‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 51 sur 457 · BEI · texte numérisé non relu

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Saint-Esprit, qui se fiait a parler au cœur de ceux qui s'y retirent pour écouler sa voix, la lui ferait entendre si distincte et si précise, qu'il ne lui resterait plus d'incertitude sur le parti qu'il devait prendre. Il ne fut pas trompé dans son attente ; a xtaine était-il au désert, à la faveur d'une lumière surnaturelle, que le Seigneur tit briller aux yeux du son Ame, il découvrit plus clairement que jamais le néant de tbules les fortunes du monde, la menteuse prospérité du siècle, le peu de fond qu'on doit faire surtout ce qui s'appelle grandeur humaine. Quelque saintes qu'il estimât les dignités do l'Eglise, elles ne laissèrent pas de lui paraître dangereuses; l'éclat qui en est inséparable, les qualités éminenles qui sont nécessaires pour les remplir dignement, le poids des obligations dont on est chargé quand on en est revêtu, tout cela lui sembla redoutable, et lui Ht conclure, sans balancer, que le plus sûr pour lui était d'embrasser la vie religieuse, qui le mettrait à l'abri dos périls, qu'il ne pourrait éviter partout ailleurs. C'est la môme considération qui lui fil jeter les yeux sur la Compagnie de Jésus , où il savait que les profès attachés aux plus laborieux emplois de l'Eglise n'ont nulle part à ses prélatures; qu'ils font même profession de les fuir, et qu'ils s'engagent même par vœu a ne con. sentir jamais à les accepter, s'ils n'y sont forcés par un commandement exprès du Souverain Pontife. Il s'y sentit encore attiré par .la bonne o;!eur que répandait partout ce nouvel ordre , qu'il voyait dans toute sa ferveur. Dans le môme temps, Richard Certin, son parent et son tendre ami, qui étudiait à Padoue , sollicitait son admission dans la Compagnie de Jésus. Bellarmin, déterminé, écrivit donc au P. Laynez, général de l'ordre, du. vouloir bien l'y admettre. Laynez, qui honorait l'illustre famille d'où élait sorti un grand Pape , fut ravi que son ordre en eut des rejetons, dans la pensée qu'ils y produiraient un jour de bons fruits & la gloire du Seigneur. Il répondit à Bellarmin qu'il était prêt à lui donner l'entrée de la religion, pourvu que «es parents y consentissent. Ceux-ci ne s'y opposèrent pas absolument; ils avaient trop de pit^lé envers Dieu pour détourner de ses voies un fils qu'ils lui avaient tant de fois offert : mais ils le virent avec peine pencher pour une Compagnie qui a tant d'éloignement des dignités ecclésiastiques; car ils s'étaient flattés, par les rapports qu'ils avaient à Rome, que les plus éminentes ne pourraient manquer un jour à Bellarmin, qui commençait à s'en rendre digne par son application constante à l'étude et par sa piété exemplaire.

Pour agir prudemment dans celte affaire délicate, ils la communiquèrent à Alexandre Cervin , l'Iiomme de son siècle le plus capable de donner un bon conseil, et ils furent surpris de le voir lui-même dans la perplexité où ils se trouvaient. C'était le père de Richard , è qui la vocation de son

fils donnait des inquiétudes toutes pareilles. La résolution des deux pères fut, après avoir consulté Dieu dans la prière, d'écrire au général de la Compagnie , et de lui demander encore un an pour éprouver la vocation de leurs fils. Ils n'eurent pas de peine a l'obtenir; mais les fervents jeunes hommes eurent une vive douleur d'être obligés d'attendre si longtemps un bien qu'ils pensaient déjà tenir entre leurs mains ; et, semblables à ces navigateurs qui, se voyant près du port, en sont reponssés bien loin par un coup de veot qui enlève leur vaisseau et les rejette en pleine mer, ils déplorèrent ensemble leur disgrâce; car Cervin était de retour de Padoue ; et , s'en étant plaints l'un et l'autre par une lettre commune , mais pleine d'une confiance filiale, au général de la Compagnie, qu'ils regardaient déjà comme leur père, ils en furent consolés parla promesse qu'il leur fit de compter celle année d'é-

rireuve pour la première de leur noviciat. Is la passèrent a peu près comme ils auraient fait dans une maison de la Compagnie; ce qui leur fut d'autant plus facile une, retirés du grand monde , ils furent dans une agréable solitude, è deux kilomètres de Monte-Pulciano , là où commence à s'élever la montagne de Sienne.

Les moines de Camaldute y avaient eu autrefois on fameux monastère, qu'une troupe de scélérats saccagea et renversa de fond en comble en 1538. Ses saints religieux, qui furent obligés d'en sortir, résolus de ne retourner jamais dans un lieu Où ils n'auraient trouvé que de malheureux restes de celte effroyable désolation, en vendirent le fonds à Marcel Cervin, depuis élevé au souverain pontifical, et alors simple prélat. Com ne il aimait la campagne, el qu'à ses grandes qualités, il joignait un goût exquis de l'architecture, il changea ce triste désert en un séjour délicieux : il y fil bâtir un palais, qu'il appela le Vif, du nom d'un ruisseau assez considérable, qui serpente autour de ses murs.

C'est dans ce lien riant, mais retiré, qui fut depuis la maison de plaisance des Cervin, que les deux cousins firent la première année de leur noviciat. On peut dire qu'Alexandre lui-même, père de l'un et oncle de l'autre, leur servit à tous les deux do maître des novices. Comme il était de ces sages oui savent parfaitement accorder les règles de l'honneur et des bienséances avec celles de l'Evangile le plus pur, et de la plus exact? religion, il les instruisait admirablement des unes et des autres. Bien loin de les retenir dans le siècle, et de leur en apprendru les maximes relâchées, il faisait assez voir par la sainte morale donl il élait l'interprète, qu'il n'avait suspendu leur entrée en religion, que pour les mettre en étal d'y être un jour de plus parfaits religieux. Sous sa conduite, leur temps se partageait entre les exercices de l'étude, et ceux de la piélé; ceux-ci, comme les plus importants, avaient les heures les plus solides de la journée ; on passait ensuite aux autres avec une ap-

plicatron presque égsle ; et , après y avoir vaqué, on prenait quelque récréation honnête qui délassait l'esprit, sans fatiguer te corps. Jamais séminaire ne fut plus réglé que cette maison de plaisance, sous la direction du sage et pieux Alexandre Cervin ; lui-même y expliquait les Géorgiquu de Virgile; Richard, la poésie d'Aristole, Mérennius, frère puiné de Richard, et qui fut depuis référendaire de l'une et de l'autre signature, le Proeorona do Démosthônes, et Bellarmin, le Pro Milone de Cicéron : tout se passait avec tant d'ordre en celle retraite, quon peut dire qu'elle fut une espèce de ressource qui répara pleinement et la perte des classes, dont ils furent tirés, et le relard de leur entrée dans la maison de noviciat.

Bellarmin, sachant qu'on avait coutume d'y exercer les novices à faire des cathéehisnies. et qu'en certains temps de l'année, nn IfS dispersait dans les villages, pour y instruire les habitants de la campagne, et se former eux-mêmes de bonne heure a cet emploi de charité, si essentiel à leur vocation, Bellarmin voulut le pratiquer; et pour y animer ce cher cousin, qu'il regardait déjà comme son frère en Jésus-Christ, « Allons, frère, > lui disait-il, c allons faire les essais de ce que nous serons obligés par état de faire un jour. » Transportés du mémo xole, tous deux parcouraient è l'envi les hameaux voisins, ils y consolaient les malheureux, ils y instruisaient les ignorants, ils apprenaient aux petits enfants à aimer et a honorer leur Père céleste, et, après ces excursions. Us retournaient gaiement à leur 50'iiude. Leur joie cependant ne laissait pas d'être mêlée de quelque tristesse: tandis qu'ils étaient dans le siècle , ils s'y regardaient toujours comme des exilés, et assis de temps en temps sur le bord du ruisseau, mii arrosait la plaine voisine, comme autrefois les enfants d'Israël sur les rives de l'Kupfmle, ils soupiraient après leur chère Sion.

Le temps de s'y rendre étant enfin venu, pleins d'une sainte allégresse, ils partirent pour Rome, après avoir pris congé do leur famille. Bellarmin passa a Monte-Pulciano, pour rendre à son père ce devoir de piété ; les genoux en terre.il lui demanda la bénédiction paternelle, en présence de ses proches qui fondaient un larmes ; ce bon père, le bénissant, et pleurant sur lui comme sur Hsaac qu'il allait immoler, « Allez, mon fils, » lui dit-il tendrement, < allez où Dieu vous appelle, je lui sacrifie de bon cœur, en votre personue, toutes les espérances de ma famille. » Il arriva dans la suite à ce pieux père à peu près ce qui arriva à Abraham ; le sacrifice lui coûta comme h ce père des croyant*; mais ce fils à l'immolation duquel il eut lecouragede se résoudre, fut la source de toutes les bénédictions que le Ciel versa sur sa maison. La Providence , qui va souvent à ses Qns par les voies qui y paraissent le plus opposées, conduisit Bellarmin aux dignités do l'Eglise par les routes qu'il avait prises pour les éviter; c'est ce que sembla

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prédire te célèbre Guillaume Siriel, «lors protonotaire apostolique, depuis cardinal, en assurant qu'on avait tort de traiter de disgrâce celte disposition de Dieu. Comme il devait une bonne partie de sa fortune à Marcel II, aussi bien qu'à son mérilo, «a reconnaissance l'ayant attaché h la famille des Cervin, c'est à lui qu'Alexandre, père de Richard, adressa son Ois et son neveu, en lo priant de les présenter l'un et l'autre au général de la Compagnie, ce qu'il fit avec une grande consolation de son Ame, après les avoir retenus un jour chez lui, pour avoir le plaisir do lus examiner sur leurs études et sur leur voeatlon. Il assura depuis qu'il en fut satisfait au delà de ses espérances, quoi-

3u'il en eût conçu de fort grandes de l'un et e l'autre; qu'il leur trouva tant de capacité pour leur âge, et tant de ferveur religieuse,

?iu'il ne pouvait se lasser de les admirer, i'est dans ce sens qu'il en écrivit a Monle- Pulciano, en y rendant complo de sa commisslon.dès le'lendcmain qu'il l'eut exécutée. Dans la même lettre, il ajoutait que c'eût été une grande faute de mettre des âmes si saintes è de plus longues épreuves; que c'était même un péché considérable, dont on devait demander pardon à Dieu, que de les lui donner avec regret, et que d'estimer leur entrée eu religion un désavantage à leur maison.

C'est le 20 septembre 1560 que les deux amis entrèrent au noviciat avec une joie de leurs cœurs d'autant plus vive, que la jouissance de leur bonheur leur avait été plus longtemps différée. Ils y furent reçus comme des anges venus du ciel , par tout ce qu'il y avait de novices qui, avant de les voir, avaient déjà conçu une profonde estime de leurs vertus, d après les portraits qu'on leur en avait tracés. Toute la Compagnie les aima, comme elle avait été elle-même aimée du grand Pape, leur oncle, et elle s'estima heu* reuse de pouvoir lui marquer sa reconnaissance dans la personne de ses neveux. Bellarmin se crut transporté dans le ciel, quand il se vit dans la maison du Seigneur. Charmé d'y voir une jeunesse vive et ardente ; maU gré le feu de l'âge, modeste et réglée dans tous ses mouvements, aussi dégagée des choses de la terre, que si elle n était plus, aussi chaste que le sont de purs esprits, appliquée comme eux uniquement a aimer et è louer leur Créateur, il se persuada véritablement qu'il était dans un paradis ; et il ne fut pas peu confirmé dans cette consolante pensée, quand il fit sa retraite de dix jours : Ciir il y goûta de si pures déliées, qu'il se serait cru dès lors abondamment récompensé de ce qu'il avait abandonné dans le monde,

3uand la foi ne lui aurait pas fait apercevoir ans l'autre vie un état infiniment plus heureux. Il fut tiré de sa solitude, pour être employé aux offices les plus bas, et surtout h celui de la cuisine; il y trouva le même plaisir, parce qu'il n'y en chercha point d'autre que d'accomplir la volonté du Seigneur, et que d'imiter les anéantissements de son Fils. Dans cet esprit, il servait l'officier avec

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une soumission sans réserve ; il n'avait de la peine que quand il en était ménagé, et sa joie était parfaite, quand H se voyait appli-

3ué par le bon frère a tout ce qu'il y avait e plus difficile et de plus dégoûtant. A peine eut il été quatorze jours dans ces exercices d'humilité, qui étaient selon son cœur, qu'il Jes lui fallut quitter par obéissance, pour en aller faire d'autres ailleurs ; le père provincial ayant trouvé à propos d'abréger son sô-

J'our au noviciat, où, en moins de deux mois, I avait plus fait que les autres ne font d'ordinaire en deux ans, par l'application extraordinaire qu'il eut à l'oraison et à la mortification, regardées dès lors par lui comme les deux pôles sur lesquels roule toute la perfection religieuse.

Quelque douceur qu il sentit dans cette sainte maison, il en Qt le sacriûee, et sans répliquer à l'ordre qu'il en recul, il passa au Collège romain, pour y joindre l'élude des sciences humaines a celle de la soience des saints. Comme il avait l'esprit aussi bon que Je cœur, il devint en peu de temps aussi habile en la philosophie naturelle , qu'il l'était devenu dans la philosophie chrétienne; sa foi et sa piété lui ayant donné l'intelligence et te goût des vérités de la religion, il pénétra bientôt au travers des obscurités de la métaphysique la plus abstraite. Ses succès remplirent de joie le P. Parra, excellent philosopho et fervent religieux, qu'on avait fait venir d'Espagne, a cause de ses rares qualités, pour enseigner la philosophie aux jeunes Jésuites dans le premier collège de la Compagnie, Il eut le bonheur d'y voir un disciple qui n'avait pas besoin de maître; il admira la nolleté, la solidité, la facilité de son génie; et il n'eut pas de peine è juger par de tels commencements ce qu'il serait un jour.

On était surpris de ses progrès malgré son peu de santé; car il ne fut pas plutôt en classe, qu'il y perdit ce qu'il avait de force; il tomba même dans des maladies qui firent prononcer aux médecins qu'il était ou pour mourir bientôt, ou pour traîner, le reste de Ses jours, une vie languissante. I! fut attaqué d'abord d'une espèce de léthargie; puis vint une douleur de tête, qui le rendait presque incapable d'application, et une chute perpétuelle d'humeurs froides sur les parties vitales dont elles embarrassaient les fonctions. A ces maux se joignit une fièvre opiniâtre, lente et maligne, que nul remède ne pouvait guérir, qui le minait insensiblement, et qui parut le conduire à la phthisie.

Tout autre qu'uu amant du Jésus crucifié se serait laissé abattre par laut d'infirmités; elles ne firent qu'augmenter le courage de Bellannin qui, venant de s'attacher à la croix du Sauveur par les vœux de la religion, regarda ces dispositions ue la Providence sur lui comme les suites de son engagement, et comme de précieux moyens qu elle lui fournissait, de ressembler à celui

Î|ui s'appelle dans l'Ecriture l 'homme de (loueurs. Il lui rendit d'humbles actions de grâces de l'honneur qu'il lui faisait de l'as-

socier à ses souffrances. Elles n'étaient au reste que dans le corps, car sa vertu s'affer« missait dans les infirmités, et, à mesure que sa chair s'affaiblissait, il sentait dans son âme une nouvelle vigueur, qui la rendait supérieur à tousses maux.

Il se mit d'abord dans l'esprit, selon Vidés de ses règles, et l'esprit de l'Evangile, dont elles sont l'expression fidèle, que tout religieux est l'héritier d'un Dieu crucifié, que la croix est la portion de son héritage, qu'il y doit Taire consister tout son trésor, et que le vrni moyen de l'accroître è l'infini c'est de mettre à profit toutes les occasions de souffrir qui lui arrivent. Dans celle pensée, il eut une attention singulière à ne perdre aucune de ces occasions, il comptait ses richesses par le nombre el par la grandeur de ses maux; moins Nôtre-Seigneur les lui épargnait,plus il se sentait de courage pour les supporter. Jamais il ne pensa à en diminuer ni la longueur de ses prières, ni les rigueurs de ses austérités, les estimant nécessaires, les unes pour attirer du Ciel les grâces qui lui paraissaient encore plus nécessaires dans le temps de la maladie, les autres pour en* trer dans les desseins d'un Dieu, qui ne le traitait de la sorte que pour lui faire porter, dans tous ses membres, la mortification de Jésus-Christ. Les supérieurs, néanmoins, tout sensibles qu'ils étaient au pitoyable état où ils le voyaient réduit, ne laissèrent pas de l'employer, comme les autres, aux travaux de la régence, dès qu'il eut sou* tenu ses thèses de philosophie.

Il est vrai que son acte public eut un succès si extraordinaire, qu'il donna lieu de croire qu'il avait beaucoup étudié, et qu'ayant eu pour cela assez de force, il en aurait de même pour s'acquitter de son nou* vcl emploi. Il fui donc envoyé & Florence, pour y enseigner les lellres humaines, soit

3u'on crût que celte occupation, moins s>éentaire, et demandant plus d'action, serait plus convenable à sa santé, ou qu'on espérât que l'air de la Toscane, son pays, pourrait la rétablir mieux que tout le reste. Quoi qu'il en soit, il partit pour s'y rendre ; mais on l'avait si peu fourni d'argent, qu'il en manqua tout è fait, n'étant pas è mi-chemin,

3uclque soin qu'il prit de ne faire que peu e dépense. Cette position ne lui donna pas la moindre inquiétude; et, comme il avait été conienl du peu qu'il avait reçu, il le fut aussi quand, n'ayant plus rien, il se vit en élal d expérimenter quelques effets de la pauvreté qu'il avait vouée. Après avoir fait sa prière a Dieu, qui accomplit les désirs des pauvres, il était sur le point, comme eux, de demander l'aumône, quand un gentilhomme espagnol, qu'il rencontra sur sa roule, la lui ht libéralement, sans en être prié, et lui mit en main tout ce qui lui était nécessaire pour achever son voyage.

Arrivé à la maison de la Compagnie, fatigué, pâle, aballu, il parut plus fait pour prendre des remèdes dans une infirmerie,

?iue pour donner des leçons dans une classe, ,et état alarma le recteur. Pour le rassurer,

Bellannio eut beat) loi prolester qu'il avait au fond plus de vigueur qu'il n'en paraissait sur son Tisage ; l'expérience qu'il en fit pendant quelques mois, el que le supérieur ne lui permit qu'a regret, et forcé par ses instantes sollicitations, le réduisit dans un abattement qui fit voir à l'œil que ses forces s'accordaient mal avec son courage, et qu'il allait infailliblement succomber s'il continuait cet exercice.

L'idée de l'impuissance où il allait être réduit de travailler pour Dieu, fit dans son esprit une si vive impression que, sans altérer le moins du monde son parfait abandon anx volontés du Seigneur, elle alluma dans son âme un désir ardent de recoufrer la santé, dans l'unique vue de l'emplover h la gloire de son saint nom.

Pressé parce mouvement intérieur comme par une espèce d'instinct surnaturel, il s'en va dans l'église, il se jette au pied do l'autel, et, animé d'une confiance filiale, «Voici ma vie, Seigneur,» dii-il,« elle eslà vous, vous en êtes le maître, vous me l'avez donnée; ▼ou* pouvez la reprendre; mais aussi vous pouvez me la conserver, et, en me la conservant, me rendre capable de remplir les devoirs de ma vocation. Vous m'êtes témoin que j« ne la désire qu'à celte fin, craignant également el de vivre oisif, et de mourir sans avoir travaillé pour vous. Non, divin Sauveur, vous ne faites pas les grâces à demi; puisque la santé m'est nécessaire pour in'acquitter de mes obligations, vous me la rendrez, je l'ose dire à la gloire de votre puissance. » Il n'avait pas achevé ces mots, qu'il entendit une voix intérieure qui lui vépondail de l'effet de sa prière ; il se leva, sans en douter, aussi certain d'avoir obtenu ta grâce qu'il avait demandée, que Jacob la bénédiction de l'ange, après la lut'.e mystérieuse qu'il eut avec lui, pour l'obliger è la lui donner. (Gen. xxxu, 24.) Il disait hautement qu'il allait se bien porter, et il dit si vrai qu'il se trouva dans peu de jours tout autre qu'il n'était, avec des couleurs, un corps robuste et une vigueur qui ne lui laissa nul ressentiment de tous ses maux.

Cette grâce extraordinaire, qui surprit tout le monde, et qui fit avouer aux plus habiles médecins que, comme il y a des maladies, il y a aussi des remèdes que leur art pe connaît pas, celte grâce qui fit un changement si subit dans Te corps du jeune Bella rmin, n'en fil pas un moins prompt dans son âme; elle y produisit une vive reconnaissance envers son bienfaiteur, une ferveur toute nouvelle dans son service. Prosterné au pied du même autel, où Notre- Seigneur lui avait accordé cette insigne faveur, il protesta que, ne lui ayant demandé le rétablissement de ses forces qu'à dessein de les consacrer à son honneur et au salet des âmes, il s'engageait à n'en jamais faire d'autre usage. En effet il vécut eonforméluetit à sa promesse, et il soutint, tous les jour* de sa vie, le poids de son engagement avec une si constante fidélité, qu'âgé de près «le 30 an», pour animer le zèle et le courage

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d'une troupe de Jésuites, qui étaient autour de son lit au temps de sa dernière maladie, il put leur avouer qu'il n'avait jamais cherché le repos, et que, depuis ses premières années de religion Jusqu'à la dernière, où il était heureusement parvenu, il avait toujours travaillé.

Quelque zélé qu'il eût toujours été pour la régence, il le fut bien davantage après sa guérison; il commença à regarder d'un tout autre œil cet important emploi ; sur l'estime qu'en fait la Compagnie, il forma la sienne, et, avec elle, il envisagea l'enseignemont comme le moyen le plus efficace de remplir non-seulement les Etals d'habiles gens pour les gouverner, mais toute l'Eglise de parfaits Chrétiens pour l'édifier, et de prélats éclairés pour la dédommager des pertes que venait de lui causer, en tant de provinces de l'Europe, la profonde ignorance des pasteurs. Les âmes des jeunes gens, confiés a sa conduite, lui parurent autant de dépôts sacrés que Jésus-Christ lui mettait entre les mains, et dont il lui faudrait rendre compte au jour du grand jugement. Il se persuada nue c'étaient des ouailles dont il était constitué le berger, non pas comme un mercenaire, quo I intérêt attire au soin du troupeau, mais comme un gardien charitable, qui n'y est attaché que paramour, à Pexem«pie du souverain Pasteur des âmes. Il conçut par là que son obligation essentielle était de travailler à faire autant de saints qu'il avait d'élèves, et que, pour y réussir, son art devait être, en leur inculquant les principes des lettres, de leur inspirer les maximes de l'Evangile. C'est là ce qu'on appelle entrer dans le cœur par l'esprit, oour gagner l'un el l'autre à Jésus-Christ.

Ce n'était que pour être capable de lui iaire ces précieuses conquêtes, el non par de vains retours sur lui-môme, qu'il ne négligeait rien de ce qui pouvait lui attirer l'estime el t'amour do la jeunesse qui loi était confiée. Il savait qu'à tout bon gouvernement le crédit est nécessaire, el qu'on n'en a jamais de véritable ni de solide sur les personnes dont on n'est ni estimé ni aimé. Il s'acquit l'affection de ses disciples par celle qu'il leur portait lui-même, et dont il leur donna des marques sincères par le soin qu'il en prenait, leur témoignant à tous tant de bonté, qu'il n'y en avait aucun qui ne crût avoir la meilleure place dans son cœur. Il avait, d'ailleurs, tout grave qu'il était, des manières douces et polies, par lesquelles il les engageait au bien, sans avoir besoin do recourir à la sévérité. Il haïssait naturellement les voies de rigueur, qu'il ne croyait bonnes qu'à faire des hypocrites et à contenir des esclaves,

A une conduite si srçe et si aimable, qui charmait tous les cœurs, se joignait une capacité qui le faisait estimer de tous ceux qui écoulaient ses leçons, et qui entendaient la lecture de ses productions. C'étaient des poésies d'une délicatesse extrême, qu'il donnait au public, à l'occasion des solennités, des harangue» éloquentes, qu'il pronoa-

DICT IONISAI HE

çait avec grâce , des questions philosophiques, qu'il traitait avec une netteté, une solidité qui surprenait les Florentins, et qui faisait avouer aux plus habiles de leur académie, qu'on ne pouvait ni penser plus finement, ni s'exprimer plus élégamment, ni raisonner plus juste, que le faisait ce nouveau maître. Ils recherchaient sa conversation et l'admettaient dans leur société. Pour satisfaire à leur désir, il lit sur la sphère des leçons publiques, auxquelles ils assistaient avec assiduité; et, tout jeune qu'il était, ils le considéraient comme un membre de leur illustre corps.

Sa réputation fut égale à Moodovi , où il fut envoyé pour faire la rhétorique. A son arrivée en cette ville, on avait déjà eipnsé la liste des livres qui devaient s expliquer dans les classes. Entre les auteurs qui lui étaient assignés, se trouvait Démoslhônes. Il en fut un peu surpris, mais non effrayé : il s'appliqua si heureusement à la langue de cet orateur, dont il n'avait encore aucune teinture, qu'il devint capable en très-peu de temps de l'entendre, el d'en expliquer aisément les passages les plus difficiles. On est étonné de la multitude d'occupations que lui attirèrent son talent, son obéissance, sa facilité, partout où il fut envoyé par son provincial. Obligé par devoir de donner presque tout son temps a sa classe, il en avait encore de reste pour la prédication, qui cependant demande un homme tout eutier; et, comme s'il n'eût eu rien à faire, il était toujours prêt à servir tout le monde, de sorte qu'il se trouva assez souvont chargé tout à la fois du soin d'enseigner, de prêcher, de faire les exhortations domestiques, de lire è table, d'éveiller les autres au malin, de les accompagner en ville, et d'être même, a certaines heures, le portier de la maison.

Qu'on nous permette, dans une histoire aussi sérieuse, de raconter une aventure assez plaisante. C'était dans les premières années de sa régence. Le supérieur le prit avec lui, un jour d'été, pour faire visite au prieur des Dominicains. Le révérend Père, les voyaut l'un et l'autre eu sueur, ht venir quelques rafraîchissements, et pressa fortement le recteur d'en prendre avant de sortir. Mais, n'ayant pu rien gagner sur lui, il se tourna , la tasse à la main , vers le compagnon, et la lui présentant, « Croyez-moi , » lui dit-il en riant, « pelil frère, videz-la sans façon , et laissez la cérémonie à votre père recteur. — Je n'en ai pas plus besoin que lui, » répondit modestement Bellannin, en s 'excusant, « votre révérence me permettra bien de suivre son exemple. • Le prieur, plus édifié de leur régularité que mécontent de leur refus, fut obligé, dès le lendemain, de venir au collège : c'était pour demander au Jésuite, qui faisait les prédications de la grande église, d'y publier une solennelle indulgence octroyée à leur ordre, à l'occasion du chapitre général , et d'y recommander à l'assemblée les nécessités de la maison, qui devait recevoir un grand nombre de religieux. Il avait entendu beau-

coup vanter ce Jésuite, et il ne le connaissait pas encore. Il n'avait garde d'imaginer que ce fût ee petit frère, sur lequel il avait plaisanté la veille : ce fut iustement lui qui parut à la porte, les clefs* la main, quand il sonna , et qui l'introduisit à la salle. Le jeune Bellarmin ayant su, du révérend Père, qu'il en voulait à celui qui devait monter en chaire, ne voulut pas avouer que ce fût lui , prévoyant bien que cet aveu ne manquerait pas de donner au prieur quelque confusion. Il lui dit que le prédicateur était un peu embarrassé pour le moment , mais que, s'il daignait lui confier le sujet pour lequel il prenait la peine de le visiter, il lui en ferait un rapport fidèle. L'honnêteté du portier ne contenta pas parfaitement le supérieur, et dans la crainte qu'un bon frère, tout poli qu'il paraissait, ne fil pas assez bien une commission qui lui était importante, il persista à demander le prédicateur. Bellarmin, en rougissant, fut bien obligé de déclarer que c'était lui-même. Si jamais homme fut surpris, ce fut le prieur, au> souvenir de ce qui s'élait passé la veille chez lui; honteux d'avoir si fort méconnu un si rare mérite, il lui en demanda pardon, el il lui en fit des réparations qui ion* fondirent beaucoup plus I humble religieux, que la pauvre idée qu'on avait eue de lui. 11 fil, au reste, avec la publication de l'indulgeucn, tout ce qu'avait désiré le supérieur des Dominicains, avec un zèle, avec une affection qui marqua celle qu'il portait è tout l'ordre, et qui attira également et la dévotion des peuples h leur église, el de grandes charités à leur monastère.

. Le succès de celle prédication n'avait rien d'extraordinaire pour lui; n'était sa coutume de persuader à ses auditeurs tout ce qu'il voulait; et comme il voulait toujours leur persuader les importantes vérités de la religion et les maximes de l'Evangile, on ne sortait jamais de ses sermons, qu'on ne fût convaincu des unes, et résolu à pratiquer les autres. Il était aussi louchant qu'il était persuasif; ce qu'il disait était solide, et il le disait d'un ton si pathétique, qu'il faisait aimer le joug de Jésus* Christ, en môme temps qu'il enseignait l'obligation de le porter. Ce rare talent lui fit de bonne heure une grande réputation. Il n'avait encore que 22 atis, qu'il prêchait déjà dans les églises les plus considérables de la Toscane.

Comme il savait parfaitement ses sermons avant de les prononcer, avant de les apprendre, il les composait avec un soin particulier, ne croyant pas qu'un homme, quo Dieu honore du ministère de sa parole, pût se dispenser de cette exactitude, surtout quand il en commence l'exercice. Celte pensée, dans laquelle il fui les premières années, fit employer toul le temps qui lui restait de libre, a travailler ses discours; de sorte qu'il n'en produirait aucun en public, qui n offrit, avec la solidité du jugement, les pensées les | lus délicates el Te langage la plus élégant Celui qu'il fit le jour de Noël

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dans la cathédrale de Mondovi t charma tellement ses nombreux auditeurs, qu'ils ne lui permirent de descendre de chaire, qu'à la condition d'y remonter le lendemain, pour faire l'éloge de saint Etienne. La condition inquiéta d'abord Bellarrain; il n'avait rien de prêt sur le sujet qu'on lui donnait à traiter; il était fatigué du travail ; la journée était presque passée; il ne lui paraissait pas possible de préparer, en si peu de temps, et dans l'état où il se trouvait, une prédication soignée comme d'habitude. Touché cependant de voir tant de tidèles affamés du pain céleste, il ne put se résoudre è le leur refuser; et, plein d'espérance que celui qui s'est engagé è mettre des paroles dans !a bouche de ses ministres en pareille occasion, lui ferait sentir en celle-ci la vérité de ses promesses, plus inspiré par le Saint- Esprit que disposé par l'élude, il traita de la foi et de la charité du premier martyr de l'Eglise avec tant de facilité, tant de grâce et tant d'onction, que le chapitre de la cathédrale protesta qu'il avait prêché en habile homme toutes les autres fois, mais qu'en celle-ci, il venait de le faire en ange. Son recteur ne crut rien exagérer dans la lettre qu'il en écrivit au provincial , quand il employa, & la louange du serviteur, les paroles dites autrefois en l'honneur du Maître, que inmai* homme n'avait ainsi parlé. (Joan. vu, kl.)

Bcllnrmin sentit bien lui-même que l'esprit de Dieu l'avait soutenu dans cette action; et ce même esprit, oui choisit et qui forme les ouvriers évangéliques pour les porter a la perfection du ministère, lui fit faire à celte occasion des réflexions qui lui servirent de règles tout le reste de sa vie, • qu'un prédicateur a bien sujet do s'humi- \rer, et de ne s'attribuer aucunement le fruit de ses sermons ; ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose, qui fait germer la semence ; c'est à Dieu qu'il appartient d» lui faire prendre racine et de lut donner de retccroisêement. (/ Cor. ut, 7.) Tout notre pouvoir se réduit è faire du bruit aux oreilles de nos auditeurs, et d'y faire retentir au dehors la divine parole : c'est à lui de la faire passer au dedans et de l'imprimer dans les âmes. Hélas I nous perdons bien du temps à tourner une phrase, à arranger des mots ; nous avançons bien moins par cette élude sèche, que nous ne ferions pas une fervente prière : l'expérience que je riens de faire, ne me rend-elle pas celle vérité sensible? J'ai souvent frappé l'air par des sermons bien étudiés , qui peut-être ont fait plus d'éclat que de profit; celui-ci, qui m'a coulé si peu, el auquel je n'ai guère de part, est entré plus avant dans les cœurs que les autres, è Ja composition desquels pai uni sué. Tous les préceptes do I éloquence humaine, unis ensemble, ne convertirent jamais une Ame: c'est une conquête réservée à la grâce de Jésus-Christ et à l'eflicaciié de sa parole. Celui qui est chargé de l'annoncer, doit.il est vrai, avoir du respect pour elle; il ue faut pas ni qu'il

WNAUX. BEL SfiO

en affaiblisse la force par de mauvais raisonnements, ni qu'il la rende désagréable par une éloculion barbare; mais il ne fant pas aussi qu'il en dessèche l'onction perdes manières trop recherchées, qu'il la charge d'ornements étrangers, et qu'il l'assujettisse a tant de règles. Elle est libre, elle n'aime pas ces sortes de contraintes ; jalouse de sa céleste origine, elle ne veut dépendre que de celui dont elle est émanée; c'est è lui de lui donner cette majesté simple et auuste qu'elle avait autrefois dans la bouche es prophètes, el de la revêtir de cette vertu douce et impérieuse, qui persuade les plus incrédules, et qui triomphe des plus rebelles. En un mot, il faut bien nous persuader que le meilleur prédicateur n'est pas celui qui fait les sermons les plus travaillés, mais celui qui attire, aux discours qu'il prononce, plus de bénédiction par son humilité et par sa confiance. » C'est è quoi il s'attacha depuis beaucoup plus qu'à I élégance de ses compositions, se contentant d'en jeter sur le papier les principaux points, l'ordre et les preuves, s'abandonnent pour tout le reste à l'Esprit-Saint, dont il tâchait, par une humble prière, d'allumer en lui le feu sacré, pour en enflammer ensuite les autres.

Celte nouvelle méthode, inspirée par celui de qui dépendent les succès, lui en attira d'extraordinaires è Florence, à Mondovi, à Padoue, à Venise, dans tous les lieux de l'Italie, où le porta l'obéissance, où l'altira le désir des peuples. Il n'avait pas encore quitté la Toscane, qu'allant, par la volonté do ses supérieurs, en des lieux siînls, qui y sont révérés, il semait si heureusement Te grain évangélique dans les bourgs et les villages qui se rencontraient sur la roule, que le prêtre qu'il avait mené avec lui pour en faire la récolte, se trouvait accablé par l'abondance de la moisson. C'élail, chaque jour, une espèce de nouvelle mission, et, par conséquent, un nouveau sujet de consolation pour lui. Une dos plus douces de sa vie fut celle dont il fui rempli sur la sainte montagne d'Alverne, si célèbre par la grâce miraculeuse qu'y fit Noire-Seigneur à saint François d'Assise, en lui imprimant ses sacrés stigmates. La dévotion qu'il avait eue, dès son enfance, à ce grand patriarche, l'attacha si tendrement è ce lieu saint, qu'il ne pouvait s'en arracher; il y laissa son cœur el ses larmes, et il en rapporta un amour plus ardent de Jésus crucitié, qu'il résolut de prendre pour modèle, à l'exemple de son saint patron

La solitude de Camaidoli n'eut guère moins de charmes pour lui ; c'est celle que choisit saint Romuald, sur la On du x* siècle, dans une gorge de l'Apennin, appelée Val-d'Ombre. Il admira, dans cet affreux désert, une multitude de religieux qui vivaient comme des anges; et s'y ressouvenant de l'échelle mystérieuse qu'y vit le saint fondateur, comme un autre Jacob, il félicita ses heureux enfants d'être du nombre de ceux que leur père avait aperçus,

351 nul

montant oans te ciel Dans l'entretien particulier qu'il ent avec eux, il leur dit tant de choses touchantes sur les avantages de .leur vie pénitente et retirée, qu'ils l'obligèrent, en pleurant, de demeurer trois jours auprès d'eux, et de leur faire une exhortation publique. Quelque difficulté qu'oppoait Beltarmin de parler devant ces nommes vénérables, qu'il regardait comme ses pères et comme ses maîtres, il ne put leur refuser ce qu'ils exigeaient de lui ; et dans le discours qu'il leur adressa, moins pour les instruire que pour leur obéir, il leur donna une telle idée du bonheur et en même temps des obligations de leur état, que ces saints religieux, transportés de joie et d'admiration, ne savaient comment lui témoigner leur estime et leur affection.

Il fut l'objet des mêmes manifestations à Padoue, pendant le temps de ses éludes, qu'il dut très-souvent interrompre, pour satisfaire au désir de celte ville également savante et polie. Venise, dont elle dépendait, so crut on droit d'entendre le jeune et éloquent prédicateur. 11 y prêcha un jour de jeudi gras, avec l'autorité d'un homme de 60 ans et le zèle d'un apôtre, invectivant contre les débauches du carnaval, si opposées a l'esprit du christianisme ; et l'on vit Jes sénateurs, les premiers hommes de l'é-

{ toque par leur sagesse, bien loin de a'ofenser de la liberté avec laquelle il avait

parlé, l'en respecter davantage , et se mêler mole

main.

avec le peuple pour venir lui baiser la

Ces applaudissements le suivirent à Gênes; il y fut appelé à l'occasion d'une congrégation provinciale qui s'y allait tenir, et qu ou voulait reudre célèbre par des actes publics. C'est & lui qu'on en déféra tout l'honneur, et il le soutint avec tout l'éclat qu'on avait attendu de son talent. Il en donna des preuves signaléos , pendant deux jours , dans des thèses d'une variété et d'un* étendue qui surprirent les Pères assemblés ; il y avait compris ce qu'il s a de plus important et de plus curieux dans la rhétorique, la logique, la physique et la métaphysique d'Aristole; mais surtout ce que les trois parties de la Sommt de saint Thomas ont de plus remarquable et de plus digne d'être agi té dans des conférences. Celte foule de matières ne flt nulle confusion dans son esprit, il s'énonça avec une clarté, une précision, une fermeté, et en même temps un feu si sage et si modéré, qu'on admira également et la modestie du répondant, cl la solidité de ses réponses. Celles de son président s'étarrt même trouvées différentes en un point imporlaut, quelques dispositions qu'eût l'humble théologien de s'y conformer, le provincial, présent à la solennité, décida hautemeul eu sa faveur, el lui ordonna de s'eu tenir h sa manière de répondre.

C'est dans l'église cathédrale que so célébra cet acte solennel, que Bellarmin ne finit que pour en commencer un autre qui passa pour un prodige dans l'estime de tout

ce qu'il y avait d'hommes instruits dans celte grande el superbe ville ; car descendant du siège, où il venait de soutenir ses thèses, il ne ûl que prendro le surplis pour monter en chaire, et porter à la pratique de la doctrine de Jésus-Christ ceux que sa science spéculativo avait charmés dans les disputes. Le discours vif et affectueux qu'il prononça sur l'unique el importante affaire du salut, leur persuada d'y apporter loua leurs soins; el le ion humble et modeste avec lequel il parla, en achevant de les convaincre, leur Ht également admirer en lui le profond théologien, l'éloqueut prédicateur et le saint religieux.

Une si haute réputation faisait trop de bruit pour ne pas arriver jusqu'à Rome ; les lettres qu'on y écrivait de toules parts, y Tirent des portraits si avantageux du serviteur de Dieu, que le général ne jugea pas à propos d'attendre que Bellarmin eût achevé sa théologie , pour l'envoyer en Flandre. Ce général était François Borgia qui, do duc de Candie, de vice-roi de Catalogne, de grand d'Espagne et de favori de Charles V, s'était fait Jésuite, conduit par l'amour de l'humilité évaogéhque dans la Compagnie, pour y fouler aux pieds les grandeurs du monde, qu'il possédait, et pour s'y mettre à l'abri de celles de l'Eglise, qu'il craignait déposséder; plus grand incomparablement par le renoncement aux unes et aux autres, qu'il ne l'aurait élé en retenant les premières, ou en acceptant les secondes. Ce saint homme, selon la prédiction de saint Ignace, lui ayant succédé, après Laynez,au gouvernement da son ordre, digne héritier de son esprit et de son zèle, ne songeait, comme lui, qu'à*procurer la gloire de Dieu, qu'à porter ou à soutenir la loi de l'Eglise en toules les provinces du monde. Il cherchait les moyens d'en empêcher l'altération dans la Flandre, quand il apprit les succès de Bellarmin et les rares talents que Dieu lui avait départis ; il ne douta point que ce ne fût l'homme choisi du Seigneur, pour conserver la vraie foi en cette contrée catholique, il l'y desiîna sans balancer; et, sans s expliquer sur ses raisons, il en écrivit l'ordre en termes précis au recteur de Padoue. Celui-ci fut saisi d'une vive douleur à cette nouvelle : il chercha à parer le coup, objecta la mauvaise santé de Bellarmin, qui ne pourrait, disaitil, supporter le voyage; les médecins s'y opposaient , le collège du Padoue serait perdu. Bellnrmin, qui finit par être instruit do celle négociation, écrivit au général qu'il était prêt à obéir, et que Dieu lui donnerait les forces nécessaires aux emplois qui lui seraient confiés. Il se mit donc en route, ayant entre autres compagnons de voyago le célèbre Guillaume Alleu, à qui son grand savoir, sa piété, son zèle pour la religion oui fait plus d ût lat que la pourpre dont le revêlil Sixte V. Anglais de nation, il s'exila volontairement de sa patrie, quand il en vit la vraie foi proscrite. Retiré pour quelque temps a Reims, qui servit souvent d'r*

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a ces glorieux fugitifs d'Angleterre», d'Ecosse 6t d'Irlande, il y firt le protecteur de ses jeunes compatriotes qui , persécutés par Elisabeth, s'étaient comme lui rendus dans cette ville, et il y consacra à leur éducation les revenus du canonicat, qui lui fut conféré dans l'église métropolitaine, une des plus célèbres de l'Europe, a laquelle l'ordre des Chartreux est redevable de son saint fondateur, et qui, entre plusieurs Papes (Sylvestre II, Urbain II, Adrien IV, Adrien V), qu'elle a donnés à l'Eglise universelle, ne compte pas moins d'onze de ses prélats, et quinze de ses chanoines, élevés au cardinalat. Entre ceux-ci est Allen dont on peut dire sans contredit qu'il fut un des plus dignes.

Ce fut un bonheur inappréciable pour Bellarmin d'accompagner ce grand homme, dont les bontés lui firent oublier les fatigues du voyage; il se jeta amoureusement dans son sein, et s'abandonna sans réserve à sa conduite. Porté, si l'on ose ainsi parler, sur les ailes de son aimable Providence, il arriva heureusement à Louvain en 1569, pour achever ses études en une ville qui a mérité d'être appelée le siège des muses, et pour prêcher en même temps en latin dans l'église des Jésuites, où l'on vit avec étonnement un prédicateur qui, n'ayant pas encore les ordres sacrés, avait déjà toute la sainteté d'un prêtre et tout le zèle d'un apôtre. Ces grandes qualités, qui le rendirent si digne du sacerdoce, obligèrent les Pères flamands a le lui procurer. Ils en écrivirent à Rome, où l'on y donna les mains d'autant plus volontiers, que son mérite y était parfaitement connu. On v trouva cependant d'abord de la difficulté sur son défaut d'âge pour la profession. Mais le général s'avisa d'un biais et toutes les difficultés furent levées.

On lui envoya donc, en mars 1570, toutes les permissions nécessaires; tout le monde en fut rempli de joie : Bellarmm en eut de la confusion. Il craignait une dignité, dont le poids paraissait redoutable à sa faiblesse, H qui exige une si grande sainteté en celui qui en est honoré.

t Obligé d'accepter le sacerdoce, Bellarmin s'y prépara par une retraite de plusieurs jours, pendant lesquels, dégagé de tout ce qui n'était pas Dieu, il médita en sa présence la grandeur des mystères où il allait entrer, la divine alliance qu'il allait contracter avec Jésus-Christ, l'obligation qu'il «vitt, pour en être le digne prêtre, d'en deveoir la victime et de s'immoler lui-même en esprit au pied du même autel, où il devait dans peu offrir au Père éternel le sacrifice de son Fils. Plein de ces grandes penses, il passa les saints jours de la solitude plutôt en ange qu'en homme, étant de cœur au ciel: oubliant tout être créé, pour ne songer qu'au Créateur; et ne se nourrissant presque que de la divine parole. C'est dans ces saintes dispositions qu'il reçut b Liège les premiers ordres, et qu'il fut fait prêtre à ftftnd par Cornélius Jansénius, qui en fut 1* premier évêque à sou retour du concile

DINAUX. BEL 554

de Trente, où sa modestie lui avait fait autant d'honneur que sa capacité. Il fut heureux, en imposant les mains à Bellarmin, de communiquer le Saint-Esprit à un homme qui devait le répandre sur tant d'autres.

En effet, les premiers sermons que fît à Louvain le nouveau prêtre, après sa première Messe, eurent à peu près les mêmes effets, que celui que fit saint Pierre è Jérusalem le jour de la Pentecôte; des milliers de personnes en furent touchées des plus vifs sentiments de pénitence; on les voyait courir en foule au sacrement de réconciliation, demander avec larmes la rémission de leurs péchés, et donner toutes les marques d'une véritable conversion. C'était un concours de peuple si extraordinaire dans l'église Saint-Michel, où il prêchait alors, que pour y entrer et être à portée de sa voix, il fallait arriver de bonne heure. Un des notables de la ville, instruit sur cela par son expérience, parti le matin d'un quartier fort éloigné de l'église, en y allant, rencontra dans la rue Bellarmin, sans le reconnaître; il se joignit à lui, il l'entretint du nouveau prédicateur venu d'Italie, lui en fît mille éloges, lui raconta ce qu'il en avait entendu dire aux plus habiles de l'université, lui en demanda le nom, l'âge, la qualité; a quoi l'homme apostolique, qui prêchait l'humilité par ses exemples, en même temps qu'il enseignait la vérité par ses paroles, sans se donner à connaître, satisfit par des réponses sages et modestes, également éloignées da mensonge et de la vanité. Après quoi, le gentilhomme le voyant marcher d'un pas grave et mesuré, « Souffrez que je vous quitte,» lui dit-il,« mon révérend Père, il faut me hâter pour avoir place au sermon. — Allez, Monsieur, » répondit Bellarmin en souriant, «je vous en sais bon gré : pout moi, je suis bien assuré d'y trouver la mienne. » On accourait à ses sermons des pays d'alentour et des Etats circon voisins. Les protestants d'Angleterre et de Hollande s'y rendaient en grand nombre ; ifs étaient charmés. Pendant l'octave du Saint-Sacrement, il eut le bonheur d'en convertir plusieurs par ses discours publics et par ses entreliens particuliers, et de les guérir des fausses préventions qu'on leur avait inspirées, dès leur bas âge, contre la présence de Jésus- Christ sous les espèces sacrées.

C'était le talent particulier de Bellarmin, de gagner par sa douceur ceux qu'il avait convaincus par ses raisons; d'épargner l'hérétique, en décriant l'hérésie; de corriger l'égarement, sans quereller l'égaré, et de le remettre sur les voies de la vérité, par les mains de la charité même. Il pensait qu'en user autrement, c'est le rappeler d'une main, et le repousser de l'autre; opérer et détruire en même temps l'œuvre de sa conversion, et qu'en un mot, le grand et l'efficace moyen de faire, d'un sujet rebelle è l'Eglise, un enfant soumis, c'est de lui faire aimer sa Mère. Ce qu'il pensait avec sagesse, il le pratiquait avec tact; et on peut dire avec vérité que, s'il combattait les sectaires

ÔDft

par son éloquence, il en .triomphait par les charmes de sa bonté.

Après avoir, en une année, achevé l'étude de la théologie en particulier, il eut ordre de l'enseigner en public, et il fat» le premier de la Compagnie, chargé de cet emploi h Louvain. Il le remplit avec un éclat qui attira des disciples de toutes parts, et avec une modestie qui lui mérita l'estime et l'amitié des plus habiles professeurs de l'université. Bien loin d'avoir avec ceux-ci des difficultés peu édifiantes et si communes entre des personnes d'études, que la jalousie divise souvent encore plus que la diversité des opinions, il eut toujours avec eut des liaisons très*élroites : et quand il se trouva obligé de s'opposer à leurs sentiments, il le fit avec tant de modération, qu'en établissant la vérité sur les fondements d'un raisonnement ferme et solide.il ne lui échappa jamais la moindre parole contraire & la charité.

Cette oonduile parut admirablement dans l'affaire de Michel de Bay (Bai us), qui fit tant d'éclat en Flandre. Ce docteur s'était acquis une grande réputation; il était surtout très-versé dans la connaissance des écrits de saint Augustin, qu'il avait lus, diton, neuf fois. Mais il crut y voir ce que l'Eglise n'y rencontre nullement; de sorte qu'il lui arriva, comme a ceux qui, s'opiniâtrant à regarder trop finement le soleil, sont aveuglés par sa lumière. Sa capacité lui avait mérité les premières chaires de l'université de Louvain, qui le respectait comme son chancelier et l'écoulait comme son oracle. Il avait été un des trois choisis par le roi d'Espagne Philippe II, pour être théologiens de Sa Majesté Catholique au concile de Trente, où il soutint, comme les deux autres, son caractère avec dignité, contribuant avec eux à éclaircir la vérité dans les conférences. Mo-ns fidèle cependant à son retour, à en suivre les voies, que l'uu et l'autre do ses collègues, il s'en éloigna si fort dans ses ouvrages, qu'après un mûr examen, ordonné par Pie V, dès le commencement de son pontificat, ces>aint Pape y trouva soixante et dix-neul propositions cou* damnables, elil les condamna en effet partie comme hérétiques, partie comme erronées, suspectes, téméraires, scandaleuses et capables de blesser les oreilles des personnes pieuses.

La censure, qui en fut faite è Rome dès 1567, ne passa pas sitôt les monts, et ne fut signifiée è Louvain que trois ans après, c*e»l-a-dire l'aunée même que Bellarmin commença d'enseigner la théologie au collège des Jésuites. Son nouvel emploi, son zèle, sou respect pour les décisions du Saint- Siège ne lui permirent pas de se taire dans celle conjoncture importante et délicate; car il ne pouvait s'élever directement contre Baïus, sans s'attirer sur les bras toute l'université, qui se trouvait blessée par le coup que venait de recevoir son chancelier, et sans aigrir peut-être la plaie du chancelier môme, au heu de la guérir. Le parti qu'il

prit ne fut ni celui d'un silence lâche et intéressé, par lequel il se serait rendu coupable devant Dieu, en voulant flatter les nommes; ni celui d'une invective indiscrète, qui aurait choqué les hommes, sans avancer la cause de Dieu. Il jugea que le meilleur était d'aller son chemin, de faire des actes publics à l'ordinaire, d'y proposer des thèses de différents traités, pour avoir a s'expliquer, sans affectation, sur les points censurés. 11 le fit avec un succès qui justifia sa conduite; sans nommer le docteur, il en renversa la doctrine, il en sapa les fondements, en prouvant invinciblement les opinions contraires par l'autorité de l'Ecriture et des Pères, principalement de saint Augustin, pris et entendu dans son vrai sens; et, afin qu'il no manquât rien à la réfutation des erreurs en question, il les fit voir è la lettre dans les anciens hérésiarques : sans même remonter si haut, il les Gl reconnaître évidemment dans Luther et dans Calvin, sur lesquels il faisait tomber tout le poids de la querelle. L'assemblée, composée de gens habiles, comprenait parfaitement qu'il en voulait aux opinions de Baïus, dont il ménageait la personne ; que c'était indirecte* ment sur lui que portaient tous les coups qu'il déchargeait sur les hérésiarques; et tous ceux qui n'étaient pas prévenus en faveur du chancelier, convaincus par les démonstrations do Bellarmin , tombaient d'accord que les articles principaux, contenus et condamnés dans la bulle, n'étaient autre chose qu'un luthéranisme et qu'un calvinisme mitigé. Baïus eut le bon esprit de se rétracter solennellement le 24 mars 1580. L'ouvrage de son retour fut celui do Saint-Esprit : mais on peut dire que Bellarmin et Tolel en furent les instruments, l'un, au commencement, par la sagesse et la solidité de ses discussions, l'autre, à la fin, par la force invincible de ses discours. Ce fui là le commencement des services que ces deux Jésuites ont rendus à l'Eglise, qui les honora de sa pourpre sous le ponlitical de Clément VIII.

La Flandre écoutait Bellarmin comme un oracle, soit qu'il expliquât les mystères de la religion dans l'école, soit qu'il développât dans les chaires la morale de l'Evangile. C'était partout une égale avidité de l'enlen ■ dre. Pendant qu'il prêchait, les copistes, à l'envi, écrivaient ce qu'ils pouvaient de ses sermons; quelque infidèles qu'en fussent les copies, elles étaient précieuses; on les faisait courir dans toutes les provinces; il eut même le déplaisir de les voir imprimées, longtemps après, d'une manière si infidèle que, tout patient qu'il était, il ne put s'empêcher de se plaindre du torl que lui avaieut lait les imprimeurs de Cologne en le défigurant ainsi.

La théologie ne lui faisait pas moins d'honneur que la prédication ; tandis que le saint archevêque de Milan, Charles Bon omée le demandait pour prédicateur dans son église , qu'on lâchait de l'attirer è Paris en lui offrant les chaires les plus considérables ,

on aurait voulu l'avoir en beaucoup d'antres villes, où la renommée l'avait fait connaître. On parlait de lui à Rome comme d'un des premiers hommes du siècle. Le cardinal Commendon , dont l'estime était un grand éloge, voyant lu jeune cardinal Bandini sur le point de partir pour aller faire ses éludes en France , l'exhorta à aller jusqu'à Louvain , où il entendrait le meilleur maître de l'Europe. Il est étonnant de voir ce qu'il fit en sept ans qu'il fut en Flandre* Il employa la promière année à prêcher et à étudier en particulier les traités Idéologiques qu'on ne lui avait pas donné le temps de voir dans la classe de Padoue. Au travail de la chaire, qu'il soutint sans relâche jusqu'à la dernière année, il ajouta, six ans entiers, celui de la régence de théologie. Ou ne compte point parmi ses travaux la lecture et la méditation constante de l'Ecriture; celle étude lui était comme une manne délicieuse qui le délassait de ses fatigues. Pour en puiser l'intelligence dans la source, il étudia l'hébreu , aidé d'abord •du savant Jésuite Àrlemius , et bientôt •près, sans autre aide que de ses propres lumières , il s'y rendit si capable , qu'il dressa lui-même une grammaire, avec des règles de celle langue plus faciles et plus méthodiques que toutes celles qui avaient paru jusqu'alors. Il s'en servit comme d'une clef pour ouvrir aux autres les trésors dont il s'était enrichi , et la facilité qu'apporta le nouvel ouvrage à cette étude fil naître & toute sa classe de théologie l'envie de l'entreprendre. Il s'offrit publiquement à un jeune Jésuite , son élève, de le mettre en état , avec le seul secours d'un dictionuaire, de lire de lui-même, el d'entendre la sainte Ecriture en celle langue, s'il voulait seulement , en suivant sa mélhode, y donner une application de huit jours; et la parole qu'il lui tint , rend croyable ce que saiiit Jérôme écrit de Blésille, cette illustre Romaine, sa (ille spirituelle, qu'elle avait si promptemeot appris l'hébreu , qu'en fort peu de jours elle fut aussi habile que sainte Paule, sa mère, dans l'élude des Ptaumt».

Il ue se contenta pas de ces laborieux emplois; el, tendant qu'il ne songeait qu'à s'armer j»our combattre les erreurs de Bains, la Providence le disposant, à son insu, au grand ouvrage qui devait abattre tous les novateurs, il entreprit la lecture de tout ce qu'il put trouver de livres écrits en matière de religion, depuis trois mille ans; il se mit è lire l'b.stoire do l'Eglise el des conciles , celle des hérésies anciennes <;l nouvelles, tout le droit canonique, les Pères grecs el latins; à les lire, nou pas superficiellement, mais à fond, y distinguant, par un admirable discernement des styles, ce qui était de leur plume d'avec ce qui n'en était pas , et qui passait cependant sou* leurs noms.

Ou oo conçoit pas qu'à celle immeute lecture, il ail trouvé le loisir de joindre celle d'un grand nombre d'auteurs scolasliques ; que de ceux-ci , aussi bieu que des autres,

Bel 3r>&

il ail fait un examen exact, et qu'il ait porté son jugement sur plus de 400 auteurs considérables, comme on le voit dans son livre imprimé sous le titre : Ecrivains ccclétiattiquet ; que, pour ranger ses connaissances avec un plus grand ordre, et distinguer plus nettement les temps où se sont passés les événements les plus considérables de la religion , il se soit dressé une chronologie exacte et solide. Mais ce qu'il y a encore de plus surprenant, c'est qu'au milieu de ces grandes occupations, dont chacune en particulier demandait un homme tout entier, celle de se sanctifier par les exercices continuels de la plus tendre et de la plus fervente dévotion ail toujours été en lui la principale. Il y donnait les heures les plus solides de la journée; et, tout grand maître qu'il était en tant de sciences, humble et fidèle disciple en celle du Saint - Esprit . il en écoutait les leçons avec une docilité d'enfant; il y conformait sa conduite; et , pour s'en faire une habitude constante , il se traçait des plans de piété , qu'il suivait avec une exactitude de novice. En voici un, extrait de ses paniers : • A mon réveil , après avoir adoré le Seigneur, je me pénétrerai de la pensée que je ne suis au monde

3u'eu qualité de voyageur, obligé de lettre è mon terme, et d'y tendre par tous les mouvements dont je suis capable : que ce terme est mon Dieu , è qui j'offrirai pour cela mes pensées , mes paroles et mes actions, les considérant toutes comme les pas par lesquels je dois aller à lui. Plein du celte pensée , je me prosternerai devant le Seigneur, pour le prier et pour répandre mon cœur en sa présence. Je porterai les mêmes dispositions de respect et d'amour à la sainte Messe, et dans l'une et dans l'autre de ces actions saintes , que je ne commencerai jamais sans préparation , je demanderai instamment à Notre -Seigneur qu'il daigne me décharger du poids dangereux de moi-même, pour que je vole plus tranquillement à lui , et m'y unisse comme au cenlre de mes affections.

• Le but de mes désirs doit être d'arriver à cette parfaite union ; el le moyen d'y parvenir, c est de m'exercer souvent à la connaissance de mon néant et des grandeurs de Dieu; de me bien persuader qu'en vain je prétends être . à lui , si je ne cesso d'être à moi. Dans cette pensée , qui ne doit jamais s'effacer de mon esprit, renonçant continuellement à moi-même, j'en ferai l'entière consécration au Seigneur. Afin de voir si celte ofiiandc est effective, je rechercherai dans mes examens quelles en sont les suites dans toute ma conduite. Quelque soin cependant que j'apporte en celte discussion, après avoir employé une partie du temps à reconnaître mes fautes , j en donnerai la meilleure et la plus longue à les pleurer aux pieds de Jésus-Christ, pour me plonger ensuite dans son sang précieux , et m'y purifier de mes souillures.

« Je lui demanderai souvent ce qu'il exige de ma fidélité ; je songerai eusuile à

DtS CARDINAL X.

5M bel dictionnaire

ce que jo désire obtenir de ses bontés ; et ,

ftfet

sans rouloir le paraître h m souveraine auaprô% avoir vu ce qui peut de ma part met- torité, en abaissant celle du souverain, en tro obstacle à l'accomplissement de mes de- décriant ses ministres , en blâmant ses orvoirs, je prendrai, en présence de Notre- doonances, en lui débauchant ses fidèles

Seigneur, la résolution dry mettre ordre sujets, et levant des armées contre lui. Celle

« Enfin le jour étant fini , après mon h la tête de laquelle il était, ravageait les exercice du soir, je comparerai le lit 06 je campagnes, enlevant les villes, désolant 1rs vais reposer, avec la dure croix de mon provinces; et comme elle était en grande Sauveur, et je tâcherai de m'endormir partie composée de calvinistes, elle en von.» sur le côté de ce Dieu d'amour, en pensant lait aux églises, aussi bien qu'eut citadelle.*; a celui qu'il nous a témoigné sur celte san- dès qu'on avait forcé les unes, on Profanait gis nte couche. » les autres; les ministres de Jésus-Christ n'é-

Telles étaient les pensées de ce saint taient pas plus épargnés que les soldats de homme, encore plus versé dans les pMti- Philippe. L'alarme était extrême dans toutes ques tendres et affectueuses de la théologie les villes fidèles, surtout dans Louvain, où

il n'y avait ni munitions ni soldats pour soutenir un siège.

C'est dans ces circonstances où la présence de Bellarmin pouvait être d'un si grand secours, qu'il dut obéir à l'ordre qu'il avait reçu. Il ne fut pas à une journée de

mystique, que dans les connaissances sèches et abstraites do la spéculative : aussi sa science et sa sainteté le rendaient chef à toute la Flandre.

Cependant il reçut Tordre de la quitter. Sa santé était notablement affaiblie; quoi

que celte altération fût causée principale- Louvain , qu'il faillit plusieurs (bis tomber

ment par un travail excessif, on jugea que l'air natal lui était nécessaire. Son départ sembla un fâcheux conlre-lemps dans les conjonctures où se trouvait la Flandre.

Depuis quelques années la guerre s'était allumée dans les Pays-Bas , partie par l'a-

cnlre les mains dos rebelles. Dans la suite de son voyage , il courut de grands dangers dont il fut miraculeusement délivré. Comme il avait à traverser des provinces infe lées d'hérésie, où c'était assez d'être prêtre, et surtout Jésuite , pour n'être pas trop sûr de

mour des peuples pour leur liberté (ils sa vie; quelque glorieux qu'il estimât de la étaient en effet sous le joug de la domina- perdre en ces deux qualités, il prit, selon

lion espagnole), partie par l'ambition des grands, qui se lassaient d'obéir è des gouverneurs étrangers , dont ils espéraient prendre la place : cette guerre était attisée par l'hérésie qui inspirait aux uns et aux autres l'esprit de cabale et de division.

Des extrémités où elle avait pris naissance, elle était déjà passée au cœur de la Flandre. Elle était dirigée par Guillaume de Nassau, prince d'Orange, justement nommé

l'ordre de ses supérieurs , un habit do cava* lier, qui fut l'occasion d'une aventure.

Après quelques jours de marche , il fut joint par dos gentilshommes protestants, que la curiosité conduisait en Italie, et qui, sans savoir de quelle religion il était , furent heureux d'avoir sa compagnie, charmés, dès le premier entrelien qu ils eurent avec lui 1 de ses manières , de son esprit, de sa complaisance. Comme chacun dit son nom, il so

le TaciVurne, que les rebelles avaient choisi fit connaître sous celui de Romulus, l'un

pour leur chef. Jamais homme ne fut des trois qu'il avait reçus au baptême, d'où

plus capable d'imaginer et de conduire un ils l'appelèrent leur prince tout le temps de

grand dessein. Il était d'une naissance à leur voyage. Cette qualité , qu'il accepta de

disputer de noblesse avec les plus grands bonne grâce, ne lui fui pus inutile ; il s'ei

princes du monde. Tiré dès son bas âge des servait agréablement, toutes les fois qu'il

mains d'un père luthérien par Charles V, voulait être seul pour vaquer à la prière, et

qui le fil son pagejel son favori, il fut Catho- réciter l'Office divin ; car, alors, donnant un

hque tant que vécut son protecteur et son coup d'éperon à son cheval : « C'est è moi, ■

maître , et parut l'être encore depuis , tant leur disait-il en riant, « à aller à la décou

que le demanda sa fortune : mais celle-ci lui semblant trop bornée, et la mort de Charles , dont la présence était un frein pour lui , l'ayant mis en liberté , il chercha dans le ca/vinisme, dont il fit au moins uno apparente profession , les moyens de s'élever, moyens que ne lui permettait pas de prendre la vraie religion. Il avait appris à se revêtir, selon ses différents intérêts, de ces

verte , à vous rendre les chemins assurés, allez au petit pas, en attendant que je revienne b vous. * S'étant ainsi dérobé è leur vue, il prenait son bréviaire et s'acquittait de ses obligations; après quoi , tournant bride, il revenait au-devant d'eux , et rejoignait gaiement la compagnie. Il continua ainsi sa roule jusqu'à Gênes , où , sous prétexte de ne pouvoir se défendre d'aller loger

masques différents de religion , aujourd'hui chez un de ses amis, il prit congé de ses

lulhérii n, demain Catholique, calviniste en- compagnons de voyage, qui, par hasard,

suite, et peut-être dans le fond sans aucune étant entrés le lendemain dans l'église des

croyance. Jésuites, furent stupéfaits d!y voir a l'autel

Dans une lettre écrite au duc d'Alençon, il leur excellent ami si promptement mêla-

ne lait pa» difficulté de lui mander que, quand morphosé en Jésuite,

il s'agit de régner, il ne faut pas y regarder C'est dans le collège de cette ville qu'il

de si près en fait de religion. Sur ces prin- reprit avec joie l'habit religieux , et qu'il

cipes, il ne ménagea rien qu'autant qu'il parut tel qu il était. 11 y fut reçu a bras ou-

élait convenable à ses desseins ; il aspira verts par tous les Pères , et surtout par lo

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Provincial, François Alorne, personnage d'une vertu rare et il'nn mérite distingué: il était du l'illustre famille des Auorito, qui n donné à la république de Gônes plusieurs doges , et beaucoup de grands hommes à sa patrie. François, pour avoir renoncé sut grandeurs du monde , auxquelles il pouvait prétendre, aussi bien que tant d'autres dû sa maison , n'en devint pas moins un personnage considérable; il le fui surtout par son savoir et par sa piété, qui lui méritèrent , avec les premières charges de Sun ordre, la confiance de Charles Borroinéo, dont il fut le confesseur.

Après avoir été a Monte-Pulciano, passer quelque temps au sein île sa famille, pour qui il fut un grand sujet de consolation, tMIarmin se rendit à Home, où la Providence l'appelait pour seconder les desseins d'un grand Pape. C'était Grégoire XIII , Bolonais , que son seul mérite éleva sur le t rôtie poiilihYal, qui venait de vaquer par la mort de Pie V. Dès qu'il y fut monté, digne héritier du zèle do son saint prédécesseur, il ne songea qu'à ramener au bercail , dont il était constitué le pasteur, les brebis qu'avait égarées le luthéranisme. Pour y travailler efficacement, il acheva, avec une magnificence digne d'un puissant prince et d'un zélé Pontife, la construction du collège des Allemands, qu'avait commencée Juleslll, selon l'idée qu'en avait conçue saint Ignace, et dont cet homme ardent pour la gloire do Dieu, sollicita instamment l'exécution par lo crédit des cardinaux Moron et Sainte-Croix, les avant persuadés, comme il l'était luimême, qu'il n'y avait pas de plus sûr moyen d'arrêter le torrent de l'hérésie, qui ravageait l'Allemagne, que de lui opposer de savants hommes de la même nation, qui désabusassent les peuples séduits, et qui confondissent les séducteurs.

Cette grande œuvre étant donc terminée par Grégoire, la Compagnie de Jésus , a laquelle il conlia ce séminaire, n'oublia rien pour justifier la confiance du Vicaire de Jésus-Christ; et, pour suivre l'esprit de son fondateur, elle fit choix d'excellents mettras propres à former la jeunesse allemande.

Mais rien ne lui parut plus nécessaire, et plus conforme au dessein du Souverain Pontife, que d'établir un controversisle au collège romain, comme au centre des collèges, qui sont sous la direction des Jésuites, atin que les séminaristes allemands , aussi bien que ceux des autres nalious, s'y rendissent pour y entendre la leçon de controverses; ainsi elle s'appliqua à chercher un h.ibile hommo, qui n'iguorât rien eu celle matière, et oui fût capable d'apprendre a ces jeunes soldats l'art de. manier les armes, (Sont ils devaient se servir pour la défaite de l'hérésie et pour le triomphe de la religion.

Il n'était pas aisé de rencontrer un génie vaste et profond , qui eût une lecture infinie, une capacité iuconteslable, qui fûl également consommé dans la connaissance du la théologie, de l'Ecriture et des Pères f qui

Diction*, nts Caiiui.vux.

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sût parfaitement les langues, la chronologie universelle , les erreurs de tous les siècles; Cl qui eût, pour les détruire, plus do vrsie et de solide science , que les fauteurs des hérésies n'ont eu de vaines subtilités pour les défondre. C'était en un mot un homme universel , dont on avait besoin , pour être le premier controversisle d'un collège dont ioSaint-Siégo prétendait faire une pépinière de docteurs el d'apôtres capables de rétablir dans tout le Nord la vraie. croyance. Un des puis éclatants éloges qu'on puisso faire de Rellannin, c'est que la Compagnie ait cru trouver en lui cet homme extraordinaire. Le Souverain Pontife , qui se connaissait en habiles gens mieux que tout autre, approuva ce choix; et on peut ajouter qui» jamais maître en controverses n'égala fiellarmin, el que le grand ouvrage qu il nous a laissé est un chef-d'œuvre, qu'on ue louera jamais assez.

Dès qu'il commença à parler dans l'université romaine , appelée aussi grégorienne du nom du Pape , son fondateur, on écouta ses leçons avec avidité, on en admira la solidité, {'ordre et la clarté; on on fil des copies qui se répandirent par toute l'Europe, où elles étaient lues avec applaudissements. On jugea par ces premiers essais quo l'Eglise allait avoir en lui un invincible défenseur, el toutes les sectes, qui fout la guerre è celte Epouse de Jésus-Christ , un redoutab'e ennemi. Il y avail peu d'années qu'il dictait ses doctes écrits, lorsque Everard Meracrien, général delà Compagnie , fut sollicité do toutes parts de donner au public les leçons de Bellarmin. Le général le pressa comme sou ami, et lui ordonna comme soi supérieur de mettre la main a cotte grande œuvre. Si jamais homme fut surpris et* confus, ce fut le saint religieux, qui était encore il u s modeste qu'il n'était savant ; ce qu'il aisait ne lui semblait pas digne de voir In ; our. La rougeur de son visage fut d'abord oute sa réponse: mais, voyant l'ordre précis do son général, il ne lui dit rien autre chose sinon que ce qu'il aurait peine d'accorder à son amitié, il no pouvait le refuser à sen commandement.

Il se mit a revoir ses papiers , et à leur donner la forme dans laquelle ils devaient paraître; le 1" tome, qui eu renferme deux, fut imprimé el offert a Sixlo V [1581], comme à celui qui méritait préférabbnuent à lous, qu'un tel ouvrage lui lût offert, étant, en qualité do chef de l'Eglise, le juge souverain de toutes les controverses de la foi. Le II* lome , qui est le IIP, supposée la division du 1", fut encore dédié deux ans après au même Pape, qui reçut et l'auteur el l'ouvrage avec un accueil qui répondait au mérite de l'un el de l'autre, et qui était digue d'un Pontife, un des hommes les plus extraordinaires qui fussent jamais, el qui, quand il voulait, marquait mieux que tout autre son estime et sa considération. Les a lia ires , dont Sa Sainteté et la Compagnie chargèrent bientôt après Bellarmin, retardèrent huipicssioti du dernier tome, qui no

DKS CARDINAUX.

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parut gue neuT ans après [15921, sous \ct Auspices et sous le nom de Clément VIII. C'est alors que dnns l'ouvrage entier de Bellarmin, on eut une espèce d'arsenal universel , fourni de toutes les armes offensives et défensives, avec lesquelles il sera toujours aisé de défendre l'Eglise , et de la faire triompher de tous ses ennemis. Une particularité à noter, c'est que Bellarmin , ayant rangé ses compositions t se conlenta , pour obéir , de les porter «u général, eu les lui Abandonnant avec une aveugle soumission , et se souciant fort peu qu'elles vissent le jour.

Mais, s'il fut tranquille au moment où elles sortirent de ses mains, il le fut encore davantage, quand eH.es furent en celles du public. Il fut aussi insensible aux éloges qu'elles lui attirèrent, qu'aux calomnies que lui suscita, de la part des hérétiques, l« dépit de se voir tous ensemble désarmés et détails par un seul homme. Nous dirons un mot de ces éloges et de ces calomnies, puisque lés uns et les autres fout un égal honneur à Beliarmin , à qui ou peut appliquer ce que saint Jérôme disait autn-fois a saint Augustin, après les victoire» qu'il avait remportées sur loules les erreurs vie son temps: « Rome retentit de vos louanges: tous les Catholiques vous respectent comme le détenseur de la vraie toi, et ce qui, peutêtre, vous est encore plus glorieux, tous les nerétiques vous détestent.» (Hier., episl. 57» Ad Aug.) Ou peut avancer , a lu gloire des Controverses de Belhinuiu , qu'il est peu de livres ayant fait tant d'honneur à l'Eglise, et qu'il faudrait remonter plusieurs siècles', pour en trouver un qui méritât de lui être prétéré. Ce sont les termes dont se servit p us d'une fois le cardinal du Perron : élevé parmi les calvinistes, il était plus capable que personne de juger d'un ouvrage qui combattait des erreur* qu'il avait autrefois suivies, et qu'éclairé depuis par l'étude du la vérité, il avait non-seulement abandonnées lui-même, mais qu'il avait fait encore abandonner à un grand nombre d'illustres égarés, et entre autres à Henri IV.

CecarJinal n'eut pas plutôt vu les Controverses de Bellarmin , qu'il en fut l'admirateur, et qu'il en regarda l'auteur comme son maître. Tant qu'il se trouva à Home avec lui, 6 il était chargé d'avoir a s'eipliqtier sur quelque point de doctrine , sa coutume était de ne rien décider sans l'avoir consulté, et de dire en parlant de lui : • Allons au maître. » Les membres les (dus distingués du Sjiié Collège avaient pour lui la môme estime: il y était considéré cou. me un des plus habiles théologiens de son temps, le plus tenue appui delà religion, le marteau des hérétiques et le boulevard du l'Kghse; ce sont les propres termes d« s cardinaux de Sourdis et d'Ascoli. Le cardinal Ubaldini l'appelle l'Ailianaso et l'Augustm du sou siècle. Le cardinal Dietrichl disait do ses livres ce que saint Jérôme avait dit autrefois de ceux de saint Hilaire sur ,i Trinité, qu'on pouvait les lire en assurance

et sans crainte d'y rencontrer .a moindre erreur.

Il n'est pas jusqu'aux ennemis de l'Eglise, car Bellarmin n'en eut guère jamais d'autres, qui ne l'aient loué, et qui n'aient rendu justice a ses Controverses ; la vérité ayant arraché de leur bouche et de leur plume des louanges qu'il était d'ailleurs de l'inlétôt de leur parti de dissimuler. Wiltacherus et Junius, l'un Anglais, l'autre Français, sont de ceux qui ont paru de meilleure foi; car dans les ouvrages mômes, qu'ils ont essayé d'opposer à celui de Bellarmin , ils avouent que c'est l'écrivain le plus solide, le plus capable et le plus universel, que l'Eglise romaine ail produit dans ces derniers siècles. « Bellarmin, dont le nom est urand et célèbre parmi les Jésuites, a traité des controverses théologiques à l'admiration et à l'applaudissement de tout le monde, • dit lo premier, dans son livre De la parole de Dieu contre Bellarmin. Le même répondant a Cécile , trésorier d'Angleterre, qui lui avait demandé ce qu'il pensait de Bellarmin: ■ Je l'estime, » dit-il, « un homme d'un profond savoir, d'un génie heureux , d'un jugement subtil et d'une grande lecture; agissant plus nettement et plus franchement que n'agissent d'ordinaire les papistes , poussant l'argument plus vivement que tout autre, et ne s écartant jamais de son sujet... Ses écrits . depuis qu'ils ont paru, nous ont fait voir plus clairement quelle est toute la moelle du papisme, que nous ne croyons pas être plus intimement ilans le cœur du Pape) môme , que dans les Jésuites. » L'autre, .en parlant du livre De* controverses , l'imaginu comme une formidable armée rangée en bataille par son auteur, dans le dessein non pas d'abattre quelques hérétiques, mais de renverser en un seul coup toutes les sectes; il avoue que l'ouvrage est grand, ardu, qu'il a fallu, dans celui qui l'a traité, une seienc.s immense. (Junius , in Prrrf. animad. in primant Bell, controversiam.) Les Hollandais , assez connus pour n'être pas prodigues en louanges a l'égard des Jésuites , n'ont pas bis>é d'en donner a l'autour des Controverses, le reconnaissant de bonne foi comme un des plus sincères et des plus forts auteurs qui aient jamais écril contre eux. Thomas .Morton, ôvêque anglican , enchérit sur les ministres hollandais: « Accordons à Bnllarmiu, » dit-il, « la .solidité do l'esprit, la connaissance des langues , une profonde érudition, et si l'on veut môme lui atiribin r la parfaite intelligence de la théologie >colastique , nous ne nous y opposons pa>. » (T. Mouton , S 6 , lib. cui litulus : Causa regia.)

Le grand ouvrage que Bellarmin commença à l'âge de 34 ans ne parut pas plutôt uue tout le parti protestant un fut effrayé; I alarme se répandit en France, en Allemagne, en Angleterre ; il se lit un mouvement général dans toutes les (Eglises se disant réformées, el l'on s'y crut perdu si jes ministres dos sectes différentes, quelque opposés qu'ils fussent entre eux, ne réui.is-

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