‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 67 sur 457 · DINA M. BEL · texte numérisé non relu

DINA M. BEL

les Matines ; elles étaient suivies de l'oraison mentale, è laquelle il donnait au moins une'heure entière.

Ainsi .préparé à la célébration des sacrés mystères, il s'approchait du saint autel, pour dire In Messe, à laquelle assistaient tous les jours les gens de la maison. Pendant le temps du sacriOce, comme il les ravissait par sa piété, il ne les ennuyait nullement par une longueur démesurée. Il récitait toutes les heures de l'Office à leur temps, avec nne exactitude, digne d'éloges dans un ecclésiastique, qui n'aurait pas d'autre emploi, mais surprenante dans un homme aussi appliqué à l'élude, aussi régulier h se trouver aux consistoires et ans fonctions publiques, et enfin aussi accablé d'affaires que l'était le cardinal. Pour observer constamment une si sainte coutume, il réglait ses occupations ordinaires, et se donnait, auprès des hommes, toute la liberté nécessaire , pour ne manquer a aucune de ses obi igations auprès de son Créateur. La haute estime qu'on avait de sa sainteté, l'avait mis en possession d'en user ainsi, sans que personne le trouvât mauvais. Le cardinal Aldobrandin lui-même étant entré chez lui, dans le temps

Îju'il récitait une heure canoniale, ne s'ofensa nullement de la lui voir poursuivre tranquillement jusqu'à la fin; il attendit en silence que le saint homme eût terminé sa prière, trouvant parfaitement juste, qu'avant de lui oarler, il achevât de parler à Dieu.

Il se promenait un jour lentement et sans bruit, recueilli a son ordinaire, dans un corridor de la maison de Saint-André : un Jésuite, chargé de lui communiquer une affaire, l'étant venu chercher, et l'ayant aperçu marchant à petits pas et plein de Dieu, s'arrêta tout court. « Approchez, mon Père, » lui dit gracieusement le cardinal, en le prévenant et allant au-devant de lui ; « qu'appréhendezvous? — D'interrompre Votre Seigneurie, ui me parait réciter quelque heure de l'Ofce,» répond le Jésuite. — ■ Quoi ? me promenant et la tête couverte, je réciterais l'Office divin ?» repart Bellarmin avec étonnement ; « il faudrait que j'eusse bien peu de respect pour la souveraine majesté de Dieu de lui parler ainsi. »

Sa sainteté était d'autant plus admirable, qu'elle avait pour fondemeut une humilité profonde. Il n'est pas fort extraordinaire d'être humble quand on n'a rien par où l'on soit digne d'être tiré de la poussière ; mais rien n'est plus rare, suivant saint Bernard, que d'être élevé au-dessus des autres par ses grandes qualités, sans s'estimer digne de cette élévation ; que d'être seul è ignorer son propre mérite, et que de se mépriser au dedans, quand au dehors on est loué de tout le monde. C'était là proprement le caractère de Bellarmin; on ne vit jamais un homme unir tant de vertu, de capacité et de réputation avec une si basse estime de soi-même. C'est l'idée qu'en donna l'ancien cardinal de Vérone è Pierre Valier, son neveu, deouis cardinal comme lui: car. voulant lui faire

lier amitié avec Bellarmin, pour lmen tracer une peinture en Jeux roots : « C'est peutêtre,* lui dil-il, « le plus petit et le plus grand homme qui soit an inonde. » Le cardinal de la Rochefoucault, qui se glorifiait de l'avoir connu à Rome et d'avoir été son ami particulier pendant quatre ans, protestait n avoir rien trouvé de plus prodigieux dans le cardinal Bellarmiu, que celle rare humilité à l'épreuve d'une si grande gloire.

Il passait pour le premier homme de son siècle en science et en sagesse ; on le comparait aux plus grands docteurs de l'Eglise ; il était le conseil vies Papes, l'exemple du Sacré Collège, l'appui de la catholicité, le fléau des hérétiques. Il lui revenait de toiw cotés que ses livres confondaient les erreurs, et en désarmaient, les plus opiniâtres partisans, qu'ils affermissaient la foi des peuples el qu'ils faisaient triompher la religion. Il se voyait consulté comme un oracle, honoré des plus savants hommes de l'Europe, tiré de l'obscurité de son premier état, pour êlre revêtu de la pourpre el presque porté jusqu'à la suprême dignité de l'Eglise. Il ne pouvait se dissimuler cette estime qu'on faisait de lui. Dus hommes distingués venaient des extrémités de l'Europe à Rome, et, oubliant tout ce qui frappe les étrangers dans celle ville pompeuse, rotournés dans leurs pays, ils ne se vantaient que d'avoir vu Bellarmin. Les Anglais se faisaient remarquer entre les autres par l'empressement qu'ils témoignaient de le voir el de lui parler. Des Rochelois de considération, que ses controverses avaient convertis, entreprenaient le voyage d'Italie, par le seul motif d'y venir honorer celui dont Dieu s'était servi pour les mettre sur les voies de la vérité. Rien n'était plus touchant et plus capable de flatter un nomme qui n'aurait pas été inaccessible à la vanité, que de voir ces illustres convertis, dès qu'ils étaient entrés dans la chambre du soinl cardinal, se jeter h genoux el l'appeler le pèrede leur âme. « Je sais, » dit un historien,* qu'avant que Bellarmiu fût cardinal, des ultramontains do qualité se sont présentés à la porte du collège romain, avec un nolairo public, auquel ils faisaient dresser un acte dans les formes, qui fit foi de l'honneur qu'ils avaient eu de voirel d'entretenir le célèbre auteur des Controver-

Les lettres qu'il recevait lui-même d'Angleterre et d'Allemagne étaient pleines de ces sentiments d'estime; calaient partout des éloges de sa personno et de ses ouvrages. Cepeudanl, toujours vil et petit à ses yeux, il no trouvait en lui rien qui le démêlât de la foule. « Je ne sais de quels yeux on rne regarde, quand on me trouve de la grandeur,» disait-il agréablement à ses amis ; • bien loin d'être de Ta grande taille, je n'ai pas même la médiocre. » Un de ses amis lui faisant un jour instance pour avoir son por- Iraii, il répondit avec les termes, l'esprit et l'humilité de saint Paulin : « Quand vous me demandez mon portrait, je ne sais si c est celui du vit-il homme, ou de l'homme uou-

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