‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 164 sur 457 · IR · texte numérisé non relu

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acquérir. Que sertirait a l'homme de gagner l'univers s il vient a perdre son âme f

* Ce n'est pas, N. T. C. F., que nous condamnions les efforts si utilement tentés

fiour la prospérité de votre commerce et 'accroissement de votre industrie; ces avantages sont A nos yeux comme la continuation de l'œuvre de Dieu dont la puissance égale la bonté, et qui n'a qu'à ouvrir la tnnin pour remplir toute créature de bénédiction». (Psal. cxliv, 16.) Ce serait une méprise étrange de penser que la religion doit nécessairement, parce qu'elle <;st chère aux Ames pieuses, être hostile è la liberté des peuples, indifférente à la prospérité publique. »

Le second Mandement , celui de 1839, a pour sujet la sanctification du dimanche. Après un tableau des profanations de tout genre dont est l'objet le jour du Seigneur, le prélat continue: « Ne pas ressentir la plus profond*1 douleur è la vue d'un tel outrage fait au Créateur de l'univers, au Maître de la nature, au Sauveur de nos Ames, c'est avoir abjuré tout sentiment des devoirs qu'impose A I homme la souveraineté, la majesté de Dieu, mais c'est aussi, par un aveuglement inexplicable, vouloir répudier toute action de la religion sur les mœurs, sur la civilisation, sur la prospérité de l'Etat et des familles. Car, il faut bien s'en convaincre, de l'observation du dimanche dépendent l'influence et l'existence même de la religion tout entière.... Quand le dimanche est fidèlement observé sur la surface d'un vaste pays, tout s'ébranle A la fois au souvenir du Dieu do ciel et de la terre; aux champs, comme dans la cité, le vieillard et l'enfant, le serviteur et le mattre, tous se rendent au lieu de l'assemblée religieuse. La, les familles se rapprochent ; sous les yeux du Seigneur, devaut la croix du Dieu d'amour, les naines s'apaisent, les liens de la charité se resserrent, les passions se calment par la prière; dans le commun concert des louanges divines, une divine influence est répandue en commun dans les cœurs; les mœurs ainsi s'épurent et s'adoucissent, les caractères s'humanisent, les arts mêmes et les. courages s'inspirent au génie de la foi; et le jour consacré aux exercices publics de la religion est de tous le plus précieux, nonseulement pour la famille, mais encore pour la patrie.

• C'est 15 véritablement l'histoire des sociétés modernes civilisées par le christianisme, et c'est l'œuvre de l'institution du dimanche. Retranchez le dimanche, l'action du christianisme eût été nulle; ce qui fait dire A un homme d'Etat bien connu que, si l'observation du dimanche n'était que d'institution humaine, iJ faudrait la regarder comme la meilleure méthode qu'on eût pu intenter pour civiliser les hommes.

« La religion, ne nous y trompons pas, ne «it pour les masses que par le culte publiquement et solennellement professé ; or le «olte, c'est surtout, c'est principalement la

*anciification du dimanche En vain par-

J erait~oa de religion, de moral»; en vain

supposerait-on que l'homme peut être fidèle au devoir A la probité, A la vertu, sans aucun lien de discipline et de culte religieux, Sans l'observation du jour consacré. Abus coupable de mots, déception funeste et grossière. Voyez et jugez. C'est que l'homme se doit tout entier au Seigneur, et que, si le culte acquitte une impérissable dette, le culte aussi alimente, viviûe la morale et les vertus qui, sans son appui, meurent bientôt. »

La Lettre pastorale publiée A l'occasion du Carême de 1840, établit l'institution divine de la confession : « .... Il ne faut pas, » s'écrie l'archevêqun, «que le siècle l'oublie; la vie de la société découle de la même source que la vie de l'homme considéré isolément... VoilA pourquoi la confession, en rendant à l'homme sa vie morale, travaille À la régénération et au bonheurde l'humanité. Cherchez la cause des injustices, des rapines, des usures, des calomnies, dos veangeances, des meurtres, des parricides, des empoisonnements, des suicides et de tous les forfaits dont le récit vient chaque malin alimenter la curiosité publique; demandez pourquoi tant de larmes dans les yeux des pauvres mères, tant de cuisantes douleurs, tant de

mécomptes dans les cœurs dos pères Si

on ne vous répond pas, nous vous dirons: Ou ne va plus au prêtre, auquel a été confiée la grande mission d'arrêter le crime et de l'étouffer jusque dans la pensée qui pour* rait le produire. La philosophie n'a-t-elle pas rendu plus d'une fois témoignage A l'efficacité de la confession pour conserver aux lois toute leur action, A la société l'ordre et la paix? « Que d'oeuvres de miséricorde sont « l'ouvrage de l'Evangile!» disait le philosophe de Genève ; « que de restitutions et de répa- « rations la confession ne fait-elle pas faire « chez les Catholiques! »L'auteurdel77w/ot're philosophique et politique dant les deux Inde» n'a pu refuser des éloges A la confession. Il prouve que la pratique de la confession dans le Paraguay tenait lieu des lois pénales et veillait A la pureté des mœurs. Voltaire a dit : « Il n'y a pas d'établissement

■ plus sage que la confession. S'il y a quel-

■ que chose qui console les hommes sur la « terre c'est de pouvoir être réconciliés avec « eux-mêmes. La confession est une insti- « tulion divine, qui n'a eu de commence- « ment que dans la miséricorde infinie de « son auteur. Et les ennemis de l'Eglise ro- « maine, qui se sont élevés contre une ins- « tilution si salutaire, semblent avoir été « aux hommes le plus grand frein qu'on pût « mettre A leurs crimes. » Leibnilz écrivait ces remarquables' paroles : « On ne peut nier « que toute celte institution ne suit l'œuvre

c de la sagesse de Dieu, et assurément il n'y ' « a rien de plus digne d'éloges dans tout le « christianisme. Je regarde un confesseur » « pieux, grave el prudent, comme un très- ' « grand instrument de Dieu pour le salut des « âmes ; et, si l'on peut A peine trouver sur «la terre 'un ami fidèle, que sera-ce d'en « trouver un qui est obligé, par la religion « d'un servent divin, è garder la foi et à secoua

su

« rir les âmes ? La confession rend la paix, c l'honneur, la lumière el la liberté morale. »

Ce zèle, si noblement exprimé dans ses écrits, le prélat le manifestait pas des actes. A peine installé dans sa ville métropolitaine, il se prépare à aller visiter ses Qdèles. Il le leur annonce en cps termes dans une Lettre pastorale : « En arrivant au milieu de vous, M. T. C. F., nous vous exprimâmes le désir ardent dont nous hrûlions déjà de vous voir et de vous connaître tous. Ce désir de notre tendresse paternelle pour des enfants que nous apprenons chaque jour à chérir davantage ne nous permet pas de plus longs délais. Il ne suffirait pas de méditer, dans le silence de la prière, des projets utiles au bien de vos âmes; nous voulons aller examiner, de près et eu détail, la nature et l'étendue de vos besoins spirituels, vous confirmer dans la foi dont vous avez lebonheur d'être les disciples, extirper les erreurs qui auraient pu altérer parmi vous la pureté de la doctrine , entreprendre la réforme des mœurs, réprimer les scandales, vous prêcher la paix, vous porter le bonheur.

« Tels sont nos sentiments et nos intentions, N T. C. F. Ne pouvons-nous pas dès lors vous tenir le même langage que Samuel aux enfants d'Israël, quand, le voyant se présenter aux portes de Bethléem, ils lui demandèrent si son entrée dans leur ville était pacifique? C'est la paix que je vous apporte, répondit le prophète ; je me rends dans vos murs pour offrir un sacrifice au Seigneur. (/ Rtg. xvi, 4, 5.) Nous aussi nous ferons dans vos paroisses une entrée pacifique; et notre marche, lorsque nous traverserons vos plaines ou que nous gravirons vos coteaux, sera celle d'un évangéliste qui annonce la paix... Qu'il nous sera doux de vous distribuer de nos propres mains, non ta manne du dé$ert qui ne préservait pa$ delà mort (Joan. vi, 59) ceux auxquels elle servait de nourriture, mais le patn céleste dont il est écrit queouïconque mange vitra éternellement! (Ibtd.) Que nous aimerons a être entouré devos enfants, pour imprimer sur leurs fronts le caractère indélébile et sacré de la perfection du christianisme!... Bons habitants des campagnes, qui formez une portion si nombreuse et si intéressante de notre troupeau, ne craignez pas que votre isolement et votre pauvreté nous empêchent jamais de vous visiter. Point de collines qui ne s'abaissent, point de vallées qui ne se comblent, lorsqu'il s'agira d'aller vous porter la bénédiction, et répandre sur vous les grâces attachées a notre ministère... 11 n'y aura ni privations, ni peines, ni fatigues devant lesquelles nous reculions toutes les fois que, dans l'intérêt de vos âmes, il faudra traverser vos déserts et vos landes pour arriver jusqu'à vous. »

Ce n'étaient pas là de vaines paroles: dans tout son apostolat, Mgr Donuet sera le zélateur des âmes, le nèt e des pauvres, le propagateur des lumières, l'ami éclairé des «ru, le protecteur de l'iudustrie. En 1839, il «tvait encouragé de sa présence le/ premiers travaux du chemin de fer entre Bordeaux el

la Teste, le 6 juillet 18H il vient en consacrer l'ouverture :

« Deux ans se sont à peine écoulés, ■ s'é* crie-l-il, ■ depuis le jour où fut posée.au milieu d'un immense concours, Ta première pierre do cette grande construction. Alors comme aujourd'hui de graves et douces pensées agitèrent notre âme : alors le génie de l'homme promettait, aujourd'hui il donne; alors la religion bénissait les espérances, aujourd'hui c'est à une œuvre accomplie qu'elle vient imprimer le sceau d'unesalutaiie consécration.... Ne pensons pas que nous devions au seul instinct de notre conservation, de notre bien-être, les merveilles tous les jours enfantées par le génie do l'homme ; au-dessus des intérêts du moment, il y a toujours une idée plus large, plus haute, à laquelle nous obéissons presque sans le savoir.

« Lorsque Dieu veut faire lever le soleil de sa mi? éricorde sur un peuple qui marche dans les ombres de la mort, il inspire à l'homme la découverte de la boussole : l'Océan est franchi, un nouveau monde sort du sein des flots, et la religion apporte avec ses autres bienfaits celui du la civilisation... Aujourd'hui les sociétés souffrent , elles s'appellent ; on sent le besoin de resserrer îes liens de la grande fraternité qui doit unir tous les peuples; les nations de la terre voudraient devenir une seule el grande famille... Il faut des communications plus nombreuses, plus rapides, et voilà que la vapeur, dernière limite entre l'être et la néant, devient entre les mains de l'homme le moteur le plus puissant... Ce qu'il y a eu jusqu'ici de plus inutile franchit les espaces, rapproche les distances,domple les éléments, brave les flots et les tempêtes; sur la terre, comme sur les mers, nous conduit, nous ramène avec la rapidité de la flèche, nous allions dire avec l'énergie de la pensée.»

Le pontificat de Mgr Donne l a vu s'accomplir une autre entreprise dont la hardiesse égaie l'utilité} nous voulons parler du pont suspendu de Cubzao. L'inauguration en fut, comme de coutume, présidée en 18W parle J>ien-airaé pontife,

« Béni soit,» s'écria-l-il, « béni soit le jour où fut conçue la pensée du cette œuvre si grande, si hardie, nous allions dire si impossible 1... Bénis soient les bras et les cœurs qui ont su l'accomplir avec tant-d'intelli* genre, de promptitude el de bonheur 1 La religion n'est pas l'ennemie de pareils progrès ; elle honore el bénit ceux qui les enfantent, ceux qui les propagent. Elle applaudit è tout ce qui contribue au bonheur de ses enfants; toutes les illustrations elle les consacre: et de même qu'elle suspend aux voûtes de ses temples les trophées de nos guerriers, juste et solennel hommage reudu au Dieu des batailles, de même elle s'associe aux joies, aux transports de la cité reconnaissante, pour entourer de sa pompe et de ses vœux les triomphes de ceux qui suspendent au milieu des airs de hardis passages ou qui, à l'aide du plus merveilleux moteuri

domptent les deux plus grands obstacles que rencontrent les desseins impatients de l'homme : la terre et Peau. » C'est encore Mgr Donne! qui, le 26 août 1841, bénira en ces termes les travaux d'irrigation de la compagnie d'Arcachon : « Le Dieu qui ouvre la main pour combler toute créature de ses bénédictions (Psal. cxliv, 16) ; qui donne au jour son éclat, à la)nuitson repos; celui qui revêt le lis de la vallée de sa noble parure, fait naître et mûrir les fruits de nos campagnes, qui répand avec amour sur la terre des flots de lait et de miel, et dispense sons mesure la moelle du froment et le sang de la rigne, suivant l'expression de nos prophètes; le Diea qui, pour féconder nos champs, envoie la msée du malin et la brise du soir, ce Dieu aime à voir sa vivante image, l'homme vovageur s'associer aux œuvres de sa providenre, par les travaux courageux et persévérants du l'industrie.

« De même que l'aigle, pour appeler ses petits a l'essai de leurs forces, vole devant eux, les provoque , puis les couvre de la protection de ses ailes, les prend et les soutient: ainsi le Père qui est aux cieux vous conduisit, Messieurs, dans ce désert et au milieu de ses plages stériles. En applaudissant à vos pensées généreuses , il encouragea vos efforts et vous convia & conquérir tous les trésors de la fécondité. Vous comprîtes les vues de son amour, et, tous armant d'une confiance et d'une constance presque surnaturelles, vous sûtes imposer a ces solitudes ingrates le droit de fertilité. Mais des eaux coulaient inutiles, et la terre en avait soif. La Providence divine vous provoquait à prendre et à diriger leurs cours, à leur creuser vous-mêmes un lit nouveau, a leur arracher le tribut de rafraîchissement et de vie qu'elles pouvaient donner.

* O Dieu bon, ami de tous les hommes, puisque tous sont créés à votre image et rachetés au prix de votre sang, soyez béni.... A vous toute gloire, à vous tous les fruits Je l'aveoirl... Mais je n'oublie pas, Messieurs, et la Providence n'oubliera jamais votre intelligente etcourageusecoopéralion. Soyez donc bénie au nom du Seigneur, société paternelle du travail, seconde Proviience de nos contrées ! Soyez bénie, et prospérez.... Multipliez vos richesses avec vos bienfaits : nous le demandons ardemment à l'auteur de tous les biens. Notre pensée, notre cœur vous suivent avec amour, la religion vous rouvre de ses ailes, vous vain" rrtx par son signe. Qu'une croix modeste, plantée dans ces lienx, annonce aux générations futures que vous n'avez pas travaillé en vain, et que fe Seigneura bâti avec vous. Paisse le souverain Maître qui féconda les travaux des Benoît, des Bernard, des Bruno, îles Km i lion, des Gérard , ces hommes de Dieu civilisateurs avec une croix.... puissent féconder vos efforts!... Eux aussi creutereot des canaux, assainirent des marais, défrichèrent des landes, jetèreot des ponts, bâtirent des villes 1... Echappés au monde les cités et à la uosition oue vous avaient

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faite vos noms et vos talents, vous êtes venus, Messieurs, demander è la solitude un peu de repos, ou mieux encore employer è d'utiles et modestes labeurs ce que la Providence vous avait donné d'intelligence, d'activité et de dévouement : soyez-en récompensés avec usurel

« J'aimerai è vous compter parmi les consolations de notre épiscopat ; donner du travail et de bons eiemplesà la classe laborieuse, c'est nous venir en aide dans l'une des attributions les plus louchantes de notre ministère; et si de longs jours sont réservés à nos travaux comme aux vôtres, nous redirons ensemble aux générations qui vont naître, et qui fouleront aux pieds ce sol régénéré : Ces landes étaient stériles , ces terres incultes, ce sol desséché , ce sable biûlant. La main de l'homme y passa laborieuse et dévouée... la bénédiotion divine daigna descendre sur ces travaux ; ils prospérèrent, dépassèrent les espérances : c'est Dieu qui donna l'accroissement et le succès I... Il donne, aussi avec les eaux fécondantes de la terre, les eaux salutaires qui seules jaillissent jusqu'à l'éternelle vie. »

Quels sont les rapports entre la religion et la société ? Ecoutez Mgr Donnet dans le Mandement adressé aux fidèles pour le Carême de 1841 :

« ... On nourrit contre la religion d'injustes déiiances ; on ne peut se résoudre à dépouiller d'injustes préventions; le catholicisme, dit-on, a fait son temps; il gêne la marche du siècle, il est hostile à toutes ses idées, è tous ses sentiments ; opposé à tous les intérêts qui prévalent aujourd'hui dans les sociétés modernes... La religion et la société ont cessé de se comprendre et de marcher parallèlement.... Pourquoi ces reproches, N. T. C. F.? Ceux qui nous les adressent ne s'abusent- ils pas sur l'état véritable de la société, et comprennent-ils bien la mission du catholicisme? La société actuelle est dominée par unel capricieuse indépendance ; elle est dans une continuelle fluctuation d'idées et de sentiments; du soir au matin, elle élève, adore et brise ses idoles. Jamais les choses n'eurent plus d'instabilité ; les hommes n'ont aucun lien qui les unisse... Et ce sont de pareilles tendances que la religion doit favoriser 1 Et vous voulez qu'elle marche avec une société qui ne sait plus è qui entendre!... Laissez la religion dans son sanctuaire, le cœur ou? vert, les bras tendus à celui qui veut ses doctrines, son amour et ses consolations. Et qu'on nous dise si la société a plus de chances de prospérité, plus d'avenir, depuis que, s'isolant de la foi, elle a remplacé le culte de la vertu par celui de l'or et du plaisir, depuis qu'elle a transformé la maison de prière, le cloître du Bénédictin, ces sanctuaires de la véritable science, en vastes usines où elle a trouvé le moyen de décomposer plus encore les Ames que les corps, et où, dans les jours mêmes de nos grandes solennités, elle travaillé à augmenter sa richesse, au prix des sueurs de l'enfant et du pauvre... Oui, la religion dit quelouefois.

a na thème au siècle, et c'est là sa gloire, son immortel honneur de ne pouvoir jamais sym* pathiseravec aucune espèce de désordre, elle ditanalhème à toutes les erreurs, parce que l'erreur est l'ennemie de l'homme... Elle dit «noihèmeà tous les faux et mobiles systèmes du jour, anathème à l'incrédulité du siècle, à son indifférouce, à ses corruptions, à la propagation de ses mauvais livres, h tous les principes démoralisateurs... La religion no veut pas et ne peut pas vouloir l'alliance de l'erreur avec la vérité, du bien et du mal, de la lumière et des ténèbres. Elle ne peut pas faire nsseoir sur un même trône Jésus-Christ et Bèlior, asseoir le ciel avec l'enfer. Tel est le caractère de la religion; elle est une, parce qu'elle est vraie; c'est le sceau dont Dieu l'a marquée, et il n'est pas de main d'homme assez puissante pour l'effacer.— Et celle doctrine, exclusive parce qu'elle doit l'être, est par cela même aussi éminemment progressive, puisqu'elle tend à développer tout l'homme ; et pourtant on a dit souvent, dans ce siècle, que la religion arrête le progrès de l'humanité, elle qui posa, comme loi constitutive de l'être intelligent, un progrès continuel, qui n'a d'autre limite que la perfection de Dieu mêmel... Loin de condamner les efforts tentés par l'homme pour asseoir utilement sa lente dans le passage de la vie, elle encourage ceui qui cherchent à diminuer le poids des souffrances qui pèsent ici-bas sur la société. Tout ce qui élève l'âme et ennoblit le cœur, elle le sanctionne en le bénissant. La. religion est intelligence et progrès, car elle est chargée de faire prédominer l'esprit sur la matière. Comment alors s'offenserait-elle des travaux qui perfectionnent l'esprit humain ? C'est d'elle qu'est sortie la science; pourquoi voulez-vous qu'elle maudisse son enfant, quand cet enfant n'insulte passa mère?... Nediles plus: la religion se séjiare de nous; mais dites plutôt que c'est vous qui vous êtes isolés de la religion. C'est vous qui repoussez ses salutaires doctrines, qui la poursuivez de vos injustes défiances ; vous, qui tracez autour d'elle un cercle de fer que vous ne lui permettez pas de franchir. Vous lui avez dil : Tu ira* jus-

Îue-là, et tu n'iras pat plut foin {Job xxxvm, 1); et elle vous attend sur le rivage de cette mer orageuse des pensées humaines, toujours pleine de charité, et les bras ouverts pour vous recevoir.

« Et, pour vous sauver du naufrage, que vous demande-t-elle? que vous la laissiez libre de vous préparer une géuération amie des lois et de la paix , en donnant è l'enfance une éducation religieuse et morale, en apprenant* aux hommes à chercher la lumière auprès de celui qui éclaire tout homme venant en ce monde. — Est-ce donc l'amour du progrès qui a créé ces entraves è la liberté d'enseignement? La religion, ainsi que la famille, la réclame comme un de ses droits les plus sacrés. El pourquoi, là où la Irberté de conscience esl de droit public, dire a un homme : Tu es libre, mais au nom rte la loi, les enfants seront élevés paf des

hommes qui peuvent être hostiles è les croyances, ou bien ils seront a jamais iéclarés incapables? Que vous demande la religion pour rendre la société au honlieiu et à la paix?Oue vous la laissiez jeter des semences de vérité et de vertu dan* le cœur des habitants de nos grandes cités ; que vous la laissiez, pour me servir de vos expressions, moràltter h peuple. Elle le peut, dites-vous; mais alors pourquoi, lorsqu'elle ouvre ses temples , garder ce peuple dans vos ateliers, le menaçant de lui faire perdra le pain qui nourrit le corps, s'il va réclamer dans nos églises le pain qui nourrit l'âme? Pourquoi lui refuser, pour le service de Dieu, le saint jour du dimanche, etlui laisser, au proût des passions, le ruineux délassement du lundi?... Pourquoi souffrir qu'on jette à la multitude tant et de si criminelles productions de l'incrédulité et du libertinage, qui ébranlent la foi et détruisent les roœu/s? Pourquoi souffrir qu'on étale aux yeux de tous les âges ces gravures obscènes, véritable livre que le burin s'est chargé d'imprimer à l'usage de ceux qui ne savent pas lire? Pourquoi enfin la licence de vos théâtres, où vous ne craignez pas, en demandant à l'histoire ses faits les plus hideux, de présenter, sans déguiser leurs noms ni leurs costumes, les ministres de vulre religion sous les formes les plus capables de provoquer le mépris et l'indignation?

« Que vous demande-t-eile, la religion!

do la laisser civiliser, consoler te peuple de vos campagnes. El vous criez è l'envahissement du clergé, è l'intolérance, lorsqu'il accomplit celle œuvre de régénération arec quelques succès capables d environner son mini» 1ère d'une considération qui vous effraye I Pourquoi répéter sans cesse que je prêtre trouble les consciences , lorsqu'il apaise les dissensions et les haines, ou qu'il prend les intérêts de la justice et des mœurs? Que vous demande encore la religion? que vous la laissiez vivifier el retremper la terre; car elle sent qu'elle porte avec elle les remèdes qui guérissent les nations, mais elle no peut appliquer ces remèdes que par le sacerdoce ; et alors pourquoi le laissez-vous tomber dans une déconsidération voisine du mépris? Pourquoi ces soupçons, pourquoi ces défiances? Ah 1 s'il a pu rêver quelquefois une position moins précaire, moins dépendante; s'il s 'esl surpris à désirer un peu de celle aisance a laquelle participent quelques-unes des classes de la société; c'est qu'il en a besoin pour soulager le malheureux , et lui faire, par l'aumône , aimer une religion qui lui prêche tous ses devoirs. Vous irez jnsqu'à reprocher au sacerdoce de chercher ses éléments de perpétuité dans ks classes les moins fortunées; vous nous direz qu'il est étranger aux usages du monde, qui suppléent souvent a tant de choses, sans que rien puisse les suppléer; qu'il se présente dans un état d'infériorité devant une société près de laquelle il est chargé d'un ministère d'enseignement.

« Vos renroches sont asjuréwept «al foft»

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dés, exagérés pour la plupart; mais sans, vouloir lés discuter ici, nous nous contenterons de tous dire : Vous tous plaignez du clergé que le temps tous a fait, et vous éloignez du sanctuaire vos enfants, et tous craindriez qu'une éducation trop chrétienne ne leur inspirât le goût d'un état qui n'a plus rien qui flatte tos folles ambitions I Offrez tos enfants à l'autel, ou cessez de vous plaindre. Laissez donc la religion, laissez-la passer au milieu des peunles ; comme son fondateur, elle panera en faisant te bien. (Aet.ix, 38.) Laissez» la surtout couvrir de ses ailes maternelles la génération naissante, douce et chère espérance de la société ; elle lui gravera dans le cour l'auguste image de Dieu, qui porte avec elle toutes les notions de l'ordre delà justice et du devoir; elle lui parlera de ce témoin dont le regard perce les ténèbres les plus épaisses, de ce juge dont le bras atteint tôt ou tard le coupable; idées salutaires, qui ne s'effacent jamais entièrement : si elles n'enfantent pas des vertus pour tous les moments de la vie, du moins elles préparent des remords qui donneront leur fruit dan» le temps. [Pial. i, 3.) — Telle est, nos très-cbers frères, la tâche immense et glorieuse de la religion; et elle n'y a jamais failli, elle la poursuit avec la plus héroïque persévérance; aujourd'hui encore elle l'accomplit avec la mesure de liberté qu'on lui laisse; les mépris ou la liai ne ne lasseront pas sa patience.

« Privée des vastes établissements où elle partait autrefois en souveraine, vous ne la voyez plus que comme une espèce de hors-d'œuvre au milieu d'une société qui ne veut pas la comprendre. Elle y est jetée comme une étrangère, sans amis, sans famille et presque sans asile, assistant avec une secrète douleur au mouvement rapide des intérêts du temps qui foui oublier les intérêts du l'éternité. Eh bien! dit Bossue!, laissez-la passer son chemin ; elle ne voyage pas sans but dans le monde; elle y est envoyée par un ordre suprême pour recueillir les enfants de Dieu, et rassembler ses élus dispersés auz quatre vents... el, en attendant qu'elle les présente a Dieu, maintenant qu'elle voyage avec eux et qu'elle les tient sous son aile, n'esl-il pas juste qu'elle dirige leurs pas incertains et qu'elles les conduise dans leur pèlerinage?

« C'est une injustice inouïe de vouloir profiler des dépouilles de cette Epouse du Koi des rois, à cause seulement qu'elle est étrangère el qu'elle n'est pas armée. Son Dieu prendra en maiu sa querelle, et sora un rude vengeur contre ceux qui oseront fiorter leurs sacrilèges mains sur l'arche do vie alliance. Il y a un demi-siècle qu'existait une nation de trente millions d'bommes, >« première de l'univers par son esprit et ses lumières; celte nation ûl divorce avec la religion; ce premier lien brisé, tous les autres le furent bientôt, lea hommes se vouèreoi mutuellement à l'extermination, et la friance allait tomber dans le néant, lorsque I « princes mêmes du désordre, saisis d'une

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terreur soudaine et sentant quelle forée irrésistible les entraînait tous au tombeau, appelèrent à grands cris le Dieu qui seul pouvait les ranimer.

« C'est qu'une société, N. T. C. F., ne vit pas seulement de paiie, de commerce, d'industrie, de science ou de gloire ; mais de toute parole qui eort de la bouche de Dieu {Matth. iv, k), c'est-à-dire de croyances et de mœurs ; et ces croyances el ces mœurs, c'est la religion qui les donne. Fasse le ciel que toujours la société el la religion se comprennent, s'aiment et nous conduisent d'un mutuel accord, en éclairant nos pas et consolant notre pèlerinage, vers le terme de notre commune espérance, et gardons-nous de séparer jamais ee que Dieu a uni I »

Nous laissons toujours parler Mgr Donnet ; son langage noble el élevé le: tait mieux connaître que ne pourraient faire toutes nos appréciations. Et n'allez pas croire que nous avons pris la peine de choisir les citations que nous avons données. Lisez ses Œuvres, vous le trouverez partout égal à lui-même ; c'est partout la même élévation, la même dignité. En septembre 1851, Mgr Donnet voulut prêter, à la fête de l'inauguration du comice agricole de Blaye, le concours de son ministère. Il s'exprima en ces termes devant un auditoire immense :

« Le désir du bien-être, N. T. C. F., a pénétré la société dans toutes ses parties» el il n'est aucune classe qui n'en soit travaillée profondément. Il entre pour beaucoup dans toutes nos agitations publiques. Favoriser l'agriculture, lui conserver les bras de l'habitant des campagnes, la faire aimer, perfectionner ses méthodes, ouvrir à ses produits de nombreux débouchés, serait un des moyens les plus sûrs de donner satisfaction à cet impérieux el universel besoin;, car l'agriculture a toujours été la source des richesses nationales, une des bases de la civilisation. L'agriculture t A ce mot, que d'idées, que de souvenirs se présentent à la pensée I Soyez bénis, Messieurs du comice agricole de Slave, de vos efforts, de vos sacrifices en sa laveur, de votro présence en ces lieux. Pour moi, en assistant aujourd'hui a la fête touchante qui lui est consacrée, je veux lui potier, comme dimanche dernier, a Lesparre, une parole de sympathie et d'amour. Des voix plus éloquentes el non moins amies lui feront entendre dans un instant les conseils de leur expérience, lui prodigueront des encouragemenls; quant à la religion, depuis dix-huit siècles, elle a fait ses preuves à cet égard. Comment dès lors ne pas s'étonner que l'influence du christianisme sur l'agriculture, et sur le bien-être du peuple en général, ait pu être méconnue par les économistes modernes? On oublie trop facilement que le monde n'était qu'une vaste el cruelle exploitation de l'homme par l'homme, lors»

2ue commença, avec le règne de Jésushrist, celle grande rôvolulion religieuse et sociale dont nous recueillons les fruits quelouefois , hélas I avec un ingrat. dédain.

O- nouvel orcjre de choses eut son bercena dans l'atelier de Nazareth. Les premiers sectateurs furent de pauvres artisans. Duranl les luttes sanglantes avec le paganisme, c'est a l'homme des champsque le pontife el le prêtre allaient demander «un asile. Ils emportaient avec eux les vases et les ornements du sanctuaire, el leurtrouvaient un asiledans les catacombes, cité mystérieuse où s'organisa le christianisme que nous vous prêchons. Et,

81ns tard, n'est-ce pas lui qui, désarmant les arbares du Nord, pénétra leurs Aines des sentiments de générosité d'où sortirent la trêve de Dieu, la chevalerie, la défense el l'amour de tout cequi, sur la lerre.élaitfaibleou opprimé?

« Ceux d'entre vous qui ont étudié l'histoire de ce moyen âge si peu connu, si calomnié, ont été frappés du récit des glorieuses entreprises auxquelles nous devons plusieurs de nos principales cités, un grand nombre de nos bourgs, de nos villages, notre agriculture surtout qui, pratiquée, enseignée dans les anciennes abbayes, y semble avoir puisé les vertus qui font encore de la population des campagnes le plus fort soulien de la société, soit qu'elle lui fournisse d'héroïques soldats pour sa défense, soit qu'au sein des tourmentes politiques, elle la protège contre elle-même par son bon sens et la fermeté de ses résolutions.

« En ce temps-là, un homme qui devint un héros, un saint, foulait aux pieds les honneurs de ce monde, el s'établissait dans un lieu nommé la vallée (TAb$inthet tant la vie y était dure et amôre. Il voulait sauver son âme, et, pour servir Dieu, il travaillait, lui et ses compagnons, avec tant d'ardeur, que les épines elles ronces disparaissaient, la terre se couvrait de moissons, les habitations se multipliaient sur un sol auparavant malsain et désert, el le pays, métamorphosé, devenait riche et puissant. Ceux des économistes qui renient les principes religieux auxquels nous devons les progrès de l'agriculture et de l'industrie, sont des ignorants ou des ingrats. S'ils pouvaient douter encore que c'est au christianisme que nous sommes redevables de nos richesses et de toutes nos libertés, qu'ils interrogent les peuples étrangers a nos croyances; qu'ils pénètrent dans les Indes, ou deux cent millions d'habitants se laissent exploiter par une poignée de marchands; qu'ils visitent la Chine, courbés sous sa honte, devant quelques vaisseaux anglais; comme tout est statiounaire, faible,décrépit, dans ces régions où ne s'est point encore tové le soleil de ,1a civilisation chrétienne.

« Ce grand phénomène est-il donc inexplicable, N. T. C. F. ? Non, sans doute. Iffaudrait s'areugler volontairement pour n'en pas apercevoir la cause dans les principes mêmes du christianisme. Une religion qui a substitué le droit a la force, qui a su ennoblir, déitler en quelque manière, non-seulement le travail do la pensée, mais encore les rudes labeurs des champs et de l'atelier; une religion qui a élevé des palais pour abriter toutes les misères, qui, condamnant

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et la prodigalité et l'avarice, met au nombre des vertus l'amour du travail, l'ordre el la modération dans les désirs; cette religion ne rcnferme-t-elle pas le plus beau code d'économie sociale et politique, et pourraiton s'étonner que , par l'impulsion qu'en a reçue le monde, les sociétés chrétiennes aient atteint ce haut point de prospérité où nous les avons vues parvenir dans les plus beaux jours de la toi ? Pourquoi donc, Messieurs, ce divorce que l'on voudrait établir entre le christianisme el le monde nouveau? Pourquoi tenter de corriger ou de refaire, sans la religion, l'admirable édifice que la religion avait bâii de ses mains? Hélas I que sont, à l'égard de la réforme de la société el des bonnes œuvres en général tous les moyens humains, séparés du renoncement à soi-même, qui ne peut nattre que de la foi et de la charité? Il faut aimer Dieu par-dessus loutes choses pour aimer son prochain comme soi-même. Souffrir, se sacrifier pour les autres, n'est que le propre de celui qui croit au ciel et A l'enfer; el, sans un regard d'amour sur la croix de Jésus-Christ, il n'esl aucune bonne œuvre qui n'épuise bientôt le zèle de ses plus fervents admirateurs. A l'homme est donné de tailler la statue, de la revêtir des plus belles formes ; mais là s'arrête sa puissance. Au souffle divin appartient seul de lui donner ta vie ; et la vie manque toujours à ces œuvres de réforme ou de miséricorde que les utopies, l'art et la fortune se chargeront seuls de produire et de conserver. II. y» quelques années, dans l'ancienne abbaye de Clieaux, on a essayé l'application de l'un des systèmes du jour; el, dolée largement, l'association phalanstérienne a tenté la réalisation des préceptes dm maître. Elle n'a enfanté que des ruines; el dans ces lieux où les disciples de Bernard ont vécu tant de siècles, la phalange n'a duré que quelques mois. On me dispensera de rappeler les mécomptes et les chimères de l'Icarte.

« Mais voyez la Grande-Bretagne; «t * quel moment vais-je me permettre de parler de sa misère 1 11 n'est bruit que de ses richesses, de sa puissance el de l'hospitalité généreuse qu'elle donne aux deux mondes.

« Dans un récent voyage à Londres, j»

n'ai pas cru devoir passer toutes aies heures à la contemplation des merveille* renfermées dans son palais de cristal ; j'*i voulu voir (et là j'étais si bien à ma place) les membres souffrants de celle grand»

famille, composée de 2,500,000 individus; j'ai visité quelques pauvres réduits ; quelques ateliers, quelques écoles, quelques hôpitaux; j'ai pénétré dans ces immenses quartiers fétides dont tant de hauts personnages semblent ne pas même soupçonner l'existence. Vous auriez vu avec moi»

M. T. C. F., non loin des palais, des théâtres, de la Bourse, de ces parcs enchanteurs où la richesse étale son luxe el les magnificences, vous auriez vu la plaie hideuse da paupérisme, qui donne de temps en temps le vertige et i épouvante à certains hommes

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d'Etat. 11 me semblait entendre les cris d'angoisses et de désespoir de six millions d'Irlandais, chaque fois que la récolie du grossier tubercule qui leur sert d'unique aliment vient à manquer. Un sixième de la population totale est réduit a l'indigence, attendant quelques miettes de pain de la taxe des pauvres, cette liste civile de la misère, qui déjà, en 1816, s'élevait a deux cents cinquante millions I Que l'on ne donne pas à mes paroles une signification qu'elles ne sauraient avoir. Je n'ai d'injustice et encore moins d'amertume contre aucun pays ; mais les mœurs anglaises, tout en conservant un respect admirable pour la loi, et un patriotisme qui semble inhérent a leur nature, sont dominées par un rationalisme qui les rend plus rigides et plus froides. Les ouvriers n'ont rien de cet abandon, de ce laisser-aller qui caractérise les nôtres; parqués 16 à 18 heures par jour dans des espèces de souterrains où l'air manque, où le soleil n'arrive jamais, ils ne reçoivent qu'un salaire insuffisant , que forcent à diminuer de plus en plus la concurrence illimitée et l'abondance exagérée des produits.

• Voilé quelques traits d'une situation qui naguère a fait jeter a l'Europe un cri de surprise et de terreur, et provoqué les aumônes du monde entier. On a essayé, il est vrai, quelques améliorations, et nous en bénissons les auteurs ; mais le mal, trop enraciné, semble ne plus laisser d'autre alternative que de ruiner le pays par une réforme industrielle, ou de le voir se débattre dans d'immenses agitations.

« La condition du travailleur, du malade, de l'infirme, du prisonnier, n'est certainement pas arrivée a sa perfection en France. Quelle différence, néanmoins 1 Ici tout le monde aime le pauvre; chaque paroisse a sa conférence de Saint-Vincent de Paul, son bureau de bienfaisance, sa dame de miséricorde, son curé, qui n'a d'autre famille à pourvoir que celle des malheureux. Avec quelle satisfaction j'ai retrouvé au chevet de nos malades, au berceau de l'enfant abandonné, aux genoux du vieillard, à la perle de la cellule du prisonnier, et jusque dans la mansarde la plus délaissée, la sœur de la charité et de l'espérance 1 Jamais, en dehors de la confession et de la communion catholiques, vous ne formerez une fille de Vincent de Paul, un frère des Ecoles chrétiennes ou de Saint-Jean de Dieu; et, s'il était possible qu'un jour, le bonheur sans mélange, rêvé par les amis de l'humanité, te réalisât, ce ne pourrait être que par une application générale et rigoureuse des maximes évangéïiques.

tPour cesser de trembler sur l'avenir, redevenons donc franchement, ouvertement Chrétiens. Ne craignons pas.de briser ce que Jioos avons- adoré dans les temps de Vertige *t «l'erreur. Pourquoi toujours des hésitations, des défiances? Pourquoi détruire «l'une main ce que nous édifions de l'autre ? £o serions-nous venus è regretter les bien-

faits du catholicisme, et a avoir peur de son influence; à vouloir ses habitudes et ses moeurs, et à rejeter ses dogmes et ses pratiques? Necroyons pas que, sans la religion nous recueillerons les fruits de la religion, et que les bonnes œuvres, détachées de cet arbre divin, fleuriront sans séve et sans vie.

« Dans toutes nos entreprises, rappelons sa lumière a notre aide : dans nos épreuves, recourons è sa force; ne nous laissons point effrayer par les sombres couleurs dont l'impiété s'est plu & la revôlir pour nous la rendre indifférente et odieuse. De loin, ses préceptes austères alarment la faiblesse; do près, ils ne contrarient que les passions. Son joug semblo dur et pesant a la main qui le soulève ; il est doux et léger quand on Ta rais sur ses épaules.

« Nous ne nous laisserons point séduire par les décevantes images d'un bonheur fantastique que rien ne saurait donner icibas. Cherchons d'abord le royaume de Dieu et $a justice {Malth. vi, 33); aimons-nous les uns les autres; vengeons-nous par des bienfaits de ceux qui nous outragent; revenons aux pratiques de la foi ; par-dessus tout, à la sanctification du dimanche. Ne demandons pas, ne permettons pas qu'on établisse desfuires et des marchés dans ce saint jour: le mépris de la loi du dimanche est la plus grande plaio de notre époque, un scandale affreux que la France jette à l'univers. Sans la sanctification dn dimanche, point d'instruction religieuse ; sans instruction religieuse, point de morale; sans morale, point de lois ; sans lois, point de société I

« Pour vous, bons habitants des campagnes, et vous tous, N. T. C. F., que nous voyons si nombreux et si recueillis autour de cet autel, vous resterez fidèles aux bonnes doctrines. C'est au nom de ces doctrines religieuses et sociales que des récompenses vont vous être décernées. En les acceptant, vous prenez l'engagement de ne les oublier jamais. C'est ainsi que vous acquitterez votre dette de reconnaissance envers le généreux fondateur et président de ce comice, envers vos magistrats, vos représentants, et aussi envers tous ceux qui , accueillant comme moi le bien partout où il se révèle, sans acception de lieux, de partis ou de personnes, tâchent de s'y associer , en encourageant tous les efforts qui le produisent.»

Mgr Donnel n'avait jamais cherché les honneurs, ils sont venus le chercher. Par un bref en date du 2 février 1840, Grégoire XVI «conféré à l'archevêque |de Bordeaux le litre de commandeur de l'ordre du Saint- Grégoire le Grand, l'a déclaré noble, et créé comte du Saint-Empire. Par le même bief, il lui décernait le titre de prélat assistant au trône pontifical. Enfin le grand Pie IX l'a décoré, en 1852, de la pourpre sacrée. La cérémonie de l'imposition de la barrette a eu lieu & Paris le k avril. Voici le discours adressé au cher do l'Etat, en celle occasion, pur S. E. Mgr le. cardinal de Bordeaux :

« Monseigneur, la religion rappelée

dans nos temples, la justice recouvrant s» majesté et ses droits, la paix intérieure maintenue au milieu des guerres du dehors, la pairie, enfin, arrachée subitement à l'incendie, au pillage, à l'extermination; telles sont les premières impressions de ma vie ; et celui à qui mon pays a dû ces bienfaits portail votre nom. La France n'est pas ingrate ; car cinquante ans plus tard, ce nom', acclamé tout h coup comme un souvenir et comme une espérance, court des cités aux campagnes , et se transforme deux fois en deux faits immenses, par l'élan In plus spontané et le plus irrésistible dont l'histoire des peuples ait gardé la mémoire. Il faudrait avoir banni Dieu du gouvernement des choses d'ici-bss, pour n'y pas reconnaître les desseins de la Providence, se révélant, tour à lour, sévère et miséricordieuse. Trop peu d« jours nous séparent de la tourmente qui vient de secouer le monde pour que nous ayons pu oublier que ta confusion était partout; que les institution» chancelaient comme dans les vapeurs de l'itresse, et que la terre tremblait sur ses fondements. (Psal. ex, 9.)

« Quelques heures ont suffi, cl la France prouve à l'univers qu'elle n'est anarchique que par surprise. Et la nation se souvient qu'elle n'a été forte, libre et Gère quo sous un chef en qui elle se sent vivre et qui la personnifie comme tous, Monseigneur, au milieu de ses intérêts les plus chers.

« l'ai voulu acquitter la dette de mon pays avant d'acquitter ma dette personnelle.

Vous m'avez désigné a la bienveillance du Pontife suprême» et me voilà aujourd'hui membre du Sacré Collège, associé à l'œuvre de l'immortel Pie IX, dont il pourra m'étre donné dans quelques circonstances, d'alléger les peines, de partager les travaux. Je ne verrai dans celte auguste dignité et dans le droit qu'elle me confère de siéger au sénat, qu'une obligation plus étroite de travailler au bien de l'Eglise et à celui de la France, comme je n'ai vu, dans l'honneur de succéder à un saint archevêque, que l'obligation de contiuuer, sous la pourpre romaine et dans tous les actes de ma vie, la mission apostolique de l'illustre cardinal de Cheverus, de si douce mémoire I Ce nom seul ne rappelle-t-il pas ce que la simplicité a de nlus touchant, la charité, de plus tendre, le dévouement de plus sublime? Si la société semble menacer ruine de toutes parts, c'est qu'il lui manque une autorité morale qui la retienne et la ravive; vous avez voulu, Monseigneur, par l'adjonction au sénat de quelques membres de l'ôpiscopat français, renverser le mur de séparation que I on avait cru, dans ces derniers temps, devoir élever entre le sacerdoce et les pouvoirs humains. Si le clergé n'a pas été exilé avec Charles X, disait M. Guizot à la tribune dans les premiers temps de la révolution do 1830, il a été détrôné avec lui.»

« Nous n'exprimons aucune plainte ; nous ne jetons aucun regard de tristesse sur notre passé; nous ne demandons pas qu'on fasse

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notre royaume de ce monde ; mais pourraiton nous en vouloir de payer à la chose publique, dans toutes les occasions, lo tribut de notre expérience et de notre dévouement ?

m Un temps a existé où la France ne se plaignait pas de voir quelques-uns de ses intérêts les plus graves remis au patriotisme de ses pontifes; elle élait (1ère que ta tribu sainte fourntl non-seulement des apologistes à la foi, mais donnât, en abondance, des maîtres pour toutes les sciences . des jurisconsultes, des hommes d'Etal. Peutêtre y aurait-il aujourd'hui, comme autrefois, quelque avantage à ce que l'Eglise el le monde se vissent de plus près? Ce contact entre des personnes dont les intentions sont les mêmes, ces rapports de bienveillance, cette communauté de travaux, cet échange de pensées utiles prouveraient à notre siècle que te clergé se nourrit d'autre chose que de regrets el d'espérance, et quel

Erécieux usage l'Eglise sait faire do la lierté quand elle lui est loyalement rendue. Un clergé dominateur répugne à toutes les idées n çues, on clergé pieux, éclairé, conciliateur, est de tous les pays, et de louslu temps. Que les nobles Ames s'unissent donc, que tous les bons esprits s'entendent, que l'Eglise u'ait pas à subir de nouvelles entraves, qu'où se montre sans défiance a son égard, el, chacun dans notre sphère, nous ferons servir notre action morale au rétablissement des idées de justice, d'autorité si fatalement obscurcies dans l'anarchie des révolutions. Nous avions, en effet, perdu le respect ; cette parole qui a eu ua grand retentissement dans le monde esta elte seule l'explication la plus complète et la plus énergique de la maladie qui nous tourmente; ee respect, dont l'absence se fait si douloureusement sentir, il faut le remettre en honneur, si nous voulons travailler avec quelques chances de succès, » l'œuvre si difficile et si importante de 11 régénération sociale.

« La Providence, prince, qui vous a aid*" si puissamment à encourager tant d'entreprises utiles, à opérer tant de réformes, a secourir tant de misères, à replacer, enfin, la pyramide sur sa base , no voudra pas laisser son œuvre inachevée, el donnera à tous les pouvoirs de l'Etat, la sagesse el la force nécessaires pour consolider un ordre de choses qui assurera le bonheur de notre patrie el le repos de l'Europe. »

Dons la même circonstance, le cardioaide Bordeaux adressait au prince Chigi les paroles suivantes : « Monseigneur l'ablégat, «oui avez vu, en traversant une partie de notre France et pendant votre séjour dans la capitale, que Dieu a béni le prince magnanime qui a sauvé Rome, el la grande ua|,0° qui a concouru, avec un si religieux enlhou* siasme, au retour de Pie IX dans la ville éternelle. Vous porterez au Saiut Père l'e«* pression de ma reconnaissance, de ma vénération, de mon amour. Le choix qu'il a daigné faire de votre personne pour m'appef

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ter la barrette cardinalice a, dit-on, rencontré dans votre humilité, plus grande encore que l'illustration de vo*ro origine, une résistance qui n*a cédé que devant l'ei pression de la volonté du Vicaire de Jésus- Christ. Vous n'aviez quitté le siècle avec ses honneurs et ses richesses que pour vivre raehé dans la maison de Dieu , et travailler, comme simple missionnaire , au salut des âmes. Il est beau d'avoir voulu donner au monde cet exemple d'abnégation. Une voix auguste a laquelle il n'est jamais permis de résister pourra vous arracher à une carrière

Sue vous auriez désiré fournir tous les jours e votre vie. Ce sacriûce vous le consommerez aussi, persuadé que de toutes les immolations, la plus agréable au Seigneur est celle de la volonté: Melior e$t obtdicntia qnam victima. » (/ Reg. xv, 22.)

Se trouvant a Paris, Son Eminence le cardinal Donnel, fut appelé dans la chaire de Sa nt-Sulfice, è l'occasion de la fête des Quaranle-Heures. Le vaste temple était trop étroit pour contenir la foule qu avait attirée le nom de Mgr de Bordeaux. «... Vous nous demandez,» s'écriait-il, « comment l'Eglise est encore d<bout; permettez que je vous demande , a mon tour, comment vous tous y prendriez pour la faire tomber; aussi, vous vois-je vous presser tous autour d'elle, comme on fait dans un grand naufrage auprès du dernier mât qui résiste. C'est pour nous un grand honneur que ce retour du siècle, et cesl déjà un grand pas que de voir la force propre de l'Eglise reconnue, en attendant qu'on reconnaisse sa vérité. Ah ! nos trèa-ehers frères, les désordres matériels qui nous affligent, les souffrances qu'amoncellent nos révolutions sont étroitement liés au désordre profond de nos idées et de nos mœurs. S'il existe encore une force au monde, c'est la religion. Action efficace, disons-nous, car la puissance visible d'une doctrine n'est ni dans les richesses dont elle dispose, ni dans l'appui qu'elle peut recevoir de la ferce matérielle; elle est tout entière dans le concours des consciences humaines. Or, le catholicisme seul a conservé celte domination des Ames à un plus haut degré qu'on ne le pense. Revenez donc è lui, N. T. C. F. I Où trouverez-vou», hors de lui, ce repos après lequel soupire tout être vivant?... «Ces paroles, accompagnées de l'action oratoire et des inspirations de la foi, firent une vivo impression sur les auditeurs.

Le la mai suivant, Mgr Donnct faisait sa rentrée triomphale h Bordeaux. Nous laissons maintenant parler le journa)|/a Guienne; «Son Eminence le cardinal Donnel, archevêque de Bordeaux, a fait sou entrée dans notre cité selon le programme tracé par MM. les vicaires généraux, et conformément au décret relatif aux honneurs publics dus en pareil cas è la dignité d'un prince de l'Eglise. A onze heures et demie, le clergé de la ville **es* rendu processionnellement de l'église I»rîinalialH à l'entrée du pont, où, par les «Htins de M. le curé de Saint-Michel , avait

été dressée une estrade ornée de draperies rouges. Un bataillon du »6', un fort détachement des chasseurs en garnison à Bor- i deaux, une batterie d'artillerie et des gendarmes à cheval se tenaient aux abords du pont, où stationna*! une foule immense, accourue de toutes les parties du diocèse. A midi, douze coups de canon ont annoncé l'arrivée de Son Eminence. Quelques instants après, le vénérable prélat s est agenouillé au pied de l'autel placé devant l'arc de triomphe. Il a revêtu l'élole, baisé la croix qui lui a été présentée et fait une prière. Puis la musique du 46*, placée auprès de l'estrade, a fait entendre une symphonie, et l'imposant cortège s'est mis en marche. Il était ouvert par des gardes municipaux à cheval, chargés d'écarter la foule ui se pressait sur tout le parcours. Le clergé tait précédé des chasseurs... et de plusieurs compagnies de ligne.

• Les congrégations religieuses, les élèves du grand et du petit séminaire, tous les ecclésiastiques attachés aux diverses paroisses de la ville, MM. les curés do toutes les parties du diocèse et le chapitre formaient la procession , è l'extrémité de laquelle marchait, ayant a ses côtés MM. les vicaires généraux, Son Eminence le cardinal-archevêque, la mitre en tête, avec lecamail rouge et leTochet sur la soutane rougo.La foule devenait plus compacte, à mesure que le cortège avançait. Un grand nombre d'enfants étaient présentés à chaque instant à Son Eminence qui les bénissait avec un affable empressement. Trois compagnies de la ligne et les artilleurs fermaient la marche. Le cortège esl entré dans la cathédrale au son du bourdon de l'hôtel de ville et des cloches des paroisses. Il est tombé en ce moment une assez forte pluie qui, pourtant, n'a troublé en rien l'ordre de celle belle cérémonie. Les autorités civile? et militaires ont pris place dans le sanctuaire. Son Eminence étant montée sur son trône, M. Gignoui, premier vicaire général, lui a adressé un discours qui a profondément ému l'auditoire. Son Eminence a répondu par ^improvisation suivante :

« En évoquant les souvenirs si glorieux du « passé de I Eglise de Bordeaux, vous n'avez « fait, Monsieur et bien-aimé collaborateur, « qu'alarmer ma faiblesse ; on peut succéder « aux Bélhune, aux Cicé, aux Rohan, aux « d'Aviau, aux Chevorus, il n'est donné à

■ personne de les remplacer. Croyez que je c sais distinguer cependant les paroles que « dicte le cœur de celles que commandent les « bienséances et l'usage. Je veux le dire bien « haut, je serais malheureux dans ce jour

■ qu'on pourrait appeler un des plus glorieux « de mon existence, si je n'avais la ferme

■ conviction que le cœur de mes biervairoés « diocésains a fait tous les apprêts do cette « grande solennité. L'affection de mes enfants « en retour de celle que je leurai vouée, voilà i ce que je désire, voilà ce que j'ambitionne. « Je n'eusse pu accomplir dans les deux dio- « cèses successivement confiés è ma sollici- « lude pastorale, la grande mission dont vous

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