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veau ; je n'ai garde de vous envoyer le premier, il est trop difforme ; je ne puis vous envoyer l'autre, parce qu'il n'est pas encore achevé. *
Le siienre était toute sa réponse dans les outrages. S'étaut trouvé dans une dispute publique, el avant modestement fait signe de Unir à un docteur, qui fatiguait l'assemblée par des arguments longs et inutiles, auxquels le répondant avait. plusieurs fois satisfait, l'homme d'école oubliant ce qu'il était et ce qu'était le cardinal, s'emporta contre lui dune manière insolente, et lui dit en face: « Que je ne puisse jamais vous voir Papel » Toule-l'assistance en fut indignée, et surtout le cardinal vicaire Mellino, qui était présent : Bellarmin seul n'en fut nullement ému, il en sourit, el s'adressanl gaiement au cardinal qu'il vit dans une extrême colère, el, sur k* point de jeter l'insolent dans un cachot : « Si je suis Pape, » dit-il, « il sera assez puni de son imprécation; car il faudra qu'il devienne aveugle pour ne. pu me voir. » Le mot pour rire valut pqur celle fois le pardon au docteur : mais comme il avait plus de hardiesse que de science et do bon sens, la prison ne lui fut que différée: car, peu de temps après, ayant manqué do respect aux auditeurs de la Rote, dans un mauvais libelle, il y fut cotilinô sans rémission. C'esl alors qu'implorant le secours de Bellarmin, pour obtenir quoique modération de la sentence portée contre lui, il en éprouva encore les bontés; le saint homme ne s'élant souvenu de l'injure qu'il en.avait reçue, que pour lui faire ressentir plus charitablement les effiîls de sa protection.
Le serviteur de Dieu en usait ainsi dans toutes les occasions où il n'était question quo de son honneur particulier, el la Providence, pour le perfectionner toujours davantage, lui en fournissait d'assez fréquentes. Il y avait un certain cardinal, qui s'opposait à lui dans tous les consistoires, et qui semblait faire une profession ouverte de combattre sessen* liroenls en loute rencontre, sans que Bellarmin se préoccupât de les soutenir, el de détruire ceux du concurrent, qu'il trouvait toujours en son chemin. Les principaux du Sacré Collège en furent d'autant plus surpris qu'ilssavaienllacapHcilédeBollarminbiensu* périeure à celle de l'autre (le cardinal Bufalo). Un d'entre eux s'en plaignit à lui plus d'un* fois ; il l'accusa de timidité, i! lui dit que son excessive modestie lui faisait tort; -et le voyant toujours dans les mêmes dispositions, il pressa le P. Vilelleschi, qui alors gouvernait la province romaine, el qu'on savait loul-puissant sur l'esprit de Bellarmin, de l'engager & répondre et à ne pas so laisser fouler aux pieds. Le Pèro le Gl, el lui représenta « qu'il y allait de sa réputation ; quelle était nécessaire à loute l'Eglise, a laquelle il deviendrait inutile, s'il laissait croire, en demeurant sans réplique, qu'il était déchu de son ancien mérite* et que sus armes étaient usées. — Père Mutio, ■ répondit le cardinal, » il vaut mieux un peu de charité, que beaucoup d* réputation. * Le
saint ami redoublant ses instances, ei lui témoignant que sou intention n'élait pas nue Sa Seigneurie se défendit aux dépens de la charité: «Cela est trop dangereux, » répliqua Bellarmin ; « je suis résolu de ne jamais changer. » Le cardinal, qui avait fait agir le P. Vitelleschi, ayant su de lui cette réponse chrétienne, en fut charmé, et s'écria, plein d'admiration : « Ah I voilà une philosophie que nous savons bien peu nous autres, et que nous pratiquons, encore moins. »
Celle même réponse fut rapportée au cardinal, avec lequel il avait affaire, cl qui la traita de pieuse politique. C'était effectivement dans le saint homme, sagesse, non pas celle du siècle, réprouvée de Jésus-Christ; mais celle dont Jésus-Christ môme a donné de si hautes leçons dans son Evangile et de si admirables exemples dans toute sa vie. Comme elle consiste principalement dans le mépris de la fausse gloire du monde, et qu'elle en sacrifie les vains égards aux intérêts de la eharilé, Bellarmin, animé de son esprit, aurait compté pour rien la manière désobligeante dont en usait avec lui un homme de cette considération, si le bruit, qui commençait a se répandre, de leur peu d'intelligence, ne lui eût l'ait appréhender du scandale. Pour l'empêcher, lo parti qu'il prit ne fut pas de résister a ce puissant adversaire, et de prendre l'ascendant sur lui, comme il aurait pu aisément le faire par la supériorité de son savoir; mais de lui céder avec plus de condescendance encore, de lui témoigner toujours plus de respect, et, en lui prenant la main, quand il se trouvait avec lui, de lui demander son amitié. C'est ainsi qu'il désarmait ceux qui lui étaient les plus opposés, et qu'il les forçait d'avouer que rien ne pouvait résister aux charmes de son admirable charité.
On sa rendait d'autant plus volontiers à celle du saint cardinal, qu ou était persuadé que, s'il cédait, ce n'était nullement par impuissance de l'emporter, et qu'il ne s'abaissait devant les hommes, que pour être plus grand devant Dieu. L'expérience avait fait voir qu'il ne mollissait ainsi que quand il s*ag*ssait de sa personne ; qu'il n en était pas de mêmequand il fallait appu ver le droit des faibles, ou soutenir ceux de I Eglise; c'était en tout autre homme en ces rencontres. Revêtu de la vertu d'en haut, il agissait alors avec vigueur et parlait avec hardiesse. On le vit, lui, un des hommes les plus modestes ei les plus réservés de son siècle, maintenir courageusement un religieux dans la possession d'une grâce qu'un cardinal lui contesta il. On "admira plus d'une fois prendre un air d'intrépidité, et s'élever nudessus des puissances séculières, qu'il honorait partout ailleurs, quand, dépassant leurs limites, elles entreprenaient déporter la main a l'encensoir, ou de violer les immunités ecclésiastiques. On se souvint longtemps de la constance avec laquelle il maintint l'honneur et les droits de la pourpre contre le vice-roi de Naples, quelque considération qu'il eût pour lui ; de la réponse
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intrépide qu'il fil au duc de Lemos, et du sang-froid avec lequel il reçut les menaces du fier Castillan. Personne ne sait moins, ni ramper, ni plier, qu'un homme humble, quand il s'agit des intérêts de Jésus-Christ ou de la gloire de son Eglise.
Bellarmin soutint bien des combats , et avec succès, pour l'honneur de la Compagnie de Jésus, qu'il ne pouvait voiren butte à ses ennemis, sans prendre én main les armes pour la défendre. Son zèle, cependant, en ces occasions, n'avait rien ni de rude , ni d'amer; c'était toujours la charité qui conduisait sa plume.
Les termes les plus durs qui en aient jamais coulé, furent ceux dont il se servit en écrivant à un abbé, dont l'ordre entier lui avait les plus grandes obligations, |et qui cependant, en chaire, à Paris, ne cessait de déchirer la Compagnie : il lui manda « qu'il l'aimerait à l'avenir, comme celui qui se déclaraitson ennemi, et qu'il prierait pour lui comme pour un persécuteur et un calomniateur, ainsi que l'a ordonné Jésus-Christ »
Il se serail cru bien coupable, si l'on avait congédié de chez lui de pauvres ultramonlains , des Catholiques devenus, par leur grand fige, incapables de gagner leur vie, des héréliquos nouvellement convertis, des gens dépouillés pour la loi; il voulait qu'on les introduisit, qu'on leur donnât le moyen do s'expliquer de leurs besoins; et quand ils passaient son pouvoir, il recourait è celui dosdataires, du cardinal neveu, et du Saint- Père lui-même, auprès duquel il se faisait leur intercesseur, sans craindre, en ces occasions, ni d'essuyer des refus, ni de passer pour importun.
Il était 5 table, lorsqu'on vint lui dire, et c'est à quoi on n'aurait osé manquer, qu'un étranger, Anglais de nation, demandait a manger: « Nous partagerons ensemble, »>iil joyeusement Bellarmin ; et ayant coupé en deux portions égales ce qu'on venait de lui servir, il en fit porter une au nouveau venu, qui ne put comprendre, en la voyant, que ce fût la moitié du repas d'un cardinal.
Il ne voulait pas que sa dépense excédât trois jules par jour, pour sa personne, et sa passion pour les pauvres lui persuada qu'il en pouvait retrancher un pour l'amour d'eux. Poussant toujours plus loin son dépouillement, il se défit encore d'un attelage de carusse, d'un aumônier, d'un valet de chambre et d'un palfrenier, se mettant peu en peine, ni d'être en moindre équipage, ni d'avoir un cortège moins nombreux, que tout autre cardinal, dans les cérémonies. «Que m'importe tout cela,» disait-il, «pourvu que mes pauvres en soient mieux. »
Le cardinal Pierre Aldobrandin, pour l'aider à meubler son palais, quand il fut revêtu de la pourpre, lui avait tari présent de quelque argenterie, consistant en une aiguière, quatre flambeaux, une écriloireel un poudrier. Ces pièces, trop précieuses à son gré, lui faisaient de la peine; il «ne pouvait les regarder de bon œil, ayant envie de les convertir en pain, -pour !a nourriture de ccjx