BEL DICTI
river anx doux autres. Mes mculdcs sont assez simples, è l'exception do quatre chaises do velours, quo je fais présenter aux personnes de marque qui me font visite; c'est h vous de voir si celte considération doit remporter sur les anciennes obligations de ma profession religieuse, qui me paraissent toujours nouvelles. J'ai pour toute argenterie quelques flambeaux, un bassin, une aiguière, des cuillers et des fourchettes ; tout lu reste est d'étain. Trois de mes chambres sont tendues, en élé, d'une tapisserie de cuir doré; deux en hiver, d'une serge de neu de valeur. (C'est colle qu'il envoya quelques années après & dos pauvres honteux, pour qu'ils s'en fissent des habits pendant un rude hiver, en disant que ses murailles n'avaient pas froid: et qu'il valait beaucoup mieux qu'elles fussent nues, quo do manquer è couvrir les enfants de Jésus- Christ.) Enfin, quant a mes revenus, j'en emploie une partie a la livrée, aux gages et a l'enlrelicn de mes gens; une aulre au loyer de ma maison; une troisième au soulagement de mes proches, dont les vrais besoins me sont connus; la quatrième, à la nourriture des pauvres et a l'ornement des églises. • Le général Aquaviva ayant trouvé qu il était plus édifiant que lo Cardiual se passât des chaises de velours, elle» furent incontinent supprimées.
Clément recueillit des conseils de Bellarmin tout le fruit qu'il s'en était promis. Il y déféra contre ses propres pensées, dons un point important. Il s'était mis dans l'esprit de Taire expliquer & Rome la philosophie de Platon, au lieu de celle d'Arislole. Peulô<re ce penchant lui était venu dans la lecture des Pères du i" siècle, qui donnent beaucoup plus dans les sentiments de l'Académie, que dans ceux du Lycée, ou bien, en lisant PI» ion , il y avait trouvé pins de rapport avec nosdo^nes. Qu>i. qu'il en soil, s eu étant ouvert à Bellarmin , et lui ayant exposé sa pensée sur les deux philosophe*, dont il préférait le premier. « S linl-Pèro, » lui répondit Bellarmin, « puisque Votre Sainteté m'ordonne de lui dire ce que je pense sur ce sujet, je lui avouerai que Platon a été le philosophe des premiers théologiensde l'Eglise; mais elle sait mieux que moi qu'il a éte.le théologien des premiers hérétiques ; que c'est lui qui leur a fourni des armes pour combattre la religion ; nue celte espèce de conformité, qu'il semble avoir avec la sévérité, est le piège dont ils se sont servis pour faire tomber dans Terreur une infinité de personnes quo cette apparence a séduites. C'est pour ce motif quo Teriulli« n, dans le traité lh l'âme, s'est élevé contre sos idées, qu'il les a regardées comme les fatales semences des réverios dos guos tiques, et coromo des mystères capables •J'enfanler l'iinposluro ; qu'Origèue , |K>ur s'être amusé à cueillir les fleurs de l'éloquence de Platon, a élé surpris par lo poison qu'il n'y a pas aperçu, et qu'il a ensuite répandu dans ses livre* : quo ceux de Platon ont élé pour cela frappés» d'aoalbèuue
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par le cinquième synode, et proscrits des plus fameuses universités de l'Europe. Arisloie, au contraire, est aujourd'hui comme le philosophe universel, depuis qu'on l'a démêlé des rêverios des Arabes, et qu'on a su prendre on main ses solides raisonnements, pour confondre les subtilités des novateurs. A la vérité, l'abus qu'en firent ces mauvais génies, et la crainte qu'on eut que quelques commentateurs impies n'y eussent glissé le venin de leur impiété, jetèrent, en un certain temps, quelqu-s flétrissures sur ses ouvrages ; jusqu'à ce que, le texte étant bien distingué du commentaire, et la véritable doctrine, de son mauvais usage, Alexandre de Ha'ô* , Albert le Grand . Saint Thomas et be-iucoup d'autres pieux et savants hommes remirent Aristote en honneur, et firent refleurir sa doctrine dans les écoles. La raison qu'ils en eurent, c'est que cet auteur leur parut d'autant moins dangereux, qu'il fait moins le théologien , qu'il so tient renfermé dans la sphère de la pure philosophie, et que ses principes , en beaucoup d'endroits, loin d'être opposés a ceux de la foi; leur" sont très-favorables. Rien enfin ne justifie mieux ce dernier philosophe, et no lui doit mériter plus d'estime dans l'esprit de Votre Sainteté que l'honnear
Sue lui a fait, il y a plus de cent ans, un e vos prédécesseurs , Nicolas V, en appelant les plus habiles gens de l'univers pour en faire à ses frais une traduction fidèle, qui pût être entre les mains de tous les mattros. • C'esl a cette occasion que le Ponlife répéta ce qu'il lui avait dit souvent, qu'il l'avait fait cardinal pour rendre justice a son mérite , et surtout pour avoir auprès de sa personne uu homme qui lui dit la vérité.
Bellarmin, qui respectait les paroles du Vicaire de Jésus-Christ comme celles de Jésus-Christ lui-même , se çrut obligé , pour obéir, do lui tracer une coude idée da ses principes obligations, et de la lui présenter comme un miroir, dans lequel il put découvrir les défauts qui peuvent se trouver dans le gouvernement de l'Eglise. Il adressa au Ponlife un Mémoire qui se trouve dans l'estimable ouvrage du P. Frizon.
Personno n'ignore les célèbres contestations qui s'élevèrent à R'>me, sous le pontifical de Clément VIII, entre les Dominicains et les Jésuites. Elles prirent naissance en Portugal, aussi bien que le livre de Molina, qui fut le sujet deces disputes, lesquelles durèrent |> ndant plusieurs années, ci ne cessèrent que par un ordre exprès de Paul Vq.ii laissa les deux partis dans la possession de leur doctrine. Ce fameux livre, on l'appelle ainsi, parce qu'il a fait biendu bruit dans tu inonde, est intitulé : La concorde du libre arbitre avec tes dons de ta grâce. Bellarmin joua dans celle querelle un grand rùle.
Bientôt il fut nommé a l'archevêché de Capouo. Suivant certaines gens, lo Pontife aurait voulu so délivrer honnêtement d'un importun cou«eiller. Il est constant qu'il ne se détermina, qu'après en avoir été pressé par le wrdiual Barouius. Cet ami fiJèlo
DES CAUDINAI X.
<»\»"rt«« souvent à Sa Sainteté la pauvreté do B« l/nrmin; l'impuissance où il était do soutenir son rang , a toc le |>eii do revenu qui toi liait assigné, et la résolution où on lo savait do n'en demander jamais de plus considérable. Il épiait les occasions des bénéfices vnrant< avec autant d'attention, que ceux à qui l'intérêt ou l'ambition les lait briguer pour eux-mêmes, afin de lui en faire tomber quelqu'un ; et on peut dire avec justice que le siège de Capoue «lui Tut donné s la sollicitation du savant annaliste de l'Eglise.
Clément , de son côté, était souvent convenu avec Baronius, que Bollarmin n'avait pss de quoi vivre avec dignité; que , moins il avait soin de lui-môme, plus il méritait qu'on y pourvût; qu'il fallait prévenir un homme qui avait besoin de beaucoup , et qui ne demandait rien , et qu'il avait à se reprocher de l'avoir laissé , pendant trots aus, chargé des travaux de l'Eglise , sans lui donner de quoi les porter convenablement. Ayant donc fait venir Bellarmin, il luv dit avec cet air de bonté qu'il savait prendre quand il voulait donner du relief tut grâces qu'il répandait : « Il y a longtemps que je devais vous avoir fourni les moyens d'entretenir avec honneur la pourpre, dont j'ai été heureux de vous revôtir; vous vous êtes oublié vous-même ; il fallait que je m'en souvinsse plus tôt ; je me »ult trop reposé sur la confiance que je supposais que vous aviez en m<>i, et sur la disposition où j'étais de ne vous rien refuser; votre désintéressement m'a fait tort plus qu'à *ous ; il faut que je me venge, que ju vous lire de l'indigence dans laquelle je ue devais pas vous souffrir si longtemps et que je préfère à la satisfaction quo j'aurais eue de vous posséder pendant ma vie , ce/le de vous mettre en état d'être a votre aise après ma mort ; c'est pour cela que je veus lais aujourd'hui archevêque de Calque. • Il fut consacré en avril 1602.
Capoue, située dans le royaume de Naples, en la terre de Labour , nV-st plus celte Caloue si fameuse dans l'histoire , pour avoir sauvé Rome, en amollissant par ses délices l'armée d'Annibal. Les Romains s'en étant rendus maîtres , l'an de Rome 543 , l'épargnèrent en considération du cet importait service. Mais elle fut ruinée depuis par divers conquérants , qui n'avaient pas la nième raison de la conserver. Une nouvelle Cepuue fut bâtie sur la fin du vi' siècle, presque sur les ruines, è 3 kilomètres de l'ancienne, sur les bords du Vullurne. Les Lombards, qui en jetèrent les fondements , nt se mirent pas eu peine de la rendre ou>*i considérable que la première ; ello l'est devenue cependant ; car, si ello est inférieure à celle-çi en grandeur et en beauté, «Ile a aujouid litii le nom de métropole que lui donna, en 678, Jean Xlll, le jour luCuie \}*%\ s'y trouva aveu Othon le Grand, venu 'Allemagne pour le rétablir sur son siég-, que l'avaient contraint du quitter les R,-
main?;, impatients de sa domination un pou dure.
Dès qu'on y sut la nomination de Bellarmin, la joie fut universelle; Capoue se crut aussi fortunée de l'avoir pour prélat , que Milan l'avait été d'avoir Charles Borromée pour archevêque : mais rien ne inarqua mieux l'estime qu'on faisait de sa vertu, que la manière toute nouvelle avec laquelle on se disposa à le recevoir, Pendant que les autorités ordonnaient les préparatifs de cette fête, les particuliers travaillèrent déjà" à la réforme de leur vie, persuadés qu'ils ne pouvaient rien faire, qui fût plus agréable au saint homme, que dô corriger leurs mœurs profanes1, et de purifier leurs rœurs , où ce nouvel Eadras venait rétablir la sainteté.
Il parut bien à son entrée que c'était la tout son dessein; car ce qui en fit la plus grande célébrité fut une indulgence nlénière, qu'il avait obtenue du Pape, et qu il publia le jour même au pied des autels, où l'on peut dire qu'il fut porté comme en triomphe, au milieu desarclamaiions de tout son peuple. C'est là qu'adorant le souverain Pasteur des âmes, il se dévoua tout entier au service de celles qui étaient commises à ses soins, et, à son exemple, s'pirrit de verser pour elles jusqu'à la dernière goutte de son sang.
Dès le jour de l'Ascension, qui suivit de fort près celui de son arrivée, il monia en chaire, pour distribuer à ses enfants spirituels la nourriture de la parole de Dieu ; ce qu'il continua de faire toutes les fôtos et tous les dimanches avec une assiduité dont on n'avait jamais eu d'exempte à Capoue, et avec une diversitédu matière, qui soutenait son auditoire dans une avidité toujours nouv> Ile. Les sujels chaque annéo furent différents. Ceux de la première furent l'explication des Ei-ltres qu'on dit à la Messe; il traita des Evangiles pendant la deuxième, et la troisième fut employée à exposer le sermon quefit Moire-Seigneur sur la montagne, pour apprendre à ses disciples, ejt, en leurs personnes, à tons les Chrétiens des siècles a venir, la sublime doctrine qu'il était venu apporter au monde. On était charmé de ses discours : on venait en foule à Capoue de tous les lieux d'alentour; les personnes les plus distinguées de Naples s'y rendaient pour avoir le plaisir de l'entendre, et ils estimaient les Capouans heureux d'avoir un tel archevêque. C'était un spectacle d'autant plus nouveau, qu'il n'y avait jamais eu de prédicateurs, sinon dons les temps d'Avent et de Carême; et que les prédécesseurs du cardinal, comme on le voit assez communément ailleurs, se déchargeaient sur ri autres du soin d'annoncer l'tivnngile. Le saint prélat voyait avec joie germer la divine semence, à mesure qu'il la jetait dans les auditoires; sa parole, animée de I Esprit-Saint, et soutenue par la sainteté de sa vie, encore plus que par son caractère . imprimait dans les âmes la crainte ue Dieu, l'horreur du vicu et l'amour de la piété ; elle rappelait les plus
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égarés à .fMirs devoirs» cl elle inspirait mit plus libertins les senliœenls d'une véritable pénitence.
Il y avait cependant encore un désordre, dont Ifi contagion s'était répandue dans la campagne, H qui, fortifié par l'usage, «voit jusque-là résisté au zèle avec lequel Rcllarmïn avait tâché de le décrier dans ses prédications. Toute la jeunesse de Capouc et des lieux voisins avait une espèce de fureur pour les jeux de hasard. On.ne pouvait passer par les rues, qu'on n'y vit des joueurs, les dés ou les cartes à la main ; on »»n tenait des académies non-seulement dans les maisons, mais sur les places publiques. De celte licence, qui était la source de beaucoup d'autres, naissait te mépris des lois divines et humaines, les querelles, les jurements, les blasphèmes, la ruine des familles; s.tns compter la peple du temps beaucoup plus précieux que l'argent même. L'arche vôque sentit bi. n qu'il risquerait l'honneur de sa dignité et celui de la divine parole, s'il se contentait de déclamer contre cetlo funeste coutume. Après y avoir réfléchi, il crut qu'il y fallait, pour en venir à bout, appeler le bras séculier au secours de l'Eglise, et que rien ne pourrait tenir contre ces deux puissances, quand elles seraient unies. Il ne s'adressa pas pour cela aux officiers particuliers, qui n'avaient peut être pas assez de crédit, pour s'opposer au torrent, ou qui auraient fait difficulté de l'arrêter, par l'intérêt qu'ils avaient eux-mêmes à lui laisser un libre cours, a cause des -sommes considérables qu'ils eu liraient. Il alla droit au viceroi de Naples, auprès duquel il lit agir un homme de confiance , estimant qu'il élait d'uue importance extrême qu'il ne parût pas dans l'a ira ire, pour ne pas aigrir les magistrats de la ville, aven lesquels il voulait toujours vivre en parfaite intelligence. Le viceroi fut heureux do trouver cetlo occasion d'obliger le cardinal, selon l'ordre qu'il en avait reçu de Philippe J II et de Marguerite d'Autriche ses maîtres. Les lettres patentes furent incontinent expédiées, par lesquelles le Roi Catholique renouvelait les lois déjà portées contre les jeux de hasard, el les défendait sous de plus grièves peines; elles furent adressées au gouverneur de Capoue, avec ordre de les faire exécuter dans toute leur rigueur, après les avoir communiquées à sou prélat, et avoir pris ses avis. Tout cela se fit comme l'avait projeté Ilellariuin, avec un concert admirable de sa part el de celle des principaux de la ville; de soi te qu'en très-peu de temps, on ne vil plus de joueurs, ni dans les maisons, ni sur les places ; les académies furent fermées, et une passion dangereuse, qui semblait avoir acquis un droit de prescription dans le diocèse, en fut entièrement proscrite
Quelque appliqué, qu'il fût & la réforme des laïques, il l'était encore plus à celle du clergé. Il avait appris chez le prophète que, tel est le prêtre, tii est le peuple (lia. xuv, 2),el qu'en va u on travaille à sanctilier les autres ordres de l'Etat, si celui qui fait une
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particulière profession de sainteté en néglige les devoirs. Il commença par prendre une connaissance exacte de son clergé; il en voulait savoir les mœurs, les talents, la science et la conduite. Il appela.à l'examen tous ceux que leur oflice»ou leur chanté occupait an bien des Ames ; et, comme il y empUya volontiers les personnes quj «-n étaient capables, il en éloigna aussi les autres, qu'il ne trouva pas doués d< s qualités nécessuires pour exercer avec fruit el avec édification un si saint mi-iisière.
Il |»assa de là à In visite de la ralhédrale, qu il regarde comme le centre d'où la piété se devait répandre dans toutes les parties de son diocèse. Il eut à la vérité la douleur de rencohlrer quelques a' us qui s'y étaient glissés : mais il eut bientôt la consolation de les voir changés on de saints usages, tels que les avait réglée le concile do Trente. Rien n'y était plus opposé que le petit nombre de prêtres qu'il trouva dans son Eglise ; de quarante chanoines qu'il y avait, on n'en comptait que six qui eussent le sacerdoce. Il n'eut pas besoin de leur faire violence ; il ne leur eut pas plutôt représenté l'honneur et la sainteté de ce degré supiême, les inestimables trésors de grâces, que perdent ceux qui négligent de s'en rendre capables ; les avantages que tire un chapitre du grand nombre du prêtres ; le décret du concile, qui voulait qu'il y en eût au moins la moitié qui le fussent, que tous se rendirent sans résistance; de sorle qu'en moins d'uno année, de quarante chanoines, il y en eut vii gt piètres, dix diacres et dix autres, auxquels il conféra le sous-diaconat. Tous persuadés par les raisons, el encore plus par la manière engageante avec laquelle il les proposait, se laissèrent former de sa main, selon l'idée des saints canons ; toute son église parut en un nouveau lusire; le service divin s'y célébra avec dévotion el dignité; les cérémonies s'y observèrent avec exactitudo; les louanges du Seigneur s'y chantèrent avec modeslie, el il y mêla une musique grave el majestueuse, qui inspirait des sentiments de piété, sans distraire les esprits.
On faisait de ce lieu saint comme une espèce de place publique ; et la proximité du marché, qui se tenait vis-à-vis, élait ratiso qu'on y passait continuellement avec des charges do marchandises, ol qu'on y troublait, par un bruit continuel, la tranquillité des divins Olfices. Il fit mun-r la porte qui était l'occasion de ces désordres, résistant avec une vigueur inflexible à quiconque osa s'y opposer; el, à l'imilalion du Fils de Dieu, il rétablit dans un calme religieux la maison du Seigneur, qu'on avait si peu respectée, et il en fit une maison de sacrifice et d'oraison. Il empêcha même qu'aucun laï que plaçât sa chaise dans le chœur. La défense en ayanl été publiée par ses ordres, un homme constitué en dignité no laissa pa3 d'y faire porter son siège : mais le saint archevêque, animé du même zèle a#vec le* auel saint Ambroise avait autrefois* refusé I entrée de son église à Théodose, arrêta
MCT10KNAIR.F.
n lni-ri, en fvi faisant dire pr un de ses officiers, que le. sanctuaire filait destiné h rem qui en «ont les minisires; qu'il n'appartient à uni autre de s'y ingérer, et que In reste de Pé^ise filait assez grand pour ceux «lui tenaient offrir leurs vœux au Seigneur. Mais rien ne maintenait plus efficacement les s.iges règlements qu'il avait faits pour Nu.nneur des autels, que son assiduité aux prières putdiques ; il s'y rendait régulièrement par un escalier dérobé, qu'il avait fait foire a ce dessein, pour aller commodément à l'église «n toutes les saisons. A|>rès avoir récité les Malines a genoux dans sa chambre, il ne manquait jamais de se trouver encoru i celles qui se chaulaient loutes les nuits dans sa cathédrale; et quelque usée que fût sa santé pa r ses veilles, ses pénitences cl ses études, on ne put lui persuader d'interrompre, même an cœur de l'hiver, cel exercice an<pie) il se croyait obligé, et comme archevêque, pour y engager les autres par son exemple, et comme chanoine, l'archevêché •le Capouu ayant une prébende qui lui était annexée.
Avant donné ses principaux soins h l'édifice spirituel de son Eglise, il n'en négligea pas les bâtiments matériels; il pouvait dire »»«c le Roi-Prophète : Seigneur, fat aimé InbravtiAt votre maiton. (Psal. xxm, 8.) Il n'épargna rien pour l'embellir : il changea I» disposition chœur; et du milieu, où il éuvt, il te ht reculer au bout de la nef, pour donner el plus d'étendue à l'une, et plus de majesté à Taulre. La chaire du prédicateur, où il paraissait si souvent avec un zèle d'àpdlre, fut construite par ses ordres. C'est lui qui acheva, à grands frais, In magnifique rhapellede Sainte-Agathe, incrustée de jaspe. Il ne frouvait rien, ni d'assez beau, ni d'assez riche, pour honorer la divine majesté dans (es lieux qui lui sont consaciés : mais il ne souffrait ncu de superbe dans son palais archiépiscopal ; il ny rechercha qu un nécessaire Monnête ; il le rebâtit presque à neuf, et y Gl faire assez de chambres pour y exercer l'hospitalité si recommandée, par saint Paul. (Hebr. xm, 2.)
Ilétaitcoiitiniiellemeiii occupé des moyens de satisfaire A ses obligations, et la visite de ses brebis dispersées dans les différents «♦droits du diocèse , étant une des plus essentielles à un évê<]uo, il ne manqua jamais de la faire une fois chaque année. A l'exemple du vrai modèle des pasteurs, qui envoyait devant lui deux du ses disciples pour disposer les peuples a recevoir sa parole, il se faisni: précéder par deux Jésuites, «lia qu'ils annonçassent la visite dans les •"•ux où il avait déterminé de la faire, et qu i s y préparassent les esprits par l'instruction. Le champ ainsi défriché, le cardinal y entrait poury jeter lui-même la divine semence. Dè> qu'il était arrivé, il se rendait à l'église avec les ecclésiastiques qui étaient * *e suit* ; et, après y a» oir l'ait sa prière, il célébrait la sainte liesse avec une dévotion qui se faisait sentir à tous ceux qui en cuieul les spectateurs; de l'autel il moulait
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en chaire, pour expliquer au peuple assemblé les mystères ei les vérités de la religion, mais surtout le bon usage des grâces que le* Sauveur leur allait conférer par son ministère. Les églises étant souvent trop petites pour contenir le grand peuple, qn: accourait de ions les lieux voisins pour le voir el pour l'entendre , il allait en pleine campagne a l'imitation du Suiveur, qui avait instruit ses apôtres sur la montagne : de quelque lieu «minent, ou du haut d'une colline, il enseignait la doctrine évangélique a ses pauvres diocésains, avec une force et une étendue de voix que la charité seule lui pouvait fournir. De la. sans se donner le moindre repos, il retournait h l'autel, pour y distribuer aux fidèles saintement affamés le pain eucharistique, et pour administrer le sacrement de confirmation a ceux qui ne l'avaient pas encore reçu. Il fallait le presser de quitter ses pieux exercices, fmur prendre un mauvais repas, que ses gens lui apprêtaient dans un hameau. Mais le serviteur de Dieu, qui se rassasiait de, fatigues, le trouvait toujours trop bon, dans la pensée que Notre-Scigneur n'avait pas été si bien traité dans les courses que lui faisait faire son amour pour les pauvres. th morceau do pain et un p!al d'herbes dans leurs cabanes avaient pour lui un goût plus délicieux que les mets los plus exquis; il les préférait aux festins que la noblesse de la campagne cl les curés auraient bien voulu lui faire. Pour ne manger chez personne, il faisait apporter deCapouc ce qui élail nécessaire et a lui et à ses domestiques; et il leur défendit si ex-
{>ressément de recevoir aucun présent, qu'il allut lui obéir, ou cesser d'être à son sérvice.
La fierté était loin d'avoir aucune part dans les refus qu'il faisait de la table des personnes qui le pressaient de l'accepter; il s'en excusait d'une manière si douce et si honnête, que tout le monde était convaincu que l'éminenle vertu du pasteur était le seul principe qui l'empêchait do Mon prendre de ses brebis. On le voyait avec une bonté paternelle visiter les plus pauvres dans leurs maisons, les consoler dans leurs misères, les soulager dans leurs besoins, et leur apprendre à mériter les biens de l'autre vie, en souffrant patiemment les maux de celle-ci. Ces bonnes gens étaient charmés de cette admirable condescendance, et surpris qu'un homme de son mérite el de sa dignité s'abaissât jusqu'à leur rendre les offices de la plus humble et de la (dus compatissante charité: ils le considéraient comme un ange venu du ciel; ils l'appelaient leur saint; iis l'écoutaient comme un apêlre ; ils l'aimaient comme leur père ; et on les voyait fondre en larmes quand il était sur le point de les quitter, pour aller en d'autres lieux pratiquer les mêmes exercices de zèle et de miséricorde.
Il prévenait les failles de ses ecclésiastiques, pour n'être pas dans la nécessité d'en faire justice ; el sa moiHèro de les prévenir, étdit du «leur en iuspirer une grande bor-
rour dans ses assomhlées synodales; do leur imprimer une haulo idée Je leur saint ministère, cl une vive crainte d'en profaner In sainteté. C'est là qu'informé des abus «les paroisse*, il enseignait h ceux qui en avaient In conduite, las moyens eifteaees de les réformer; cVst la qu'il dressait h l'exemple de saint Charles, son modèle, des règlements pleins de sagesse pour aider à la sanctification du pasteur Cl a l'innocence du troupeau; et comme il avidt reconnu que le dérèglement le plus commun dans la campagne, était la négligence des peuples à se faire instruire, et celle des prêtres à faire U s instruction*; pour attacher ceux-ci h cette partie si essentielle de leur ministère, il voulut lui-même leur en donner l'exemple dans sa cathédrale ; il descendit en leur présence, comme il avait coutume en d'autres temps, jusqu'aux plus familières explications du catéchisme; il y donna, comme une mère, le lait de la céleste doctrine aux petits enfants, les animant par l'attrait des récompenses & le recevoir avec profil; montrant a ceux qui en sont les pères nourriciers par leur emploi, de quelle manière il faut leur administrer la nourriture spirituelle, et les engageant ainsi à faire dans leurs paroisses ce qu'ils lui voyaient faire dans son église métropolitaine.
Il exhorta surtout ceux à qui Dieu avait donné le talent de la prédication, de l'employer avec fidélité ; et il mit entre les mains dn tous une exacte déclaration du Symbole des apôtres en langue vulgaire, avec ordre a ceux qui avaient peine 5 prêcher, d'en lire publiquement au moins un chapitre les fêles et les dimanches : après quoi, il les renvoyait chez eux pleins de joie d'avoir vu et entendu un si saint prélat; résolus do garder les règles qu'il leur avait données pour leur salut et celui de leurs paroisses, et y rap|K>rlanl, comme un précieux trésor, cette exposition de la foi. Il I avait composée dans le temps même de ses visites, où après avoir travaillé tout le jour, au lieu de reposer la nuit, il en employait une bonne partie a prier pour son peuple, et à lui tracer des instructions. Ce Catéchitme, qui ne comprend
3 ue les articles du Symbole, dilfèro de celui ans lequel il explique complètement toute la doctrine chrétienne, cl qu'il publia par ordre de Clément Mil, Sa Sainteté l'ayant fait revoir et approuver dans les formes, alin de le répandre dans toul le monde chrétien, où il souliAilail que les éléments de la foi fussent enseignés d'une manière uniforme.
Ce qui ût aimer de tout temps a Bcllaruiin ces sortes d'ouvrages, c'est la profonde ignorance, qu'il trouva non seulement dans la campagne, mais encore dans les villes, quelquefois même dans les personnes les plus avancées en Age, dont voici, entre autres, un exemple qui lui perça le cœur. C'était un
t'eudi saint ou la pratique ordinaire était de a ver les pieds à douze pauvres, qu'il faisait ensuite habiller a neuf. A leur tête se rencontra un homme d'environ cent ans : le cardinal eut d'abord de la joie de le voir, il
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s'imagina que c'était la comme un nuire saint Pierre, auquel il rendent, à l'exemple d<» Jésus-Christ, ce' oflle d'une humble charité. Afin do commencer selon sa coutume par une œuvre de miséricorde spirituelle, il l'exhorta en peu de mois, mais d'une manière tendre et pleine d'onction, a bien employer ce qui lui restait d'une si longue vie, pour en mériter une éternelle. Puis lui avant dit qu'il dés:rail lui cnlendro réciler le Symbole des apôtres, le bon vieillard lui confessa ingénument qu'il ne le savait pas, ajoutant que ce n'était pas son grand Âge qui le lui eût fait oublier, mais qu'il ne l'avait jamais su. Bellarmin, à ces mots, fut saisi d'une espèce d'horreur, dont le pauvre homme s'apercevait! lui allégua pour excuse que, s'd no l'avait. pas su, ivést qu'on ne le lui avait jamais enseigné. Celte excuse mit le comble a la surprise et a la douleur du saint archevêque : « Quoi I» s'écria«t-il,«dans (>pnue, qu'en cent ans if 'ne se soit pa« trouvé un homme qui enseignai h un Chrétien les articles du ta foi I combien y a-t-il peut-être de vieillards aussi peu instruits de ce qui est nécessaire il leur salull En quelle conscience peu* ni être laut de pasleurs négligents 7 quel compte rendrontils un jour des âmes qui leur sont confiées, et qui périssent faille d'instruction?» Voilà ce qui animait le zèle de l'homme de Dieu; c'est ce qui lui donnait une sainte passion de prêcher, d'exhorter, de catéchiser; et, pour animer les curés eux-mêmes à cet exercice évangélique, il lie se contentait pas de leur eu donner l'exemple dans sa cathédrale, il allait dans les paroisses, il y faisait assembler les entants, et il munirait aux pasleurs de quelle manière il fallait nourrir ces tendres brebis; les grand* y accourant avec les petits, il proportionnait à chacun sa nourriture, et en instruisait Jes paroissiens, c'était une belle leçon qu'il faisait aux prêtres chargés du gouvernement des paroisses. Il les appel. -lit même quelquefois en son palais archiépiscopal pour leur recommander instamment cet imporlant ministère, et pour leur apprendre en particulier, comment ils devaient s'en acquitter en public. Cu qu'il avait remarqué de défauts dans ses prêtres lui faisait connaître toujours davantage do quelle importance il élail de n'en consacrer aucun qui ne fûi digne de l'être. Aussi aj»portait-il un soin extrême dans ses choix.
Fidèle iuiitaléur d<; Jésus-Christ, dont il est dit, dans le psaume txxi, ■ qu'il sera le protecteur des pauvres, qu'il leur sauvera la vie, qu'il les arrachera des mains de l'usure el de l'ini piité, el que leur nom sera précieux devant ses yeux, » il regardait ces malheureux comme ses enfants, il se plaisait à un être euvirouné, quand il sortait pour quelque œuvre de piélé ; il voulait qu'on les laissât venir à lui, qu'on leur permit de lui parler, el qu'on leur donnât la consolation de recevoir, de la même main dont il les bénissait, les aumônes qu'il dislrihuatl à chacun,
Mais comme il était persuadé que les plus
nécessiteux ne sont pas ceux qui crient b la porte des riches, et qui font, dans les places publiques, une espèce d'ostentation de leurs misères, il avait chez lui la liste de toutes les familles pauvres de la ville. Son aumônier, accompagné de deux chanoines de la cathédrale, était, par lui, chargé de les visiter et de leur porter régulièrement, une fois le mois, le tribut ordinaire de sa charité. Il le leur porto* souvent lui-même, se trouvant honoré de rendre visite à Jésus- Christ affligé dans ses membres. On le voyait tantOt dans un hôpital aller, do lit en lit, consolant les malades, et ajoutant aux doureurs qu'il leur distribuait, ceîlo d'une tendre exhortation , qui leur faisait oublier leurs maux, ou qui les leur faisait supporter avec patience; tantôt dans les maisons des pauvres abandonnés, y ranimant leur conl'ianco, et leur faisant sentir par le prompt secours que leur fournissait la Providence, qu'elle assiste infailliblement ceux qui rocourenl à elle, et qui se jettent eotre ses l-rns.Les prisonniers, tout sépnrés qu'ils sont du reste des hommes, n'échappaient pas à s.i miséricorde; elle pénétrait ces sombres demeures, où sont réunies toutes les peines, et elle y répandait sur eux, avec les assistances temporelles, uneonelion toutecéleste. S'il y en avait qui fussent détenus par la dureté de leurs créanciers, et par l'impuis- 5anceoùils étaient de les payer, il satisfaisait lui-même à leurs dettes; et c'était un vrai triomphe pour lui, quand il les avait ainsi rendus a la liberté.
Une des charités qu'il avait le plus à cœur, c'était de revêtir les nus, et, quoiqu'il eût soin de la pratiquer en toutes les saisons, il y apportait en hiver un soin particulier. Sou romérier était employé h cette œuvrede miséricorde : «Allez,» lui disait-il, «cherchez dans ma garde-robe, lin z-eu tout ce que vous pourrez; voyez dans toute ma maison ce qui peut servir aux misérnbles pour les couvrir. » Outre cela, il y avait des familles entières qu'il faisait habiller depuis les pieds jusqu'à la tôle. Une de distinction, entre autres, était, par suite de malheurs, réduite à la dernière extrémité. A la première nouvelle qu'il en eut, il lui envoya dix écus qu'il avait entre l«-s mains: mais ayant appris que Paumône n'était pas proportionnée à la détresse, que non-seulement les garçons, mais Jeux filles et la mère même ne pouvaient aller, les fêtes et les dimanches, au divin service faute d'habits, le charitable archevêque ordonna sur-le-champ qu'on leur en fil, qui lussent convenables à leur rang; il y ajouta une pension lise à loucher choque moi*, et recommanda au père de l'avenir, si elle n'était pas suffisante.
Il apprend, par un des curés, qu'un paroissien malade a l'extrémité, était oncore en plus grand danger pour l'âme que pour le corps, par le désespoir dans lequel il était, laissant trois filles sans biens, sans appui et sans aucun moyen de |>ourvoir à leur subsistance. Le cardinal ne perd pas de temps, il se rend auprès de ce malheureux , il le con-
DlCTIOSX. DES CaMHNAI X.