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line», elle ; amena la cherté dans les vivres. Le Pape y envoya le cardinal Paracciani, évêque de'Sinignglja, Mosca el Riviera, depuis cardinaux, pour examiner les dommages. Il fil réparer les brèches causées par I» débordement des eaux. Il envoya d'abondantes aumônes dans la Marche d'Ancôiie, dans rOmhrie el le Lalium, où la maladie • i la misère enlevaient encore lous les jours Iwaucoup de monde. Lui-même fut trèsinalado. Ses continuelles faligues avaient épuisé ses fores. Son aslhme le tourmentait au poiul qu'il avail peine a respirer. La fièvre le prit avec de violenls maux de tête, el des coliques qui, pendant plusieurs jours, firent craindre pour sa vie. Mais il se raé- •nageofil *i feu que, dès que la fièvre eut cessé , il repiit ses occupations ordinaires.
Il avait dans l'esprit que l'empereur ne devait pas s'arrêter en si beau chemin; que, dans le campagne suivante, il pouvait facilement achever la conquête de loule la Hongrie par la prise de Belgrade; et que lès .Vénitiens devaient profiler de l'épouvante dos Turcs pour lâcher du reprendre sur eux leur ancien ascendant. Il s'occupa dune des moyens a employer pour leur continuer les secours qu'il lour avail procurés précédemment.
Il plaça sur les autels le bienheureux François Régis, Jésuite français, et il ordonna que la solennité de la béatification se- fit dans l'église de Saint-Pierre avec cette >orapo qu'il trait coutume d'établir dans es grandes cérémonies de l'Eglise 11 apaisa quelques nouveaux (roubles qui étaient survenus aux Indes parmi les missionnaires. Jl rétablit la discipline dans quelques églises de Pologne et de Russie. Il créa un patriarche toujours permanent à Lisbonne, «I lui accorda des droits el des privilèges semblablos & ceux dont jouissaient le patriarche de Venise et l'archevêque de Salizbourg. Il réconcilia le prince Emmanuel avec «on frère, le roi de Portugal, et il eut la consolation d'apprendre que les princes Guillaume et Adolphe do Saxe avaient abjuré leurs erreurs; qu'en Mésopotamie et eu Syrie qualquos évoques schisinaliques s'étaient réunis par ses soins à la foi orthodoxe, et que plusieurs prêtres, adhérents à leur «chiswe, les avaient suivis dans leur retour à l'Eglise. La conversion de Guillaume ue fut pourtant pas de longue durée.
Do tout temps, Rome a été en possession d'avoir dans sou seiu des étrangers qui s'y rendent de toutes les parties du monde, pour admirer les chefs-d'œuvre do tout genre que renfermo celle ville, la plus ancienne et la plus illustre des capitales. Sous le pontifical de Clément XI, leur nombre s'était beaucoup accru, tant par le désir qu'ils avaient de voir un Pape d'une si haute réputation, que par le bon accueil qu'il leur faisait. En 1716, le prince électoral de Bavière, depuis empereur sous le nom de Charles VII, en était h peine sorti, que les £eui princes Clément el Philippe, ses frè*
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res, vinrent y fixer leur séjour. On y vu aussi plusieurs seigneurs espagnols el portugais, le prince Alexis, Gis du czar Pierre, une princesse de Valachie, venuode Conslântinopleavec les deux princes ses enfants, et Jacques III. roi d'Angleterre. Le Pape tes entoura d« toutes sortes d'attentions, les combla de politesses, et, sans se borner aux honneurs du trône qu'il déféra au roi d'Angleterre, il lui donna lous l*s secours que démon lait la situation du prince.
Quoiqu'en se retirant en Italie celui-ci eûl pris le nom de chevalier de Saint-Georges, et qu'il eût résolu d'y mener une vie privée, Clément XI voulut qu'il y fût traité elenirclenu convenablement a sou rang. Il envoya eu-devant de lui Charles Albani, soc neveu, qui le rencontra à Bologne, et le conduisit à Pesaro, oû il s'arrêta quelque temps. Arrivé à Rome, le prince y fui visité de tout le Sacré Collège. Il en reçut les mêmes honneurs qu'on rend aux rois,assis sur leurs trônes. Le Pape lui envoya Vingt miHe écus d'or, el lui assigna des revenus annuels sur son trésor. 11 lui donna pour séjour la ville d'Urbin, oû se trouve un palais digne de la majesté d'un roi : il le fil meubler avec magnificence. Afin même que le
6 rince eût un plus grand air d'autorité dans rhin, le Pape en relira le cardinal légat, qui y commandait au nom du Sainl-Siég»-, et il lui substitua Salviati, avec lequel le roi d'Angleterre avait été autrefois inlimoment lié à Avignon.
Lord Peleiborough voyageait alors en Italie ; on le soupçonna de vouloir attenter à la vie du roi d'Angleterre; on crut même en avoir des indices suffisants, el on le déféra au cardinal Orighi, légal de Bologne, qui le fil arrêter el enfermer au fort Urbain. Les Anglais sont extrêmes en tout; ils menacèrent d'aller mettre loul a fou et à sang a Civita-Vecchia si on ne relâchait le prisonnier: ils s'adressèrent a l'empereur pour obtenir sa liberté. Le Pape répondit simplement qu'il avait pris chez lui le roi d'Angleterre sous sa sauvegarde; qu'il allait examiner par lui-même sur quel fondement on pouvait avoir eu des idées si désavantageuses du seigneur anglais; que, s'il la jugeait innocent, il n'avait besoin d'aucune sollicitation pour le renvoyer absous; mais ue, s'il le trouvait coupable, il était du roit des gens qu'il en fil un exemple. Les soupçons étaient violenls, les conjectures fortes, mais les preuves u'élaieul pas su Misantes pour constater un tel attentat. L ml Peterborough fut mis en liberté avec ordre néanmoins de sortir des Etals pontificaux, et défense d'y rentrer.
Cesatraires terminées, Clémoni XI revint à son plan qui était qu'on profilât du l'éimuvante des Turcs pour les poursuivre ;>nr terre el par mer. Ils ne laissèrent pas «Je reparaître en Hongrie, et firent les derniers elTorls pour réparer leurs pertes, ils miretit sur pied une armée de trois cent mille hommes, el.s'avancèrent jusqu'à Belgrade.
Le prince Eugène les avail prévenus, el il
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en avait déjà formé le siège. Bientôt il se trouva comme investi lui-même et pris entra deux feux. Nul convoi ne pouvait plus lui arriver; nulle issue pour se dégager.
Le» Turcs eux-mêmes le tirèrent de cet embarras. A l'entrée d'une nuit obscurci! apprit par un transfuge que, dès lu lendemain matin, l'armée ennemie devait l'assaillir de tous oAlés, et que la plus grande partie de la garnison avait ordre de faire auparavant une vigoureuse .sortie pour Tôt» tirer du coté de la ville. Sur cet avis, il résolut do prévenir les ennemis et d'inspirer par la une nouvelle ardeur à ses troupes. Il était essentiel de commencer par so saisir de quelques postes avantageux , occupés parles Turcs, et d'où pouvait dépendra le gain de la bataille. Par un de ces bonheurs qui paraissent ménagés de la main de Dieu même, il sejforraa une heure avant le jour un brouillard si épais qu'on ne voyait rien à quatre pas de soi, et qu'à son le«ert le soleil môme fut du temps à le dissiper. A la faveur de ce voile, Eugène sortit sans bruit de ses retranchements. Il surprit les détachements ennemis qui occupaient }p$ hauteur», et il les en chassa. Dès lors, la bilaitle s'engagea. Enfin le brouillard s'étant dissipé, les Turcs s'apercevsnt de la perte qu'ils venaient défaire en quittant les hauteurs dont ils avaient été chassés, commencèrent à perdre courage. Cependant, forts de leur nombre, ils assaillirent avec fureur. Les impériaux, conservant toujours les postes dont ils s'étaient emparés, les reçurent avec une contenance qui était pour oux un gage de la victoire. Elle se déclara en effet pour eux. Il resta du côté des Turcs plus de vingt-cinq mille morts; ils y eurent presque autant de blessés. On fit sur eux un grand nombre de prisonniers. Les imjtériaux trouvèrent sur le champ de bataille plus de 1V0 pièces de canon, plus de 100 mortiers, et les richesses de l'Asie sous des tentes magnifiques que le prince Eugène abandonna à I avidité du soldat. Cette action cécisive se passa encore en août 1716. Dès le lendemain, les assiégés consternés do la déroute de leur armée, se rendirent au vainqueur. Ils lui livrèrent la ville et la citadelle de Belgrade; et, au moyen de cette nouvelle conquête, l'empereur se vil maître de toute la Hongrie.
^ Le Pape en ressentit une vive joie. Dès l'ouverture de la campagne, il avait ordonné a Rome des prières publiques pour le succès des armes des Chrétiens, et il les avait continuées avec ferveur. Quand il reçut, avec quelques drapeaux, la nouvelle que
I empereur lui donna d'une victoire si coinl'Ièie, il les distribua dans celles des églises de Rome qui sont dédiées è la sainte Vierge.
II tint son consistoire, où il donna dans la Personne d'Emeric Czaki un cardinal à l'Allemagne. Il offrit le sacrifice pour les âmes de* Catholiques qui avaient péri dans la bataille, et ordonna que chaque prêtre à Rome (fit la Mette pour eux à certains jours, assi-
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gnant à chacun une rétribution pour cet objet.
Les Vénitiens no laissèrent pas d'avoir aussi leurs succès sur mer et sur terre. Pour effacer le blâme qu'ils avaient encouru, d'avoir Irop lardé à se mettre en mer, ils firent voile dès le commencement du printemps, et prévinrent la flotte ottomane. Ils allèrent droit aux Iles de l'Archipel, pour la combattre â son passage, sans attendre mémo la flotlo auxiliaire. Les Turcs n'avaient pas encore osé sortir des Dardanelles lorsque, sur la lin de mai, ils crurent pouvoir le faire A l'aide d'un bon vent. Les Vénitiens les arrêtèrent. Après quelques volées de canon, qui emportèrent Plangini, amiral des Vénitiens, la flotte ottomane leur échappa. Il y eut encore une rencontre en juillet; mai* les Turcs trouvèrent de nouveau le moyen de s'éloigner, et do regagner les Dardanelles.
Peu de jours après, la flotte auxiliaire joignit l'armée navale des Vénitiens. Le Papo en avait nommé général le commandeur do Bulle Fontaine , connu a Malte par son expérience et sa valeur. Le secours consistait en onze vaisseaux de guerre qu'avait envoyés le roi de Portugal, et dans le môme nombre de galères, nu d'autres bâtiment* que le Pape, le grand -duc de Toscane et le
Îjrand maître de Malte, Raymond de Perelos. avaient fournis Tannée précédente. Clément XI les avait renforcés de quelques gros vaisseaux et do troupes do débarquement. Mais les fiénois ne fournirent rien, et le secours d'Espagne qu'on disait devoir consister en seize vaisseaux de ligne, no paraissait point. Dans l'attente de leur arrivée, la flotte des Chrétiens résolut de faire
Siuelque entreprise sur terre. Ils allèrent ondre sur Sainte-Maure, péninsule située entre les Iles de Zante et de Corfon. Les Turcs l'avaient prise sur les Vénitiens au commencement de la guerre. Les Chrétiens la reprirent sur les Turcs. Se répandant ensuite sur le littoral de l'Elire, ils so rendirent m .dires de Butrinle et do quelques autres places qui, malgré une vigoureuse résistance, furent obligées de se rendre a discrétion.
Lo plan était do reconquérir la Morée. 11 leur aurait été d'autant plus facile d'y réussir, que leurs dernières conquêtes venaient d'y répandre la terreur, et que la flotte ottomane, n'osant plus se montrer, n'aurait pu la secourir. Mais la mésintelligence s'étant mise parmi les chefs, comme il est ordinaire entre des commandants de différentes nations, il fut résolu qu'on attendrait les Espagnols, et qu'on se contenterait do tenir la me-, pour empêcher les Turcs do tenter aucune entreprise. Los Espagnols ne parurent pas. On s'en étonnait: carie concert était rétabli entre les cours de B »rae et de Madrid. Aldrovandi, nonce en Espagne, avait écrit au Pape que toutes les anciennes difficultés venaient d'être aplanies, grâco au zèle d'Alboroni, et que la flotte espagnole allait partir de Cadix pour le Levant. Le Pane
avait été si satisfait de ces nouvelle, il comptait si bien sur le départ de l'escadre -espagnole pour le Levant, qu'il avait fuit Atberoni cardinal. Néanmoins celte escadre ne parut point dans l'Archipel. La flotte auxiliaire se sépara, et chaque nation su rôtira dans ses ports.
La raison pour laquelle le roi d'Espagne n'avait pas envoyé sa<flotte dans le Levant, provenait d'une insulte faite à son grand inquisiteur. Joseph Molinez était à Romo lorsque le roi d'Espagne le nomma grand inquisiteur dans son royaume. Non-seulement l'Empire et l'Espagne n'élaient pas en guerre l'un contre l'autre, mais encore l'Es* pagne était venue Tannée précédente au secours de l'Empire, en envoyant une escadro contre tes Turcs, dans le temps que l'empereur leur faisait la guerre en Hongrie, et actuellement elle équipait seize vaisseaux et des galères; pour ménagera l'empereur la même diversion. Indépendamment de celte circonstance de paix, qui devait persuader à Molinez qu'il trouverait les passages libres dans les Etats d'Italie de l'empereur, en partant de Rome, il avait, pour plus grande précaution, pris un passe-port de son ambassadeur auprès du Saint-Siège. Malgré cela, quand il passa par Milan, on l'y arrêta par ordre de l'empereur, et on le mil en prison avec tous ceux de sa suite. Le roi -d'Espagne regarda cette arrestation comme une hostilité qui demandait vengeance.
Ainsi, au lieu d'envoyer ses vaisseaux au secours de l'empereur, il résolut socrèiement de s'en servir pour aller fondre sur les Etals que possédait ce prince en Italie. Le Pape écrivit a l'empereur que la mesure qu'il venait de prendre, était contraire au droit des gens et à l'immunité d'un ecclésiastique constitué dans uno si haute dignité. Pour toute réponse, on lui Ht savoir qu'on avait de secrètes menées à reprocher à Molinez; qu'on voulait bien que ce fût le Pape qui en connût; mais qu'en attendant Molinez serait étroitement gardé dans les prisons de la citadelle de Milan. Pour surcroît de malheur, Molinez y mourut peu de temps après.
Sous prelexle de se venger , le roi d'Espagne envoya en Sardaigne [17 17] la môme llolie qu'il destinait contre les Turcs. Elle alla mouiller devant Cagliari. Elle débarqua des troupes qui eu formèrent le siège, et dans l'espace de deux è trois mois, elle enleva à l'empereur l'Ile entière de Sardaigne. Plusieurs crurent que depuis longtemps celte expédition avait été projetée par le cardinal Alberoni, et que le projet d'envoyer cette année-là une escadre clans le Levant n'avait été qu'un voile pour couvrir le dessein qu'on avait conçu a Madrid d'attaquer l'empereur en Italie , pendant qu'il étaii occupé contre les Turcs. Quoi qu'il en soil, Clément XI, étranger à toutes ces menées, n'en pouvait qu'être extrêmement allligé pour bien des raisons.
De son coté , l'empereur , voyant que la t*?-'Jaigue lui avait él'é eulevée en si peu de
temps, parut craindre qu'il n'y eût contre lui une conspiration de tous les princes d'Italie. Il s'en prit surtout au Pape, pour contenir tous les autres par son moyen. Il l'accusai d'être entré dans le complot, (oui imaginaire qu'il était. Il lui reprocha d'avoir violé sa parole , de s'être secrètement concerté avec le roi d'Espagne ; il te menaça de sa vengeance, si on ne mettait fin à de telles hostilités. En même temps il lit défendre au nonce de Vienne de paraître en sa présence, on même h la cour. Il envoya ordre à celui de Naples de sortir du royaume dans les vingtquatre heures. Il y prescrivit le séquestre de tous les revenus des bénéfices vacants, et abolit le tribunal qui y était érigé pour subvenir a l'entretien de la basilique do Saint- Pierre do Rome.
Tout cela ne se faisait de ta part de l'empereur, que pour forcer le Pape à lui ménager au moins une suspension d'armes auprès du roi d'Espagne; et le Pape n'avait pas besoin d'y être excité. Sa perplexité élait gmnde : comme il ne pourrait plaire au roi d'Espagne sans mécontenter l'empereur, il ne pourrait non plus contenter l'empereur sans déplaire au roi d'Espagne. Néanmoins il espéra qu'après avoir , de part et d'autre , essuyé d'abord quelques mauvais moments, il en sortirait è la satisfaction de tous les deux ; et c'est ce qui arriva. Il fit d'abord appeler è son audience le comte de Gallascb, ambassadeur de l'empereur. Il le chargea d'exprimer è co monarque la surprise où il était de se voir sou|>çonné d'être onlré dans un prétendu complot avec l'Espagne. Il écrivit au prince lui-même qu'il le priait d'avoir de lui des sentiments plus équitables; et, pour ne pas laisser au pouvoir des séquestres les revenus des bénéfices vacants, qu'on avait saisis dans le royaume de Kaples , il nomma sur-le-champ à tous les évêchés et aux autres bénéfices que la mort y avait dépourvus de titulaires.
Dans la Morée , les Catholiques se trouvaient presque sans prêtres, et réduits à une eitrême misère, depuis que les Turcs l'avaient conquise sur les Vénitiens. Le Pape ouvrit son trésor pour y envoyer d'abondants secours. Il y établit de nouveaux prêtres à la place de ceux que l'indigence ou l'oppression eu avait chassés; et il ne Tut tranquille de ce coté-la , que quand on lui eut donné l'assurance que ses largesses avaient sulfi pour satisfaire è tous les besoins.
La principauté do Rheinsfeld courait risque de tomber en des mains hérétiques.
Pour prévenir ce malheur, il fallait dispenser du sous-diaconat lo prince Guillaume des landgraves de Hesse-Rheinsfeld. Lo bien de la religion le demandait. L'empereur lo représenta au Pape. Le prince Guillaume possédait alors un d«î ces riches canonicets de l'Eglise métropolitaine de Cologne. Le Pape lui permit, quoiqu'il eût reçu le premier des trois ordres sacrés, d'épouser une princesse .catholique. Pour tous frais de dispense, il lui recommanda la foi orthodoxe dans toutes les villes el autres lieux de la
principauté dont il allait prendra possession.
Cément XI élnblit aussi en Suiss<», ses dépens, un grand nombre d'écoles où la jeunesse, élevée dans les belles-lettres, pût en môme temps être formée à la piété. Dans quelques monastères, au contraire, le relâchement ayant fait des progrès, il rencontra des obstacles à la réforme qu'il y voulait introduire. Il eut à soutenir l'opposition de personnes puissantes et intéressées aux abus. Mais sans user d'autres voies que de celles de In douceur, il parvint à les contenir. Les hérétiques avaient indignement profané l'église de l'abbaye de Saint Gall. Il s'adressa à l'empereur et nu duc d'Orléans , régent de France pendant lu minorité de Louis XV, pour obtenir justice de l'attentat qui avait été commis. Le régent fil en sorte que les auteurs de cette profanation ne demeurassent pas sans châtiment.
En Franco, l'hérésie de Jansénius exerçait des ravages. Après la mort de Louis XIV, elle leva le masque contre l'autorité légitime. Ses partisans, après avoir soutenu leur révolte contre la bulle Vnigenilus, par un appel semblable à celui de Luther, la dénoncèrent publiquement au futur concile générai : c'esl-b-dire qu'ils appelèrent de l'Eglise à l'Eglise môme, de l'Eglise dispersée à l'Eglise assemblée en concile , et du jugement irréfonnable qu'elle avait déjà porté contre les erreurs de Quesuel, au jugement qu'ils attendaient encore d'elle sur le même sujet.
A tant d'efforts, le Pape n'opposa d'abord, selon sa coutume, que les voies de la douceur. Il écrivit les lettres les plus tendres et les plus louchantes. Mais le temps de la résipiscence n'étant pas encore venu , et les appels se multipliant avec les libelles, au grand scandale Je la religion ; après avoir fait brûler à Rome, par In main du bourreau, plusieurs de ces libelles, condamné tout at»|>el de la bulle Unipenitus , déclaré qu'il n'admettrait aux évôcnés aucun de ceux qui lui seraient suspects dans la doctrine, Clément XI porta l'ait née suivante , 1718, une seconde bulle, commençant par ces mots : Pattoralii officii. Par celle seconde bulle il déclarait séparés de la communion de sa charité tous ceux qui n'étaient pas soumis î la première. Divers parlements rendirent des arrêts pour empêcher qu'elle ne fût reçue en France. Le Pape s'en consolait , puisque, disait-il, il avait fait son devoir.
La guerre contre les Turcs le préoccupait toujours. 11 aurait désiré que l'empereur poussât contre eux ses conquêtes plus loin , ri que les Vénitiens reprissent la Murée. Mais il n'en avait plus guère l'espoir, depuis t(ue le roi d'Espagne avait enlevé la Sariaigoe a l'empereur , à moins qu'on ne la loi rendit et qu'on ue discontinuât de lui tire la guerre eu Italie. Sans cela, il était évident que l'empereur travaillerait à faire m paix avec les Turcs ; que le roi d'Espagne n'enverrait plus de secours aux Vénitiens,
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et que ces deux princes allaient embraser l'Italie du feu d'one nouvelle guerre.
En vue de la prévenir , le Pape conjura le roi d'Espagne do laisser en paix tes Etats de l'empereur, et de joindre ses forces à celles des autres princes catholiques, pour agir tous do concert contre les ennemis du* nom chrétien. Le roi d'Espagne répondit que J'insulte qu'il avait reçue de la part de l'empereur, dans la personne du grand inquisiteur Molinez, demandait réparation. Le Pape répliqua quu les secours d'argent qu'il lui avait procurés sur les revenus ecclésiastiques de l'Espagne, ne lui ayant élé accordés quu pour agir contre les infidèles, il ne pouvait plus les lui continuer, s'il cessait do leur faire- la guerre. Il ajouta que, si lu cardinal Alberoni, son premier ministre , persistait a lui donner d'autres conseils, au lieu* de lui accorder les bulles de l'archevêché de Séville, que ce cardinal sollicitait, il retiendrait celles me* mes de Malaga, qu'on venait de renvoyer à Rome. C'est par l'impulsion de l'empereur que le Pape avait écrit dans ce sons au roi d'Espagne
A Madriil on ne fut pas content de cette lettre. Philippe V défendit au nonce de continuer sos fonctions , et à ses ministres d'avoir aucun rapport avec lui. Il envoya ordre a tous ceux de ses sujets qui étaient à Rome d'en sortir. En même temps il tournait contre la Sicile ses armes victorieuses. Lu cardinal Alberoni était même accusé d'avoir fuit, au nom du roi d'Espagne, un traité secret avec les Turcs. Le comte de Gallascli co avait porté 3a plainte au Pape eu présence de tous les cardinaux. On prétendait que, pour contracter cette alliance, il s'était servi de t'iulermédiair» du prince Ragotzi , et que son but était d'aider la Porte ottomane a faire ta guerre à l'empereur. Clément XI approfondit cette affaire, et dissipa/ tous les doutes. Il pria l'emnereurde rendre sur cela justice au roi d'Espagne; et, eu égard aux circonstances, Charles VI fut si frappé de la grandeur d'âme et de l'équité du Pontife , qu'il révoqua tous les ordres qu'il avait donnés è sou préjudice, et qu'il conçut pour lui une estime et uno vénération qui ne se démentirent plus. Il rétablit son nonce à Vienne, et rappela h Naples celui
3u'il en avait fait sortir. Il se hâta eusuite e faire sa paix avec les Turcs , pour être plus en étal do se défendre en Italie contre ic roi d'Espagne. Cette paix fut conclue à Passarowitz 5. des conditions que ne désapprouvèrent pas les Vénitiens qui y étaient compris. La principale était que, de part c4 d'autre, chacun demeurerait maître des conquêtes faites dans la présente guerre. A la preinièro nouvelle qu*en reçurent les Vénitiens , ils abandonnèrent lo siège de Dulcigno, en Dalmatie. Les Turcs étaient aux abois; la perle de la Hongrie les avait consternés dans lout l'Orient. Ils apprirent à respecter la main qui leur avait attiré sur les bras l'empereur et les princes catholiques. On ue les vil plus si .'éroces contre les Chrétiens ; et la France, prolilant de la coujouo-
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ture, réitéra auprès du Grnnci Seigneur des demandes qu'il n'avait pu jusqu'alors faire écouler en faveur des religieux qui gardent le saint sépulcre , et elle eu obtint tout ce qu'elle demanda. La Sicile émit encore au duc de Savoie. Mais le roi d'Espagne ayant appris quo uo prince songeait à la céder à l'empereur moyennant quelque équivalant, y envoya des troupes [1718], qui en conquirent d'abord la plupart des villes avec d'autant plus de facilité, que les Siciliens regrettaient la domination espagnole. Prèsque aussitôt que ces mêmes ville» eurent ouvert leurs portes à l'année d'Espagne, elles demandèrent qu'on mtt lin aux troubles dont elles étaient depuis quelque temps agitées au sujet du tribunal de la monarchie. Le roi d'Espagne donna ordre au cardinal Aqnaviva, son ministre à Rome, d'en traiter avec le Pape. D'un commun accord on convint de plusieurs articles, qui apaisérenl toutes les dissensions. Ainsi finit celte étrange affaire.
Quelques mois après, la paix se fit entre l'emjiereur et le roi d'Espagne qui lui céda la Sicile, et au duc de Savoie le royaume de Sardaignc. Par ce traité il fut aussi stipulé que les Etals de Parme et de Plaisance seraient donnés h don Carlos, fils atné de la reine d'Espagne , si le dur de Parme venait a mourir sans enfants mâles. On agita encore, si on ne réunirait point a Parme et à Plaisance les duchés de Castro et de Ronci-
S;lione. Mais le Pape s Y le va avec tant de orce contre ce projet, qu'on ne crut pas devoir y loucher. Il se plaignit vivement de ce que, sans même le consulter, on avait disposé du Plaisantin et du Parmesan avec la même confiance que Vil n'eût pas eu le domaine direct sur ces deux Elals. Il démontra «vec la mémo évidence que le Saint- Siège avail toujours eu aussi un domaine souverain sur Castro et sur Ronciglione ; que, selon le droit qu'il en avait, Rnuuce II les avait vendus au Sainl-Siége dans le dernier siècle; et qu'il n'était plus possible aux ducs de Parme n'y revenir.
Toutes ces affaires terminées, Clément XI ne songea plus qu'à porter remède aux suites fâcheuses de la guerre. Les Anglais avaient longtemps séjourné dans l'Ile de Minorque. L'évéque s'était constamment opposé a la licence avec laquelle ils avaient prétendu se livrer a l'exercice de leur religion ; et, par la fermeté do son zèle, il leur était devenu odieux. Il avait dans l'île do Majorque un grand vicaire, qui ambitionnait sa place , qui espérait l'obtenir par leur moyen, et qui, dans cet espoir, se montrait fort indulgent à leur égard. Peu s'en fallut , en effet, qu'ils ne forçassent l'évéque de la lui abandonner. Le Pape, averti , y mit boti ordre.
En Suisse, l'abbé de Saint-Gall avait conclu à Bade, avec Ij canton de Berne, un accord qui lui était très-préjudiciable à luimême, è l'indépendance de son abbaye, aux droits de son église, de son monastère , et de la foi catholique. Clément XI commença
par l'annuler et par ordonner à l'abbé qnll insérât dans ses archives la cassation que Roma en avait faite, afin que ses successeurs y trouvassent un litre pour réclamer leurs droits. Ensuile il pria Louis XV d'inlerpn. ser ses bons offices pour faire rendre à cette même abbaye tous les effets que les hérétiques en avaient enlevés. Louis XIV avuit fait dire aux cantons suisses par le comte du Luc, son ambassadeur, qu'il ne renouvellerait son alliance avec eux qu'après qu'ils auraient restitué au monastère do Saint-Gall et autres églises les droits et les biens dont ils les avaient dépouillés. Le duc d'Orléans , régent, s'employa pour le même objet et l'obtint.
Les luthériens avaient toujours sur le cœur la conversion du prince électoral de Saxe. Quelque ferme qu'il fût dès lors et qu'il ail toujours été dans la foi catholique, ils imaginaient chaque jour divers moyen* de le rapprocher d'eux, en lui faisant épouser une princesse protestante. Pour prévenir leur dessein. Clément XI envoya è Vienne 11719] le P. Salerno, Jésuite, avec ordre do demander a l'empereur une des deux archiduchesses pour le prince électoral. L'empereur répondit qu'en vue de seconder les bons désirs du P.ipe cl ceux du roi de Pologne, il accordait l'aînée des deux, nommée Marie. Il écrivit au Pape qu'il ne tenait plus qu'à ce prince do l'épouser, quand il voudrait. C'esl la môme princesse qui s'assit depuis avec lui sur le Irène de Pologne.
Animé par un même mot'f de religion , le Pape entreprit do marier Jacques Sluart. celui que Louis XIV avait reconnu roi d'Angleterre à la mort de Jacques 11, son père. Clément XI savait que Dieu a ses moments marqués pour rétablir ..quand il lui plaît, les princes d'une famille royale sur le trône de leurs ancêtres. Il lui proposa sa propre filleule, la princesse Clémentine Sobieski, petite-fille de Jean 111 , roi de Pologne : le prince l'accepta. A celle nouvelle il y eut îles Anglais qui remuèrent, et firent tant nu ■ près de l'empereur que, comme la princesse traversait l'Allemagne pour aller à Rome joindro sou futur époux, il y eut ordre à lnspruck de l'arrêter et de la garder à vue. On la traita néanmoins avec égards. Après quelques mois de séjour, s'étant déguisée en homme, elle trompa la vigilance de ses gardes, et arriva dans la Romagne. Elle alla ensuite è Rome, où elle fut bien accueillie du Pape nui, à son arrivée, lui envoya une somme d argent considérable, et qui la logea dans le monastère des religieuses de Sainte- Ursule. Le prince était allé faire un voyngo en Espagne. A son retour, il s'arrêta k Monleliascono , qui n'est qu'à une journéu de Rome, dans les Etats pontificaux. Lu princesse Clémentine s'y rendit aussi. L'évéque du lieu les maria. De ce jour-là Clément XI augmenta la pension qu'il no cessa point du leur servir. Il Ut meubler à Rome un palais digne de les recevoir. Il les y attira bientôt après ; et à la naissance du premier des deux princes dont Dieu bénit leur mariage, nais-
1SI ALB DtS CARI
san^e qui eut Heu le dernier jour de l'année 1730. le Pape voulut que les magistrats du Canitole romain cl les principaux seigneur! assistassent aux couches de ta princesse; que quatre des principaux notaires inscrivissent te prince nouveau-né dans leurs registres publics, et que, do sa part, on lui pnrtdl solennellement les fanges, commo il se pralîque envers les premiers-nés des tètes couronnées.
On eût dit que les sectateurs de la religion anglfcano commençaient dès lors b appréhender le prince nouveau-né. En Irlande ils s'élevèrent contre les Catholiques. Ils les traduisirent devant les tribunaux , et la magistrature les soumit à des peines pécuniaires qui excédaient leurs facultés. Clément XI se hAia d'aller à leur secours. Il leur envoya de l'argent pour soulager leur misère. Il intéressa l'empereur, le régent de France , le roi de Portugal dans leur cause, et par le moyen do ces puissances, il fit cesser Toppression. Les archevêques d'Armagh et de Duh'm riaient un violent démêlé au sujet de leur juridiction. La querelle s'échauffait si virement, qu'elle commençait b diviser les fidè'es de ces deux métropoles. Pour en arrêter le cours, le Pape se (il juge de leur différend. Il en commit la discussion aux cardinaux de la congrégation de la Propagande. Il l'examina avec eax dans toute la rigueur, et il mit lin à la discorde , en sommant les deux prélats de se soumettre à sa décision.
La discussion était encore plus vive on Allemagne, par la licence avec laquelle vivaient nnmbre d'ecclésiastiques, et par la fermeté avec laquelle les gens de bien s'élevaient contre leurs dérèglements. Le désordre y était tel qu'en quelques endroits on ne distinguait plus & leurs habits les gens d'K^lise des séculiers. Un, entre autres, très-connu par le nom qu'il portait, pourvu de riches bénéfices, et déjà élu évèque d'un grand siège, s'avisa non-seulement de continuer à porter l'épée après son élection; mais encore il en vint jusqu'à se battre en duel, dans une pince publique, et des plus fréquentées, avec celui qui avait été son concurrent pour Pépiscopal. Clémeul XI y remédia si efficacement, que ce fut depuis, pour tout ecclésiastique, comme une espèce d'apostasie que de quitter l'habit do son état.
Dans l'ordre de Malle, il s'était aussi glissé bien des abus touchant h manière dont on y décernait les charges et les dignités, et dont on y administrait les revenus. On convenait de part et d'autre, à prix d'argent, pour les conférer, ou pour ies obtenir. Par là les bénéfices se trouvaient livrés b des conventions simoniaques, et possédés bien souvent par ceux des commandeurs ou des chevaliers qui les méritaient le moins. Pour (Ouper court a un pareil désordre, le Papo Ut une bulle où, après leur avoir enjoint, eu général, de s'en tenir à leurs statuts, il déclarait, en particulier, déchus de toute cornrua mime, de tout bénéfice, de toute charge