TOL DICTIONNAIRE
▼ailla avec le plus d'ardeur à cette réconciliation, comme on le voit par les lettres de trOisnl et de Duperron, depuis cardinaux, lesquels négociaient alors a Rome cette importante affaire. Le roi Henri le Grand chercha les occasions de témoigner la reconnaissance qu'il conservait pour le cardinal Tolet. Lorsqu'il eut reçu ta nouvelle do la mort de ce modeste et illustre prince de I Eglise, il lui fit célébrer un service solennel à Pari?, et à Rouen. Le. cardinal Tolet avait cessé de vivre en juin 1596, dons la 6i* année de son âge. • Voici son éloge hisloriquo par leP.Àlby: « Comme n n est point d'nonneur plus avili et qui tienne plus de l'infamie que celui qui fait ou qui montre le vice, aussi n'en est-il point de plus noble et de plus glorieux que celui qui suit et qui couronne la vertu. Quoi qu'a parler avec les sages elle n'ait point de couronne plus belle quo celle qui se fait de ses branches, ni de guirlande plus précieuse que celle que l'on amasse de ses fleurs ; quo s'il arrive jamais à la vertu de s'abaisser à porter la queue et de devenir suivante et courtisanno de l'honneur, c'est pour lors, qu'elle cesse d'être vertu et qu'elle trouve le mépris qu'elle n'attendait pas dans l'honneur qu'elle poursuivait.
« Et c'est aussi en quoi a paru de tout temps la vertu de la plupart de ces grands hommes qui ont été appelés aux dignités de l'Eglise ou du siècle; qui se sont montrés d'autant plus dignes des honneurs qu'ils ont aoquij et enchéris pr leurs mérites, qu'ils les ont estimés moins dignes de leurs recherches et au-dessous do leur ambition. Entre lesquels personne ne pourra refuser justement une place au cardinal Tolet, qui, ayant été employé pour sa rare vertu et pour son éminente capacité par six granls Pontifes en de très -importantes charges, après avoir longtemps persisté dans un généreux mépris des donneurs et lutté contre les bonnes volontés des Papes, desquels il avait été t'espace de vingt-cinq ans comme domestique; il fut enfui contraint d'accepter la dignité de cardinal à laquelle il apporta plus de mérite, et lui rendit plus d'éclat par sa doctrine et par sa bonne vie qu'elle ne lui conféra d'ornement et d'honneur.
« Il avait pris sa naissance en Espagne, en la ville de Cordoue, où il reçut de ses parents, personnes d'honneur et de mérite, une très-bonne et très-soigneuse institution, dans laquelle il lit bientôt prendre des conjectures avantageuses de l'éminent savoir qui le devait signaler entre les hommes de son temps. Son esprit, tout do feu et d'éclairs, poussa dans ses premières annéer »Jes essais qui surpassaient son âge et suçaient sur les enseignements de ses maîtres. Il fut envoyé a Salamanque, la plus célèbre université d'Espagne, pour y apprendre les bonnes lettres et la philosophie, où il rencontra pour matlre le docteur Dominique Soto, qui, ravi des excellentes qualités de son esprit, grand quwi jusqu'au prodige,
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avait accoutumé de l'appeier le montin d'etprit, annonçant s tous sur la première et la plos tendre mon Ire de la portée de son âme, qu'il serait, un jour, comme il l'a été, l'un des génies des écoles et l'un des grands savants de son temps.
« Les preuves qu'il donna de son incomparable promptitude et vivacité sur les baocs do l'académie, lo firent bientôt ju-er dign« de monter en la chaire du maître, dont il fut fait professeur public de la philosophie en cette même Université en l'âge seulement de 23 ans, et s'acquitta de col emploi avec tant de louange et d'applaudissement des savants, que sans se publier par ta marques communes du poil et du sourcil philosophique, il emporta par la vigueur ettraordinaire de son esprit la réputation du plus subtil philosophe qui fût en Espagne; et il fut encore en l'estime de l'un des plus solides professeurs de cette science pointilleuse ; ayant acquis la perfection de 11 doctrine qui borne la suffisance d'un homme savant avant même qu'il eût atteint la perfection de l'âge de l'homme.
« Il commença cependant à se déplaireen Pexcrcico de sa profession ; se figurant que toute la gloire qu'il y pouvait recueillir n'était dans la vérité qu'une fleur dt hngm fort sujette à périr; et que dans les pénibles travaux qu'il prenait ponr l'instruction d'aotrui, il n était que comme la poudre au jour de fôte, qui pour réjouir les autres se consume elle-même: dont il délibéra prudemment de porter plus haut les visées de son âme, et minuta quant et quant sa retraite de la chaire de philosophie et du monde dans quelque ordre religieux où il pût consacrer ses études par la sainteté de sa profession et faire des travaux de son esprit une marche a l'éternité. Ainsi, ayant éclairé de près la doctrine et les vertueux déportements dei Pères de la Compaguie de Jésus qui étaient à Cordoue et à Salamanque, et aperçu les fruits signalés de leurs charitables emplois et de leur religieuse conversation, il entra dans la Compagnie è l'âge de 27 ans, cherchant la satisfaction de sa conscience et la sûreté de son salut dans la fuite du monde, qu'il n'avait pû trouver dans la force de son esprit et dans dans les flatleux avantages de la science qu'il avait acquise.
« Il était près d'achever son noviciat dans la maison de probation de Simanque, qusnJ le P. François de Borgia, qui de duc deCiodie s'était fait religieux de la Compagnie et la gouvernait alors en Espagne avec autorité, ayant bien mesuré cet esprit et recontw ce qu il valait, tant en vertu qu'en capa* cité, l'envoya à Romo pour y être produit avec avantage. Il n'y fut pn* vu qu'il y fut connu et aussitôt employé par ses supérieurs pour lire In philosophie au Collège romain, où l'on lui commit d'entrée trente jeunes religieux étudiants, qui étaient la fleur des esprits choisis de toutes les provinces, e:l l'espérance que i'on avait qu'ils ne feraient point d'avancements médiocres sous une »' exqnise cl si solide instruction.
« La science et la réputation, qui font souvent des enflures dans l'âme et la jettent hors do ses justes alignements, no Crent Jrtmnis désordre dans la sienne. Il recevait toutes les louanges et les applaudissements de re grand théâtre comme des offrandes eacrées qu'il portait sur l'autel de Dieu ; et quoique les éminentes qualités de son esprit le relevassent beaucoup par-dessus ses collègues, sa douceur néanmoins et sa simplicité éloignée d'ostentation le rendaient fatuilier et aimable a tout le monde. De la chaire delà philosophie il passa à celle de la théologie, qui exerça son esprit dans ces hnuies et divines matières; mais comme il n'y avait rien de trop saint pour sa grande vertu, aussi ne trouva-t il rien de trop difficile ou de Irop profond pour se dérobera la force de son génie et la clarté des lumières de son âme. Tout Rome résonnait des louanges et de la recommandation de sa dorlrine ; plusieurs cardinaux, évéques et prélats l'atlnient ouïr dans sa classe avec de grandes satisfactions, mais principalement quand il était extraordinairement appliqué h prêcher la parole de Dieu aux églises, car tout ce qui était de savants et de bon* esprits dans cette capitale du monde affluait 5 son auditoire, et dans les ravissements où ils étaient emportés, ils 'étaient contraints d'avouer que pour s'imaginer guelque chose de plus profond en savoir il fallait s'imaginer quelque chose de divin.
« Le Pape Pie V, qui apporta au Siège souverain de l'Eglise la sainteté qu'il y prit en titre, bien informé des rares qualités de Tolet, le choisit pour élro soi prédicateur ordinaire, en laquelle charge il a continué l'espace de vingt -cinq ans sous le pontificat des successeurs de Pie, c'est à savoirde Grégoire XIII, Sixte V, Urbain VU, Grégoire XIV, Innocent IX, Clément VIII, desquels il a été le théologal et le prédicateur ordinaire et a toujours demeuré en leur palais pour être comme A leur main et leur servir d'un puissant organe à soutenir et à mouvoir la machine du gouvernement spirituel par les ressorts de ses conseils.
« Il fut, outre cela, employé par les Papes en plusieurs charges et offices de conscience, à l'inquisition, à Ta pénitence et ailleurs; au maniement desquelles il rapporta tout ce qui était à espérer d'un docte et pieux théologien et (l'une personne parfaitement bien intentionnée et Odèle h Dieu et à l'Eglise. Et il montra encore qu'il savait excellemment l'art de la négociation et la science des ailairesaux emplois, qu'il eut hors do Rome, tant en Pologne, où il alla par le commandement du Pape Pie V, eu compagnie du cardinal Commendon, légat de Sa Sainteté vers l'empereur Maximihen II. comme en Flandre, où le Pape Grégoire XIII l'envoya pour des affaires importantes du la religion, et où par ses doctes conférences ot dans les combats d'esprit qu'il livra aux hérétiques les plus factieux de ce pays-là, il remporta <|o glorieuses et immortelles dépouilles. Entre autres, il entreprit une dispute à Lou-
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vain avec le plus savant et tout ensemble le plus acéré et le plus indomptable partisan de quelques nouvelles erreurs, qui, tout rempli de l'opinion de sa suffisanco et chatouillé de la vanité de quelques pareils combats qu'il avait livrés avec quelque avantage, eut la hardies.«e de mesurer sus armes avec celles de Tolet; mais il se trouva accueilli d'une si forte batterie do raisons et d'arguments, et si puissamment enlevé par la force de cet esprit non pareil, qu'il fut contraint de jeter à ses pieds les armes criminelles de son infidélité vaincue et d'avouer par un écrit qu'il signa de sa main et envoya au Pape Grégoire, que la doctrine incomparable do Tolet l'avait acquis à la vérité catholique et qu'il n'appnrlenail qu'à lui de dissiper par les divines lumières de son esprit les fantômes d'erreur qui avaient assiégé son âme.
« Or quoiqu'il- lût employé dedans et dehors la ville de Rome en toutes sortes de grondes et importantes occupations pour l'honneur de l'Eglise et le bien de la religion, il attacha encore son esprit à la composition do plusieurs beaux livres, taot en philosophie comme en théologie ; et particulièrement il travailla sur diverses pièces de l'Ecriture sainte qu'il a illustrées de ses riches, doctes et renommés commentaires dans lesquels il a éternisé son nom et son esprit mille fois plus honorablement que n'ont jamais fait les plus excellents artisans dans les miracles de leurs travaux, et les grands monarques du monde dans leurs colonnes et leurs superbes obélisques.
Et je ne sais si jamais il a été donne un plus illustre et plus authentique témoignage au mérite de quoique écrivain que celui que le Pape Grégoire XIII rend à la savante plume de Tolet en un certain bref dépêché en sa faveur en l'année 1584, par lequel il le fait lui-môme le juge et le censeur de ses écrits ; attestant que sa doctrine est si irréprochable, sa prudence, sa fidélité et sa diligence si recommandâmes, comme il dit l'avoir éprouvée et reconnue par un long et familier usage qu'il a eu de lui, l'ayant employé en de très-grandes et importantes charges, qu'il n'est nullement raisonnable que ses écrits soient, comme ceux du commun, soumis au jugement et à la censure d'autrui.
« Le Pape Sixte V, successeur de Grégoire, voulant honorer sa vertu et récompenser les travaux qu'il avait pris pour l'Eglise, s'était une fuis résolu à le faire cardinal; mais il se laissa enfin vaimro en sa réàolulinn, tant è la profonde aliénation que Tolet montra avoir de celle dignité si éloignée de sa profession, comme aux justes remontrances du général de la Compagnie, qui le pria instamment de n'ouvrir point à l'ambition qui pourrait natlro en l'esprit des sujets plus considérables do l'Ordre, un j porte que son .«aiut ot sage fondateur Ignace avait désiré être éternellement fermée; faisant obliger tous les profès. par un vœu exprès à n'aspirer jamais a
aucune charge ou dignité dans l'Eglise:
sachant bien d'ailleurs, que tout ainsi que pour trop arracher les greffes d'un arbre on le rend enfin du tout abâtardi ; et que pour aToir trop dépeuplé les compagnies religieuses de leurs meilleurs hommes, on les avait enfin désertées; qu'il pourrait de même arriver è sa Compagnie, si cette dangereuse ouverture était faite de se voir dégarnie dos meilleurs ouvriers qu'elle aurait élevés pour la manutention de l'E-
f lise et pour l'honneur de la religion. Il ne ut pas si aisé de détourner les bonnes volontés qu'eut le Pape Clément VIII pour Tolet; car quoiqu'on sût lui proposer au contraire, il le Qt cardinal de puissance et d'autorité absolue, ornant ses mérites passés de la pourpre et la dignité qu'il lui conférait du nouveau mérite de son obéissance.
« L'éclat de cette éminente dignité, quelque lustre d'autorité qu'il apparaît ï ses vertus, ne le ht point paraître plus grand devant ses yeux. Il demeura toujours en sa première humilité et retint toutes les bonnes habitudes auxquelles la vie régulière et l'amour de la croix avaient formé ses moeurs. Il s'était déjfc accoutumé depuis qu'il logeait au palais des Papes a de grandes et sévères abstinences, ne se uourrissanl presque que d'herbes et de légumes; quoiqu'il montrât un vigoureux embonpoint, pareil A un esprit céleste qui ne vil que de lumières et d'ardeurs. El il continua celte même sobriété tout le temps qu'il fut cardinal, vivant comme celui qui n'avait de commerce avec les parties grossières de la chair et du sens qu'autant que la seule nécessité l'y pouvait attacher. Il jeûnait tous
es samedis de l'année, au pain et à l'eau, en l'honneur de la glorieuse Vierge. Mère de Dieu, è laquelle il avait une dévotion f«.rl particulière: et jeûnait encore un carême tout entier è son honneur, qu'il commençait quarante jours devant la fête et solennité de sa triomphante Assomption dans le ciel : et ne laissait, quelque temps qu'il fit, chaud, froid ou pluvieux, d'aller à pied chaque samedi, du palais du Vaticau où il était logé, dire la Messe à l'église d9 Sainte-Marie Majeure qui est au mont Esquiliu, quoiqu'il y eut plus d'une demiiieuo do chemin. Mais il trouvait toutes ces peines douces qui étaient employées à honorer la Mère de son esprit et la tuli ico de son salut.
Il avait bien !e moyen, comme confesseur, conseiller de conscience et principal confident du Pape Clément, d'accroître ses revenus par le nombre des bénéfices ecclésiastiques ; et il lui en fut souvent otferl de fort considérables par ce Pontife qui l'estimait et t'aimait grandement. Mais lui aussi, aj anl le pouvoir du soutenir sa dignité, plus par son mérite que par cette pompeuse dispensation, et par ce superbe usage des richesses du l'Eglise ; et d'ailleurs ne craignant point de disette où il avait Dieu pourïiérilage, refusa consomment tous !es bénéfices
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que le Pape lui voulut donner, et se contenta d'une simple pension pour vivre honnête* ment et dans la bienséance de va condition; tout persuadé qu'il était, qu'en ta balance du vrai honneur, une vertu pèse plus qu'un nombre de mitres.
« Aux assemblées du sacré consistoire des cardinaux, et partout où il fut recherché de son avis et de son conseil, il y apporta tou-t jours de bonnes et de sincères intentions, on esprit fort et un cœur parfaitement épuré pour se lier du tout aux intérêts de l'Eglise et de la religion. Ce qu'il fit voir tant sut affaires d'Allemagne et de Hongrie qui se traitèrent durant son cardinalat, comme
firincipatemenl en celles de France et de 'absolution de Henri le Grand, de très-beareuse mémoire; laquelle il sollicita, achemina et avança avec tant de courage, nonobstant les puissantes oppositions et les contradictions d'Espagne, qu'il sembla que tout Ifl succès et la gloire lui en fussent dus. Et certes, comme témoigne de lai l'éminentissime cardinal Duperron qui né* gociait alors celte affaire en la cour de Rome, outre qu'il renonça en cette occasion en faveur de la France à toutes considérations humaines pour embrasser l'équité et la justice de la cause du roi, qu'il ferme l«s yeux è l'obligation naturelle qu'il pouvait avoir envers son prince, sa patrie et ses parents, qu'il foula aux pieds toutes sortes de menaces, de promesses et de tentations: il prit encore tant de peine et de corps et d'esprit pour cette négocia lion, qu'on s'élonna qu'il n'eût succombé sons le faix; combattant tantôt par écrits, tantôt par conférences ceux qui étaient contraires, remuant et animant ceux qui étaient stupides; et en somme, portant celte affaire avec on tel zèle et une telle fermeté que le roi n'eût su espérer tant de preuves, pour ne dire point lai.l do chefs-d'œuvre et de miracles, do plus affectionné de ses serviteurs. C'est ainsi que parle ce grand cardinal : ajoutant au roi dans la lettre qu'il lui en écrit, qu'il devait compter enire ses bonnes fortunes de voir que sas vertus , nonobstant de si grands obstacles, eussent faii une telle impression en l'esprit du cardinal Tolet et
3u'il eût ajouté h ses autres conquêtes celle 'une âme, non-seulement ornée de tant de de savoir et de piété que l'envie même n'y saurait trouver h calomnier; mais méma si généreuse et si héroïque qu'elle ne savait rien craindre que du reproche de sa conscience, ni espérer que du uicrilo desa vertu.
c Et outre l'affection générale qu'il conul pour toutes les affaires de France dans i'a véritable opinion qu'il prit , que les avantages el les intérêts de la souveraint'16 spirituelle de l'Eglise étaient liés avec ceux de celle couronne, il eut encore toujours en haute estime les belles nt incomparable* qualités du roi Houri lo Grand; ce qui le" opiner au consistoire, que si l'on nu-1'1 faire une ligue de guerre contre les ^u^ts . el les Mahomélans, qu'il n'y avait prises «
roi en la chrétienté qui méritât en être le chef et le conducteur que lui , tant pour être te premier chrétien et le fils nlnê de l'Eglise, que pour être le plus vaillant et le plus redouté prince du inonde, et pour avoir surpassé tous les capitaines de son temps , autant en la vertu militaire qu'on la gloire des armes.
« Ce bon cardinal virait dans une heureuse vieillesse, appuyant de ses sages conseils les pieuses et les généreuse» volontés du Pape Clément, et en tout prêtant coin me les mains à ce grand Pontife pour opérer les merveilles de son gouvernement, quand la mort inespérée a tous, sinon à lui, vint ravir soudainement un grand prélat è l'Eglise, un sage conseiller au Saint-Père, un appui a la piété, un exemplaire à la vertu, une lumière à la religion , un ornement singulier au momie. Il était sorti un jour de la Notre» Dame d'août, de grand malin , du Vatican , où il logeait , et s'en était allô à pied selon sa coutume en un temps si chaud , et tout vieux et repM qu'il était, a Saiutc-Majour, et y avait célébré la sainte Messe, tout ému el suant comme il était anivé. Depuis lequel excès il ne se porta jamais bien, encore que huil jours après il semblât être guéri; mais lui étant survenu uno fièvre assez violente , il en fut aussitôt abattu , et emporté au septième accès , avec le regret de tous les gens de bien qui recueillaient les fruits d'une vie si précieuse, el & qui il partageait ses charités, ses conseils, sa doctrine et ses exemples.
« Il fit de tout le temps, quoique court, de sa maladie un abrégé des dévols exercices qu'il avait pratiqués en sa vie secrèlo, par lesquels il se prépara dignement è bien mourir, éclairant dans les ténèbres de la moil le chemin du Ciel où son esprit allait par les lumières de ses vertus. Il reçut avec une grande dévotion les sacrements de l'Eglise, donna sa bibliothèque au Collège Romain , ordonna des récompenses a ses serviteurs domestiques, à chacun selon son mérite; et outre douze lampes d'argent et quantité d'ornements qu'il laissa à Véglise de Sainte-Marte Majour, il fit héritier l'autel de la Vierge, h laquelle il avait toujours eu une forte dévotion , du reste de ses biens, fondant autant de messes qu'il se pourrait, selon la portée des moyens qu'il laissait, qui seraient célébrées chaque jour a l'honneur de la Sainte-Vierge, et pour l'aide des âmes des trépassés. Comme il se sentit atteint du coup de la mort, il fit prier le Pape , qui logeait lors a Monle-Catallo , de lut envoyer sa sainte bénédiction. Mais le Pape, en témoignage du grand élal qu'il faisait de lui , la lui alla donner en personne , s'entretint avec lui environ demi-heure, lo consola , et pleura avec de tendres sentiments, et enfin prenant congé de lui, le baisa au front, et l'embrassa de grande affection , lui laissant des arrhes du gracieux et glorieux accueil nue son Ame devait bientôt recevoir au Ciel.
« Un peu devant quo mourir, comme
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quelqu'un de ceux qui l'assistaient lui eut suggéré ces paroles du glorieux Saint-Mirtin : Seigneur, si je suit encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. Il ré* pondit que cela ne luiconvenait pas. Et comme un autre avait avancé ce mot de l'Apôtre (Philipp. i, 23) : Je désire être délié, et être avec Jésus-Christ. Voilà, dit-il , qui est pour moi, el depuis il reJit souvent ces douces paroles , jusqu'à tant qu'il congédia son esprit entre les mains et dans le sein do son Sauveur. On tient qu'il recul h va mort des grâces Tort singulières de la Mère de Miséricorde, do laquelle il avait été si affectionné serviteur. Il décéda trois ans après avoir été honoré de la pourpre , le de septembre de Tannée 1S96. âgé do 7t ans moins vingt jours. Il fut enterré suivant sa dernièro volonté en l'église de Saint-Marie la G.-fcnde, auprès du seuil de la porte, où le Pape lui fit faire de très-somptueuses obsèques , qui furent fréquentées d'un concours inestimable do peuple. Le roi Henri le Grand , qui , selon sa magnanimité accoutumée, ne voulait rien devoir a personne, ayant appris la trépas de ce cardinal qui avait si courageusement détendu son droit et porté ses intérêts a Rome, honora sa mémoire en France d'un service solennel, qu'il commanda lui êlre fait do magnificence royale aux églises cathédrales de Notre-Dame de Paris el do Rouen. De quoi le Pape Clément reçut une grande satisfaction, et en loua la générosité, la bonté . et la piété du roi très-chrétien , non moins grand à reconnaître les bons offices qui lui avaient été rendus , qu'à pardonner les injures qu'il avait reçues.