WAR
WV.l
gueules citations de l'Ecriture, ou la rappelle sans cesse par des allusions qui son» quelquefois heureuses. Son espni était vif, sa mémoire ornée ; les langues grecque et fl' ibelui étaient familières; il écrit avec feu, et cependant sans trop de prolixité, avec une sorte de méthode dont il faut lui savoir d'autant plus de gré, que les écrivains de son siècle n'en connaissaient pas l'avantage. •
VIZZARDKLLI (Cn ahi.es), né au diocèse do Véioli, fut créé cardinal en 1847. par Pie IX. Il mourut en 1851
Ce cardinal, préfet de la congrégation des Etudes, Ht connat Te au cardinal camerlingue, archicliancelier do l'archigymnase de Rome et (chargé du détail de l'érection, la décision du Sainl-Pèrcde fonder une chaire d'agricullun} dans ce collège. Le môme cardinal donna encore une preuve de son zèle, dans une circulaire où il invita tous les évoques à examiner soigneusement les livres employés dans les écoles publiques ou privées Je leurs diocèses, cl de n'en autoriser aucun qui ne fût irréprochable sous tous les rapports.
WARTENBERG (Fiuuçois-Gcilucme db) naquit, en 1593, d'une noble et ancienne famille do Bavière. — Placé, en 1G00, au collège des Jésuites d'Ingolstadt , il se prononça de bonne heure pour le ministère ecclésiastique, et, en 1605, fut nommé prévôt de l'église collégiale de Sainte-Mario, h All-Altingcn. Ses éludes classiques terminées avant sa seizième année, il alla passer neuf ans à !*omc, dans le collège des Allemands. Rappelé par le duc de Bavière Mnximilien, il obtint de ce prince différentes chargea. L'élévation à la pourpre d'Eitel- Frédéric de Hohenzollern , créé cardinal par Paul V, en janvier 1G2I , contribua à son avancement ; il hérita de tous los emplois que remplissait le nouveau cardinal auprès Je rélecteur-archevêquedcCologne. L'annéo suivante le vit prendre une part active et brillante aux conférences de Ratisbonnc, où fut arrêtée la translation de l'électoral palatin au duc de Bavière. En 1625, il fui élu évôquo d'Osnobruck, en remplacement du cardinal de Hohenzollern, enlevé prématurément. On était alors entré dans la seconde pér iode de la guerre de trente ans , et les troupes danoises, qui envahissaient le pays, ne lui permirent pas de prendre possession de sonévéebé; il en resia éloigné jusqu'à ce quo les troupes impériales eussent repris l'avantage. Bientôt après, il se trouva comme représentant de l'électeur do Cologne à l'assemblée de Mulbausen, et fut un des commissaires nommés par l'empereur Ferdinand II, pour l'exécution de l'édit relatif a la restitution des biens ecclésiastiques «inns la Imsso Saxe. La droiture, l'équité, le désintéressement qu'il montra daus l'accomplissement de celte mission difficile, furent appréciés de tous les partis. Le Pape Ci bain VIII, sur la proposition de Ferdinand 11, le nomma aux deux évèchés do Mimieii et de Verdun, momentanément ravis par le sort des armes à deux princos protestants, et le déclara sou vicaire dans le Mord, spécialement dans le Hanovre, c Lu «umle de Warlcnberg rendit en celle qualité de grands services 6 l'électeur de Cologu -, daus ses efforts contre la réformatioii. Il signala aussi son triple ét>:scopnl par plusieurs fondations utiles , rendit loul son éclat à l'université d'Osnubruik, bâtit divers
séminaires, éleva le collège anglais et aoe maison d'éducation pour les pauvres. Ces institutions louables n'empêchèrent point qu après la victoire remportée sur les Ira* périaux, près d'Oîdendorff, par Indue George de Brunswick, il ne perdit ses trois évfchés. » Ce n'est même qu'à travers les plus grand? dangers qu'il parvint à échapper aux ennemis , et qu'il arriva à Cologne d'abord, ensuite à Bruxelles. Mais, en 103%, l'armée protestante perdit, près de NordlinRen, in Bavière, une bataille décisive gagnée par. les Impériaux ; et l'évéque rentra à Cologne, à la suite du cardinal-infant qui se rendait à Juliers. « Plusieurs voyagi g à Rome, à Lorelie, l'occupèrent ensuite : le premier n'avait pour objet que la conclusion d'un mariage entre une archiduchesse et l'électeur de Bavière ; les autres furent entrepris par suite d'un vœu qu'il avait fait dans une maladie dangereuse. A peine revenu en Allemagne, il assista à la diète do Ralisbonne, où l'évéque, appuyé des suffrage* du chapitre, demanda à l'avoir pour coadjuteur, ce qui fut accordé sur-le-champ. > llb.) Il se trouva de même, au nom de l'électeur de Cologne et au sien, aux conférences de Munster et d'Osnabrucli. conférences qui précédèrent la conclusion Ju traité do Westphalie, en 1648; niais, aux termes de ce traité, il fut obligé non-seulement de renoncer aux deux évèchés (Je Mindcn et de Verden , mais encore de consentir, pour rentrer dans son évèclié d'Osnabruck, à payer quatre vingt mille rixdalers au duc Gustave, à qui la reine de SuèJe, Christine, en avait conléré la possession. Toutefois, l'empereur Ferdinand 111 l'indemnisa eu lui donnant bientôt après le siège épiscopal de Ralisbonne, vacant par la mort du titulaire, et en le nommant , en lti58 . chef de la dépu talion envoyée de Francfort à Rntisbonne. El 1060, le Pape Aloiandre VII le créa cardinal-prêtre dans sa troisième promotion. Le cardinal de Wartenberg ne jouit pas longtemps d'une dignité qu'il niéritailsi bien. Il mourut le 21 novembre 1661. Il était Agé de soixaiiie-huil ans.
WEIS1MUACH (Bl'rcbahd ub, , issu u u«e famille noble. d'Allemagne, lut w''°le.' ' prévôt de la calbéJcale uc SalUbourg,*»." celle qualité, fui un des ambassadeur
IGil WEL DES CA
nédience de l'empereur Frédéric III, auprès lu Pape Pie II. — Ces ambassadeurs, arrires h Florence , firent mine de ne pas vouoir avancer davantage , sous prétexte que
0 Souverain Pontife avait reçu les ambasiadeurs de Matthias Corvin, comme roi Je Jongrie. bien que Si Sainteté sût que l'om- )creur Frédéric avait aussi élé élu par plusieurs palatins hongrois. Le Papa justifia ,011 procédé , en disant que la coutume de es prédécesseurs avait toujours été de traier de Majesté celui qui était en possession l'un trône; que, d'ailleurs, Calixte III, son •rédécesseur , avait déjà donné le titre de
01 & Matthias. Les ambassadeurs parurent e contenter de cette raison , et arrivèrent à tienne, où ils prêtèrent l'obédience. Burhard , qui était le chef de l'ambassade, fut levé par le môme Pontife, en 1Î60, à la lignité de cardinal , sur la présentation de 'empereur ; et l'on remarqua que de toutes fs présentations faites par les souverains •our la promotion à la pourpre, celle du révôt de Saltzbourg fut la plus agréable à a Sainteté. Investi , la même année , do archevêché de Saltzbourg, le nouveau rince de l'Eglise institua douze prêtres, ont six séculiers et six religieux, pour ondtiire le chœur de sa cathédrale et y lire les fonctions de chantres. Cet établis- .'ment ne subsista que pendant sa vie, et > chapitre l'abolit après sa mort. Les peules, habitants des montagnes de son dio- ^se, se trouvant trop chargés d'impôts par
1 cardinal -archevêque, se révoltèrent et se aisirent de plusieurs châteaux et fortereses : l'affaire eût élé loin sans l'intervention e Louis de Bavière, qui calma tout. Burlinrd de Weispriach fonda une collégiale e douze chanoines , dans une des villes de on diocèse, il fit de riches présents à sa athédrale et mourut le 16 février H66.
WELD (Thomas) naquit a Londres, le
2 janvier 1773, d'une famille ancienne et ooorable. Son père, zélé Catholique, emloja sa grande fortune an soutien de la •ligion. — Il établit les Jésuites dans son uUeau de Slonvhurst, et les Trappistes dans an parc de Sulworth. Thomas, zélé calhoque comme son père, épousa, a 23 ans, ne demoiselle Clifford. Il accueillit avec aipresseinent des prêtres français que la ;vo^tion obligeait de chercher un refuge a Angleterre. En 1815, il perdit sa femme ml il n'avait eu qu'une fille mariée en *18 à lord Clifford. Weld résolut alors embrasser l'état ecclésiastique. Il tint à s ris en 1819,chez l'abbé Carroa et s'y préara à la réception du sacerdoce que Mgr irehevêque de Paris lui conféra, le 13 ml 1821. Revenu dans son pays, ilaban- >ana ses biens à son frère puîné, ue se servant qu'une rente. Il s attacha è la iapelle de Chelsea, il s'y livra aux soins j ministère ecclésiastique sous la direcm de M. l'abbé Voyaux deFranaux, prêtre snçais. Il s'occupait e,n même temps de usieurs bonnes œuvres dont la ville de >ndres était le théâtre. Demaudé pour
Uictiom. i*ks Caboisaox.
DINAUX. WIS |G4i
coadjuleur par M. Macdonall , évêque de Kingston dans le haut Canada, il fut sacré évêque d'Amycle le 6 août 1826; mais cédant aux instances de ses amis, il rente en Angleterre, s 'occupant è la fois des intérêts religieux de la colonie ot de ceux des Catholiques de Londres. Les médecins ayant ordonné à sa fille l'air de l'Italie, il l'accompagna, se proposant de profiter de celte occasion pour visiter la ville éternelle. A peine fut-il arrivé a Rome que Pie VIII le créa cardinal, le 15 mars 1830. Depuis, il fui à Rome le principal protecteur des Catholiques anglais ; il les accueillait avec bonté et leurfacilitait l'accomplissement do leur pèlerinage. Il établit dans son palais des conférences pour la défense du catholicisme. Une maladie çravedont il fut atteint eu 1836 le conduisit rapidement aux portes du tombeau. Il mourut le 10 avril de la même année après avoir reçu les secours de la religion, en présence de ses petits-enfants, et avec les sentiments de la plus vive piété.
W1NTERBURN (Gauthier de), Anglais, théologien de l'ordre des Dominicains, confesseur du roi Edouard, fut fait cardinal en 1303, par Boniface VIII. Il mourut en 1305.
WISEMAN (Nicolas) , né à Séville en 1802, est sans contredit l'un des membres les plus illustres que compteaujourd'hui le Sacré Collège. Il fut longtemps l'ornement de la ville éternelle où il avait le bonheur, comme il le dit lui-même, dans la Préface de ses Discourt sur les rapporté entre la science et la religion, de présider le collège anglais. Appelé ensuite par la confiance du Souverain Pontife à exercer dans sa patrie la charge pastorale, il fut sacré évêque de Mélipotamos, et vicaire apostolique du district de Londres. La pénurie d'ouvriers évangéliques l'obligea è se prodiguer , et on le voyait sans cesse annoncer la parole de Dieusurtous les points de l'Angleterre. Nombreuses sont les conversions qu'il a déterminées par ses sermons, par ses écrits, et plus encore peut-être, par sa conversation remplie de charme. Il a eu la plus grande part au rétablissement de la hiérarchie catholique en Angleterre; et cette grande et utile mesure ayant été le prétexte d'une agitation dans laquelle les populations
Srotestaiites prodiguèrent mille outrages au ouverain Pontife , Mgr Wiseman aiironta l'orage, et par un appel qu'il adressa au peuple anglais, et qui est un chef d'œuvre, il contribua à dissiper les préjugés, et à ramener le calme. Fait cardinal en 1850, ii est aujourd'hui archevêque de Westminster, et son diocèse comprend la partie de Londres située au nord de la Tamise. — Nul n'iguore son éloquence, son talent d'écrivain, sa science prodigieuse. Ses Discours sur les rapports entrera science et la religk>n,et«es Conférences sur le protestantisme sont des ouvrages du premier ordre. Ils sont aujourd'hui dans toutes les mains et forment -une des parties les plus précieuses Des démonstrations évangéliques. Parmi les œuvres du cardinal Wisemao qui ne se trouvent pas dans les
ÏCi3
un
' Démon ttrat ions, nous citerons I.a lampe du sanctuaire, Fubiala, cl un roognitique discours prononcé dans la cathédrale d'Amiens pour la fêle de Sainte - Theudosie. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant ici ce discours.qu'ils pourraient difficilement se procurer.
I.ocutus esl (Joseph) fratribos sois: Pont mortem tneam Drus visilabil ,vos... AsporUle osa me» voblscum, de loroisto. {Gen., t, 23.) ,
i Joseph a dit 1 ks frères : Après ma mort Dieu voua visitera... Transportez mes ossements d'ici avec vous.
« Kminences, Messeigne.urs, ■ Ce n'est pas certes la voix d'un étranger qui devrait retentir sous ces voûtes sacrées, è l'occasion d'une pareille solennité. Je suis confus de me voir en chaire, aujourd'hui, au milieu d'une assemblée si nombreuse de vénérables prélats, en présence d'un concours si vaste de vénérables ecclésiastiques, enlre lesquels il en esl plusieurs dont l'éloquence fait une des gloires
vêlements précieux et mystiques, et entmjié de ses fidèles ministres, los prêtres <Je Dieu, qui, sur un somptueux autel, immole l'Agneau symbolique de l'offrande quotidienne. Et ce beau, ce consolant spectacle ravit son coeur, il tressaille de joie ; il s'écrie: Quam pulckra tabernaculatua, Jacob, tl tnloria tua, Israël. • Que te$ patillons sont beaux, 6 Jacob ! Que ttt tentes sont btllts! i Israël!» {Num. xxiv, 5.) C'est au milieu do vous, mon peuple, que je désire dormir le sommeil des justes, c'est en vue de celle scène sublime que je v< ux que reposent mes cendres, pour en partager le bonheur. Et puis, ne saurais-je espérer que la présencede ce corps, qui, quoique mcrlel, s pu honorer Dieu par ses actions et par set souffrances , puisse attirer quelque regard de miséricorde sur le peuple qui le garde et le chérit, et écarter quelquefois les châtiments qu'il mérite. El si tel pouvait facie aes gloires lement être, mes frères, le sentiment d'un de la France religieuse Mais j'ai dû céder patriarche éclairé par la lumière de Dieu, aux instances de mes illustres collègues, qui n'est-il pas bien croyable que pareil a éi«i ont voulu donner aux fidèles une nouvelle celui d'une martyre sur laquelle rayonnait preuve que Pépiscopat catholique, soit qu'il dans ses derniers moments, la gloire de Wprospère sous un gouvernement éminem- sus-Christ? Oui, je le crois, ou plutôt je ment chrétien, soit qu'il se trouve encore aux prises avec l'erreur et le schisme, no
composequ'un seul corns, ne possède qu'une seule âme et ne parle qu avec une seule voix...
■ Les paroles que je viens do citer du saint patriarcho Joseph ne sont p«ut-être que l'expression d'un instinct tout naturel. Il aimait sans doute cette terre d'Egypte qu'il avait tant illustrée par ses vertus, sa patience, sa chasteté, sa douceur ; qu'il avait arrosée de ses larmes et sauvée par sa sagesse; dont il avait habité les cachots et les palais... Et cependant son cœur reculait devaul.la pensée que ses cendres dussent reposer pour toujours dans celte terre;' il ae tournait vers une autre, plus ingrate que celle d'Egypte, mais donl les souvenirs ne se pouvaient jamais effacer. C'était , vous l'avez compris, sa terre natale, la terre de sa jeunesse et de ses pères.
« El quels attraits pouvait-elle avoir pour soft Ame ? Ello était encore couverte des ténèbres et de l'ombre do la mort... Etait-ce dunedans celle terre souillée et impie que le
patriarche oroyait trouver un séjour conve- lustres de toutes les parties du monde cliré-
m'en sens assuré. Il est vrai que le cœur du martyr doit avoir abandonné la terre avant que son âme ait abandonné son corps il est vrai qu'au milieu des souffrances ses regards «e portent vers ces cieux ouverts, dont les beautés se déroulent devant lui et où, commeEtienne, il voit le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. {Act. vu, 35.) Mais n'est-il pas naturel de croire que, dans celle chariléqui n'a pas d'égale, la charité
3ui donne la vie pour Dieu, est comprise ans une juslo mesure la charité envers le
firochain , celle eharité qui pria pour 'homme? Et au moment du sacrifice, au moment où sa prière trempait non dans les larmes, mais dans le sang, est-il possible que la fille d'Amiens ait oublié sa patrie et n'ait pas demandé pour elle les grâces les plus précieuses? Et Dieu, ne l'aara-t-il pas consolée par l'assurance qu'elle était exaucée? Je dis plus encore : voyez quelle est la destinée de notre sainte: elle revient après des siècles bénir son sol natal, au milieu de cette réunion merveilleuse de prélats il-
hable pour ses restes mortels ? Je no le crois pas, mes frères. Mais Dieu, à cette heure suprême, lui dévoilait un magnifique spectacle dans l'avenir de son pays. Il le voit entièrement assujetti à la loi du Dieu des dieux, et plein» du Jourdain à la mer et de Tyr jusqu'au torrent de l'Egypte, de ses vrais adoraleurs.il voit s'élever au milieu de ce peuple croyant un temple majestueux dans son dessin, riche dans ses décorations, qui retentit de leurs cantiques de joie et
tien, accourus pour lui rendre honneur.
Pouvons-nous croire que celte magnifique cérérooie dont nous sommes les heureux témoins ne soit qu'un fait accidentel da l'histoire ou même qu'un trait delà Providence ordinaire? Ny devons-nous pas voir plutôt le fruit des vœux de Theudosie, prononcés sur la terre par ses lèvres mourantes, et prolongés daus le ciel par si puissante intercession?
« El qui donc était-elle cette femme sainte
d'actions do grâces. Il y voit assemblée une et forte qui nous a procuré laiildebouheurf
foule immense de lévites, revêtus de leurs Allez, cherchez dans nos monuments, com-
robes sans tache, qui parfument le ciel de puisez nos histoires. Vous y trouverez, sans
leur encens, eu le remplissant de leurs chants doute, les noms enregistrés des erope-
faarmonieux. Et plus loin dans le sanctuaire rours, des préfets, des proconsuls qui ont
tuême, il admiro lo Ponlifc, couvert de ses prononcé un jugement de mort sur les
\M WIS DE8.C
Chrétiens, mais les noms de leurs victimes innocentes ne s'y trourent pns enregistrés. C'est dans les livres de la vie qu'il faudra les chercher. Quorum nomina scripta in tibro vifœ. (Philip. îr, 3.) De quelle condition, de quel âge était elle? Etait-ce une (leur transplantée dans le printemps de la jeunesse, ou un fruit déjà mûr qui aura pondant de longues années répandu son parfum ians la maison de Dieu ? Appartenait-elle h une richo et noble famille de son pays, et >'étnit-elle alliée a une illustre maison de Homo, ou avait-elle été ravie à son pays par II* sort de la guerre, et avait-elle trouvé un nodeste asile dans la bourgeoisie romaine. Il »5t vrnique l'enfant déposé à côté d'elle dans a lombe, son nom, les soins prodigués à son ombeau, tout nous porte a croire qu'elle était oune, noble et richo, comme son épilaphe ions prouve qu'ellofut aussi aimable que ver- 110 use. Mais qu'importe? Ce n'est pas sa poilion sur la terre qui lui donne à nos yeux sa raie gloire: Martyr em dixi, prœdicavi sais. Nous savons qu'elle était martyre do ésus-Christ; voilà son éloge. Qui a jamais »ensé à réclamer pour sa patrie la poussière le ses empereurs ou do leurs persécuteurs ubalternes. Mais les cendres d'une de leurs iotimes sans gloire sur la terre, inconnue, îéprisée d'eux et des leurs, font tressaillir e joie une ville entière, et forment son lus riche trésor. Peut-être, quand la noncllo de la mort cruelle de Theudosie arriva u centre de l'empiro'à sa ville natale, où llo était sans doute connue par ses vertus t ses bonnes œuvres, quand cette nouvello int frapper de douleur sa famille, où elle lait encore aimée pour ses admirables u alités, peut-être alors on aura entendu ne plainte amôre, des sanglots et des rmes. Mais celte Eglise encore naissante, ni gémissait elle-même sous le fléau d'une îrsécuiion atroce et qui perdait un de ses eil leurs soutiens, celle famille désolée qui î sentait ravir l'objet de son amour, n'au- >nl cessé de gémir devant l'autel caché du •igneur. Elles étaient comme cette ancienne icnel, qui refusait toute consolation à use de ses enfants que l'ennemi lui avait ilevés, qui avaient néri, et dont elle ne m rail plus espérer le retour à son sein ,-itemel : Ploratus et ululatut muttus; Rael plorant filios suos et noluit consolari, \i<» nun sunt. (Jerem xxxi, 15; Mail h. u, .) Mais, noble et généreuse Eglise d'Atens 1 Quel privilège est le vôtre, vous rêvez celte consolation singulière, que Dieu u liait par son prophète à cette mère des nocents, premiers martyrs de l'Agneau:
[isolation refusée à tant d'autres qui peute égalaient vos mérites. Entendez cora- •nl Dieu consolait cette Rachel atlligée: *c dicit Dominus : quiescat vox tuaaploi«. et oculi tui a lacrymi», quia est merces rri tuo, ait Dominus, revertentur de terra m ici. Voici la parole, du Seigneur : « Que >re voix cesse ses plaintes et vos yeux leurs mes, parce qu'il est une récompense de vos irres, et vos enfants retiendront d*. ta terre
ARD1NAUX. WIS ÎM
des ennemis. » (Jerem. xxxi, 16.) Oui, c'est \n récompense de vos œuvres, villo pleine, au delà do tant d'autres, do ces vrais monuments de la grandeur de l'Eglise de nos jours, des institutions desa chanté inépuisable; l'enfant chéri que vous croyez perdu viendra triomphant de la terre de sa captivité, de la terre des ennemis cruels qui vous Pavaient révélé. Mais c'est une consolation réservée à des siècles éloignés. Continuez encore à pleurer et à souffrir, troupeau encore petit, et Dieu pour lequel, comme pour son Eglise, m llo ans ne sont que comme la journée d'hier, réserve celte consolation pour vos neveux des derniers temps quand la charité se sera refroidie et la foi affaiblie : Est spes novistimis tuis, ait Dominus, et revertentur filiiad trrminos tuos. «C est l'espérance réservée à vos derniers temps, dit le Seigneur, et vos fils reviendront dans votre enceinte.» (Ibid. ,16, 17.)
« Eh bien 1 mes frères, les voici donc arrivés ces derniers jours, les voici donc écoulés ces siècles prescrits 1 J'entends retentir le long do ces corridors obscurs, dans cos caveaux mystérieux des catacombes de Saint- Hernôs, jenlends retentir, mais avec des accents plus doux, cette môme voix puissante qui un jour ressuscitera les morts. du fond de leurs tombeaux : Consurge, consurge, exutere de pulvere, consurge, solve vincula colli tui, captiva filin Sion. Lève-loi , sors du milieu do cotte poussière sacrée dans laquelle tu as reposé pendant quinze sièclos entre les bras de celto mère affectueuse, dépositaire éternelle de la fui el de ses léonins lidèles. Brise, fille d'Amiens, les fers de ta douce captivité dans la terro des anciens ennemis. Fais (es adieux à tes bienheureuses compagnes dans les dortoirs des justes, car des mains bénies viennent chercher et recueillir tes cendres sacrées, el les transporter avec joie et avec amour sur ton sol natal.
« Venez, Theudosie, venez nous rejouir de votre présence, mais venoz aussi à notre aide pour que votre triomphe soit digne du vous. Montrez votre puissance, c'est-à-dire la puissance de Jésus-Christ, qui se manifostc même dans les cendres de ses martyrs. Convoquez donc eu votre nom une assemblée de vénérables évôques qui fassent un majestueux corlége à vos saintes dépouilles. Faites-les accourir, non-seulement de notre chère Franco el de la Belgique, contrées si fertiles en vertus ecclésiastiques, mais aussi de l'Irlande toujours fidèle à son Dieu el à sa foi malgré des siècles de misères el d'oppression, et de l'Angtetorre encore en lutte avec les puissances du monde, des plages occidentales de la Guadeloupe, du centre de l'Asie, des limites extrêmes do l'oriental Siam, du fond de ce vaste Océan, que les flottes de l'ancien monde n'avaient jamais visité, et où cependant la bannière de la croix a été plantée par les intrépides missionnaires de la France sur les cimes de ses rochers les plus élevés. Appelez les pasteurs de l'Eglise, et ils obéiront à votre voix. Mais ce n'est pas assez. Rappelez-vous ces anciens temps où les confesseurs 4e la loi enlou-
Digiti
VVIS
raient et conduisaient à la sépulture le corps «Je ses martyrs. Faites donc arriver ici des prélats vénérables qui de nos jours onl combattu le bon combat, faites-les venir, nonseulement des pays voisins, mais môme des régions torrides de l'Amérique méridional*'.
« Ainsi , mes frères, Theudosie projette sur nous un rayon de lumière puisé aux sources les plus pures. Elle nous fait connaître celle unité de TEgli.se, qui en fait le sceau et la gloire divine. Elle nous montre sa hiérarchie unie par les liens de la môme foi et du même amour. De quelque pays que nous sortions, nous tous qui sommes ici, nous faisons partie d'un même corps mystique ; la châsse de la martyre du ur siècle réunit autour d'elle un cercle de près de trente évêques de toutes les parlks du monde, en parfait accord entre eux, et unis par ce centre commun de leur piété, comme un anneau symbolique, auxsainls prêtais de la primitive Eglise.
« Notre chère martyre est donc venue nous enseigner encore que cette unité de l'Eglise ainsi manifestée ne s'étend pas seulement sur tout l'espace de son vaste empire, mais qu'elle se prolonge également sur tout le cours de son existence immortelle. Theudosie nous démonlre que la foi qui se professait secrètement dans les chapelles souterraines dt s catacombes est la même qui bû prêche tous les jours dans ce temple majestueux. Le même dogme, le même culte , la même vénération des saints et de leurs reliques, le même sacerdoce, les mêmes sacrements faisaient au m' siècle comme aujourd'hui le bonheur des fidèles, et le pain de vie, qui transforme ce bonheur en délices, est le même que Theudosie reçut peut-être des mains du Souverain Pontife,è un de ces autels, lorobeiui des martyrs, pour se fortifier contre son dernier combat. Et quoique quinze cents ans vous séparent d'elle, vous la recevez aujourd'hui au milieu de vous, non comme étrangère, mais comme une sœur atnée qui vous revient après une longue absence, et pour cela même plus tendrement aimée.
« Elle porte donc avec elle le flambeau de la foi primitive, non pour éclairer, mais pour fofliûer la nôtre; que cette lumière céleste pénètre dans les cœurs non moins que dans l'intelligence des ûdèles. Oui Theudosie, vous l'avez déjà fait. Vos ossements humiliés pour Jésus-Christ ont tressailli aujourd'hui de joie, exsullabunt osia humiliata, et nous onl communiqué leurs transports d'allégresse. Et cette joie, celle fêle auront des résultats durables : elles jettent pour l'avenir les fondements d'une plus solide etd'une i lus ferme piélé. Ce qu'est Lucie pour Syracuse, Agathe pour Cataoe, Geneviève pour Paris, Agnès pour Rome, Theudosie Je sera, l'est déjà pour Amiens. Elle deviendra l'objet d'une dévotion chaque jour plus tendre, à laquelle celte vénération profonde qu'inspire la mémoire des sainls Ponliles et martyrs des premiers temps donnera un carac-
tère particulier. El si jusqu'à présent, in* connue des vôtres, vous avez cepeudanl pri^ pour eux, combien plus désormais invoquée par eux avec ferveur et confiance, ne ndoublerez-vous pas vos puissantes intercessions auprès du Dieu des martyrs? Commencez donc dès aujourd'hui a béoirtolie ville et votre peuple, au milieu desquels vous allez reposer jusqu'à votre glorieux résurrection. Lorsque l'éminenlissirae prélat dont la doctrine et la piélé rayonnent me tant de splendeur sur toute la France, lèvera sn main iK>ur donnera ce troupeau sa bénédiction pastorale, étendez aussi sur lui li vôtre, et bénissez celte ville qui nous a tant édifiés dans celle occasion par sa générosité, par son hospitalité, par sa piété et par sa foi.
« Bénissez aussi cette terre de France qui enrichit le monde entier par ses œuvres innombrables de charité et de zèle ; qui aujourd'hui comme autrefois, envoie ses apôtres recueillir la palme du martyre aux extrémités de la terre, et qui fait briller dans les pays les plus barbares les vertus et l égoïsme de ses filles dévouées. Bénissezaussi ces augustes souverains qui voulaient venir aujourd'hui vénérer en personne vos saintes reliques, mais qui ont été empêchés parles devoirs que leur haute position oppose quelquefois è leurs désirs. Que par votre intercession Dieu les conserve pour le bien de I» religion et le bonheur de leur empire, et qu'il leur donne toujours un cœur droit et parlait devant lui pour observer sa sainte loi. Que de votre entrée triomphale dans votre ville natale puisse dater l'assurance de celle paix que toute Ame chrétienne aime et désire, et qui est le digne objet des intercessions «V ceux qui, par leurs immortels combat*, ml mérité de pouvoir obtenir la paix et la Irauquillité de l'Eglise. »
WOLFG AN D(An*i bal), baron de Simllenbach, Allemand, évêque d'Oliuutz,creé cardinal du tilre de Saint-Marcel, en I71ipir Clément XI, Pape de 1700 h 1721. et qui cru soixante-dii cardinaux, fut vice-roi deNv
Pl WOLSEY (Thomas) naquit en 1471, M»
pas d'un bouclier cemme quelques-uns lotit avancé, mais d'un gentilhomme d'Ipswicb, dans le comté de Suffolk.— Envoyé de bonne heure à Oxford, il lit ses éludes dans celle université, avec tant desuccèsqu'à l'âge de 14 ans il obtint les grades de bachelier ri de mattre-ès-arts. Après avoir quitté le collège, et s'être lié avec Erasme qui, de concer! avec lui, travailla à ranimer en Anglaise l'élude de la langue grecque, il fut nomtw recteur de Lymington, dans le comté de Somerset, par le marquis de Dosset, dont il avait instruit les enfants. Le chevalier ■ N*nphan, receveur des deniers royaux,» C^j*,•• étant hors d'état, à cause de son grand ag*. de remplir ces fonctions, en chargea Wolso- Celui-ci entra en rapport avec la cour et Pf" ticulièremenl avec Richard Fox, ««rfljj?
d'Etat, qui le recommanda au roi Henri*", comme un homme intelligent et qui po«*
IW9 WOL
vait êlro utile. Henri; qui s'était attaché Wolsey en qualité de ehapelain, l'avait chargé d'une mission secrète auprès de l'emereur Maximilien , qui résidait alors à ruxelles. Etonné de le voir se présenter de* vanl lui trois jours après, il lui reprocha sa négligence. Mais il fut bien surpris, quand Wolsey lui annonça qu'il arrivait de Brulelles, où il avait rempli avec succès toutes les instructions de Sa Majesté. Tant d'activité lui valut la charge d'aumônier du roi et le riche doyenné de Lincoln. Sa faveur allait bientôt grandir sous Henri VIII, qui, en 1509, succéda à son père. Il fut présenté à ce prince par Fox, évêque de Winchester, qui espérait le voir supplanter le comte de Surry, le favori d'alors; et, en cela, Fox ne se trompa point. Après sa présentation à la cour, vVolsev, nomme conseiller privé, eut, en cette qualité, de fréquentes occasions de s'insinuer ians les bonnes grâces du roi. Quoiqu'alors igé de près de 40 ans, et revêtu du caractère acerdoial, il était souple, facile, entreprenant, d'une complaisance peu scrupuleuse.
Wec ce caractère, il devint le favori par excellence du prince, dont il fut l'homme îécessaire, et qui lui abandonna l'ontière dministraiion du royaume. « Devenu l'arulre de l'Europe par le rôle qu'il eut l'habieté de faire jouer a l'Angleterre, dans les queelles des puissances continentales, il fut reherché par l'empereur et par le roi de 'rance; et ces princes le prirent souvent »our médiateur de leurs différends.» Regardé omme pontife de la Grande Bretagne, par extension qu' il donna à ses fonctions de Jgat, dignité qu'il rendit permanente dans a personne, il aspira à l'Être de toute l'Elise. A la mort de Léon X, il envoya ledoc- »ar Peace, son secrétaire confidentiel, à orne, pour lui gagner les "suffrages des carinaux; mais cet agent n'arriva qu'après la mrt d'Adrien VI. Ce pontificat n ayant duré u'un an, Wolsey- reprit son projet; mais les irdinaux français, qui le regardaient comme
> plus dangereux ennemi de leur roi, le rent échouer... Persuadé cependant que était la faction impériale qui lui avait été i plus nuisible, il en conçut un vif ressenment «contre l'empereur, qui l'avait flatté o fairo réussir ses prétentions; et il chercha
s'en venger, en ménageant une alliance îfre son maître et François 1", contre harles-Quint. Wolsey, maître de disposer
> tous les bénéfices du royaume, ne s'ouia pas dans celle distribution. En passant ir le siège d'York, il conserva l'adminisation temporelle de celui de Lincoln. Il >sséda en commende l'évôché de Bath,
échangea pour celui de Durham, beauup plus riche, et auquel il joignit l'abbaye Saini-Alban. 11 donna les évêchés de 'orcester ot d'Hereford à des Italiens qui, si dant à Borne, se contentaient d'une pen- >n assez modique, et en laissaient le revenu colui qui les leur avait procurés. En abnn- >nnanl l'administration temporelle de Péché de Tournai, lorsque celte ville retourna ix Français, il se réserva une pension de
woi im
douze mille francs. Le Pape Léon X, pour s'attacher un personnage si puissant, lut accorda une pension de 7,500 ducats sur les évêchés de Tolède et de Placentia. En le créant légat a latere, dignité très-lucralive par elle-même, il lui laissa la faculté d'en étendre les prérogatives ; et Wolsey en abusa îour restreindre la juridiction primatialedo 'archevêque de Canlorbôry. Le même Pape ui donna le droit de créer cinquante chevaiers, cinquante comtes palatins, quarante notaires apostoliques, avec les mêmes attributions que les siens propres, de légitimer les bâtards , de conférer des degrés dans toutes les facultés, d'arcorder toutes sortes de dispenses, de visiter, de réformer, de supprimer les monastères. Le roi y joignit le pouvoir d'expédier des lettres de naturalisation, de délivrer des congés et d'élire pour les grands bénéfices, de recevoir les serments de fidélité, etc. Comme grand chancelier et légat, il tirait des émoluments considérables des cours qu'il présidait. Enfin l'empereur lui faisait une pension de dix mille ducats sur le duché de Milan, h laquelle il en joignit une autre de neuf mille couronnes d'or. Par l'accumulation de tant de bénéfices, de pensions et de prérogatives, les revenus de Wolsey égalèrent presque ceux de la couronne. Son train répondait à ses immenses richesses... sa maison surpassait en fasto celle des souverains eux-mêmes. Les principaux emplois en étaient remplis par des comtes, des barons, des chevaliers, des fils des familles les plus distinguées du royaume qui voulaient s'avancer par la faveur dont il jouissait. Le duc de Northumberland no dédaigna pas d'y faire entrer son fils, lord Perey. On y comptait jusqu'à huit cents personnes. Lorsque Wolsey alla en ambassade auprès de François I", il avait une escorte de mille chevaux. La magnificence de ses habits, de ses équipages, le luxe de ses livrées, l'éclat de tout ce qui l'entourait éblouissait les yeux. • (Mien vi n, Biog. unie, art. de M. Taharaud.) Wolsey, qui avait été créé cardinal en 1515 par le Pape Léon X, ci qui, depuis plus de 15 ans, jouissait d'une prospérité inouïe, allait bientôt tomber du faite do sa grandeur. Henri VIII était marié depuis 18 ans a Catherine d'Aragon, qu'il avait épousée avec dispense du Pape, alors qu'elle était veuve do son frère alnô. S'élant épris d'Anne Boleyn, il voulut lui faire rompre son mariaçe, sous le prétexte que sa conscience lui reprochait d'avoir mené si longtemps une»vie incestueuse avec la femme do son frère. Dans sa prétendue perplexité, il s'adressa au Pape Clément VII, qui lui avait des obligations, pour qu'il voulût bien annuler la bulle de son prédécesseur, qui l'avait autorisé à épouser Catherine, et pour qu'il déclarât qu'il n'était pas au pouvoir, même du Saint-Siège, de dispenser d'une loi si strictement formulée dans l'Ecriture. Le Pontife, ne voulant pas accorder, et cependant craignant de refuser, promit d'examiner^ discuta, temporisa, espérant que la passion du fougueux monarque ne tiendrait jamais
1661 WOL WCT
contre les longueurs d'une affaire pendant en cour de Rome. Pendant le cours d'une longue négociation, du succès de laquelle semblait dépendre le bonheur de Henri, il s'était attendu à trouver un chaud défenseur dans Wolsey. Mais celui-ci était dans le même embarras que le Pape. D'un côté, il aurait voulu plaire au roi, qui l'avait comblé de tant de faveurs; de l'autre, il craignait de désobliger le Pape, dont il relevait plus immédiatement, et qui pouvait le punir de sa désobéissance. Il resta donc neutre dans toutes les conférences qui se tinrent pour celte grande affaire ; et, quoique de tous les hommes le plus hautain, il déférait en tous points è l'avis du cardinat Campegio, nonce de Sa Sainteté, sous prétexte queco cardinal élait plus versé que lui dans la jurisprudence canonique.
La conduite de Wolsey en cette occasion irrita vivement Henri, qui d'abord dissimula son ressentiment, et qui s'occupa à chercher, en silence, un successeur a Wolsey. Dès qu'il l'eut trouvé dans lo personne de Thomas Cranmer, il laissa éclater son ressentiment contre le cardinal. Le procureur général reçut l'ordre d'informer contre lui. On dressa un acte d'accusation en quarantecinq articles. Il est aisé de trouver des crimes h un f vori en disgrâce ;la tourbe des courtisans s'ameuta contre lui. Le grand sceau lui fut retiré. Son palais, ses meubles, son argenterie furent confisqués au proQtdu roi. et il fut relégué dans son diocèse... Désabusé de ses grandeurs, il se montra digne des marques du respect qu'on lui prodigua sur la roule et dans son diocèse. « Il y vécut non plus en minisire dont la politique avait dirigé les intérêts do l'Europe, mais en pasteur tout occupé de ses devoirs, partageant sa modique fortune avec les pauvres, ayant une table frugale, exerçant la plus généreuse hospitalité, «'appliquant à concilier aimablement les différends dos familles et de tous ses diocésains. Il faisait régulièrement des visites pastorales, prêchant comme le dernier de ses chapelains. Il s'était concilié l'estime et l'attachement de tous ceux qui avaient recours à lui par sa douceur, ses libéralités et l'esprit de justice qui régnait dans ses conseils et dans ses jugements. Les personnes mêmes qui, au temps de sa prospérité, no l'avaient vu qu'avec aversion, applaudirent à sa conduite dans l'adversité.» (Ibid.) Le cardinal se croyait oublié de ses ennemis, et vivait en paix dans sa retraite, lorsque se présenta inopinément son ancien courtisan, le duc de Northumberland ; celuici lui déclara qu'il l'arrêtait, au nom du roi, comme coupable de haute trahison, et qu'il avait ordre do le conduire d'York à Londres, pour y comparaître devant ses juges. Le prélat, se retranchant derrière sa dignité de cardinal, refusa d'abord d'obéir, mais voyant le duc disposé à recourir à l'emploi de la violence.il so mit en route, à petites journées, pour Londres, où il devait paraître en criminel» après y avoir régné eninailre. Sur le chemin la foulo accourait pour lui léniui-
)NNA1RE WOL |tà
' gnait l'intérêt qu'on prenait à cette nouvelle persécution. Attaqué d'une dyssenterie, il s'arrêta quinze jours chez le comte Shretsbury; on alla jusqu'à dire qu'il s'était empoisonné. Obligé de se remettre en rouie.il gagna avec peine l'abbayo de Leicester et rencontra les religieux qui venaient procèssionnellement a sa rencontre. « Père'abbé, » s'écria-t-il, «je viens déposer mes os au n.ilieu de vous. » et il demanda qu'on lui préparât un lit, son agonie commençait. Aiaot d'expirer, il dil à Kingston, lieutenant de la tour, et chargé de sa garde, comme celui-ci léchait do le consoler : « Je supplie le roi de se rappeler de toul ce qui s'est passé entre nous ; combien de fois je me suis jeté à ses genoux, et sans succès, pour l'engager è coutenir sos passions. Si j'avais servi Dieu avec autant de zèle que j'en ai mis à servir le roi, il eût pris en pitié mes cheveux gris. Je reçois ma récompense, moi qui n'ni pensé qu'an service de mon prince, au lieu de servir Dieu. » Ainsi Qnil le cardinal Wolsey. le Î9 novembre 1530. Il élait dans la 60* aonéeik son Age. « Il faut convenir que plusieurs des reproches que lui fonl les historiens trouvent leur excuse dans le caractère violent et capricieux de son maître. S'il abusa de sa faveur, s'il révolta la nation par l'insolence de son faste; s'il irrita la nobiessed les grands par ses hauteurs, il eut aussi des qualités éminentes qui rachetèrent ses d*1fauls. Habile et profond politique, il profila de toutes les circonstances pour augmenta la puissance de son maître, et pour donner une grande influence à l'Angleterre dans les affaires générales de l'Europe. Il tint la balance entre François I" et Charles-Quint. Lorsqu'on réfléchit sur les événements n aiheureux de ce règne, après que les rèoes du gouvernement ne furent plus dans ses mains, et que, Henri, oublianl ses conseils eut abandonné le vrai rôle de l'Angleterre, celui de ne prendro aucune pari active aui démêlés du continent, de n'ambilionnerquc le litre d'arbitre, de menacer tour è tour celui des deux rivaux qui se disputaient alors la prépondérance; lorsqu'on réfléchit sur toutes ces choses, on trouve que c'est arec injustice qu'on a révoqué en doute ses lalents pour le gouvernement. Son administration fut en général uniforme, soutenue, vigoureuse, tandis qu'après lui tout fut capricieux, inconstant eldiflicile. On convient
3u'il réforma plusieurs abus dans l'Eglise et ans l'Etat, qu'il obligea le clergé a mettre plus de régularité dans sa conduite; qw dans l'exercice de sa charge de chancelier, il s'entoura des connaissances et de l*eip£ rience des plus habiles jurisconsultes, et que les sentences qui émanèrent-de son tribunal furent généralement justes; qoaim que les pauvres pussent défendre plustac'* Ionien l leurs droils, il établit des cours de requêtes, el introduisit dans l'adminislranoii de la justice d<-s dispositions qui furent Ui*n accueillies, et fil créer pour une pi 'is prompte expédition des affaires, quatre cours intérieures qui subsisteul lucore. Comme m*
MM
DKS CARDINAUX.
Xhlf
lf>M
les grands ministres, il protégea les sciences et les lettres. • (Ibid.) La rie du cardinal iKotoy, écrite en anglais par G. Cavendish, Aitaciié à sa maison, a été réimprimée avec des notes et des éclaircissements, 1827, in-8°. Ù e Autre Fie du cardinal a été publiée par le 0 Fi'ldes, 1724, in-fol. C'est une apologie il - Wolsey. On a aussi en anglais, la Vie et l'administration du cardinal Wolsey, par (•ait, 1812, in-V; 1817, in-8\ On trouve un petit recueil de lettres du cardinal Wolsey, dans le tome III de la Collectio amplissima des Bénédictins Martène et Durand, à com-
mencer à la page 1270. Elles sont utiles pour l'histoire ecclésiastique et civile do la France et de l'Angleterre, Ê'abbé de Longuerue a réfuté beaucoup d'accusations dirigées contre le cardinal, dans do savantes et judicieuses remarques, insérées au tome VIII, n* partie, des Mémoires de littérature et d'histoire du P. Desmolets. Le docteur Lingard, dans son excellente Histoire d'Angleterre, donne, sur le règne de Henri VIII et sur les faits de cette époque, une foule de détails entièrement neufs.
XATlERE (Jérôme), Espagnol, général de *or*lre des Frères prêcheurs, fait prêtrejardinai, en 1607, par le Pape Paul V, mouut en 1608.
XLMENES (Doîi-Rodbric) ne fut point ardinal, comme l'avance M. Michaud j.
lans le 51* vol. delà Biographie universelle, >. 406. M. Michaud se trompe également, orame Moréri, en mettant Rodenc Ximelès en rapport avec Innocent IX ; ils ;veuent dire, sans doute, Innocent IV. — Ro- >ric Ximenès, archevêque de Tolède, vers 2*3, écrivit uuo Histoire d'Espagne en neuf ivres, laquelle se trouve dans le recueil des listoriens de ce royaume, avec des remaries du P. André Schot. Il a laissé encoro 'autres histoires. Il mourut, en 1247, sur ) Rhône, comme il revenait d'une conféence qu'il venait d'avoir à Lyon avec le ape Innocent IV. Sur son tombeau, qu'on oit à Huerta, entre la Castillo et l'Aragon, e trouve l'épilophe dont voici la traduction :
La Navarre est ma mère; la Castillo ma ourrice; Paris mon éco'e; Tolède ma deicure; Huerta ma sépulture; le ciel mon "pns. »
XIMENÈS (François), né, suivant les uns, n 1436 , en 1437, suivant les autres, à orrelagunn, petite ville de la province de olède, dans la Vieille-Caslille, n'apparteait point h la famille des comtes de Cisne- >s. — Il était le fils atné d'Alphonso Ximoreceveur .royal des dîmes, tribut levé a consentement du Saint-Siège pour aider s rois d'Espagne dans les guerres contre s Maures. Sa famille avait reçu, de la ville l'elfe habitait, le surnom de Cisnoros.
utié de bonne heure aux pratiques do la été, et destiné par ses parents au service :s autels, il fut envoyé d'abord h Alcala >ur y étudier, puis a Salainanque, où il fit •s progrès rapides dans la philosophie, la éologio, la jurisprudence civile et canonile. Il passa six années dans celte uuiverlé, donnant, pour vivre, dos leçons partiilières, et, après avoir pris ses degrés, il vint dans sa patrie. En 1459, les conseils : son père le déterminèrent A partir pour >me. Volé en chemin, dépouillé de son gent, de ses vêtements et de sa monture, se trouvait dans le plus grand embarras,
quand la Providence lui fit rencontrer, a Aix en Provence, un de ses anciens condisciples de Salamanque, nommé Brunet, lequel allait également à Rome. Celui-ci vint généreusement au secours de son ami, e t tous deux arrivèrent dans la capitale du monde chrétien. Après un séjour do six années, Ximenès, qui remplissait l'office d'àvorat consisloria) auprès des tribunaux ecclésiastiques, commençait à être remarqué, lorsque la mort do son père le rappela dans sa ville natale, où il devait servir de soutien h sa famille dénuée de ressources. Il quitta donc Rome, n'emportant avec lui qu'une bullo du Pape pour la première prébende nui viendrait a vaquer dans le diocèse do Tolèd<\ Ce premier bénéfice vacant fut l'archiprêlre d'Uzeda. Quoique d'un revenu médiocre, il convenait beaucoup à Ximenès, parce que Torrelaguna, lieu de sa naissance, en ressorlissait. Mais les prétentions de ce dernier furent accueillies fort mal par l'archevêque de Tolède, Alphonse Carillo, qui avait déjà disposé de ce bénéfice en faveur d'un ecclésiastique de sa maison. Dans des circonstances analogues, des évêques plus traitables qne Carillo avaient lutté contre les Souverains Pontifes ; on devait donc s'attendre h une vive opposition de la part d'un prélat dont l'ambition et la ténacité étaient connues de toute l'Espagne. Longtemps tout puissent sous Henri IV de Castille, il s'était mis plus d'une fois à la tête des rebelles; on l'nvai: vu échanger la mitre contre le casque, guider l'insurrection et commander, en 1464. a la sanglante bataille, livrée sous les murs do Mcdina del Campo, et dont le succès resta incertain. Nul n'avait osé résister a cet homme, que Mariane qualifiait t Magno vir animo, turbido tamen et inquieto. Ximenès montra alors le trait caractéristique qui fut le principal instrument de sa grandeur, on veut dire, celte fermeté inébranlable qui no reculait devant aucune considération dès qu'il s'agissait de soutenir un droit. Fort de ce droit, il persista donc à exiger le bénéfice avec d'autant plus d'obstination que l'archevêque le revendiquait avec plus de hauteur. Le dénoûraent fut que XimenAs, au lieu d'une prébonde, obtiut un cachot, où il fut étroitement enformô. S'il faut en croire les
XIM
XIM
anciens biographes, il trouva, dans la tour riTzéda, un prêtre qui y était détenu depuis longtemps, et qui lui prédit qu'il serait un jour archevêque de Tolède. « Mon Père, • lui répondit Ximenès, « de tels commencements n'annoncent guère une (in si heureuse. » — • Vous ne seriez pas le premier,» reprit son compagnon de captivité, « oui seriez passé de celle tour au trône de l'église de Tolède. J'ai vu dans celle même prison, où nous sommes, Jean Pérévella, frère d'Alvarez de Lune, grand connétable de Castille, et qui parvint a la dignité que je lui prédisais. » — Sollicilé, h différentes reprises, de renoncer à son bénéfice, Ximenès demeura inébranlable. Après l'avoir tenu en captivité plus de sii ans, Carillo, fatigué, lui accorda son bénéfice avec la liberté. — Le nouveau curé d'Czéda jugea prudent de quitter le diocèse de Tolède. En 1480, il échangea son archi-
Ërêtré contre un canonical de Siguenza.
•ans cette nouvelle résidence, ses talents et ses Yorlus lui gagnèrent bienlôl tous les cœurs. L'ôvêque de Siguenza élait alors Pedro Gonzalès de Mcndoza, appelé à exercer une grande influence sur les destinées de l'Espagne et sur celles de Ximenès. Elevé, en H73, par Sixte IV, à la dignité de cardinal, et par Henri IV, roi de Castille, à l'archevêché de Séville, ;il conservait encore le diocèse de Siguenza, par un abus trop ordinaire en ces temps. Voulant avoir un administrateur intelligent pour gouverner le diocèse qu'il avait quitté, il crut ne pouvoir mieux faire que de choisir Ximenès. Il le /il son grand vicaire, lui accorda toute sa confiance, et lui conféra plusieurs bénéfices.
Le diocèse de Siguenza était gouverné à la satisfaction générale; tous les va>ux étaient unanimes pour demander la conservation de l'administrateur; celui-ci seul n'était pas content; les honneurs, l'embarras des affaires lui étaient à charge; il soupirait après la retraite, l'étude, la prière, la vie contemplative. Vers ikBh, car les historiens ne sont
Eas d'accord sur ce point, il se démit de ses énéflees, et alta s'enfermer dans un couvent de l'Ohservance de Saint-François; il choisit celui de Saint-Jean de los Reyes, a Tolède, parce qu'il élait renommé par la rigidité de la règle.
Dès qu'il eut fait profession, sa réputation desaintetése répandit et s'accrut; unefoule de personnes venaient abandonner leurs consciences a sa direction ; on accourait de toutes parts lui demander des conseils, des consolations. Son but n'était pas alleint; il supplia ses supérieurs de le reléguer dans quelque couvent solitaire. On l'envoya alors au monastère isolé de Caslanar. C'est dans cette retraite que Ximenès affirme avoir passé les jours les plus heureux de sa vie, partagé entre la prière et l'étude, le corps couvert d'un ciliée. Dans la suite, au sein des grandeurs, il regrettait souvent cette solitude, disant qu'il échangerait volontiers contre elle la mitre de l'archevêque, le chapeau de cardinal el les insignes do ta Ré- *
genoe Ses lumières étaient si bien appréciée! que, dans toutes les importantes affaires de I Ordre, ses supérieurs ne manquaient pti de l'appeler a Tolède pour le consulter. Transféré au couvent de Salzeda, il fui élu gardien par la voix unanime de tous les religieux.
Cependant une ère nouvelle t'ouvrait poor l'Espagne. Depuis la réunion de la Castille à l'Aragnn par le mariage de Ferdinand tm Isabelle, presque tous les royaumes delà péninsule étaient aux mains des deux énotn. La prise de Grenade, en 1492, avait mis fin a l'empire des Maures. C'est vers ce temps qu'Isabelle demanda un nouveau directeur au cardinal llendoza, primat de Tolède, et
?ui avait succédé aux dignités, comme è influence de Carillo d'Acunha. Le cardinal lui désigna Ximenès, qu'il connaissait capable de bien diriger la conscience de la reine, et de donner è cette princesse de tiges conseils dans les affaires d'Etat, sur lesquelles elle consultait souvent ses confesseurs. Il n'y avait qu'une difficulté, c'était d'obtenir le consentement du pauvre Franciscain. Le cardinal le manda donc à la cour sous un prétexte, el le conduisit, comme
Ear hasard, dans l'appartement de la reine. ,'exlérieur humble, recueilli el digne du religieux, l'élévation de ses sentiments qui perçait dans ses discours, inspirèrent h labelle une profonde estime pour le Père. Rappelé bientôt auprès delà reine, et instruit de ses désirs, il chercha vainement a se soustraire à la haute fonction dort on voulait l'investir. Isabelle fut inflexible; tout ce qu'il put obtenir, c'est qu'il resterait dans son couvent, el ne paraîtrait è la w>nr que quand il y serait appelé. Mais plus Ximenès se dérobait aux affaires, plus la reine mettait d'empressement è rechercher art conseils ; bienlôl elle n'entreprit plus rien d'important avant de l'avoir consulté.
Peu de lemps après, il fut élu, par le chapitre de son ordre, provincial des deoi Castilles. Il accepta volontiers le fardeau decette dignité, dont la durée était de trois ans, parce qu'elle l'éloignait de la cour et pan* qu'il pourrait travailler plus efficacement à
rétablir la discipline et l'austérité monastiques. Suivi de son secrétaire, François Ruvs, il parcourait les diverses parties de sa vaste province, visitant tous les couvents de I ordre, réformant les abus, et par sa parole, comme par ses exemples, encourageant se» frères à tendre è la perfeclion chrétienne, il voyageait è pied, il avail seulement une mute pour les temps de maladie ; encore rueuw la montait-il rarement. Fidèle à la règ»e Je son ordre, le Provincial mendiait luHnéœa ce dont il avait besoin durant le voyage; souvent II so contentait des racines qu" trouvait sur la route.
En possession de places fortes, de vassaui en grand nombre , d'immenses reveous, puisqu'ils s'élevaient alors h 80.000 ducats, l'archevêque de Tolède, loul à la foispri.»*1 d'Espagne et grand chancelier de CastiJiç, élait, après le sonverain, le premi«etl8
1657 XIM DES CA
in? puissant personnage de l*Etat. Revêtu Je cette double dignité, le cardinal Mendoza, ombé malade, s'était fait transporter 8 Gualalaiara, sa patrie. Vers la fin de UHV. le nal faisant des progrès, Ferdinand et Isatelle allèrent visiter le ministre qui, penfant vingt ans, avait eiercé sur les affaires me si puissante influence qu'on l'appelait [uelquefois le troisième roi des Espagnes.
I mourut en janvier 1495. Ferdinand aurait nulu lui donner pour successeur Alphonse 'Aragon, son fils naturel ; mais Isabelle qui, nôrae depuis son mariage, avait toujours oulu rester roi de Castille, se décida pour ûmenès. Le Pape agréa la nomination, et ss bulles arrivèrent à Madrid en avril. Le ranciscain était loin de soupçonner quels rejets s'étaient tramas contre son humilité, t quelles dignités allaient l'assaillir. Comme
se disposait à retourner à son couvent, près avoir entendu la confession de la }ine, la princesse le fait appeler et lui pré- ;nte la bulle pontificale, portant cette susiption: «A notre vénérable frère François i menés deCisneros.archevêquedoTolèue.»
rend précipitamment la'bulle à la reine i disant : • Moderne, ces lettres ne s'adres- .'tit pat à moi, » et il s'éloigne. Peu d'heures >rès, la reine envoie après lui deux des igneursde la cour, pour tâcher de le flélir, et de le déterminer à accepter. Ils l'alignent a trois lieues de Madrid, comme il ^dirigeait vers le cpuvent d'Ocana. Ce n'est «s sans peine qu'ils le ramenèrent à la cour, ais sans avoir rien gagné sur sa volonté.
II leur parlait, dit Fléchier, avec tant de rmeté, il leur paraissait de si bonne foi, io don Gutliere de Cardenas, grand comandeor de Léon, se jeta à ses pieds, et lui I, en lui prenant !a main pour la baiser: Nous ne pouvons manquer, mon Père, en vous baisant ainsi les mains ; car si vous|acceptez l'archevêché, nous devons cet hommage a votre dignité ; et si vous le refusez, nous le devons encore plus à votre vertu. » ne resta plus à la reine d'autre parti à endre que de recourir à la violence et à ntermédiaire du Souverain Pontife. Queles mois après, arrivait un bref pontifical i, en vertu de l'obéissance canonique, joignait au Provincial l'acceptation immeite de l'archevêché. Ximenès fut donc nsacrélell octobre 1495. Après la céré- >nie, il dutf suivant l'usage, aller baiser
mains du roi et de la reine : « Je rends Ice à Vos Altesses, dit-il, non de m'avoir *ô au premier siège de l'Eglise d'Espagne; is ie leur ûaise les mains dans I espoir 'elles feront servir ces mains puissantes I léger le fardeau dont elles ont chargé s épaules. > Ximenès ne crut pas sa noule élévation incompatible avec la pau- (é apostolique et l'austérité religieuse du dateur de son ordre, et il entreprit d'al- * en sa personne la dignité do l'évèque à 'implicilé du moine. Aucune argenterie brillait sur sa table, aucune parure n'ort les murs de ses appartements; nulle t on n'eût aperçu la moindre trace de
DINAI X. XIM iem
luxe ou de richesse. Sa robe était toujours le froc du Franciscain, sa nourriture, les
Sauvres aliments du couvent le plus rigide, es voyages indispensables, il les faisait à pied, ou bien il se servait d'une mule, monture ordinaire des pauvres prêtres espagnols. Son palais était transformé en un véritable monastère, et dix religieux de Saint-François composaient tout l'entourage du primat grand-chancelier. » (Le cardinal Ximenès par Hm ki f, traduit de MM. Sisson et Crampon.) Bientôt ce fut une explosion de murmures contre le genre de vie de l'archevêque. On l'accusait de manquer de grandeur; on le taxait <f hypocrisie et d'ergueil. Ces plaintes et b«en d'autres arrivèrent jusqu'à Rome, et, dans un bref adressé à l'archevêque de Tolède, Alexandre! VI condamnait en ces termes la pauvreté et la simplicité apostolique d'un successeur des apôtres : « Rien-aimé fils, la sainte Eglise, comme vous savez, ressemblo à la Jérusalem céleste : elle a, comme elle, sa parure et ses ornements, et, si l'excès est coupable, l'indigence peut devenir un défaut. Observer ce qui convient à chaque état, voilà ce que Dieu aime et approuve. Ainsi, un ecclésiastique, mais surtout un évêque, doit tellement régler ses mœurs, ses vêlements et tout son extérieur, qu'on ne puisse l'acruser ni d'orgueil pour une trop grande magnificence, ni de superstition pour une trop grando simplicité: l'un et l'autre défaut affaiblissent l'autorité des ministres de Jésus-Christ. Le Saint-Siège vous a élevé d'un ordre inférieur au rang d'archevêque, et nous ressentons une grande joie que vous meniez, selon votre conscience, une vie agréable à Dieu : nous vous avertissons qu'il convient aussi que vous vous conformiez dans vos vêtements, votre train et tout le reste, à la dignité de votre position. »
r L'obéissance fit alors à Ximenès un devoir d'étaler le faste dans son palais, sur ses vêtements, sur sa table. Mais celte magnificence n'était qu'extérieure; quant à lui, il conserva toujours son austérité. Sous ses vêtements de soie, il cachait une bure grossière; à côté de lits somptueux où brillaient l'or et la pourpre, était la planche sur laquelle il couchait. Quand il donnait des festins, rien n'en égalait la splendeur; mais la variété, la délicatesse des mets étaient pour ses convives; il n'y prenait, suivant sa coutume, que le frugal repas d'un cénobite. Tout son temps se partageait entre le travail, la prière et l'étude. If offrait chaque jour le saint sacrifice, assistait souvent au chœur dont la pieuse mélodie élail pour lui pleine de charmes. Ses seuls délassements étaient la promenade ou des conversations sérieuses et édifiantes avec des théologiens. De temps à autre, pour se mieux recueillir, il ne cessa d'aller passer quelques jours dans une maison de son ordre, confondu avec ses frères, dont il suivait tous les exercices, comme lo moindre d'entre eux. Il est constant que, dans une chambre secrèle de son palais, il meurtrissait son corps par la discipline ; et
1GD9 XIM
tes rigueurs contre lui-même furent telles que, dans la suite, ie Pape Léon X crut devoir lui en faire des remontrances. Sa pauvreté , son humilité avaient soulevé des
flaintes. Quand il eut été obligé de donner l'extérieur, les murmures devinrent plus violents. La médisance trouvera toujours dos aliments. — Le domaine temporel de l'archevêque de Tolède embrassait un vaste territoire où se trouvaient quinze villes populeuses ot un grand nombre de '.bourgs et de villages. Xi menés avait donc sous sa dépendance une multitude d'oiïicicrs el de juges séculiers. Mu par l'amour du bien public, il réprimait tous les abus qui lui étaient signalés, si son pouvoir allait jusque-là, sinon il les déférait à la reine. Appui du pauvre et du faible contre l'oppression et l'injustice des puissants et des riches, il était surtout l'effroi des prévaricateurs qu'il poursuivait sans pitié, ou qu'il dénonçait à la reine.
" Depuis un siècle, les guerres contre les Maures avaient nécessite en Caslillo des impôts extraordinaires. Le plus onéreux était VAlcarala qui consistait dans la dîme do toutes les choses vendues ou échangées. La perception en était devenue- plus odieuse que l'impôt lui-même. Les exactions des agents du fisc, la répartition mal entendue, les tromperies des vendeurs el des acheteurs en avaient Tait une source d'abus criants. La suppression de l'impôt n'était pas possible alors, mais, grâce à Ximenès, il subit un notable adoucissement. On calcula le produit net de VAIcavata, et une répartition équitable en fui foilo entre les districts el les communes, selon leur richesse et leur population ; on laissa les habitants euxmêmes fairo la levée partielle du subside, et tonte l'armée des vautours du fisc fut congédiée. Le trésor royal el les contribuables gagnèrent h cette mesure, dont s'applaudirent les populations et qui ne mécontenta que les fripons. En H99, Ferdinand et Isabelle se rendirent b Grenade, que le sui t des armes avait mise en leurs mains depuis sept ans. Les habitants do celle riche et populeuse cité conservaient, aux termes des Irailés, leur culte, leurs mosquées, leurs biens, leurs lois et des privilèges étendus. Les vertus de leur archevêque Talavera en amenaient chaque jour un grand nombre à la foi chrétienne. Ximenès, appelé par ses souverains, se rendit aussi b Grenade el s'y associa au zèle et aux efforts du pieux archevêque. Les voies de la douceur étaient seules mises en usage. Cependant, à la suite d'un malentendu, uno révolte éclata parmi les Maures. Elle fut comprimée par la force el plus encore par le dévouement du vertueux Talavera. D'après les conseils de Ximenès, on ne laissa aux Maures d'autre alternative que le supplice des criminels do haute-trahison et K> baptême. Presque tous les Maures de Grenade et des environs embrassèrent le christianisme. Les autres se réfugièrent sur les montagnes ou en Afrique. Ces conversions, œuvre de la contrainte,
xim m
no pouvaient guère êlre qu'extérieures; aussi furent-elles suivies de plusieurs insurrections qui se terminèrent par des traités q ji n'imposaient plus le baptême. Ceu» quin* voulaient pas s'y soumettre étaient libres de quitter l'Espagne; et bientôt, dans tout» l'étendue de l'ancien royaume de Grenade, il ne resta plus un seul Maure qui n'eût reçu le baptême. Toutefois l'islamisme fut toléré dans les autres parties de l'Espagne jusqu'au temps de Charles-Quint.
Les Etals de Caslille étaient réunis è Tôle.le; le 7 mai 1502, l'archevêque y reçut Ferdinand et Isabelle , l'archiduc Philippe le Beau, fils do l'empereur Matimilien elde Mirie de Bourgogne, et l'épouse de ce jeune prince, doua Juana, connue dans l'histoire sous le nom de Jeanne la Folle. De c« mariage, sortirent les deux empereurs Charles- Quint et Ferdinand I". €e dernier, né en Espagne le 10 mars 1503, fut baptisé par Ximenez. Après l'abdication de son frère Charles V en 1556, il lui succéda sur le trône impérial, pendant que les autres Etals de la monarchie espagnole étaient dévolus à Philippe IL-- Le 26 novembre 150&, la grandi Isahello mourut h Médina del Catnpo, dans la 5is* année de son âge, el la 30' de son règne. En apprenant cette triste nouvelle, Ximenès, retenu par ses devoirs dans sou diocèse, no put s'empêcher de s'écner:
« Jamais le monde no verra une reine d'un esprit si élevé, d'un coeur si pur, d'unepiété si ardente et d'un zèle si éclairé pour II justice. » Lu nom d'Isabelle vivra dans l'histoire, il est inséparable des noms de Christophe Colomb, de Gonzalve de Cordoue, de Ximenès. — L'Espagne n'élail pas re*U!e étrangère au grand mouvement de la Renaissance. L'université de Salamauque û> rissait avec ses sept mille étudiants. Xiinenés, zélé pour le progrès des sciences et des lettres, voulut aussi leur donner un asile qui effaçât la gloiro des universités de Salamanque, de Tolède, de Sé ville, de Grenade. En 1500, il posa à Alcala la première pierre du collège deSaint-ildtfonst. Trois ansaprès, arrivèrent de Rome les lettres d'érection de la nouvelle université, à laquelle les Papes Jules II et Léon X se plurent à conférer les privilèges les plus étendus. Un grand nombre de collèges furent successivement élevés, où d'habiles professeurs enseignaiVul toutes les branches des connaissances humaines. On v enseignait les langues latine» grecque, hébraïque, la théologie, la Jurisprudence canonique, la médeçine, l'anaioraie, la chirurgie, la philosophie, les mathématiques. Il y avait quarante-deux chaires remplies par des savants appelés de toutes parts à grands frais. Le fondateur venait quelquefois assister lui-même aux leçons des professeurs, el présider les argumentajions et les antres exercices académjques. L'université d'Alcala, ouverte le 18 octobre 15Wi vit bientôt accourir une foule d'étudiants, venus de tous les points, et elle compta une population aussi nombreuse qu'aucuni ?
ses sœurs ainées de l'Espagne. Lei boursier»
niCTiONNAirtE
i66i xim uts Cardinaux. xim im
y conquéraient successivement les diplômes somme énorme pour 10 temps, et que pouile bachelier, de licencié, et de maître ès- vail «oui fournir un h'imme dont les revuiris libéraux. On y conférait aussi les grades nus égalaient ceux d'un roi, et dont les • n philosophie, en médecine et en théologie, besoins personnels ne dépassaient pas ceux Cette université, dotée par Ximenès de re- d'un anachorète. L'achat des manuscrits, venus considérables, auxquels d'anlres les indemnités du ceux qu'on envoyait a s'ajoutèrent dans la suite, reçut, en 15U, la leur recherche, les pensions des savants, visite du roi Ferdinand. Le recteur vint à des copistes et autres employés, les frais-dos sa rencontre, suivi des docteurs des facultés caractères nouveaux qu'il fallut fondre à revêtus de leurs robes fourrées d'hermine, Alcala, les gages des habiles imprimeurs et précédé des appariteurs qui portaient appelés de toutes parts, tout cela avait exigé leurs masses avec solennité. A cette vue, les do prodigieuses dépenses que les résultais courtisans leur crièrent de déposer devant matériels furent loin de couvrir, car on ne le roi ces symboles du commandement. Mais tira que six cents exemplaires, dont chacun, Ferdinand, arrêtant leur zèle, leur ordonna composé de 6 vol. in-lol., no se vendit que «fereipecler les usages de l'université: «C'est six ducats et demi. Le produit, Ximenès, ici, dit-il, le royaume des sciences, les sa- dans son testament, le destina à des œuvres vanls y sont rois. » Eu 1526, un autre visi- de charité. Le petit nombre d'exemplaires leur non moins illustre, et à qui l'histoire a qui furent tirés explique la rareté de la :lr>nné le nom de père des lettres, alla, en Polyglotte et son prix élevé. L'ouvrage sortant de sa prison de Madrid, parcourir complet coûte aujourd hui plus de cinq les divers instituts d'Alcala. François l*'e&- cents ducats. On en connaît à peine quinze prima son admiration en ces termes :« Xi- exemplaires en Allemagne. Les travaux menés a exécuté une œuvre que j'aurais & préparatoires de la Polyglotte d'Alcala cornpeine osé entreprendre. L'université de Pa- mencèrent en 1502. Le premier volume paris, la gloire de mon royaume, est l'ouvrage rut le 10 janvier 15U. et le dernier parut le de plusieurs rois , Ximenès seul a créé une 10 juillet 1517, quatre mois avant la mort œuvre semblable. » de Ximenès. Cet ouvrage, plusieurs fois Une œuvre scientifique remarquable, sor- réimprimé depuis, a reçu de grandes aroélic d'Alcala, est la célèbre Bible polyglotte, Montions; mais la gloire d avoir conçu fruit du génie persévérant de l'archevêque l'entreprise n'en reste pas moins a l'arche- >le Tolède, et dite de Complute, ancien nom vêque de Tolède. Là ne se bornèrent pas «i'AImla. Le Prologue de cette polyglotte les encouragements qu'il donna aux lettres, indique quel était le dessein de Ximenès, II til préparer par Vergara une édition nouel h quoi il voulait porter remède : c Au- velle d'Aristole qui, outre le texte grec et inné traduction ne saurait rendre exacte- la traduction latine d'Aide Manuce, conlienfiient et pleinement le sens de l'original.... drait une nouvelle version latine, destinée D'ailleurs les manuscrits de la Vulgate dif- à corriger les erreurs, h éclaircir les obsculèrent tellement les uns des autres, qu'il rîlés de la première. Le travail était prêt, isi impossible de ne pas soupçonner des mais comme l'impression n'en devait venir altérations amenées au moins par la négli- qu'après celle de la Polyglotte, la mort do Ronce et l'ignorance des copistes. Il faut Ximenès vint arrêter la publication. D'auionc, comme le désiraient déjà saint Jérôme 1res œuvres eurent un sort plus beureux. et saint Augustin qui, remontant à l'origine Ce grand homme Gt imprimer à ses frais et les saintes Ecritures, ont corrigé les livres de distribuer une foule de bons livres traitant 'Ancien Testament sur le texte hébreu, et de sujets religieux, historiques, d'agricul* eux du Nouveau sur le texte grec; il faut ture môme; il ût présent à toutes les églises lue tout théologien soit capable do puiser de son diocèse, de livres nouveaux, impriui-mêmeè la source du texte primitif Veau niés sur parchemin, et renfermant toute la î»i jaillit pour la vit éternelle. (Joan. iv, suite de l'Office de l'Eglise avec les notes ''»•) 11 a donc fait imprimer la Bible dans la et autres signes de musupje, afin de répan- *ngue originale avec les diverses traduc- dre le goût du chant grégorien, qu'il esliions... Pour accomplir celte tâche, il a eu mail beaucoup.
ecours à la science de philologues distin- Un des premiers soins deXimenès, nommé ;ués, et il a fait rechercher partout, les à l'archevêché de Tolède, avait été do s oiuanuscrits grecs et hébreux les plus anciens tacher à la réforme des mœurs, d'abord t les plus estimés. Son but, c'est que l'étude dans le clergé. Plusieurs causes concours Mires divines, morte, en quelque sorte, raient à l'affaiblissement moral où était '"qu'ici, repreuoe une nouvelle vie. * La tombé le clergé espagnol. Possédant d'imtible polyglotte d'Alcala est en langues menses revenus, princes à la fois spirituels iline, grecque, hébraïque et chaldaïque. et temporels, et, en celle dernière qualité, our l'exécuter, il fallait le concours d'un accoutumés à se mêler aux affaires politîrand nombre de savants. Ximenès de son ques, et même à prendre part aux combat.*, &lé, n'épargna ni soius, ni dépenses. Sept les hauts prélats avaient perdu l'esprit du ■anusents hébreux seulement coûtèrent leur vocation, ou n'exerçai eut pas sur leur uatre mille ducats; des manuscrits latins clergé une surveillance eflicacc. — Lesmemt grecs, anciens de huit cents ans monté- brts de la milice sacerdotale, trop nombreux, eut à des sommes considérables.; l'ouvrage et, par là, trop peu occupés, se ressentaient ul:er ccûta plus de cinquante mille ducats, des dangers moraux du désœuvrement. —
If 35 XIM
Des bénéfices nombreux , richement tIot«'*s, étaient un appât qui attirail «lans le sacerdoce» nue foule (ie sujels sans vocaiion ou sans instruction, ces deux éléments indispensables de la vio sacerlotale. Pierre , ninrlyr, rapporte qu'alors un ecclésinslique noble, capable de prêcher, étail plus rare qn'un corbeau blanc. Les plus grands désordres s'étaient donc inlroduils dans le cl<«rgo séculier, comme dans le clergé régulier, et il était temps qu'un homme, comme Ximenès, vint combattre les abus. Aprèsavoir réformé les plus criants, il tint un premier synode h Alcala. Voici les dispositions principales qui en émanèrent. Le prélat accordait aux prêtres le droit de s'absoudre les uns les autres, même des cas qui lui étaient réservés, afin qu'aucun d'eux no trouvât «l'obstacle î) l'oblotion du saint sacrifice. Il enjoignait aux curés d'expliquer l'Evangile, au prône, les dimanches et les jours de fôl<*, cl le soir, après complic.*, de réunir, au son de la cloche, les enfants de la paroisse, pour les instruire par eux-mêmes, on par un délégué, Mirions les points de la doctrine chrétienne. Atln d'empêcher la ruine fies familles par les frais des procès, et d'abréger la durée des actions judiciaires, il ordonna h tous les juges ecclésiastiques et laïques, dans toute l'étendue de son diocèse, de prononcer surle-champ, sans écrit et sans frais, dans les causes de pou d'importance, et décida que, pour les autres affaires, on n'eût recours aux écritures que quand il y avait nécessité. Dans les causes ecclésiastiques, si l'affaire était légère, la sentence était rendue, sans procédure, par le vicaire général ; si les fautes étaient graves et la procédure inévitable, la plus grande prudence était recommandée aux juges. Un règlement ordonnait l'institution des registres de baptême dans toutes les paroisses, institution destinée à trancher bien des difficultés, et à prévenir bien des obus. Les curés devaient aussi dénoncer sur-le-champ à l'évèque les fautes graves et publiques, commises dans leurs paroisses, afin que celui-ci put aussitôt porter remède au mal. Toutefois, pour la réforme du clergé régulier, Ximenès rencontra unevive opposition, dont i> finit par triompher, grâce a l'appui d'Isabelle. En même temps qu'il poursuivait ses réformes, il étendait sa sollicitude a toutes les œuvres de charité, visitant les hôpitaux, dotant des filles pauvres, nourrissant chaque jour (renie indigents, rachetant des captifs. Il fonda quatre hôpitaux, huit monastères et douze églises.
La mort d'Isabelle avait amené une foule de complications. La reine de Castille avait pour héritiers doua Juana, et l'époux do celle princesse, l'archiduc Philippe le Beau. La malheureuse Juana était devenue folle des déportements de son frivole époux, qu'elle ne cessait pas d'aimer. Celui-ci élait antipalhiqueavee le roi d'Aragon, Ferdinand, son beau-père. Vu l'éclat d'esprit do sa fille, Isabelle avait nommé son époux Ferdinand régent de Castille; car la Castille et l'Aragon étaient toujours administrés séparément :
il devait remettre les rênes du gouvernement h leur petit-fiU, le futur Charhs-Quint. quand cHiii-ci aurait atteint sa 20* année. Ximenès était un des exécuteur* du testament. Lors de la mort d'Isabelle, les jeunes époux étaient dans leurs Etatsdes Pays-Bas. Après de longues négociations, Philippe aborda an port de la Corogoe, en Galice, le 28 avril 1366. La prudence du primat grand chancelier ménagea une espèce d'accommodement entre les deux rois. Néanmoins Philippe obligea son beau-père h quitterait [dus tôt la Castille, sans laisser îi ce père infortuné la consolation devoir sa fille. Philippe, le oreraierdes six princes autrichiens qui régnèrent sur l'Espagne, ne resta pas longtemps sur ce. trône. Il mourut h Burgos, le 25 septembre 1506, âgé de 28 ans. Sr>n corps, embaumé, fut porté dans la chapelle royale de Grenade, pour reposer auprès des restes d'Isabelle. Le roi avait légué sou cœur à la Flandre, sa patrie. En effet, par sa mère, Marie, fille di Charles le Téméraire, il était l'héritier dw anciens duc de Bourgogne.
Xirmmè* s'empressa de dépêcher un courrier vers le roi Ferdinand, parti pour ses Etals de Naples; il le pressait de revenir au plus tôt en Castille. Mais le ru*é politique jugea que le parti le plus prudent était de laisser quelque temps la noblesse castillane se débattre dans l'anarchie, pour n'apparaître au milieu d'elle qu'en libérateur. Nous n'avons pas 5 entrer ici dans l'exposé dos troubles qui agitèrent alors la Castille; ces faits appartiennent a l'histoire générale. Nous ne dirons pas non plus les embarras de Ximenès ayant h calmer une reine en démence, a lutter contre une noblesse factieuse, ni tous ses efforts pour soutenir les intérêts et les droits de Ferdinand. Enfin ce prince débarqua à Valence, dans ses Etats héréditaires, le 20 juillet 1507. Le 31 août il mil le pied sur le territoire de la (lastille, a l'entrée de laquelle il fui solennellement reçu par leduc d Infantado, l'a mirante, el une foule do seigneurs. Ximenès, et I* reine Jeautie, toujours accompagnée du corps de son époux, l'attendaient â Tortolès. C'est là que Ferdinand revit sa fille ètqo'il l'embrassa eu pleurant Quoique le cœur do Jeanne fût ému, sa joie se trahit a peine sur son visage resté impassible. Après un long entretien entro le roi e( le ministre, ils décidèrent que les deux cours se rendraient k Santa -Maria del Cainpo. Ferdinand saisit d'une main ferme les rênes du gouvernement;, fort de son droi», il ne prit pas la peine de se soumettre a la ratification des Etals, cl ne convoqua les Cortès que trois ans après, le 6 octobre 1510. Ferdinand n'avait pas attendu jusque-là pour récompenser le fidèle et grand minisire. Etant à Naples, il .sollicita pour l'archevêque de Tolède la pourpre sacrée que lui conléra le Pipe Jules II par un bref ainsi conçu : ' A noire vénérable frère, Françnls, prôtrc-cirdinal de la S. E. H. Jules II, Souverain Pou* ti!e. Déterminés par vos mérites el par »o* vertus, el en considération do iiotru char
IJG.Ï XIM
fils en Jésus-Christ le roi Cdlholique d'Aragon el de Sicile, qui nous en a instamment priés par ses lettres et par ses envoyés, aujourd'hui, dans noire consistoire secret, nous vous avons agrégé au collège des cardinaux de la S. E. R., espérant que vous serez utile et glorieux à cette même E. R., dont vous êtes un membre si distingué, que vous conserverez et augmenterez, selon vos forces, son autorité. Donné à Rome, etc., le 17 mai l507. » Ferdinand rapporta avec lui le chapeau rouge, qui fut imposé solennellement a Xi menés en septembre 1507. En môme temps que celui-ci était élevé au cardinalat, il recevait du roi Ferdinand sa nomination à fa dignité de grand inquisiteur de Castille et Je Léon. Ce qui assura, en Espagne, le triomphe du pouvoir royal, celui l'établissement Je l'inquisition, qui fut dans le pays plus •olilique que religieuse. Le judaïsme ell'isaruiswe menaçaient d'étouffer dans la péninule l'élément chrétien. Ferdinand u'imagina ien de mieux, pour sauver l'Espagne, que 'inquisition, dont l'esprit de parti a bien xagéré les prétendues cruautés. Elle proionça, il est vrai, beaucoup de condamnaions ; mais les exécutions furent très-rares. s/»bel le répugna d'abord à cet établissement ; tais enûn son époux l'emporta, et Sixte IV \pédia, eu 1*78, les bulles d'instilution. ans ses fonctions de grand inquisiteur, iinenès se montra ce qu'il avait toujours ét ferme et austère, mais, avant tout, droit . loyal, et n'oubliant jamais sa mission de larité.
On a beaucoup déclamé contre l'inquisi- Dn. Nous ne la demandons pas; personne i la demande : elle a donné lieu à beau- >up d'abus. Cependant , si elle avait asté en Allemagne, elle eût préservé cette ntrée des plus grandes calamités publiles. L'Allemagne n'eût pas vu la guerre s anabaptistes, allumée par les prédica- »ns des disciples de Luther, et où plus de ni mille paysans furent en une seule fois terminés par la cavalerie des nobles. Elle ûl pas vu la guerre de trente ans, entre >testants et catholiques, et dont une seule née fit dix fois plus de victimes que n'en mi jamais toutes les inquisitions pendant ite la durée de leur établissement. Depuis igterop» Ximenès avait formé le projet de der en Afrique un établissement stable, liné à contenir les Maures et leurs pirates, lésinait aussi replanter la croix sur ces ges où jadis avait fleuri l'Eglise, sur ces jes illustrées par les Cyprien et les Auttu. Après avoir, de concert avec Ferdid, consolidé, entre les mains de ce prince, régence de Castille, el abattu tous les îds vassaux rebelles, il pensa a la réaliou de son projet. Il eut à vaincre bien des osi lions, la mauvaise volonté des chefs, vol le des soldats qui voulaient être payés il rembarquement, et qu'avec raison il roulait payer qu'après. Parti de Tolède tiercredi des Cendres 1509, il arriva à hagèno le 6 mars, sa flotte, jusqu'alors tllôo dans les eaux de Malaga, vint le
XIM 1606
rejoindre ; elle portait quatre mille cavaliers et dix mille fantassins. Enlin, le 16 mai 1509, les ancres furent levées, et In lendemain, la flotte, composée de dix galères, do quatrevingts bâtiments de- transport et d'un grand nombre d'embarcations, loucha le rivage africain. « Tant de travaux et de sollicitudes ne pouvaient être sans influence sur la santé du cardinal ; il était devenu d'une maigreur extrême, mais son esprit conservait uno vigueur inaltérable ; le courage qui l'animait lui-même, il savait le faire passer dans ses troupes, et les électriser par l'espérance de la victoire. On débarqua sous les yeux d'une multitude de Maures rassemblés près du rivage : el des feux subitement allumé- sur toutes les hauteurs signalèrent au loin l'arrivée des espagnols el appelèrent aux armes les infidèles. Tous les vaisseaux entrèrent, sans avoir éprouvé d'avarie, dans lo vaste port de Mazarquivir dont les Espagnols s'étaient rendus maîtres dès 1505. Ximenès passa la nuit entière sur son vaisseau à donner des instructions et des ordres pour la journée suivante. Il appela auprès de lui Navarro, qui commandait sous sa direction, et lui déclara, en présence do tous les chefs, que la gloire de cette expédition lui revenait tout entière; que pour lui, il ne prétendait qu'à fournir aux frais de la guerre, a encourager les troupes, et a instruire le roi des exploits de ceux qui se signaleraient. D'nprès son avis, il fut résolu qu'on se rendrait maître lu plus promplement possible d'une colline située entre Mazarquivir el Oran, et donnant accès vers cette dernière ville; il ne fallait pas attendre que les signaux eussent averti les Maures d accourir au secours de la place; mais, dès le matin môme, après avoir fait avancer les galères sous les murs d'Oran, la ville devait être attaquée à la fois par (erre et par mer. L'armée mit un temps assez long à sortir des vaisseaux, et è se ranger en ordre de bataille. Au lever du jour, Ximenès sortit de la citadelle, revêtu de ses habits pontificaux, monté sur une mule el environné d'une troupe de prêtres et de religieux. Devant lui s'avançait sur une blanche baquenée frèro Fernaiid, Franciscain d'une taille colossale, portant pour étendard la croix d'argent! du primai, el ceint comme les autres ecclésiastiques du sabre espagnol : ainsi l'avait ordonné Ximenès. Comme c'était un vendredi, le prélat dispensa ses soldats de la loi de l'Eglise relative a l'abstinence. » {HéfUe.t Ir. de MM. Sisson et Crampon.) Le repas du malin terminé, il leur parla ainsi : « Braves Espagnols, si je croyais que votre courage eût besoin d'être excité par une harangue, eu n'est pas moi qui entreprendrais de vous parler. Je laisserais ce soin à quelqu'un de ces vaillants capitaines dont la voix vous a souvent conduis a la victoire, el qui ont gagné votre confiance par une longue communauté defaligues etd exploits. Mais voyant votre ardeur pour celle guerre sainle, j'ai voulu, au moment où le sort en est jeté, être témoin de votre bravoure. Depuis longtemps
1607 XIM DICTIO
tous entendiez dire : les Maures ravagent nos cotes, ils entrolncnl en servitude nos enfants, nos frères, ils insultent au nom chrétien. Il vous tardait de venger ces attentats, et je vous ai choisis au nom de l'Espagne, pour que vous donniez à la patrie cc'tle consolation, que vous vous couvriez do celte gloire. Le jour que vous désiriez est arrivé; l'ennemi que vous cherchez est devant vous. Montrez aujourd'hui à l'univers que c'est, non point le courage, mais l'occasion qui vous manquait pour venger la patrie. Je veux courir vos dangers, et vaincre ou mourir avec vous. C'est à un prêtre du Seigneur & guider des braves qui combattent pour la religion. Plusieurs de mes devanciers sur le siège de Tolède m'ont ouvert la voie, et ont trouvé sur le champ de bataille une mort glorieuse. »
C'était un beau spectacle que celui d'un prélat septuagénaire, brisé par les veilles et les travaux, et ranimant son ardeur à la flamme de la religion et du patriotisme. Les soldats étaient électrisés, et saisis de vénération. Mais les chefs ne voulurent pas qu'il s'exposât aux hasards d'une mêlée, et ils le conjurèrent avec les plus vives instances de ménager une vie si précieuse. Il dut se rendre à leur vœu unanime, bénit l'armée et se relira dans la citadelledeMazarquivir. Pierre de Navarro, persuadé que la cavalerie ne pouvait pas rendre de services dans ce pays accidenté, laissa do côté les quatre mille cavaliers, et ne destina aux opérations militaires que la Hotte et l'infanterie. Le cardinal qui ne partageait pas cet avis, ne fut pas plutôt informé de la résolution de Navarre, qu'il sortit précipitamment de la citadelle, et envoya la cavalerie soutenir le reste de l'armée. Pour prévenir toute surprise, il fit aussi occuper les gorges qui sillonnaient les montagnes voisines d'Oran. Ces sages mesures contribuèrent beaucoup au succès de la journée. A la vuedel'immense multitude do Maures répandus sur les hauteurs qu'il fallait occuper, Navarre, voyant le jour déjà avancé, et incertain s'il ne valait pas mieux remettre l'attaque au jour suivant, alla trouver Ximenès pour connaître sa volonté. Le cardinal fuld'avis qu'il fallait profiler de l'enthousiasme des soldats, el attaquer sur-lechamp. On sonne la charge ; les hauteurs sont occupés ; la place attaquée par terro etpar mer est emportée. Los Maures, voyant quo les Espagnols en sont maîtres, dirigent confusément leur fuite vers Tlemecen. C'est là que les attendait la cavalerie : ils furent presque tous taillés en pièces. Les vainqueurs massacraient sans pitié tout ce qui s'offrait à leurs coups. En vain le signal do la retraite avait été donné, l'autorité du chef est méconnue; ils se précipitent de nouveau dans la ville pour piller, promènent par tout la rage et la mort, jusqu'à |ce que, ivres pour la plupart, ils tombent et s endorment au milieu des rues. Mais Navarre, qui redoutait des surprises, s'était tenu sur ses gardes, et avait passé la nuit sous les armes avec un corps de troupes. Lo lendemain, quand lo
NAirtE xtM m
soleil eut éclairé celte scène de carnage, lo général poussa de tous côtés des reconnais, sauces, et somma de se rendre les Haurci réfugiés dans les mosquées, afin que le cardinal, à son arrivée dan? In ville, y vfi régner l'ordre el la sécurité. Il fallut emporter du* saut les mosquées, el l'on n'y parvint qu'après bien des efforts. Alors seulement la conquête fut achevée. S'il faut en croire les historiens, quatre mille Maures furent tués cinq mille furent faits prisonniers; les Espagnols n'auraient perdu que trente hommes. Le butin fut estimé cinq cent mille ducat*, et beaucoup de soldats rapportèrent en Espagne des richesses considérables.
Ximenès se rendit par mer à Or«n, où il fit une entrée triomphale, précédé de la triple croix, et au milieu de son armée victorieuse. Aux acclamations des soldais qui criaient : « Béni soit le vainqueur des Barbares 1 » Il répondait à haute voix par ces paroles du psaume ex m : Non nobis. Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. * Ce n'est pas à nous, Seigneur, ce n'est pas a nous, mais h votre nom que revient la gloire.» Il alla droit à la forteressed'Alcazava, où il eut la joie de briser les fers de trois cenls esc'ave* chrétiens. En sa qualité de généralissime^ l'armée qu'il soldait de ses deniers, en lui présenta le butin renfermant nn grand nom* ore d'objets précieux en or el on argent; il ne voulut rien prendre pour lui, se contentant de réserver ls part du roi et de l'armé*-, puis il distribua des récompenses avec des éloges à ceux qui s'étaient les plus signalés, et, pour prévenir le danger d'une peste, il ordonna que les morts fussent aussitôt inhumés. La ville était pourvue de tant d'approvisionnements en tout genre, et d'un matériel d'artillerie si considérable, qu'on s'étonnait qu'elle eôt été prise en quelques heures. Ximenès passaquelquesjoursàOran.
Le lendemain de son entrée, il fit, à cheval, le tour de la ville pour étudier l'assiette; il donna Tordre de réparer les anciennes fortifications et d'en construire de nouvelles. Il visita ensuite les mosquées el les consarra au dieu des Chrétiens. Comme l'Eglise honorait ce jour-là saint Bernardin, religieux de Saint-François, connu par son zèle pour le soulagement des malades et des pestiférés, il lui dédia l'hôpital qu'il fonda pour los malades. Il institua deux monastères, l'un de Saint-François, l'autre de Saint- Dominique; enfin dans la crainte que les Juifs baptisés d'Espagne ne vinssent en foule i Oran pour retourner impunément à leurs anciennes erreurs, il établit l'inquisition dans sa nouvelle conquête. Ximenès en remit'* commandement à Navarro; il lui laissait tous les approvisionnements de l'armée, lot donnant de sages avis pour s'en procurer de nouveaux; il lui recommandait de ne souffrir aucune fraude, aucune malversation dau> ses subordonnés, et promettait d'envoyer prompteinent d'Espagne lous les vivres nécessaires. Il mit a la voile le 23 mai) el» poussé par un vent favorable, il aborda l< môme jour au oorl de Cai thagèiie avec off»
1669 XIM DES CARDINAUX. XIM 1070
suite peu nombreuse. 11 y séjourna uno se- dos Deux-Siciles, le très révérend Père et naine, pendant laquelle, uniquement occupé seigneur, frère F. Ximenès de Cisneros, le pourvoir aux besoins de son armée, il • cardinal d'Espagne et archevêque de To!è.lef
sorti du port de Carlhagène sur une flotte chargée de soldats, d'artillerie et de muni-
'tablit un service do paquebots entre celte 'ille et Oran, et fit acheter une quantité nnsidérablo de grains dans les provinces du tid. Dans une lettre adressée a Ferdinand, I lui demanda d'envoyer à Carlhagène des ommissaires royaux chargés d'approvisionicr Oran et les troupes qui y résident.
Ayant appris de ses amis restés en Afriquo |iie les patrons, qu'il avait loués et payés l'avance pour deux mois, mettaient , avant expiration de ce terme, leurs vaisseaux et eurs équipages au service des marchands, ue plusieurs avaient même reçu frandu- 'usement , des magasins de I armée, des ivres en Irop grande quantité, afin d'en ourrir les esclaves qu'ils comptaient raîener en Espagne par commission de perr>nnes privées, il signale tous les désordres Navarro, et lui conseille d'exiger des paons le service convenu , ou même un plus mg en punition de leur mauvaise foi, et do ;ur imposer des restitutions convenables.
recommande en môme temps au général e multiplier les expéditions. Enfin la lettre ? termine par un reproche adressé à Nairro, qu'il blâme d être rentré dans 1rs lurs d'Oran après la seule excursion qu'il ilt eucon- faite presque sans coup férir, et 'ayant renconlré que quelques centaines e Numides. (Ibidem.) Vers In fin de mai, le irdinal partit j our Alcala. Par une attendri pleine d'humanité, il avait pris soin non renvoyât dans leurs foyers, pour le nips de la moisson, tous les paysans de >n diocèse enrôlés dans son armée. Sa solcilude s'étendit plus loin; dons son testaent, il nomma deux chanoines de Tolède >ur visiter tous ses sujets, en qualité de unmissaires, s'informer des dommages que uifait leur avoir fait subir l'expédition Oran, el les indemniser avec les biens de
succession. Les habitants et l'Université Alcala lui avaient préparé une réception agnifique ; un pan de mur avait été abattu iur offrir au conquérant une entrée plus lennelle ; mais il se déroba À cet honneur, entra par la porte accoutumée, précédéune troupe de captifs, et de chameaux orgés du butin qu'il destinait au roi. Il [Vit a sa chère Université des manuscrits abes sur l'astrologie et sur la médecine, s clefs des portes de la ville et de la cita- Ile d'Oran, ainsi que des drapeaux maures, rent suspendus dans l'égliso de Sainl-II-, phonse. Pour perpétuer le souvenir de la uquêle d'Oran, un tableau représentant
principales circonstances do ce brillant t d'armes, fut placé dans la chapelle mo-
abe de la cathédrale de Tolède. Au-dessous trouvait une inscription laiine.Jdont voici sens : « L'an du salut 1509, lo sixièmejdu ntiticat de Jules II, sous le règne de la sôréisiroe Dona Juana, reine de Castille, veuvo
Philippe de Bourgogne, fils unique de itpereur Maximilion, et pendant la régence Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon et
e soldats,
lions, aborda le lendemain 18 mai à Maznr-
quibir.
« L'armée, après ovoir passé la nuit à bord, débarqua et livra bataille aux ennemis qu'elle balaya de devant les murs d'Oran. Les Espagnols, ayant escaladé ces murs, y plantèrent l'étendard chrétien, et ouvrirent les porlos au reste de l'armée qui, en quatre heures, se rendit maîtresse do la ville et de la citadelle, où périrent quatre millo ennemis el seulement trente Espagnols, grâce à la protcclion de Dieu, » etc.. Ximenès avait lo projet d'envoyer des colons dons sa nouvelle conquête pour défricher ce sol fertile et s'établir dans le pays. D'autres soins l'empêchèrent de réaliser ses projets. Le 5 janvier 1510, les Espagnols s'emparèrent de Bougie, en juillet de Tripoli; Alger et Tlémtcen leur étaient tributaires : puis vint leur décadence. Néanmoins ils conservèrent Oran jusqu'en 1790, où celte ville tomba au pouvoir du dey d'Alger. Aujourd'hui ces places, devenues trançaises par la conquête en 1830, sont appelées a de nouvelles destinées.
Le roi Ferdinand voyait de mauvais œil tout ce qui lui portait ombrage et qui l'effaçait; aussi n'aimail-il point Ximenès, et il l'aurait volontiers payéd ingratitude, comme il avait payé Colomb ét Gonzalve de Cordoue, si les services et les talents du cardinal ne lui eussent été nécessaires. Etant h Séville en janvier 1511, il manda auprès de lui le grand ministre qui était dans son diocèse. Dès qu'il fut instruit do son approche, plein de joie il partit avec toute sa cour, alla au-devant de lui jusqu'à quatre lieues de Séville ; puis, l'apercevant, mit pied a terre et l'embrassa à la stupéfaction des courtisans, jaloux d'unedislinction si grande. Peu après arrive a Séville une lettre du Pape Jules II, implorant le secours du roi d'Aragon contro le roi de France Louis XII. Ximenez n'eut pas de peine o obtenir de Ferdinand une réponse favorable au Pontife, le rusé monarque étant toujours prêté défendre le Saint-Siège dès qu'il y trouvait son avantage.
Ayant célébré à Tolède, en 1512, les solennités pascales, Ximenès « fut touché des misères que le peuple avait à ^souffrir par suite de la cherté des vivres, misères qui frappaient surtout les pauvres laissés en
Proie à la cupidité de marchands avides, our remédier à ce désordre et mettre un frein à lu cupidité des marchands, il résolut de fonder des greniers publics, sur le modèle de ceux des anciens Romains. Ce dessein communiqué au préfet do la ville fut accueilli avec faveur, et les nouveaux bâtiments reçurent en une seule fois 90,000 mesures de froment pour être distribuées par les magistrats selon les besoins. Ceux-ci» voulant témoigner leur reconnaissance a leur archevêque, fondèrent, après sa mort,
XIM
XIM
un service annuel dsns la chapelle mozarabe, après lequel un panégyrique en l'honneur du bienfaiteur devait être prononcé par un Franciscain. Les provisions déposées dans ces magasins par Ximonès durèrent jusqu'en 1522, et Gomez gémit qu'aucun de ses successeurs n'ait imité de -si beaux exemples. Le cardinal gratifia des mêmes libéralités Alcala, Cisneros et Terrelaguna. Celle dernièru ville conservait encore celte sage institution du temps de Gomez, qui voyait avec admiration les greniers fondés par Ximenès tour à tour se vider dans le sein des pauvres pendant les années de disette, et .«e remplir facilement dans les années abondantes. • (Ibidem.) Des inscriptions publiques attestèrent la reconnaissance des peuples : l'éloge du cardinal fut gravé sur une table de marbre placée dans la salle du sénat de Tolède, et on lisait ces deux vers au fronton do l'hôtel de ville d'Alcala :
jEilicre seo largos, sea parvus décidât imber, Larga est complut hem put in omne ceres.
Que Ce ciel toit prodigue, ou avnre de pluie, Ateala pottède en tout tempt dTabonJantet provitioue.
Ferdinand, roi d'Aragon et des Doux- Siciles, roi de Castille par son mariage avec la reine, et de Grenade par conquête, convoitait encore la Navarre. Sûr d'un refus, il demanda au roi Jean d'Albret un libre passage , à travers la Navarre , pour ses troupes allant guerroyer contre Louis XII. Il ne cherchait, au fond, qu'un prétexte pour s'emparer de l'objet de sa convoitise. Ximenez instruit des desseins perfides du roi i mais retenu dans son diocèse , ne put que lui écrire pour le détourner d une injuste agression. De son côté, Jean d'Albret temporisait ; il conclut enfin avec Louis XII un traité d'alliance défensive. Ferdinand, prétendant ce traité dirigé contre lui, laissa au roi de Navarre le choix de combattre avec les Espagnols contre la France ou d'être attaqué lui-même. C'est alors que Ximenez alla joindre Ferdinand à Logrono, afin de l'aider de ses conseils et de son argent. Mais ses services furent peu nécessaires, la Navarre ayant été conquise en quelques jours par les Espagnols.
Le cardinal rendit toujours aux Papes Jules II et Léon X tous les bons offices en son pouvoir. 11 soutint le cinquième concile de Latran, convoqué par le premier de ces Pontifes pour l'opposer au conciliabule de Pise, qu'appuyaient l'empereur Maxiuiitien et le roi Louis XII, qui ne parlaient de rien moins que d'y faire déposer Jules 11. II s'empressa do mettre en vigueur dans son diocèse tous les décrets du coucile à mesure qu'ils étaient rendus. Hais quand Léon X «ut renouvelé l'indulgence accordée eu 1506, par Jules 11, à ceux qui contribueraient aux dépenses nécessitées par la construction de la basilique de Saint* Pierre, Ximenez exprima librement au Pape son regret que ces libéralités fussent récompensées par des indulgcuces; l'auslère prélat voyait là un obus
et une grave atteinte portée à la discipline ecclésiastique.
La santé du roi d'Aragon déclinait sensiblement. Comme il était a Plasencia, arriva Adrien d'Utrechi, depuis Pane sous le nom d'Adrien VI. Précepteur de I archiduc Charles d'Autriche, qui résidait dans ses Etats des Pays-Bas, il était envoyé parce prince sous différents prétexles, mais, en réalité, pour observer ce qui se passait en Espagne, et pour en prendre possession, au nom de son royal élève, aussitôt que Ferdinand aurait rendu le dernier soupir. Ce prince mourut le 23 janvier 1516, revêtu de l'habit de Saint-Dominique, dans la 6i' année do son âgtî, et la kl' de son règne sur la Castille.
Lorsque Ximenès apprit, par la dépèche du conseil, que Ferdinand n'était plus, que lui-mArae était nommé administrateur et régent du royaume, le souvenir des bienfaits qu'il avait reçus de la famille royale, la pensée de la fragilité des grandeurs humaines ébranlèrent si vivement son âme que, l'émotion triomphant de son austérité nalurelle.il ne put retenir ses larmes. Afin de pourvoir aux besoins de l'Etat et au maintien de la paix, il se rendit a Guadalupe on était rassemblé le grand conseil, entoura des plus grands égards la reine veuve, Germaine, seconde femme du roi d'Aragon, et s'assura de la personne de l'infant Ferdinand. Poussé par d'ambitieux conseillers, ce jeune prince avait essayé d'enlever au cardinal les rênes du gouvernement pour les prendre lui-même. Cette tentative ayant échoué, Ximenès, voulant en prévenir le retour, jugea prudent de garder le princj sous ses yeux. Le cardinal était donc eniré dans l'exercice de ses nouvelles fonctions, lorsqu'Adrien dUlrecht se présenta avec des pouvoirs signés do la main de Charles, et en vertu desquels il était désigné régent de Castille au nom du prince héréditaire, si le roi Catholique venait è mourir. La question fut déférée aux jurisconsultes qui se prononcèrent en faveur de Ximenès. Comme Guadalupe n'était pas une résidence convenable pour la régence et pour le conseil, on songea è choisir un autre siège. Madrid, située à peu près au centre du royaume, parut au cardinal le lieu le plus favorable. Ce choix, adopté par le conseil, fut depuis confirmé par les souverains de l'Espagne; mais Philippe II est le premier qui lui ait donné le litre de capitale. Le jeune Charles brûlait du désir d'être immédiatement proclamé roi d'Eapagoe ; Ximenès déféra a ce vœu , et malgré une vive opposition de la noblesse et des grands, cette proclamation eut lieu solennellement le 31 mai 1516.
Une des causes pour lesquelles le cardinal avait rencontré une si grande résistance à La proclamation du jeune roi, c'est qu'elle était coutraire aux usages espaguots, c'est que la. mère de ce prince vivait encore. Mais la vraie cause, c'est que la noblesse cherchait toutes les occasions de traverser le ministre; depuis qu'il était au pouvoir, il n'avait pc*
1673 XIM
cessé d'ôlro en butie è leurs attaques. L'espèce d'fhterrègne où Ton se trouvait parut aux mécontents une excellente occasion pour ronouveler leurs complots. Quoique méprisant ces menées, Ximenès Ht dire aux plus remuants qu'il leur conseillait de ne pas troubler l'ordre public. Bientôt le découragement se mit dans leurs rangs; chacun s'emnressa de regagner ses bonnes grâces. Ximenès avait fait congédier les Jeux favoris du prince Ferdinand , frère du ■ni Charles, qui lui étaient suspects : queljties officiers de ce prince vinrent demander nsolemment au cardinal où était son pouvoir d'en user ainsi. Il les remit au lendenain, et quand ils furent revenus, il leur nontra,de la fenêtre de son palais, deux nille vétérans rangés en bataille et une brmidable artillerie : Ko ici mes pouvoirs, eur dit-il, Hœe est ratio uttima régis. Au nilieu de tous ces embarras, il étendait sa •igilonce a toutes les parties de l'adminisration de la vaste monarchie ; il donnait 'es règlements pour tâcher do remédier ux désordres qui s'étaient introduits en unériquo. Il entreprenait une réforme dans armée. « Depuis longtemps le cardinal ai- >ait à s'instruire de ce qui regarde Tnrt lilitaire. Dans des entretiens familiers avec >s officiers de l'armée et avec Ferdinand,
s'informait des moyens de contenir les eoples dans l'obéissance, de lever des solats, de les aguerrir, de la manière de cerner, d'attaquer et de prendre les places; expédition d'Afrique surtout l'avait obligé entrer dans tous les détails de la conduite : de la subsistance d'une armée. Il s'était inc convaincu que les levées de gens de jerre, comme elles se faisaient alors, aient plus pernicieuses qu'utiles à l'Etat :
plupart, vagabonds et inconnus, sans îrtu et sans honneur, prompts au pillage
au désordre, commettaient toutes sortes ! crimes qu'il était impossible d'empêcher
même de punir. Aussi préférait-il a l'anen système l'enrôlement, dans chaque >Je. d'un certain nombre d'habiiauis qui ssetil toujours prêts à marcher au secours i l'Etat, uue sorte de milice permanente, xubattaol pour leurs foyers, ces citoyens
montreraient plus fidèles et plus braves, même temps que leur éducation preère serait un gage de leur retenue et de ir moralité. Ferdinand avait lui-même cé autrefois de sa main le plan d'une or- [lisation militaire de ce genre, mais que maladie et se? occupations ne lui (aissôit pas le temps de réaliser. Le cardinal réso-
de le mettre à exécution, persuadé que, is les circonstances présentes, il produit les meilleurs résultats, et, en avril 1516, il roya solliciter l'agrément de Charles. Son e impatient ne lui permit pas même d'atdre la réponse. Après avoir communi- 5 son dessein au grand conseil, il fit pu- >r dans toutes les villes de Castille que
habitants, qui consentiraient è s'enrôler, iraient de grande privilèges : ils seraient iripts de loger le roi et sa suite, de tous
Dictiowh. des Cardinal x.
DES CARDINAUX. XlM 1671
subsides et attires charge* , et récompensés ensuite à proportion de leurs services ; les officiers et les musiciens seuls auraient une solde régulière. En quelques semaines plus de trente mille bourgeois s'étaient volon» tairemenl enrôlés. Ils s'exerçaient chaque jour sous les murs des villes au maniement des armes. • [Ibid.) La noblesse qui voyait dans cet armement une atteinte portée à ses privilèges, se souleva sur plusieurs points; les mécontents attisaient le feu de la révolte. A Valladolfd surtout l'opposition fut vive; on décida qu'on résisterait au tyran. Le eardiual essaya d'abord de ramener par la douceur les habitants égarés; mais ils lui Qrent répondre insolemment qu'ils n'avaient rien a démêler avec lui, qu'ils sauraient bien défendre, jusqu'à l'arrivée du roi Charles, leur ville et leurs nrivilôges. Ximenès ne voulant pas , sans I Agrément du roi , recourir li des mesures de rigueur, s'empressa de demander a ce prince de pleins pouvoirs. Ils ne se firent pas attendre. Charles enjoignait aux villes rebelles de rentrer immédiatement sous l'autorité du dépositaire do son pouvoir; et elles obéirent. Le cardinal porta aussi son attention sur la marine et sut faire respecter le pavillon espagnol. C'était le temps où l'audacieux Barherousso faisait trembler los rivages de la Méditerranée. En juillet 1516 une escadre espagnole rencontra cinq vaisseaux turcs, et, après un combat acharné, en coula deux et ramena les trois autres dans le port d'Alicantc. Les prévaricateurs ne trouvaient pas grâce devant Ximenès. Ceux qui s'étaient rendus coupables de malversations, il les faisait promener par les rues de la ville, escortés d'un héraut qui proclamait leurs méfaits, et d'un bourreau qui les frappait du verges.
Au nom du mi Charles, en qui» comme héritier de Ferdinand, étaient réunies tes trois grandes maîtrises d'Alcantara, de dlalrava et de San-lago, il se fit rendre un compte exact de leurs revenus, de leurs commanderies, de leur gouvernement, et contraignit les chevaliers de restituer au trésor tout ce qui lui revenait. Le trésor public en Espagne fut pauvre a toutes les époques, môme lorsque y affluaient les métaux précieux de l'Amérique. Au temps de Ximenès, il avait été non-seulement épuisé, mais endetté pour subvenir aux guerres de Ferdinand. Néanmoins la cour de Bruxelles demandait sans cesse de l'argent sous le prétexte d'équiper la Hotte qui devait amener le roi en Espagne : les Flamands qui formaient l'entourage de ce prince regardaient l'Espagne comme une proie qui leur appartenait. Ximenès crut de son devoir de faire à ce sujet au prince des remontrances : « Depuis son avènement, en quatre mois, > disait le prélat, ■ Charles avait tiré du trésor plus d'argent que n'avaient fait ses aïeuls maternels durant un règne de quarante ans. Sans doute la libéralité était une vertu royale ; mais elle ne devait s'exercer que pour récompenser de vrais services. Il
1373 MM MCTIO!
lui recommandai! Irois choses comme les plus propres è affermir la puissance d'un souverain: la première, d'être juste envers tous ; la seconde, de reconnaître généreusement les services et le dévouement des gens de guerre; la troisième de conserver toujours des finances prospères, a
Les troubles civils qui agitaient l'Espagne se prolongèrent jusqu'à la dernière année de la vie de Ximenès et jusqu'à l'arrivée du roi. L'absence de ce prince, qui semblait calculée, indisposait gravement les Espagnols, et ce mécontentement- éclata bientôt en plaintes et en reproches. Le cardinal eut besoin de tout son ascendant pour mimer les esprits. Gagné par les ennemis do Ximenès, Adrien dTJlrechl, membre du conseil de régence, avait mandé au roi Charles que son autorité n'était pas un contre-poids suffisant à l'inlluuiice toujours croissante du cardinal, que çe dernier gouvernait en maître absolu. Le seigneur de la Chaux, favori du jeune roi, fut donc onvové en Castille pour soutenir Adrien, et les grands conçurent quelque espoirde renverser Ximenès. Celui-ci Ut recevoir la Chaux avec les plus grands honneurs ; à son entrée dans Madrid, >l alla lui-même ht complimenter. Les grands s'empressèrent de circonveuir le nouveau ministre royal, et mirent tout en œuvre pour l'exciter contre le cardinal. Il voyait ces menées, mais il les méprisait ; il consultait rarement la Chaux, ne I admettait aux affaires que dans les cas indispensables. Un jour pourtant, les deux iavoris du roi crurent avoir obtenu un triomphe ; ils s'étaient empressés de signer quelques décrets récemment adoptés, puis les avaient envoyés au cardinal qui aurait ainsi apposé sa signature en troisième. Ximenès lut les papiers , les déchira, et donna l'ordre qu'on en fil des copies nouvelles qu'il publia revêtues de sa seule signature. Dès lors il expédia les affaires sans la signature de ses collègues. Ceux-ci - conjurèrent le roi de leur envoyer un nouvel appui, et bientôt arriva en Castille le baron Armerslorf, qui joua dans la régence uu rôle aussi nul que les autres. E:;fin Charles fatigué des imporlunilés des adversaires du cardinal, le eontirme dans tous ses pleins pouvoirs. Toutefois ce ne fut là qu'un court moment de trêve pour le vieux cardinal, destiné à mourir en quelque sorte sur la brèche. Il ne cessait de presser le futur Charles-Quint d'arriver en Espagne. Il avait dirigé sur les Pays-Bas une flotte parfaitement équipée, et envoyé reconnaître sur. les côtes de Galice et de Biscaye le lieu le plus sûr où le roi pourrait aborder. Toutes les dispositions étaient prises pour le recevoir avec sa suite. Après avoir été de Madrid à Tolède où l'appelaient les besoins de son diocèse, le cardinal partit à petites journées avec la cour et l'archiduc Ferdinand pour Arandade Rouero, près de Burgos : il choisit celle ville, parce qu'il aimait à séjourner dans le monastère des Franciscains d'Aguilera, situé à peu de distance. Adrien d Ulrechi et Amerstorf fai-
NAIuE XIM Mrs
saient partie de sa suite; la Chaux se dirigeait au-devant du roi par un autre chemin. Il voulut passer par Torrelaguna, lieu de sa naissance, et s'y arrêta un jour, comme pour dire le dernier adieu à m pétrie. Le lendemain, 13 août t517, il arrivait 10 bourg de Rozeguillas dans les monlsgnea.el c'est là que, d après l'opinion commune, il aurait été empoisonné. Pendant «on séjour I Aranda.il montra une ni l'âge ni la inala» die n'avaient rien diminué de son énergie et de son activité. L'archiduc Ferdinand, né et élevé en Espagne, était préféré par le* Espagnols è son frère Charles qu'ils regardant! comme un étranger. Un parti puissao! voulait le porter au trône. Le jeune prince avait pour gouverneur Pedro NuSôs de Gu*inan, grand commandeur de l'ordre de Calalrava, et pour précepteur Osorio, évéque d'Aslorga ; c'étaient les chefs de ce parti. Ximenès avait plusieurs fois représenté i Charles la nécessité d'éloignerdu prince ces hommes dangereux. Eolin le roi, peu de temps avant de s'embarquer, écrivit de Midelhourg à Ximenès de congédier Nuàei et Osorio avec lous ceux qu'il jugerait convenable. Malgré la vive résistance de Ferdinand et de son entourage, le cardinal ûl exécuter par la force celte mesure : NunVi et Osorio avec trente officiers de la maison du prince furent renvoyés et remplacés par d'autres. En même temps il comprimante»
révoltes qui avaient éclaté sur divers pointa de l'Espagne, et faisait respecter sa conquête d'Oran. Cependant le roi Charles avait pris terre le 17 septembre sur la côte des Asturies. Accompagné de sa sœur Béonore et d'un grand nombre de seigneur»
flamands et espagnols, il se dirigea ver» Villaviciosa pour s'y reposer des fatigues de la mer. Ximenès qui s'éteignait, sembla se ranimer à la nouvelle de l arrivée du roi. Il se leva le 4 octobre, jour de la Rte do saint François, célébra la Messe dans le monastère d'Aguilera et voulut prendre son repas au réfectoire avec les religieui. Charlos en témoigna une grande joie, et le» courtisans l'entendirent plus d'une fois rappeler avec reconnaissance les services qa« lui avait rendus l'Illustre cardinal. Aussi craignant que le grand ministre, en s'abouchant avec le jeuue roi, ne se rendit maître de lui, ils mirent tout en œuvre pour empêcher cello entrevue. Informés parler espions du dépérissement "du cardinal, il» relardaient la marche de la cour, afin que celui-ci pût rendre le dernier soupirera»!
au 'elle fat arrivée en Caslille. Pour lui, ne cessait d'instruire le roi de la situation de ses Etats, de lui tracer sa ligne île conduite ; comment il devait agir à ré#,J des Espagnols avec tel ou tel seigueur, qu*l» soins réclamaient les possessions de Naplf-s d'Afrique et d'Amérique.
Un témoignage de ta sollicitude que Ximenès conserva jusqu'à la fin pour les ai* faires publiques éclate dans une lettre q* Charles lui adressait, le 27 septembre 151"* de Villaviciosa : • Il avait reçu,» écrivait te