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et des sciences, qui l'y élèveront pour lo bien du monde.
a II conserva jusqu'à la fin une admirable vigueur d'esprit, el quoi qu'on ne vieillisse point d'ordinaire sans uno notable diminution de soi-même, il lit assez voir dans les faiblesses de son âge avancé, que l'esprit était de l'homme et non pas do l'âge, et que ses talents ut ses perfections tenaient l'instinct et l'éclat de leur durée, comme leur origine du ciel. Ses vertus aussi, qui n'ont d'ordinaire point d'autres limites quo celles que leur donnent nos rachetés, l'accompagnèrent fidèlement jus* ques à la mort, qui termina ses longs et honorables mérites, et commença )es bienheureuses récompenses dont sou âme alla jouir au ciel, le 8 du mois d'août, en l'année 1425. Son corps fut enterré, comme il avait ordonné, en son église de Cambroy. a qui il avait toujours procuré autant de bien 6t de félicité, qu'aurait pu faire un ange lulélaire. *
TOMDEAU DC CIIUMKAL d'aILI.Y.
Ilic jncel Revcrernlus Pater Dominus Pctrus ileAliaco, Thoologise Dorior, quoiulam Episcopiis Cameraconsis. Orale pro eo.
Mors rapuit Pciriim, elo.
Voy. art. Samder, TnEvirr, Claude Robert, Jean Cuénu, Possevin, Bellarmix.
AIMERIC de Magnac , Français, évôquo oe Paris , nommé en 1383 par Tanlipapo Clément VII , prêtre-cardinal du lilro do Saint-Kusèbe, mourut en 1385.
ALATR1 (H tc.tEs d'), ainsi nommé d'AIntri, ville de la campagne de Rome, fut crô* cardinal par le pape Pascal 111 , et employé en différentes négociations. — Il mour.it sous le pontificat de Calixlell, au commencement du xii' siècle.
ALATRI (Gboffroi d') , nommé cardinal par Urbain IV, en décembre 1261 , fonda l'église de Saint-Etienne d'Alalri. et fui emporté parla peste en 1287. (Foi/. Owupïirb;-- Ciaconius; — Aubbrt, Hist. de* cardinaux.)
ALBANI (Jean Jérôme), néàBergame, était (ils du comte François Albaui, qui lo Ht élever avec soin dans l'étude des belleslettres , et dans la jurisprudence civile et canonique. — Après avoir servi dans les troupes de la république de Venise, il en reçut pour récompense la principale magistrature de Bergnme, où il se maria. Le car* . dinal Alexendrin, qui était alors inquisiteur de la foi dans l'état do Venise, eut ocsion d'y connaître Albani. Il admira son savoir et son zèle pour la religion , zèle qu'il fil éclater même contre un de ses plus proches parents , accusé d'hérésie. Lorsqu'Alexandrin eut été élevé sur le Saint- Siège, en 1566 , sous le nom de Pie V, il appela h Rome Albani, qui avait perdu sa femmo , el le fit cardinal en 1570. Après la mort du Grégoire XIII , en 1585 , on l'eut promu nu pontificat, sans la crniiAe qu'on avait de voir régner avec lui les enfants qu'il avait eus de son mariayo. Il mourut
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en 1591. On a de lui un Imité . De immnnitate ecctesiarum , qu'il avait dédié au Pape Jules III, en 1553 ; De potcstale Papa; et oncitii, imprimé a Lyon en 155S, et à Venise, 1561; De donatione Conslanlini ; De cardinalibut , etc. ( Yoy. Lemire , De script, taculi xvi ; — Aubert, H in. det cardinaux.)
ALBANI (Jean-François ). — Voy. Clément XI.
ALBANI (Annibal), naquit à Urbain le 15 août 1682. — Le Pape Clément XI , son oncle, le (il chanoine de la basilique de Saint- Pierre , en 1702, le délégua en 1704, par intérim, pour exercer la charge do secrétaire des brefs au* princes, en l'absence du titulaire de cette charge; le 1" août 1707, il le déclara président de la chambre apostolique, et le 31 décembre suivant , clerc de la même chambre. Le 22 juillet 1709 , il lu nomma son nonce extraordinaire vers les Couronnes , pour commencer sa nonciature par la cour de Vienne; mais l'empereur no l'ayant pas voulu recevoir en celle qualilé, mais seulement comme neveu du Pape, sans auire caractère, de peur que les alliés ne prissent quelque ombrage s'il venait avec le titre du ministre (ce prince était alors engagé dans la guerre de la succession d'Espagne), Albaui partit de Rome le 21 septembre, pour se rendre a Vienne comme particulier, chargé néanmoins d'y négocier, entre autres choses, la restitution de Comacbio. Il resta en celle cour jusqu'après la mort do l'empereur Joseph 1". L'impératrice régenle lui Gt don du portrait do l'empereur son ûls , portrait estimé vingt-cinq mille florins. Parti de Vienne le 20 juin 1711, Albani alla trouver le roi de Pologne, électeur de Saie, aux bains de Carlspad , puis arriva incognito à Cologne, le 25 juillet. De là il so rendit è Francfort, chargé particulièrement en ce qui regardait Comacbio, de veiller aux intérêts du Saint-Siège, h la diète qui s'y tenait pour l'élection de l'empereur. Les électeurs catholiques , qui s'y trouvaient en personne, ne le virent point è cause des contestations sur le cérémonial, ces princes ayant persisté dans leur refus de lui donner la main ; ce à quoi il prétendait. Cela ne l'empêcha pas do paraître en public avec une nombreuse et magnifique livrée , eu qualilé de nonce extraordinaire. Toutefois, il ne put rien obtenir sur ses préleolions. Parti de Francfort le 19 octobre pour aller attendre a Insprmk le nouvel empereur, Charles VI, il eu reçut pne audience le 21 novembre, puis il retourna a Rome. Pendant qu'il était a Urbin, où il s'était arrêté au retour de ce voyage , le Pape son oncle le créa cardinal le 22 décembre , le nomma en même temps orchip ré Ire de la basilique de Saint-Pierre , et lui donna l'abbaye de la Barbera , dans la Marche. Il confirma en sa faveur, è le dignité d'archiprôtre de Saint - Pierre , la collation des cannnicals et de plusieurs autres bénéfices, avec toutes les prérogatives dont avaient joui autrefois les cardinaux neveux qui l'avaient possédée. Le
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nouveau cardinal qui reçut la baratte a Urbin des mains du cardinal T.mara , légat de ce duché, le 1" janvier 1712, élant parti pour Rome, y Ht son entrée, accompagné d'un nombreux cortège, le 10 suivant, et , le 14 du même mois , reçut le chapeau dans un consistoire public, auquel il s'était rendu en cavalcade, accompagné entre autres do douze cardinaux qui montèrent è cheval pour lui faire honneur. Le Pape, qui lui donna en même temps la charge de secrétaire des mémoriaux, pour qu'il pût mieux s'instruire dans les affaires, lui assura lo litre diaconal de Saint-Eustache , dont il prit posession dans l'église de ce nom t In 19 septembre suivant , ayant été ordonné prêtre le jour précédent. Il fut déclaré camerliugue de l'Eglise de Rome, le 29 mars 1719, et prêta en cette qualité serment In même jour. Passé dans l'ordre dos prêtres, il prit le litre de saint Clément, le 0 juillet 1722, el deux ans après fut pourvu de l'abbaye de Sainte-Sophie, dans le royaume de Nciples. Ayant eu des démêlés avec le cardinal Coscin , il se retira à Urbin. Il envoya môme à Rome, en décembre 1728, son auditeur pour renoncer en son nom à sa charge de camerlingue, et présenter au pape Benoît XIII un mémoire dans lequel il lo suppliait d'accepter sa renonciation , et de lui donner en échange l'archevêché d'Urbain , avec la légation de ce duché; mais le Pape ne voulut pas recevoir cette démission; il lui fit écrire que sa demande ne serait point agréée, el qu'il eût à revenir bientôt à Home. Après une assez longue absence , il n'y retourna qu'eu 1729. Benoît XIII étant mort, 1730, il fit, pendant l'interrègne, les fonctions de sa chargo do camerlingue , el assista au conclave où fui élu Clément XIII. Promu par ce nouveau Pontife a l'évêché de iabine, il fut sacré dans la chapelle du chœur du chapitre de Saint-Pierre du Vaticain , par le cardinal Barberin , assisté des archevôques de Nicomédie et de Nicosie , tous les deux chanoines de cette basilique. Ce cardinal mourut en 1751. C'est è lui u'on doit la collection des œuvres du Pape lémenl XI, son oncle. Elle parut d'abord a Rome , en 2 vol. in-dol. , d'une très-belle exécutiou; elle a élé réimprimée à Franforl, 1719, aussi en 2 vol. in-fol. Le cardinal Albani est auteur de l'E^lti o dédicatoiro au collège des cardinaux, de la Préface qui précède les harangues, ainsi que do lo Dédicace qui précède les homélies, el qui est adressée à Jean V, roi de Portugal. Pour la Vie de Clément XI , il est dit seulement u 'elle a élé composée a prœsule quodam Itomano. C'est encore au cardinal Albani qu'on doit l'édition du Pontifical romain, Bruxelles, 1739, 3 vol. in-8°.
Ce rapido aperçu, qui permet de considérer dans son ensemble la vie du cardinal Annibal Albani, osl loin do suture pour faire connaître tous les événements dont celle vie fut remplie. Heureusement un moyeu s'est présenté a uous pour Ajouter île nouveaux détails. La vie du cordmal Albaui est
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tellement raôléo à colle de sou oncle Clément XI, qoe l'histoire de ce dernior par Lafilau, évôque de Sisteron, est l'histoire do neveu en môme temps que celle de l'oncle. Nous allons donc résumer cet ouvrage, peu connu, quoique digne de l'être. Nous ne craindrons pas de nous étendre un peu, convaincu que le lecteur sera bien aise de trouver un long et intéressant morceau d'histoire, qui le dédommage un peu de la brièveté nécessaire de tant de notices. D'ailleurs les pages qui vont suivre complètent les articles relatifs à tous les cardinaux du nom d'Albani.
Les Albani étaient originaires d'Epire, où ils vécurent dans une splendeur conforme à leur naissance. Dans la suite, ils se transportèrent en Italie, et (lièrent leur séjour è Urbin. Le crédit qu'ils y acquirent auprès des princes de la Rovèrequi en étaient souverains, leur donna lieu, avec le temps de délivrer l'Italie de la crainte d'une guerre fâcheuse. Horace Albani la prévint, eu engageant François-Marie de la Itovère, dernier duc d'Urbin, à faire rentrer ses Etats sous l'ancienne domination des Papes, qui en avaient été les premiers maîtres. En récompense, il fut fait sénateur romain, et, pendant l'espace de treize années, il remplit cette charge Avec dignité; mais, soupirant toujours après les douceurs d'une vie privée, il revint a Urbin, où il mourut quelques années après. Jean-François Albani éleva la gloire de sa maison jusqu'au comble de la grandeur humaine: il eut pour père Charles Annibal, et pour mère Hélène Mosca, d'une famille également noble et opulente. On le nomma Jean-François à son baptême; et, en venant au monde, il eut le bonheur de trouver dans sa famille de grands exemples pour le former à la vertu : son père était rempli de sentimenlsde religion, et sa mère ne connaissait de grand, que ce qui l'est aux veux de Dieu ; l'un et ("autre ne pensèrent qu'a donner une sainte éducation à leur ûîs, et n'admirent auprès de lui, dès ses plus tenJres années, que des personnes d'une vertu éprouvée. Jérôme Mosca, son oncle maternel, n'omit rien non plus pour le former à la piété : il était archevêque d'Urbin, et ses exemptes seuls auraient suffi pour lui inspirer le goût de la vertu. Sous de si bons guides, Jean-François ne pouvait manquer de recevoir une éducation jwfaite; il était doux, soumis a ses parents, et docile aux leçons qu'on lui donnait : on craignit néanmoins qu'il n'eût autant de dégoût pour l'élude, qu'il témoignait d'ardeur et de goût pour la priôro. Son père seul en jugea différemment : de ce mémo penchant qu'il apercevait en lui pour la vertu, il conclut qu'au moins par devoir il • appliquerait a l'élude, lorsqu'il en aurait bien compris l'importance; sa famille même fournissait des modèles de science, qui devaient on jour lui donner do l'émulation.
Charles Annibal avait deux frères el une tœur qui excellaient dans l'art de bien parler elde bien écrire : l'un se nommait An-
Dictiokn. dbs Cardinaux.
RDINAUX. ALB 71
nibnl. Urbain VIII l'avait préposé au soin de la bibliothèque Vaticane : depuis longtemps Annibal avait entrepris de rédiger seul tous les conciles; mais il succomba enfin sous le poids d'un si rude travail, et il mourut à l'Age de b5 ans. L'autre, si connu sous le nom de Malatesta, était un jeune homme accompli sous tons les rapports. Il parlait les langues savantes; il possédait le* mathématiques ; il excellaildans la peinture *, il jouait de toutes sortes d'instruments : il ' n'avait encore que 25 ans lorsqu'il fut envoyé en France pour une négociation des plus difficiles. La reine Marie de Médicis lui donna son portrait enrichi de diamanls, el Urbain VIII se disposait à l'honorer de la pourpre; mais la mort enleva pour lors [1623] ce Souverain Pontife, et Malalesta mourut lui-même peu de temps après dans un second voysge de Paris, Agé seulement de 38 ans ; c'était un génie rare. Après sa mort, on lui fit les mêmes honneurs qu'à son aîné; mais c'est le neveu du Pape qui lut Ht dresser un mausoléo. Julie, leur sœur, depuis mère du cardinal Olivieri, s'était rendue si célèbre dans l'art de bien écrire en italien, qu'elle égalait los meilleurs écrU vains de son temps : les lettres qu'on a d'elle renferment tant de force et de solidité dans le raisonnement, tant d'élégance dans le style, de délicatesse dans les pensées, de noblesse dans les sentiments, de sagesse et de piété dans les maximes, qu'on no saurait guère rien voir de plus accompli : c'est elle qui su chargea de remettre sans cesse devant les yeux de Jean-François les exemples de ses deux oncles; et dans ce dessein elle no le perdit pas de vue.
Le neveu suivit toutes les impressions qu'il reçut de sa tan le ; non-seu'ement on ne remarqua plus en lui cette espèce d'éloignemont qu'il avait d'abord témoigné pour les livres, mais, au contraire, il montra un empressement et une avidilé de les lire, qui dans la suite eut besoin de frein. Il se plaisait surtout à lire la vie des grands hommes; il dévora les premières difficultés des lettres humaines aven une facilité étonnante; il parut doué d'une mémoire heureuse, d'un jugement solide, de grands talents pour l'éloquence; el, ces dispositions se trouvant jointes à une application constante, il fut aisé de juger qu'il excellerait un jour dans les belles lettres.
Dans cet espoir, on jugea plus convenable de l'envoyer à Rome achever ses études, que de le retenir plus longtemps è Urbin : son prupro père le chargea de l'y conduire 1 1660}, et résolut d'y fixer lui-même sa demeure. Une merveille, à peu près semblable à celle qu'on raconte dans la vie de saint Ambroise, Ut d'abord bien augurer du jeune Jean-François. La même nuit qu'il entra dans Rome, un essaim d'abeilles alla, pendant son sommeil, s'attacher à la fenêtre de sa chambre : l'événement parut singulier dans une grande ville.
Jean-François nlélail encore que dans sa onzième année : les sciences s'enseignaient
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au Collège romain avec cet éclal qu'on y a toujours vu depuis. Il fil <ie rapides propres dans ses études. Dès l'âgo de treize ans, il possédait assez parfaitement le grec, pour lier, en celle langue, un commerce de lettres avec le P. Poussinet, Jésuite célèbre dans toute l'Europe par son érudition.
C'est Jean- François qui, à l'âge do 17 ans, déterra dans la bibliothèque du monastère de Grolta-Ferrata, près de Frascati. cette partie du Ménologe fait par les ordres do l'empereur Basile Porphyrogénèle, que les savants regrettaient depuis plus do sept cents ans, et qu'ils regardaient comme un monument de l'antiquité totalement perdu : c'est lui qui, dans le même temps, traduisit en latin la célèbre homélie que Sophrono, évôque de Jérusalem, écrivit en groc sur les apôtres saint Pierre et saint Paul , cl qui, y joignant une dissertation sur les deux Sophrones, nous a appris auquel des deux doit être attribuée l'homélie. C'est lui encore qui, toujours vers le môme temps, rendit, dans une élégante latinité, lo magnifique éloge que le diacre Procope a fait do saint Marc 1 Evangélisle ; et il le donna tel que nous lo lisons aujourd'hui dans le IIP tomo de Bollandus. au 25 avril.
Il est peu de passages remarquables dans les bons auteurs, qui, à la fin de sa rhétorique, ne lui fussent devenus familiers ; la philosophie n'eut rien d'épineux pour lui. Son professeur de théologie, l'un des plus saints et des plus habiles hommes de son temps, n'en parlait que comme d'un ango également estimable par la beauté de son génie, et par la pureté de ses mœurs. Dans l'un el l'autre droil il pril une connais- Fancc exacte des lois civiles et canoniques; et quand le temps fut venu de rendre compte nu public des progrès qu'il avait fails dans ses études, il le ûl dans une thèse universelle avec un succès qui lui attira les plus grands éloges. Tous avouaient n'avoir jamais vu ni plus de dispositions pour les sciences, ni tant d'acquis pour un Age si peu avancé.
Après avoir été passer quelque temps dans sa pairie, a Drbin, il reçut à Rome des honneurs peu communs à ceux de son â^e. Le savant de Luca, depuis cardinal, semblait n'avoir attendu son retour que pour soumettre a sa critique les ouvrages qu'il avait composés; et il ne les Qt en effet imprimer qu'après que Jean-François les eut jugés dignes d'Ôtre mis au jour. L'évôque de Vaison, Suarez, qui pour lors était à Rome comme l'flme des académies littéraires qu'on y avait si utilement établies, fit quelque chose de plus : jl parla de Jean- François, dans une dissertation publique, comme d'un génie qui, en grec ei en latin, excellait pour la prose et pour les vers, et H n'hésila pas à annoncer aux Romains qu'ils allaient le voir s'élever d'un vol rapide jusqu'au faite de toutes les grandeurs humâmes.
Des témoignages si honorables commencèrent à attirer sur lui tous les regards, froncée de loul le bien que la renommée en
publiait, la reino do Suède, Christine, parut souhaiter qu'il fût du nombre de ses académiciens. Celle princesse qui, après son abdication volontaire s'était retirée à Rome, rassemblait chez elle régulièrement chaque semaine ce qui s'y trouvait d'esprits distingués de toutes les nations. C'était un composé de tout ce que l'Italie, la France, l'Espagne, l'Allemagne avaient do plus éminent par le rang el la science dans cette capitale du monde chrétien. Les cardinaux cl les- prélats, les princes et les seigneurs romains, les ambassadeurs et les ministres étrangers se faisaient un houncur et un plaisir d'y assister; quelques-uns même s'en faisaient un devoir, et ils auraient cru perdre beaucoup que de manquer à une seule séance. La on traitait de ce quo les langues, l'antiquité sacrée et profane ont de plus savant; do ce que l'histoire a «le plus remarquable, la Fable de plus curieux ; de ce que les poètes et les prosateurs ont écrit de plus éloquent; de ce que l'éloquence elle-même a de plus noble et de plus élevé. On y réglait les matières qui devaient être discutées ; on assignait à chacun le sujet de sa dissertation, et, au jour marqué, chacun venait, selon son rang, soumettre au jugement de l'assemblée les productions de son esprit.
Dès les premiors discours que Jean-François y prononça, il fut arrêté qu'à son égar I on dérogerait à l'ordre qu'on s était prescrit de produire chaque académicien à son lour et do ne jamais faire revenir le môme sur les rangs qu'après que tous les autres y auraient paru. Jean-François fui excepté de la lui. Ou résolut de l'entendre le plus souvent qu'il se pourrait. Bientôt après, ces sortes d'assemblées devinrent comme des speelacles publics par le grand nombre qui y accourait pour l'entendre. Dans la suite, on ne se gêna plus sur les applaudissements qu'on lui donnait, el on l'interrompait pour lui faire répéter les plus beaux endroits d? ses ouvrages. C'est ce qui arriva un jour à l'occasion suivante. Jean-François avait déjà commencé son discours ; il avait mémo exposé la division de son sujet, cl il était occupé à le traiter, lorsque sa présenta pour entrer le cardinal d'Estrées. La difficulté fut d'abord de savoir où le placer; tout était
fdein dans le lieu de l'assemblée. Cependant e cardinal parvint à pénétrer jusqu'à la reine; et, dans cet intervallede temps l'orateur s'arrêta ; mais dès que la tranquillité fut rétablie, au lieu do reprendre sou discours au point où il l'avait interrompu, par respect pour lo cardinal qui n'en avait pas entendu le plan qu'il en avait d'abord tracé, il fil une récapitulation exacte de ce qu'il avait déjà dit, mais ondes termes si énergiques, et en même temps si différents de ceux dont il s'était d'abord servi ; il s'énonça avec tant de justesse et de précision; il parut manier son sujet avec tant de supériorité; il glissa dans son analyse des traits si'obligeants, el néanmoins si bien placé» pour le cardinal d'Estrées, qu'il ne lui fut
presque plus possible de poursuivre son discours, tant il fut applaudi. C'est a ce trait de sa vie que Jean-François faisait allusion, lorsqu'il disait dans la suite n'avoir jamais bien éprouvé qu'une seule fois tout ce que peut sur l'acteur l'applaudissement du théâtre. Pour lors on ignorait encore à quelle carrière il se destinait ; on le pressa souvent de s'expliquer, mais il répondit toujours qu'il lui fallait encore un an pour achever de se déterminer. Ce n'est pas que depuis longtemps il ne se sentit appelé à Tétât ecclésiastique, et qu'intérieurement il ne. fût tout disposé a s'y engager; mais il croyait ne pouvoir bien se décider qu'il n'eût atteint l'âge de 21 ans. L'année révolue [1670]. et après les plus mûres réflexions, il parut enfin en habit d'abbé. D'abord on le pourvut d'un canonicat dans la basilique de saint Laurent m Damasç; puis on lui assigna une pension viagère sur un des évêcnés qui vinrent à vaquer ; et, h cette occasion, il donna une preuve de ce désintéressement qu'on admira en lui tout le reste de ses jours. Averti par ses amis que, pour la sûreté de sa pension, les règles du droit exigeaient de lui quelques précautions, et qu'il pourrait même y avoir du danger dans le retardement, de dessein prémédité il négligea si fort de recourir aux formalités requises que, quand on l'y força enfin, il s en fallut peu qu'il ne fût plus temps de les remplir. Ce seul Irait acheva de persuader au cardinal Barberin, qui l'affectionnait beaucoup , que Jean-François était appelé de Dieu à tout ce que les dignités de l'Eglise oui de plus élevé; ut dans celle persuasion, se trouvant alors au lit de la mort, il fit un testament authentique dans lequel il le choisissait pour être l'appui et le soutien de ses propres parents.
Dans ce môme temps la maison Barberin avait encore un eardinal dans un neveu de celui qui venait de mourir. Celui-ci hérita de l'estime et de la tendresse que son oncle arait toujours eues pour Jean-François. Il résolut de ne plus se conduire que par ses conseils. Dans celte vue, pourvu de l'évêcbé ce Subiaco, il le prit avec lui pour en faire la visite. L'état auquel ils le trouvèrent demandait qu'ils fissent des règlements pour remédier aux abus qui s'y étaient glissés. Il importait surtout qu'on prit de justes mesures pour les fiire observer, quand ils seraient une fois donnés. Jean-François se chargea de tout. Il s'appliqua d'abord à découvrir la source du mal pour pouvoir y appliquer le remède. Il s'attacha ensuite a ménager les esprits, et à tirer d'eux-mêmes l'aveu de leurs fautes pour les engager plus sûrement à les réparer; el comme rien n'échappait à sa pénétration, rien ne résista non plus aux charmes de sa douceur. Il eut la consolation de tout régler pour la décoration des églises, pour le service divin, p*»ur l'administration des sacrements, |K>ur l'édification des peuples ; il réussit même si parfaitement dans ce premier coup d'essai, que de ce diocèse on lu conduisit dans un
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autre où il eut le même succès. Ce qu'il y eut de plus remarquablo dans ses travaux apostoliques, ce furent les statuts synodaux qu'il dressa sur la discipline et sur les mœurs. A son retour a Rome, on les trouva si beaux et si remplis de l'esprit de Dieu, qu'on les jugea d-ixnes d'ôtre connus dans tous tus diocèses. On les fit en effet imprimer, et il n'était personne qui ne les regardât comme un prélude des magnifiques documents qu'il nous a laissés.
Six à sept années s'étant écoulées depuis qu'il avait pris l'habit ecclésiastique, sans qu'il eût encore songé a entrer dans la prélature, ses parents et ses amis n'omirent rien pour lui en inspirer la pensée; mais son père seul put le déterminer à y donner quelque attention. Ce qu'on appelle la prélature romaine est un corps nombreux d'ecclésiastiques spécialement dévoués au Saint. Siège, et appliqués à lui consacrer tous leurs soins. Quoique ce corps soit, en grande partie, composé de toul ce que l'Italie a de plus distingué par la naissance, le défaut de noblesse n'est pas cependant un obstacle pour y. être admis, el le seul mérite a toujours suffi pour pouvoir y être agrégé; il n'est pas nécessaire non plus, pour y être reçu, qu'on ait déjà été promu à quelque ordre sacré ; on y peut passer tout le temps de sa vie dans la simple cléricature. Ce qu'on exige, comme un préalable nécessaire, c'est qu'avec une réputation sans tacho, une probité reconnue, un esprit orné et des dispositions au maniement des affaires de l'Eglise, on ait au moins un certain revenu pour pouvoir se produire avec la décence convenable Les prélals portent tous l'habit long violet : mais, h moins qu'ils ne soient évéques, il n'est permis de porter le rochet qu'à ceux qui parmi eux remplissent les premières charges de la prélature. C'est de ce corps respectable que Ici Papes ont coutume de tirer ceux qu'ils emploient dans le gouvernement des villes appartenant au Saint-Siège, et ceux qu'ils envoient, en qualité de nonces, auprès des princes catholiques. Tous les autres, sans exception , sont employés dans Rome même, el ils sont répandus dans toutes les congrégations.
Aucune desqualités requises ne manquait à Jean-François pour monter à ce nouveau rang. Outre qu'il n'était pas moins distingué par son mérite que par sa naissance, il était assez opulent pour en soutenir la dignité. Mais, comme dans la prélature, le grand nombre s'élevait par degrés jusqu'au cardinalat, d'où quelques-uns parviennent enliu a la papauté ; (a prélature est à Rome comme la porte qui donne entrée à toutes les dignités ecclésiastiques : pour celte raison, Jean- François était persuadé que eelte position, dans laquelle on voulait l'eugager , demandait une vocation particulière. Plus en effet les charges sont grandes, surtout dans. l'Eglise, plus aussi elles deviennent posantes devant Dieu. Cependant, comme on applique généralement tous les prélals aux fonctions qui sout propres à leur état ; qu'où les exerce
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continuellement h en remplir lus devoirs; qu'on éprouve longtemps lu caractère do lenr esprit et de leurs mœurs; qu'on connaît bientôt la portée et la diversité do leurs talents ; qu'on les choisit avec soin pour les emplois auxquels on les destine, et qu'on ne les avance d'ordinaire qu'à proportion de leur mérite; Joan-François se laissa rassurer sur cette longue suite d'épreuves par lesquelles il lui faudrait nécessairement passer ; et dans une entière confiance qu'il suivait en cela les desseins de la Providence, il entra dans la prélalure.
Le Pape le mit aussitôt à l'œuvre, [1677]; et presque en un même jour il lui conféra deux emplois dont chacun semblait le demander tout entier. Il le fit d'abord référendaire de l'une et de l'autre signature, et ensuite consullour de la congrégation consistoriale. En moins de six années il se trouva avoir rempli trois des plus beaux gouvernements qu'il y ait aux environs de Home; celui de Rieli, celui de Civila-Vecchia et celui de Sabine. Difficilement on pourrait comprendre le bien qu'il opéra dans ces trois différents postes, et la réputation d'intégrité qu'il y acquit. Son zèle pour la religion allait toujours avant tout le reste, et il ne fallait pas qu'on manquât à l'honneur dû aux autels, ni à l'édification due au peuple. Après le culte de Dieu , il avait surtout à cœur lus lois de la justice. Chez lui il n'était point d'heures marquées pour écouter les clients ; il les recevait en tout temps; il leur donnait tout le loisir de bien exposer leurs plaintes ; il les approfondissait avec eux. Il démêlait aussi leurs artifices, et, après avoir mûrement pesé toutes leurs raisons, il prononçait avec tant de douceur et d'équité, quo tous se montraient contents de ses décisions. Aussi, dans ses jugements, il ne connaissait ni sollicitations, ni acception de personnes; il n'avait d'autre intérêt que l'intérêt public, ol dans les mêmes postes où quelques autres s'enrichissaient , il trouva le moyen de s'appauvrir.
Rien n'était au-dessus de son amour pour les pauvres; il les aimait par prédilection : il se plaisait à converser avec eux, à s'informer de leurs besoins, à leur ménager des ressources et à los soulager dans leurs misères : mais sa tendresse pour eux ne se connut jamais mieux que par la douleur qu'ils manifestèrent partout au temps de son départ. C'était un speclaclo des plus louchants, quand il sortait de charge, quo de voir les pauvres grossir son cortège el lo conduire jusqu'aux limites de leur province; les uns avec des sanglots et des larmes, les autres avec des protestations de respect et de reconnaissance; tous avec des regrets et des bénédictions. Tels furent notamment les adieux qu'il reçut chez lesSabins, avec des démonstrations si vives et si touchantes que, même sur le trône de saint Pierre, Jean-François témoigna plus d'une fois qu'il en serait volontiers descendu pour retourner à leur tête.
Touché de tout le bien qu'on eu disait,
Innocent XI le rappela à Rome [1683]. et dès lors il l'eût placé 'dans une de ces première? charges qui louchent de près au cardinalat, s'il y en eût eu une de vacante. P«ur y suppléer, le cardinal Charles Rarberin, qui était archiprêtre de Saint-Pierre, et qui , en cettu qualité, avait une juridiction très-étendue, mit Jean-Francois a la tête de tout le clergé do cette basilique, et il lui soumit en même temps tout co qui en dépendait au dehors. Charmé de celte disposition, le Pape dérogea a une loi qu'il avait faile lui-même, et, en, faveur de Jean-François , il voulut quu celui-ci conservât son canonicat do Sainl- Laurent m Damaso, avec la nouvelle dignité
3ui venait de lui être conférée dans l'église e Saint-Pierre. Si l'emploi était honorable, il 'était aussi des plus pénibles. Mais Jean- François trouva toujours le temps de remplir tous ses devoirs avec exactitude, et encore de revenir à ces savantes académies
3ui se tenaient dans Rome. Le long du jour discutait tant de matières, il jugeait tant de procès, tant de gens allaient a lui, ou pour le consulter, ou pour l'instruire de leur» causes, que, pour tenir ses audiences, il fallut lui assigner une salle plus vaste encore que ne l'était celle où il avait coutume de présider, et lu soir il se montrait aux savante avec la même liberté d'esprit que s'il n'avait rien fait dans la journée.
Depuis quelque temps la santé de son >èro était fort chancelante: persuadé que 'air natal pourrait la rétablir, Charles Al- >ani alla à Ùrbin, el Jean-François l'y suiv t avec Horace, son fière ; mais ils eurent la douleur de le perdre dès qu'ils y furent arrivés. Il avait toujours tendrement aimé ses enfants : quoique sa femme fût morte à l'agede vingt et un ans, il n'avait jamais voulu passer à du secondes noces; il s était surtout attaché à suivre Jean-François, pour se livrer tout entier a lu. cultiver; il ne l'avait pas même perdu de vue dans les différents gouvernements qui lui avaient été confiés. Par son testament, il lui laissait la plus grande partie de ses biens, et ils lui étaient dévolus par droit d'aînesse ; mais Jean-François déclara que, si, d'une part, il acquiesçait au testament dans toutes les parties favorables à son frère, de l'autre, il y dérogeait dans tous les avantages qui lui étaient faits è lui-même.
A peine arrivé a Rome, il lui fallut parler en public dans une occasion d'éclat, dont In reine dé Suède avait le succès extrêmement à cœur. Jacques H, roi d'Angleterre, venait d'envoyer au Pane une solennelle ambassade [1684]. Touché du cèle de ce monarque alors l'appui et depuis la victime de. la religion, chacun s'empressa dans Rome de lui donner des marques de sa vénération et do son respect dans la personne de son ambassadeur ; mais la reine Christine de Suéde voulut l'emporter sur tous. Elle résolut donc de donner une fêle au public, et de I '.ouvrir
(>ar un de ces exercices littéraires qui semaient réunir chez elle le Parnasse. Jean- François eut beau s'excuser sur la douleur