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cardinal Camille Borghèse; il pril nom Paul V, digne du trône pontifical par seséminmles qualités. Accordant une haute science avec une tendre piété, un certain air do grandeur avec une bonté de père, une douceur charmnnle avec une infiexiblofermelé; celle-là en lit les délices de Rome, ccllu-ci lui mérita l'éloge d'invincible défenseur des libertés de l'Eglise.
La république de Venise, pour avoir fait des lois, nui lui parurent violer ces libertés, fut frappée d'interdit, et l'affaire pouvait avoir des suites très-fâcheuses, sans l'intervention de Henri IV, aimé du Saint Père et des Vénitiens. Celle grande querelle fil trop de bruit dans le monde» et Bellarmin luimême y eut trop de part pour qu'on n'en dise pas ici quelques mots.
Le différend, dont on parle, est un feu qui éclata sous Paul V, mais qui ne s'alluma que peu h peu. 11 y avait longtemps que la république de Venise, très-susceptible sur. le chapitre do ses libertés, et la cour de Home, qui ne l'est pas moins sur la conservation de ses droits, avaient dus difficultés ensemble. Elles s'étaient toujours accommodées, au moins pour un lemps, par la médiation des cardinaux de l'Etal vénitien ; quelquefois même on avait fait des concordats, qui avaient à la vérité empêché la rupture des deux puissances, mais qui avaient toujours laissé quelque aigreur dans les esprits.
Venise portail impatiemment le joug de l'Inquisition; et, quoiqu'elle ne l'eût reçue que par la détermination d<£ Grand Conseil, au temps de Nicolas IV, en 1289, sans y avoir été contrainte, comme on le lit entendre alors pour l'honneur de l'Etal, la seigneurie n'avait jamais pu gagner d'en faire un tribunal mi-parti, dout les juges fussent les uns ecclésiastiques établis par le Saint- Siège, les autres séculiers et qui fussent membres du sénat. Tout ce qu'on avait pu obtenir, c'est que ceux-ci assisteraient aux jugemonls, qui seraient rendus par les seuls inquisiteurs. C'était un triomphe que Home avait remporté sur Venise. Venise, de son côté, avec sa politique ordinaire, avait profilé de ce désavaulage et elle s'en était servie, comme d'un frein, pour modérer »,•! pour lier, quand il lui plairait, le pouvoir de l'Inquisition. Selon le concordat, on ne pouvait faire aucun acte juridique, sans y insérer cette clause, cum assistentia et prtesenlia llluitriuim. et Excellcnliss. DÛ.; de sorte que rien ne se décidait que du consentement du sénat qui, par ses assistanis, savait loul le secret du tribunal, et en suspeudait les arrêts, quand bon lui semblait.
Celle dépendance d'une puissance séculière mortifiait les ecclésiastiques, qui en portaient souvent leurs plaintes à Home, où l'on était déjà assez porté à affranchir l'Eglise de celle espèce d assujettissement, et à réprimer ce qu'on appelait les entreprises de l'Etal vénitien. Celle de l'emprisonnement do Scipion Sarasin, chanoine de Vicence, et de Saldemariu, abbé de Nervèse, parut insoutenable à Paul V,dès son avéue-
ment au pontifical. H s'en plaignit au sénat par son nonce ; on reçut ses plaintes avoe respect, mais on retint les deux prisonniers.
Il était déjà piqué de ce manque de soumission , quand on l'informa de quelques décrets émanés de la même autorité, et par lesquels on prétendait que celle de l'Eglise était violée. Le premier, du 3 mai 1602. défendait à tous les ecclésiastiques de l'Etat, séculiers cl réguliers, d'acquérir des biens immeubles. Par le deuxième , du 10 janvier 1603, il était défendu de môme, sous de fortes peines , do bâtir des églises , des couvents, des hôpitaux par loules les terres de la seigneurie, sans une eipresse permission de sa part. Lo troisième, du 6 mars 1605, et se rapportant au premier, empêchait l'aliénation des biens séculiers en faveur des ecclésiastiques. Ces décrets , qui furent regardés à Rome comme des attentats de la république contre l'Eglise, furent de nouveaux sujets de plaintes ; lo Pontife les fit avec amertume au chevalier Nani , ambassadeur de Venise, et il lui recommanda do faire savoir à ses maîtres qu'il était résolu de s'opposer, comme un mur d'airain, à ce qu'ils entreprenaient contro sa juridiction, et d'eu maintenir les droits au prix de son sang. Nani lui représenta que le pouvoir de juger les ecclésiastiques en des causes séculières appartient aux souverains dont ils sont les sujets ; et que les lois , défendant l'érection des édifices publics et les aliénations dont it s'agissait, étant déjà sans contredit en vigueur à Venise , rien n'était plus juste que toutes les villes de l'Etat suivissent l'exemple de la ville dominante et en refussent les usages. Le Saint-Père, trouvant les raisons mauvaises, le pressa de demander instamment la réponse du sénat. Elle fut «que la seigneurie ne pouvait ni se dessaisir des coupables, qu'elle avait justement emprisonnés, ni révoquer des lois qu'elle avait portées, après de mûres délibérations, pour le bien de ses sujets; qu'en toutes autres choses elle ne manquerait jamais de déférence aux désirs de Sa Sainteté; mais que, si elle était résolue de soutenir ce qui n'était nullement de sa juridiction, le sénat qe l'était pas moins de se conserver dans la liberté que Dieu lui avait donnée, et dont nul des Papes ses prédécesseurs n'avait trouvé l'usage illégitime. *
C'est alors que le feu commença à prendre. Paul , qui n'entendait pas que la république lui fit la loi, et qui prétendait Dion la réduire, comme il venait faire celle de Lucques et celle de Gênes , qu'il avait obligées à des révocations pareilles, fit expédier deux brefs, datés du 10 novembre 1605, dont l'un regardait l'emprisonnement des ecclésiastiques, l'autre les décrets en contestation ; les deux brefs étaient adressés au duc Grimani et au sénat de Venise. Mais ce doge, étant à l'extrémité au moment où le nonce les reçut, et étant mort bientôt après, ils no furent rendus qu'à son successeur. Ce fut Léonard Donot, que le sénat
avait nonxmé quelques jours auparavant pmr l'ambassade extraordinaire de Rome.
La république, voulant encore donner au Pape des marques de son respect , et Ton» ^ager par là a prendre des résolutions plus favorables, avait jeté les yeux sur lui comme sur l'homme le plus capable de l'adoucir, ayant été sept fois ambassadeur à la cour du Home, dont il s'était acquis l'estime et la considération par sa sagesse. Il avait mémo eu des liaisons particulières arec Paul V, nVtaul encore que le cardinal Camille Borghèse; et Piasecki , dans sa chronique, rapporte que, dans une conversation familière qu'eurent ensemble le cardinal et l'ambassadeur, Borglièse dit à Donat que, si jamais il était Pape, il ne s'amuserait pas, comme Clément VIII , à contester avec la république, et qu'il irait droit à l'excommunication ; que Donat , de son côté , répondit sur le même ton a Borghèso que , si jamais il était do^e, il se mettrait pou en peine de ses excommunications. Ce fut là comme une espèco de prédiction, qui ne se vérifia que trop dans la suite; car Donat , étant élu et proclamé doge de Venise, et ayant commencé les fonctions de sa dignité par l'ouverture des brefs dans lesquels le cardinal, devenu Paul V, venait déjà à l'exécution de »a parole, se mit en devoir de tenir la sienne. Après avoir pris les avis des Sages-Grands, il fit n<fionse au Pape, ■ que le sénat étiit Irès-afiligé des dispositions où it voyait Sa Sainteté, et des plaintes amères qu'il faisait des lois de la république; qu'il les avait tait examiner par les plus savants hommes de l'Italie, oui n'y avaient rien trouvé do contraire à l'autorité du Saint-Siège, et qui ne Tût de droit naturel à tout souverain, auquel il appartenait de réprimer les factieux, de réglementer les édifices publics et d'empêcher l'aliénation des biens temporels; qu'ainsi il ne croyait pas, ni avoir dépassé les bornes de son pouvoir, ni mériter aucune censure; qu'il espérait au contraire que Sa Sainteté, mieux informée du aa conduite, la trouverait digue de .ton aj>probalion. »
Le Pape, indigné de ce refus constant, que faisait la république, de lui donner satisfaction, composa lui-même le monitoire qu'il était résolu à fulminer contre elle; et, I ayant communiqué dans un consistoire, malgré les remontrances dos cardinaux de Vérone et de Vicence, l'un et l'autre Vénitiens, il io publia le 17 avril 1606.
Dès que la nouvelle en fut venue à Venise, ce fut comme la déclaration de la guerre. Le sénat fit un acte public adressé a tous les supérieurs ecclésiastiques, par lequel il protestait, devant Dieu et devant (es hommes, qu'il n'avait rien omis de tout ce ui lui avait été possible pour faire entenre au Saint-Père les invincibles raisons qu'on avait eues de faire les lois , dont la révocation était demandée, au préjudice do la souvenine autorité, qui ne dépend que de Dieu seul; qu'ainsi le bref publié devait être tenu pour illégitime et do nulle valeur,
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et qu'en conséquence de cette nullité , la seigneurie se promettait que tons , tant qu'ils étaient, ils continueraient les soins qu'ils avaient toujours donnés à la conduite des Aines qui leur étaient confiées ; qu'au reste cela n'empêchait pas que la république ne fût dans la volonté constante de persévérer dans l'obéissance du* au Siège apostolique. La protestation, alfichée dans tons les carrefours de Venise et dans tout l'Etat, fut envoyée par des courriers extraordinaires dans toutes les cours de l'Europo.
Cependant , pour en exposer les motifs et pour rassurer les consciences dans un interdit général , capable d'effrayer les peuples, le sénat ordonna à ses théologiens de rédiger des pièces bien raison nées, qui exposassent la justice de sa cause et l'irrégularité du monitoire. Celui que la république fit entrer sur le champ de bataille avec le plus de confiance , et auquel Paul V opposa le cardinal BeJlarmin, celui-là, dis-je, fut le célèbre Fra-Paolo, religieux de l'ordre dos Servîtes; il fut mis à la tète des six autres docteurs que la seigneurie fit travailler. On ne peut disconvenir que ce ne fût un savant homme; mais il a fait tort à sa réputation par ses trop grandes liaisons avec les protestants, aux sentiments desquels il ne parait pas assez contraire dans ses lettres . et aussi par l'usage qu'il a f ut de sa plume : on voit percer dans ses écrits un caractère de malignité toujours soutenu, et un dessein formé de porter atteinte, en toules les occasions, à l'autorité des Souverains Pontifes. C'est ce qu'on ne neul s'empèclier de remarquer dans son Histoire du concile de Trente, si vantée par les hérétiques. Ce fut donc le plus vif et le plus hnbilo des écrivains de Veniso qui travailla sur l'interdit. Il fut pour cela cité à Home , où, ayant refusé de comparaître , le Pape l'excommunia comme rebelle à ses ordres , et comme un ennemi déclaré du Siège apostolique.
Tel est sur Fra-Paolo le témoignage de plusieurs écrivains; mais il en est d'autres qui en font un portrait bien différent. C'est chez eux un homme d'esprit et do savoir, habile philosophe , excellant théologien , très-versé dans les langues, l'histoire, le droit, les mathématiques; un homme aussi vertueux que savant, et relevant son mérite par une rare modestie; auquel on ne peut rien reprocher que do s'être trouvé dans la nécessité de soutenir les intérêts politique* de sa patrie, dont il était le théologien et le conseiller. Suivant ces auteurs, on a eu tort de rendre sa religion suspecte, parce qu'il avait entretenu des rapports avec des protestants. C'étaient d'habiles gens qu'il considérait , comme ont fait tatit d'autres, pour leur esprit , cl non pas pour leur croyance; et s'ils se sont vantés qu'il ne lut pas trop éloigné do la leur, ils ont Tait tort a sa réputation en voulant faire honneur à leur secte. Les mêmes écrivains prétendent que son Histoire du concile de Trente a «Hé altérée par des faussaires : il en est même
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<iui assurent qu'elle est de Marc-Antoine de Dominisqui, de son archevêché de Spalairo, s'étant retiré è Londres, y Ut imprimer l'ouvrage en question : Que sait-on, ajoutent-ils, si ce mauvais esprit . qui n'était pas fâché de faire plaisir aux Anglais, dont il avait une bonne pension, n'a pas mis du sien dans l'ouvrage prétendu de Fra-Paolo, et s'il n'y a pas mêlé certains traits peu favorables au Saint Siège? Quoi qu'il en soit, on soutient fortement que Fra-Paolo n*eul jamais, en matière de religion, des seoli menls contraires à la vraie croyance, et qu'il avait trop de solide piété dans le cœur pour avoir des erreurs dans l'esprit. Un r?iigieiix Servite , son confrère et son ami, Fra-Fulgencio, qui a écrit sa vie, rapporte qu'avant les différends de Rumo et do Venise, il était fort estimé des Papes , Pl lié trés-élroilement d'amitié avec le cardinal Bellnrrain; que celui-ci , depuis le combat de plumes qu'ils eurent ensemble, no cessa de lui rendre justice dans les occasions; et qu? Paul V lui ayant mis en main un écrit où Fra-Paolo était chargé de fort lâcheuses accusations, le cardinal l'ayant lu, en rendit rompte è Sa Sainteté, et l'assura quo le libellé était un tissu uV calomnies.
Pani V, cependant , informé des écrits que Venise faisait courir par le monde, charg'*a le cardinal Bellanuin d'y répondre; et, continu il le savait également solide et modéré, il se reposa sur lui, fort persuadé qu'il traitera il à fond cette matière à I honneur de l'Eglise et sans aigrir la république. C'était là le génie du cardinal; toujours droit, mais pacifique et porté a la douceur, »e contentant de réfuter ses adversaires sans mêler à ses réfutations des traits piquants qui, loin de guérir les plaies ne fout que les envenimer, Il ne tint pas à lui que le Souverain Ponlifo ne suspendit ses foudres; on n'a qu'à s'iustruire do tout ce qui se passa dans le fameux consistoire qui se tint avant la publication de la bulle : on y lira des paroles un peu dures sorties de la bouche de certains cardinaux , mais pas une seule de celle do Bellanuin. Il se tint toujours dans les bornes do sa modération ordinaire; et, en écrivant, il trouva le moyen d'accorder l'obéissance que son devoir l'obligeait de rendre au Saint-Siège, avec tout le respect que méritait la seigneurie de Venise. Il lui montra «que les théologiens, aur la décision desquels elle se croyait en droit de négliger les censures, étaient trèsmal fondés; qu'ils abusaient de l'autorité de l'Ecriture mal expliquée; que leurs sentiments étaient expressément contraires aux canons et aux anciens usages du l'Eglise; qu'ils avaient tort d'invoquer quelques ouvrages de Gcrson , qui ne pouvaient leur être d'aucun usage, ayant été écrits dans un temps de schisme , où la pluralité des Pontifes avait fait dire à cet auteur ce qu'il n'aurait jamais dit en d'autres conjonctures; que rien n'était plus sacré que les droits du I Eglise et que 1'immuuilé de ses ministres, qui seraieut dans une condition pire que les
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plus vils sujets de la république, si les loi, qu'elle a portées demeuraient dans leur vi'gueur. » C'est à peu près ce qu'on trouve dans les Mémoires que produisit Rellarmiu contre les sept docteurs, et. en particulier, contre Fra-Paolo , « conjurant , h la fin de son principal ouvrage, le sérénissimo dogo et les illustrissimes sénateurs, si renommés dans le monde par leur sagesse, de réfléchir sur l'importance du différend qu ils ont avec le Souverain Pontife ; de ne pas se fier Mlemeut aux écrits de leurs auteurs, qu'ils ne jettent les yeux sur les siens; de mettre les uns et les autres dans la balance, et d'en juger avec toute l'équité qui leur fait tant d'honneur en d'antres occasions. Il ajoute qu'il espère des bontés du Seigneur qu'd les éclairera de ses lumières, pour leur faire connaître les vrais sentiers de la justice, et, leur ayant apporté l'exemple du roi d'Israël , qui fut battu par ses ennemis, en punition de la faute qu'il avait commise, en méprisant les avis du Prophète qui Uii annonçait la vérité, et en écoulant des flatteurs qui l'assuraient vainement de la victoire , il leur proleste qu'il n'a garde de leur appliquer ce trait de l'Ecriture , el qu'il les supplie seulement avec humilité, d'avoir pïlié des maux du l'Eglise , et de ne pas permettre que ceux qui en sont les ennemis triomphent de ses disgrâces. •
L'affaire était trop engagée pour so terminer par la plume; on voulut, ou au moins on parut vouloir en venir aux armes; on leva des troupes de part et d'autre, et sur terre el sur mer. Les Espagnols, à ce qu'on disait, jaloux des offres que la France avait faites aux deux parties, de travailler à leur accommodement, flattèrent Je Pape de I* protection de leur maître, en disant qu'il avait des moyens d'obliger les Vénitiens/» demander miséricorde. S. M. Calholjquo écrivit en effel àSaSaiutetôune lettre, où il lui promettait de l'assister do toutes ses forces. Cela pensa rompre les négociations que les ministres de Franco avaient déjà ouvertes el à Rome el à Venise. Mais le Saint-Père, ayant mieux reconnu ses vrais intérêts, recommença à écouter les propositions que lui faisail d'Alincourt, pendant que du Fresne faisait les siennes à Venise ; c'étaient les deux ambassadeurs do Henri IV, qui leur avait envoyé ses instructions sur celle affaire dont le succès lui teuail si fort au cœur, qu'il s'était offert è venir luimême en Italie, pour servir de médiateur eu personne.
On paraissait à Rome en disposition d'accommodement, si Venise se mettait eu devoir de donner quelque marque d'obéissauce filiale : Venise ne refusait pas de la donner, si Itoiiie voulait se résoudre à lever ses censures. Les médiateurs furent d'avis qu'on fit un mouvement de part el d'autre ; qu'où suspendit en même temps el les censures d'un côlé, et de l'autre l'exécution dos lois contestées. Ce biais et beaucoup d'autre?, suggérés parla Fiance , trouvaient toujours de côté ou d'autre de nouvelles ditlicult''
qu'on rT.iur.iil peut-être jamais aplanies, si Henri n'avait ftRv-oyrf.cn Italie le cardinal de Joyeuse, pour mcllce la dernière main à relie grande œuvre.
Le roi ne pouvait mieut choisir; nuire que
DES CARDINAUX. nFJ. «OO
lermes le rnpnorlc l'historien do Venise : Le cardinal fit de grandes instances pour
les Jésuites, disant qu'il pouvait lever les censures sans celte condition : mais qu'il h demandait commo une chose vivement dé-
1e cardinal était habile politique, adroit, in* sirée du Pape pour sa réputation; du roi, sinuant, persuasif, il était vu de bon œil des son maître, pour le contentement de Sa deux puissances, qui le croyaient chacune Sainteté et enOn de lui cardinal, qui estimedans ses intérêts. Ayant donc trouvé les rait cette grâce autant qu'une couronne. » ▼oies de paix déjà frayées par les ministres Bellarmin eut une joie infinie de cet acdn roi ; secondé d'ailleurs par le cardinal du commodément si nécessaire au bien des Perron, qui levait tous les jours quelques âmes , et si conforme à ses inclinations, obstacles; après avoir fait queluuo séjour à qui le faisait toujours pencher vors la clé- Rome, où il était allé d'abord, il en partit, raence. Le Pape aimait en lui celte bonté du
muni des pouvoirs du Saint-Père, pour con cidre la réconciliation de Venise avec Sa Sainteté. Dèsqu'ilfularrivé, i! noliGacos pouvoirs au sénat, et, après quelques conférences, on contint de toutes les conditions, dont les principales furont :Quo les deux prisonniers seraient consignés à l'ambassadeur de France, à qui la seigneurie, sans préjudico à ses droits, les remettrait, pour en faire ce qu'il voudrait ; que les religieux qui s'étiiênt retirés è cause de l'interdit , seraient tous n'Iablis, a l'exi lusion des Jésuites, sur lesquels la république ne voulut jamais se relâcher ; que le cardinal , accompagné de du Fresne irait au collège, où il déclarerait .es de n sures lovées, et que le doge, en môme temps, lui meltrail en main l'acte do protestation, qui par là serait censé nul et révoqué ; et, de peur qu'un écrit ne fit naître de nouvelles difficultés, quo l'accord se passerait verbalement. Tout cela fut exécuté de point en point. Le doge rendit grâce à S. II. très chrélicnne; cl le cardinal ayant prié la seigneurie d'envoyer un ambassa- Jeur à Roraa, elle nomma, dès lo jour mémo, Je chevalier Conlarini pour celte célèbre ambassade. Ainsi su termina celle grand 0 affaire à la satisfaction des deux parités , a ta consolation de l'Eglise et à la gloire de Uenri IV.
nalurel; et, comme il connaissait d'ailleurs sa profonde sagesse, il voulut qu'il fût de son conseil, et lui déclara qu'il ne fallait plus songer à Capoue . «J'ai bosoin do vous à Rome,» lui dit-il, « pour m'aiderà soutenir le poids du gouvernement de l'Eglise. > C'est ce que lui avait déjà foi t entendre son prédécesseur dès les premiers jours de son exaltation. Bellarmin, à qui les volontés du Souverain Pontife paraissaient celles de Dieu même : «Votre Sainteté, Saint-Pôro,» lui ditil, «me fait trop d'honneur, quand elle ro'altacho à son service : je n'ai sur cela qu'à lui témoigner la très-humble reconnaissance donl je suis pénétré : veut-elle bien qu'en recevant celte grâce je lui en demande une autre ? J'avais beaucoup de raisons qui me faisaient souhaiter de vivre et de mourir on mon Eglise Je Capoue; je l'abandonne trèsvolontiers, pour obéir au Vicaire de Jésus- Christ : mais pour obéir à Jésus-Christ même, agréez que jeta résigne absolument ; u'y pouvanl résider, je no puis (a retenir. » —■Vous pourriez, à volreordinaire, y mettre si bon ordre, » repartit Paul V, 1 qu'elle no souffrirait guère de votre absence; pour peu, cependant quo ce point vous fasse de la peine , celui de ne pas vous avoir auprès de moi devant m'en faire davantage, disposez de voire archevêché, j'y consens, en faveur
Les Jrfsuiles, pour être les seuls oxccplés, de qui vous voudrez; je m'en tiendrai à
ne laissèrent pas de prendre pari à la salis- celui que vous jugerez digne d'en être gra-
factiou publique; et, dans le déplaisir qu'ils tilirf. » Lo saint homme, n'ayanl regardé que
eurent d'avoir perdu les bonnes grâces de le bon plaisir de Dieu en acceptant cette mé-
I auguste sénat, pour lequel ils avaient une Iropole, til de môme en la quittant; il n'eu-
vénération profonde, ils no perdirent pas visagea rien autre chose, quand il fallut so
l'espérance de les recouvrer un jour; comme ils tirent heureusement, en 1657, par lo crédit et 1 éloquence du duc Pcsaro, qui lour regagna les cœurs et la confiance des Vénitiens. En attendant le temps marqué pour leur rétablissement, ils eurent la consolation de savoir que le Saint-Père élail sensible à la continuation de leur disgrâce, et qu'il ne passa qu'avec peine sur l'article du leur exclusion. C'est ce qu'on publiait hautement à Rome, où on leur faisait cette justice de dire quo la paix do I Eglise les lourhait beaucoup plus que leurs propres intérêts, et qu'ils étaient contents d'ûlre jetés en mer, comme Jouas, si l'orage dovait cesser à celte condition. Ce que dit te cardinal de Joveuse pour essayer de vaincre, eu leur faveur, la résistance de la république, leur
'donner un successeur; et, formant lus yeux à lous les intérêts de la chair et du sang, pour ne les ouvrir que sur celui de Jésus» Christ, il chercha un homme selon son cœur, pour le mettre en sa place. Parmi ceux qu'il se contenta de nommer au Pape, auquel il un voulut absolument bisser le choix, Antoine Cajelan, depuis cardinal, fui pourvu du ce bénéfice considérable, où il se conduisilaveeun zèle et uno prudence capables d'essuyer les larmes des Capouans, si l'idée du cher pasteur, qu'on leur avait enlevé, n'eût fait dans leurs cœurs une plaie trop profonde pour être sitôt fermée.
Le saint homme leur écrivit à ce sujet la lettre la plus affoclueuso el la plus consolante; il leur répéta ce qu'il leur avail di'jà dit, qu'il lus porterait toujours doits
fait beaucoup d'honneur. Voici eu quels son cœur, ajoutant qu'ils pouvaiont compter