BEC
d'avoir deux archevêques, l'un a Home, l'autre h Capoue , également affectionnés a leur service. Cette letlro coûta bien des pleurs à son cher troupeau : mais la tendre réponse du troupeau affligé en fit bien répandre aussi a ce bon pasteur. Quelque instance que lui fit le Pape, de retenir la plus forte partie des revenus de celle église, il n'en voolul rien conserver, et sacrifia de bon cœur au service de Paul V un bénéfice de dix mille ducats de revenu.
Cependant il fallut envoyer en France un nonce extraordinaire, en reconnaissance des bons offices que Henri venait de rendre au Saint-Siège dans la réconciliation de Venise. Ubaldin, évêquede Moute-Pulciano fut choisi pour cellemission, qui lui valut un chapeau de cardinal à son retour. Il fallut, avant son voyage, prendre des mesures pour le gouvernement de son diocèse; il conçut que ses brebis ne perdraient rien a son absence, si Bellarmin voulait bien leur servir de pasleur, il l'en conjura par l'étroite amitié qui les unissait, et par le zèle qu'il avait toujours témoigné pour le salut de ses concitoyens. Le cardinal, toujours prêt à faire plaisir à ses amis, accepta, a condition qu'il aurait l'agrément de Sa Sainteté pour aller résider dans le diocèse. Ubaldin en fit son rapport a Paul V, qui ne voulut rien entendre a la résidence b Monle-Pulciano, persuadé que Bellarmin, dont il savait l'expérience et l'habileté, fera:l de loin par ses bons règlements, autant que les autres font de près par eux-mêmes. Celui-ci so conforma aux volontés du Pontife, et sans quitter la cour, il mil si bon ordre an gouvernement de l'Eglise, qui lui était confiée, qu'on s'est souvenu longtemps des grands biens qu'il y fit. Un des principaux et qui lui coûta le plus do peines, fui l'annexion d'un bénéfice considérable a cette nouvelle église qui, de collégiale était devenue cathédrale par création do Pic IV. Les revenus du chapitre, toujours proportionnés à son ancien état, ne lui donnaient pas de quoi soutenir sa dignité, d'ailleurs le service divin y languissait, les droits de présence étant trop faibles pour animer a uoe assistance exacte certain nombre de chanoines peu zélés, que les intérêts de Jésus-Christ n'attachaient guère a l'Eglise, l'intérêt humain ne venant pas au secours de leur faible vertu. Le remède était l'union du bénéfice en question. Bellarmin n'y trouva pas d'opposition, ni de la part de ceux donl il avait dépendu jusqu'alors, ni de la part du Souverain Pontife, ni de celle du cardinal Dataire, ni du côté du duc do Florence. Mais lus bulles ne furent pas plutôt expédiées, qu'il fut obligé d'en suspendre l'exécution, par la cabale «le certains esprits inquiets, qui s'étaient liés ensemble pour y mettre obstacle. Il prit è son ordinaire Te parti de la douceur, il aima mieux céder pour un temps que de troubler la paix du diocèse; et ayant donné à ces récalcitrants le loisir de léfiéchir sur ses bonnes intentions, ils se rendirent d'eux-mêmes à tout ce qu'il voula:t, désarmés plus efficacement
par son infatigable patience, que par touto son autorité.
Sa sagesse éclata merveilleusement dans la réconciliation des Lucquois avec Al.
Guidiccione, leur évêque; celui-ci successeur du cardinal, son oncle, dans l'évéclié, ne le fut pas dans l'amitié de la république; il se brouilla avec elle dès son entrée è Pépiscopat. Les différends allèrent si loin, que le prélat fut obligé de s'absenter de son diocèse plus de quinze ans. Toute l'Italie travailla h raccommoder le pasteur avec son troupeau; les princes voisins, les prélats les plus distingués, les Souverains Pontifes eux-mêmes y employèrent leurs bons offices, mais toujours sans succès; la plaie semblait s'aigrir par les appareils qu'on y mettait. Le sénat de Lucques demanda au Saint- Siège un autre évêque, celui qu'ils avaient ayant avec eux des antipathies trop invincibles. Leur ambassadeur s'en ouvrit aux cardinaux qu'il visita, et auxquels il expliqua les raisons de la république ; il en persuada plusieurs qui furent d'avis que le seul moyen de finir les querelles, était du faire consentir Guidiccione à changer d'évêché, et que, les esprits étant si agités de part et d'autre, on ne leur rendrait jamais la tranquillité qu'en les séparant. Il ne trouva pas Bellarmin dans la même opinion. Voici ce que lui dit le cardinal :
t Ce que Votre Seigneurie vient de me témoigner des dispositions du sénat, a pacifier les troubles soulevés depuis tant d'années entre lui et son évêque, est digne do la sagesse et de la piélé de cet illustre corps: mais elle veut bien souffrir que je lui dise que co qu'ello prétend demander a Sa Sainteté ne répond nullement à de sr sages et si pieuses dispositions, quo c'est augmenter les désordres, bien loin de les abolir, et vouloir éterniser les inimitiés, au lieu de les finir. Je ne disconviens qu'il n'y ait quelquefois des nécessités de changer do pasteur: mais il faut quo le pasteur le veuille. Il no convient pas qu'il y soit forcé par les brebis ; ce serait même une lacho honteuso è Vus Seigneuries d'avoir poussé leur évêque à> celle extrémité; c'est une violence d'ailleurs que le Saint-Père n'appuiera jamais de son autorité. Voulez-vous qu'il consente au changement? Faites-y consentir votre évêque lui-même, ou plutôt faites qu'il y puisse consentir avec honneur; cela se peut-il, quand vous êtes déterminés à l'y contraindre? Le seul et infaillible moyen de l'y engager, c'est de le mettre en état de le faire librement. Pour cela il faut le rappeler dans son Egli.se, le faire remonter sur le trône épiscopal, et l'en laisser descendre de bouno giâce ; s'il a le malheurde ne pouvoir y régner en paix, il est croyable qu il ne persistera pas dans la volonté d'y rester, et qu'il ira chercher ailleurs un troupeau dont il ail le bonheur d'être aimé. J'ose vous assurer quo je l'y porterai moi-même, et que je joindrai pour cela mes offices à ceux de tous ses amis et des vôtres, si cela est du la plus grand»
V>9 BtL DES CA
gloire de Dieu et du bien spirituel des Ames. »
L'avis du cardinal fui trouvé si pîein d'une snlide sagesse par le ministre de Lucques »iu'il jugea tout d'abord que c'étail là le bon parti, et il aurait sur-le-champ conclu le traité, s'il en avait eu le pouvoir. Il dépêcha un courrier à Lucques avec une lettre contenant la conférence qu'il venait d'avoir avec le cardinal, dont il appuya lu sentiment par de fortes raisons. Bellarmin lui-même y écrivit les siennes « lirées do l'Evangile, qui ordonne do pardonner à ses ennemis, et beaucoup plus à son père et & son pasteur; de prix des âmes, rachetées du sang de J4*us-Christ , et qui sont en danger de se perdre, étant destituées de la conduite de leur évêque ; de la volonté expresse du Pape, qui n'a rien plus à cœur que le pacifique rétablissement du prélat en son siège; •Je la réfutation, de l'honneur et de la conscience de toute la ville, à laquelle il offre ses services, eo prolestant qu'il a dans le cœur une parfaite neutralité; qu'il est ami commun des personnes intéressées, et qu'il n'épouse nul parti que celui de la charité. »
Les lettres lues en plein sénat, y firent de vives impressions. L'espérance de terminer des contestations, dont on était fatigué, et qui ne laissaient pas d'inquiéter les gens de bien; l'idée d*un autre évêque» qu'on espérait obtenir par cette voie douce it honnête; le retour enfin de la paix et de la tranquillité publique, tout cela détermina les sénateurs à accepter la médiation eu sage cardinal, et d'abandonner tous leurs intérêts entre ses mains et entre celles du cardinal Farnèze, qui, se trouvant obligé de partir poor le Parmesan, laissa à Bellarmin tout l'achèvement du traité qu'ils avaient concerté ensemble. En voici les principales cisposilions telles qu'elles furent envoyées au sénat de Lucques par Bellarmin : t Lo cardinal Farnèze et moi, que vous avez choisis pourarbilres du différend qui, depuis tint d'années, divise Vos Seigneuries et M;rr Guidiccione, votre évêque, après de ?érieuses réûVrions et de fréquentes conférences, avons arrêté qu'il fallait que ledit seigneur évêque retourn.1t au plus tût en son église : mais afin que ce retour so fasse arec la circonspection requise dans les conlonriarcs présentes, nous avons jugé qu'il frait etpédient que votre évêque, auquel ii appartient, en matière de réconciliation, de donner lui-même IVxemple, fasse la première démarche, et vous écrive la sincère disposition où il est de retourner, quand "»u$ voudrez, en son église, pour y servir en etprit de paix, Vos Seigneuries et ses concitoyens. Nous les supplions aussi ellesntémes de lui répondre avec toute la courtoisie, qui leur estsi ordinaire, et qu'inspire 'a chanté en pareilles occasions, l'invitant de leur part a revenir dans son église et dans sa patrie, et lui promettant d'y trouver tout le respect dû à son caractère. »
Tout fol exécuté de part et d'autre avec une mutuelle satisfaction, Guidiccioue se
DINAL'X. BEL Alff
rendit h Lucques, et il y donna, en rentrant, toutes les marques d'une affection paternelle : il y fut reçu de môme avec des dé- , mnnslralions de joie et des cris d'allégresse, qui firent sentir au prélat, qu'on lui ouvrait les cœurs aussi bien que les portes de la ville. Ce fut enfin un spectacle, nui édifia toute l'ilalie, qui charma Paul V, cl qui attira mille bénédictions a Bellarmin, dont Dieu s'élait servi pour opérer cette merveille, qu'on peut bien appeler le fruit de ses conseils, mais plus encore de ses prières, do ses pénitences et de ses larmes ; car c'étaient là ses moyens pour mériler les grâces du Ciel, sans lesquelles il était persuadé quo toute la prudence de la terre aurait été inutile dans une réconciliation, qui avait épuisé toute la politique de l'Italie.
- A peine était-il sorti de cette affaire que le zèle de la religion l'engagea dans une autre. Depuis longtemps il gémissait du déplorable état où elle était réduite en Ecosse el »»n Angleterre, depuis le schisme do Henri VIII, et rien ne le consolait de la perte, quo l'Eglise avait faite de ces royaumes autrefois si fidèles, que l'espérance de les lui voir un jour recouvrer par la conversion du roi d'Ecosse, qui paraissait devoir succéder aux couronnes d'Elisabeth, sans succéder à son schisme.
Ce prince était Jacques, fils de Marie Stuarf, dont il aurait sans doute hérité de la vraie croyance, s'il n'eût eu le malheur, aussitôt après son baptême, d'être arraché des bras de sa mère, pour être rois entre les mains des prolestants, dont le premier soin fut de lui faire sucer l'erreur avec le lait, cl de l'élever dans les principes du calvinisme, sidott les désirs el sous les yeux du comte de Murray.
Malgré une éducation si opposée a la véritable religion , Jacques ne laissa pas île montrer quelque penchant pour elle. Dè* qu'il fut monté sur le trûne d'Ecosse, dont on venait de faire descendre 5a mère, il lit espérer, par la conduite qu'il y tint, qu'il pourrait bien un jour devenir Catholique. Cette espérance était fondée sur la douceur dont il usait envers ceux de ses sujets qui faisaient profession de la communion romaine, ne souffrant point qu'on les inquiétât, el encore plus sur la bonne intelligence qu'il entretenait avec la cour de Home, où il avait un agent qui traitait des affaires en son nom, el qui sollicitait même de sa part, pour avoir un cardinal de la nation écossaise. Cette espérance fui beaucoup fortifiée par les avances qu'il fit auprès de Bellarmin, pour avoir des liaisons avec lui. Comme on savait lo zèle et l'habileté du cardinal, on se flattait qu'il porterait le monarque a rentrer dans le sein de l'Eglise. On ne douta presque plus de cet heureux retour, quand on y connut la lettre obligeante que Jacques lui écrivit 11GO0]. Dans celle lettre, il vantail rémittente vertu cl le profond savoir du cardinal; et, pour exprimer l'estime qu'il faisait do ses talents, il disait qu'il trouvait plus de solidité daus au seul cahier de ses coutru-