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construction d'un nouveau port également iien ii el commode. Mais rc qui est d'un prix inestimable pour le bien public, ce sont les grenier* qu'il n bâtis. De loul temps on est a Rome dans un usage auquel on nu saurait trop s'allaclipr dnns h-s grandes villes: c'est qu'on y a toujours devant soi du b!é pour deux ans. Sous le pontifical de Clément XI, on jugea que ces greniers d'abondance, quelque vastes qu'ils fussent, ne rataient pas encore assez pour qu'on y pût remuer avec aisance la quantité de grain qu'on y renfermait. Le Pape choisit un emplacement aux Thermes de Dioclélien, comme élant à l'air le plus pur et dans le lieu de Rome lo plus sec, pour en construire de nouveaux, et il les bâtit avec celle magnificence qu'on admire dans tous les édifices qu'il a laissés.
Les eaux publiques avaient le même besoin de ses largesses ; il y apiwrfa les mêmes soins. Depuis le temps d'Urbain VIII on n'avait pas louché à celles que ce Papo avait conduites dans In ville; leurs aqueducs s'étaient ouverts en quelques endroits, et en quelques autres ils menaçaient mine : Clément XI les rétablit en leur entier. Malgré la longueur du. trajet, il alla chercher jusque dans leurs différentes sources colles que l'empereur Trajan avnil autrefois réunies; il en répara tous lus canaux ; il leur prépara un nouveau réservoir et il les fit couler avec une abondance inépuisable. A quelque distance de la ville, hors de la porte Flarainienne, étaient des eaux minérales ; la succession des siècles en avait ruiné les canaux qui n'étaient que du brique; la perte de ces eaux était considérable, on la ressentait d'autant plus vivement que, d'après les médecins, Rome n'en avait point de plus salutaires. On jugeait cette perte irréparable en ce que les eaux se perdaient dans des veines du roche où il était difficile d'aller les recueillir. Le Pape ne fut point arrêté par la difficulté de l'entreprise; il remonta jusqu'à leur source, il rassembla celles qui s'étaient détournées, et il les réunit toutes dans des canaux de plomb plus en étal que la brique de résister à l'action du temps.
A tant du bienfaits dont Home lui est redevable, lu Pape en ajouta un qui fut le plus bel ornement du Capitole : ce sont les statues de deux rois deïhrace que les Romains emmenèrent captifs après leuravoir fait couper les poings. Un seigneur romain les avait ti'nuvéuschez lui dansdes fouilles. Ces statues eu pierre la plus dure et d'une grandeur plus qu'humaine, sont des chefs-d'œuvre de sculpture, c'est à qui les aurait au poids de l'or; Clément XI les acheta et en fil présent à la ville. 11 avait fonué le dessein de relever sur sou piédestal un obélisque égyptien d'une hauteur et d'unegrosseur prodigieuses, que Marc-Aurèle avait autrefois élevé dans le champs de Mars en l'honneur d'Anlonin. Abaitu au même endroit depuis des siècles, il y était enseveli dans la terre. Le projet du Pape était qu'on le transportât devant lu palais «ni su rend la justice; qu'un démolit les lu.isous YOisiues pour en agraudir la placr,
et qu'on l'y dressât sur sa bnse. Ou l'y fii porter en effet. Mais des besoins plus réels s'élant présentés, il abandonna ce travail pour se porter au soulagement de ses sujets.
Plus de la moitié des habitants de Civiln- Vecchia avaient péri par des maladies qui y étaient devenues habituelles. Parmi ceux qui restaient, la plupart portaient l'image de la mort empreinte sur leurs visages. Des familles entières allaient fixer ailleurs luur domicile, et cette désertion devenait d'autant plus préjudiciable a-JX'Elats du Saint-Siège, que Civita-Veccliia est un des ports les plus sûrs et les plus commodes qu'il y ait le long des eûtes d'Italie sur la Méditerranée. De tout temps, surtout en .certaines saison», il avait régné dans la ville et dans le port une espèce do contagion qu'on attribuait à l'air: à ce mal on ne voyait point do remède. Seulement sons le pontificat d'Innocent XII 01 avait soupçonné que la contagion pouvai bien venir des eaux qui étaient corrompues, et qu'elles engendraient les maladifs dont on se plaignait. O.i en avait bien trouvé d'autres qu'on disait plus saines, mais comme il fallait les aller prendre fort loin et les conduire ensuite par un terrain Iresinégal, on avait opposé tant de difficultés a ce projet qu'il était demeuré sans exécution. Clément XI se raidissait contre lus obstacles; il envoya son neveu Annibal. accompagné du quelques médecins, avec ordre d'examiner toutes les eaux du pays. Les médecins reconnurent que les eaux usuelles étaient en quelque sorte empoisonnées, qu'elles seules causaient les maladies endémiques,et que les eaux découvertes par Innocent XII étaient excellenles. Sur ce rapport, Clément XI ne délibéra plus. Il chargen le cardinal Pamphile de se rendre à Civitu- Vecchia et d'y faire construire des aqueducs. Les ordres furent exécutés, la ville fut dotéo d'une eau salubre et abondante et lus maladies disparurent.
Il serait trop long d'énumérer ici les monuments de ses largesses : les chemins publu s réparés chez les Herniques, dnns le Latium, la Sabine, l'Ombrie. la Romagiie, h CasUl-Gsndolfe ; tant de maisons bâties A Albano; les tours élevées, les marais desséchés sur le bord de la mer ; les fortifications ajoutées aux citadelles de Bénévenl, d'Urbinel de Ferra re; les forges de 1er établies aux environs de Narni; les fontaines ouvertes au bain do Nocera; le changement du lit donné aux eaux qui autrefois traversaient la ville de Putaro et la menaçaient d'inondations; tant du ponts construits sur d'autres rivières de la Romagne; tes embellissements (huit il orna à Avignon le palais* du Jean XXII, etc., et tout cela sous un ponlillc.il si tourmenté.
Sa principale ressource était dans son courage. Rien ne pouvait ébranler la fermeté de son âme. Rompu en trois endroits de son corps, il était obligé de soutenir ses entrailles par autant de cercles de fer. Travoillé d'uu asthme uui le tourmenta pendant
DIC.TIOÎNNAIKE
Oins de 18 Ans, il passait souvent les nuits, pendant des semaines, assis sur un fauteuil, ■•resque sans sommeil. Ses jambes ouvertes lin tons côtés, lui causaient par intervalles des douleurs si aiguës qu'il n'y avait que In vue du crucifix, sur lequel il portait souvent ses regards, qui pût les lui rendre supportables. S' animant à souffrir avecjoio, il prenait un air de gaieté qui trompait ceux qui étaient les plus attentifs sur sa santé. Sts médecins ne pouvaient comprendre qu'avec tous ses maux il avait le courage (S'entreprendre les plus pénibles fonctions dans les églises, de suivre à pied de longues processions, de donner ses audiences pendant plusieurs heures de suite régulièrement tous le* jours non fériés, de vaquer à toutes les affaires publiques avec la même Assiduité que si sa santé eût été parfaite.
Au commencement de son ponliticat, ses ministres, peu accoutumés aux malheurs qui formèrent un si long et si triste enchaînement, se plaignaient à lui de leur peu de succès.* Ne perdons pas courage, «leur disait-il, « ce n est pas le succès, c'est le travail que Dieu demande de nous. Quant aux traverses qui vous étonnent, sachez que co n'est la encore que le commencement do nos douleurs. Pour moi, » reprenait-il en rianl,i je vous avertis que désormais je ne nommerai plus mon palais que la maison de Job.» Delà cette intrépidité qui se manifesta toujours en lui. Il venait d'enlrcx dans la prélalure, lorsque étonné de la fermeté Qu'il faisait déjà paraitre, l'ambassadeur d'une grande puissance lui dit que « le roi son maître avait les bras longs. — Dieu lus a encore plus longs, » répondil-ilavec une contenance assurée, «et je craindrai toujours plus sa justice que la puissance des hommes. » Ce courage qui le soutenait dans ses traverses, il savait l'inspirer aux autres. Entre bien des exemples, on n'en citera qu'un. Gaspard-Ignace, évêque de Brunn, fatigué du poids de son épiscopat, projetait de *e «lérai ltre ; mais en cela il ne vo ilait rien faire qui pût blesser sa conscience. 11 s'adressa conûdemment au Pape, lui exposa ses peines, lui communiqua sou dessein et lui demanda son avis. «Quoi I » lui écrivit Clément XI, ■ parce que le fardeau vous pèse vous cherchez à vous en décharger? Je veux que vous no receviez pas de votre peuple la consolation que vous en attendiez; je veux même que les vices se multiplient, que les scandales augmentent dans votre troupeau : pour ces mêmes raisons qui vous t' nient de quilter votre poste, je dis que vous devez y persister. C'est précisément parce que les désordres continuent que vous devez continuer à les combattre. Que diriez- 'ous d'un soldai qui, dans un jour de bataille, se sauverait par la fuite? La lâcheté même peut-elle produire un* si criminelle désertion? Croyez-moi donc, mou vénérable hère, armez-vous "de patience , combat!*, z jusque h Go. Dieu, qui demande vos travaux, ne vous eu demandera jamais le succès. Faites seuh meut ce qui dépend de vous;
sans vous, il saura bien faire en qui ne dépend que de lui.» Et , comme l'évoque était encore irrésolu, Clément XI lui disait dans une seconde lettre : «... Nous aussi nous avons plié malgré non* sous le pesant joug qu'il a plu à Dieu de nous imposer/et c'est bien h notre regret que, dans ce temps de calamité, nous nous en trouvons chargé.
Pensez-vous donc, que parmi tant d'inquiétude et d'embarras, la vin ne nous soit pas à charge, et que, comme vous, nous n'aimerions pas mieux rentrer dans notre premier étal? Mais croyez-vous que pour cela non* écoulions la* tentation que nous suggère notre amour-propre de nous déharasser de la sollicitude pastorale de toutes les Eglises, pour chercher dans le repos une vie plus commode? Non : plus nous ressentons l'amertume dont est rempli notre pontificat, plus nous persistons dans la résolution que nous avons prise d'y persévérer, pour vivre toujours- dans la peine. Ne craignez dune pas, vénérable frère, de nous prendre en co point pour votre modèle; remplissez-vous de l'esprit de force et decons:ance: persévérez dans vos combnts, quoique vous y ayez élô engagé malgré vous; achevez courageusement votre course; n'oubliez jamais que pour un moment de tribulations il y a unu éternité de gloire qui vous attend, a
Il apprit qu'un ambassadeur, donnant chez lui un concert à la noblesse romaine, avait lait chanter quelques vers ou la pudeur était blessée. Non content de blâmer publiquement uno telle ennduite, il no se donna point de repos qu'il n'eût obtenu la satisfaction de le faire punir par son souverain. Il s'habillait et se déshabillait toujours lui-même. Ses domestiques mêmes ne. le voyaient jamais que dans la décence la plus convenable. Sa pureté était celle d'un ang--. Il aima mieux cacher pendant près de dix ans une hernie, dont il sou lirait beaucoup, que dose montrer aux médecins. Forcé par la grandeur du m.il de recourir aux remèdes, il les ravit d'admiration par les précautions qu'il prit à le leur découvrir.
Celui qui répandit tant de largesses, qui était si libéral pour soulager les misères publiques et particulières, qui employa de si énormes sommes à élever des monuments .utiles ou splendides, ne dépensait pas un franc par jour pour sa nourriture. Il ne buvait que de l'eau à peine rougie. Il observait régulièrement tous les jeûnes de I Eglise. Seulement, vers la lin de ses jours, et par l'ordre exprès des médecins, il s'était permis l'usage des œufs et du lailago trois jours de la semaine. Mais, pour se punir de cette grande condescendance, aux j>ûues ordonnés par l'Hglise il en ajoutait d autres dans l'année. Du reste, il vivait dans un dénûment personnel de toutes choses, et jusque dans sos vêtements il ne s'accordait que le strict nécessaire.
Sou désir était de voir dans sa famille la même détachement des cho<cS du mmide.
Aussi Clément XI s'abstint, autant qu'il put, de faire du bien à ses parents. Daiu la un-
Dig
rième année de son pontifical, il vit mourir Horace, son frère, sans lui avoir donné aucune charge, aucun rang, aucune marque de distinction. A peine assigna-l-il a Annibal des revenus suffisants pour soutenir sa dignité de cardinal : encore alors lui défendit-il de mêler ni or, ni argent, ni soie, ni brillantes couleurs à ses livrées. Quand il lui conféra la charge de camerlingue de la sainte Eglise, il déclara en plein consistoire ■ qu'il ne lui en accordait que le titre et le fardeau, sans lui en laisser les émoluments dont avaient toujours joui ceux qui l'avaient po.'séd'to avant lui. » Quelque tendresse qu'il eût pour Alexandre Albani, le troisième de ses neveux, il ne put jamais prendre sur lui de le revêtir de la pourpre. Pendant près de 21 ans que dura son pontifical, il ne donna pas un écu à sa famille. Après fa mort do Jules Savelli, prince d'Albano, et le dernier de ce grand nom, il aurait été naturel que le Pane mtt sa charge de maréchal du conclave dans sa propre maison. C'est un honneur considérable qui se perpétue dans la noble maison qui le possède : c'est pour cela mémo que Clément XI ne la voulut pas sur la tête de son neveu. Il la donna au prince Chigi. Lorsqu'il fut question du mariage de ce même neveu, le soutien de sa famille, avec Thérèse Barromée, lillo du comte d'Aron, vice-roi de Naples, loin de concourir par ses largesses à grossir la dot, il ne voulut pas même Sire les clauses du mariage, quoiqu'on les lui eût apportées plusieurs lois.
Naturellement doux, Clément XI paraissait n'avoir pas à se précautionner contre les saillies du tempérament. Cependant il apportait une attention continuelle a n'offenser personne. Si quelquefois il blâmait quetqu un pour de justes raisons, c'était d'un ion si paternel qu'on ne remarquait en lui aucune émotion, il lui arriva souvent de rappeler ceux qu'il s'était vu obligé de réprimander, pour achever de les convaincre, par le bon accueil qu'il leur faisait, que, dans son cœur, il ne nourrissait aucune amertume conlro eux. D'ordinaire il accompagnait ses refus de raisons si plausibles et de manières si obligeantes, qu'on se retirait confus de la peine que lui-même en témoignait. Souvent il compensait par quelque grâce moindre celle qu il croyait ne pouvoir accorder. Quant à ceux qui l'avaient personnellement offensé, il n'était point d'industrie dont il n'usât pour lâcher de les soustraire à la peine qu'ils méritaient. Un jeune homme, bien connu à Rome, entretenait au dehors des intelligences secrètes capables de troubler ta paix publique, et attribuait au Pape des intentions qu il n'avait jamais eues. C'en fut assez pour que le Pontife cherchât tous les moyens d'empêcher qu'on ne le trouvât coupable. Il ajouta de nouveaux juges à ceux qui l'avaient déjà condamné. Il voulut que sa cause fut longtemps cl plusieurs fois examinée. Entin toutes les .recherches ne servant qu'a le montrer encore plus coupable, et ne pou-
vant empêcher la condamnation, saris autoriser un si fâcheux exemple, le Pape combla de bienfaits les parents du coupable. Un cardinal manqua gravement, par son langage, au respect qu'il devait au Pontife ; d'abord celui-ci résolut de l'en punir. Puis dans la crainte qu'il n'y entrât du ressentiment, il changea de résolution, et ne lui en témoigna aucun mauvais gré.
Il est certain qu'il portait à l'excès la vertu d'humilité. Les affaires mêmes les plus importantes en souffraient quelquefois, en ce que, plein de défiance en lui-même, il demeurait trop longtemps indécis sur lo parti qu'il devait prendre; ou en ce que, rongé de scrupules sur lo parti qu'il avait pris, il balançait encore s'il n'abandonnerait pas les meilleurs projets. C'était là son seul défaut; il se croyait moins éclairé qu'un autre. Il avait accordé une grâco qu'il croyait répugner a la plus exacte équité : sept ans après il s'en plaignit encore comme d'un crime dont il répondrait un jour à Dieu. Le cardinal Albani, logeant dans le palais du Pape, avait commandé deux pieds de table pour son usage, et le trésorier les avait payés de l'argent do la chambre apostolique: dès que Clément XI l'apprit, quelque vils u'ils fussent, puisque l'a matière en était e bois, il ordonna à son neveu d'en remettre le prix dans le trésor. Certainement il n'eût rien dit pour tout autre qui, comme son neveu, aurait été, par son posto et dans le palais même, employé au service du Saint-Siège : mais pour un de ses parents, la chose n'était plus la même dans son esprit.
Il se ferait regardé bien coupable, s'il avait perdu quelque peu de son temps dans la journée. Jamais on lie le vit sortir dans Rome que pour aller prier dans quelque église. Rarement il se promenait dans ses jardins. Alors même il voulait qu'on lui parlât de cette sorte d'affaires qui peuvent 5e traiter par voie de récréation. Les ouvrages qu'on a de lui suffiraient pour donner quelque idée de son travail. On compte 28 homélies qu'il prêcha, partie dans l'église de Saint-Pierre, partie dans celle de Sainte- Marie-Majeure; 130 discours latins qu'il prononça en plein consistoire devant le collège des cardinaux; au delà de cent bulles ou constitutions; plus de quatorze cents brefs apostoliques, sans y comprendre ceux que, pour ménager divers particuliers ou pour des raisons d'Etat, on n'a pas jugé h
[iropos de faire imprimer. Le cardinal Aunilal Albani en forma un recueil que le public reçut avec avidité.
Clément XI était d'une taille des plus hautes, mais des mieux proportionnées. Il avait les cheveux noirs, le teint blanc, les sourcils peu élevés, les yeux médiocrement grands, mais vifs et pleins de feu. Son air était ouvert, son regard doux, sa démarche ferme, sa contenance assurée.
Ce* dehors avantageux n'approchaient cependant pas de la beauté de son âme et de la richesse de ses talents. Vivacité dans