‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 139 sur 457 · M COM · texte numérisé non relu

M COM

1«s A'pe?, enflé de l'espérance de Ta victoire, autant qu'il l'aurait été de ta victoire môme, alla promplemenl à Venise, pressa le sénat de prendre les armes, de réprimer l'orgueil d'une nation envahissante, de poursuivre des ennemis communs, et de les chasser de toute I'IijiIK II assurait que de belles troupes d'infanterie et de cavalerie arriveraient nu premier jour; que la plus brave jeunesse de France avait d^jà passé les Alpes ; qui le Pape, animé d'une juste colère, faisait do grands préparatifs de guerre ; que le duc de F»rrare s'avançait, qu'il pouvait seul occuper les ennemis du côté du Pô; que la victoire était dans leurs mains, et que grands seraient les avantages des vainqueurs ; qu'ils prissent donc les armes comme les autres, et qu'ils ne laissassent pas échapper une si belle occasion d'agrandir leur république.

Ces paroles étaient bien présomptueuses.

Les Vénitiens, qui avaient appréhondé pour eux mêmes lo danger où ils voyaient que le Pape s'était jeté, commencèrent à être uu peu plus en renos. Ces belles troupes, cl celle jeunesse invincible de France, qu'on leur avait tant vantées, les rassurèrent. Ils rendirent à ce cardinal tous les honneurs imaginables; et, après lui avoir donné de belles espérances, ils demeurèrent dans uno grande tranquillité, dès qu'il fut parli.

Le cardinal Caraffo reconnut qu'il avait fait une grande faute d'exagérer les forces delà France, et d'ôler aux Vénitiens celte crainte qu'on leur avait inspirée avec tant de soin, et qui pouvait seule les porter à prendre les armes. Mais il couvrit malicieusement son imprudence, et lit entendre que c'était la faute de Commendon qu'il n'aimait point, a cuise du peu de ressemblance qu'il y avait dans leur vie et dans leurs actionj. Commendon n'avait jamais voulu se lier avec lui, quoiqu'il en eût été recherché , et n'avait jamais pu s'accommoder d'un esprit déprave, qui avait fort i dé ses méchantes inclinations par une longue habitude de crimes Il aima mieux honorer en lui sa dignité, que de s'attacher a sa personne, et il lui témoigna toujours du respect, sans jamais vouloir lui faire la cour.

Lorsque Caraffe élail a Venise, un sénateur de ses amis lui offrit un magnifique festin, auquel assistèrent plusieurs dames de qualité de la villo. Après le repas, il y eut bal. Ce cardinal , ayant plus d'égard a la coutume du pays qu'à la bienséance de sa profession, voulut y assister. Plusieurs ecclésiastiques qui l'avaient accompagué, étaient disposés, par complaisance, à se divertir aussi bien que lui. Commendon fut le seul qui eût le courage de le quitter. Il lui demanda la permission de se retirer, sous prétexte d«± quelques affaires; et, s'élanl aperçu que celle retraite avait offensé le cardinal , cl lui avait paru un reprocho socrel de l'aclion qu'il allait faire, il dit à quelques-uns de àvé amis qu'il venait «le faire une gran fe faute contre sa fortune ; mais que son honneur lui était plus cher que ses intérêts, et

qu'il aimait mieux écouter sort devoir que son ambition.

Caralfe, naturellement lier et emporte, ne parlait jamais du roi d'Espagne et des Espagnols qu'avec des invectives et des termes outrageants. Il y avait des flatteurs qui s'emportaient comme lui, et qui étaient accoutumés à l'imiter dans ses défauts pour lui plaire. Commendon en usait avec plus de modération ; et quoiqu'il parlât avec beaucoup de force, dans le sénat, pour les intérêts de son prince, il était fort retenu dans les conversations particulières, et ne s'exprimait sur l'empereur et sur le roi d'Espagne qu'avec beaucoup de respect, croyant qu'il était plus convenable d'adoucir les affaires par la prudence , que de les aigrir par des discours passionnas. Caraffo n'estimait pas celte politique honnête : el, lorsqu'il fut à Rome, il publia que Commendon s'était acquitté très froidement de sa négociation , et qu'il était aisé è croire qu'il avait des liaisons secrètes avec les Espagnols, puisqu'il les avait tant ménagés.

Le Pape, qui brûlait du désir de se venger des Espagnols, ne trouva point de crime plus çrand. Lorsque le nonce revint à Hotm*, et qu il se présenta pour lui baiser les pieds, il le reçut très-froidement , sans lui donner aucun témoignage de celte amilié qu'il avait toujours cuo pour lui. Un accueil si triste fit connaître à Commendon que C iratfe et quelques autres envieux l'avaient desservi auprès de Sa Sainteté. Il l'avait prévu , et il ne s'était pas mis en peine de l'empêcher. Aussi ne chcrcha-t-il pas les moyens de se justifier; il ne voulut pas même employer ses amis, pour effacer de l'esprit du Pape les fausses impressions qu'on lui avait données. 11 reçut cette disgrâce, sans se plaiud~e, el soulfrit l'injustice avec tranquillité. On ne toucha pourtant ni à son honneur, ni à sa dignité; on oui toujours dos égards pour lui ; il demeura toujours dans lo palais, où il était entretenu comme auparavant. Toutes les entrées lui étaient libres; on ne lui refusait pas même quelques apparences d'amitié. Il semblait qu'il s'était retiré lui-même des affaires, et le cardinal Caralfe était bien aise de l'en avoir éloigné; mais celui-ci ne jugeait pas à propos de persécuter un homme de bien, enloure do l'estime générale.

Tous ceux que le Pape avail élevés dans les charges et dans les conseils furent plus rigoureusement traités. Les uns furent chassés du palais, les autres furent arrêtés el mis eu prison; quelques-uns furent relégués en des pays éloig iés. Cirnffe, pour so rendre maître des affaires, avail usurpé toute sa faveur, el ne souffrait auprès de Sa Sainteté que ceux qu'il avail avancés lui-même. Sous des prétextes différent s, il se délit de tous ceux qui avaient du crédit, et mil en leur place des créatures, qui ne so souciaient ni do lour réputation , ni du bien public, et qui ne s'attachaient pas à lui par honneur, mais par intérêt, et par une coupable espé-

DKS CARDINAUX.

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rance de prnfl'rr, en leur particulier, de» malheurs de l'Etat.

Commendon se trouvant alors sans emploi, voulut profiter d'un loisir qu'il n'avait osé se promettre. !) reprit avec joie ses éludes interrompues depuis longtemps, cl se n-mît sur un grand ouvrage qu'il avait autrefois commencé, Des droits ae l'Empire romain transféré en Allemagne; De la puissance des Papes, et De l'autorité des conciles. Pour cela, il était continuellement dans la bibliothèque Vaticane. Il parcourait ces vieux manuscrits à demi rongés par le temps ; il fouillait jusque dans la plus obscure antiquité. Enfin, après avoir passé plus d'un an dans ces travaux , il demanda, en 1559, a Sa Sainteté la permission de se retirer h Venise, résolu à passer de la à Zanthc et a Céphalouie, deux lies dont il était évêque. Mais lorsu'il attendait la saison favorable pour s'emarquer, mourut Paul IV, figé de 83 ans. Ce n'est pourtant pas son Âge qui l'accabla ; c'est le chagrin et la douleur qu'il eut d'avoir été trop longtemps à connaître et a punir les crimes du cardinal Caraffe et de ses autres neveux.

Le cardinal Caraffe avait deux frères, Jean, duc de Palliano, et Antoine, marquis de Montibel. L'un et l'autre avaient usurpé ces litres, et en jouissaient injustement. Ils avaient chacun leurs vices particuliers, mais ils s'étaient tous rendus également insupportâmes par leur avarice et par leur orgueil. Ils vivaient entre eux sans amitié et sans intelligence, et ne s'accordaient que pour obséder les oreilles de leur oncle, et pour empêeher qu'il ne frtt averti de leurs •'éréglemenls. Pour lors ils se souvenaient qu'ils étaient fi ères, et ils s'entendaient tous, parce qu'ils craignaient tous également. Ils m* composaient lorsqu'ils étaient devant le Pape, et paraissaient pleins d'innocence et de probité. Lorsqu'ils revenaient dans le monde, c'était à qui ferait le plus d'injustices. Le Pape, trompé par celte fausse honnêteté, leur abandonnait le gouvernement, et les laissait abuser impunément de son autorité et de l< ur fortune. Il s'appliquait à faire dis ordonnances, pour corriger les abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise. Il réformait les mœurs des étrangers, et il ne voyait pas les désordres de sa famille. Les vices de ses neveux , avec ses vertus austères, le rendaient odieux.

Enfin les clio.«es allèrent si loin, qu'il se trouva un homme de bien, louché de voir qu'un Pape, rempli d'ailleurs de grandes qualités et des meilleures intentions, à qui on ne pouvait reprocher qu'un peu trop d'aigreur contre ceux qui résistaient à ses volontés et une humeur naturellement brusque et violente, fût décrié parmi les gens ne bien, sans qu'il y eût de sa propre faute. Ce tidèle serviteur, quel qu'il fût , car l'histoire n'a pas dit sou nom, se jeta aux pieds de Sa Sainteté ; et, après lui avoir demandé pardon de ne l'avoir pas plus tôt avertie des rho.o-es qu'il avait à-lui dire, il lui découvrit toute la vie, tome la conduite et tous les

NAIRtv COM lit

crimes des trois frères ; et, lui révélant toute la honte de sa maison, lui fit connaître combien tous les gens d'honneur en étaient scandalisés, et combien son pontificat en était souillé.

Le saint vieillard tomba des nues. Après avoir reconnu la vérité de ce qu'on lui avait dit, il fut abîmé de douleur. Il ne savait comment punir ces coupables : la honte et la colère confondaient toutes ses pensée». Sur-le-champ il fit dire à tous ses parents qu'il leur défendait d'entrer dans son palais, et de se présenter jamais devsnt lui ; et, comme il était déjà fort tard, il fit avertir les cardinaux de se trouver le lendemain au consistoire. Aussitôt qu'ils furent assemblés, il leur adressa son discours, et commença par des plaintes et des reproches qu'il leur fit d'une manière grave et louchante, de ce qu'ils ne l'avaient pas averti de plusieurs choses qui s'étaient passées contre le bien public, et contre sa propre réputation. Puis il leur dit qu'il pouvait bien pardonner a des étrangers, puisqu'il avait été assez malheureux, pour être cruellement trahi par ses propres parents. IJl, il s'emporta avec véhémence contre leurs désordres, et priva le cardinal Carotta de sa légation de Bologne, de tous ses honneurs et de toutes ses charges ; il ôta à Jean le commandement de l'armée, et la charge de général des galères de l'Eglise ; il priva Antoine de la garde du Vatican, et leur commanda, a eux et a tous ses autres parents nu alliés, excepté le cardinal Alphonse, fils d'Antoine, jeune homme d'une conduite exemplaire, do sortir de la ville ce jour même. Il assigna a chacun le lieu de son exil, menaçant de faire punir rigoureusement tous cent qui leur donuerajonl quelque assistance. Il ajouta qu'ils méritaient de plus grands châtiments, et qu'il réservait à son successeui la gloire d'infliger h ces criminels les supplices qui leur étaient dus.

Après avoir donné un libre cours a s<w indignation, il s'arrôla. Il avait de l'énergie et «le l'éloquence, le regard effroyable, lorsqu'il était une fois échauffé. Aussi sou visage, ses yeux, sa voix épouvantèrent tellement l'assemblée, que les cardinaux qui, par leurs gestes, semblaient vouloir l'apaiser et lui demauder grâce pour ces misérables, n'osèrent entreprendre de parler en leur faveur. Enfin le cardinal Ranuce Farnèse, jeune homme recomuiandahle par sa douceur, voulut lui représenter respectueusement que Sa Sainteté ne les trouverait

1»eut-êlre pas si coupables si elle avait la Miuté de les entendre; qu'elle pouvait l*ur accorder la liberté de se justifier, ou peur le moins d'implorer sa clémence, et différer un peu leur condamnation. Mrtis le Pape l'interrompit en lui répondant : « Si Paul IJL, voire aïeul, eût puni avec la même sévérité les crimes de Pierre-Louis, votre père, les habitants de Plaisance ne l'auraient pas déchiré, et ne l'auraient pas jeté par les fenêtres, comme ils tirent. • Après cela, personne n'eut le courage de parler.

Le cardinal CarafTe, et 1rs autres, reçurent l'ordre de sortir de la ville ; on leur lit *»n'«'n;lre que, s'il pouvait y avoir pour eux quel pic espérance de pardon, ce n'était qriVn obéissant prompteroent. Ceux qui leur faisaient ordinairement la cour, ces flatteurs, ces faut amis qui sacrifient les devoirs de l'a mi lié et de l'honneur è leurs intérêts cl à leur fortune, les abandonnèrent à leur malheur. Commendon, qui n'était pas encore l>arti de Home, et qui n'avait eu aucun cornmerce avec eux , au temps de leurs prospérités, leur rendit, dans leur disgrâce, toute sorte de bons oflices, particulièrement nu cardinal, qui rendit des témoignages publics de la probité de Commendon. Car, comme le cardinal Vilelli le consolait a'i sortir du palais, et lui donnait quelque espérance d'une meilleure fortune, Ca rafle se tourna vers Commendon qui les suivait, et l'embrassant :« Pourquoi, » dit-il, « ne souffririons-nous pas patiemment notre disgrâce? Cet homme de bien n'a-t-il pas souffart généreusement la sienne? Si nous eussions suivi ses conseils, nous aurions évité les écueils où nous avons fait naufrage ; et noua n'aurions pas mérité la confusion qui nous couvre. »

Le cardinal se relira è San-Marino ; les autres en divors endroits, selon les ordres qu'ils avaient reçus. Le Pape cassa plusieurs ordonnances qu ils avaient portées, chassa tous ceux qu'ils avaient avancés dans les charges publiques ; déchargea le peuple de tous les impôts et de tous les tributs qu'ils avaient exigés sans son ordre. Bien que ces mesures fussent avantageuses au public, elles n'étaient pas agréables. Ou estimait qu'elles venaient plutôt d'un esprit de colère contre ses parents, que d'un mouvement de tendresse pour le peuple. Chacun était bien aise de voir punir des hommes qui avaient abusé de leur pouvoir; mais chacun jugeait aussi co qu'il avait à craindre d'uu Pontife qui ne pardonnait pas môme à ses proches.

Pour comprendre la frayeur que cet exemple de sévérité jela dans les esprits, il suffit de savoir que la femme du duc de Polinian, nièce du Pape, étant arrivée h Rome en eu même temps, sans être informée de ce qui s'y était passé, il ne se trouva personne qui osât la recevoir dans sa maison. Elle se présenta à la porte de tous les princes et de tous les seigneurs qu'elle croyait de ses amis; ils n'osèrent pas même la reconnaître. EUe descendit aux hôtelleries publiques; on refusa partout d*> la loger, chacun craignant d'offenser le Pape irrité. Elle fut obligé* de faire le lourde la ville avec tout son équipage, dans une mauvaise saison, par une •>(uic battante ; et, après avoir été comme le jouet de tout le peuple de Rome, elle fut reçue dans une chaumière écartée, par un homme qui ignorait encore la disgrâce des Ciroffe et l'indignation du Pape. Le lendemain, dès que le jour eut paru, elle prit le r lu- m in de Naples. Ce qui coutlrme encore la terreur qui s'était répandue dans Rome, c'est que le cardinal Caratle étant alleiut d'uue

fièvre violente, causée par le chagrin, et ayant envoyé quérir des médecins, aucun ne fut assez hardi pour se rendre fti.es prières ; oo n'osa oas même prier Sa Sainteté d'intervenir.

On ne doit point ici passer sous si lence la fin malheureuse de ces frères; efle peut servir d'exemple des révolutions humaines, et montrer qu'il n'y a rien de si faible que ceux qui s'appuient sur leur fortune et qui se (lent aux choses du monde, sans élever leur esprit vers le ciel. Nés d'une famille riche et puissante, ils furent bientôt ruinés pir le malheur des partis où ils s'étaient engagés. Ils demeurèrent longtemps en exil, dans une grande détresse, au point que Charles fut obligé de porter les armes pour avoir de quoi subsister. Ils étaient depuis montés à un tel degré de puissance, qu'ils osèrent espérer et entreprendre de se rendre maîtres du royaume de Naples; ifs furent même, pendant quatre ans, les arbitres de toutes les affaires de l'Eglise. Enfin ils furent chassés ignominieusement par leur oncle, qui les tint dans les lieux de leur exil, pendant le roste do sa vie. Pie IV, qui lui succéda, (il arrêter et condamner le cardinal et le duc de Palliano ; ifs périrent de la main du bourreau. — Paul IV étant mort, Commendon, qui ne pensait plu* b passer eu Grèce, retourna a Rome, dans le dessein de remettre son évêché entre les mains du nouveau Pape. Ses parents l'avaient retenu en Italie ; et, pour le détourner de son voyage de Zante, ils lui avaient représenté qu'il aurait peino a vivre dans celte Ile déserte et stérile, éloigné de tous ses amis, avec quelques misérables Grecs, gens sans honneur et à peine civilisés. Ne pouvant donc aller h son évêché, il résolut de le quitter. Cependant le Siinl-Siége ayant été vacant quatremois entiers, Jean-Ange de Médicts, Milanais, fut élu Pape, et se nomma Pie IV. Il cul une estime particulière pour Commendon. Il lui permit de se choisir urr successeur, ajoutant obligeamment qu'il n'était pas convenable qu'un hommo si capable de rendre des services importants h l'Eglise, fût éloigné de la cour de Rome : en effet, il lui commanda d'y demeurer. Ce Pontife,, voyant qu'une partie de la ehrélienlé était infectée des erreurs nouvelles ;. que l'Allemagne s'était séparée de la communion de l'Eglise; que le mal croissait de jour en jour; quMI était de son devoir de- chercher les remèdes nécessaires et d'arrêter de tels désordres, prit cette grande et louable résolution d'assembler un concile général. Il lit donc publier ses brefs apostoliques ; il en envoya dans toutes les provinces, ei il assigna le concile dans les formes accoutumées pour être lenu on la ville de Trenle. Paul III el Jules III, ses prédécesseurs, avaient déjà choisi pour le même objet celle ville, parce qu'elle est située sur la frontière d'Allemagne, el qu'ils avaient voulu pourvoir à la commodité de ceux pour qui principalement se devait tenir cette assemblée. Sa Sainteté résolut d'envoyer uo nonce à~

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tous les princes d'Allemagne, pour les inviter a se trouver au concile, et pour observer s'il y aurait quelque espérance de guérir des esprits gangrénés par la rnniag'on de tant d'hérésies naissantes.

Pour une mission si importante, il* fallait un homme intelligent et d'une fidélité éprouvée, profond dans la doctrine de l'Eglise, et capable de soutenir avec éloquence Ta cause de la religion. Plusieurs s'offrirent; planeurs firent agir des personnes puissantes, afin d'obtenir celte députalion. Nul n'était plus digne de celto mission de confiance que Commendon : il avait l'esprit éclairé et insinuant, une connaissance profonde des Jetlresdivineset humaines; sa vie était irréprochable; il avait toujours été plus grave et plus réglé qu'aucun autre. Aussi le Pape déclara qu'il I avait choisi pour cette ambassade; et, l'ayant fait appeler, il lui donna ses lettres de créance, avec ses instructions, et lui commanda d'aller trouver l'empereur Ferdinand, de lui exposer l'objet de son voyage, et de suivre les conseils que lui donnerait ce prince, pour ménager des esprits difficiles et prévenus de leurs erreurs. Commendon fil partir une partie de ses gens, avec ordre de l'aller attendre è Vienne. Il les suivit lui-même peu de temps après, passa par la ville de Trente, et se rendit à la cour de l'oraperour le 1" janvier 1561.

Auprès de l'empereur étaient deux nonces apostoliques. Stanislas Hosius , Polonais , évoque de Warmic, qui y résidait, et Zacharie Delplu'n, Vénitien, évôque de Phare, qui y avait été envoyé depuis peu pour les affaires de Hongrie, et qui avait ordre de passer chez les électeurs et chez tous les princes des bords du Rhin, pour les inviter au concile, pendant que Commendon pousserait plus avant en Allemagne, au delà du "Wéser et de l'Elbe.

Ces trois prélats conférèrent ensemble de ce qu'ils avaient à fairo, et le lendemain furent conduits au palais de l'empereur. Commendon fut reçu avec honneur par le prince, a qui il remit les lettres autographes que lui envoyait le Pape; puis il exposa avec autant de grâce que d'éloquence les internions de Sa Sainteté. Voici la substance de ce discours: i Pour arrêter les désordres qu'amenait tous les jours de plus en plus l'hérésie, le Pape Pie IV, après avoir imploré l'assistance du Ciel, et demandé les avis de tous les princes chrétiens, et notamment de Sa Majesté Impériale , avait enfin résolu de rouvrir le concile général de Trente, afin que les erreurs qui partageaient l'Europe eu tant de sectes fussent dissipées, que la paix de l'Eglise fût affermie, que la foi et la discipline des Chrétiens fussent ramenées a leur ancienne pureté, et que ceux qui s'attacheraient avec opiniâtreté à leurs opinions condamnées, fussent distingués des vérila- Lies Gdèles. Sa Sainteté avait déjà convié, par ses brefs apostoliques, touies les puissances de la chrétienté, en général; mais, par une grâce extraordinaire, par une inclination uarliculiôre qu'elle avait pour l'Al-

lemagne, elle avait bien voulu y envoyer l'évêque de Phare, et lui, |>our exhorter tous les princes, toutes les villes libres et tout l'empire, à concourir à la célébration du concile et a l'accommodement des affaires de la chrétienté ; qu'afin que les choses se lissent avec plus de facilité, et Que tout le monde pût agir sans aucune défiance, Sa Sainteté entendait que chacun pût venir, ea toute sûreté, so présenter & celte assemblée, soil qu'il eût des plaintes à éîever, snil qu'il eût des doutes à proposer; elle priait l'empereur de surpasser les autres princes en zèle, autant qu'il les surpassait en dignité; d'envoyer an plus tôt des ambassadeurs, qui pussent assister à l'ouverture du eoocile.el de seconder par ses soins, par son autorité et par ses conseils, les bonnes intentions du Pontife. »

L'empereur loua fort le pieux dessein do Saint-Père. Il prolesta qu'il serait toujours dans l'obéissance el dans le respecl qu'il devait au Saint-Siège, el qu'il rendrait, dans l'occasion présente, tous tes bon-; offices qu'on pouvait espérer de lui. Il avertit ensuite les nonces que les prinees protestants d'Allemagne avaient été déjà informés de la résolution qu'avait prise Sa Sainteté, do convoquer le concile; qu'ils avaient résolu de s'assembler eux-mêmes, pour conférer ensemble de leurs affaires, et qu'ils devaient so rendre, le IV janvier, àNnùmbourg, ville de Misnie, sur la Saale. 11 conseilla aui deui

Erélats d'aller trouver ces princes asserolés; do les exhorter tous en général, et de reconnaître ce qu'il y avaii è espérer de chacun en particulier; do se souvenir surtout

3u'il fallait agir avec douceur el aveu pruence, de pour d'aigrir , par une sévérité indiscrète, des esprits qui n'étaient déjà que trop révoltés. 11 leur assura qu'il enverrait, dans les occasions, des gens capables de les servir: et il fut d'avis qu'ils partissent surle-champ, parco que le temps approchait, et que la conférence de Naiimbourg serait terminée en peu de jours ; qu'ils vissent, en passant, le prince Ferdinand, sonlils, qui était à Prague, el qui leur donnerait des nouvelles certaines, sur lesquelles ils pourraient se régler.

Commendon n'approuvait pas ce voyage; il prévoyait qu'il serait difficile d'aborder ces princes el de traiter avec eux en particulier pendanl qu'ils seraient assemblés. Il savait que lesoul moyeu de les réduire était de les désunir, et qu'il était impossible de les diviser dans une occasion où ils se liguaient eux-mêmes pour dos intérêts communs, où ils n'auraient lous qu'une volonté, qu'un pouvoir, et où les plus emportés auraient sans doute le plus de crédit. Néanmoins, comme ses collègues étaicnl d'avis de suivre les conseils do l'empereur, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu du Pape, ils partiront de Vienne dès le lendemain.

Ils arrivèronlà Prague le septième jour, el, de là passant par les forêts de la Bohême, au milieu des neiges et des glaces, ils se rendirent à Naiimbourg cinq jours après, par un*

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saison très-rude. Les princes, qui y étaient déjà assemblés, n'envoyèrent point au-devant d'eux, el ne leur ren tirent aucundevoir deciviliré, d'ami.ié, ni d'hospitalité. Les noncj passèrentdeus jour» à reconnaître l'état des choses; après quoi ils furent d'ans que Delphin verrait en particulier le comte palatin du Rhin, et Commendon, le duc de Saxe, qui tenaient là le premier rang, en qualité d'électeurs du Saint-Empire. Ils envoyèrent l«*ur demander audience; mais les deux princes répondirent : « Qu'étant assemblés pour des intérêts communs, ils ne pou voient rien résoudre en particulier; qu'ils soumettraient la question è leur assemblée, et feraient savoir è ces Messieurs cequ'on y aurait arrêté. » Cependant ils furent d'avis do leur donner une audience publique, et de n'avoir aucune communication particulière avec des ambassadeurs qui venaient de la part de leurs adversaires.

Cette résolution prise, ils envoyèrent .es principaux de leurs amis, avec une compagnie des gardes du duc de Saxe, pour conduire les uonces dans le lieu do l'assemblée. Les deux prélats délibérèrent quelque temps s'ils accepteraient celle audience publique; mais, craignant de n'être pas reçus des antres princes d'Allemagne, s'ils avaient négligé l'occasion de traiter avec ceux-ci, ils jugèrent convenable de ne pas refuser co qu'on leur offrait. Ils montèrent dans uu carrosse qu'on leur avait préparé. Les Allemands, qui étaient venus pour le conduire, marchaient devant, à pied ; ce qui est une njir>]ue d'bouneur. Lorsqu'ils furent introduits dans l'assemblée, tous les princes se levèrent, mais ils ne leur présentèrent pas la main. Rendre celte civilité est, parmi eux, un témoignage d'amitié ; la refuser, une marque de mépris.

Les nonces leur remirent des lettres du Pape cl des copies du bref de la convocation du concile. Après qu'ils eurent pris leurs places, Delphin expliqua ce qui était contenu dans le bref apostolique cl s'étendit sur lus bonnes intentions de SaSuInleté, sur le pieux dessein qu'elle avait de remédier à tous les désordres qu'avait amenés le changement de religion ou !e renversement de la discipttnede l'Eglise dans toute la chrétienté.

Après ce discours, Commendon prit la parole et représenta è l'assemblée: « Que le temps était favorable pour la célébration du concile, puisque la pait venait d'être conclue entre la France et l'Espagne; que Dieu avait donné à son Eglise un Souverain Pontife qui mettait tous ses soins et toutes ses pensées à rétablir le culte divin et 5 remettre la religion dans sa purotô ; que si, par la négligence des prélats, il s'était glissé dans les «érémonies publiques quelques abus qui fussent contraires 5 la dignité de la foi chrétienne, il était dans la résolution de les alx>lir; que, pour co qui concernait les relâchements et les dérèglements des mœurs, il prétendait les corriger et les ramener aux formes do la discipline ancienne; que tous les Chréticus dotaient se

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réjouir de la célébration d'un concile qui rétablirait la foi et la piété des siècles passés ; que ceux mômes qui se trouvaient engagés dnns les opinions nouvelles, soit par leur propre erreur, soil par la persuasion de quelques dorteurs qui abusaient des saintes Ecrilures,devaient en être satisfaits »

Il leur dit ensuileque le satut des ho nr es dépend de la foi; que celle foi ne peut ê're véritable, si elle n'est une; qu'elle ne doit pas être réglée par los passions et par le* caprices do quelques particuliers, mais par le consentement universel de l'Eglise, fondé sur la révélation dos Ecritures, et quo la vérité ne peut éire mieux recherchée m mieux expliquée que dans une assemblée générale composée des hommes les plus savants, des plus sainls personnages, qui n'entreprendraient rien qu'après avoir imploré le secours du Ciel par des prières et par des sacrifices el qui n'agiraient que d'après leur conscience et par lés mouvements intérieurs du Saint Esprit ; qu'il ne fallait point différer les remèdes, puisque les maux étaient pressants; que les affaires prenaient un cours dangereux depuis que les auteurs de nouveautés su donnaient la liberté de dépraver el d'expliquer selon leur sens les instructions et les préceptes de l'Evangile, el que, s'insinuent dans les esprits des peuples grossiers, ils se soutenaient par la faveur el par la force de la mult lude;que, par co moyen, ils ébranlaient les fondements de la religion, et qu'affaiblissant ainsi l'autorité des lois et des coutumes de l'Eglise, ils donnaient lieu h des désordres donl ils avaient déjà de fâcheuses expériences; que la religion n'étant pas une intention des hommes, mais une institution de Dieu même, on ne pouvait y toucher, en rien retrancher, y rien accommoder à son sens particulier, sans se rendre coupable devant Dieu du plus grand de tous les rrimes, sans tomber dans l'aveuglement, dans l'impiété et dans la révolte; que, s'il était permis è chacun d'interpréter les Livres sacrés il sa manière, il y aurait autant de sentiments différents que de personnes.

Il leur rapporia des exemples des premiers siècles el leur représenta que les saints qui nous ont eus igné les vérités qu'ils avaient apprises de Dieu même, el qui ont répandu h'ur sang pour les confirmer, éiaienl si éloignés de cet orgueil que, dans los controverses qui s'élevèrent parmi les Chrétien* dans Alexandrie, au sujet des lois d»i Moïse, saint Paul el saint Barnabé n'osèrent rien déterminer, mais qu'ils allèrent à Jérusalem soumettre le différend dans le concile des Apôtres, et qu'ils s'arrêtèrent è leurs dérisions ; que de là venait la foi solide el uniforme des Chrétiens, tandis que celle des autres était toujours faible et toujours changeante; que le rulle de la Divinité, fondé sur des principes d'une immuable sainteté, se fortifiait par la longueur des siècles ; mais quo les inventions des hommes, qui ne plaisent que par leur nouveauté et qui ne s'établissent que par ca-

IMCTIONN MRK

prirc, se dissipent avec lu temps; qu'on avait vu naître des hérésies qui, après avoir d'abord ébloui les peuples, avaient comme vieilli dès leur naissance; qu'on voyait tous les jours des esprits inquiets qui Menaient de renouveler les anciennes ou d'en forger de nouvelles ; que, dans cet excès de licence, il était impossible de donner des bornes à la témérité et à l'orgueil de l'esprit humain, qui ne craignait point de se plonger dans les abîmes de l'impiété, et qu'on pouvait croire que ceux qui allaient d'erreur en erreur et qui s'attachaient a toutes les nouveautés, après avoir souvent changé de religion en peu de temps, n'en auraient aucune; qu'il fallait donc mettre fin à ces divisions et empêcher que celte contagion ne so répandit et ne s'attachât à toutes les parties de la Chrétienté; qu'ils étaient donc priés d'envoyer leurs ambassadeurs pour proposer leurs doutes et les raisons qu'il avaient de se séparer de nous.

Les Allemands écoutèrent ce discours avec assez d'attention, mais ils n'en furent pas touchés. Ils s'étaient assemblés pour s'occuper de leurs intérêts plutôt que de ceux de la religion, e.t leur dessein n'était pas de chercher les moyens de rendre la paix a l'Eglise, mais de pourvoir à leur sûreté en renouvelant leurs alliances, dans la crainte qu'ils avaient que les princes catholiques ne se liguassent contre eux pour les obliger à obéir aux décrets du concile, à rendre les biens qu'ils avaient usurpés sur les églises, et a se remettro sous l'obéissance du Saint- Siège.

Pendant que .es nonces parlaient, quelques-uns des Allemands qui assistaient à cet e audience recueillirent toutes leurs paroles et écrivirent avec application les deux discours. Les princes ne répondirent alors autre chose sinon qu'ils délibéreraient entre eux sur les propositions qu'on venait de leur faire. Alors les deux prélals se retirèrent avec In même suite et le même équi-

(>ago qu'ils étaient venus. Environ une ieure après on vit arriver des hommes choisis parmi les conseillers des princes. Introduits, ils rendirent aux nonces les lettres que lePape avait écrites h leurs maîtres et leur parlèrent en ces termes :

« Nos princes ne se sont pas aperçus, lorsque vous leur avez rendu ces lettre-, que l'évêque de Romo les appelait ses entants. Comme ils ne le reconnaissent pas pour leur père, ils ont résolu de ne recevoir ni cette qualité qu'il leur donne, ni ces lettres qu'il leur envoie. » Commendon leur

quelques jours quelle serait l'issue de cette alfa ire.

Cependant te? princes, après avoir renvoyé les lettres et otaminé le bref du Pape, concertaient entre eux ce qu'ils avaient a répondre. Leurs avis étaient autant d'invectives. Ceux qui parlaient avec le plus d'emportement et de mépris contre la cour d« Rome, étaient les plus agréables h l'assemblée et passaient pour les plus zélés défenseurs de la liberté de l'Allemagne. Le duc de Witlemberg se faisait remarquer entre loua les autres, tant parce qu'il était naturellement fier et emporté, que parce qu'il avait usurpé plus de cent mille écus d or de revenu sur des églises dont il avait chassé les

risteurs légitimes. Tous les autres avaient peu près les mêmes intérêts. Mais ce duc, oui était d'autant plus animé contre les Catholiques qu'il était nlus riche des dépouilles de l'Eglise, blâma hautement la hardiesse indiscrète du Pape d'avoir entrepris de les appeler au concile et de vouloir les séiuire par des paroles et des espérances ftatteases, jusqu'à ce qu'on pût pnr force ou par adresse les remettre encore sous le joug de leur ancienne servitude C'est par son avis que les lettres du Pape furent renvoyées et que depuis on répondit aux nonces avec tant de fierté.

Depuis trois jours ils attendaient avec impatience qu'on les appelât dans l'assemblée pour leur donner quelque réponse, lorsqu'ils furent avertis que dix conseillers, accompagnés d'un grand nombre de protestants, demandaient 6 leur parler de la part des princes. Les principaux de ces dépotés étaient Misquitz et Grégoire Crncovius,om> fidents, l'un du comte palatin et l'autre du duc de Saxe. Ils furent tous introduits cl reçus avec beaucoup de civilité et de témoignages d'amitié. Cracovius, qui savait plusieurs langues et qui ne manquait pas d'éloquence, porta la parole, et s adressant aux nonces : « Les princes d'Allemagne, > leur dit-il, « ne peuvent comprendre les raisons qu'a eues le Pape de leurenvoyer des ambassadeurs. Les croit-il capables de changer de sentiments 7 Espère-t-il pouvoir ébranler leur constance? Ignore-t-il quelle est la religion et la créance des Allemands? Il J » trente ans qu'ils en ont fait h Augsbourg une profession publique adressée à l'empereur Charles V, écrite dans les formes et confirmée panles témoignages évidentsdes Ecritures.^ n'est pas sans de grandes raisons qu'ils se retirèrent a'orsde la juridiction et de la puissance des Papes qu'ils reconnaissaient auparavant, et comme ils se séparèrent avec justice de \*

répondit que le Pape les traitait comme il communion de ces esprits ambitieux qui, a«t avait accoutumé de traiter l'empereur même lieu d'avancer la xlotre du nom de Jésus-

et tous les autres princes chrétiens. A peine eurent-ils entendus la réponse qu'ils laissèrent b s lettres et se retirèrent. Les nouées jugèrent bien que leur ambassade était inutile, puisqu'on ne voulait pas recevoir leurs

Christ, ne travaillent qu'à établir leur grandeur et leur puissance particulière, ils n'ont pas résolu présentement d'obéir à Pie IV, qui les invite au concile, parce qu'ils sont persuadés qu'il n'a nui droit de le faire.

.lettres de créance; mais narco qu'on avait C'est une chose étrange qu'il veuille s'énjgardô les copies du bref de la convocation du ger en arbitre des controverses et des diûV- .concilc, ils résolurent d'attendre encore rends do l'Eglise, lui qui est la source d«

toutes les dimions, et qu'il's'ét.iblisse luimême juge 4e la vérité, lut qui l'Attaque et qui fa méprise plus cruellement que tous les autres.

« Qui ne Mit que c'est ln principale oc- ' rupalion des Papes d'armer les nations les unes contre l«s autres et de jeter partout des semences de division pour augmenter leur puissance ou leurs revenus par les troubles des Etals et par la ruine des peuples? Quelles violences et quelles cruautés n'exereent-ils pas contre ceux qui [tassent de l'adoration qu'on rend à leurs personncs»el à leurs idoles à une solide piété ? Combien de superstitions ont-ils introduites parmi les Chrétiens? N'ont-ils pas répandu des ténèbres qui couvrent encore aujourd'hui les lumières Je l'Evangile? El ne souffrent-ils (•as des erreurs plus grossières et plus criminelles que les païens n'en souffraient autrefois avant la naissance de Jésus-Christ? Ce qui me parait encoro plus horrible, c'est que vous donnez de beaux noms à de mauvaises choses; que vous couvrez l'impiété sous des apparences de vertu, cl qu'étant vous-mêmes les corrupteurs des mœurs et de la religion, vous voulez passer pour les auteurs et pour les défenseurs des lois de l'B^ise.

• Nous «ommes assurés qu'il y a, dans toutes les notions, des gens d honneur, zélés l'our la paix et pour le bien public, qui souhaitent avec passion qu'on retranche et qu'on abolisso ces vaines tromperies el ces imouretés qui rendent l'Eglise difforme, et qu'on rétablisse cette discipline pure, véritable et conforme aux maximes évangéliques. Les Papes devraient avoir ce soin, eux qui prennent, depuis tant de siècles, des litres si orgueilleux dans la république chrétienne et qui onl usurpé l'autorité souveraine sur les choses saintes. Mais il n'est que trop certain qu'ils ne s'attachent qu'à la passion déréglée qu'ils onl de dominer el qu'ils songent plutôt à entasser des su lésinions qu'à régler ce qui regarde le culle de Dieu.

c An reste, vous avez tort de nous accuser d'être légers, de suivre tous les jours des opioions nouvelles, et de nous jet.-r aveuglément dans des socles qui se contredisent, puisque nous n'avons qu'une même volonté, et quo nous souscrivons tous a celte formule do fui, que nous avons diesaée a Augsbourg par ordre de l'empereur. Hos princes vous déclarent qu'ils ne s'en écarteront point, et qu'ils ne souffriroul j* mais que le Pape leur donne la loi. Les Allemands ne relèvent que de l'empereur; c**sl leur prince; c'est leur chef; c'esl l'arbitre de tous les différends qui s'élèvent dans la chrétienté ; c'est à lui seul qu'apwrlient le droit d'assembler des conciles ^légitimes. Lorsque ses ambassadeurs seront •rrivés, nos princes s'expliqueront avec eux »ur ce sujet. Mais ils sont résolus a n'avoir jamais aucune communication avec le Pape. Pnur vous, Messieurs, parce qu'ils onl appris ,|ue vous élus sortis des plus illustres

familles de Venise, el que vous êtes illustres vous mêmes par votre vertu et par votre sagesse, ils ont beaucoup d'estime el de respect pour vos personnes ; et vous en auriez reçu des marques publiques, si vous fussiez venus comme parliculters, et non nom mu ambassadeurs du Pape. • (Trad. do Flécuikb.)

Les nonces, après avoir entendu ce discours, furent quelque temps à délibérer; ils jugèrent à propos d'y répondre. Alors Coramendon prenant la parole: « Je loue,» leur dit-il, « la prudence do vos princes, de n'avoir pas voulu au'on nous rendtt, en leur présence, une réponse si désobligeante et si injurieuse. Mais quelle justice y a-t-il de parler avec tant d'aigreur el d'emportement contre ceux qui vous envoient des ambassadeurs jusque dans le fond de l'Allemagne, pour vous témoigner l'affection qu'ils ont

Cour vous, el le soin qu'ils prennent du ien public ? Je vois bien que vous tenez de vos docteurs cette injuste coutume, de combattre par des médisances ceux qui vous convainquent par vos raisons. Mais la vérité est invincible; les injures et les calomnies, loin de l'opprimer, la font éclater davantage. Pour moi, Messieurs, je suis obligé de vous répondre, mais j'ai résolu de ne point vous imiter, afln que vous connaissiez que j'ai de l'avantage sur vous, nonseulement par la justice de la cause que je défends, mais encore par la modération que j'observerai dans mon discours.

« Nous avons assez expliqué, en présence des princes, mon collègue et moi, les intentions du Pape Pio IV, el le dessein qu'il a, en invitant les Allemands au concile. Il ne pense qu'au salut el au repos de la chrétienté et particulièrement de l'Allemagne, quoique lout vous soit suspect el que vous interprétiez ses sentiments comme il vous plaît. Nos ancélres onl reconnu qu'il n'y a pas de remède plus salutaire pour guérir les plaies de l'Eglise que l'autorité d'un concile. On a révéré de lout temps la majesté et la saintelé de ces assemblées; et ceux mêmes qui, par leur erreur ou par leur crédulité, s'étaient séparés de l'Eglise, ont regardé leurs décisions comme des oracles et comme des ordres venus du ciel. Combien de fois est-il arrivé que des provinces infectées du venin contagieux des hérésies, oui été remises dans la saine doctrine par les conciles? Y a-t-il quelqu'un qui soit assez présomptueux pour se croire plus sage que loute l'Eglise réunie, et qui ose s'opposer au consentement de ceux que Dieu nous a donnés pour être les interprètes de ses vérités; a qui il a promisse présence dans tous les siècles, el de qui il a souvent confirmé les décrets par de» miracles ?

« Vous parlez du droit de convoquer les conciles commo d'une prétention imaginaire. D'où vient que vous attribuez aux empereurs un pouvoir que Dieu et les hommes ont donné aux Pontifes romains, depuis la noissaucc do l'Eglise, cl (pie u'ac»

DES CA [tDIX AUX.

733 COM DICTK

copte pas l'empereur Ferdinand môme a qui vous le «Inférez? Ce prince est Irop éclairé ri trop religieux, pour ignorer ou pour usurper 1rs droits du Souverain Pontife. I! n'est pas nécessaire de vous les expliquer ici. Tout le monde sait le respect dont les plus prands empereurs ont toujours entouré le S.iint-Siége.... Pour ce que vous dites, que ce serait au Pape è réformer le siècle, et à rétablir la discipline, nous en sommes d'accord avec vous. Pie IV, dès los premiers jours de son pontifient, nVt-il pas entrepris de le faire? N'y havaille-l-il pas incessamment T II veut remédiera tous les désordres. Il exhorte tout le monde b contribuer è la paix de l'Eglise. Il veut régler et décider toutes choses par l'autorité d'un concile. Vous avez lu le bref; vous avez pu avoir des nouvelles de Rome, si ce n'est que vous «oyez résolus de tourner tout en mauvaise pari, et que vous ne vous arrêtiez qu'aux choses qu'il faut corriger, sans vous inquié er de celles qui sont justes et louables.

• Faut-il que je réponde h cette partie de vo're harangue, où vous nous accusez de superstition, de relâchement, de ténèbres répandues sur les vérités de lEvangile? Il est aisé a juger que la haine «le la vérité et le plaisir do médire vous ont aveuglés. Nous pourrions dire à la gloire de l'Eglise romaine, qu'elle s'est rendue plus illustre que toutes les autres, par les soins qu'elle a eus de porter plus loin la gloire du nom de Jésus -Christ , et la connaissance de son Evangile. Mais nous n'avons accoutumé de nous glorifier qu'en celui qui justifie les pécheurs , et qui récompense les justes. Vous pouvez pourtant apprendre, par toutes les histoires anciennes , que ces grands évoques, qui ont été si célèbres par leur piété et par leur doctrine, depuis lo siècle des Apôtres, ont toujours eu rerours è l'Eglise de Home, dans les difficultés de la religion , et se sont arrêtés a ses décisions. Je pourrais vous citer des rois de tout» s les parties du monde, et des nations les plus éloignées, qui ont député à Romo pour se faire instruire de nos mystères. Je pourrais vous nommer un nombre presque infini de peuples que l'Egliso a retirés de l'impiété et des erreurs honteuses où ils étaient plongés, pour les amener sous des lois plus pures, sous un culte plus saint. Il n'y a presque aucune province qui ne lui doive le bonheur d'avoir reçu, ou d'avoir conservé In religion catholique.

« Je ne m'arrêterai point aux autres; pourquoi vous chercher des exemples au loin? D'où avtz vous tiré la connaissance de la loi chrétienne? Qui sont ceux qui ont été vo« maîtres? D'où vous est venue la lumière de l'Evangile? Si vous êtes Chrétiens, si vous avez cessé d'être barbares, pouvezvous nier qu'après Dieu, vous n'en ayez I obligation a l'Eglise romaine ? C'est ello qui a jeté les premiers fondements de la piété, qui vous a instruits des mystères, qui vous a donné les lois de la véritable adoration, qui vous a honorés de la gloire et

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