‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27) (volume 3)Chapitre 97 sur 123 · SUP · texte numérisé non relu

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filCTlONNAIRB

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Le chef de TEglise du monde. (Innoc., Ad PP. Cône. Mihvit.)

L'Ëvèque élevé au faite aposloHque. (S.

CTFii.y epist. 3, 12.)

Le Père de$ Pères. {Conc.Ckaleed.f sess.3.)

Le Souverain Pontife des évèques (ibid.t in Prœf.)

Le Souverain prêtre, (ibtd., sess. 16.)

Le Prince des Prêtres. (Stbphan., epîsc. Carthaginens.)

Le Préfet de la maison de Dieu et le Gardien de la vigne du Seigneur. (Conc. Cartha^ ginens.^ epiêi, ad Damasum.) •

Le Vicaire de Jésus-Clirist, le Confirmateur de la foi des Chrétiens. (6. Hibrontm. , Prœf. in Evang., ad Dama$um,)

Le Grand-Prètre. (Valent, ei alii.)

Le Souverain Pontife (Conc. Chalctdonm$.^ Epia, ad Theodor, imper.)

Le Prince des évèques. [Ibid.)

L'Héritier des Apôtres. (S. Bernard, De considérai }

Abraham par le patriarcat. (S. Ambros.)

Melchisédech par Tordre. {Cône. Chalced.^ Epist. ad Leonem,)

Moïse par Tautorité. (S. Bbrn., epist. 190.)

Samuel par la juridiction.- (in. «De contid.)

Pierre par la puissance. (/6jd.)

Christ par l'onction. (/6td.)

Le Pasteur de la bergerie de Jésus Christ. (Ibid.)

Le Porte-clef de la maison de Dieu. [Ibid.. c. 8.) ^

Le Pasteur de tous les pasteurs. {Ibid.)

Le Pontife appelé k la plénitude de la puissance, {ibid.}

Saint Pierre fut la bouche de Jésus-Christ. (S. Chrysost., hom. 2, et in divers, serm.)

La bouche et le chef de Tapostolat. (Oaio., hom. 45» in J^latth.)

La chaire et TEglise principale. (S. Cm., epist. 45, Ad Cornel.)

L'origine et Tunité sacerdotale.flo.. epist. 3, n.a.l ^ ^

Le Lien de Tunité. (lo., epist. 4, n. 2.)

L'Eglise où réside la puissance principare : Potentiorprincipalilas. {Id.^ epist. 3, n. 8.)

L*Eglise , racine , miitrice de toutes tes autres. (S. Anaglet, Papa, Epist. ad omn. episc. et fidèles.)

Le Siège sur lequel le Seigneur a construit TE^lise universelle. (S. Damasb, Epist. ad unw, episc.)

Le point cardinal et le chef de toutes les Eglises. (S. Harcelliii. Papa, Epist. ad episc. Antioch.)

LeKefiJge des évêques.(Conc.i4/fx.,ispw^ ad Felic.^ Papam,)

Le Siège suprême apostolique. (S. Athaic.)

L'Eglise présidente. (JusTiif , imper., Cod. ae sum. Trinit., lib. viii.)

Le Siège suprême qui ne peut être jugé par aucun autre. (S. Leo, in Nat. SS. Aposl.)

L'Eglise préposée et préférée à toutes les autres. (Victor Uticens., De perfect.)

Le premier de tous les sièges. (S. Prosper, Dtt iîigral.)

La ij'ontaine apostolique. (S. IgnatiuSi Kpist. ad Rom. in subscripl.)

Le Port très-sâr de toute comiDttnioo e«tholique. {Conciiium Roman, , sub Gelasio Papa.)

SYLVESTRE I" (Saint), trente-troisième Pontife et successeur de saint Milliade. - Saint Sylvestre était Romain de naissance, fils de Rufin, et ayant été formé de bonne heure dans la piété chrétienne et dans Tétude des lettres, il fut admis dans le clergé de l'Eglise de Rome. Il passa par tous les degrès de la cléricature, et fut ordonné prêtre par le Pape saint Marcellin avant le temps de la grande persécution des empereurs Dioclétien et Maiimien. 11 se rendit si recommandîible dans ce saint ministère, qu il fut jugé digne de gouverner l'Eglise romaine après la mort du Pape saint Uilliade, et fut élu le 31 janvier 314. L'Eglise n'avait point alors d'affaire pi us embarrassante, surtout en Occident, que celle des donatisles, qui y avaient formé un schisme dep^iis sept ui^ nuit ans. L'empereur Constantin, pour le faire cesser, indiqua un grand concile à Arles. Saint Sylvestre y envova deux lég&is, et les évèques de ce concile lui adressèrent les canons de discipline qu'ils tirent avant de se séparer, avec une lettre synodale conçue en ces termes : « Plût à Dieu, notre très-cher frère, que tous eussiez été présent avec nous à ce çrand spectacle 1 La condamnaiioa des indociles eût été plus sévère, et notre assemblée aurait eu plus de consolation ea vous voyant juger avec nous. Mais vous n'avez pu quitter ces lieux révérés que les saints apètres ont consacrés par leur sang, et où ils ne cessent de présider. Cej)endant nous avons cru devoir ne pas nous borner aux affaires pour lesquelles on nous avait convoqués, mais pourvoir encore aux divers besoins de nos provinces. En conséquence, nous avons fait plusieurs règlements, où nous pensons n*avoir suivi que l'inspiration du Saint-Esprit et de nos bons anges. Ce qui ne nous fait pas oublier que c'est à vous, à cause de l'étendue supérieure de votre autorité et de votre juridiction, de leur apposer leur sceau principal et de les ialimerà tous les ùdèles. » Le Pape conlirma les décrets et les canons de ce concile d'Arles et les fit publier pour servir de règle à toute TEglise. Il en Unt un autre à ttome, l'an 3i0, oontre les Juiis, où des docteurs de cette nation assistèrent; aaaissoa grau4 Age et ses infirmités ne lui ayant pas permis dç se trou* ver en 325 au concile général de Nicée, il j envoya trois légats, donlTun était le célèbre Osius, qui y présida au nom du Pape. Bien que la convocation du concile de Nicée soit attribuée, par des écrivains contemporains, à l'empereur Constantin i riniervention du Pape saint Sylvestre ne saurait être mise en doute. « En effet, comme c'est au Souverain Pontife qu'il appartient incontestablement de convoquer les conciles généraux, en vertu de sa suprématie sur toute i'Eglîsc, l'exercice de ce droit n*a pas besoiu d'être énoncé positivement, et son évidence même sert à expliquer le silence des historiens à cet égard. Cette intervention est d'ailleurs coa-

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êMée par le témoignage du sixième concile général (act. IS}^ ei on en trouve aussi une preuve manifeste dans la présence de plusieurs évoques qui durent se rendre à Nicée sur une autre convocation que celle de Constantin, puisau'ils étaient étrangers à Tempire. Si les nistorieus attribuent cette convocation à Tempereur, c'est qu*en effet il y prît une très-grande part en écrivant aux evéques et leur fournissant les voitures puf bliques pour le voyage. Les historiens attribuent de même aux emfiereurs la convocation du concile de Sardique; et Ton sait néanmoins par le .témoignage positif de saint Athanase (Epist. ad Solit.) que le Pape Jules leur avait écrit pour cet objet, en sorte qu'elle eut lieu par le moyen des empereurs, mais du consentement et par l'autorité du Souverain Pontife. Du reste, on ne peut nier qu'on envoyant ses légats au concile de Nicée, le Pape saint Sylvestre n'en, ait au moins ratifié ainsi la convocation. » (Hisl. eccLf par Tabbé Receveur, t. II, p. 51.) Ce concile convoqué par saint Sylvestre pour apaiser les troubles excités par la doctrine d A rius, comptait, outre un grand nombre de

Srôires et de diacres, trois cent dix-huit vAques, parmi lesquels plusieurs s'illustrèreriL Tels sont Osius légat du Pape, et qui présidait le concile en son nom, saint Athanase, Pdul de Néocésarée, Kusèbe, Pamphile et plusieurs autres. L*hérésie qui donna lieu à cette célèbre réunion enseignait que le Verbe n'était Fils de Dieu que par adoption ; qu'il n'était qu'une pure créature tirée du néant avant les siècles, sujette aux vices comme aux vertus, d'une autre nature que Je Père éternel, qui seul devait Aire appelé Dieu éternel, bon, sage et immortel.

Le concile ouvrit ses séances le 19 juin 325 et les termina le 25 juillet suivant. On y fit coui|)arattre l'hérésiarque Ariiis afin de se convaincre de ses sentiments, et celui-ci ne craignit pas de renouveler hautement ses blasphèmes contre la divinité du Fils de Dieu. Toute latitude fut laissée à la défense de l'accusé, que soutinrent subtilement Eusèbe de Nicomédie, Théognis et Maris, dans les premières séances, âint Athanase, qui pénétra merveilleusement les replis tortueux de leur cœur et de leur doctrine, les confondit tous avec une rare habileté, après avoir dévoilé leurs artifices. Arius et ses sectateurs furent anathématisés partons les Pères, à l'exception de Theonas, évèque de Marnorique, et de Secundus, évoque de Ptoléluaïde. Après cette condaitfnation, on dressa )e symbole, dont Osius représentant du Pape, suivant saint Athanase, qui fut un de ses principaux auteurs, rédigea les articles. Saint Basile appelle cette profession de foi le grand et invincible symbole; et un concile tenu à Rome, sous le Pape saiutDamase, le nomme un boulevard élevé contre tous les etTorts du priucedes ténèbres. Ue môme concile condamna le schisme des méléciens,

2ui divisait l'Egypte depuis l'année 306. Il lablit en outre vingt canons pour conserver l*ancicnne discipline qui se rel&chait.

C'est à cette époque du pontificat de Syl« vestre 1", si célèbre dans l'histoire, que so rapporte le règne de Constantin. « Du règne deceprince,»ditH. Gautier.x date l'émanisipation civile drs Chrétiens; et c'est aux rayons de la foi qui avaient pénétré dans son ftme, à l'aspect du signe de notre salut qui brilla miraculeusement dans les airs au commencement de son règne, non moins

Ju'à la splendeur des vertus des premiers dèles, que le monde est redevable des progrès de la civilisation, v

Que ceux qui accusent le christianisme d'avoir élevé une barrière à la propagation des avantages de la vie sociale, comme ceux qui soutiennent qu'ila peu contribué i celte

[propagation, lisent l'histoire de Constantin e Grand : ils verront qu'à peine catéchumène, cet empereur puisa dans les conseils des successeurs des apôires une justice et des lumières qui lui suggérèrent les lois les plus propres a assurer le bonheur temporel Gcs peuples. C'est à la lueur de la religion chrétienne qu'il décréta une infinité d'arrèls chers à l'humanité.

Ce prince décréta que les enfants des

!>auvres seraient nourris à ses dépens; que ous les lieux de débauche seraient abolis ; 3ue les esclaves pourraient être affranchis ans les églises en présence des pasteurs. Il proscrivit les délations que l'esprit de ven-

Seance ou de cupidité dictait cbaaue jour i es hommes qui, sous le prétexte Ju bien de l'Etat, mais dans la seule vue de nuire ou de retirer une récompense, en accusaient d'autres de posséder des biens qui ne leur appartenaient pas ; il ne permit qu'aux avocats du fisc de veiller à ses intérêts; il autorisa tout le monde à se plaindre de sos officiers, entendant lui-même les dépositions, et récompensant le<s accusateurs lorsque les réclamations étaient fondées ; il abolit la peine du fouet et de la prison , établie contre les contribuables retardataires; il réduisit d'un guart l'impôt territorial , et pour obtenir la juste répartition des trois Quarts restants, il fit exécuter un nouveau (uidastre ; il adoucit le sort des enfants des criminels, ci déroba les biens de leurs femmes à la confiscation ; non-seulement il ordonna de juger promptement les prévenus, mais encore il défendit de placer les accusés dans des endroits malsains et de les charger de chaînes; il voulut que les infirmes, les veuves et les orphelins pussent en appeler à sa personne impériale des sentences rendues contre eux ; il révo(iut la faculté deséparerles marisde leufs femmes et les |>ères de leurs enfants dans le partagé des esclaves d'une même succession ; enuii il reçut avec bonté 300,000 Sarmates oui vinrent se réfugier dans ses Etats, quils avaient ravagés deux ans auparavant, en* rôlant les uns Jan^s son armée et assurant l'existence des autres par la concesrïon de terres à cultiver en Macédoine, en Scythie, en Thrace et même en Italie.

Ce prince, qui agissait sous l'influence dô la papauté,' ne se contenta pas d'améliorer le sort des classes ignorantes, que les véri«

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tés éternelles protègent plus que les savants, il contracta dans le commerce des évéques de son époque un goût prononcé pour les leltres, qui! encourageait par tes bîenraits et les distinctions. (Abrégé de» coneiles gêné* raux,)

Le Pape Sylveslre l*% b qui Ton dort, au moins en partie, les sa:;es décrets de Constantin, est auteur d'un Traité $ur la Divinité de Jésut'Ckristf dont de nombreux fragments furent récemment découverts. Il fit naraltre un grand zèle pour la défense de la roi contre les hérésies de son temps, et une grande sagesse dans le gouvernement de l'EgHse. Les actions particulières de ce saint Pape sont demeurées pour la plupart inconnues à la postérité. Après un pontificat de près de vingt-deui ans, il mourut le 31 décembre 335, et fut enterré dans le cimetière de Priscille. Saint Symmaque bâtit en son honneur une église dans laquelle Serge II transféra son corps, qu'il déposa sous le grand autel.

SYLVESTRE U, cent quarantième Pape et SDCcesseur de Grégoire V, se nommait Gerbert avant son élection au Saint-Siège.— Il naquit en Auvergne, à Aurillac n:6me ou dans le voisinage, d'une famille obscure. Jeune encore, il embrassa la vie religieuse dans le monastère que le comte Saint-Géràld avait fondé dans celte ville, vers la fin du ix' siècle. Après y avoir étudié la grammaire et tes autres parties de la littérature qu'on y enseignait, le désir de s'avancer de plus en plus dans les sciences lui fit solliciter la permission d'aller les étudier en divers pays. Son abbé l'envoya dans la Marche française d'Espagne, h Borel, comte de Barcelone, qui le mit auprès d'un évoque nommé Hatlon pour étudier les malhëmatîqaes.

Les sciences s'étaient mieux conservées en Catalogne qu'ailleurs, parce que ces cantons avaient été moins exposés aux incursions des Normands. De plus, leur proximité de riispa^ne les mettait à portée cte profiter des connaissances dont les Arabes faisaient alors profession. Gerbert mit tout à profit pour s'instruire. Il cultivait avec soin les savants du pays. On en juge ainsi par l'étroite liai* son qu'il contracta avec Guérin, abbé do Saint-Michel du Cusan, homme non moins célèbre par son savoir que par sa piété, et qui avait d'habiles artistes dans son monas* tère. Il est même des écrivains qui prétendent, mais la chose n'est ni certaine m même Êrobable, que Gerbert pénétra plus avant en Isjagne, et qu'il alla jusuuè Séville et Cordoue, pour faire de nouvelles découvertes auprès des Arabes qui y dominaient. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il acquit des connaissances prodigieuses dans les mathématiques, la philosophie, l'astronomie, la médecine et même dans les arts mécaniques. (Rohrba- CHKii, Phénomènes historiques du x* siicle*)

Gerbert fut l'illustre représentant du x* siècle dans ce que celte époque eut de plus noble et de plus élevé. ^ Il sut tout embrasser, tout comprendre, » dit M. Axinger, le consciencieux traducteur de M. Hock : « spét'Qlatious métaphysiques, rechenthes matnfr*

matiques, mécanique, histoire, lois divines et humarni'S, doctrines des Pères, rien n'é^ cbappait à son regard d'aigle, rien n'arrttail sa soif de savoir, pour éclairer ses semblables et pour les rendre plus heureux. » Son aclion sur la papauté fut immense et se continua longtemps après lui sous ses soccesseurs, qui n'eurent le plus souvent qu'à suivre (a ligne qne le grand homme leur avait tracée; cello qu'il exerça sor la société de son épo- (lue par ses lumières et par le crédit dont ri jouissait à la cour des empereurs d'Allemagne et de ces grands seigneurs français que 1 on appelait les rois de France, ne fut ni moins puissante ni moins profonde. Au reste, laissons parler M. Hock lui-même ; les considérations suivantes par lesquelles il commence son histoire la résument tout entière, et prouvent beaucoup mieux que toulce que nous pourrions dire queile fut TinSuencede Gerbert.

« Saiut-Gall, Reichenau,Fulde,Hirschari, Metz et Trêves, res antiques théâtres de Taclivité studieusede l'Allemagne; les faibles restes de la splendeur des Carlovingiens dans le nord de la France; l'ordre florissant de Cluny ; Tltalie et les lles-Bi-itaniques, oiï les traces de dix siècles d'efforts scientifiques n'étaient pas encore effacés ; enfin le contact passager qui s'était établi entre les peuples de l'Occident et la haute culture des Arabes et des Grecs, telles furent les six principales sources d'où était sortie la civilisation du x* siècle, pour s*étendre et s'accroître dans les autres pays sous fégide protectrice des em-

f^ereurs d'Allemagne. L'homme qui devint e centrede tous ces efforts au moment où ils atteignaient leur point culminant, celui qui se les appropria tous, celui qui, s'élerant à des vues encore plus hautes et plus vastes, sut les accroître et les généraliser, établir entre eux une connexion plus intime, et les amena presque tous au point de perfection que comportait leur époque; celui enfin qui, par ses amis et par ses disciples, exerça même sur les siècles suivants l'influence la

Elus grande, ce fut le héros de cet ouvrage, erbert,Je philosophe, le mathématicien et le musicien, plus tard désigné sous le nom de Sylvestre H. Les résultats de l'activité qu'il déploya de concert avec ses amis furent encore sensibles sous le règne de Henri 11 et de Conrad-le-Salique ; ils reparurent avec un nouvel éclat sous Henri Ul, lits de Conrad, et eurent une consistance telle, que ni le règne désastreux de Henri IV, en Allemagne, ni celui de Henri T' et de Philipfie 1*', en France, ne purent les anéantir, et que désormais TEurope n'eut plus h déplorer les malheurs qui avaient marqué la (jd du ix' siècle et le commencement du x*. »

Pour mieux apprécier l'importance do rôle rempli par Gerbert, et mieux comprendre tout ce qu'il fallut de génie, il est bon de jeter un regard sur la situation de l'Europe au moment oi^ il vivait.

L'Empire si laborieusement édifié par Charlemagne était brisé; les nationalités mal jointes s'étaient dissoates, les haines

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prîTées avaient repris leur foreur, et l'ordre passa :^èreiDeDt entretenu par la fermeté du grand empereur était remplacé par le désordre le plus effréné. On avait vu les fils armés contre le père, des frères se déchirer entre eux au milieu d*une effroyable anarchie ; toutes les ipauvaises passions, un instant comprimées» avnienifait explosion à la fois. Plus de pouvoirs sociaux, plus de lois protectrices, mais partout Tempire de la violence et le règne de la fdrce brutale. Le sol, abandonné, sans déA*nse, était devenu comme une proie que mille petits tyrans rivaux et ennemis se disputaient dans des luttes sanglantes. Do toutes paris surgissaient des souverainetés indépendantes, et entre ces souverainetés des guerres acharnées; il semblait qu'une aveugle fureur de détruire se fût emparée des hommes. Le clergé luimême, celle lumière vivante du monde, n^avait pas été à Tabri de cette désorganisalion contagieuse, de cette fièvre de discorde dont Pair était comme imprégné. Les bénéfices ecclésiastiques étaient mis au pillage, le glaive décidait du sort des évèchés, et tandis qoH des prélats, oubliant les devoirs sacrés de leur ministère, portaient sous leurs vêtements sacerdotaux le cœur d*un soldat et non d*un pasteur, des guerriers, violant la sainteté du sanctuaire, épouvantaient les autels par les habitudes féroces du champ de bataille. La simoniCi la licence des mœurs, la grossièreté sauvage d'une race d'hommes è peine échappés à la barbarie, désolaient l'Eglise par le spectacle de scandales incessants. Pour comble de malheur, l'auguste Siège de Rome semblait lui-même chanceler aur ses inébranlatiles fondements. La violence, l'intrigue et l'impudicité présidaient à l'installation dessuccesseursde saint Pierre. Pendant ce temps de nouveaux Barbares entouraient toutes les frontières, les Normands ravageaient TOccident, les Sarrasins dévastaient le Midi, tandis qu*au Nord et à l'Orient les peuples slaves, frémissant d'impatience, menaçaient de se précipiter à leur tour sur la grande routequ'avait ouverte, cinq siècles avant, la terrible épée d'Attila.

Depuis la grande invasion, jamais époque n'avait laissé entrevoir à l'humanité un si sombre avenir ; aussi les imaginations frappées de stupeur, ne pouvant expliquer de pareilles calamités, se figuraient que les jours de l'Antéchrist étaient arrivés et que la fin du monde était proche.

Au milieu de ce naufrage de toutes choses, les sciences, les lettres, qui pendant un instant avaient paru renaître, s'étaient évanouies de nouveau. Ces fleurs délicates de la pensée croissent mal au milipu des orages. Hincmar, Je dernier représentant de l'école d*Alcuin, était mort ; toute vie intellectuelle semblait éteinte, et si quelques hommes apparaissaient encore çà elle comme do pAles reflets du passé, ils ne servaient qu*à rendre plus sensibles les ténèbres au sein desquelles se débattait le n^onde. Ce siècle était bien réellement le siècle de fer, nom qui lui a

justement été infligé par la sévérité de Thisloire.

Telles étaient les difficultés que devait rencontrer l'homme dont M. Hock nous a tracé la vie; tels étaient les abus sur lesquels il lui fallait porter sa hache. Heureusement cette mort morale était plut6t superficielle que profonde. Au-dessous de celle corruption agitée et bruyante, il y avait des germes de vitalité qui croissaient dans Tombre et se conservaient, pleins d'une admirable énergie, pour réagir avec toute la puissance du bien contre le mal, aussitôt que la plus grande furie de la tempête serait passée. Tout ce qu'il y avait alors de nobles cœurs, d*Ames généreuses et élevées, dégoûté du S|)ectacle d'un présent qui n'engendrait que des crimes, cherchait dans la solitude un remède è des souffrances que le monde ne comprenait pas , et qu'il était d'ailleurs impuissant à guérir. C'était dans la retraite des cloîtres, sous l'abri de l'hospitalière cellule , que les hommes dévorés de la soif de coniialire allaient boire aux sources pures de la vérité, et satisfaire les désirs de leur ardente intelligence. Plusieurs monastères, sortis pursde toute contajzion, étaient devenus commodes académies ou le feu des connaissances divines et humaines était soigneusement entretenu ; Tactivité qui y régnait dépasse tout ce qui se peut imaginer; les obstacles matériels, ainsi qu'il arrive toujours, n'avaient fait qu'irriter les besoins de resprit. Ou s'adressait de tous cAlés les livres rares, les manuscrits importanls, les œuvres heureusement échappées à la destruction ; on les copiait avec avidité , on les étudiait avec amour. Là se cultivaient les sciences et les lettres antiques , la philosophie, l'éloquence, la poésie, et, ce qui ist plus précieux que les sciences et que les lettres, là se conservait le goût des choses sacrées et les saintes traditions des Pères ; là des hommes ijlustres protestaient, par leurs vertus et par *leur savoir, contre les désordres et l'ignoranc.e de leur siècle. HAtons* nous de le dire, néanmoins, pour l'honneur de ce siècle, malgré le chaos extérieur, la foi vivait aa fond des Ames. Ce fût le salut de la société ; car, tant qu il existe une étincelle de foi dans le cœur, on peut tout espérer, il suffit d'un souffle pour ranimer la flamme. L'étincelle existait, le souffle vint plus tard. L'homme alors, en effet, était plus emporté que méchant, plus barbare que vicieux. Sa raison, à peine développée» le laissait abandonné à toute la fougue de ses passions. S'il faisait mal, c'était le plus souvent sans ccicul, sans préméditation, comme un enfant impétueux qui comprend à peine la valeur de ses actes. Il commettait de

Srands crimes, il est vrai, mais il éprouvait e grands remords et se condamnait è de Srandes pénitences. Le coupable, quel qu'il M , croyait en Dieu et redoutait sa justice. Il y a des hommes qui résument leur épo* que; le comte d'Anjou, le vieux Foulques Nerra, est la personnification de celle-ci. Ce terrible seigneur avait assassiné et incendtéi

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déraslé ées pays entiers» brAlé Tune de ses femmes et exilé Tautre à Jérusalem. Pour expier ces abominations, il St deux pèleri' nages à Rome et trois ti la Terre-Sainte. Dans îedernier, prosterné demi-no» aux yeux de tous, devant leSaint-^Sépulore* tandis que Tua de ses serTîteurs lui tenait snr le cou un joug de bois, et qu^un autre le battait doucement rfe rerges, il s'écriait: Reçois ^ seigneur^ re* fois ton misérable Foulques » ton fagiiifj ton parjure. Il désirait mourir en Palestine, il ne mourut qu*è son retour. Certes, U y avait de Tespoir avec de pareils hommes.

Un peu avant le milieu du x* siècle, lorsque l'anarchie générale perdit de son intensité/ et que hi petites souverainetés nées de la dissolution commencèrent à prendre de la stabilitt^t il s'opéra un sensible changement dans la société. L'instinct de la destruction avait achevé son œuvre, c'était à Fesprit de réédification k songer è la science* On sentait de nouveau le besoin de la sécurité, par consé(|uentde l'ordre, de la morale, de la justice. Le signai de la réforme partit des monastères. Cluny avait été fondé au eomroencement du siècle, et déjà il était de* venu le foyer de la lumière la plus vive et du mouvement le plus actif. Aurillac et Fleury lui devaient le jour, et se montraient dignes de rivaliser avec leur mère. En même temps florissaient sur divers points de la France: Lérins, Montmajour, l'Ile- Barbe, Saint-Riquier , Saint-Maur , Saint- Germain-l'Auxerrois, Saint-Remi de Reims, et beaucoup d'autres centres religieux et inteliteotuels, qu'il serait trop long d'énumérer. En Allemagne, Metz, Trêves, Strast>ourg conservaient leur vieille splendeur, tandis i|ue les abbayes de Fulde, de Rîchenau et de 8aint-4jall, brillaient du plus grand ét:lat. Les esprits supérieurs entrevoyaient enfin l'aurore de la régénération sociale.

Ce fut alors qu'un pauvre enfant, d'une famille inconnue d'Aquitaine^, fut recueilli par les moines d'Aurfllac; cet enfant était «lerbert L'abbé Gérald, surtout, et Técolâtre Raimcmd lui prodiguèrent des soins de père. Ils n'eurent point affaire à un ingrat , et, tant qu'il vécut, dans les circonstances heureuses comme dans les circonstances malheureuses, c'est k ces bienveillants protecteurs de son enfance qu'il raconte dans une douce intiniit-é les joies ou les infortunes de sa vie. Grâce à cette inDuence bienfaisante, les facultés naturelles du jeune Gerbert se développèrent avec une merveilleuse rapidité, et le duc espagnol Rorel, étant venu sur CCS entrefaites visiter les frères d'Auriiiac, l'abbé Gérald, qui avait deviné le génie naissant de son élève, et (jui voulait favori* ser ses brillantes dispositions, lui permit d^accoropagner le duc, à son retoi>r, pour aller en Espagne satisfaire cette soif ardente rie science qui le dévorait. « L'Espagne alors, » dit M. Hock, « était parvenue h un degré d'élévation dont le reste de l'Europe était encore bien éloigné. A Cordoue, la réaidence des rois ; h Séville, à Grenade, k Totède, à Xativa, k Valtoce» k Murcie, à

Aimérie, il y avait des écoles supérieures; en outre qoatorze académies étaient disse* minées dans le pays ; des maîtres particoliers, en grand nombre, enseignaient les hautes sciences, et chaque mosquée avait une école élémentaire. Dans ces contrées, le désir de s'instruire faisait entreprendre des Toyages lointains jnsqu'ea Perse et en Arabie, et Ton entretenait nn commerce actif avec B^ance. Depuis des siècles les Arabes cultivaient en Espagne les mathématiqses» surtout r^rithmétique , l'astronomie et ce qui s'y rattachait de mystérieux, même la médecine et l'alchimie, avec ce qu'elle avait de bon et de faux. La galanterie et la gloire que donne la poésie y étaient en honneur; la langueétait cultivée avec tantde soin, qu'elle finit par remplacer l'ancien idiome des habitants; les mœurs y étaient tellement respectées , qu'il y eut jusqu*k des urinces chrétiens qui envoyèrent leurs fils à la cour des rois sarrasins pour y servir comme pages. »

En Espagne, Gerbert, confié k l'évAque Hatlon, se livra avec tant d'ardeur à l'étude des mathématiaues que bientôt il ne lui resta plus rien a apprendre. C'est là-dessus que Ton a construit la fable de cette éducation sarrasine, si complaisamment rappelée par la plupart des historiens ; il est , du reste, plus que douteux qu'il ait jamais vécu parmi les Arabes. Cependant le duc Borel et l'évèque Hatton résolurent de se rendre k Rome, et emmenèrent avec eux leur jeuD« protégé. Les destinées providentielles de renfant d'Aurillac marchaient à leur accora-

flissement. Le Pape, en effet, ne tarda paa s'apercevoir du mérite de Gerbert ; émer- Teillé surtout de ses connaisisances en musique et en astronomie, connaissances ignorées alors de la triste Italie, il instruit sur-lechamp l'empereur Olhon 1*' des avantages (]u'il pourrait retire^, pour $es Etats, (ïun jeune homme d'une si rare et si précieuse instruction. 1^ maison de Saxe était alors

f)eut-ètre la seule maison souveraine de 'Europe germanique qui marchât sur les traces de Charlema^ne. Othon prétendait renouveler les prodiges du grand Empire; à ce titre il était le protecteur naturel de tous les hommes distingués par leurs talents ou leur savoir. Sa réponse ne se fit pas attendre : le Pape devait ifaire tous ses efforts pour retenir Gerbert. En effet, et quoiqu'k regret, le duc et l'évëque reprireul seuls le chemin de l'Espagne. Peu de temps après, le jeune homme fut présenté à l'empereur, et dès lors s'établit, entre Gerbert et la famille des Othon , cet attachement fofidé sur l'estime, qui ne devait être rompu que parla mort«

Une imagination si ardente ne jpouvail néanmoins être satisfaite tant qu'il fui rea* terait quelque chose k apprendre, La logique était alors la science vers laquelle Gerbert se sentait poussé par une force impérieuse. Il s'en ouvrit franchement à l'empereur, qui voulut bien consentir k ce qu'il suivit eu France Gérard» arclûdiacre ds

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tteimsy aomme lrès*illustre par son savoir, ô( qui se trouvait passagèrement près d*0tlion* chargé d^une missibn de la part du roi Lothaire. Le vénérable Adalbéron occupait le siège de Heims; il accueillit Gerbert avec joie, et, bien(dt après, ravi de ses progrès dans les sciences logiques, et de ses adrni«rables facultés, il lui confla la direction de l'école célèbre qu*entretenait la cathédrale métropolitaine, et qui croissait pleine de ▼igueur sous Tégide Iprotectrice du sanc» tuaire.

On se fait généralement une assez fausse idée de Tinstruction à cette époi]ue reculée de nos annales. Beaucoup de gens, convaincus que le niveau de Tignorance avait avili toutes les professions, sMmaginent que la supériorité des personnages illustres dont les noms sont restés jusqu'à nos jours l'expression de l'intelligence unie au savoir était, sinon tout h fait mensongère, du moins passablement équivoque, et pensent qu'ils ne doivent cet honneur qu'à la grossièreté relative de leur siècle. La méthode suivie par Gerbert, dans la carrière si nouvelle pour lui du professorat, fait bonne justice de ces insultants préjugés. £n effet, quoi()ue les sciences sacrées tissent alors, avec raison, la base de renseignement, les sciences profanes étaient loin détre esclues.Tous les chefsd'œuvre de l'antiquité classique connus , étaient entre les mains de ses élèves, et c'était avec une gradation pleine d'intelligence qu'il passait des uns aux autres, de manière à parvenir successivement des premiers éléments jusqu'aux notions les plus élevées de la rhétorique. Porphyre, Victorius, Aristote, Virgile, Stace, Térence, Juvénal, Perse, Horace, Lucain, étaient tour à tour l'objet de ses savantes leçons. Mais c'est surtout dans les sciences mathématiques, peu développées alors, que se distingue le génie créateur de Gerbert. Pour initier ses disciples autsecretsde l'astronomie, il construisit luimême deux sphères : sur l'une, il avait marqué les pôles, les solstices, les éguinoxes, et tracé tous les cercles avec les signes des constellations zodiacales, de manière à rendre sensibles le renouvellement des saisons, ainsi que le lever et le coucher des astres ; sur l'autre, il O^ura les étoiles au moj^en de petits ûls d'airain et de fer, et ce travail, qui pouvait s'orienter au moyen d'une ouverture à travers laquelle il était facile d*aperce- Toir le pôle céleste, eut cela de divin, dit un de ses contemporains, qu'une personne étrangère à l'astronomie parvenait aisément, et sans maître, si^'un des signes lui était expliqué, à comprendre tous les autres. La géométrie, dont les Gaules ne possédaient encore nucun ouvrage, lut en môme temps l'objet de sa sollicitude. Il fit d'abord exécuter un tableau avec lequel, au moyin de caractères fabriqués exprès, il expliquait la multiplication et la division, de manière à ce aue sa démonstration s'adressAt tout à la fois a l'esi»rit et aux yeux ; puis il composa lui-mômo un traité suc cette science.Ce traité, évideiumcnt tiré des sources grecques et arabcsi car

on y trouve des mots empruntés à chacun de ces idiomes, se distingue parla précision, et pourrait même encore aujourd'hui, que la géométrie a fait d'immenses progrès, ne pas être consulté sans fruit. On conviendra que ce n'était pas trop mal pour le x* siècle, et bien des hommes distingués de tios jours seraient, sans nul doute, fort embarrassés, s'il leur fallait résoudre les problèmes que le jeune professeur de Reims développait devant la foule de disciples qui se pressait autour de la chaire, avide de l'entendre. C'est alors qu'il se lie avec les principaux personnages de la cour du roi de France , et son école, d*où sortirent des abbés et des évôques vénérables, devint si célèbre, que la pieuse Adélaïde, veuve de Hugues Capet, duc des Francs, lui conGa l'éducation de son fils unique, de son cher Robert. Ce fut alors aussi que l'envie commença à lui créer des ennemis.

Malgré ces succès, car ta persécution qui naît du mérite est encore un triomphe, le génie de Gerbert l'appelait sur un théâtre plus vaste. En 980, nous le trouvons, à la suite d'Adalbéron, son archevêque et son ami, en Italie, où il soutint brillamment, en présence de Kempereur Othon II, une vive discussion contre Oftrik, le célèbre scolastique de Magdebourg, qui, jaloux de sa gloire et pour le confondre, avait attaqué quelquesunes de ses propositions. Ce fut quelque temps après cette éclatante épreuve que Othon, convaincu par lui-même de la supériorité de Gerbert, lui conQa l'abbaye de Bobbio. Malheureusement les fonctions du nouvel abbé ne furent pas d'une longue durée ; mais si la difficulté des circonstances l'emporta sur sa résolution, elle servit du moins à mettre en évidence son esprit do justice et sa fermeté. Incapable de supporter les usurpations violentes que de puissants voisins s'étaient permises, grftce à la faiblesse de ses prédécesseurs, il les somma de restituer des biens dont la source était entachée d'iniquités. Dès lors, ceux-ci devinrent d'irréconciliables ennemis, et, la mort de Tempereur Othon le laissant sans protection contre la porQdie de ses adversaires, il se vit obligé de reprendre précipitamment le chemin de la France : Nous cé^ dons à la fortune^ écrit-il à l'abbé Gérald,^ d'Aurillac, ei nous refrénons nos éludes tnterrompuest mais toujours chéries ^ désirant vivement que notre mattre Raimond veuille bien s*y intéresser. Dans une autre lettre qu'il adresse à un diacre de Rome, nommé Etienne, il laisse voir le dégoût et rindignation que lui a causés rexpénenco des mœurs italiennes : Toute Vltaliem^a semblé une Rome^ lui dit-il, et le monde a horreur des mœurs des Romains. C'est à Reims qu'il revint se fixer, près du viel Adalbéron, pour partager avec lui les soins du diocèse, et diriger une se^ conde fois l'école métropolitaine. De cette nouvelle retraite, il ne perd pas de vue son abbaye, dans laquelle il avait eu le regret de laisser, avec ses livres, l'ébauche d'un orgue qu'il destinait à ses anciens amis d'AurtHac;

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il gourmande les moines qui lui avaient montré peu de dé?oueraent; il leur rappelle avec sévérité leurs devoirs, et adresse a d*autres des conseils et des paroles d*amir lié.

A dater de ce moment» la vie politique de Gerberl commençait, et prenait ce caractère d'universalité qu'elle devait conserver jusqu*à la Qu. Ses liaisons avec les Othons et les ducs de France le mettaient naturellement en rapport avec les hommes importants de celte époque ; aussi Tbistoire nous le monire-t-elle dès lors mêlé è tous les ' grands mouvements qui agitèrent la société.

A la mort d'Othon II, arrivée en 983, il se déclara hautement pour son fils encore en bas Age, et ne craignit pas de s*élever avec force contre Lolhaire, doni les prétentions ambitieuses menaçaient d'entamer le dO" roaine impérial. Il lit envisager le duc de France comme le véritable roi, et ménagea une alliance entre Hugues et la maison de Saie. Ses efforts, dans ces graves circonstances, contribuèrent eflTicacementà ramener la paix. Plus tard, en 986, après la mort de Lotliaire, toujours animé du même esprit de justice, il prend la défense de la reine Emma et d'Adalbéron de Laon, contre lesquels des bruits odieut avaient été répandus, et les couvre tous les deux de sa puissante influence. L*irritation élait extrême, la guerre paraissait imminente ; la mort du faible Louis empêcha de plus grands malheurs, et fut le signal d'un événement auquel Gerbert no resta pas étranger, la chute des Carlovingiensetrélévationdes Capétiens. Un homme comme lui avait dû facilement comprendre que la mission des premiers élait accomplie. « Charles, oncle de Louis, dit la chronique, voulut recueillir le royaume de France; mais il ne le put, (larco que Dieu, dans ses ju|;emeuts, en avait choisi un meilleur que lui. Les Francs, en effet, s*étant concertés, le njelërenl et élurent pour roi le duc Hugues avec son Gis Robert. » La même année 987, Huguws Capot fut sacré par Adalbéron de Reims, et l'année suivante il fit sacrer et couronner roi, par le même arohevêquei son liis Robert, Âgé de seize ans.

Gerbert s'était activement employé pour amener un changement qui faisait passer la couronne de France sur une tête plus digne de lui rendre son ancien éclat, et plus capable d'en défendre les prérogatives; il avait même écrit jusau*à Constantinople , pour faim valoir auprès des empereurs d*Orient Tamllié de Hugues, et pour demander, en faveur de son cher Robert, la main d'une princesse de sang impérial. L'année du couronnement de Robert lui fut néanmoins fatale : le métropolitain de Reims, le vénérante Adalbéron, ce vieil et fidèle ami, mourut; Tannée précédente, Gerbert avait perdu son père adoptif, l'abbé d'Aurillac, et n'avait reçu quelque consolation que par l'élection de son ancien maitre Raimond à la place de Gérald. Dans la lettre qu'il écrivit alors au nouvel abbé, pour le complimenter, il laissait

déjk percer les chagrins et les déboires dont son existence élait abreuvée.

La mort d'Adalbéron lui fut d'autant plus cruelle, qu'elle le laissa seul exposé aai coups dus ennemis nombreux que sa participation aux affaires du temps lui aralt faits dans tous les partis, et qu'elle arrin précisément au moment où Charles de Lorraine, le œmpéliteur malheureux de Hugues, venait, par une attaque imprévue, d« jeter le trouble et l'épouvante dans le diocèse de Reims. Malgré tant de sujets de décourai<ement, il resta ferme à son posie, et justifia pleinement la conbance de son ancien archevêque : Adalbéron, h son litd« mort, avait nommé Gerbert pour lui succéder sur le siège de la métropole. Les lumières de celui-ci, la fermeté de son zèle, la rigidité de ses principes, les ser?ices qnlt avait rendus, tout semblait justifier le cboii de son chef spirituel. Cependant, quand il fut question d élire un nouveau métro|K)|itain, ce ne fut pas lui que les exij^^ences de la politique élevèrent à cette haute dignilé. Les évêques, rassemblés pour donner un successeur à Adalbéron, désignèrent Arnnlf, fils illégitime de Lothaire, jeune homme sans expérience et s^ms caractère, mais qui, par l'éclat de sa naissance, pouvait être un précieux auxiliaire, et que l'on espérait rattacher h la cause des Hugues.

Gerbert, comme tous les hommes de cette trempe, devait nécessairement avoir nostinct de son mtVite; il sentait sa valeur personnelle, l'infloence qu^il pouvait exercer autour de lui; il avait celte noble ambition que donne le désir d'être utile et la codscieme des services que l'on peut rendre: il serait donc bien dimcile de croire quil ne l'ut pas péniblement affecté en se voyant écarter des honorables fonctions auxquelles il avait des droits incontestables; ceiendant il n'en laissa rien paraître, et se rangea franchement du côté d'Arnulf, aussitôt qne celui-ci se fut engagé par un serment solennel à garder aux nouveaux rois des Francs une fidélité inviolable. Les premiers mois se passèrent heureusement, et ne furent signalés que par l'infatigalile activité de Gerbert, qui résidait auprès du nouveau métropolitain aujpême titre qu'auprès de son préd^ cesseur. Mais bientôt la voix du sang fot plus puissante que celle de la conscience.' Arnulf oublia le caractère sacré de ses promesses, et s'allia secrètement à son oncle Charles, pour ramener, s'il était possible, Il couronne dans la famille carlovingieDne.En vain Gerbert s'efforça- t-il d'abord de tenir tête à l'orage : l'invasion de Reims parles soldats de Charles, la ruine des amis de m nouvelle famille, enfin la participation dé* clarée d'Arnulf à ces audacieuses teotaliveSt le déterminèrent à prendre le seul parti qni convenait à sa loyauté : il écrivit à son métropolitain une lettre motivée, dans laquelle il lui expliquait les raisons de la conduite qu'il avait tenue dans le passé, et de celle à laquelle il était résolu pour l'avenir: Duis il se retira auprès des rois Hugues et

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Robert, où il reçut, comme on doil le penser, raccueil le plus affectueux.

On sait les événements qui furent la suite de cette levée de boucliers : Charles, sa f/imille, è Texception de Tun de ses fils, qui échappa, et rarcbevèaue de Reims, tombèrent au |K)uvoir de Huxues, qui fit emprisonner les iiremiers à Orléans, et traduire le dernier nevanl une assemblée d*év6ques chargés de prononcer sur son sort. La politique avait été cause de l'élection d*Arnuif, parce que l'on avait espéré qu'il rallierait les partisans de l'ancienne famille royale à la nouvelle; la politique fut cause de sa déposition, parce qu'on ne Tit plus en lui

au'un descendant des Carlo vingiens, autour uquel venaient se ranger tous les hommes mécontents ou jaloux du nouveau règne.

Arnuif comparut devant le synode de Reims comme un pénitent et un criminel; il s'avoua coupable, avec larmes, et se confessa indigne du ministère ecclésia.sti(]ue. Cette première séance &t nattre un sentiment général de pitié. La naissnnce de l'accusé« sa jeunesse, son repentir, la honte que le châtiment ferait nécessairement rejaillir sur le clergé, avaient disposé ses juges en sa faveur, lorsque tout a coup, le lende* iiain, les rois francs, accompagnés des principaux seigneurs de leur cour, parurent au iDiUeu de l'assemblée : i! était dès lors évi- Jent qu'une éclatante condamnaiion pouvait >eule satisfaire les exigences royales. ArnulK ^n effet, dut confesser publiquement ses torts et se jeter aux pieds des princes, pour ^n obtenir son pardon. « Quand Arnuif, i lit M. Hock, « les bras étendus en forme de ^roix, se jeta aux pieds de Hugues, et denanda, en sanglotant, que Ton épargnât sa rie et son corps, ce fut un spectacle grave et saisissant, qui remua tous les cœurs et ai^aiha des soupirs et des larmes è toute l'assis* ance. Au nom du synode, l'archevêque Oaibert, de Bourges, embrassant les genoux les princes, appuyait la prière du coupable; lugues IuL-mème était ému, et il lui garanti ia rie, tant qu'il ne chercherait point è se uustraire à ia prison qui lui était destinée, kprès t>eaucoup de prières, les évèques, qui raignaientque le jeune homme ne pût être |ue Irop facilement décidé k prendre la uile, et qin'il n'encourût ainsi la peine de non, obtinrent des conditions plus douces, rec l'assurance r^ue le glaive ne le frappeaii |>oint tant qu'il ne commettrait point de rime qui méritât la mort. » {Histoire du *ape Sylvestre 11 et de son siècle^ par C^F. tocK, traduit de Tallemand par l'abbé Axiner.) A la suite de cette triste cérémonie, on r* ssa l'acte de ses aveux et de son abdicainn, on le lui fit signer; puis il fut reconiiit , comme prisonnier, k Orléans. C'est ans ces circonstances que les prélats, réu* is À Reims, nommèrent Gerbert pour remlir le siège métropolitain, vacant par la éposition d'Arnulf.

Dans l'acte d'élection, il était fait mention u'Arnuir n'avait été choisi par les évèques u*à cause de l'acclamation du clergé et du

ptjople, mais que la voix du peuple n'était pas toujours la toix de Dieu : Sed elamore muttitudinis impulsif scriptura dicenie^ rox

«opuli vox Dei; qu'après de mûres réeiions, et du consentement des rois Hugues et Robert, comme aussi des hommes pieux parmi le clergé et parmi le peuple, ils avaient élu pour archevêque l'abbé Uerbert, lequel, déjk avancé en âge, était prudent par caractère, accessible aux bons conseils, affable et compatissant. Un tel hommA, disaientils, en faisant allusion k Arnuif, est préférable k un jeune homme inconstant et ambitieux, qui, s'élevant avec orgueil et se serrant sans discernement de tous les moyens, n'est capable de maintenir, avec sagesse et prudence, ni les droits de l'Eglise ni ceux de l'Etat. Ils ajoutaient, en outre, qu'ils connaissaient ta vie et les mœurs de Gerbert depuis son enfance, et qu'ils avaient eu des preuves de son savoir aans les choses divines et humaines.

C'est donc entouré de cette considération que Gerbert monta sur le siège métropolitaiu de Reims. Ainsi qu'on le pense bien, il eut è s'occuper de beaucoup de choses. Les affaires étaient embrouillées, et il fallut toute son activité et toute sa fermeté pour y mettre quelque ordre. Il termina le ()roc& d'Arnuliet rétablit la paix. On a de lui plusieurs décisions remarquables sur différent tes questinns de droit, il intervint dans une dissension qui avait éclaté entre les moines de Saint-Denis de P<iris, et dit k cette occasion cette belle parole k l'évêque d'Orléims : « Dieu a beaucoup fait pour I hom^ne en lui donnant la foi et en ne lui Olant pas la science. Par Ik, saint Pierre a reconnu Jésus-Christ pour le Fils de Dieu, et a fi^ièlement confessé sa divinité. C'est pourquoi le juste yit de ta foi. Unissons donc In science k la foi; car les insensés ne peuvent point croire. « Il décida dans beaui*X)up do différends, et toujours il fit voir la supériorité do son esprit, la justesse et la droiture de sa raison.

Ici commence l'épisode critique de la vie de Gerbert, sa lutte avec le Sainl-Siége, lutte qui ne manqua pas d'âcreté, mais qui, néanmoins, se termina par la soumission. 5 Pendant tout le procès d'Arnulf, » dit M. Hock, « le nouvel élu avait observé un silence profond ; et, malgré de nombreux et de graves sujt^ts de plainte, il n'avait laissé échapper aucune parole accusatrice. Il aurait regardé comme au-dessous de sa dignité de contribuer k la ruine de celui dont la place lui paraissait destinée. Aussi ce ne fut ni avec plaisir, ni avec empressement, qu'il accepta ia charge épiscopale : il avait peur des orages qu'il voyait se former. Les évè* uùes furent obligés de lui rappeler les divisions et les décYiirements auiq^uels l'Eglise était exposée, et la promesse qu il avait faite k sou Père Adalbéron d'en prendre soin. » Il nous parait cependant diflicil^ de supposer que Gerbert, qui avait tant k se plaindre d'Arnulf, et qui, d'un autre côté, devait étie si fortement pénétré de sa culpabilité, ait

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pu se résigner eu silence dans une affaire qui le touchait lui-même de si près : aussi no sommes-nous pas éloigné de croire qu'il y prit, du moins indirectement, une part beaucoup plus grande que ne veut bien le dire M. Hock. Ce fut lui, en effet, qui écrivit au Pape la lettre dans laquelle le roi Hugues raconte au chef de la chrétienté ce qui s'est passé à Reims, et lui demande son assenti* ment. Il est également probable qu*il ne resta pas étranger h l'énergique anathëme fulminé contre les traîtres qui aTaicnt livré è Charles la ville de Reims, et contre les pillards qui y avaient porté la dévastation, le meurtre et l'incendie. Avec un caractère ardent comme le sien, il ne lui aurait pas été facile de se renfermer dans un rôle purement passif. Du reste, il avait franche-* ment prévenu Arnuif au moment de son départ : on ne pouvait donc lui reprocher ni duplicité ni mauvaise foi.

Je ne me crois lié à vous ei à voire parent^ lui avait-il écrit alors, que par un senlimeni de bienveillance graluUe, Si vous Vagréez^ eonservez-moi et aux mienSf avec les meubles qui s*y trouvent^ les maisons que f ai fait cons" iruire à grands frais^ et préservez de tout dommage les églises que fax acquises par des donations soUnnelles de la province. Tin^ âisterai peu sur le reste. Si vous agissez ainsi^ vous attacherez à votre service d'une manière honorable un homme indépendant. Mais si vous transgressez ces limites; sHl est vrat, comme je l apprends d'une foule de personnes^ que vous ayez abandonné toiUes mes possessions à mes ennemis ^ je n'hésiterai point à ré' pondre à vos sentiments par lés conseils les plus rigoureux que je donnerai contre vous, et il ne me sera pas possible d'oublier lee maux passés^ si les décisions que vous prenez maintenant me les rappellent. Si quelque chose manque à cet avertissement, ce n*e$t crtes pas la clarté; Arnuif devait donc se considérer comme bien el dûment prévenu, et' il n'est guère douteux que Gerberl, avec la droiture et la rigidité de son caractère, ne lui ait scrupuleusement tenu parole.

Au surplus, nous le répétons, a6n qu'on n'oublie pas une considération qui est à nos yeux de la plus haute importance dans toute cette affaire : l'ambition de Gerbert était excusable parce au'elle partait d'une conscience désintéressée, et qu'elle n'avait d'autre mobile que l'amour éclairé du bien. Ce n'était pas celte soif méprisable des honneurs qui n'aspire au pouvoir que pour y chercher d^indignes jouissances ou pour satisfaire de viles passions , ici que nous en avons de nos jours le hideux S()ectacle sous les yeux; c'était le désir de faire triompher des idées élevées, de restaurer les mœurs et de rétablir l'empire salutaire de la justice..Gerbert dominait son siècle de toute la hauteur de son intelligence, et, comme tous les hommes su()érieurs, il voulait, bon gré luai gré, pousser la société dans cette voie difficile et féconde que lui démuvrait son génie, mais dont sa volonté était impuissante à briser tes obstacles.

A peine élu, le nouveau métropolitain, après avoir fait une énergique profession de foi, n'a rien de plus pressé que de s'adresser au vieux Raimond et è ses frères d'Aorillae; il leur annonce %è nouvelle dignité, leur dé* peint tristement la recrudescence de baine avec laquelle ses envieux s'acharnent eontre lui, et leur demande le secours de teors prières.

La victoire du disciple est la gloire du mottre. Je vous remercie tous en général Dour mon ééUication^ mais particulièrement le P.Reimondf auquel^ si je possède quelque tcime^ je dois^ après Dietu des actions de grâces estu tous Us mortels. Et maintenant mes oéxe^xi^ votre sainte communauté^ ma adieux ousit, s'il en est qui vivent encore^ à mes connm* sances et à mes parents^ dont je constrtt à peine un vague souvenir: non que lergutil me les ait fait oublier, mais torturé par h férocité des Barbares f j'ai été pour ainsi dirt entièrement changé. Ce que j'ai apprit àm V enfance^ je l ai oublié dans la jeunesse; ttte que fai désiré dans la jeunesse^ je Cai mifrisé dans la vieillesse. Voilà les fruiit f«t fai recueillis. 0 volupté! telles sont le$jm

r\'enfantent les honneurs du monde. Crojfcx mon expérience; plus la gloire extérimt élève les princes^ plus les tourments intérieun les déchirent. Nobles paroles dans lesquels apparaissent à la fois et ta reconnaissance de Gerbert, et la constance de ses affections, et le peu de cas qu'il faisait dei choses de la terre.

Il s'occupait avec zèle des devoirs de son nouveau ministère, prononçant dans desdifficultes théologiques, apaisant des dissensions, poursuivant rigoureusement les fauteurs de désordre, corrigeant les évèques ses suffra* gants, donnant aux uns des avis, adressas! aux autres des réprimandes, n'oubliaot es même temps ni les sciences, ni les arts, ei

Erotégeant avec la plus vive sollicitmie les ommes qui s^adonnaient à leur ruiture En un mot, il portait surtout cette activité d'esprit et cette ardeur de réforme qui a<^ rabandODuèrent jamais qiiand il fut subite* ment interrompu au milieu de ses travaui. Le Pape Jean XV avait été informé des événements de Rei ms, et, quoiqu'il ne se fût ps$ immédiatement prononcé, à cause des dilB' cuites de la situaiion dans laquelle le retenait la lutte incessante qu*il était forcé de soutenir, au sein môme de Kome, coiUreles entreprises de l'agitateur Crescentius, s*

[protestation ne pouvait se faire alteudre ongtemps. C'était, en effet, saus son autorisation qu'ils avaient déposé un métropolitain. En outre, des principes subver^u^ de la doctrine des apôtres et de la tiiérarcbie ecclésiastique avaient été publiquem^t proclamés dans le conciliabule de Rçin^* Une pareille usuri.)ation de pouvoirs était destructive do l'aulorilé pontiticale, des traditions de t'Ëglise et de rinvioiabilii^ da caractère épiscopal ; elle allait directement contre le texte formel des canons et mèiuc des capitulaires de Charlemague. llnyi^Y uas deux marclves h suivre. A cetéH^rU)'^

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^ssé SArvaitde loi pour Tavcnir. Le P/ipe, aailleursy qui ne parta.:;eait pas les passions politiques des juges d^AruuIf, vovait daus celui^i UQ jeune homme victime de TaKa*» cbement qu'il devait naturellement avoir

EQur sa famille ; il faisait la fiart de la fai« lesse humaine, et le jugeait bien plus aveuglé que coupable; il désapprouva donc for-* roellement ce qui s'était passé dans le sy« node de Reims» et frappa d'interdicion les év6qutfs qui y avaieat pris part Tels furent 9D réalité les graves motifs i|ui décidèrent la conduite de Jean XV; motifs justes, im-« périeux, nécessaires» et qui, dans loua les temps» avaient été la règle immuable du Saint* Siège apostolique.

î^ décision du Pape porta un rude coup k Gerbert; la condamnation du conciliabule de Reims était en effet la condamnation da son élection» puisque c'était de cette assem» blé9 qu*il avait reçu la dignité raétropolilaine. A cetie nouvelle» ses ennemis reprirent courage» ses amis tremblèrent, le clergé ot lo peuple se montrèrent plus.dilOciles et lui témoignèrent de la défiance. Cependant il redoublait d'activité; il écrivait à tous les hommes dont l'appui pouvait lui être utile; il s'adressait aux uns pour soutenir leur cou* rage ébranlé» aux autres pour leur demander la continuation de leur amitié. Dans l'opposition qu'il fit alors aux décrets pontificaux» il se ressouvint trof) vivement de ces mœurs italiennes qu'il avait déjà flétries avec tant de vigueur» et des débordements dont la cour romaine avait malheureusement donné le scandale; sou langage en prit un caractère d'aigreur qui lui a valu plus tard le triste honneur d'être loué par les ennemis de l'Eglise. Grande leçou pour ces Ames ardentes qui ne savent pas comprimer avec assez d'empire l'effervesceiica de la passion, et qu'un instant d'oubli emporte souvent bien au delà du but iia'elles voulaient atteindre. On dU que Rome^ écrit-il à Séguin, archevêque de Sens, a U pouvoir de justifier ce que le monde eondanmef e$ de condamner ce que le monde Justifie ; et nous^, nous disonà qu'il n'apparétent qu'à Dieu de condamner eo qui parait juste aux hommes^ H de justifier ce qui leur semble condamnable. C'était décider ce qui était précisément en question. Si Dieu est avec nouSf dit-'il ft Notger» évéque de Liège, qui sera contre nous? (Rom. viii, 3i.) C'est parfaitement juste» mais Dieu était-il pour le coiiciiabule de Reims? Ailleurs» il fait savoir à l'évèque de StrasUiurg, Wilderold, qu'il ne demande ni or, ni biens, et que son unique désir est de voir se renouer les liens rompus de la charité. L'envie dévo* rmnie et taveufflejalousie^ ajoute-t-il, ont ré-pandu par la bouche des méchants^ que fai envahi le siège étranger ^ ei que c'esi A mes tn*iigations que lepësieur a été saisif accusé ei déposé. Cela est faux : fen atteste k clergé de la Gaule^ lee rois et les grands du royaume. Noua ne demandons p^s mieux que de croire h la vérité de cette chaleureuse protestation ; nous avouées même qu'on y découvre le langage indigné de l'innocence injuste-

ment poursuivie; cependant noua sommes forcé de convenir que le témoignage des hommes qui, tous ou presque tous, avaient pris une part active dans l'affaire de Reims^ n'est pas fait pour inspirer une entière confiance. (Université catholique^i. XVI, p. 289; compte rendu de V Histoire du PapeSylvestre Ufde G. Hocs, par H. PEUT.)£crivantuneseeondefois à Séguin, archevêque de Sens» Gerbert s'exprime ainsi : Je dis hardiment quCf si Vévéque de Rome lui-même pèche contre son firire^ et étant averti plusieurs fois^ n'obéit pas à l'Ealise^ cet évéque de Rome ^suivant lecom^ maniement de Dieu^ doit être regardé comme un païen et un publicain. Plus le rang est élevéj plus la chute est dangereuse,.. Que s^il nous croyait indigne de sa communion^ parce qu'aucun de nous ne veut juger contre PE^ vangile^ U ne pourra pas pour cela nous «/parer de la communion de Jésus-Christ^ ni nous ôter la vie éternelle. On ne doit pas ap^ pliquer aux évêques ce que dit saint Grégoire^ que le troupeau doit craindre la sentence du pasteur, soit qu'elle soit juste ou injuste. Car tes évéques ne sont pas le trouneau^ c'est le peuple. Vous n'avez aonepas dû être suspendu de ta communion pour un crime que vous n'a^ vex pas confessé et dont vous n'êtes pas con^ vaincu , et on n'a pu vous traiter de rebelle, puisque vous n'avex jamais évité les conciles. U ne faut pas donner occasion à nos ennemis de dire que le sacerdoce, qui est un par totUe l'Eglise, soit tellement soumis à un seul que, s'il se laisse corrompre par argent^ par faveur, par crainte ou par ignorance, personne ne puisse être évêque, sans se soutenir auprès de hn par de tels moyens. La loi commune de TEaiise est V Ecriture, les canons et les décrets diuSaint'Siége, qui y sont conformes, (^tconyue se sera écarté de ces lois par mépris^ soit jugé suivant ces lois; qui les observe soit tou" jours en paix. Gardez-vous donc de vous a6«tenir des saints mystères, ce serait vous ren^ dre coupable.

Gerbert écrivit plus amplement sur ce sujet à Wilderode, .evêque de Strasbourg, qui l'avait prié de rinstruire de cette affaire. Il la raconte ainsi lAmulf, fUs d» ret Lothaire, après avoir circonvenu son étêque et lavoir livré avês la ville (c'est l'évêoue de Laon), après beaucoup do sang répandu, des pillages et des MicetidMs, a été condamné dans un eof»cile des évêques de la Gaule. Ensuite, après la mort ds farchevêoua Adalbéron, ayant été ré' concilié, il a obtenu le siège de Reims, en vue de la paix, et- faisant aux rois serment de fidélité. Mais à petne y avaitM six mois de- Pjuis son ordination, quand il livra la ville à l'emumi et réduisit le clergé et le peuple en captivité, Amulf prononça anaihème conire ces pillards, et en fit prononcer autant par les évéques: pmis il àta les terres de l'Eglise à ses vassaux poser les donner aux ennemis, et fit marcher des troupes contre son roi. Ce* pendant on avertit le Pape par des députés et par des lettres synodiques de remédier aux troubles de l Eglise ; mats il n'y donne aucun ordre. Ainsi, par délibération des évêques, Arnulf est avfrti de se purger eanani^psemoni^

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ians (e fiouhir faire pendant di jr*Atttl mois. Enfin^ se sentant wandonné par ses plus grands protecteurs^ il vin$ trouver te roi et lui fit de nouveaux serments. Ceux qui y avaient intérêt^ ne pouvant souffrir d'être trompés tant de fois^ prennent la forteresse de Laon. Arnulf^ pris^ est présenté a un conseil^ ett pressé de rendre compte de tant de crimes, il confesse volontairement ses péchés et renonce à sa dignité,

Gerberl ,ayant ainsi ei(>osé le fait, continue : On convient assez entre les parties des crimes d^Arnulf^ mais les défenseurs se par ta» gent en deux. Les uns disent que le roi lui a pardonné^ et que depuis il n*a rien fait qui ne soit pardonnable. Les autres soutiennent que Von a fait injure au Pape^ en déposant Arnulfsans son autorité. Pour y répondre» Gerbert distingue entre la loi et la coutume: ce qui faii la loi en matière ecclésiastique» c*est TEcriture sainte» les canons des conciles et les écrits des Pères. Si tous Us évéques, ajoute-t-il» gardaient inviolablement les ca» nonst la paix et la concorde régneraient par toutes les Eglises ; il n'y aurait point de dif» férends^nisurlesbienSf ni sur lesordinations, ni sur les privilèges, 11 traite ensuite de la différence des crimes etde l'ordre judiciaire» et soutient que les péchésd'Arnulf sont manifestes; les évéques n'ont fait qu'exécuter les lois établies ;etque la contumace d*uneannée aurait suffi pour le condamner sans l'entendre.

Quant au Pape^ continue Gerbert» on ne lui a pas fait injure f puisqu'étant invité peU" dont dix-iiuit mois^ par lettres et par députés, il n*a point voulu répondre. Son silence ou ses nouvelles constitutions ne doivent pas préjudicier aux lois déjà établies. Vous qui voulez garder au roi la foi que vous lui avez promis': qui, loin de trahir votre peuple et votre clergé^ avez horreur de ces crimes^ soyez favorable à ceux qui obéissent à Dieu plutôt qu'aux hommes. On dit qu'Arnulf étant évé" que n'a pu être jugé que par le râpe ; mate cipr^e sa confession Us évéques ont dû le dé' poser, suivant le concile de Nieée, et cela quand même sa confession serait fausse, puis» qu'il serait au moins coupable de faux témoi'^ gnage contre lui-même.

Quant à ceux qui alléguaient le pardon du rot pour la défense d'ArnuIf» Gerbert leur répond : que le pouvoir des rois ne s'étend pas sur les àmes^ mais celui des évéques, auxquels il appartient de lier et de délier, c'est'àr^ire d'imposer les peines spirituelles, comme la déposition et t excommunication. Enûn» il s*adresse i rimpérutrice Adélaïde» et la prie de lui ser?ir d intermédiaire avec Home; mais tous ses eSbrts demeurèrent inutiles» le Pape resta inébranlable. C'est par cette noble et louable fermeté que» pendant le moyen âge, et jusqu'à nos jours» le Saint- Siège s'est maintes fois montré* le vengeur du bon droit» l'organe de la justice» et le soutien de la liberté.

^ Cependant le peuple et le clergé de Reims s'éloignaient de la table d^ métropolitain; on n'assistait plus à ses Offices. 11 était eu t;utte à des offenaes journalières ; sa liberté»

sa ?ie même étaient eu danger. La position dans laquelle il se trouvait s'aggravait chaque jour. Une lettre qu'il reçut alors [994]

lemagne un refuge contre les persécutions auxquelles il était en butte. C'est de là qu'il adressa à la reine Adélaïde de France» qui l'engageait à rentrer dans son diocèse» une lettre remarquable» dans laquelle il lui ex« plique les raisons de sa conduite, et laisse voir le fond de sa pensée.

Eh ouoH divine Majesté^ lui dit-il, on me croit donc assez avide d'honneurs, et assez dépourtu de sens^ pour que je n'aperçoive pas les glaives qui me menacent^ et que je scanda» lise l'Eglise par un schisme? Quant à moi ^ je distingue clairement les embûches des hommes pervers, et je suis décidé à empêcher, même au vrix de ma ne, tout schisme qui pourrait déchirer l'unité de l'Eglise. Je supplie donc ma souveraine f toujours auguste^ et mes frères qui, à cause du traître Amulf^ ont été placés soit justement soit injustement sous ie coup de tanathème^ de me laisser attendre patiem» ment le jugement de V Eglise; je ne veux pas

flus abandonner sans la volonté des évéques Eolise dont j'ai reçu la direction par le conseil des évéques^ que je ne prétends la retenir comme par la violence^ malgré la décision épiseopale, oujounThuisurtout qu'une haute autorité s^est interposée. En attmdant le jugement, ce n'est pas sans une profonde douUur, qu'en public ou en particulier, j'oppose une âme égale à cet exil que plusieurs cependant disent neureux.

Ce jugement eut lieu en juin 995, dans une assemblée d'évèques réunis à Notre- Dame de Mousson» par les soins de l'abbé Léon» que le Pape Jean avait spécialement chargé de le représenter, après avoir plusieurs fois inutilement tenté d'amener les prélats français à se prononcer sur rillégitimité des actes du synode de Reims. Dans cette réunion se voyaient l'arcbevôque de Trêves» les évéques de Verdun» de Liège, de Munster» des étrangers et par conséquent des hommes désintéressés.

Gerbert» de son côté» s'y rendit sans être accompagné d'aucun prélat français. Il plaida lui-même sa cause avec un grand art et une rare éloquence» mais le prestige du talent ne prouvait faire oublier les devoirs de la justice. J'ai toujours eu ce jour devant les yeux, dit-il» depuis qu'au péril de ma vie, fat reçu le sacerdoce, par le conseil de mes frères, tant j'étais touché du salut d'un peuple qui périssait, et de V autorité par laquelle je me croyais en sûreté. Je me souvenais avec plaisir des témoignages de votre bienveillance, que j'avais tant défais éprouvée , quand fap» pris avec une grande surprise fue vous étiez mécontents de moi; et votre indienation me fut plus terrible que ne l'avait été^ te fer de mes ennemis. Maintenant ^ puisque Dieu m^'a fait la grâce de me trouver devant ceux à qui/ si toujours confié le soin de mon salut , je dtrai en peu de mots ce mi montre mon tnnoieare

Tilî

SYL

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SYL

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