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de 1a gloire qui les a suivis, pour avoir suivi In vertu.
« Le cardinal Picrro d'AHIy servira enlre les autres h rendre ce témoignage, au raôrile de la verlu ; qui étant né pauvrement dans une pelilo maison comme un limaçon dans sa coque, dépourvu de tous les moyens qui pouvaient aider à son avancement, en sortit pour éclnre ses vertus dans la pourpre, et pour faire voir au monde que la vertu ne peut jamais être si pauvre, et si dénuée do commodités, qu'ello ne donne au monde plus d'ennui que de pitié, et qu'elle ne soit toujours un riche parti pour ceux qui la veulent épousor avec ses droits.
« Il est vrai que parmi les grandes stérilités de fortune qu'il trouva dans sa mai* son, il apporta au monde de si généreuses semences do sagesse et de vertu, qu'il ne pouvait laisser de doute, qu'une médiocre culture n'en tirât des fruits excellents, s'il était appliqué aux exercices qui en pouvaient aider, et avancer la production. Il sortit à cet effet deCompiègne, qui était le lieu de sa naissance, pour aller à Paris, et ouvrirquelque voie favorable à un meilleur destin. H se présenta pour valet au collège de Navarre, où il servit un temps do sousportier ; et où il so prévalut si bien des moindres instants de son loisir, qu'il ménageait à son profit, qu'il en fît un trésor d'épargne , et une riche provision de science.
« Comme la nécessité t'avait endurci do botmc heure au travail ; ce qui donnait de la peine aux autres ne lui donnait que de l'exercice. Il n'y eut rien de si haut, ni de si difliciio dans tous lo cercle des sciences qu'il n'emportât par la vigueur de son esprit; ni de pré<ago si avantageux de ses avancements, qu'il ne surmontât par les effets; tellement quo dans peu d'années il fut jugé digne de la maîtrise, et capable d'enseigner aux autres ce qu'il avait appris. De laquelle fonction il s'acquitta avec tant de succès et do satisfaction d'un chacun qu'il sembla par une heureuse renconlro avoir trouvé la clef d'or des sciences et du sanctuaire des muscs, après avoir quitté celle des portes du collège.
« Lu mérite d'un esprit si rare et d'un savoir si exquis, ayant été reconnu dans les plus hautes chaires et sur les bancs do l'Académie, où il les produisit avec un singulier éclat, ol où il soutint la réputation du premier savant et du plus subtil docteur de Paris, il fut enOn honoré de la dignité do chancelier de l'université, dans laquelle il acquit une telle réputation do suffisance, de probité et de sagesse, qu'il 'fut nommé par le roi à l'évéché du Puy en Velay, puis a celui de Viviers, et finalement h celui de Cauibray, où il fit partout lever, des semences de sa doctrine, et de ses exemples, une belle moisson de vertus, cl où il ne laissa pas moins de marques honorables do ses travaux, quo d'estime d'une si digne et précieuse conduite.
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« Que s il lui fut un honneur extrême, et un objet d'inestimable reconnaissance d'avoir été appelé î» ces [charges, et incontinent après b cello do grand aumônier de France, par l'affection du roi, cl par le jueraent qu'il faisait de son mérite exlraorinaire : co.no fut pas aussi un bonheur médiocre à Sa Majesté d'avoir trouvé en lui toutes les parties nécessaires pour en soutenir lo ministôro, et en remplir la dignité. Il ne fut point dès lors d'importante affaire, dont il no fut ou le promoteur, ou l'arbitre; ni do différent en matière de doctrine qu'il ne réglât comme le prince des esprits. Co qui lui acquil les litres glorieux d'o/V;/e de la France, d'ange tutélaire de la vérité, et d'exterminateur de l'erreur, qui lui furent donnés par le suffrage des savants, et confirmés par la voix des peuples.
« De toutes ces preuves qu'il donna aii public de sa sagesse, et de sa probité singulière, on ne pouvait attendre sinon la juste et la légilimo acquisition d'uno gloire plus avantageuse. Donc il fut ensuite envoyé h la cour de Rome pour les affaires du royaume, où il reçut l'honneur du chapeau, et le litre de cardinal de la faveur du Pape Jean XXII, qui dans les funestes divisions de l'Eglise, crut de ne pouvoir mieux appuyer l'autorité qui lui était contestée, que du poids d'une suffisance si universellement reconnue, qu'elle était capable do régler toutes les opinions, et d'assurer les doutes du monde.
« Il assista en celle qualité au concile qui fut assemblé à Constance, pour terminer lo différent du schisme le plus embrouillé qu'on eût encore vu dans l'Etat de la chrétienté, et qui tenait alors l'Egliso on larmes, lo peuple en scandale, et tout le monde en inquiétude. Durant lequel deux Papes, qui tenaient alors le siège do Rome, s'élant volontairement déposés et dépouillés de leur dignité, l'un en présence, et l'autre par procureur, pendant que le troisième faisait mine, contre son serment, de vouloir retenir le pontificat, cl décolorer sou usurpation par la sûreté de sa conscience : la désolation de l'Eglise toucha lors si sensiblement tous les Pères assemblés, qu'il n'y en eut point de si intéressé qu'elle n'engageât dans son parti, ni de si froid h qui elle ne donnât de la passion, ni do si contraire qu'ello ne changeât, pour conspirer au dessein d'une nouvelle élection; pour laquelle le cardinal Pierre d'Ally agit si efficacement, tant par les livres qu'il composa, Det pouvoir» du concile général, et de l'élection du Pape, comme par les mouvements qu'il imprima do vive voix dans les esprits en ses doctes résolutions ; que l'on peut dire sans mentir, que c'est a lui principalement qu'est due la louange d'avoir servi au Sainl-Esnrit d'un puissant instrument pour mener la nef do l'Egliso au port d'uno heureuse tranquillité dans cello confusion d'esprits, et en dépit des vents contraires.
« Co fui encore en ce temps el dBns 'a
môme concile qu'il donna voguo (suivi de de son disciple Jean Gerson) à la dévotion envers saint Joseph le cdasle époux de la Vierge : sur lequel sujet il avait écrit un livre intitulé, Des douze honneurs de saint Joseph, qui fut la première plume messagère de ses grandeurs, et la première, trompette qui publia en Franco les singuliers avantages de sa dignité, de ses offices et do ses pouvoirs ; et qui éveilla la dévotion des peuples, avec la mémoire et l'eslimo de ses incomparables vertus.
« Il se Gt voir le reste de ses jours dans l'exercice de toutes les vertus actives qui concernent le bien du public; et toujours dans la lice des grandes occupations, loul couvert de sueur et de poudre, travaillant incessamment h choquer les abus de l'Eglise, a venger les sciences des outrages de ceux qui abusaient d'elles, à protéger la vertu, à justifier les innocents, et a opérer par la puissance du son génie la gloire de la religion, et la félicité do l'Etat. Et il Ht sentir particulièrement les pointes de son zèle a ceux qui attentèrent malicieusement de fomenter les divisions dans l'Eglise, et qui, par une licence peu catholique, otcaquèreut do son temps la profession des ordres mendiants, pour lesquels il écrivit une docte apologie, à laquelle il donna le titre de Bouclier de la pauvreté : faisant voir en toutes occasions qu'il se sentait offensé en quelque endroit on offensât la justice et a religion ; et que si la France portait quelque monstre qui les attaquât, elle avait aussi porté un libérateur pour leur défense.
• Sa vie, comme sa plume, étaient une leçon publique du genre humain. No se contentant pas d'avoir enrichi la théologie scoloslique do ses doctes commentaires, il orna la mystique de ses dévoles méditations, et de ses instructions spirituelles, qui le firent connaître non moins pieux que savant, et lui donnèrent le litre de maître des mœurs, après avoir longuement possédé sans ennui celui de maltro des écoles.
« I! fit bien paraîtra que la vraie noblesse, ut la générosité des mœurs n'est pas toujours attachée au sang, ut que plusieurs de ceux qui sont venus au monde parmi les araignées, portent l'âme plus noble et plus magnanime, que d'autres qui ont été reçus dans la pourpre et le clinquant. Les grands biens qu'il possédait du revenu de ses bénéfices, et des dons de nos rois, & qui il fut toujours aussi cher, comme il leur lut ûdèle, servirent d'instruments * sa bouté et à sa charité, qui est la meilleure de toutes les vertus, d'ornements à sa dignité, et de semences à son mérite. Entre les autres fondations et célèbres monuments de sa piété, on voit au collège de Navarre un beau corps de logis qu'il (il bâtir en mémoire el en reconnaissance que ç'avait été le berceau où la fortune le recueillit et le consigna aux soins de la vertu