DICTIONNAIRE BEL SG
translation île l'empire des Grecs aux Français; le deuxième du passage de ce mémo empire de la famille uV Charlemagne aux princes saxons; le troisième, de l (érection des sept électeurs. 11 y suit pas à pas le novateur; et en le combattant partout avec une égale solidité, il fait voir la faiblesse des raisonnements de son adveraiire. C'est le jugement qu'en ont porté tous les savants. Ce n'est pas cependant que Bellarmin, en certains points qu'il y a touchés, ait pour lui tous les auteurs ullramontams : mais il n'est ni nouveau ni étonnant que des écrivains calh«»liques diffèrent quelquefois d'opinion ; celte différente manière de penser, en des matières qui ne sont pas décidées , n'empêchant nullement la conformité de leur croyance. Ca qu'on peut dire, et c'esl une justice qu'on duit rendre à Bellarmin» c'est que dans les en 1 roi t s où son dévouement au Saint-Siège lui en fait soutenir certains intérêts contestés par des auteurs reconnus comme orthodoxes, le respect qu'il a pour les couronnes, et surtout pour celle de France, lui fait observer une modération qui lui a mérité l'estime de nos rois, qu'il a toujours considérés comme les fils aînés do l'Kglise, et les plus fermes appuis du Siège apostolique. La seule idée qu'il donne de Charlemagne, dans le traité dont il s'agit, en est un éclatant témoignage ; car, en même temps qu'il lui fait mettre sur le front le diadème impérial par les mains du Souverain Pontife, il trace de ce prince un si auguste caractère, il étale avec tant de pompe ses grandes qualités, sa piété, sa grandeur d'âme, ses faits héroïques, ses victoires et surtout sa magnificence envers l'Eglise, qu'il est aisé de conclure que, de tous lus princes de la terre, Charlemagne lui paraissait, sans contredit, le plus digue de l'empire.
Revenons aux actions de la vie religieuse de Bellarmin. C'était un spectacle édifiant h tout le collège romain do voir ce célèbre personnage, dont la réputation jetait tant d'éclat dans le inonde, renfermé dans l'obscu-
rité d'une vio commune, travailler en secret au règlement do son intérieur, avec autant d'application que s'il n'en eût donné qu'une foi t légère à l'instruction publique; se dérobant nu grand jour, il se cachait dans la Sfditude, qui servait d'asile à sou humilité. Là, plus occupé de la grande a (fit ire do sa sanctification que d'aucune autre, il se demandait souvent, à l'exemple de saint Bernard, pourquoi il était entré en religion; et la réponse qu'il se faisait à lui-même, était une espèce d'aiguillon qui le piquait d'un désir vif et ardent d'acipjérir la perfection qu'il y était venu chercher. Marchant, pour en venir a bout, comme un autre Abraham en présence du Seigneur, il veillait continuellement sur son propre cœur, toujours la lampe à la main, pour en développer tous les replis, et pour eu découvrir les mouvements les plus secrets; attentif et lidèle.soit il les prévenir ou a les étouffer, pour peu qu'ils lui parussent' faits pour déplairo b
Dieu , a la gloire et à l'amour duquel il s'était tout à fait dévoué. De cette chaste crainte, et de cet amour filial, dont il était animé, naissait l'incomparable pureté de cœur, qui n'aurait pas souffert en lui la moindre tache, et qui le rendait si propre à l'intelli-gence de la divine vérité.
Cette vie sombre et tranquille, ton! occupée de la prière et de l'étude , était pour lui pleine de charme*; il ne s'était jamais imaginé .pi'on dût Pt»n tirer, pour le produire en de? emplois éclatants, surtout dans les cours, dont le luinulie et les intrigues étaient bien opposés à son génie. Mais un homme de sou caractère n'était pas Tait pour être toujours cache; cette lumière, que Dieu avait donnée a son Eglise, devait y luire è l'édification çi à l'avantage des nations. Ce fut In pensée de Sixte V ; c'est ce qui le détermina è l'envoyer en France avec le légal qu'il y destinait , pour une des plus grandes affaires qu'eut jamais la chrétienté.
Henri III, roi di> France, étant mort sans enfant? , alors que le royaume était déjà fort agité par des guerres intestines, l'agitation y devint et plus violente et plus dangereuse après la mort du monarque. Celui ipii devait naturellement lui succéder par le droit de ' la naissance, ot que le roi, en mourant, avait désigné pour son successeur, était Henri, roi de Navarre, que ses qualités héroïques, auxquelles il ne manquait que celle de Catholique, rendaient digne de porter la première couronne du monde. Mais ce défaut de religion, qui Tut au peuple et au clergé le motif de 1»» rejeter d'abord , le fut aussi aux chefs de la ligue de prendre les armes. On prétend que ce ne fut à ceus-cl qu'un spécieui prétexte, pour couvrir leur ambition. Peut-être que ces divers ressorts, mêlés ensemble, donnèrent le branle à la grande machina de la ligue, qui se forma contre Henri. Quoi qu'if en soit, on cria hautement qu'il était de l'intérêt de la religion et de l'honneur de la France, d'empêcher qu'un hérétique, qui même était le chef des protestants, ne fût élevé sur le trône de saint Louis. On se mit donc en campagne de part et d'autre; llpnri avec sa petite, mais invincible armée, iM»ur soutenir ses droits, se faire justice a lui-même, et se mettre en possession du rr.vaume qui lui était échu par succession; le duc de Mayenne, à la têto de ses ligueurs, pour maintenir, comme il lu ût entendre à toutes les provinces, la religion dans l'Etat, et l'Etat à celui auquel il prétendait, a l'exelu>ion de Honri, qu'appartenait la couronne; c'était te vieux cardinal de Bourbon qu'il fit proclamer roi sous le nom de Charles X, jiour avoir par ce moyen , comme en courut le bruit, tout le solide et tout le réel de la royauté, dont l'autre ne devait avoir que l'ombre.
Tel était l'état des choses, quand Slsle craignant que la Franco ne lombAt «ous la domination d'un prince qu'il croyait obstiné calviniste, choisit le cardinal Cajolan, son camerlingue, pour aller s'y opposer de Sa part, le jug-aul de tous les cardinaux le
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(dus capable de réussir dans une légation de cette importance ; et cômme personne nu lui parut avoir ni plus de lumières, pour l'assister de ses conseils, ni plus dè zèle pour la religion, dont il s'agissait de soutenir la cause, que Bellarrain , il le lui donna en qualité de son théologien , avec ordre de ne rien régler en matière de doctrine, sans l'avoir consulté. Quelque répugnance qu'eût le serviteur de Dieu do quitter sa retraite, il s'empressa d'obéir.
Il ne fut pas plutôt au delà des monts, qu'il eut, malgré lui, beaucoup de part aux honneurs qu'onrendi t au cardinal; dès qu'on s'était acquitté des devoirs ordinaires Envers le légal , on courait en foule a son théologien, et chacun voulait voir le célèbre auteur, dont les écrits faisaient tant de bruit dans le monde. Les magnifiques ré>ceplions qu'on fil nu cardinal n'empêchèrent pas qu'il no courût bien des risques sur sa route, les provinces par lesquelles il passait étant pleines de soldais, et souvent de soldats hérétiques, furieusement animés contre les prêtres, et surtout contre Cajelan, que le parti huguenot haïssait, comme un envoyé du Pape pour la ruine du calvinisme, et que les Catholiques eux-mêmes, attachés au roi de Navarre, regardaient comme le plus opposé aux droits du légitime successeur. Bellarrain, dont le seul nom était eu une espèce d'exécration chez tous les protestants, ne courait pas moins do danger que le légat. Enfin, après être passés par Dijon, et avoir échappé nus embuscadosqui leur avaient été dressées, ils arrivèrent» le 20 janvier 1590, à Paris, où ils étaient attendus avec impatience. Ils furent reçus è la porte par un grand nombre de personnes de marque, avec un concours extraordinaire de pcu[ile, sous un dais magnifique, et de l<Y conduits avec pompe jusqu'à l'hôtel qui leur était préparé. Bientôt cette grande ville fut investie par le roi, dont l'armée Victorieuse avait renversé tout ce qui s'était opposé à sa marche. Celle espèce de blocus, qui ne différait guère d'un siégo, réduisit bientôt l'aris, et Te peuple infini, qui éla'it ronfermô dans ses murs, aux dernières extrémités de la famine. Dans ce temps déplorable, qui dura depuis avril jusqu'à la fin d'août, toute l'application du légat fut de répandre ses largesses sur la populace affamée; sa piété et sa magnificence furent égales; il n'épargna ni argent, ni meubles, ni vaisselle ; il convertit tout eu pain, pour nourrir une iufinité de misérables qui mouraient de faim. Bellarrain entrait dans ses sentiments,, il était le canal par lequel Cajelan faisait eoulerse» miséricordes; et, après s'être acquitté do ces devoirs de charité, il se jetait aux pieds do celui qui se pfalt d'être appelé le Père dos pauvres; il lui représentait l'extrême désolation dont il venait d'être témoin, et le conjurait d'y mettre ft:i par la conversion d'un grand prince.
Le blocus étant levé, et le priucc, louché des maux de son peuple, ayant ouvert par sa retraite tous les passages dea vivros, vu
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commença a respirer, el a tenir les conseils Avec tranquillité. Comme IMIarmin y assistait, selon les ordres «In I0g.il, il y remplissait avec dignité sa mission, mais n'en dépassa jamais les bornes. S'il y avait qnelquo |>oi ii l de doctrine h établir, quelque usage de l'Eglise à produire, quelque dogme a éclaircir dans les conférences, il y parlait en homme il'une éru'lilion consommée, et l'on s'en tenait h ses décisions comme a des orncles : mais dès qu'on venait aux affaires politiques, quelque consulté qu'il filt.il ne répondait rien, sinon que ces niatiôres n'étaient pas dt- sa compétence, et jamais il ne sortit de celle réserve.
Afnsi il n'offensa ni le monarque que Dieu destinait à la France, ni ceux qui lui faisaient la guerre, ni Sixte V lui-même, quelque mécontent qu'il fût de son légat. Ce grand Pape découvrit enfin les vrais ressorts que la politique de l'Espagne et les diverses I a*sionsde quelques ligueurs faisaient jouer contre le véritable héritier de la couronne. Ayant reconnu son vrai mérite, malgré les fausses peintures qu'un lui en avait faites, au lieu de la bulle foudroyante qu'il avait fait publier d'abord contre lui et lo l rince de Condé, il ne songea sur la fin qu'à prendre les voies de la douceur, pour le gagner h l'Eglise, prévoyant bien qu'il en serait dans la suite le plus puissant protecteur. L'illustre Pontife mourut trop lot pour voir la vérité, que lui avaient fait apercevoir ses nouvelles lumières, et voirie succès de la nouvelle ligne de conduits qu'il avait commencé è tenir, cor il mourut celto année-là même.
Cette mort, qui affligea le monde chrétien, tira de peine Cajetan, et le mil en état de retourner tranquillement à Rome, où il ramena Bellarmin fort affaibli du voyage et encore plus d'une violente dysscnlerie qu'il prit à Metz, en y passant, el avec laquelle il ne laissa pas «le continuer sa roule avec le cardinal, dont les .«oins lui sauvèrent la vie. Ce qui l'aurait consolé, s'il l'eût perdue, c'est qu'il s'élaii efforcé de la rendre utile a l'Eglise, à laquelle il venail de .rendre de véritables services, non-seulement en assistant te légal de ses conseils, mais surtout en lui prêtant sa plume, pour écrire à tous les prélats celte lettre persuasive, qui leur fit quitter le dessein d'assembler à Tours un concile national qui, dans les conjonctures où l'on était alors, pouvait amener un schisme dans le royaume.
A peine Bellarmin fut-il à Rome, y reprenant u * peu de santé, qu'il y trouva une nouvelle occasion de l'employer à l'avantage >e l'Eglise, à laquelle il était dévoué. Le concile de Trente, dont le bul principal était d'affermir l'ancienne cro.yancecontre les entreprises des novateurs, ne crut pas qu'il y eût de moyen plus convenable, que de mettre au jour l'édition Vulgate des saintes Kcricrilures, scellée et confirmée par un décret inviolable; c'est pour cela, qu'entre toutes le> autres éditions latines, il la déclara seule authentique, pour les raisons qu'on en peut
NAÏKE BKL STi
voir dans ta belle Préface qui est en tète de la Bible d<* Sixlt V, ot que tout le monde sait être principalement de Bellarmin. Le même concile laissa aux Souverains Pontifes le soin de donner une nouvelle édition de laVulga'e, édition exacte el correcte. PielV, le premier, entreprit celle grande œuvre; Pie V la poursuivit ; d'autres affaires importantes en détournèrent Grégoire XIH. Si \\* V y mil efficacement la main et l'acheva. Mais des fautes furent découvertes ; c'était a recommencer. La mort surpril Sixte V. U-i règne de douze jours no donna pas le lomps à Urbain VII, son successeur, de songer à cet ouvrage ; mais Grégoire XIV ne fut pas plutôt élu en sa place, qu'il n'épargna rien pour lui donner sa dernière perfection. Qu'il suffise de dire que Bellarmin oui I» plus grande part a la correction. C'est lui élément qui revit et corrigea la grande Bible polyglotte d'Anvers , qui retrancha d<* paraphrases chaldaïques impiétés et les inepties qu'y avaient mêlées les ral>bi
Mdgré ses grandes occupations, il sa trouvait en repos parmi ses frères, lorsqu'il en fut nommé supérieur par le P. Aquaviva, q i i l'était nouvellement de toute la Compagnie. Ce grand homme, qui était fils du duo d'Atri, qui tout jeune avait été camérier do Pie V, que soi. Tare mérite anrail bientôt élevé aux premières charges de l'Eglise, s'était fait Jésuite à lâge de 25 ans, et à peine nvail-il passé par toutes les épreuves de la Compagnie, qu'il en fut fait général. Il ne fut pas plutôt en place, qu'il jeta les yeux, sur Bellarmin ; et, voulant le tirer de sa vie privée* il le (il recteur du collège romain. Celle nomination remplit de joie toute la maison. Bellarmin seul en fut affligé; rien ne le consola du fardeau qu'on niellait sur ses épaules, que le témoignage secret, que lui rendait sa conscience, de ne se l'être pas attiré, el la confiance qu'il eut que la même Providence qui l'eu chargeait lui aiderait à le porter.
Il n'avait pas encore achevé les (rois années de sa supériorité, qu'on l'obligea de passer provincial de la province deNaples, où il su peut dire, en un mol, que, dans toutes les maisons de sa provinco, il lit tout le bien qu'il avait fait au collège romain. En les visitant, il y déploya le même zèle ; il y exerça la même charité; il y donna les mêmes exemples des plus héroïques vertus. Comme il était do sa charge, après avoir mis le bon ordre au dedans, de voir au dehors les personnes les plus distinguées par leur position, il y satisfit de telle sorte, qu'on en lut charmé partout, el que partout on s'estima heureux de recevoir un homme d'une si haute réputation. Elle lui attira malgré lui de grands honneurs en beaucoup d'endroit*, tuais surtout à Taverne, petite ville de In Calabre où on l'avait invité à passer. Toute la jeunesse monta à cheval, el alla au-devant de lui, en bon ordre, à un kilomètre de l.i ville. Dès qu'il fuljoinl par la troupe, celui qui était à lu lête le complimenta au nom du
ses concitoyens. Bellarmin surpris d'un honneur dont il s'estimait si fort indigne, après en atoif témoigné son humble reconnaissance, fit en vain tout ce qu'il put pour obliger ces jeunes cavaliers à se séparer de lui, 1*0 les suppliant de lui épargner In confusion d<> les voir à ses côtés, ils voulurent l'accomi>agner jusqu'à la porte delà Ville, où le magistral, qui l'attendait, avec sa bourgeoisie, le reçut au bruit des trompettes, le fil saluer par une décharge «le mousquelerie, et, au milieu des acclamations du peuple, leconduisil au palais qu'on lui avait préparé. Il eut beau se récrier contre une réception *i imprévue, et si peu convenable a son étal, et demander, les larmes mix yeux, qu'on lui laissât prendre un logis plus eu harmonie avec sa profession , conjurant qu'on le traitât en simple religieux -on n*eul égard qu'a son mérite et nullement à son humilité ; il fut contraint de céder à In- violence, et de souffrir l'honneur dont il ne lui était pas possible de se défendre : mais il se tift-a de sortir d'un lieu, où il prétendait qu'on l'avait si fort méconnu. La Providence lui fit rencontrer ailleurs de quoi dédommager son amour de l'abjection et de la pauvreté. Ce fut à la snrtie de Tarenle, en un village, où étant arrivé sur le soir, et n* trouvant personne qui voulût le recevoir, il se relira dans une méchante cabane, assez dépourvue de toutes choses pour lut retracer l'idée de l'élable de Bethléem, et pour lui donuer cette nuit-là le plaisir d'avoir un peut de part à l'état pauvre et humilié du Verbe incarné dans sa naissance.
La province de Naples recueillait 1rs fruits rie ces vertus, quand Bellarmin lui fut inopinément enlevé par un ordre exprès do Clément VIII. qui l'appela a B»me en janvier 1597, a l'occasion de la mort du cardinal tolet.dont il voulut qu'il vint prendre la place auprès de sa personne.
Ce sage Pontife avait toujours estimé Tole!, a cause de son rare la voir H des emplois considérables qu'il avait remplis sous six de ses prédécesseurs; mais son estime pour lui s'était beaucoup augmentée, quand il vit la droiture de son cœur, ht fermeté dj son esprit dans la grande affaire de la réunion ue Henri IV à l'Eglise. Ce prince avait fait, de la meilleure foi du monde, l'abjuration solennelle du calvinisme a la face de toute l'Europe, Il demandait nu Vicaire de Jésus-Christ son absolution dans les formes ordinaires «le l'Eglise. Clément ne demandait pas mieux que de la lui accorder; H la cm\ ait juste et nécessaire; rien ne l'arrêtait riens la disuensation de cette t^râce, que les opposition et les intrigues diîs ennemis rie la Fia ice. Ce qui le riétermiua a ne la plus différer, fut l'avis désintéressé du cardinal Tolet qui, tout Espagnol qu'il était, et malgré les sollicitations- pressantes de l'ambassadeur de son prince, conseilla constamment à Sa Sainteté d'ouvrir les portes de l'Eglise a celui qui était destiné de D.eu pour en être le tils aîné, el de don-
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ner de bonne jp-âca et sans délai sa oenédiction à un grand roi, dont la sincère conversion el la soumission filiale en allaient attirer d'abondantes sur tout son royaume. Le roi averti, par ses ministres en cour do Hume, des généreux offices du cardinal, chercha tous les moyens de lui en témoigner sa reconnaissance, el, quand il apprit sa mort, il l'honora do ses regrets el de ses larmes, et lui fonda un service qui se célébrait tous les ans a Paris avec solennité.
Clément sut bon gré, et au cardinal d'avoir appuyé le bon droit du monarque et au monarque d'avoir donné au cardinal un témoignage si éclatant de sa gratitude: mais comme il se vit privé d'un homme de si bon conseil, qu'il avait toujours reconnu droit, judicieux et dégagé de toutes les considéra* lions de la terre, il jela les yeux, sur Bellarmin, qu'il jugea digne rie lo remplacer; il voulut même- qu'il prit un appartement dans sen palais, pour l'avoir plus près de sa personne : et le serviteur de Dieu aurait été obligé de s'y transporter, si le Pontife, touché de l'affliction où il le vit, n'avait révoqué ses premiers ordres, et ne lui avait pas permis de demeurer, comme il le souhaitait, iZms la maison de la Compagnie la plus voisine du Vatican.
Les appartements richement meublés de ce somptueux édifice ne lui valaient pas la plus étroite et la plus pauvre chambre, qu'il eût jamais eue dans la religion. On lui eu donna alors une de cetlo nature, si petite qu'a peina il pouvait s'y remuer, incommode, malsaine et fort éloignée de la bibliothèque, où il élail.ohligé d'aller, la nuit, la lampe à la main, consulter l<>s livres riout il avait besoin, pour la composition rie quelques ouvrages riont l'avait chargé Sa Sainteté. Le P. Spinelli, supérieur, a qui o i se plaignit rie cette espèce, ou ri'ouhli, ou d*3 manque de considération a l'égard d'un homme comme Bellarmin, lit la réponse suivante : « Je sais de quoi il est capable ; il a tout le mérite que vous me représentez ; mais son principal mérite consiste dans la solidité de sa vertu: une pareille épreuve est nécessaire, el pour servir d'exemple aux autres, el pour lui donner à lui-même de quoi mettre sa patience en exercice.» En effet, il ue lui arriva jamais d'en témoigner le moindre déplaisir, ni d'en faire la moindre plainte: interrogé même par le Saint-Père, qui avait la boulé de descendre jusqu'au détail de ses besoins, si ou l'avait commodément logé, il lui répondit qu'il était parfaitement bien.
Clément VIU ne larda guère h connaître par lui-môme le mérite de Bellarmin, et il ne manquait aucune occasion de lui témoigner son estime. Ce fui là le commencement île l'élévation du servileur de Dieu ; i! était passé du Collège romain à la maison de la Pénitencerio, où on le regardait comme un rareexemple d'humilité; il n'en sortait que rarement, et jamais sans nécessité, pour aller à la cour, qu'on savait très-bien n'être pas son élémor.L, et, quand il y était, il y
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portail cet air humble et modeste, qui fait In caractère d'un religieux, sans en rapporter le faste et la fierté si ordinaires aux courtisans. Mais, plus il y fuyait la cour, plus la cour le cherchait : Clément VIII, qui le connaissait toujours mieux, lui donnait tous les jours de nouvelles marques de sa bienveillance; à la qualité de son théologien, il ajouta colle de consulteur du Soint- CMfice: if vontul même qu'il l'accompagnât djms son voyage de Ferrare. Ferrare est une dos terres que le Saint-Siège avait eues par htv donation solennelle nue lui en lit, vers 1100, la comtesse Maîhilde, cette célèbre anmoiit? de l'Italie, et qu'on aurait quelque droit d'appeler la généralissime des armées de l'Eglis»», s'étonl trouvée si souvent dans les combats pour la défendre, et ayant déconcert i ur sa prudence et par sa valeur loutus les entreprises d'un empereur armé pour soutenir un antipape. Ce domaine, érigé eu duché, fut longtemps entre les mains de s princes d'E^tt, par l'investiture que leur en donna le Saint Siège, dont Ils furent coinmo les vicaires: mais il en sortit après la mort d'Alphonse II, qui mourut sans enfants, quelque envie qu'il eût d'en avoir, comme il parait par le nombre de ses mariages. Toutes ses épouses, cependanl, ne lui en ayant point donné, comme il se vit sans postérité, et sa maison par conséquent en risque de perdre le duché de Ferrare, qu'il avait un vif désir d'y conserver, il fit on voyagea Rome en 1591 pour essayer d'obtenir du Pape l'investiture de ce duché en laveur de César d'Esle, sou coumu et duc de Modène, issu par Alphonse son père, d'Alphonse 1, duc de Ferrare, et de La ure Euslochia, dont l'état a été contesté, les uns soutenant que ce prince l'avait épousée, les autres étant d'une opinion » on traire.
Le duc de Ferrare était fort persuadé que c« défaut de naissance, ou au moins celle incertitude, allait êtro à Home un grand obstacle è ses desseins: il ne désespéra pas cependant de le vaincre, appuyé par le duc «le Sesse, ambassadeur d'Espagne, et par l>elphini, ambassadeur de Venise ; il était d'ailleurs dans des conjonctures trôs-favorables, ayant affaire à Grégoire XIV, son ancien ami et auprès duquel il s'assurait de -trouver des facilités beaucoup plus grandes qu'il n'eût osé s'en promettre sous tout autre pontificat.
Alphonse cependanl étant mort sans avoir pu obtenir ce qu'il prétendait, César se mit en («ossession du duché de Ferrare, et reçut le serment du fidélité des peuples, qui n'entrèrent point dans le différend de Rome avec ce nouveau maître. Clément VIII, qui avait succédé à Grégoire XIV et à Innocent IX, n'était pas d'humeur à souffrir une pareille usurpation. Il commença par déclarer le duché do Ferrure dévolu au Saint-Siège ; et, pour se mettre eu étal de soutenir les droits de la dévolution, il dépécha eu France Pierre Orsini pour en porter la nouvelle au roi, et lui demander l'ap-
pui de ses troupes, s'il était obligé d'en venir è la voie d«'S armes, pour so faire juslire. Henri IV, oui depuis sa réunion a l'Eglise ne laissa échapper aucune occasion de la protéger et de la défendre, offrit au Pape tous les secours dont il aurait besoin, et l'en (il assurer par le duc de Luxembourg, son ambassadeur. On peut dire que c'est a ces assurances, qu'on savait être solides et quo tinrent en respect tous les princes d'Italie, que le Pontife fut redevable du succès de son entreprise. César, cependant, avait envoyé un ambassadeur è Rome pour traiter avec le Pape; mais Clément refusa de l'admettre à l'audience et même d'eiaminer les litres par lesquets il prétendait justifier leurs droits sur le duché de Ferrare, ayant jugé de l'avis du Sacré Collège et surtout du cardinal Alexandrin, que cet examen préiudicierait a la notoriété publique des droits de l'Eglise; il passa plus loin : H procéda à l'excommunicatioti qui fut fulminée le 22 déc embre 1597.
Pendant que César perdait le temps en d'inutiles remontrances, Clément levapromplemcnl seize mille hommes, qu'il fil marcher vers le Ferrarais sous la conduite « du cardinal Aldobrandin, son neveu et sou légat, avec ordre d'assiéger Ferrare, cl de forcer le duc a remettre la ville et le duché entre ses mains. Abandonné de ses alliés, César s'y résigna ; il sortit Je sa capitale le 28 janvier 1598; le cardinal y entra le 29, et en prit possession au nom du Siège apostolique.
Clément s'y rendit lui-même en «avril; il y fut reçu au milieu des cris de joie du peuple, heureux d'avoir pour maître celui qui était lé père de tous les fidèles. Il eut le plaisir d'y recevoir los compliments des couronnes, et ha magnifique ambassade de Venise, composée de quatre procurateurs
3ui le félicitèrent, au nom de lo Seigneurie, u recouvrement de Ferrare, dont ou prétend qu'ils étaient trôs-fachés dans le fond du cœur. Tout occupé qu'il était de son nouveau domaine, le Saint-Père avait une attention particulière à (oui ce qui regardait Bellarmin; et, le voyant déterminé, selon l'esprit delà Compagnie, à loger dans 'e collège, il y assigna 25 écus par semaine oour fournir a sa dépense. Sa Sainteté l'envoyait chercher très-souvent, pour conférer avec lui sur les affaires de l'Eglise, que celles Jo Ferrarais ne lui faisaient nullement oublier. C'est alors qu'il le fil examinateur des évéques.
Quelque désir qu'il eut de l'avoir toujours auprès de sa personne, il lui permit défaire avec le cardinal Baronius, son ami, un petit voyage de 13 jours à Padoue, pour y révérer ensemble saint Antoine, auquels ils avaient l'un et l'autre une dévotion singulière. Jamais voyage ne lut ni plus doux, ui plus pieux, que celui de ces doux grands hommes, dont les entretiens, h cœur ouvert, ne roulaient que sur la saiule Ecriture, les histoires sacrées, la sainteté do la religion, les veilu* propres & l'état ccclésias-
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lique, le» biens et les récompenses de l'autre vie. te cocher, qui servait depuis peu Baronius, el qui n'avait jamais rien entendu du pareil, en émit frappé «l'un religieux éPmnemenl; c'est ce que lui-même a rapporté, el il ajoutait que depuis les ayant menés mseï souvent ensemble, dans U»
leinp* qu'il* étaient cardinaux l'un el l'adiré, il avait toujours été dans la môme admiraiion ; niais qu'il Tut surtout un jour touché jusqu'à verser des larmes, lorsqu'il entendit parmi beaucoup d'autres discour» spirituels ce» paroles sorties de leur bouche, et prononcées d'un accent tendre et animé: « Croyons-nous en vérité que celle pourpre nouscouduira dan» le ciel.»
Bellarmin ne larda guère à en être rovAtu; Clément, h la suite duquel il était, av.mi fail à Fernro un séjour de huit mois, pour donner une nouvel'e forme au gouv. rnrmeni do l'K'al, pour embellir la ville «ji pour y faire brttir une cilailelle capablo • l'assurer sa conquête, retourna à Rome* où, il le combla de nouveaux honneur» : mai» celui qu'il lui fit en allant à Fruxcati, l'obligeant à monter a cheval, à être continuellement pour s'entretenir familièrement avec lui, léle couverte, à la portière de son carrosse, ne laissn plus aut politiques nul doute qu'il no voulût bientôt l'honorer d'un i!i;ipeao de cardioal. Bellarmin lui-môme « ii trembla : il savait que sa promotion avait déjà été résolue par Innocent IX, cl craignant tout des bontés du Pape présent, il en donna avis au général de la Compagnie, en le suppliant d'employer ses bons offices pour empêcher sa nomination, offrant d'aller s« jeter lui-même aux pieds de Sa Sainlevé pour détourner ce coup, qu'il redoutait plus que la mort. Mais ni lui, ni le général ne purent rien gagner sur l'esprit du Pape; c'éfail une affaire runclue, et il la puhlin le 3 mars 1599, où il déclara treize cardinaux, entre lesquels il mil Bellarmin*, avec Cet éloge prmionré de sa bouche: « J'a* choisi reiui ci. parce que l'Eglise de Dieu n'a pas snn pareil en savoir, et parce qu'il esl neveu d'un gran'l et saint Pane.»
Le consistoire finf, le cardinal Aldobrandm, qui avait des bontés particulières pour Bellarmin, lui envoya le manpiis Sanuesio pour loi faire savoir sa nomination au cardinalat, et le commandement que lui faisait le Saint-Père, de ne pas sortir sans un ordre exprès de Sa Sainteté. Celte nom elle fut un coup de massue qui étourdit l'humble religieux. Atteint d'une plaie profonde, et n'ayant pas la liberté d'en aller chercher le remède hors de la maison dont la sortie lui était interdite, il assembla tous les Pères, pour le» prier de lui en suggérer. Tous convinrent qu'il n'émit pas possible d'en trouver, qui ne vint appès Coup. Il ne désespéra i»as cependant, et dépécha sur-lo-chanyp un liomme de contlance au cardinal pour lui dire, «qu'il le conjurait, le» larmes aux ycut, de vouloir lui servir de médiateur auprès de Sa Sainteté, pour éloigner «le lui une digullé, que l'inslilul de la Compagnie
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el i»a propre insuffisance ne fui permettaient pas d'accepter, à laquelle d'ailleurs il sentait des répugnances insurmontables; qu'il lui aurait (('éternelles obligations, s'il ajoutait celle insigne faveur, qu'il n'espérait que du lui seul, à toutes celle» dont il Pavait si souvent honoré. »
Il était tout entier à sa douleur, quand ou vint I avertir do se rendre auprès du Pape. Eu y allant, il espéra encore que le Souverain Ponlifo te laisserait fléchir. Il trouva dans l'appartement du cardinal Neveu ton» ceux de la promotion, changeant gaiement d'habits, et se disposant à recevoir la calotte rouge : pour lui, immobile à ce sjiectacle, il ne put parler au cardinal que pour lui faire, mais inuliloment, la dernière instance. Aldobrandin lui ayant dit qu'il risquait do faire un péché considérable, en résistant à des ordres si précis, l'humble religieux, eu pleurant, se revôtil de la pourpre, el fut ainsi conduit en présence de Sa Sainteté. Dès qu'il y fut, à peine avait il ouvert la bouche pour plaider lui-même sa cause, lo Pontife, à la première parole, lui imposa silence, lui ordonna en vertu de la saiute obéissance, et sous peine de péché mortel, d'accepter lo chapeau, et lui défendit, sous peine d'excommunication, de faire aucune réplique
Cette dignité allait lui coûter toutes les douceurs do sa vie. C'est le sentiment qu'il conserva jusqu'au dernier soupir, ayant toujours regretté la précieuse ahieeiion dont le privait celte éminente dignité. Tous sos amis durent le cousoler; et, tandis qu'on félicite les autre» de leur élévation, il fallut lui adresser des compliments du condoléance, pour prendre part à si tristesse. On ne trouva pas d'autre moyen d'essuyer ses larmes, que de lui représenter la volonté du Soigneur, si clairement manifestée, en rassurant d'ailleurs quo ie nouvel état où il entrait ne lui enlevait son repos,
3 ne pour qu'il en fit un sacrilice > la gloire e Dieu et à l'utilité de sou Eglise.
C'est ce que firent, entre autres, les cardinaux Ue Vérone et Tarugi avec l'atreclion la plus tendre. Celui-ci, qui était son compatriote, el quo Clément VIII avait tiré de rOraloire, pour le faire archevêque do Sienne el cardinal, s'exprima en ces termes dans une lettre qu'il écrivit à son ami affligé: «C'est une providence toute particulière de Dieu, que vous ayex été élevé malgré tous au cardinalat: le maître du festin n'a pn vous souffrir plus longtemps à la dernière place, quo I humilité vous avait fail choisir; il s'est servi du sou Vicaire pour vous prendre par la main el vous faire monter plus haut. Je m'en réjouis avec toute l'Église: mais je ue laisse pas de m'en attrister avec vous. Je lo fais il autant plus volontiers, que je sens moi-même lu poids do la chorge qui fait le sujet de votre douleur. Nous avons quitté, vous et moi, une vie tranquille, el nous voici jetés dans des embarras inévitables dans le poste où nous sommes. Nous avons cependant eu cela
m me de quoi nous consol.r; c'est .que server dans sa vigueur. Il a paru par' toutes
iiotre» élévation nous fournit plus de moyens pour servir l'Eglise. Conservons seulement, dans ce. degré éminent, l'humililé de cœur, que nous avons apprise dans \n religion. » L'autre cardinal était en vénération à Rome, pour son grand âge, pour son prorond savoir et son ém mente vertu.
les circonstances dont nous avons été lé. moins que Noire-Seigneur, dont nous devons adorer la providence et respecter L-s ordres, a voulu faire passer son humble servileur.de l'obscurité de la religion, sur le théâtre de l'Eglise, pour y briller avec plus d'éclat et porter plus loin les lumières de
tl écrivit a Bellarmin a peu prés [dans les sa doctrine et de sa piété. Nous lo perdons mêmes termes.
Quant à Jusie-Lipse, qui vivait trop loin de lut pour bien connaître ses sentiments, il lui adressa des félicitations. Ce célèbre érudit, né on Flandre, fut secrétaire du cardinal Granvelle, et depuis enseigna les belles-lettres «vec éclat dans plusieurs universités, et surtout en celle de Lou vain. C'est là qu'il avait connu Bellarmin, et c'est par suite des liaisons qu'il eut avec lui, qu'ayant appris sa promotion. « Jo vous en félicite de tout mon cœur, lui » écrivit-il, « non
a In vérité; mars qu'importe: c'est trop de gloire à nous de le perdre pour Dieu, dequi nous l'avons reçu, et à qui nous le rendons. D'ailleurs il n'oubliera pas la tendresse avec laquelle ta Compagnie l'a porté dans son sein ; ir protégera par son crédit celle qui l'a élevé avec tant de soin, et h laquelle H a déjà tant d'honneur par les ouvrages de son esprit et parles exemples desapiétô.U L'élévation de Bellarmin remplit de joie le monde chrétien ; elle fit honneur au Pape jusque dans les pays hérétiques; on ne put
pas comme d'une grâce, mais comme d'une s'y défendre de rendre justice a l'Eglise ro*
justice qu'on vous a faite. » Le cardinal lui maine qui savait couronner le vrai mérite,
répondait le 2 novembre 1600: « Dois la fé- en mettant au nombre de ses cardinaux Ba-
licilalion que vous me faites, je reconnais ronius et Bellarmin. Il y avait trois ans
en même temps ut votre bouté, dont je re- que celui-là, tiré de l'Oratoire, avait été
çoiale témoignage avec plaisir, et votreer- admis au Sacré Collège, et depuis ce temps
reurque j'excusodans un ami qui veut bien t! n'avait cessé de l'agiter pour obtenir le
se tromper sur mon mérite. Ce que je puis môme honneur h Bellarmin. Il disait hau-
vous ajouter, c'est que je no trouve rien, dans rémittent degré où l'on m'a mis, qu'un fond d'une très-périlleuse inquiétude. »
Après la promotion de Bellarmin, le général Aqunviva adressa a toutes les provinces de l'ordre la circulaire suivante, qui fait connaître l'esprit du l'institut des Jé*
lemcnt qu'il était de toute l'Eglise eHui qu'il eu croyait lo plus digne : il épiait toutes les occasions favorables d'en parler h Clément VIII. L'ayant entendu un jour regretter la sagesse et les lumières de Tilel il lui fil de celles de Bvllarmin une peinture si vive, que lu Saint-Père ne balança plus sur lu choix de celui qui devait remplir
suites : « Vous aurez sans doute appris déjà dans le Sacré Collège, le videlaissé parlainort par d'autres voies l'élévation du P. Bellarmin du cardinal, dont la perle lui tenait si fort au au cardinalat et vous n'aurez pas manqué de sentir comme moi ope vraie douleur, devoir
la porto de la Compagnie s'ouvrir aux dignités de l'Eglise. C'est pour m'en consoler avec vous, que j'ai cru devoir vous mander qu'il n'a pas tenu & nous qu'elle ne fût toujours fermée. J'ai fait de ma part, selon le devoir de ma charge, tout ce qui m'a été possible pour obtenir du Vicaire de Jésus
cœur. Il faut dire que l'illustre ami fut transporté de joie, <juan<l il vil la justice qu'un rendait au mérite de Bellarmin, et qu'il ne commença à porter patiemment la pourpre
3uc lorsqu il en vil revêtu le compagnon e&es éludes el doses travaux pour l'Eglise. Ces deux grands hommes que la nature .semblait avoir formés tout différents d'humeur et d'inclination, Bjronius étant ualurelle-
Christ qu'il nous laissât la possession de no- meni rigide et sévère, Bellarmin doux el
Ire humilité. Lu nouveau cardinal lui-même, gracieux, n'élaienl qu'un môme cœur, el
plus alarmé que tout autre, au premier bruil dans » e même cœur il n'y avait qu'un même
t|ui courut Je sa promotion prochaine, lit pour désir de plaire à Jésus-Christ, cl de consacrer
i empêcher tous les efforts imaginables et par à so i honneur les rares talents qu'ils eu
lui etparâesamis.daus le temps qu'on In lui déclara il ouvrait la bouche pour faire de nouvelles instances au Soi ni- l'ère, quand Sa Sainteté la lui ferma, eu lui défendant très-sévèrement, en vertu de la sainte obéissance, sous peine d'excommunication, de répliquer un seul mol: ajoutant qu'il ne s'agissait plus de délibérer d'une affaire qu'il n'avait conclue qu'après y avoir bien pensé, el avoir pris devant Dieu les dernières résolutions. Je vous fais volontiers part du toutes ces particularités, lus sachant très-capables de vous réjouir, eu vous faisant connaître toutes les diligences que nous nvons employées pour défondre ce point essentiel du notre institut, et lu con-
avaieul reçus. Ni l'un ni l'autre ne prenaient guère de résolution dans les affaires, ssns avoir consulté ton ami. Baronius avouait qu'il était quelquefois plongé dans; une mer d'amertume, quand il ne pouvait décharger sou cœur dans celui de Bellarmin. Bellarmin, de son côté, avait pour Baronius un retour si affectueux el si (cidre, qui no pouvait être séparé du lui sans douleur, el la mort de ce grand homme, qui arriva quelques années avant la sienne, ayant fail celle «line séparation, il le pleura avec des larmes, arrachées par une vraie tendresse ; elles interrompirent l'éloge funèbre qu'il en lit en. présence de tous ses domestiques.
Il n'avait nul couiiuerco avec la terre, dans
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le temps do ses exercices spirituels; et pendant tes f récieux jours qu'il y passait en solitude, il réglait ceux qu'il défait passer ensuite dans les fonctions d'une vie publique. 11 n'en sortait point qu'il n'eût mis sur le renier les lumières qu'il y avait reçues du Saint Esprit ; et quoiqu'il ne les écrivit que p« ursYti faire des règles de conduite. Il était contraint, parles instances de ses amis, de les communiquer au public. On les voit ri'cif illies sur les cinq traités spirituels, qui ont été traduits m notre langue.
I.e premier, Deascens. mentit ad Deumper trains rerum humannrum, est celui dans lequel il enseigna à se servir des créatures, fournie «le degiés pour monter au Créateur. Il le dédia au cardinal Aldobrandin, auquel il no crut pas pouvoir mieux marquer sa reconnaissance, qu'en lui mettant en main de quoi se sanctifier au milieu de ses importantes occupations, et en lui montrant l'art de les rendre Spirituelles, et de faire pour ainsi dire, de la terre même/ une espèce d'échelle pour s'élever en esprit dans le ciel.
Le S* est. De C éternelle félicité des sainte, à (a vue desquels il se consolait de la longueur «le son exil. Il l'adresse au cardinal OJonrd Farnè*<*, bienfaiteur des Jésuites.
CV<it aux Jéusites mêmes qu'il présente son 3* ouvrage. De grmitu eotumbœ, site de bono lacrymurum. « Il est bien juste qu'il retourne a vous, mes chers frères, » leur dit-il, » ce petit recueil de bonnes pensées, que le Saint-Esprit m'a inspirées chez vous, «>ù dès ma première jeunesse j'ai eu la doucrur de vivre, de sucer le lait de ta mfme mère, et d'apprendre d'elle à le distribuer aux antres. N est elle pas elle-même un membre viv nt de la colombe mystérieuse, c'est-a-dire de l'Eglise, avec Ja- «luellt-elle gémit, et pleure la perle des Ames? Na-l-elle pas aussi le vol. la fécondité, la colère douce et sansQel de la eolombr», ayant dé^a porté jusqu'aux extrémités de la terre le nom de Jêsus-Clirist, lui ayant engendré tant d*enfai:ts spirituels, et faisant la guerre au vice et à l'erreur, sans avoir ni dureté, ni amertume pour ceu\ qui s'y trouvent malheureusement engagés. D'ailleurs quand j«* vous exhorte au x larmes, je ne foi s que vous anmier à suivre les exemptes domestiques, que vous avez dans la Compagnie. Celui, qui en fut le fondateur, en répandit avec, tant d'abondance, qu'il Tut obligé, pour ne pas perdre entièrement la vue, il en demander à Dieu la modération. Saint Français Xavier en versait de si douces au milieu df$ nations barbares, qu'elles lui faisaient oublier toutes ses peines, et tout nouvellement nous venons de voir Us bienheureux Stanislas cl Louis de tionzague en verser tlv% torreuta dans la ferveur de leurs prières... »
Le où il explique les sept paroles de Jésus-Christ mourant. De trptem terkis a Christo l'a eruce prolatit, l'ut pour les PP. Célestms, et le 5', De orle bette moriendi tibri duo, est celui dans lequel il se li a. e à
DES CÀllDlHAUX. DEL
lui-même et ensuite a ses lecteurs, l'ail île bien mourir, do tous les arts le plus Important, et le plus négligé de la plupart des hommes, surtout des grands du momie, qui vivent assez ordinairement, commo s'ils ne devaient jamais mourir. Il l'offrit au cardinal François Sforce, pour honorer en sa per-
sonne la mémoire de Grégoire XIII, auquel il était allié.
Sachant qu'un homme est peu propre an gouvernement de la maison de Dieu, s'il ne s.iil pas gouverner la sienne.il mit un ordre admirable dans son domestique; il lit de sages règlements pour y entretenir l'innocence, la paix, la charité. Il vouhrt, entre autres choses, qu'on entendit chaque jour la Messe, que lui-môme disait tous les matins ; qu on assistai aux litanies qu'il récitait publiquement «1 l'heure qu'il croyait la plus commode à ses gens, qu'on ni la prière du malin et celle du soir, qu'on dit en quelque autre temps de la journée le roaire de Notre-Dame; que tous approchassent, au moins une fois lo mois, du sacrement de pénilonce, et qu'il* reçussent de sa main celui de l'Eucharistio pour le moins aux principales fêles de l'année, a quoi il les disposait quatrejours auparavant, en leur parlant des merveilles de cet adorable sacrement. Il avait soin que ceux qui étaient b son service ne manquassent point b celui du Seigneur; il les instruisait lui-même, et, aux instructions qu'il leur donuail chaque semaine, en forme de catéchisme pour leur expliquer les mystères et les vérités de la religion, il ajoutait souvenl de familières, mais vives exhortations, pour leur faire aimer la loi de Dieu, et les porter h la garde de ses commandements. Ses serviteurs étaient pour lui des amis, des frères, des enfants adoplifs.
Il n'aimait la pauvreté que pour lui seul , et c'est avec une espèce de scrupule qu il se voyait obligé d'avoir un train convenable a sa position ; la délicatesse de sa conscience aurait été blessée, s'il n'en avait rendu un compte exact. Voici celui qu'il mit entre l«* mains du général des Jésuites, en le priant d'v retrancher librement ce qu'il jugerait excéder l'état d'un cardinal profès de la Compagnie. « Pour ce qui est du vivro, du vêtir et de ce qui regarde immédiatement ma personne, je n'ai presquo rien changé de mes ancie nies habitudes. Je suis^ confus du grand nombre «le domestiques, qu'on m'a contraint de prendre chez moi ; il y en a dix qui sont de qualité, et quime de moindre considération ; les premiers ont chacun un homme è leur service. A la vérité dix p<-isonnes pourraient me suffire ; dois-je m ." lenir à celle nécessité précise, nu avoir égard a l'usage des plus réservés cl plus exemplaires du Sacré Collège qui mus entretiennent un nombre d'officiers, pue:» a celui de ma maison.
€ J'ai trois carrosses; deux me sont absolument nécessaires, pour me trouver aux fondions publiques; le troisième est pour suppléer dans les accidents qui peuvent ai-