‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 138 sur 457 · COM DES CAP · texte numérisé non relu

COM DES CAP

rends, que, louché de l'aulorité tlo Pape cl lies discours de Comraendoii , il s'engagea à ne prendre de liaison qu'avec le Saint-Siégo. On tit un traité , on donna au duc le gouvernement de Rome. Les envoyés du roi de France et de l'empereur arrivèrent peu de temps après; reçus avec honneur, ils s'en retournèrent sans avoir avancé leur» affaires.

Jules souhaitait que son neveu , Fabrice Monti , épousât la sojur de ce prince , héritière d«*s ducs de Camerino , du côté de sa tnère. Il avait donné ordre à Commendon d'en faire la proposition au duc, comme do lui-même, après avoir sondé avec adresse ses sentiments; et de lui en parler comme d'une pensée qu'il avait eue, et non comme d'un ordre qu'il eût rpçn. Commendon trouva l'occasion d'entretenir Guidubald en particulier; et, après plusieurs détours, il fit tomber le discours sur ce sujet. Il lui représenta les avantages qui pouvaient suivre cette alliance, et il s'offrit de le servir en cette affaire avec zèle et fidélité. Le duc écouta volontiers celte proposition, et pria Commendon d'en parler do sa part a Sa Sainteté. Après avoir ainsi achevé sa négociation, il partit la même nuit, ayant tait tenir des relais sur les chemins ; et il fui de retour à Romo, presque avant que le Pape eût su qu'il était arrivé à Urbin.

La guerre étant allumée entre l'empereur Charles V et le roi de France Henri II, Jules crut qu'il était de son devoir d'accommoder leurs différends, et de réconcilier deux grands prinres qui, pour des jalousies oa pour des intérêts d'Etal , troublaient le repos de toute la chrétienté. Il choisit pour cela Jérôme Dandino, depuis peu cardinal , et l'envoya , en qualité de légal , auprès de l'empereur. Le cardinal , qui connaissait Commendon, obtint de Sa Sainteté la permission de l'emmener avec lui dans sa légation. Celui-ci, par sa gravité, par sa modestie et par ses manières obligeantes, se rendit d'abord agréable à toute la suite du légal, et au légat même, qui le consultait et qui lui confiait tout le secret des affaires.

Peu de temps après qu'ils furent arrivés è la cour de I empereur, on apprit la mort d Edouard , roi d'Angleterre. Commendon lin envoyé par le légat dans ce royaume. Mais, avant de parler du succès de son voyage , il est bon do reprendre les choses de plus haul.

Henri VIII avait épousé Catherine, fillo de Ferdinand, roi d'Espagne, tante do l'em-

[>ereur Charles V, et, après avoir vécu vinglmit ans avec elle en assez bonne intelligence et en avoir eu des entants, il poursuivi, avec une ardeur incroyable, sa séparaton d'avec elle, sous prétexte que Catherine avait épousé en premières noces son frère Arthur, et que le Pape Jules II avait accordé trop facilement la dispense de son mariage lux pressantes sollicitations du roi Henri VII sou père, et du roi son beau-père. Arthur était mort è l'âge de quatorze ans, sans •roir consommé le mariage. Mais Henri vou-

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lait couvrir l'emportement de sa passion sous quelque apparence de raison. Comme il vil que la cour de Rome refusait d'autoriser son divorce, il se laissa emporter au dérèglement de son esprit, il méprisa l'autorité du Souverain Pontife , il se moqua fie tous les droits humains et divins, il répudia la reine, il épousa de son autorité privée Anne de Boleyn, dont il était épris ; el, contre le respect qu'il devait au Saint-Siège, il se sépara, lui et ses Etats , du corps de l'Eglise catholique, el prit le titre de chef de l'Eglise anglicane.

Celte digue étant rompue, un torrent de fausses opinions inonda bientôt l'Angletere ; et, quelque soin qu'il prit d'interdire ces nouveautés ei d'en faire punir rigoureusement les auteurs, i'. ne put empêcher ces hérésies naissantes, qui furent , dans l'Etat, autant de principes de division. Il mourut , et laissa pour son successeur Edouard , fils de sa troisième femme. Il ne régna pas longtemps ; et, soit qu'il fût emporté par la maladie ou par l'infilélilé de ceux qui le servaient , il mourut âgé de dix-sept ans ; et , sans avoir égard aux droits de Marie , sa sœur, il laissa le royaume à Jeanne Grey , sa cousine.

Dudlcy , duc do Norlhumberland , toutpuissant pendant le règne d'Edouard , avait obtenu cette fille en mariage pour son fils , et l'avait regardée comme un moyen de faire passer la myaulé dans sa famille. Mais Mario, après la mort du roi, sçn frère, nu perdit point de temps ; elle so mit en élut de soutenir ses droits; et, par la faveur des peuples, elle se rendit en peu de jours maîtresse de tout son royaume , et, ce qui lui était presque aussi considérable, maîtresse de ses ennemis.

Celle princesse se trouva dans des états bien différents. Elle naquit du mariage légitime mais malheureux, de Henri VIII et de Catherine. Elle eut un frère, qui mourut dans les premières années de son enfance. Toute la cour la regarda depuis comme Punique héritière du trêne. Elle était les délices de ses parents , qui la faisaient élever en reine, el les plus grands princes de l'Europe la firent demander en mariage. Après que la reine, sa mère, eut été répudiée , et que le roi fut tombé dans ses derniers dérèglements, elle se vil privée de tous les droits de succession par les arrêts du parlement et par l'autorité du roi même, et fut réduite à servir les courtisanes de son père. Elle ne fut pas plus heureuse sous le règne d Edouard. Elle fut abandonnée de tout jo monde el reléguée dans une retraite éloignée de la cour ; et c'est par une providence particulière du Ciel, plutôt que par ses soins el par ses gardes , qu'elle échappa aux pièges que lui tendit plusieurs fois le duc de Norlhumberland , qui la voulait perdre.

Elle mena une vie irréprochable , et fut toujours attachée à la religion catholique. Dûs qu'elle se vit sur le trône, elle s'appliqua a faire casser tous les ôdils portés contre les droilsde l'Eglise, par son père el par

ion frère, el à rétablir le culte ancien. El l'empereur Charles V lui ayant écrit de modérer son zèle, d'attendre des conjonctures favorables pour se déclarer, elle lui répondit que , lorsque le monde l'avait abandonnée, elle avait mis toute sa confiance en Dieu ; qu'elle n'avait reçu de secours que de lui; que c'était lui qui venait de la couronner el de la mettre sur le trône; qu'elle était résolue de témoigner ouvertement, et sons différer , sa reconnaissance a celui do qui elle tenait la vient la royauté.

Reprenons la suite de notre récit. Après la mort d'Edouard, un bruit confus se répandit que le duc do Northumherland avait pris les armes, et que les peuples étaient disposés à reconnaître Mario . pour leur reine. La guerre, allumée entre los Français et les Impériaux, empêchait de roeevoir d'Angleterre des nouvelles certaines. Toute la côte était gardée; tous les ports étaient fermés ; il n'était pas permis de passer dans celle lie sans la permission des gouverneurs. On apprit enfin que le duc avait été abandonné de ses propres troupes, et que les affaires de Marie étaient on bon état.

Le cardinal Dandino, gui sentait l'importance de ramener sous I autorité du Saint- Siège un royaume que la fureur el la passion d'un prince en avaient séparé, faisait tous ses efforts pour être informé de ce qui se passait. N'ayant que des nouvelles peu certaines, il résolut d'y envoyer une personne intelligente, qui sôl reconnaître I état des chose? el lui en rendre un compte exact. Cependant le Pape, qui avait appris la mort d'Edouard* *e proposait d'envoyer en Angleterre le cardinal Polus, et lui en avait déjà écrit. Ce cardinal , qui était alors aux environs du lac de Garde, uù il était allé chercher la pureté de l'air nécessaire pour sa santé, ayant jugé à propos de ne rien précipiter cl d'attendre des nouvelles plus assurées , le Pape dépêcha un courrier au légal Dandino, pour l'en avertir et lui ordonner de faire passer promotement quelqu'un en Angleterre.

Le légal , qui connaissait l'esprit et la résolution de Commendon , lui dil que c'était lè une entreprise digne de sa rapacité. Quelque difficulté qu'il y eût à passer dans cette Ile, quelque danger qu'il y eût à demeurer, Commendon accepta, sans hésiter, la mission qu'on lui proposait. Le légat lui donna des instructions générales , s'en rapportant pour le reste à ses soins et a sa prudence.

Commendon partit secrètement de Bruxelles, et arriva le même jour à Gravelines, où l'on trouvait des facilités pour passer en Angleterre. Là il prit deux valets français, dont un savait parler anglais. Afin qu'ils ne pussent soupçonner qui il était , il leur donna à entendre qu'il avait eu, en Angleterre, un oncle qui s'étail attaché au commerce, et qui lui avait laissé en mourant une succession fort embrouillée. Après quoi il s'embarqua, et passa le délroil par on temps très-dangereux. Il se rendit à Londres, ayant appris par les chemins que la reine y avait

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été reçue. Il trouva que tout était en désordre; que les hérétiques, encore fiers du crédit dont ils avaient joui, s'opposaient au rétablissement de la religion catholique , et que Marie était reine, mais qu'elle n'était pas maîtresse dans son royaume. Enfin, après bien des aventures , il parvint a être présenté a la reine. Ce no fut pas sans difficulté. On faisait garde partout; toutes les entrées du palais étaient fermées. On empêchait que la reine ne parlât n dos étrangers. L'empereur et le Pape étaient également suspects aux Anglais, qui laissaient l'un, parce qu'il traitait du mariage de son fi's avec la reine, et nui craignaient l'autre • comme le vengour de In religion violée et dés biens usurpés sur l'Eglise.

Commendon, exhortait la reine, a «• mettre la foi, et les cérémonies dans leur ancienne pureté, à réconcilier son royaume avec l'Eglise catholique, à témoigner sa reconnaissance à Dieu , qui l'avait placée sur le trône sans qu'il en eût coûté do sang à ses peuples. Il lui offrit ensuite toute sorte d'assistance do la part du Pape. La reine l'écouta avec joie; elle lui communiqua ses bonnes intentions, l'assura du son lèleel de son ollw hement pour l'Eglise catholique et pour le Saint-Siège, et le consulta sur les moyens d'eiéculer ses desseins. Elle lai recommanda de se tenir sur ses gardes, et d'avoir soin qu'on ne pût soupçonner le sujet de son voyage, lui faisant entendre que, dans l'état des troubles présents, ellemémo ne pouvait lui répondre de sa sûreté. Cependant, elle s'appliqua à arrêter le* désordres : elle congédia une multitude de gens armés, qui avaient voulu la conduira et la mettre eux-mêmes sur le trône, el débarrassa la ville de cette populace errante et déréglée, qu'on avait peine a réprimer. Elle traitait secrètement avec l'empereur, qui lui offrait son fils en mariage; elle espérait que l'alliance d'un prince voisin cl puissant affermirait son autorité.

- Après qu'elle eut conclu un traité avec l'empereur, et son mariage avec Philippe, fils de co princo, ello fit venir Commendon, è qui elle avait déjà donné plusieurs audiences secrètes; elle lui remit des lettres écrites de sa main, lettres par lesquelles elle s'engageait à remettre son royaume sous l\>* béissance du Saint Siège, et elle ajoutait qu'elle avait instruit Commendon de tout ' le reste, et que Sa Sainteté pourrait appreadre de lui l'étal des affaires. Ces instructions étaient, qu'elle allait frire assembler ." le parlement ; qu'elle ferait casser tous Ici <1 édita du roi son père et du roi son frère, surde sujet des religions; qu'elle enverrait bientôt des ambassadeurs à Rome, pour renouveler, en son nom et mu nom de ses sujets, lu serment de fidélité et d'obéissantf ! au Saint-Siège; qu'elle demandait eepefl- 1 dant que le Pape fit publier une absolution générale pour ceux qui avaient abandonné *■ ia foi de leurs ancêtres, el qui s'étaient séparés de l'Eglise romaine, pour obéir à des * princes qui s'étaient attribué un droit ap-

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partenaul A Dieu «eut; qu'il envoyât en Angleterre le cardinal Polus, avec plein pouvoir de régler toutes choses, et do ramener la religion aux formes de la discipline ancienne.

Après l'exécution du duc de Northumborl.iod, qui eut la tête tranchée sur l'écha- Jâuil, la reine fil partir Cotumendon, avec ordre de rendre un complu exact au Pape de toutes les affaires, cl de no les communiquer qu'A Su Sainteté et au cardinal Polus. Il se rendit en toute hâte à Bruxelles, et fut envoyé A Rome par le légal. Il prit la posle, el, courant jour et nuit, il arriva en neuf jours A Rome, quoiqu'il se fûl détourné du chemin, pour aller trouver le cardinal Polus, lui communiquer les ordres qu'il avait reçus de la reine, et l'engager de ta part du légal Daridinn A différer son voyage en Angleterre, jusqu'à ce que les choses y fussent dans un étal plus tranquille.

I/empereur désirait vivement que ce voyage fûl différé. Il espérait que, par le mariage de son fils avec la ruine, il accroîtrait sa puissance. Mais il savait que les Anglais étaient contraires A ses prétentions, et il éloignait avec soin tout ce qui pouvait traverser ses desseins. Il étaii bien informé qu'il, y avait des gens A Londres qui conseillaient A la reine d'épouser le cardinal Polus. On disait que la reine même n'avait pas rejeté celle proposition, et quelle avait demandé à Commendon si le Pape pouvait accorder des dispenses pour le mariage A un cardinal-diacre ; ce qui est arrivé souvent dans l'Eglise; mais que, depuis, craignant le roi de France, qui assistait sous main ses ennemis, el se défiant des Anglais, elle avait penché du côté du fils de l'empereur. Depuis ce temps l'empereur ne voulut point que Polus passât en Angleterre, que le mariage de son (ils ne fût conclu. Ce n'est pas qu il se défiât de ce cardinal ; mais il craignait surtout que les hérétiques, épouvantés A son arrivée, ne se concertassent avec la France, et qu'avec les secours qu'ils en recevraient, ils ne s'opposassent à ses projets.

Le Pape reçut Commendon avec des transports de joie; il fut si touché d'apprendre «e qui s'était passé, qu'après avoir lu les lettres de la reine, el considéré les révolutions, les divers événements, il ne put retenir ses larmes; et. s 'adressant à Commeudori : « El toi, mon fils, » lui dit-il, « tu n'es /*« seulement le porteur de ces nouvelles; lu a* été le ministre de ce glorieux succès : 'On esprit nous a plus servi que je n'avais e^V*ré. » Il l'embrassa avec tendresse; et, * ami loué son zèle et son intelligence, il ^Mil grflees A Dieu d'avoir remis, sous f*J pontificat, un si beau royaume en l'o- ^«'ôiuee de l'EgJise.

k lendemain le Pape assembla les cardina»i; il lut les lettres que la reine lui *r*À écrites et se mil A raconter les choses o>Q(ne || >L.$ avait apprises, en taisant ce j*?*1 il était convenu avec Commendon.

OTai»l«s mouvements de sa joie et l'empres-

IncTio** urs Caudhui x.

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semeul qu'il avait d'en faire part au consistoire, troublèrent l'ordre de son discours. Il l'interrompit, et ordonna qu'on lit venir Commendon. pour qu'il recommençât, devant les cardinaux assemblés, le môme récit qu'il lui avait fait le jour précédent. Un ordre si peu prévu aurait pu embarrasser les plus expérimentés; à plus forte raison un jeune homme que pouvait intimider la présence de tint d'hommes éminents en savoir et en dignité. L'obligation indispensable do parler latin, était un nouveau sujet de crainte pour lui, parce qu'il n'était point préparé.

Commendon ressentit d'abord celte légère émotion qui lui était ordinaire; il trembla môme devant l'assemblée : mais sa timidité passa pour modestie; car, reprenant peu h peu ses esprits, il parla avec tant d'ordre, tant do ncltoté, tant de jugement et tant d'éloquence, do l'état des affaires d'Angleterre, que tout le consistoire fut saisi d'admiration, et qu'un des cardinaux s'écria, én so servant des paroles de l'Evaugilo (Lue. i, 66) : Que pensex-tous que doive étr* un jour cet enfant f

La réputation qu'il s'acquit ce jour-là lui ouvrit la porte des emplois et des honneurs qu'il reçut depuis. Le Pape le combla d'éloges; tous les cardinaux voulurent Pentrotenir en particulier, et, après l'avoir embrassé plusieurs fois, et s'être réjouis avic lui, ils lui promirent leur appui et leur amitié. Le cardinal Jean-Pierre Caraffe, qui avait été en Angleterre, et qui avait une gramlo connaissance des affaires de ce pays, eut dès lors pour Commendon la plus grande considération.

Vers ce tomps-là mourut Emmanuel, fils de Jean, roi de Portugal, el unique héritier du royaume. Pourré|varer, en quelque sorte, la porte do ce prince, la reine accoucha d'un fils le môme jour. Le Pape envoya Commendon pour consoler le roi do la mort de l'un, et pour se réjouir avec lui do la naissance de l'autre.

Commendon traversa la Franco, des Alp.^s aux Pyrénées. Il visita une |>artie de l'Espagne, el se rendit en Portugal, où il fut reçu du roi avec beaucoup d'honneur. M sut si bien par sa douceur, par son esprit et par tes entretiens qu'il eut avec loi au sujet des affaires d'Angleterre, gagner l'estime et l'amitié du prince, que colui-ci voulut le faire chevalier de l'ordro du Christ, ce qui est un honneur qu'on ne fait qu'aux princes et au x grands du royaume ; et comme Commendon s'en excusait, sur ce qoo cet honneur ne convenait pas à sa profession, ce prince lui présenta une croix rouge, qui est la marque des chevaliers, et lui permit de donner cet ordre A quelqu'un de s*s amis. pourvu qu'il fût né de parents nobles et qu'il eût fait ses preuves do noblesse devant son ambassadeur A Rome, en la manière accoutumée. Après avoir pris congé du roi, et en avoir été comblé d'attentions et d'honneurs, il partit, et alla visiter l'église de

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Saint-Jacques en Galice, si fameuse par le concours «I parles vœux des peuples.

Commendon avait entrepris ce voyage avec plaisir, parce que c'était une occasion de s'instruire, et de parcourir, en allant el en revouanl par d'autres chemins, une partie de la Franco et de l'Espagne. C'était une de ses passions, nue de voir el de connaître les choses étrangères. Il observait soigneusement la situation dus lieux, les avantages de chaque pays, les côtes, les ports, les fleuves, l'abomlanceou la misère, les mœurs et les inclinations des peuples, les différentes formes de gouvernement. Il considérait tout, et il avait la mémoire si heureuse, qu'il se souvenait même des noms les plus étranges des hommes, el de tous les lieux par où il avait passé. Ce lui fut d'un grand usage, dans les voyages qu'il Pu depuis, presque' en toutes les parties de l'Europe.

A son retour de Portugal a Rome (1555), le Pape Jules 111 mourut, âgé de soixantehuit ans. « Ce pontife avaitlos inclinations nobles et bienfaisantes, beaucoup de probité, et quelque connaissance des belles-lettres. Mais il aimait son repos avec excès, el il avait une extrême négligence dans les affaires. Il menait une vie oiseuse dans celte maison do plaisance qu'il avait fait bâtir avec des dépenses prodigieuses, el ne songeait qu'à ses divertissements; jusque-là que les Siennois, assiégés par l'armée de tome de Médicis, duc de Florence, et par celle des Espagnols, ayant député vers lui, pour mettre leur ville, leur campagne vt leurs biens sous ta domination du Saint- Siège, il ne voulut pas prendre la peine de donner audience à leurs députés', ni de recevoir celte ville qu'on lui offrait, quoique les Français qui la défendaient v eussent consenti, el que les Espagnols qui lutta' quaient ne s'y opposassent pas.

m Jules était venu dans un siècle où la gravité, la pudeur et la modestie passaient pour mauvaise humeur et pour lâcheté. Un air de plaisir et d'enjouement s'était répandu partout, et jamais on n'avait vu plus -de relâchement dans la discipline. Les revenus de l'Egliso ne servaient qu'à entretenir le luxe dis ecclésiastiques. Ils tenaient, sans scrupule, plus grand nombre de bénéfices, qu'il n'est. permis d'en tenir selon les canons : il s'en trouvait qui possédaient en même temps trois évêcbés. On donnait ces dignités à la faveur plutôt qu'au mérite. X,'habil des prêtres, qui e6t institué pour rendre plus vénérables ceux qui le portent, leur paraissait méprisable, el ils aimaient mieux être vêtus en cavaliers qu'en ecclésiastiques. On n'a jamais vécu d'une manière plus libre et plus voluptueuse. Enlin •ou ne parlait que de bonne chère, de jeux -et do comédies, et les hommes les plusgra- .ves ne trouvaient pas qu'il y eût rien contre la bienséance, à êtro tous les jours eu festin avec les daines, el à se promener par la ville avec elles dans leurs carrosses : lant la licence et la coutume avaient corrompu lea mœurs et les jugements des homme?. Julea

avait suivi cet usage du siècle étant jeune, et l'avait souffert pendant son ponlitkat; et, bien qu'il estimât la vertu, il ne prit jamais aucun soin de corriger le vice. Cornmendon ne se laissa point emporter au torrent du siècle. Il eut la gloire d'avoir été fort modeste et fort réglé parmi tant de dérèglements; et sa vertu fut récompensée, aussitôt que le siècle fut réformé, a (fie de Commendon, par Graliani, traduct. de Fléchier, p. 61.)

Le cardinal Marcel Cervin fut élu en la place de Jules III, et s'appela Marcel 11. Telle était sa réputation de vertu, telles les espérances de voir sous son pontifical l'ancienne discipline rétablie, et la religion remise dans sa première vigueur, qu on peut croire que le Ciel lui lit grâce de n'avoir fait que le montrer à la lerro, et de l'en avoir retiré vingt jours après son exaltation; car il fallait une sagesse surhumaine poor répondre à la haute opinion qu'on avait de lui. Dès les premiers jours de son pontifical, il avait fait venir Commendon, el l'avait attaché à sa personne.

Jean-Pierre Caraffe, successeur de Marcel sous le nom de Paul IV, destina d'abord Commendon à être un de ses secrétaires, et l'associa à des hommes considérables par

tour dignité et par leur savoir, qu'il avait choisis pour cet emploi, el à qui il avait partagé le soin des différentes provinces. C'étaient Jean de la Casa, archevêque de fiénévent, Annibal Borzul, archevêque d'Avignon, Antoine Elie, évêque de Pola, Ange Massarel, aussi évêque, et Sylvestre Aldobrnndin, grand jurisconsulte, qui vit diminuer, quelque temps après, le crédit «le tous les autres, et qui, par ses soins assidus et par sa grande capacité, se rendit maître de tous les emplois et de toute la faveur du pontificat.

Paul était le chef du Sacré Collège, nonseulement par sa dignité, mais encore par la grande connaissance qu'il avait de M doctrine de l'Eglise, par son éloquence, par sa générosité, par la pureté de ses mœurs ft par la sainteté de sa vie. Il surpassait encore de beaucoup les autres cardinaux en âge. Aussi Commendon s'était attaché plus particulièrement à le voir , lorsqu'il n'était encore que cardinal. Ce vieillard vénérable avait tant d'estime pour Commendon, qu'il passait souvent des heures entières à lire ou à raisonner avec lui, tantôt sur des sujets particuliers, tantôl sur les affaires publiques, el toujours avec complaisance, avec familiarité, ne l'appelant jamais que sou fi1*- Au dernier conclave on lui avait préféré Marcel, et il avait bien voulu donner luimême son suffrage à un cardinal moins que lui de vingt-cinq ans. Dès qu'on crut qu'il n'y avait plus d'espérance <Je le »°'f Pape, ceux qui avaient élé les plus assidus auprès de lui, lo négligèrent ou J*.i bandonnèrent entièrement, pour faire leur cour » Marcel. Commendon, au contraire, s'aiiar»» à lui avec plus d'assiduité el plus d'affectio" qu'auparavant. Il lo visitait, l'accompagn"1

ordinairement, et lui rendait tmis les devoirs et tous les honneurs dus a un si grand homme. Dôs qu'il fut créé Pape, vovant que Commendon, par modestie, ne se' pressait point de le Tenir voir, it le rechercha luimôme, il lui donna un appartement dans son palais, il ordonna qu'on lui fournît tout ce qui lui serait nécessaire, il le recommanda a ses neveux, et continua de l'appeler sou fils.

Il le faisait assister aux délibérations les plus secrètes, le mettant au nombre de ses ministres les plus confidents. Dès lo commencement de son pontifient, il le nomma à Tévèchéde Zanthe, sans qu'il l'eu l demandé, saos qu'il y eût môme pensé. Après avoir fait son éloge en présence de l'ambassadeur «le Venise, voyant que Commendon refusait celle dignité, comme ne croyant pas la mériter, il Pet n brassa avec tendresse, il l'avertit iju'il y avait uue modestie qui empêchait de refuser les honneurs, comme il y en avait une qui empêchait de les demander; et que, puisqu'il n avait point recherché l'épiscopat par se* solliritalions ni par ses empressements, il devait le recevoir avec soumis» sion, comme une grâce que Dieu lui faisait par le ministère de ses supérieurs. Sa Sain- Inié lui donna en même temps un béuélice situé dans le territoire de Vérone, et de cinq cents écus d'or de revenu.

Ces grâces qu'il venait de receveur do Sa Sainteté flreiil croire à tout le monde que ce nouveau prélat, qui n'avait aimé ni ses plaisirs, ni ses intérêts ; qui, dans un siècle corrompu, avait suivi les lois du l'ancienne discipline; qui était A la (leur de l'âge, qui avait de l'esprit et de l'énergie ; et qui, i»«r ses bonnes qualités s'était rendu agréable à sou maître, serait bientôt élevé au cardinalat. Mais il se cachait à lui-même, la bonne opinion qu'on avait de lui, et s'efforçait de fermer la bouche à ceux qui lui présageaient sa fortune; bien différent de quelques-uns qui se flattent d'un peu de réputation, et qui sont toujours les premiers a croire les bruits avantageux qu'on publie sur leur compte. Un du ces esprits vains et crédules par ambition, avaul ouï dire que le peuple le mettait au rang de ceux qui devaient ôlre cardinaux a la première promotion, eut l'impudeur d'aller dire à Sa Saiulelé qu'il avait uppris qu'elle pensait à lui faire l'honneur de l'élever a cette dignité. « Ceux qui vous ■tonnent ces avis ont tort de vous tromper, » lui répondit le Pape, «et vous a vas tort de les croire. »

Mais le mérite ne saurait échapper h l'envie. Cetu qui ne pouvaient accuser Commendon, lâchèrent de le perdre eu le louant, lis tirent valoir sun esprit, sa fidélité, son zèle, sa capacité à conduire les grandes affaires, sa santé même. Sous de belles apparences d'honneur, ils l'éloignèrent de (a cour, et crurent pouvoir lui rendre plus commodément de mauvais offices, eu lui procurant uu honnête exil.

Il fut donc envoyé, comme nonce, auprès de l'empereur Charles V, et l'archevêque de

Conza qu'y avait envoyé Jules III. en fut rappelé. Mais, parce qu'il y eut alors une suspension d'armes entre l'empereur cl In roi de France, le Pape nomma le cardinal Scipion Rehiba pour son légat, et l'envoya en Flandre, afin d'exborler l'empereur b conclure une paix définitive. Il envoya, pour le même objet, le cardinal Charles Gara Ile au roi de France, Henri II. Commendon partit avec lelogal. Ils avaieiilpasso par Milan et par les frontières des Suisses, et ils étaient déjà en Flandre. Comme ils cuiraient dans Maes- Iricht, ville située sur la Meuse et de la dépendance de Charles V, uu courrier, venant de Home en grande hâte, rendit au légat dus lettres de Jean Caraffe, neveu du Pape, lettres par lesquelles on lui mandait que le» Impériaux avaient violé la foi de la trêve;

3u*ils avaient même voulu attenter à la vie eSa Sainteté; que lu guerre étail déclarée; qu'ils reprissent promplemenl le chemin do Rome, lui cl Commendon; surtout qu'ils pourvussent b la sûreté de letrrs personnes, et qu'ils prissent garde de ne point tomber entre les mains des ennemis.

Le légal, surpris de cette nouvelle et se trouvant sur les terres de l'empereur, ne savait par où se sauver, et ruslait fort irrésolu. Commendon lui représenta que, sans |>arler des incommodités de la prison , qu'il était bou d'éviter, il importait toujours à des ministres, ayant le secret des affaires dans leurs instructions, de ne pas tomber eu la puissance des ennemis; qu'avec un peu d'àdresso et de diligence, ils pouvaient se sauver, avant que l'empereur lui averti de leur arrivée ; qu'il était d'avis que le légal quittât l'habit de cardinal et tous les insignes de la légation; qu'il laissât tout sou équipage, et qu'avec peu de monde et peu d'embarras, il se réfugiât en Franco. Cet avis fut suivi ; le légat, qui ne connaissait point le pays, et qui ne savail ce qu'il allait devenir, s'abandonna h la conduite de Commendon. Ils quittèrent leurs habits ecclésiastiques, ils prirent ceux de quelques cavaliers do leur suite, et sortirent de la vHIe, avec peu de train. Ceux qu'on y laissait avaient ordre, si on leur demandait des nouvolles du légal, de dire qu'il allait bientôt arriver.

Corameudon qui, dans ses voyages , avait coutume de s'informer curieusement do toutes choses, savait le nom de chaque lieu; quelle distance il y avail jusqu'aux frontières; quelles étaient les premières villes de Franco qu'on rencontrait: car il voulait être instruit de tout, aimant mieux écouler des choses inutiles, que d'eu ignorer qui pussent être importantes.

Liant donc partis, ili prirent des guides partout où ils passèrent, et , se faisant conduire par des chemins détournés, ils furent en sûreté, avant qu'on s'aperçût qu'ils &e fussent retirés. Commendon se trouva luimême dans un grand danger. Il avoil voulu s'avancer seul, et il s'égara dans la forêt des Ardennes, où il fut errant toute la nuit. I! rejoignit le lendemain, avec beaucoup du diilicullé, le légat qui était fort inquiet Uo

des cardinaux;

DICTIONS Al KL

lui. Enfin ils entrèrent en Franco, et , ayant msfê Lyon, ils joignirent le cardinal Charles Caraffe, qui revenait de sa légation. Ils s'embarquèrent tous ensemble sur lu flotte français»», et s'en retournèrent à Rome.

Cependant, on entreprit dans cette ville de faire le procès à Marc-Antoine Colonne, fils d'Asragnc, sur ce qu'il ourdissait des cabales contre le Pape, et tenait chez lui des concilinbules secrets. Il fut cité, et comme il refusa de comparaître, on le déclara criminel d'Etat, et on lui ôta les villes qu'il possédait dans Us Eu>ts pontificaux. Cm fut un sujet de guerre entre le Pape et l'empereur. L'empereur croyait qu'il était important pour le bien de ses affaires, de ne pas laisser accabler Colonne. Le Pape trouvait étrange qu'on voulût l'empêcher «l'user do ses droits. Commendon arriva à Home au commencement de ce différend :à peine eutil trois jours pour su délasser des fatigues de son voyage. Il fut obligé d'aller clieztous les princes d'Italie, pour les retenir dans le devoir, cl pour empêcher que l'empereur, par son autorité et par ses promesses, n'en attirâlquclqu'unàson parti, ils paraissait tous fort attachés aux intérêts du Saint-Siège, Hercule, duc de Ferrare, s'était ligué avec eux, et faisait de grands ravages sur toutes les terres que l'empereur avait dans son voisinage.

Le Pape, qui désirait vivement engager les Vénitiens dans son parti, tant à cause des secours qu'il pouvait espérer de cette république, que pour la consistance qu'elle (mouvait donner a son parti dans l'Italie, eut si bonne opinion de Commendon, qu'il lui confia cette négociation, et l'envoya, en qualité de nonce, A Venise : ce qui n'était encore arrivé à aucun citoyen de Venise, qu'à Pierre Bembo, depuis cardinal, qui passait pour le premier nomme de son siècle, et que Léon X choisil pour aller traiter avec celte république, en pareille circonstance. Cette mission fut glorieuse pour Commundon, et lui acquit beaucoup de réputation dons l'esprit des Vénitiens. Ils le voyaient avec plaisir à coté du chef du sémt, et au-dessus de tous les autres sénateurs , pour négocier avec eux les plus grandes nifaircs qui fussent alors. Il arriva qu'Antoine Trivulce, évôque de Toulon, d'une illustre famille milanaise, et qui remplissait les fonctions de nonce apostolique à Venise, fut fait cardinal vers ce leinps-la. Commendon lui donna solennellement la barrette, que Sa Sainteté veuait de lui envoyer; et, lorsqu'il lui mil sur la tête les marques de sa dignité, en présence du doge et de tout !c sénat, plusieurs s'écrièreut dans l'assemblée : v Souvenez-vous, Trivulce, de rendre un jour le même office à Commendon. ■ Chacun lui souhaitait, lui prédisait les honneurs dont il était digne.

Il demeura dans cette ville jusqu'à la fin du différend, et prononça daus le sénat des harangues éloquentes, où il se plaignit do l'injustice du parti contraire, des outrages et des attentats commis contre la personne sacrée du Souverain Pontife j du danger où

se trouvait l'Eglise do Rome; de l'avidité des Espagnols, qui voulaient se rendre mnt- 1res de toute l'Italie, et qui ne tâchaient d'abattre la puissance des Papes, que pour ruiner ensuite plus impunément tout le reste. Quoique celte république aimât le repos, qu'elle craignit tous les mouvements et tous les désordres de la guerre ; quoique le sénat ne fût point résolu à s'attacher su parti d'un Pape accablé de vieil'esse, contre un prince qui pouvait encore régner longtemps, et qui disposait de forces importantes, il voyait néanmoins avec inquiétude que la puissance du Pape allait être abattue, et que celle des Espagnols grandissait chaque jour en Italie.

Commendon lâchait d'émouvoir ces esprits politiques, en leurrepréscnlant que, s'ils ne se liguaient pour le salut de l'Italie et pour l'honneur du chef de l'Eglise ; s'ils ne défendaient en commun la cause commune cooire nne nation étrangère, qui avait des forces pour avancer ses prétentions , et qui allait assujettir tous leurs voisins, le Pape, qui ne pouvait soutenir le poids d'une guerre imprévue, serait bientôt accablé ; et que, s'il était une fois vaincu par un ennemi insolent et dominateur, il serait honteux aux Vénitiens de n'avoir pas écoulé le Souverain Pontife, qui recherchait leur alliance ; qu'une telle conduite répugnait à la piété et à la sagesse du sénat; que d'ailleurs elle pouvait amener leur ruine.

Telles étaient les raisons que, dans cette célèbre assemblée, il faisait valoir avec gravité et avec énergie; il les répétait à ses parents et à ses amis , dans les conversations particulières qu'il avait avec eux. Les Vénitiens les goûtaient, mais ils ne pouvaient se résoudre à entreprendre uneguerre dont l'issue était fort incertaine. Ils s'arrêtèrent à l'avis qui leur parut le plus sûr et le plus honnête, lis s'offrirent d'être les médiateurs de la paix, et ils envoyèrent François Froment, secrétaire de la république, au duc d'Albe, qui commandait pour l'empereur en Italie, avec ordre de le conjurer d'arrêter ses armes, et de ne point attaquer le Souverain Pontife; de lui représenter qu'il s'attirerait la haine de toute la Chrétienté, et qu'il ferait une action très-êloignée de la piété de l'empereur et du roi son tils, s'il continuait en leur nom une guerre si odieuse; qu'il y avait des voies d'accommodement plus utiles et plus honnêtes; qu'il se trouverait des amis communs, qui prendraient volontiers le soin de terminer ce différend. Ils écrivirent presque en mômes termes au roi d'Espagne. On pouvait bien juger que, si les prières étaient inutiles, ils pourraient bientôt passer aux menaces ; et qu'après avoir offert leur médiation, ils n'étaient pas éloignés de déclarer la guerre, tant ils étaient alarmés, dans la crainte qu« Commendon leur avait inspirée, que le Pape étant accablé, ils ne fussent obligés de soutenir tout l'effort de ces superbes vainqueurs.

Mais le cardinal Charles Carafle ayant appris que l'armée française venait de passer

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