‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 60 sur 457 · MI BEL · texte numérisé non relu

MI BEL

verses, que. dans (ous les volumes qu'avaient composés pour les combattre ses ministres écossais ; il lui demandait enfin son amitié en termes pleins de confiance et de considération.

Bellarmin, sensible aux marques de bonté que lui donnait lo roi d'Ecosse, y répondit avec reconnaissance. Aux humbles actions de grâces qu'il lui rendit, il mêla de salutaires instructions, que lui permettait de donner son âge è un jeune prince qui semblait être dons de si favorables dispositions d'en I roliler.

«Sire, • lui disnii il dans sa réponse, «j'ai reçu avec la plus respectueuse gratitude, la lettre dont il a plu à Votre Majesté de tn'honorer. Je suis confus des sentiments d'estime qu'elle a la bonté de m'y exprimer, et comme je ne connais en moi rien qui les mérite, je les regarde comme des effets de sa royale bienveillance à mon égard. Ce que le porteur de .«a lettre m'a ajouté do bouche, de In clémence avec laquc-llo elle traite les Catholiques, ses fidèles sujets, m'a rempli d'une très-douce consolation; i'en ai même conçu de fortes espérances de la voir un jnurcllu-mémc retourner, par son propro choix, à la religion de ses pères, dont elle n'a été éloignée que par une éducation étrangère Vous savez, Sire, que vos parents de glorieuse mémoire, ont été Catholiques, et que ceux qui vous ont élevé étaient protestants. Ayant autant d'esprit, de lumières et de bon sens que le Ciel vous en a donné, vous discernerez sans peine lesquels , des uns ou des autres, étaient dans la véritable Eglise, si vous en considérez attentivement les traits, tels que les marque saint Augustin. Ces traits essentiels sont, entre les autre*, le consentement des peuples la voix des miracles, l'antiquité de la croyance, la succession perpétuelle et jamais interrompue des évèqucs qui, depuis le temps do saint Pierre jusqu'à présent, ont constamment occupé le Siège apnsloliquo ; le titre enfin de Catholique, que nulle secte n'avait jamais osé prendre, et que l'Eglise a conservé inviolablemejnt h travers les siècles. Votre Majesté est trop éclairée pour ne pas reconnaître que la secte dans laquelle on l'a malheureusement engage, n'a nul do ces traits qui l'ont le caractère de la vraie Eglise, et, par conséquent, que ceux qui la lui ont représentée comme véritable, sont gens do mauvaise fui. Elle en peut juger par les calomnies que répandent encore tous les jours ses ministres pour déshonorer l'Eglise romaine et noircir In réputation de ceut qui ont l'honneur de la défendre. N'ont-ils pas publié hautement dans les chaires que j'ai enfin rétracté tout ce que j'avais enseigné de vive voix et par écrit, en laveur do l'Eglise; que je me suis fait calviniste, et que le Pape, irrité de mon changement, m'a lait exécuter par les mains du bourreau? Quand on o*e supposer ainsi des faits, dont un million do témoins, qui sont encore en vie , savent < t voient In fausseté, que n 'est-on pas capable ùo supposer, lorsqu'il s'agit de pioduire des

choses d une antiquité reculée, dont on peut plus aisément altérer les témoignages T Je rapporte ceci è Votre Majesté, non pas pour me plaindre de l'injure que je reçois de quelques-uns de ses sujets, qui sont indignes de I èire, mais pour lui faire remarquer le pea d'honneur et de probité de ceux qui font profession de lui prêcher la vérité, etquello estime elle doit avoir d'une religion qui apprend à débiter de tels mensonges. G rire au Seigneur, je n'ai rien dit dans mes controverses, que je ne soutienne aujourd'hui ; jo vis et je vivrai toujours enfant de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qui m'a élevé beaucoup plus que je ne mérite et que je ne désirais; car le parti que j'avais choisi avec David, était d'être abject dans la maison du Seigneur. (Psal. i.xxxiii, 11.) Malgré ma répugnance a celte élévation, il n fallu m« soumettre è la volonté du Seigneur, auquel il a plu de m'ordonner comme au convié de l'Evangile de monter plut haut. Je me suis ouvert à vous, Sire, avoc toute la confiance que je vous dois, et j'espère de votre boulé que vous me pardonnerez la longueur de ma lettre ; je ne me suis étendu que par le désir ardent que j'ai de voir un monarque, d'un si raro mérite, devenu enfin Catholique, et réuni heureusement à l'Eglise, selon l'attente elles espérances de l'Europe. J'offrirai pour cela tous les jours des vœux au Sei* gneur avec un zèle égal au respect avec lequel je suis, Sire, de Votre Majesté, etc. •

Le roi d'Ecosse reçut avec plaisir la réponse de Bellarmin ; elle parut faire impression sur son esprit ; elle lui fit fairo du sérieuses réflexions, il en redoubla son application è l'élude des livres où l'on trouve infailliblement la vérité, quand on la cherche avec une humble soumission et un désintéressement sincère. Mais trois ans après [1603], élant monté sur le trône d'Angleterre, encore fumant du sang de sa mère, de roi d'Ecosse qu'il était, devenu maître des trois royaumes et roi de la Grande- Bretagne, comme il se fil appeler; plus limide politique qu'ennemi dans le fond de la vraie religion.il marcha sur les (races d'Elisabeth, à laquello il parut pardonner aisément I» mort tn.gique de sa mère, en reconnaissance des couronnes qu'elle lui laissait. Comme Henri VIU, premier auteur du schisme, il su porta pour cher de l'Eglise anglicane, au moins refusa-t-il de reconnallre le pouvojr de celui qui l'esl de l'Eglise universelle : ce qui fil dire a quelques-uns qu'il y avait eu plus de calcul quo de sincérité dans les démarches par lesquelles il avait fait e*pér<-r sa conversion, et qu'il ne s'était contrefait pour un temps qu'atin d'engager les Catholiques a favoriser son élévation aux trônes I d'Angleterre et d'Irlande : comme ils préten • j dent aussi que, dans la suite, il ne lit la guerre aux Catholiques que pour gagner li confiance des protestants. Quoi qu'il en son du ces mystères politiques, où nous n'avons point à entrer, nous racontons lestons qui furent la cause de sa rupture avec But lui in in.

Ce <|ue fil le roi ot ce qui ne laissa nul doute sur Je parti auquel il s'était déterminé, fut le fatal édil par lequel il ordonna, sous de fortes peines, a tous ses sujets, de lui prêter le serment qu'il appelait do fidélité ; mais qui n'était rien autre cliose qu'un renoncement a la croyance du pouvoir spirituel du Vicaire de Jésus-Christ, comme le démontra le saint cardinal.

On n'eut pas plutôt appris a Home l'entreprise du roi de la Grande-Bretagne, qu'on la regarda comme une déclaration de la guerre qu'il allait faire à l'Eglise. Puni V, qui venait d'en prendre le gouvernement après la mort de Clément VIII, lit aussitôt expédier un bref aux Catholiques d'Angleterre, par lequel, après les avoir loués de leur invincible constance dans les persécutions passées. Il les exhorte à s'armer de courage pour soutenir celle que l'enfer leur prépare à l'occasion du serment auquel on veut les obliger; il leur déclare qu'ils no peuvent obéir eu ce point sans se rendre coupables devant Dieu et infidèles à l'Eglise, et qu'il espère de leur généreuse piété qu'à l'exemple de tant de héros chrétiens, leurs compatriotes, ils souffriront plutôt la mort que de rien faire qui offense la divine Majesté.

Jacques vit avec chagrin la forte impression que faisait le bref du Saint Père sur l'esprit de ses peuples. Pour en neutraliser l'effet, il s'avisa de faire courir le bruit que ce bref était supposé, qu'il ne venait nullement de Rome, qu'il avait été conçu en Angleterre et publié par des rebelles dans le dessein de soulever ses fidèles sujets et de les détourner de l'obéissance qu'ils devaient è leur souverain.

A fa première nouvelle qu'eut le Pape do l'artifice que le roi avait mis en œuvre pour rendre suspect son bref, il le conlirina par un second encore plus formel, et qui fui appuyé par une lettre vive et touchante qu'écrivit Bellarmiu & l'archiprôlre d'Angleterre, en voici l'occasion et le sujet.

Cet archiprétre était Blackwell, de qui le nom seul était vénérable aux Catholiques anglais, dont il avait maintenu lo courage et la foi sous les règnes précédente. Jacques rompril parfaitement quo pour venir a bout de son dessein il fallait rassurer les consciences, et que le seul moyen de les calmer était d'avoir pour lui un homme de celle autorité, qui déclarât qu'on pouvait en conséquence prêter son serment. Il l'eu fil solliciter, il l'en pressa lui-môme, et n'ayant pu rien obtenir de lui, il le Ht jeter en prison.

Jusque la, Blackwell avait soutenu son caractère, il allait sur les pas do Fisher et de Morus, et il aurait rendu sa gloire immortelle s'il n'eôt enfin donné dnus le piège que lui tendit la cour. On y répara en apparence la formule du serinent ; on en retrancha le plus odieux; on la lui présenta ensuite avec ces retranchements, qu'on feignit amir été faiis sur ses remontrances, et pour iui ôler tout sujet de plainte. Le faible fieil-

lard, soil ennui de sa captivité, soit qu'il fui dupe de la ruse, condescendit aux volontés du prince et signa lâchement qu'on pouvait prêter le serment dans la nouvelle forme. Cette faiblesse qui scandalisa les Catholiques, lui Ht sa réputation sans lui procurer la liberté. Jacques, mécontent de son premier refus, so servit de la signature et le laissa dans les fers. C'est ce qui arrive d'ordinaire à ceux qui trahissent leur devoir pour quelque intérêt temporel, de ne recueillir, pour prix de leur lâcheté que le mépris de ceux qu'ils ont servis aux dépens de leur honneur el de leur conscience.

Cependant ou sut à Rome celle chute déplorable, Bellarmin en fui vivemeut affligé, il en versa des larmes, et coramo Blackwell était son ancien ami de plus de quarante ans, c'est pour relever son courogeel I animer à une généreuse rétractation de ce qu'il venait de signer, qu'il lui adressa (1607) la letlredont nous venons de parler. Cette lettre, tout intéressante qu'elle est, est trop longue pour pouvoir êtro reproduite ici : on peut la lire dans l'ouvrage du P. Frizon, fidèlement traduite du latin.

Il paratlque celte lettre eut tout l'effet que désirait le saint cardinal, qu'elle dessilla les yeux de Blackwell et lui lit révoquer sa déclaration. 11 est constant qu'etlo fortifia les Catholiques, qu'elle alluma dans leur cœur le feu sacré dont elle était remplie, et qu'elle leur fit rejeter constamment les serments impies. Devenue publique, elle tomba entre les mains du roi qui en conçut contre Bellarmin un dépit extrême ; et, ce qui n'était guère du caractère d'un roi, il entreprit du faire une réfutation Idéologique de celte lettre.

C'était là le génie de Jacques, élevé par des gens qui avaient plus d'intérêt d'en faire un bon protestant qu'un grand monarque, il avait plus appris la science de l'école que les connaissances convenables à son rang. Cependant, comme il avait de l'esprit, suppléant à son éducation, il ne les avait pas tout à fail négligées; et voulant soutenir en même temps le personnage de roi el celui de docteur,- il donna occasion à ses flatteurs de l'appeler le roi du savoir, ela ceux qui n'étaient pas d'humeur à le flatter, de dire qu'il n'était pas un habile docteur et qu'il n'était qu'un roi médiocre : Henri IV ne l'appelait pas autrement que mattre Jacquet.

Quoi qu'il en soit, s'étanl engagé à donner cours à son serment, il prélendit n'en avoir pas le démenti, et, après l'avoir confirmé par ses édils, il résolut de lo soutenir par son érudition. 11 fit un ouvrage auquel il donna pour tilre : Le triple coin contre le triple nceud. Le triple nœud, dans sa pensée, étaient les deux brefs du Pape et la lettre de Bellarmin. Le prince voulait faire entendre que ces trois pièces étaient détruites par la sienno, du succès de laquelle il était si assuré, qu'au frontispice de l'ouvrage il avait mis ces mots qu'on lit nu ///* titre d'Kdnts, IV, kl : i4/or* tout les peuples se sont /criés et ont dit à haute voix : lu vérité (si fjrunde et

OKS CARDINAUX.

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