. » Ces ennemis de la sainte religion étaient les Anglais.
< Cependant, sous Tinfluence secrète et la protection du général français, quelques nobles déchus «et ruinés, et un banquier lailli formaient une prétendue gardB civile^ et y enrôlaient Técume de la populace des villes, instrument fort utile pour le renver* sèment du gouvernement pontifical. Contre toute celle série de violences, d'attentats, de violation du droit des gens, d'énergiques et trop justes réclamations fureM faites au nom du Pape, mais elles restèrent même sans réponse. Enfin le 16 juin, un attenui ÎQOuîi met le comble k tous les précédants ; la force armée péiïèlre dans le pillais ponti* fical, et„ près de i appartement du Pape, arrête le cardinal Gabrielli, prô-secrétaire d'Etat, mat le scellé sur 9M papiers, et lui ordonne de partir.
« C'est dans de si triales circonstances que Ya commencer mon ministère. »
Uans les derniers j0*jrs d'août, un indi* Yidu déguisé vint à Moote*Cavailo chargé
d'avertir le Pape que s*il voulait se rendre secrètement i Fiumissino, il trouveraîl sur la mer une ebaloupe pourvue de rameurs éprouvé»^ gui le conduirait è bord d'une Mgâte anglaise expédiée de Palerme par. le roi Ferdinand pour recevoir |9a ëainlçté. Le P. Degaetano Angelini» procureur général de la Compagnie de Jésus, était è bord de cette frégate, et il envoya k Rome, sous un. déguisement, le P. Prossidfl, Mineur réformé, pour en prévenir le cardinal Paoca; il connaissait les signaux convenus pour faire approcher la frégate et la chaloupe, mais le Pape ne voulut pas consentir à prendre la fuite.
Bientôt on voulut arrêter le cardinal Picca
{'ttsque dans les ai^parlemeiits mêmes du ^apa, qui, se tournant set^ Tofiicier chargé de cette arrestation, lui dit :
JUhst amioncsr à isoire générol que jt tutê toi de souffrir iani dCineuCuê et d'eulrageê dé la pari d'un homme qui ose encore s'appeler eaiholique. Je n*ignore poini quel est le bui de iouies ses violenees ; on voudrait^ en me séparant peu à peu de mes eonseillers^ me mettre hors détat d'exercer mon ministère apostolique et de défendre les droits de ma souveraineté temporelle. J'ordonne à mi»n ministre de ne point obéir aux ordres dune autorité illégitime et de me suivre pour pat «> tager ma captivité. Que votre général sache que 9 si la force doit V arracher de mon setn, ce ne sera qu'après avoir brisé toutes lu pçr^^ rss, et que je le déclare responsable des suites de cet attentat énorme et mouu
Depuis cetta scène, le çouvernemenl impérial ne pensa plus qu à s'emparer de la personne ou Pape, et Bes actes ne furent
Su'une longue suite de violation du droit es gens et d'attentats inouïs. La 17 mai de l'année suivante. Napoléon rendit k son camp impérial de Vienne un décret qui réunissait tous les Etats du Pape k l'emjHre français. La ville de Rome était déclarée ville impériale et Hbre. Une consulte, placée sous la dépendance du ministre des finances, devait prendre possession des Etats pontificaux pour que le régime constitutionnel pût y être organisé le 1*' janvier 1810.
Le général Miollis allait publier le décret de réunion : on en parlait publiquement. Le Pape pensa qu'il devait faire préparer un document pour annoncer k Tunivers catholique les nouveaux événements que l'un prévoyait et ^ur déclarer que les usurpa-^ leurs renonçaient k toute communion avee^ Rome. Déjk en 1806, sur le bruit des menaces faites par Napoléon, on avait rédigé cett» bulle. 6a Sainteté l'examina, l'approuva et, l'on en fit faire de nombreuses copies que le Papa signa et scella du sceau pootifit*aL Le 0 juin, Pie VII fut prévenu da l'immineiico du danger. En effet, la lendemain, fut proclamé dans tous les quarliers de la ville I» décret qui ordonnait la réunion k l'emiiire de ce qui restait des Etats pontificaux. Alors le Pape ordonna de donner cours k la buUe d'eicommunication suivante qui futafttchéar sur tous les murs de Rome.
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Bulle (Teûreommunicathn publiée et affichée dan* Rome le iO ;ttifi 1809.
PIB Vlly PAPE.
Pour en perpétuer le souvenir.
« Lorsqae^ aa jour mémorable du 2 février» les troupes françaises, après avoir (iéjè envahi les plus riches provinces de TElat pontificat, fondirent à l'improvisie et d*une roanière hostile sur la ville de Rome, nous ne pûmes nous persuader qa*un tel attentat dût être uniquement attribué aux motifs politiques et militaires qu*affeclaient de répandre les envahisseurs, en prétextant, soit i'intention de se retrancher ici pour repousser leurs ennemis du domaine de la sainte Eglise romaine, soit celle de tirer vengeance de notre fermeté et de notre ironstance à refuser notre adhésion h certaines pro()Osttions faites par le gouvernement français. Nous vîmes bien au'ils avaient d*autres desseins, que ce n était point là le but réel auauel ils visaient. Noua vîmes bipn que le génie de Timpiété, qui s'était réveillé comme de son assoupissement, se préparait à poursuivre avec fureur les projets astucieux et pervers qu'avaient nourris dans les ténèbres ces hommes qui, séduits et cherchant h séduire par les faux raisonnements d'une vaine philosophie^ éta* Missent des sectes de perdition {Col. ii, 8), en haine de notre sainte religion , dont ils ont juré la ruine. Nous vîmes bien que, dans notre humble personne, on atta* quait, on assiégeait, ou voubiit prendre de force le siège du Prince des apôtres, dont la chute, si elle était possible, entraînerait nécessairement celle de l'Eglise catholique, que son divin Fondateur a établie sur lui comme sur un roc inexpugnable.
« Nous crûmes dans le temps, nous espérions que, instruit par rexpérietic^ de tous les maux dans lesquels s'était plongée la nlus puissante des nations pour avoir lAché ;a bride à l'impiété et au schisme, le gouvernement français, recueillant le suffrage unanime de la très-grande majorité des citoyens, était bien véritablement et sincèrement persuadi^ qu'enfin il importait h sa sûreté et au bonheur public de rétablir de lionne foi le libre exencice de la religion catholique, et de s'en déclarer le protecteur spécial. Encouragé par cette idée, par cet espoir, dès que nous avons entrevu la moindre apparence de pouvoir réparer les pertes de rÉglise de France, l'univers est témoin de l'empressement avec lequel nous qui, sans aucun mérite de notre part, exerçons sur la terre le ministère du Dieu de paix (Il Cor. xiii, 11}, nous nous sommes prêté' à des négociations pacifiques, et comtiien il en a coûté à nous et à notre Eglise pour les amener au résultat qu'il était permis d'en attendre.
« Mais, 6 Dieu tout-puissant 1 combien nos espérances ont été trompées, quels ont été les fruits de tant d'indulsence, de tant •ie liMratité de notre part? Dès la promul- KalioD de c€ concordai^ nous avons été forcé
de nous écrier avec le prophMe : Voilà i/ui dans la paix je trouve mon affliction la plus amère. (Isa. xxxviii, 17.) Et, certes, noiis n'avons point dissimulé cette affliction amère, lorsque, dans l'allocntion prononcée en consistoire, le 2k mai 1802, nous décla* rAmes à l'Eglise et h nos frères les cardinaux, qu'en proclamant le concordat on y avait ajouté plusieurs articles dont nous n'avions pas la moindre connaissance, et contre lesquels nous avions sur-le-champ protesté. En effet, ces articles no&-seulement ôtentau culte catholique, dans Texer^ cice de ses principales et plus importantes fonctions, une liberté qui, dès le commencement des négociations,* avait été déclarée et solennellement jurée comme la base et le fondement du concordat, mais encore quelques-uns attaquent de front la doctrine même de KEvaiigile. Tel aussi a été à peu près le résultat du traité que nous avons conclu avec le gouvernement de la république italienne, la plus insigne mauvaise foi vn ayant interprété les articles d'une manière aussi arbitraire que perverse, quoiaue nous eussions mis tous nos soins h ne laisser aucun prétexte d*interprélalion perverse et arbitraire dans nos conventions.
« Ainsi furent méprisées et violées les clauses de l'un et de l'autre concordat, surtout celles qui avaient été stipulées en faveur de l'Eglise; ainsi la puissance spiri* tuelle fut soumise au caprice de .la puissance séculière ; et, bien loin que ces divers traités aient produit les heureux effets que nous espérions, nous avoYiseu au cootraira è gémir sur les maux et les pertes toujours croissantes de l'Eglise de Jésus-Christ.
« Nous ne ferons point ici rénaroération de tous ces maux, oui sont assez notoires, et qui ont excité' les larmes de tous les gens de bien; nous les avons d'ailleurs assez détaillés dans nos deux allocutions consistoriales, l'une du 16 mars, l'autre du 11 juillet 1808, et nous avons pourvu, autant que nous le pouvions dans ces tristes conjonctures, à ce qu'elles parvinsseatà la connaissance du public. Tout le monde y connaîtra, toute la postérité y verra quelle a été notre conduite, noire façon de penseur au sujet des prétentions audacieuses du gouvernement français sur des choses qui appartiennent à l'Église ; • on reconnaîtra combien il a fallu de longanimité et de patience de notre |)art pour garder aussi longtemps le silence : car, soutenu par l'amour de la paix, et par la ferme espérance qu'enfin nous verrions un remède et un ferme à tant de maux, nous différions de jour ea jour d'élever publiquement noire voix apostolique. Oui, la postérité saura quelles onl été nos peines et notre sollicitude ; combien, par nos actions, par nos prières, dos supplications» nous avons fait de cooliouels efforts pour guérir les plaies faites à TEglise, et combien nous avons imploré le Ciel pour qu'elle n'en reçût pas de nouvelles. Mais enfin, nous avons épuisé toutr$ les ressources que nous ont suggérées J*hu-
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DES PAPES
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nilité, la modéraUon al la doocenr; en rain, iusqu'k présent, noua avons essayé de léfendre les droits et les intérêts de l'iB* (lise auprès de celui qui aTsil fomiéy arec es impies, le complot ne la détruire entîè* 'ement ; de celui qui n'avait ftit un pacte laroitié avec elle que pour la mieux trahir, |ui n*avait feint de devenir son protecteur |ue pour l'opprimer plus sArement. Long* emps, et plus d'une fois, on nous donna es plus flatteuses espérances, afin de dé« crminer notre voyage en France ; ensuite m commenta h éluder nos déclarations par les détours adroits, des subterfuges et des ré- >onses astucieuses qui nous étaient faites, ^ii pour nous tromper, soit pour traîner es oiscussions en longueur; enfin, n'ayant >lus aucun-ég^rd à nos otiservations, à me* lure que le temps approchait d'accomplir es projets tramés contre le Saint-Siège et *Eglise de Jésus-Christ, on a pris le parti le nous éprouver, de nous fatiguer par des leroandes toujours nouvelles, et surtout ou jours indiscrètes ou captieuses ; deiuanles dont la nature prouvait assez que Ton ir«ijulail nous placer dans l'alternative, ou de :rahir honteusement notre ministère par jne adhésion, ou ^de fournir par un relus m prétexte à une guerre ouverte contre lous : deux choses également funestes k l'Eglise et k notre Siège apostolique.
« Comme nous n'avons pu consentir h ce |u*on nous demandait, parce que notre conirience s' V opposait , de \h un molîf pour mvoyer des troupes dans celte ville sainte, raitée en ville ennemie; pour s'emparer lu château Saint-Ange, placer des corps-de- ;arde dans les rues et sur les places pour nvestir d'iufaoterie et de cavalerie le palais ^uirinal que nous habitons, et braquer des linons contre notre appartement. Pour nous, assuré par ce Dieu en qui nous pouvons out, soutenu |)ar la conviction de nos de* rotrs , nous ne fûmes ni intimidé ni troublé »ar cet appareil menaçant, et conservant, ^mme il convenait, notre âme calme et Iranluille, nous célébrâmes les divins rovstères ivec les cérémonies usitées en la solennité le ce saint jour, sans que la crainte • la négligence ou l'oubli nous fissent rien omettre le ce que Timportafice de nos fonctions eii- ;eaiten pareille conjonctures.
H Pious nous souvenions, avec saint Am* croise, que le saint homme Naboth, |iosseseur d*une vigne, ayant reçu l'ordre de la éder au roi . qui voulait l'arracher pour y emer de vils légumes, répondit : iHm m$ \ardt de livrer Vhériiage de me$ piru î {Itl ïeg, XXI. 1*3.) De Ik, nousavons juré combien Doins il nous était permis de livrer un héri* âge aussi sacré, aussi antique, c'est-k-dire , e domaine de notre Saint-Siège» possédé icndant une longue suite de siècles, non sans me évidente protection de la divine Provitence, par les Souverains Pontifes, nos préléces!>ettrs ; nous avons jugé que nous ne Pouvions consentir, |)ar notre silence k ce lu'oD s'emparât de la capitale du monde caiioluiue {fOur y renverser al anéantir la
forme sacrée du gouvernement que Jésus- Christ k laissé k son Eslise , et qu'elle a ré- Slé selon les canons dictés f«ar son Saint- Isprit , et cela afin d'y substituer un code diamétralement oppose aux sacrés canons et même aux préceptes de l'Evangile , afin d*y introduire , comme c'est l'usage, un nouvel ordre de choses qui tend évidemment k mêler et k confondre avec l'Eglise catholique toutes les sectes et tous les genres de superstition.
« Naboth donna son sang pour défendre sa vigne 1 Pouvons-nous donc, quoi qu'il pôt nous arriver, ne pas défendre les droits el les possessions que nous nous sommes engage par le serment le plus solennel k maintenir de tout notre pouvoir? Pouvions-nous ne pas défendre la liberté du Siège apostolique , si intimement liée avec la liberté H les intérêts de l'Eglise universelle? Certes les événements présents , sans qu'il soit besoin d'autres preuves, démontrent assez combien cette principauté temporelle était convenable et même nécessaire au Chef suprême de l'Rplise, pour lui assurer l'exercice libre et paisible de cette autorité spirituelle dont Dieu l'a investi par toute la terre. Aussi, quoique les richesses, l'honneur et la puissance du rang suprême n'aient jamais eu aucun charme particulier pour nous, qui fûmes toujours aussi éloigné de le désirer par noire geût personnel que par les devoirs de l'institut respectable dans lequel nous sommes entré dès la plus tendre jeunesse, et que nous avons toujours chéri ; néanmoins nous nous vtmes forcé, par les obligations de notri» état, dès le jour même du 9 février IS08, malgré la position critique où nous nous trouvions, de faire publier, par notre secrétaire d'Etat, une protestation solennelle qui fit connaître la cause de nos tribulations , el notre intention ferme de maintenir, dans toute leur intégrité, les droits du Siège apostolique.
« Cependant les usurpateurs, ne gagnant rien par les menaces, résolurent d'employer une autre tactique contre nous ; ils essayèrent, par on genre de persécution plus lent» plus i>énible, et par conséquent plus cruel, daffatbiirinsensiblement notre couragequ'ils n'avaient pu ébranler par une terreur soudaine. Aussi, depuis le 2 février, époque de notre captivité dans ce palais, k peine s'eslil écoulé un seul jour qui n'ait été margné par quelque nouvel outrage contre le Saint- Siège, ou par quelque chagrin k dévorer au fond de notre eœur. Tous les soldats c|ui noua servaient k maintenir Tordre et la discipline de l'Etat, nous ont été enlevés pour être incorporés dans les troupes françaises, nos gardes du corps eux-mêmes, l'élite de la noblesse, ont été couduiu k la citadelle; les uoa Jr ont été détenus pendant plusieurs jours» es autres ont été licenciés et dispersés; des corps-de-garde ont été placés aux portes de la ville et dans les endroits les plus importants ; les bureaux de la poste aux lettres , toutes les imprimeries , et particulièrement celle de notre chambre apostolique et de I4
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congrégation de U Propagande* sont devenus subordoraés à la tore^ et a^i eapripa militaire» ei c*66t ainsi gu'on ooua a 6ié Ja li* bertë, soit de faire imprimer « soit de foire parvenir par ieUres J'expresaion de noire ToJooié. On a bouleversé et eniravé la mêt^ cbe des administrations et des iritMinaiiY ; ia foii4*|»erîe» la ruse, tous les genres d'arlîiiees ont été mis i»fi osuvre pour engager nos su<» jets ï grossir uti eorps de rerielles » soi«dîr sant gardes civiques ; on a vu, cequ*il y avail de pins auda^eux et de plus corromou dans ce ramas d*bommes arborer ia cocarde trioolore française ou italienne, et s*en parant comme d*ufi bouclier, se porter çà et là C4>mme des furieux, tanlfrt par bandes, ian« l6t isolément, et se livrer impunément à toutes sortes d'attentats contre les ministres de TEglise, contre le gouvernement» contre tous les gens de bien , suivant leurs passions ou l'impulsion qui leur avait été donnée. Malgré nos n^slamations, oa se mil à iropriuier à Rome, à faire circuler parmi le peuple, à répandre dans l'étranger des jotimaux ou feuilles périodiques rem plis de temps è autre d*inveclives, de reproches et de calomnies, même contre la puissance et la di^ité pontificale; plusieurs de nos déclarations de ia plus haute importance , signées ou de notre raain ou de celle de notre ministre, et affi* chées. par notre ordre dans les lieux accoutumés, ont été arrachées, lacérées et foulées aux (>ieds par une vile borde de satellites, au milieu de l'indignation et des gémissements de tous lesgens de bien; une jeunesse sans expérience f des citoyens de toutes les classes, séduits 4>n entraînés, ont été agrégés k des assemblées suspectes, sévèrement pro« hibées parles lois civiles et ecclésiastiques, et même sous peine d'anatfaème, par nos prédécesseurs Clément XU et Benott XIV ; nos ministres et la plupart de nos otBciers, soit à Rome, soit datts tes provinces, bonm^^s recommandables par leur intégrité et leur fl* délité, ont été tourmentés, încarc«^rés, déportés dans des pavs lointains ; on a fait avi*c violence perquisition des papiers et écrits de toute espèce dans les bureaux des ma* gistrats du àaint-SIéj^, sans excepter le ca« binet et le portefeuille de notre premier ministre, trois fois nous avons remplacé notre premier ministre trois fois il a été enlevé de notre palais ; enfin la ||)lus grande partie des cardinaux de la sainte Eglise romaine, nui restaient pr^ de nous comme nos eoopérateurs, ont été, b main armée, arrachés de notre sein pour être exilés.
c Tous ces attentats et. nombre d'autres commis avec une audace effrénée ptr les usurpateurs, contre toutes les lois divines et humaines, sont trop connus du puMic pour au*il soit l»esoin de nous arrêter k les énumerer et ft les détailler.
« Nous n*avons pas manqué* h chaque fois, de fiiire entendre nos plaintes avec force et courage, selon les obligations de notre ministère, pour ne pss paraître conniver è ces désordres on les autoriser en quelque manière. Ainsi, déjk dépouillé de pres^fue tous
les attributs de notre dignité, privi li»^ tien de notre autorité, d^omdcbj secours pour remplir rétMdos et wt miaisière et surtout pour paitagsrianiir iicitttde entre toutes les vRttsti; eiéi % 4igtté, tourmenté, accablé par isata mt d'outrages, de terreurs et dt (tegrii, « iravé dfiaqoe jonr de plus en piis a»
l'exercice de notre daoble poiisanci icu* relie et spirituelle, si nous ea tfQu<««* conservé jusqu'k ce moment qaalqotMyi quelcpie apparenee, nous le davoni, i;«* ie JDieu tout-puissant dont ia hofi^ nous a donné tant de marques de fnken nous le devons k notre feraiet<, k li v> dence de nos officiera qui soot eaenrf i place, k la fidélité de nos sujets, etcofei piété des fidèles.
« Mais si dans Rome et les proTîn-i^ mitropbes notre puissance lemporeHe m encore conservé un vain faotdfflefaot'^.
elle avait totalement été anéantie di^ provinces florissantes dllrbia, de li Siet de rOmbrie;nous n'avons maoqa^, :
le temps, ni de protester soleooeK*:
contre cette iisur|)ation sacrilège deU'. pays appartenant k l'Eglise, ni de \" nir nos très-cbers sujets coolrn le>v lions d'un gouvernement injuste ei ;. .
lime, en donnant k nos vénérables f:r * les évèques de ces provinces, toutes io .truclions nécessaires. •
« Combien ce même gouvemevnti tardé, combien il s'est empressé, de r«i* et de justifier par sa coaduita tout a dans nos instructions, nous aviou prcf^ que l'on devait attendre de sa relifio^ patrimoine de Jésus-Christ eoralàec les monastères détruits, les viergesdr.'' gneur chassées de leurs cloîtres, leiiec profanés, le frein 6té k la lioenoe, U • * pline ecclésiasticjue et les saiou ci:
méprisés, des lois opposées noa-seiitff aux canons, mais eneore aux mèVMf l'Evangile et au droit divin, pnbli^ mises en vigueur ; la clergé avili M v^ cuté, le pouvoir des évéques sabot ' k la puissance séculière, lear eocK-' mise aux épreuves les plus violeol»:' mêmes chassés d« leurr sièges et dé^c enfin mille autres attentais sacnlr;* inouïs dirigés dans ees persoonas cuc" liberté, l'indépendance et la éoetr.*- TEglise, et qui déjk avaient été^^dans tous les pays tombés an poonn' • gouvernement : veilk, Toilk lesg«^<" amitié, voilk les preuves éclataaia •' a&èle admirable pour la religion aiazèle qu'il ne cesse eiioore de ftw»'-' de pr6ner parlouL
« Pour nous rassasié d'amertmiw ' pari de ceux de qui nons devions ^ ' en attendre, affligé autant qu'il e»t p de l'être, nous gémissons moins «r ' situation présente que snr le sort fB|~ nos persécuteurs. Car êi feSaîprKrr' tm peu en coiêre teaîre net», pawr»* tier ei nous corrifsr, il se ricem'
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nauteau avec its sermieun (Mi): mais eomtneni celui qui tU fauieur de iouê te$ titaux dont l'EgUse et I accablée^ éviieraH^il la mmim ae Pieu? Oui^ le Seigneur n* exceptera personne y ei il ne respectera ta grandeur de qui Îjue ce soiîf parce qu'il a fait les grands eemme es petits ; mais les plus grands sont menacés des plus grands supplices* Plût à Dieu que nous pussions» aux dépens même <le noire Tîef délounier la réprobation éternelle, procurer le salut de nos persécuteurs, que nous a? ons toujours aimés et que nous ne eesse* rons pas d'aimer sincèrement- 1 PMt à Dieu qu*il nous fût permis de ne pas sortir de cet esprit de charité^ ds cet esprit de doM* ceur que nous tenons Clément de la na^ ture et de la volonté constante! Que ne pouvons-nous, comme nous l*avoas fait ju's« qu*à ce moment, laisser en repos cette verge que le Roi des pasteurs, en nous confiant la garde des troupeaux de son domaine uni* versel, nous a mise entre les mains dans la personne de saint Pierre, autant pour corriger et punir les brebis égarées et obstinées dans leur égarement que pour imprimer aux autres une leçon et une terreur salu« taires ?
« Hais le temps de la douceur est passe. Personne, k moins de fermer les yeux k la lumière, ne peut ignorer quel est le but de tant d'attentats, et quelles en seront les sui* tes, si Ton n'emploie k temps tous les moyens possibles de les prévenir. D'aiU leurs, tout le monde voit bien qu'il ne nous reste plus aucun espoir que les auteurs de tant de maux puissent jamais être touchés de nos avis et de nos conseils, ou que nos prières et nos réclamations puissent les dis-
B)ser plus favorablement envers rjE^lise. epuis longtemps, ils ont fermé l'oreille et le cœur k toutes nos observations, et ils ne répondent qu'en accumulant injures sur injures. Comment peut-il se faire qu'ils obéissent k TEglise comme des enfants k leur mère, qu'ils écoutent sa voix comme des disciples celle de leur mettre, eux dont toutes les actions, tous les efforts tendent k réduire l'Eglise k l'état d'une esclave vis-kvis d'un maître impérieux, pour l'anéantir après l'avoir asservie?
« Si nous ne voulons pas être accusé d*in* différence et de lAcheté, ou même d'avoir honteusement abandonné la cause du Seigneur, il ne nous reste plus qu'k faire taire toute considération humaine et toute pru-» dence charnelle pour mettre en pratique re
Iiréi^pte de l'Evangile : 5'îi refuse d! écouter Eglise^ qu'il soit à vos yeux comme un païen et wn publicain. {Matth. xvtti, 17.) Que nos persécuteurs apprennent donc une fois que la loi de Jésus-ubrist les a sonmis k notre autorité et k notre trftne : car nous aussi nous portons le sceptre, et nous pouvons tnéme dire qtie noire puissance est bien supérieure k la leur, k moins (|u'on ne pré* tende qu'il est juste que l'esprit le cède a la
chair, que les intérêts di» ciel passent après ceux de la terre.
« Jadis tant de Souverains PoutitrSf iUustrès uar leur seience et leur sainieté, ont été lorvés, parce ^o la cause de l'figlise l'eiigeait, d'en venir k de pareiiles »trémités contre les princes et les rois rebelles, seulement pour un ou deux de ces crimes que les saints rimons punissent d'anatbème : craindrons'^nous donc de suivre enGn leur exemple, après tant de forfaits, de sacrilèges si énormes, si atroces ei si uaiverseliement notoires? Ne devons^nous pas craindre au contraire d'être justement accusé d'inertie et de lenteur, plutôt que de témérité et de précipitation, dans une cause aurlout où le dernier attentat fiorté k noire puissance temporelle, attentat qui met le comble k tous les autres, nous avertit que bientôt nous n'aurons plus la liberté de remplir eet important devoir de notre ministère apostolique?
« A ces caueeSf par V autorité du Pieu tout' puissantf par celte des saints ùpétreSf Pierre et Paulf et par la ndtre^ nous déclarons que tous ceux quif après l'invasion de Rome et du territoire ecelésiastUfuet après ta violation sacrilège du patrimoine de saint Pierre^ prince des apôtres^ par les troupes françaises^ ont commis à Rome et dans les Etats de VEgUst^ contre les immunités eeclésiastiaueSf contre les droits même temporels de VEgUse et du Saint-Siège^ les attentats ou quelques-uns des attentats (psi ont excité nos justes plaintes dans les deux allocutions consistoriales ridessus nuntionnées, dans plusieurs protestalions et réclamations pubhées par nos ordres ; tous leurs cownnettants^ fauteurs^ conseillers adhérents: tous ceux enfin qui ont facilite l'exécution de ces violences ot* les ont exécutées par eux-mêmes^ ont encouru l'excommu-' nication majeure et autres censures et peines ecclésiastiques portées par les saints canons et constitutions apostoliques^ par les décrets des conciles généraux et notamment du seûnt concile de Trente, et au besoin nous les ex^ conununione et anathématisons de nouveau^ Us déclarant, ffar là même, déchue de tous privilèges et induits accordés de quelque manière que ce soit, tant par nous que par nos préaéeesseurs ; nous voulons qu'ils ne puissent être déliée ni absous de ces censures par personne autre que nous^même ou notre successeur {excepté néanmoins à Varêicle de la mort, et en cas de convalescence ils retombent sous les censures); nous les déclarons incapables et inhtd^iles à recevoir ^absolution jusqu'à ce qu'ih aient publiquement rétraeté, révoqué, cassé et annulé tous leurs attentate, qu'ifs aient pleinemont et effeetitement rétabli toutes choses dans leur premier état, et que^ au préatable, ils aient satisfait par ume peni^ tence proportionnée à leurs crimes, à V Eglise, au Saint-Siège et à nous. C'est pourquoi nous statuons et déclarons par la teneur des pré^ sentee^ que non-seulement les coupables dont il est fait mention spéciale, mais encore leurs
(ICI) Paroles propliétiqocs.
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DICTlfMINAIRE
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gu€ee$$€urs aux pUuet qu'ils occupent ^ ne 0ourroni»jamai$9 en vertu des présentes ni de quelque autre prétexte que ee soitf se croire exempts et dispensés de rétracter^ révoquer^ casser et annuler tous les attentats^ ni de mtisfaire réellement et effectivement^ au préaia^ Ue et comme il convient à VEglise^ au Saint^ Siège et à nous ; nous voulons au contraire que pour le présent et pour Vavenir^ cette obligation conserve sa force^ si jamais ils veulent obtenir le bienfait de l^absolulion.
«Mais dans la nécessité où nous nous trouvons d'emplojer le (glaive de la sévérité que TEglise nous a remis, nous ne pouvons néanmoins oublier que nous tenons sur la terre » malgré notre indignité, la place de Celui qui» en exerçant sa justice, ne cesse pas d*étre le Dieu des miséricordes. C'est pourquoi nous défendons expressément, en ▼ertu de la sainte obéissance, à tous les peuples chrétiens, et surtout à nos sujets, de causer à foccasion de ces présentes lettres, ou sous quelque prétexte que ce soit, le moindre loK, le moindre préjudice, le moindre dommage à ceux que regardent les présentes censures, soit dans leurs biens, soit dans leurs droits ou prérogatives. Car en leur infligeant le genre de punition que Dieu a mis en notre pouvoir, eu vengeant ainsi les nombreux et sanglants outrages faits h Dieu et à son Eglise sainte, notre unique but est de ramènera nous ceux qui nous affligent aujourd'hui, afin qu'ils uar^ tagent nos afflictions, si Dieu leur accorae la grâce de la pénitence pour connaître la vérité.
« Ainsi donc, levant les mains vers le ciel dans l'humilité de notre cœur, nous recommandons à Dieu la juste cause pour laquelle nous combattons, puisqu'elle est plutôt la sienne que la nôtre, nous protestons de nouveau que, par le secours de sa Krice, nous sommes prêt à boire jusqu'à Ta lie, iH>ur le bien de son Eglise, ce calice que lui-même a voulu boire le premier pour elle ; nous le prions, nous le conjurons par les entrailles de sa miséricorde de ne pas reieter les prières ferventes que nous lui adressons jour et nuit pour la conversion et le salut de nos ennemis. Qu'il sera beau , qu'il sera doux pour nous le jour oà, exaucé par la divine miséricorde, nous verrons ces mêmes enfants, qui uous causent aujourd'hui tant d'afflictions et de douleur, se jeter dans notre sein iiaternel, et se hiter de rentrer dans le t>ercail du Seigneur I
« Nous voulons que les présentes lettres apostoliques et ce qu'elles contiennent, ne puissent être impugnés, sous le prétexte que ceux qui y sont désignés, et tous ceux qui ont ou prétendent avoir intérêt au con« tenu desdites lettres, de queluue état, sang, ordre, prééminence et dignité qu'ils soient, quelque dignes qu'on les suppose d'une mention expresse et personnelle, n'y ont pas consenti, qu'ils n'ont pas été appelés, dtés et entendus à l'eifet des présentes, et
Sue leurs raisons n'ont point été présentées, tscutées et vériliées. Ces mêmes lettres ne |iourront également, et sous aucun pré-
texte,, couleur ou motif, èlre coittiiièH^ comme entachées du vice de snbr^iioi d'abreptton, de nullité ou du début JV tention de notre part ou de la |«rt de <^ qui y ont intérêt. Le contenu de ces teuni ne pourra non plus, sous i>réteilede^ autre défaut, être attaqué, eufreiot, n touché, remis en discussioa ou mtm dans les termes du droit. Il ne leri illépi contre elles ni le droit de rédsoutioii m. baie, ni celui de restitution dans Ttotiefeir
Iirécédent, ou tout autre moyeu de driii, > ait ou de ^rftce. Jamais on ne pourra te opposer, ni en jugement, ni hors do ju^ ment, aucun acte ou concessioo éouéè'î notre propre mouvement, certaine so»
et pleiu pouvoir. Nous déclarons que adites lettres sont et demeureront irruh. valides et durables; qu'elles auront e( «r liront leur entier et plein effet, et mn leurs dispositions doivent être ioTJuliiîh ment et rigoureusement observées par <»; qu'elles concernent et intéressent ou ooeir pourront concerner et intéresser m i suite. Ainsi nous ordonnons à tous ]%^ ordinaires ou délégués, aux auditeur ^ causes de notre palais apostolique, taxer dinaux de la sainte Eglise romaine^ m*gats a latere^ aux nonces du Stinl-Si^ i a tous autres, de quelque préémioeun t pouvoir qu'ils soient ou seront reTéiBi.. s'y conformer dans leurs décisions ei Wr juçemenls, ôlant à toute personne lej-.
voir et la faculté de juger et d'interpr^* autrement, et déclarant nul et inniiJti. ce q\ti serait fait au préjudice des pretet^ avec connaissance de cause ou parieur»' et de quelque autorité qu'on ose se fK^<» loir.
« Et autant qu'il en est besoin, nav* tant la -règle de notre chancellerie s*r conservation du droit acquis et tontes i.> constitutions et décrets apostoliques iv dés k quelques personnes que ce somquelque manière qu*elles soient qan:*' et de quelques dignités ecclésiastique 08^ culière qu'elles soient revêtues, quisi;< même elles prétendraient avoir besoin i." désignation expresse et spéciale, qo*et«>i prévaudraient des clauses dérogaioirts. solites et irritantes, et qu'elles r^^ raient en leur faveur des règlemeût^ '" coutumes, des usages d*uneauliqml4fln^ moriale,'autorisés par serment ou pr « Saint-Siège, des privilèges et da <^' émanés du propre mouvemaot. Je ii <* taine science et de la plénitude de b ?-' snnce du Siège apostolique, en coesub^' et ailleurs, et que ces couoessions wws été faites, publiées et plusieurs Jbcsns*velée», approuvées et confiroiées. Nm** clarons que nous dérogeons i^ar ces .•<«<^> tes, d'une façon expresse etspéciai^<<f^ cette fois seulement , k ces oonstiisua» clauses, coutumes, privilèges, indvm«*^^ tes quelconques, et nous entemloos>;3^ soit dérogé^ quoique ces actes oa qie^l^ uns d'eux n aient pas été insérés uo >•' fiés expressément dans les présente** «*
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DES PAPES
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que dignes qu'on les suppo$e d*nne meu* tion spéciale expresse et individuelle ou d*nne forme particulière dans leur supposition ; voulant^que les présentes aient la même force que si la teneur des constitutions è supprimer et celle des clauses spéciales à obserTer y étaient nommément et mot à mot exprimées, et qu'elles obtiennent leur plein et entier effet, nonobstant toutes choses à ce contraires.
« Etant de notoriété publique qu'on ne peut en sûreté répandre les présentes lettres partout, et principalement dans les lieux où il serait le plus important qu'elles fussent connues, nous Toulons que des exemplaires en soient, selon l'usage, publiés et affichés aux portes de l'église de Latran et de celle de Saint-Pierre, ainsi qu'à la Chancellerie apostolique, dans la grande cour, au mont Citario et à l'entrée du Champ de Flore, et qu'ainsi publiées et affichées, tous et chacun de ceux qu'elles concernent aient à s'y conformer, comme si elles leur eussent été intimées individuellement et nommément.
« Nous voulons que les copies manuscrites ou imprimées de ces lettres, pourvu qu'elles soient signées par un notaire public et revêtues du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, méritent dans tous les pays du monde, tant en jugement que dehors, la même foi et la même conGanoe que l'inspection même de la minute des présentes.
9 Donné è Rome, à Sainte-Marie -Majeure, sous Tanneau du Pécheur, le 10 juin 1809, l'an X de notre pontiiicat.
{Place du êceau,) « Pie VII, Pape. »
Le Pape, après cet acte de vigueur, s'enferma dans son palais, dont les portes étaient occupées par des gardes suisses. Napoléon n'est pas nommé directement dans la bulle d'excommunication, mais il y est nécessairement compris comme l'auteur de tous les attentats contre l'Eglise et le Saint-Siège. Bientôt ou prépara un assaut pour s'emparer du palais habité par le Pape. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, différents piquets de cavalerie occupèrent les rues qui, des diverses parties de Rome, conduisent à ce palais. Des troupes furent postées sur les ponts pour empêcher toutes communications inlérieures, et, vers trois heures du matin, un corps d'infanterie s'avança en marclie forcée, mais en grand silence, et ferma toutes les issues autour du palais. Alors , au lever de l'aurore, la gendarmerie, qui accom-
eignait la troupe , et quelques traîtres omains donnèrent l'assaut au Quirinal.
Un détachement de trente hommes escalada les murs du jardin, près de la grande porte, pour garder les issues de la cour de \dPane' ierieei les passages des souterrains; un autre détachement de vingt-cinq nommes gardait la petite porte. Cinquante hommes, commandés par le colonel Syri, montèrent par la fenêtre d'une chambre inhabitée, dans le contre des liâtîments apnartenant au Quirinal. De son côté, le général Radot, b la tête de qua-
rante hommes, pénétrait dans les appartements. C'est alors que le cardinal Pacca fit réveiller le Saint-Père. Mais écoutons-le lui-même, rapportant en détail ceUe scène dans ses Mémoires : « Le Pa|)e , ji dit-il, « se leva avec une grande sérénité d'esprit, jeta sur sa robe la Moxzetia (le camail) et l'étole, et se rendit dans la salle d'audience. Nous nous rassemblAmes là, le cardinal Despiog, moi, quelques prélats de ceux qui habitaient le palais, quelques employés et rédacteurs de la secrétairerie d'Etat..
« Cependant les assaillants, à coup de liacbe, jettent à bas les portes de l'appartement, et sont déjà arrivés è la porte de la cliambre où nous étions avec le Saint- Père. Nous donnons l'ordre de l'ouvrir pour éviter de plus grand.s désordres et des événements fitcheux. Ue son siège, le Pape s'avance au-derant de la table, presque au milieu de la chambre; nous deux, cardinaux, nous nous plaçons aux deux côtés de Sa Sainteté, l'un à sa droite l'autre à sa gauche ; les prélats et les employés nous font aile. Alors la porte s'ouvre, et lu premier qui se présente est le général Radet. le directeur et l'exécuteur de l'opération *, après lui paraissent quelques officiers , la plupart de la gendarmerie , et deux ou trois traîtres Romains, qui avaient conduit et dirigé les soldats dans l'escalade.
« Radet se met en face du Saint-Père, et ses satellites lui font aile. Pendant quelques minutes rèçne un profond silent^. Nous nous regardions les uns les autres» interdit», silencieux, imniobiles.
««Enfin Radet, la figure pflle et la voix tremblante, peinante trouver ses paroles, dit au Pape : « Qu'il a une commission dé^tf agréable et pénible; mais, qu'ayant fait sei- « ment de fidélité et d'obéissance à Tempe- « reur, il ne peut se dispenser d'exécuter « son ordre; qu'en conséquence, au nom do « l'empereur, il doit lui intimer de renoncer « à la souveraineté temporelle de Rome et « de l'Etat, et que, si Sa Sainteté le refuse, « il a ordre de le conduire au général Miullif , « qui lui indiquerait le lieu de sa destina- « lion. »
« Le Pape, sans se troubler, d'un ton ferme et plein de dijgnilé, lui répond à peu près en ces termes : Si vous avez cru devoir exécuter de iels ordres de l'empereur^ à cause de votre serment de fidélité et d*obéissanee^ jugez de quelle manière nous devons , fious, soutenir les droits du Saint-Siège ^ auquel nous sommes lié par tant de serments ! IHous nepouvonstni céder, ni abandonner ce qui n*est pas à nous. Le domains temporel appartient à l'Eglise et nous n^en sommes qtu ladministrateur. L'empereur pourra nous mettre en piieest mais il n'obtiendra jamais cela de nous. Après tout ce que nous avions faii pour lui^ nous ne devions pas nous attendre à ce traitement. — Saint-Père, dit alors le général Radet , ie sais que l'empereur tous a beaucoup d'obligations. — Plus que vous ne savez^ repartit le Pape avec un accent trèsanimé; et il ajouta : Devons-nous partir seuif —Votre Sainteté, répondit Radet, |ieut
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cunduîre évtc elle son ipîoistr», l« cardÎMil Paooa. Moi , qui éuis ani côtés da Pcim»» je dis Mtbfteoieni : Qdeks ordres me doane le SaînUPèret Dois-ja «voir rhotmeor de l*aecoiD{iâgfier? Le Pape me répoadit : Oi»<« le desdMdai la permission d*eairer dans la pièee atlefiaBle , et là , en présence de deoi officiers de gendarmerie qai feignaient de regarder l'apperlenient, je revêtis mes habits de cardinalf avee le ro^t^hêtto et la m^tMita , croyant, sur raseuranee de Radet, aceompa* gner Sa Sainteté au palais DortSt chez le général Miellis. Tandis que ie ni*babil)àis^ le Pape fit de sa propre main la note des per« M>nnes qu*il désirait aroir à %9i suitOf et il eut avec Radét nue conrersation dont on m'a rapporté ce qui suit« Comme le Pape arran*
Seait quelques objets dans sa chambre t Ra« et lui dit : Que Voire Saînlelé oe crai^ fNfs, ou ne touchera k rien. -^ Qm ne iieiil
5 NU à impropre vitf répondit le Pape, ii€$U rien mejns en€ore aux «inlnM ckùêu 4$ et fMnde. Radet aurait désiré que le Pape prit iles habits qui ue le fissent pas si iacilement reeennaltre, mais il n'eut pas le courage de le lui dire*
M A mon retour dans la chambre du Pa|)e» je trouvai qu'on l'avait déjà forcé de pariir, sans laisser noémo aui eamériers^ dits «<(;t«* dantide chambre^ le temps de mettre dans une valise un peu de linge ponr changer dans Je voyage. Je rejoignis m Sainteté dans l'appartement. Alors tous deui, entourés de gendarmes » et de sujets relielles , merchant péniblement sur les débris des fiortra abaitnes, nous descendîmes les escaliers. Noue traversAmes la grande cour occupée par la troupe française et le reste des sbires. Arrivés k la principale porte de Monte-GavallOf nous trouvâmes la voiture de Radel, espèce de baslardelle, qui nous attendait, et nous vtmes en ordre de bataille sur la place, des troupes napolitaines arrivéea depuis peu pour appuyer cette grande opération. Le Saint-Père s'arrêta un instant pour bénir la ville de Rome; puis on le fit monter le premier dans la voiturei parce qœ les Persiennes du côté destiné au Pape étaient exactement ctouées« Lorsque nous fûmes lou<i deui dans la voiture, un gendarme ferma à islef les deux portières. Alors Radet monte sur le.siége avec un certain Gardini, Toscan, maréchal des logis, et donne l'ordre du dé« part. Jusqu'à la grande porte de IfonteCavallo , çtuelques prélats , des employés de la secréuirerie d'État et plusieurs domestiques nous avaient suivis, tous piles el oonsiernés; mais ils ne purent, ni nous aooomiiagner, ni même s'approcher de la voiture. Au lieu de prendre le chemin du pulais Doria, on suivait la direction de porta Pia; puis on tourna vers poria Snfam, et, longeant les remparts hors de la ville, nous arrivâmes à la porte du Peupht qui était fermée, ainsi que tontes les autres. Sur toot noire passage, le long des murs, étaient postés des piauets de cavalerie, sabre en main.; et, à voir l'air triomphant avec lequel Radet leur donnait ses ordres, on eût dit un géné-
ral oui venait de remporter uneéclaUnie victoire.
« Hors de la porte du Peuple se trouvèreot des cbevaux de poste, et, peudant qu*on mtelailf le Pape reprocha douceroeni à Hadet le mensonge qu'il Ini avait dit, en d«s«m
Si*il devait le conduire ches le générii tollis, et il se plaignit de la manière violtnie dont on l'arrachait de Rome,, sans suite, sans provision aucune , et avec les seuls habits qu'il portait sur lui. Radet répondit que les
tersonnes désignées dans la liste liu Saintère, le joindraient incessamment arec loas les objets nécessaires, et il expédia sur-lechamp on gendarme au général Mioiiis puur faire hâter leur départ. Puis il me dit qu*il était content de s'être acquitté de sa coromission si pacifiauement^ sans qu il y eût un seul blessé. « Hais croyîez-vous donc , • lui dis-je, « montera l'assaut d'une place fortett — « Je sais bien» » reprit-il, t que Votre « Bminence avait défendu toute résistance, a et qu'elle avait empêché plusieurs persoo- « nés de rêder avec un fusti autour de Mou- « te-Cavallo. s
« Peu après, le Pape me demanda si j'a?ais pris de Taisent. Je lui répondis : « Votre « Sainteté a vu que j'ai été arrêté dans son « appartement, et qu'on ne m*8 pas permis « de retourner dans le mien. » Alors nous lirAmes nos bouraes, et, malgré notre affliction, notre douleur si juste et si profonde de nous voir arrachés de Rome et de son bon peuple , nous ne pûmes nous empêcher de rire eu voyant que le Saint-Père n STiit (jfu'un papetto ou vingt baioqaeê (33 sous de Jbrance) dans sa bourse, et moi trois grossi ou quinze baïoques dans la mienne. Ainsi le souverain de Rome et son ministre enlreprenaient le voyage k VapostoUque^ selon les naroles de Notre-Seigneur aux apôtres : JVi' hit tulerUiê in vta, neque panem^neqme parsniam, neque dua$ tumtcas. (Matth, m, lO.) Htquepanem^ nous n'avions aucune profisioa: neque pecuniam , nous n'avions è nous dcui que trente-cinq baioques;f»aeuediiaafeatfa«. nous n'avions pas d'autres habits^, pas d'autre linge que ceux qui étaient sur Douai : habits , de plus , fort incommodes , poisjue le Pape était en mozMêtta et stola et moi eo mantelieta^ rocheto et mozzetia. Pie Vil
f prenant son |»opr^la, le montra à Radet, et ni dit en riant : De toute ma printipeuté, voyez ce que je possède à cette heure.
f' Gomme nous nous éloignions de Rome, une pensée cruelle, que je reconnus ensuite être injurieuse k PieVll, vint agiter et troubler mon esprit. Je craignais que le Pap^i pénétré d'horreur pour i*exécrable sacrilège uni se consommait alors, et bien plus eficoii épouvanté des suites funestes qu'il poufiil avoir pour l'Eglise, ne se repentit des mesures énergiques qu'il avait prises, et ne m'accusât intérieureme.it de l'avoir fOf^^ par mes conseils à ces actes de rigueur. M i^ le Saint-Père ne tarda pas à dissi|ier sioa inquiétude, en me disant avec un air li^ véritable complaisance, et le sourire s''^ les lèvres : Cardinal, nous avons èîea f^
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DES PAPES
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de publier la buUe du 10 juin : car aujour^ d*/tiii« comment ferions-nous? Ces paro<es me rendirent la paix» el me donnèrent de non* velles forces pour supporter les angoisses, les peines d'esprit et de corps qui nous at* tendaient dans ce violent et douloureux vdyage. La nuit suivante» d'après tes ordres qud j avais laissés» on afficha dans Rome» au nom de Pie Vil» une touchante notitlcation» que l'on peut regarder comme Tadieu d*un tendre père arraché à des enfants chéris.
i( Vers huit heures d'Italie (quatre heures du matin)» on partit de Rome en prenant la direction de la Toscane. Aux premiers relais» dans la Cam|>agne de Rome» nous pûmes remarquer sur ia fi^^ure du peu de personnes que nous rencontrions» ta tristesse» la stupeur c|ue leur causait ce spectable. A Motiterosi» plusieurs femmes sur les portes iÏQS maisons^ reconnurent le Saint^t^ère que les gendarmes escortaient le sabre nu» comme un criminel» et nous les vîmes» imitant la tendre compassion des femmes de Jérusalem (lue. XXIII» 20)» se frapper la poitrine» pleurer» crier, en tendant les bras vers la voiture :« Ils nous enlèvent le Saint-Père 1 cils nous enlèvent le Saint-Père I » Nous fûmes profondément émus à ce spectacle»
qui» du reste, nous coûta cher : car Radet» craignant que ia vue du Pape, enlevé de cette (açoHy n'excitAt quelque tumulte, quelque soulèvement dans les lieux populeux, pria Sa Sainteté de faire baisser les stores de la voiture. Le Saint-Père j consentit avec beaucoup de résignation» et nous continuâmes ainsi le voyage renfermés dans la voiture, presque sans air, dans les heures les plus brûlantes de la journée, sous le soleil d'Italie, au mois de juillet. Vers midf» le Pape témoigna le désir de prendre quelque nourriture, et Radet fit faire halte À la maison de postp, dans un lieu presque désert, sur la montagne de Viterbc. Là, dans une chambre sale, espèce de bouge» où se trouvait à peine une chaise disjointe, la seule {ieut-ètre qui fût dans la maison, le Pape s'assit à une lable recouverte d'une nappe dégoûtante, y mangea un œuf et une tranche de jambon» Sur-le-champ on se remit en route : la cha* leur était excessive» suffocante. Vers le soir, le Pape eut soif, et, comme on ne voyait aucune maison près de la route, lo marecbal des logis Cardini recueillit dans une bouteille de Teau de source qui coulait sur le chemin» et la présenta au Saint-Père qui la but avec plaisir (lOâ). Nulle part, depuis Uonterosi, on ne put. voir quel était le prisonnier enfermé dans la voiture, ce qui donna lieu à une anecdote curieuse. Tandis qu'on relayait à Rolséna, un certain Père, nommé Cozza, Franciscain, qui était bien loin de croire que le Pape allait tout entendre, accosta Radet près de la voiture» et lui déclina sou nom» en lui rappelant qu'il avait été avec lui en correspondance épiftolaire, et qui! lui avait recommandé un avocat de
Rome ddht je n*enten<Us pas bien le nom. Radet se trouva fort embarrassé pour h\\ répondre» et le Pape se tournant vers moi me jlit: Ohl che frate briceonet « Ohl quel coquin de moine 1 «
n Après dix-neuf heures d*une marche forcée» si. fatigante pour le Saint-Père» dont j'içnorais alors l'incommodité (103), mais qui me disait souvent qu*il souffrait beau» coup^ nous arrivâmes vers trois heures de nuit (une heure avant minuit) à Ridicofani, et nous descendîmes dans sa mesnuine auberge, où rien n'était préparé. N ayant pa^ d'habits à changer, il nous fallut garder ceux que nous avions, baignés de transpiration» et à Tair froid qui domine là» même au cœur do Tété, ils se séchèrent sur nous. On nous assigna, au Saint-Père et k moi, deux petites chanibres contiguës, et des gendarmes furent placés aux portes de devant. Dans mon habit de cardinal, en moxzetta et eu rocchettOf j*aidai ia servante k faire je lit de Sa Sainteté et à préparer la table pour le soup(*r. Le repas fut extrêmement frugal, et le Pape, que je m'empressai de servir, dai*» gna m'admettre h sa table. Pendant ce temps, comme pendant toute cette triste journée, je tichai de soutenir l'esprit du Pape, et d'être auprès de lui ve ministre Bdèle qui, selon les paroles de l'Ësprit-Saint, semblable au froid de la neige, au temps de la moisson» verse la fraîcheur et le calme dans l'esprit de son rnaltre : Sicut frigus nivis^ m die messist ita legatus fidelis et qui misit eum^ animum illius reauiescere facit. (Prov. xxv, 13.) Malgré les lunestes et lugubres jdées sur l'avenir qui se présentaient à mon imagination, le Seigneur me conserva toujours la sérénité d'esprit, et je prouvai, même dans le. voyage, que je n'avais pas perdu ma naturelle inclination à la plaisanterie; Radet m'en remercia k notre arrivée à Radicofani, en me disant qu'il avait souvent entendu le Pape rire à mes discours. Ce qui redoublait mon courage en ces horribles circonstances, c'était la consolante pensée que j'avais été choisi |)ar la Providence pour être le Simon de Cyrêne de l'excellent Pontife persécuté. A|irès le souper, le Saint-Père se jeta tout habillé sur un véritable gral)at, et je me retirai dans ma chambre* Alors vint m'obséder une idée bien triste et douloureuse : c'est que je venais de laisser seul» malade, sans nulle assistance, dans un paya étranger, sur une montagne déserte, mon souverain, le Chef visible de l'Eglise. »
Quoi(}ue le Pape fût malade, on se remit en roule, ou voyagea toute le nuit, et, le 8 juillet, à la pointe du jour, le cortège arriva aux portes de Sienne. Des chevaux do poste et une forte escorte de gendarmerie l'attendaient hors la ville. On reprit la route de Florence au milieu duo peuple immense demandant comme partout la bénédiction apostolique, avec les sisnes de la plus extraordinaire ferveur. Bientôt la
non De iûrrentem via Met. {Psat, cix, 7.) éuU contraire toute espèce de fatigtie, H sartoai
(103) Pie Vil avait une crut île iutirmité à laqacUa celle du voyage.
DtCTIO!!?!. DBS PlPES. 39
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DICTIONNAIIIE