‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 324 sur 457 · SIR · texte numérisé non relu

SIR

veu, l'éleva, en 1565, M «dignité de cardinal. Saint Charle«t plein de reconnaissance |>oiir le cardinal Sirlet, son ancien maître, dont il avilit pu «railleurs apprécier les vertus, mit tout en œuvre pour le faire |»arvenir A 1» papauté. Ce qui le fit exclure, c'esl la crainte qu'un homme d'études comme lui nVût été peu propre aux affaires. Pie V, qui Ail élu, le nomma A l'évôché de San-Marco, puis a celui de Squillace. Il l'employa aussi pour la 'réforme du missel et du bréviaire romain, et pour travailler è un catéchisme des curés selon le concile de Trente. Placé A la tête de ta bibliothèque du Vatican, le cardinal Sirlet se trouvait la dans son élément, et A mémo de satisfaire son goût pour les recherches savantes. Chargé par Siite V de veiller sur l'édition des Bibles qui se fit de ton temps, il ne put voir terminer cet ouvrage, étant mort le 8 octobre 1585, Al'Age de 71 ans. Sa bibliothèque fut achetée quatorze mille ducats par le cardinal Ascagne Colonna. Voici les tilres de quelquesuns des ouvrages de ce cardinal aussi modeste que savant : I. film sanctorum in Latinum vertee, tt a Mtlaphraete édita , dans les doux derniers volumes des Vilrn eancto mm, Venise, 1551-58 , 6 vol. in4*; II. Admolathnei variarum lectionum in Ptnlmot, dans IMpparalus de la Bible polyglotte d'Anvers, 1569, in -fol.; III. Menologium Grtrcorum, nunc primum e ma. in lucem editum, «dans le 2* vol. du recueil de Canisius, intitulé : Antiquœ Uctionet, Ingolstadt, 1601, in-*'; IV. De epitvopaU munere et dignitale; de tublevnndiM pauperibue et egenie, traduits de saint Grégoire de N'zianzu. (Voy. Laz. Motta, Funebrie oratio in eardinalem Sirle- (udi, Rome, 1585, in-A\ Voici son éloge historique par le P. Alby

« Encore que l'une des injustices les plus énormes qui règne dans le inonde, et dans l'Ame des grands, est quand ils ouvrent la main au vice, el qu'ils prostituent les honneurs et les récompenses publiques qui ne dussent être que pour la vertu : ce qui est souvent cause qu'elle est d'aula'il moins suivie , qu'elle se trouve moins accréditée d'honneur et de f.iveur , et que peu de gens se mettent à la recherche d'une maîtresse qui est véritablement belle, mais qui reconnaît mal ceux qui la servent. Si ne manquet-il |»as de temps en temps d'exemples de légitimes reconnaissances qu'on rond au mérite de la vertu, qui font accroire è ceux qui ont envie de la rechercher, que si elle n'est pas capable toute nue, et sans alour de les toucher des attraits de la beauté, et dos grâces de son visage, elle l'est avec la parure de ses joyaui,el avec la pompe des ornemente qui l'environnent.

« Le cardinal Sirlet est bien l'un de ces exemples; qui étant né il Si il y, ville de Célèbre, de parents nobles et vertueux, mais moins avantagés des biens qu'on nomme do fortune, porta de sa naissance une Aine noble et magnanime, qui le lit travailler, aussitôt qu'il se reconnut, à rompre les cIm!

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nés de sa misère . a réparer son débris, et A s'acquérir les biens par vertu, qui manquaient A ses parents par désastre.

« Les rares qualités qui étaient en lui n'espril, de jugenv-nl el de mémoire, lui en ouvrirent favorablement le chemin : car ayant appris avec une promptitude incroyable eu son pays el a Naplos, les trois langues «les savants, dans un degré fort approchant de là perfection ; et ensuite cherché sans repris le* belles vérités dont il était passionnément amour ux, dans le lycée des philosophes , et dans l'école des théologiensril prit résolution de se jeter dans le cours public, el d'aller A Rome, où il arriva- comme un homme d.Walisé, nu de commodités, avee la seule Bible sous le bra«vmais bien meublé de sciences qu'il avail ai ardemment aimées, si chèrement acquises, et si diligemment cultivées, depuis ses plus jeunes ans. Il parut ainsi dans celle grande cour, dégarni de tous les moyens externes qui l'y pouvaient produire, sans autres lettres d«s recommandation que la naïveté qu'il montrait sur In front, et le savoir qu'il portait dans sa tête. Mais il fil bientôt avouer A ceux qui prirent la peine de le reconnaître qu'un homme par la bouche duquel parlaient toutes les langues, et toutes les lettres divines et humaines, saurait aussi bien se recornmnndor h

ln fortune,. comme il avait do quoi mériter toutes ses faveurs.

« Le cardinal Marcel Cervin, qui fut depuis Pape, le recueillit premier dans sa maison» comme une rare nièce, et un précieux reste du naufrage des bonnes choses; te chérit , l'estima autant pour sa verlu que pour s i suffisance et le perdit aussi bientôt A son grand déplaisir, pour avoir trop tôt fait connaître ce qu'il valait: car te Pape Paul IV., jaloux de ce trésor, le voulut avoir dans son palais et près de sa personne, où commo un bouton de fleur qui déplie ses feuilles, et évente ses senteurs à la faveur du soleil» il 'répandit les douces odeurs de sa doctrine, el en parfuma tous ceux qui l'approchaient. Le Pape même prit tant de goûl A ses entretiens, et de confiance en sa probité, qu'il disait avec lui son bréviaire; el après s'ôire fail juge de ses bonnes el saintes mœurs , il le lit témoin de ses secrets , et compagnon du ses dévolions.

« Il le créa de plus protonotaire apostolique, et eut la volonté, s il eût davantage vécu, d'orner une vertu si méritante de la. pourpre ; mais le choix qu'il Gt do Slrlel pour le faire entrer en sa cou(idcn<:e, cl dans son cabinet, qui était un elfe t du jugement du ce grand Pape, fut encore plus glorieux quu toutes los charges qu'il pouvait espérer uo lui, qui n'élaiuiil que l'clfel d'une puissance qui pouvait élever les choses petit*** comme son jugement no pouvait e»limcr que les grandes.

• H io montra néanmoins fort reconnaissant envers ce bon Pape, A qui il rendit au trépas les derniers secours avec des soins incroyables; et signala sou officieuse fidélité un un temps auquel un vuil souvent la

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perfidie et la cruauté dû monde en l'ebandonnement général de ces lûtes hautement couronnées. Ce qui augmenta tellement l'estime qu'un chacun faisait de Si rie t, que le Par* Pie IV, étant depuis promu à la dignité souveraine, et pensant chrétiennement a la fin qui devait horner ses honneurs, souhaita pour eu temps l'assistance de ses prières, et le créant cardinal loua publiquement les fidèle?, et les charitables offices qu'il avait rendus en la mort h son prédécesseur , qui fut un éloge plus beau et plus éclatant que la pourpre qu'il lui donnait.

« Kl il ne manqua pas de personnes sagos qui attribuèrent cette récompense d'honneur ?» sa charité bienfaisante envers les pauvres, lîtant vrai que depuis qu'il eut a son pouvoir quelques petites commodités , il n'eut de soin plus teudreque de les partager avec les nécessiteux, ot de subvenir a leurs pauvretés de ses propres dépouilles ; jusquela qu'il lira un Jour les souliers qu'il avait à ses piods pour les donner à un pauvre qui mendiait a la porte, «t dépouilla une autre fois sa chemise pour couvrir la nudité d'un autre : digne pour ces beaux actes de voir sur sa tête les plus hautes marques de /honneur, et sa chemise changée en un maotoau d'écerlale.

« Depuis ses moyens croissants avec sa dignité, il augmenta aussi ses bienfaits envers les pauvres, et lea misérables, desquels on l'appelait le tuteur et le père ; voulant qae ses richesses particulières devinssent publiques, comme Tétait son cœur et son affection. El il exerça encore particulièrement ses libéralités envers tous ceux qui faisaient quelque profession de bonnes lettres, desquelles il était le grand ornement el F appui. Etant vrai qu'on ne pouvait trouver personne en ce lemps la , qui fût arrivé a un pareil degré d'érudition en toutes sortes de facultés, desquelles il avait, comme l'on disait, effleuré les cimes et les pointes , dont il fut appelé par excellence, le savait/, et une bibliothèque animée do l'esprit de toutes les sciences divines et humaines. El lit-on passer pour constant que depuis treizu cents ans l'Eglise n'avail pas vu d'homme plus consommé en doctrine que lui ; jusque-là même qu'on disait que ses songes qu'il exprimait souvent en parlant, étaient (dus doctes que les veilles des autres. El quoiqu'il ait peu écrit par considération , ce peu néanmoins qu'il a laissé d'écrits, sans parler du beau traité De la monarchie ecclésiastique, cl de quelques autres, que ses neveux ont enviés a la postérité, feront toujours le clair miroir et les précieuses marques où l'on connaîtra les t ichoses d'un esprit aussi rare que les prodiges.

, « La grande estime en laquelle il était de suffisance et de vertu auprès du Pape Pie IV, fit qu'il lui confia toute l'instruction privée de sou neveu le cardinal Borroraéc, OdU» l'esprit duquel il jeta les semences do U sainteté, qui l a fait être depuis un grand oruemeut du l'Eglise et une image de nos

autels. Ce fut aussi en reconnaissance d'une si sainte institution , el pour l'assuréo connaissance qu'il avait île sa grande vertu, qu'en la création du Pape Pie V il employa tous ses efforts et tout ce qu'il avait dé crédit dans le conclave pour le faire élire Pipe; a quoi inclinaient encore les suffrages d'un bon nombre de cardinaux, dans l'opinion qu'ils avaient qu'il soutiendrait avec dignité cet honneur souverain que la voix d'un cardinal lui donnait , et que les léitfoignngw que le public avait déjà reçus de sa sages* el de la probité de sa vie lui confirmaient.

« Le Pape Pie V le chérit toujours a l'égal de la haute estime en laquelle il l'avait, encore qu'il eût été son concurrent aux suffrages de son élection ; lui donna la charge principale de rhabiller les manquements du bréviaire et du Missel romain, el • de dresser le catéchisme des curés selon les ordres du concile de Trente. Il fut encore quelque temps aprô* employé par le P*|*> Grégoire XIII à la revue du Catalogue des livres défendus , et è la correction des erreurs que la licence des auteurs avait (ait couler dans un nombre de bons ouvrages qui pouvaieul être d'ailleurs utiles au public. Et généralement en tous les bons établissements qui regardaient ou le service divin ou les bonnes mœurs, il fut consulte" comme un oracle de sagesse ; et les avis

Ju'il donnait, suivis sans contredit, comme tant émanés du premier des savants, et reçus avec respect comme d'un saint. On no vil jamais homme redouter moins la mort, parler d'elle avec plus de douceur el de délices et ja provoquer avec plus de résolution et d'impatience de désir: estimant chose indigne d'un Chrétien qui a nourri el grossi sou cœur des belles el glorieuses espérances du ciel , d'appréhender vainement ce fantôme, de qui In douleur et la vengeance triomphent , l'amour el les plus tendres passions se moquent. Aussi la nouvelle de sa prochaine fin lui ayant été donnée , il en témoigna d'excessives joies qui lui fondaient le cœur et le faisaient couler en douces larmes par ses veux. Il arrêta mille tendres baisers sur les plaies du crucifix, redisant souvent ces paroles: Seigneur, ayez pitié de moi, comme tout sorti et comme voue roules. Puis, sentant les approches de la mort cl regardant amoureusement son Sauveur crucifié : Je voue remercie, lui dit-il, mon Seigneur, de ce que rem m avez conduit par votre bonté à cette fin ét ma carrière, que j'ai si ardemment désirée, tl ne m'acex pas abandonné de vos secoure en ces derniers combats. El enfin donnant comme congé à son esprit, qui semblait presser sa sortie par de doux efforts qu'il faisait : £" paix, dit-il, en lui je dormirai et prendrai mon repos. Et ce disant, il trépassa fort heuieusement, l'eu de Notre-Scigueur 158$, de son âge le soixante el onzième, el fut enterré a Saint-Laurent, qui était l'église de son tilre, qu'il ne voulut jamais changer pour la dévotion qu'il avr:» > r?

le père des pauvres. »

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