‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 62 sur 457 · BEL SIS · texte numérisé non relu

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fagne, lui inspira 011 vif intérêt pour ses sujets, quand surtout, proscrits pour la foi, ils venaient se réfugiera Borne, l'asile universel des Catholiques persécutés ; car alors, la charité se joignant à l'affection qu'il avait déjà pour eut, il les recevait chez fui, comme un père aurait reçu ses enfants, et versait sur eux les irésors de sa miséricorde.

Il avait les mêmes sentiments de tendresse pour les évôques étrangers, qui recouraient a lui dans leurs malheurs. II n'y en avait aucun dont il ne fût le protecteur; c'est en ces sorles d'occasions qu'il se félicitait d'avoir du crédit auprès des Papes.

Il se trouva un de ces successeurs des apôtres, lequel héritier de leur dignité, l'était aussi des persécutions qu'ils avaient souffertes pour te nom du Sauveur; c'était un vénérable vieillard, que les Turcs avaient chassé de son diocèse, après s'être emparés des biens de son Eglise. Il eut recours au cardinal, dont il fut accueilli comme un confesseur de Jésus-Christ, et qui lui procura, par des pensions sur des bénéfices, du quoi se consoler d'avoir perdu le sien. L'exilé, pleurant de joie, publiait hautement que la seule amitié de Beliarmin lui valait mieux qu'un évêché.

Il ne lui arriva jamais de renvoyer aucun de ces infortunés, sans lui faire oublier les misères de sa position; et, quand les sommes assignées au Valican pour de telles nécessités, se trouvaient épuisées, sa pauvreté même lui fournissait des ressources pour y subvenir. Tout réduit qu'il était à des rentes modiques, n'ayant jamais voulu retenir les revenus de Capoue, il trouvait dans son admirable charité, de quoi donner. Ce qu'il avait, il le partageait avec ces ministres de Jésus-Christ; et, pour avoir le moyen do fairo leur part plus grosse, il retranchait de la sienne tout ce qu il pouvait, n'en conservant que ce qui lui était strictement nécessaire.

< Tout le monde avait accès chez lui ; les plus pauvres y étaient reçus comme les plus riches : on lui remarquait même pour ceuxlà une certaine prédilection, qui leur donnait pleine liberté de lui exposer leurs affaires, ou de lui en demander l'expédition. Quelque occupé qu'il fût à la composition d'un ouvrage, il aurait quitté, pour les entendre; la période commencée, et il ne l'aurait pas reprise, pour les congédier, sans les avoir satisfaits. Il donnait une attention infatigable aux ennuyeux récils, que des malheureux lui faisaient de leurs disgrâces, sur lesquelles ces sorlos de gens sont toujours éloquents, el ne tarissent jamais. 11 n'aurait pas cru être en droit de tes exhorter à la patience, s'il n'avait eu au moins celle de 1rs écouler. Si l'on excepte les heures de la prière et de la Messe, il n'y eu avait point qui ne fût chez lui heure d'audience. Il estimait que le vicaire de Jésus-Christ ne l'avait arrêté à sa cour, que pour l'aider en particulier de ses conseils, el pour être le médiateur universel de tous ceux qu: avaient besoin de recourir à Sa Sainleté. Il satislai-

sau nu premier «le ces devoirs par In sago et prudente liberté, avec laquelle il s'ouvrait nu Saint-Père «le tout co qui lui paraissait important pour le bien de sa personne, ou pour l'utilité de l'Eglise; il s'acquittait du second, en recevant toutes les demandes avec facilite, les démêlant avec sagesse, et faisant valoir celles que l'obligeait d'appuyer la justice ou la chanté.

Le reste de son temps il allait aux fonctions publiques, bus chapelles, aux consistoires, «ux congrégations : il était do celles des Rites, de l'Index, du Saint-Office, et presque de toutes les autres, et rien ne l'empêchait de s'y trouver; cette Assiduité, selon lui, étant essentielle a un cardinal de la sainte Eglise, de laquelle les affaires se traitent dans la plupart de ces saintes assemblées. Son Age et ses incommodités ne lui parurent jamais do valables raisons pour s'en dispenser; et, quelques prières que lui fissent ses amis du Sacré Collège de se relâcher do celle exactiludo si préjudiciable à sa santé, il fui toujours inflexible sur ce point : « C'est notre » obligation, leur disnil-il,« c'est pour cela qu'on nous a fait cardinaux. »

S'il prévoyait qu'on ilûl traiter de quelque affaire importante, il en faisait les jours précédents une étude sérieuse; » l'étude il ajoutait ses réflexions, et mettait par écrit son suffrage et les principales raisons qui le déterminaient à le porter. Delà la justesse et In solidité de l'avis qu'il proposait, l'attention avec laquelle il élail écoulé do tous les cardinaux, et celle espèce d'aveugle conformité do tous leurs sentiments aux siens. Le cardinal François-Marie Monti, doyen du Sacré Collège, écrivnilcnlG23,nu P.Cnrcllonio : « Je me faisais honneur d'êlre de son avis dans toutes nos décisions; car c'était toujours le parti le plus sage et le plus assuré. Je n'étais pas seul à le suivre, nous marchions presque tous sur les votes qu'il nous avait ouvertes. Il est arrivé plus d'une fois que la Congrégation tout entière, composée de quatorze cardinaux, a changé d'opinion, après avoir entendu celle de Bellarmin, tant son savoir, sa droiture et son autorité avaient de poids dans nos esprits. Le souvenir do ce qu'il a pensé pendant sa vie, fait encore sur nous le même effet après sa mort, nous revenons à ses décisions dès qu'on les cite, et elles passent dans nos consultations pour des oracles, contre lesquels il n'est pas permis de contester. Telle a toujours été notre estime pour le saint cardinal,dont nous Taisons gloire d'être les disciples, et que nous honorions comme notre père et notre maître. Ce sentiment de révérence, cette espèce de soumission de tout le Sacré Collège pour Bellarmin, était fondé non-seulement sur l'estime qu'on avait de sou bon sens et de sa graude expérience da»6 les affaires, mais encore sur les grAces surnaturelles, dont Dieu l'avait comblé; les unes et les autres de ces qualités le faisant regarder comme un des plus saints et des plus éclairés de sou siècle.

Sa réputation lui attirait uue foule d'nffai-

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res qui, s ajoutant h ses antres emplois, l'auraient acrablé, si sa facilité à les traiter ne lui avait donné le moyen de faire sans embarras ce qui aurait demandé plusieurs hommes ensemble.

Il était consulté de tontes les parties de l'Europe; il était le conseil des cardinaux; on lui écrivait do mille endroils, et on recevait ses réponses comme des oracles. Il lui fallait écrire des lolires sans fin, pour satisfaire a tout le mon le, et il s'acquittait de celle espèce de devoir importun avec tant de patience et d'honnêteté, que personne no so plaignit jamais qu'il manquât ni d'exactitude à répondre, ni de condescendance cl do bonté dans la manière avec laquelle il répondait.

Il avait un certain nombre d'amis choisis, surtout entre les cardinaux et les prélats, avec lesquels il était étroitement lié en Ji'-$ii<- Christ; il entretenait avec eux, quand ils étaient absents, un commerce de leltres.lonl le sujet était toujours fi m portante affaire de leur mutuelle perfection, et l'obligation étroile où ils étaient de servir l'Eglise. On ne peut omettre quelques traits de la sainli» amitié qui l'unissait à saint François du Sales. C'étaient deux hommes qui semblaient faits l'un pourl'aulre; la grAce et la nature les avaient doués de qualités si semblables qu'il ne leur fallut que se connaître, pour s'entr'aimer lendrement. Us furent recommandâmes par leur pureté, leur innocence, et surtout par leur inaltérable douceur, qu'ils portèrent l'un et l'autre jusqu'au degré suprême, et qui les rendit aimables a Dieu et aux hommes. « C'est uno disposition miraculeuse de In Providence, «disait Bellarmin en parlant de saint François de Sales, «de l'avoir fait naître en Savoie pour le bien de sa patrie, et de l'avoir donné pour évôqu* à des peuples, qui avaient un si pressant uosoin de son zè'e apostolique. C'est un ange en innocence, répétait-il en toute occasion ;ses mœurs sont si pures, qu'il ne rwirail pas qu'Adam ait péché en lui. » François l'appelait : « Le grand cardinal, et il avait coulumo de dire de son ami, que fêlait un homme qui savait tout, et qui ne savait pas fairo du mal. » Il était enthousiaste des ouvrages du saint cardinal (dont il ne faut juger, soit dit en passant, que sur de mauvaise* traductions); il admirait tantmTélendue infinie du savoir, qui y est contenu, tantôt la sainte onction, qu'on y sent répandue partoul; il le pressait d'achever su

commentaires sur saint Paul, prétendant en fairo la nourriture ordinaire de son Ame: il admirait, ce sont ses termes, les montagnes df/itTwqu'il lui avait fallu creuser pour y découvrir et pour étouffer les monstres engendrés par l'hérésie depuis le commencement dos sièclos. Il ne pouvait assez Router la douce piété qu i! rencontrnit dans ses petits traités de dévotion ; Le Gémissement <k la colombe lui allendiissuil le cœur : c'est le litre de celui que Bellnrmio a composé de l'utilité des larmes qu'on répand sur ses péchés ou sur ceux d'aulrui. Celui qui eusei-

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une a élever son esprit à Dieu, ne lui donnait pas moins de plaisir. Il était en cela du goût de Bellarmin lui-même qui, malgré le peu d'estime qu'il faisait pour ses compositions, avait du penchant pour celle-ci: « Je ne lis guère mes autres livres,» disait-il, «que je n'y sois contraint par la nécessité : mais pour celui de l'élévation du cœur h Dieu, je m'y porte de moi-même, sans y être obligé ; je l'ai déjà lu trois ou quatre fois, H je nie suis proposé de le relire encore souvent; ce n'est peut-être pas qu'il ait plus de mérite qu'un autre : mais enfin je l'aime, parce que c'est mon Benjamin, le fruit de mon extrême vieillesse. » C'est le nom que lui donne aussi le saint évêque de Genève dans une lettre qu'il écrit au cardinal, pour lui recommander ses chèros fille* de la Visitation.

Tout le monde sait que François de Sales n'institua pas d'abord cette sainte congrégation sous la forme exncle et précise de religion. Sa pensée était qu'il y eu avait déjà assez dans l'Eglise, sans qu'on en établit de nouvelles. Son premier projet fut de faire une assemblée (Je veuves et de filles pieuses qui ne fussent, ni liées par des vœux, au moins solenuels, ni retenues a la maison par la clôture; mais qui pussent, après avoir vaqué au dedans a l'exercice du l'oraison, pratiquer encore au dehors les offices de la charité et de la miséricorde. Cela se fil quelques années à l'édiGcnlion du public et à la consolation du saint prélat. Mais un essaim tle ces abeilles ayant volé d'Annecy à Lyon, l'archevêque de cette grande ville , depuis cardinal de Marquemonl, fit tant d'inslancc auprès de M. de Genève, pour l'obliger de les réunir et d'en faire un ordre de religieuses, que le saiul homme, acquiesçant à ses raisons, en écrivit à Bellarmin, sur le crédit cl l'amitié duquel il comptait pour l'exécution de ce nouveau dessein : «.Je m'adresso à vous. Monseigneur, comme à un cardinal ronnu cl aimé, non-seulement à Rome, mais par tout le inonde, pour obtonîr du Saintl'ère, par le crédit que vous avez auprès do Sa Sainteté, qu'il daigne admettre, entre les ;>ulres religions de l'Église, les communautés naissantes de la Visitation, et agréer I* qu'on n'y récite quo le petit Office do la sV:iito Vierge; 2* qu'on y puisso recevoir des veuves en habit séculier, qui demeurent avec les autres, sans faire les vœux comme elles, et qui puissent sortir, quand le demande la nécessité do leurs affaires; enfin que les dames mariées y puissent entrer ol j faire leur séjour pendant quelque temps ï«ec la permission de leur époux, pour y 5lre occupées d'exercices spirituels et du 'èglemenl de leur conscience. L'expérience u apprend que ces trois choses sont d'une ixtrêœe uldilé, et c'est ce qui me fait les proposer au Saint-Siège par votre médiation : /est a vous que je recours, très-illustre car- Jiual, comme à mon unique intercesseur, au >eul du Sacré Collège avec qui j'aie des relations particulières, et comme à celui dont je vois sensiblement la compassion pour mon

diocèse désolé, dans le grand ouvrage des

controverso?, et la grande alfeclion pour los Ames dév.»l. s dans l'aimable Benjamin qui vient de paraître. Je vous conjure donc, par le zèle que vous avez pour l'avancement des bons desseins, de m'aider a l'accomplissement de celui-ci par votre sagesse et par votre autorité. Pardonnez-moi ma liberté, et honorez toujours de votre amitié, très-grand, très-illustre et très-excellent prélat, votro très-humble et très -obéissant serviteur, François, évêque de Gonèvc, d'Anncci, 10 juillet I61G. • Il no faut pas demander si lu cardinal s'empressa d'accéder aux désirs du saint prélat.

Il aurait bien voulu que le saint instituteur fui appelé à Rome pour y recevoir la pourpre dont le rendaient digne ses raros qualités. Bellarmin, dans une de ses lettres, proleste à l'évêquo de Genève « qu'il no reçoit jamais des siennes, sans être pénétré d'une jme sensible, et sans être presque tenté d'être Pape, pour être en pouvoir do lui rendre justice, en iui envoyant aussitôt le chapeau de cardinal. » C'est ainsi quo l'homme de Dieu désirait à son saint ami une dignité, dont il aurait bien voulu su décharger lui-même, ne se trouvant pas, pour en soutenir le poids, les épaules aussi fortes qu'il les reconnaissait dans François de haies : mais il était seul au inonde, qui eût de si bas sentiments de son mérite; et c'était la pensée do loul le Sacré Collège, qu'il en faisait l'honneur par son émineoto science cl qu'il en était l'exemple par son admirable vertu.

Cependant au dehors il n'alfcctatl rien qui pût le faire estimer, ni saint ni savant : content de plaire aux yeux de Dieu, il se dérobait aulanl qu'il pouvait a ceux des hommes qui l'auraient à peine connu, si ses livres n'avaient porté au loin la réputation de sa science, et si ses emplois ne l'avaient mis dans la nécessité d6 donner, dans les occasions, des marques éclatantes do sa vertu. Toujours respectable et toujours modeste, il était admiré dans les consistoires, quoiqu'il y parlât peu, surtout en présence du Pape, devant qui il ne prit jamais la liberté de haranguer : mais il prit toujours celle de dire nettement son opinion, dut-elle ne pas êlrc suivie. Cette sainte liberté se fit sentir toutes les fois qu'il s'agissait de quelques points réglés par le concile de Trente; son avis était constamment qu'on n'on accordât jamais de dispense, que dans une exlrêmo nécessité. S'il voyait cependant qu'on se ic- Mchât quelquefois, malgré lui, de cette sévérité; satisfait devant Dieu de s'être acquitté du son devoir, il n'accusait pas ses collègues d'y avoir manqué; et un iour le cardinal Crescentio l'ayant forcé de s expliquer sur eux et sur leur facilité : « Ce soit mes maîtres,» lui dit-il, « il ne m'appartient pas du les juger. •

Quelque respect qu'il eût pour eux, il ne laissait pas, de temps en temps, do leur faire sentir agréablement ce qui lui paraissait ou moins régulier en leurs personnes.

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or. moins modeslc dans leurs palais. Ayant trouvé chez un des plus distingués, qu'il était allé visiter, des figures découvertes et peu séantes, après l'avoir entretenu du sujet qui Pavait amené : « Je viens de voir,» lui dit-il d'une manière gaie et honnête, «en entrant chez Voire Seigneurie, des pauvre* tout nus dans votre galerie; au nom de Dieu faites les revêtir, sans quoi ils sont en danger do mourir de froid pendant l'hiver. — Je les connais, «reprend le cardinal, entendant le mot pour rire; «je leur ferai donner des babils, ils vous en auront obligation.» N'ayant pu effectivement faire enlever ces fresques de dessus la muraille, il ordonna au peintre de les couvrir.

Rellarmin ne perdit aucune occasion de faire du bien, et d'établir partout où il pou* vait le royaume de Jésus-Christ, dont il sentait bien qu'il approchait lui-même. El comme il savait qu'on ne peut y travailler plus efficacement, qu'en le faisant régner dans le cœur des rois, dont la piété, quand elle est solide et véritable, se répand dans le coeur de leurs sujets, qui ne résistent ni à leur autorité, ni à leur exemple , H entrait volontiers dans la pensée de leurs amis qui le portaient è donner aex têtes couronnées une espèce de miroir, où ys vissent (racés clairement et en raccourci tous les-'devoiïs d'un prince chrétien. Il y fut déterminé par la venue du jeune Lâdislas à Rome. Il était fils de Sigismoud 111, roi de Suède et de Pologne, a qui Charles, princo de Sudermanie, enleva la première de ses couronnes, s'élant servi, pour l'usurper du mécontentement des Suédois qui déjà presque tous engagés dans le parti protestant ne voyaient qu i avec chagrin un roi catholique sur le trône. Lâdislas eut autant de piété que son père, et s'il n'eût pas plus de valeur que lui, au moins sa va>leur fut plus heureuse. Dès qu'il fut capable de porter les armes, habile général, il défit les Moscovites, il battit plusieurs fois les Turcs en bataille rangée, et on peut diro qu'il fit périr à Osman, leur sultan, plus de cent cinquante mille hommes en divèrs combats. Ayant pacifié les Etats de son père, il prit le temps favorable pour faire le voyage d'Italie, et déposer ses lauriers aux pieds des saints apôtres. Ce fut un spectacle qui fit plaisir è la capitale du monde, et qui fit répandre des larmes à Bellarmin. Le. saint vieillard fut heureux de contribuer à la perfection de ce jeune héros, en lui mettant en main le livre dont on vient de parler. C'est è lui-même qu'il le dédie, comme on le voit dans l'fiptlre, qui est en tête de l'ouvrage ; il y apporte les raisons particulières qu'il a de le lui offrir, et qui sont autant d'étoges, par lesquels il gagne le cœur du prince, pour y faire ensuite passer plus aisément l'amour de la justice.

Il trace d'abord, dans la préface, le plan de son livre, qu'il partage en quatre parties, selon les quatre rapports qu'ont nécessairement tous les princes. Ce sont des maîtres sur la terre : mais ils ne laissent pas d'y avoir des supérieurs. Celui qui l'est absolu-

ment, c'esl le roi des rois, dont ils ont une dépendance essentielle en toutes choses. Ils dépendent aussi pour le spirituel du Souverain Pontife, de leur évêqne particulier, et do leur confesseur. Bellarmin, dans la première partie, leur montre quelle doit être leur conduite, 1* envers Dieu, et ensuite è l'égard des trois autres, qui ont, en quelque chose, une espèce de supériorité sur eux.

Le deuxième rapport qu'ils ont regarde leurs inférieurs, leurs peuples, leurs domestiques, leurs officiers, leurs soldats, leurs magistrats, répandus dans toute l'étendue de leurs Etats, et auxquels ils communiquent leur autorité, pour rendre la justice. Ce sont divers sujets, qu'ils doivent gouverner diversement, selun leurs différents caractères; c'est co qu'il leur apprend dans la seconde partie.

Quelque éievèquo soit le monarque, il a des é^aux, et ce sont les souverains qui ont des Etals, comme il a les siens; il l'ait remarquer, dans la troisième partie, de quelle importance il est, qu'il conserve avec eux la bonne intelligence, le droit des gens, et toutes les lois de la justice et de la charité chrétienne.

Il se faut dire enfin que le princo a rapport à lui-même, et que c'est le premier état

au'il doit régir. Pour le faire avec sagesse, doit avoir surtout devant les yeux sa dernière tin; se bien persuader qu'il est né pour un royaume infiniment plus grand et plus durable, que celui dont il est le maître, et choisir par conséquent les moyens les prus propres, pour y parvenir, en domptant ses passions, qtn sont ses Trais ennemis. Telle est la sainte politique, dont il fait des leçons h Lâdislas dans la quatrième partie ; et, rien n'étant plus persuasif que les exemples, sur la fin de sou livro qu'on peut intituler : Lnrt de régner, il lui étale les plus illustres et les plus éclatantes de J'un et de l'autre Testament, dans la vie des plus grands et des plus saints princes qui aient paru dans tous les siècles; il lui propose les Josué, 1rs David, Ks Jouaihas, les Venceslas, les Henri, les l.éopold, les Louis, les Casimir, comme des modèles héroïques, qu'il doit copier dans sa personne.

Mais quelque zèle qu'eût le saint cardinal pour former les princes de la terre à la piété chrétienne, il en avait encore davantage pour porter les princes de l'Eglise à la perfection de leur état, surtout quand il avait des relations avec eux. L'évêque de Théano, son neveu, ne fut pas plutôt élevé è l'épiscopai, qu'il lui en traça les devoirs dans toute l'exactitude avec laquelle il souhaitait qu il les remplit. Cette pièce courte et solide, où il lui parle avec l'autorité que lui donnait son Age, et avec toute la tendresse que lui iuspiraient les liens du sang, fut imprimée à Paris, h l'insu du cardinal, qui ne croyait pas qu'elle dût jamais sortir des mains de son parent; et elle devint ainsi publique par une' disposition particulière delà Providence, qui voulait qu'elle lût commune à tous les prélat? do l'Eglise, qui y trouve::!.

DES CAKL)1>ALX.

en raccourci, tout ce qui leur esl nécessaire pour s'acquitter dignement de leur important ministère. Elle contient neuf questions, ou, comme il les appelle, neuf controverses, sur lesquelles il exhorte son neveu à s'instruire à fond, et è régler sa conduite sur la vérité, sans avoir égard, ni à ce que disent, ni à ce que font plusieurs; et, quand cette vérité, qui doit être sa règle, ne paraît pas dans un assez grand jour, à s'attacher constamment au parti le plus sûr, qu'il lui conseille de n'abandonner jamais, principalement quand il s'agit du salut éternel.

Ces instructions salutaires tirent d'autant plus d'impression sur l'évoque de Théano qu'il les vit beaucoup mieux exprimées dans la conduite de son oncle que dans ses écrits; car le saint cardinal avait appris de l'apôtre saint Paul à faire attention sur lui-mémo avant d'instruire les autres. C'est ce qui le fit résoudre, quand il fut chargé de l'archevêché de Capoue, à consacrer une partie de la nuit a la méditation des saints Livres et surtout des P$aumes pour lesquels il avait un goût singulier. L'application qu'il y donnait était plus du cœur que de J esprit, et, bien loin de le fatiguer, elle le délassait « des fatigues inséparables du ministère apostolique, quand on s'en acquitte avec autant de conscience que le faisait Bellarmin. Il y trouvait, comme il l'avoue è Paul V, une satisfaction merveilleuse, et, dans l'épttre par laquelle il lui dédie son Exposition des P$aume$, lui rendant compte de son ouvrage, il dit que le pontife y rencontrera partout de la clarté, mais nou pas en tous les endroits la même abondance de sentiments de piété; et la raison qu'il lui en apporte, c'est qu'avant moins écrit ce qu'il a recherché par son étude que ce qui lui a été. inspiré dans la contemplation de la divine parole, le Saint-Esprit ne lui communiquait f»as toujours ni la même dévotion, ni la même fécondité. 11 ajoute qu'il ne laisse pas de l'offrir à Sa Sainteté tel qu'il est, pour lui faire connaître, comme à son père et è son maître, quelles ont été non-seulement ses occupations publiques, mais encore les plus secrètes, et afin qu'il ait la bonté U'y corriger ce qu'elle jugera défectueux. Ce qu'on y trouvo quand on la lit, c'est l'esprit de Dieu qui animait le saint homme, et oui le remplissait également de ses lumières et de son amour. Il y paraît aussi dégagé de la terre que s'il eût déjà été au ciel ; et, ce qui est rare, c'est qu'aussi attaché à Dieu que l'anachorète le plus retiré, îl était d'une exactitude infinie a remplir an dehors tous les devoirs publics auxquels l'engageaient sa pourpre et le Saint Père.

Telles furent ses saintes et fructueuses occupations pendant les quiuze années que Paul V gouverna l'Eglise. Ce Pape, après avoir étendu le royaume de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde, avoir envoyé des évéques aux Jndes, des prédicateurs au Japon, des nonces dans presque toutes les cours de l'Europe, après avoir pacifié l'Italie, en obligeant les ducs de DlCTIOl*. dis Cabdinaux.

Savoie el de Mantoue à mettre bas les armes qu'ils avaient prises au sujet du Monferrat, après avoir canonisé saint Charles et béatifié les saints Ifinace et Xavier, alla recevoir dans le ciel des couronnes plus durables que celle qu'il avait portée sur la terre.

Des gens d'un zèle louable peut-être, mais qui n'était pas prophétique, l'avaient flatté que la grande œuvre de son pontificat devait être la consommation do l'importante affaire qu'avait entamée Clément VIII, et à laquello il n'avait pu mettre la dernière main, que c'était à lui que la Providence avait réservé l'honneur de finir les questions agitées depuis tant de toraps entre les Dominicains et les Jésuites. Il les remit effectivement sur le tapis, il Qt recommencer les disputes, îl rassembla les congrégations qui en devaient faire la discussion, il prit sur cela l'avis des plus pieux et des plus savants hommes de l'Europe. Le cardinal Àrrigon eut ordre d'en écrire à l'évêque de Genève, François de Sales, pour en avoir son opinion. La réponse du saint prélat fut « qu'il avait étudié exactement les matières sur lesquelles Sa Sainteté lui ordonnait de s'expliquer, et qu'après h?s svoir examinées à Tond, H avait trouvé de.part et d'autre des difficultés qui l'avaiont effrayé; que, dans sa pensée, le temps n'était pas encore venu de prononcer sur des -points si difficiles et si importants, qui avaient d'ailleurs de côté et d'autre de si grands génies et do si habiles hommes pour défenseurs; enlin que, s'il était cru, on travaillerait beaucoup plus à faire un bon usage de la grâce qu'à faire sur celte grâce des disputes qui sont en danger d'altérer la charité. » Il parut par l'événement que le sage pontife préféra le conseil pacifique de François de Sales à celui de quelques zélés inquiets el empressés, qui le portaient à précipiter sa décision.

Ce oui est certain, c'est que si Clément VIII, au moins en un certain temps a voulu décider la cause, la mort lui en a ôlô le pouvoir, et que si Paul V a pu, comme on n'en saurait douter, prononcer sur celte affaire, il faut qu'il ne l'ait pas voulu, puisqu'il vécut encore plus do treize ans depuis la dernière congrégation où parlèrent si efficacement les cardinaux Bellarmin et du Perron. Le Saint-Père se contenta donc de laisser les Jésuites et les Dominicains dans une pleine liberté de conserver leurs sentiments, leur permettant de les défoudre à l'ordinaire, et menaçant les uns el les autres de sa disgrâce si , en les défendant, ils osaient, contre ses ordres, censurer tes opinions contraires ou attaquer contre la charité les auteurs qui les soutiennent. Ainsi finirent ces fameuses disputes dont il vaut mieux ensevelir la mémoire que de la réveiller.

Daus cette affaire, Bellarmin déploya son éminent savoir; toujours modeste néanmoins et cherchant à s'effacer, il disait qu'il faisait plus de cas d'un degré de charité devant Dieu que de la plus haute réputation devant les hommes. Ce mépris de la gloire

du monde semblait être né avec lui ; il l'avait beaucoup augmenté dans la religion, et ce qui n'est guère ordinaire, il l'avait perfectionné dans la cour même, principalement a la mort des Souverains Pontifes. En les voyant, ces hommes révérés de l'univers, du fatte des grandeurs où ils étaient auparavant, descendre dans l'obscurité du tombeau pôlo-méle avec le reste des mortels, il concluait qu'il faut peu compter aur loul ce qui flatte ici-bas l'ambition ; que (oule la terre est un point qui disparaît a la vue du ciel, et qu'à des Chrétiens, instruits des principes de la foi, rien ne doil paraître estimable que les biens éternels. Ces solides pensées le dégoûtaient de son exil et le faisaient soupirer après la réleste patrie. H parlait des divers événements de la vie, des révolutions des Etals, des vicissitudes de la fortune et de tout ce qui se passe dans le monde, d'une manière à désabuser ceux qui s'en laissent enchanter. Il ne pouvait concevoir que des hommes raisonnables courussent après des ombres oui leur échappent des mains au moment où ils pensent les embrasser, et que des Cliréliens, nés pour le ciel, au lieu d'y élever continuellement leurs yeux et leurs désirs, les eussent toujours attachés h la terre. Tout ce qui s'y appelle grondeur ne lui paraissait qu'un néant; il en avait un profond mépris, il nYstimait rien que ce qui est éternel, et c'est ce qui lui faisait regarder avec une espèce d'impatience la lin de sa vie qui devait être le commencement de sou éternité. «J'ai assez vécu,» disait-il, « il est temps de terminer une si longue carrière. »

C'est un sentiment dont il aimait s s'ouvrir avec ses amis, et il le fit surtout d'uno manière singulière au P. Bernardin Realin, avec lequel il avait depuis longtemps contracté une étroite amitié. C'était un homme, selon le cœur de Dieu, aussi vide do toute la fausse prudence du siècle, qu'il était rempli de la vraie sagesse évangélique; se méprisant lui-même, autant qu il était estimé de tout le monde; aimé des pauvres, dont il était le iière, recherché des grands, dont il avait mérité la confiance ; révéré des peuples, au salut desquels il était dévoué. La ville de Lecce, dans le royaume de Naples, à 26 kilomètres de l'Adriatique, l'a pris pour son protecteur, après avoir, dans les besoins l« s plus pressants, éprouvé, pendant k2 ans qu'il y Ûl son séjour, le crédit qu'il avait auprès de Dieu. Lorsque Dellarmin fut provincial de la province napolitaine, il avait déjà pour ce serviteur de Dieu une vénération profonde, et il lui en donna des mar-

Zues dès qu'il mil le pied dans le collège de ecce pour le visiter. Car, dès qu'il parut, il alla avec empressement au-devant de lui, et se ieta è ses genoux pour l'embrasser. L'humble religieux s'y jeta de même, plein de confusion de voir son supérieur a ses pieds, et ils so tinrent longtemps serrés en cette posture. Ces deux saints personnages étaient cnûn parvenus a une extrême vieillesse, et ils attendaient, avec une égale sol-

licitude, lejour du Seigneur, lorsque Antoine Beatillo, Jésuite assez connu en Italie par, les histoires sacrées qu'il y a publiées, al-, lant prendre congé du cardinal, et lui demander ses ordres pour Lecce, où il devait passer : «Père Antoine.» lui dit-il, ■ vousallei voir le saint vieillard B. Réalin; c'est un homme anssi consumé par ses fatigues qu*

Car ses années; il est heureux d'être aa nul d'une vie qu'il a si glorieusement employée au service du Seigneur; la (erre n'est plus pour lui, puisqu'il n'est plus en étal d'y travailler scion ses désirs : dites-lui de mi part que le ciel l'attend pour le couronner. Qu'il aille à la bonne heure dans ce bienheureux séjour; qu'H y aille sans délai. Si Dieu écoute mes soupirs et s'il me fait miséricorde, je l'y suivrai bientôt. » Beatillo s'acquitta fidèlement de sa commission, et il fut chargé par l'homme de Dieu de répondre de sa part au cardinal, « qu'étant i l'âge de 86 ans, il ne lui était pas mal aisé de lui obéir, qu'il prétendait bien partir bientôt pour le grand voyage de l'éternité, cl que Sa Seigneurie ne devant pas lui survivre de beaucoup d'années, il l'assurait de la part de Jésus-Christ des récompenses qui lui étaient préparées au même terme. » 1* réponse ûl tout le plaisir imaginable i Bellarmin,et, peu de temps après, ayant appris l'heureux trépas de son ami, il espéra que les jours de son pèlerinage allaient finir. C'est vers ce temps qu'il composa son Ail de bien mourir, qu'il pratiqua lui-même t* premier.

Selon le saint cardinal, dans son traité De ta bonne mort, les dispositions qu'on y doil apporter sont de deux sortes : les ut»** sont éloignées, les autres sont prochaines. Les premières, qui toutes se réduisent à la bonne vie, se sont fait voir avec éclat dans la vie de Bcllarmin. C'est ici le lieu d'etposer les autres que lui-même fait constat- r dans de fréquentes pensées de la mort et Je ses suites, dans l'usage des derniers sacrements, et dans la manièro de se défaite des ennemis du salut, qui redoublent tous leurs efforts pour dépouiller un mourant d« tout ce qu'il a amassé de biens spirituels pendant sa vie.

Bellarmin n'attendit pas pour songer à la mort qu'elle vint se présenter à ses yeux ; il sut se la rapprocher par la pensée, alor* même qu'il avait sujet de s'en croire encore éloigné. Mais, quand il eut passé l'âge de 60 ans, on peut dire qu'il en fit l'objet continuel de ses méditations; il se familiarisait avec elle, et, pour apprendre a bien mourir une fois, il s'exerçait à mourir tous les jour». Son élude principale était d'examiner so*i cœur, et, dès qu'il y trouvait le moindre attachement è la créature, il en faisait aussitôt

10 sacrifiée au Créateur.

Il délibéra s'il ferait un testa ment ; il avait si peu tjo choses, qu'il pencha à n'eo poiot faire, à l'exemple de saint Augustin, duot il est écrit, « qu'étant pauvre de Jésus-Christ,

11 n'eut rien a léguer. » L'appréhension qu'il cul,cependanl,quelepau qui lui resterait ut

passât a ses proches, le ût résoudre à demander à Clément VIII la permission d'en disposer purement en legs pieux. Le Pontife loi en fit expédier un induit beaucoup plus ample qu'il ne l'avait demandé. Ce Tut le 8 avril 1603, In douzième année du pontifical de Clément. Il y avait à peine un an que Bellarmin était archevêque de Capoue, que regardant cette église comme son épouse, il l'institua son héritière universelle : mais depuis, obligé de la quitter, ce qu'il avait projeté de faire pour cette épouse, il le lit pour la Compagnie, qu'il aimait comme sa mère. Au reste, on ne trouva chez lui ni sommes considérantes, ni meubles précieux, son intendant n'ayant jamais pu gagner sur lui qu'il conservât quelque chose de son revenu d'une année a l'autre; à l'exception de ce qu'une indispensable nécessité exigeait daus son palais, il n'y souffrit rien à «on usage, que ce qu'un saint religieux se fût cm permis d'avoir dans sa cellule.

Ce dépouillement, rare dans un homme de son rang, étonna les Souverains Pontifes ; Clément VIII en fut plus d'une fois dans l'admiration. « Quel homme étes-vous! » lui disait Paul V, • que vous ressemblez peu à une foule de geus dont je suis environné I ils demandent sans cesse, et vous ne demandez jamais ; on ne saurait les contenter, quoi qu'on leur donne; je ne vous donne rien, et vous êtes toujours content. * Le Saint-Père pouvait ajoutor que ce peu qu'il avait semblait être moins à lui qu'auz autres. Toute la réponse de Bellarmin était que Dieu ne l'avait pas fait pour êlre riche, « qu'il était né pauvre gentilhomme, qu'il avnii été pauvre religieux, qu'il se contentait de vivre et de mourir pauvre cardinal, et queSa Sainteté ne serait jamais importunée des demandes qu'il ferait pour lui. a

Il ne se mettait guère en peine des biens de la terre; son trésor était au ciel, et il no se plaisait a songer à la mort que parce qu'elle lui devait ouvrir cet heureux séjour, où sont les véritables richesses. Il ne parlait d'autre chose que do ce passage fortuué, qui finit les misères du temps et commence le bonheur de l'éternité. Son ardeur se rodoubla quand il apprit la mort de son cher ami Baronius; il lui porta une sainte envie, et ne ût plus que languir dans l'impatience de l'aller rejoindre dans la jouissance de celai dont l'amour consomme toutes les véritables amitiés. On l'entendit s'écrier avec l'Apôtre (Philip, i, 23) : Quand arri- 9tra f heureux jour de ma dissolution et de mon éternelle union avec Jésus Christ ?

Il avait prédit sa mort longtemps avant qu'elle arrivât, et il en discourait avec un sang-froid qui marquait bien son tranquille abandon entre les mains de Noire-Seigneur. Après la mort de Paul V, comme il fut question d'assembler les cardinaux pour lui choisir un successeur, Bellarmin dit au cardinal Mon laite : « Nous allons élire un Pape bu rcaur de l'hiver : celui qui le suivra sera élu au fort de l'été ; mais ni vous ni moi n'assisterons à sou élection. » La prédiction

se vérifia dans toutes ses circonstances; car Grégoire XV, ayant commencé son pontifical le 9 février 16*2, l'acheva le 6 juillet 1623, ayant donné au monde chrétien cinq illuslros prolecleurs par la canonisation des saints Isidore, Ignace, Fr. Xavier, Philippe de Néri, et.de sainte Thérèse ; de sorte que, pour remplir le siège vac.ml, le Sacré Collège fut obligé d'entrer au conclave dans le temps do la canicule, pendant laquelle fui proclamé Urbain VIII ; le cardinal de Monlalleel Bellarmin, selon sa prophétie, étant morts depuis près de deux ans. Il annonça encore plus explicitement sa mort à un chanoine de Capoue, nui l'était venu voir à Rome en 1621 ; car il lui en marqua l'année, le mois et le jour, en lui disant on termes précis, qu'il mourrait celte môme année, en septembre, un vendredi, jour où l'Eglise ferait la féto .des Stigmates de saint François, et il ajouta encore a d'autres qu'il attendait cette grâce de Noire-Seigneur par l'intercession de co grand saint, à qui il avait une dévotion particulière.

. Plein de ces pensées, ï la mort de Paul V, il espéra qu'un nouveau Pape, le voyant eu un si grand âge, et consumé de fatigues, le laisserait passer en repos le pou de jours qui lui restaient. S'il n'eut pas sitôt la consolation dont son espérance l'avait flatté pour son avantago particulier, il en eut uno autre très-imporianle pour le bien commun de l'Eglise. Le cardinal Ludovisio, neveu du Pontife qui venait d'ôlro élu, ayant prié Bellarmin de contribuer par ses lumières et par ses conseils à rendre célèbro lo pontificat de son oncle, celui-là s'ouvrit tout d'abord è lui, et lui représenta si clairement de quelle importance il était que l'élection des Papes se fit par des suffrages secrets, qu'il le fit convenir que ce serait une source de gloiro immortelle è Grégoire, s'il eu faisait une bulle expresse. Ludovisio s'engagoa a Bellarmin d'y porter Sa Sainteté; et illui tint si bien sa parole, que cette fameuse bulle fut dressée et publiée ft l'édification de luule l'Eglise, telle que l'avait désiréeOe serviteur de Dieu, qui ne pouvait terminer sa vie par un service plus considérable a celle sajnle épouse de Jésus-Christ.

Il ne crut pas, après cela, que la Providence exigeât de sjii zèle rien autre chose, que d'employer ses derniers efforts è achever de remplir la mesure de perfection à laquelle elle l'avait destiné. Il résolut alors de presser sa retraite de la cour. Pour y réussir plus aisément, il ne proposa qu'une partie de ce qu'il avait envie d'obtenir; il demanda d'abord d'être déchargé de la congrégation du Sainl-Olfice et de celle de l'examen des évêquos, alléguant ses fréquentes incommodités, et surtout sa surdité, qu'avait augmentée beaucoup un violent catarrhe. Cette raison, qu'il conjura le cardinal Bandini de faire valoir auprès du Souverain Pontife, lui parut d'une force invincible pour persuader è Sa Sainteté qu'il ne lui restait plus que la bonne volonté de lui être utile, et que ses infirmités le meltaieni daus

L>ES CAKUiNAUX.

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