‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 70 sur 457 · LIRE BEL · texte numérisé non relu

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représentant que c'était un acte de piété et de gratitude auquel il ne pouvait se refuser. « Non, je ne le refuse pas, » répondit le saint cardinal,* je l'accepte même avec plaisir, mais a condition que le monument sera réglé de telle manière que la vanité ne lui fasse pas dépasser les bornes marquées par les vertus que vous me retracer. Car il serait mal è moi, qui ne prétends avoirque la simple sépulture des Pères de la Compagnie de Jésos, et qui ne suis d'ailleurs pourvu que des biens de l'Eglise, patrimoine des pauvrej, de les employer à de pompeux ouvrages, préjudiciables a l'entretien des vivant;, cl inutiles è la mémoire des morts. »

C'était sa détermination invincible, dans l'usage de ces sortes de revenus, de suivre è la lettre les règles des saints canons, malgré la cupidité de ses proches, avec lesquels il fut pour cela en guerre pendant 22 ans. Dès qu'il fut élevé au cardinalat, ils se mirent dans l'esprit que la Providence leur avait ouvert une source, dsns laquelle ils pourraient puiser de quoi relever leur étal. Les familles des Bellarmin et des Cervin étaient nobles Ma vérité; elles étaient mêmu dos plus considérables de la Toscane : mais elles étaient plus illustres qu'elles n'étaient richps. A l'exultation de Marcel II, elles prirent un certain air de grandeur; mais sa mort précipitée les ramena à leur première condition, et toutes leurs espérances, qui n'étaient fondées que sur lut, se trouvèrent bientôt ensevelies dans la poussière de son tombeau.

Ce n'est qu'au temps de l'élévation da Bellarmin qu'elles se réveillèrent ; lo mérite, le crédit et la dignité du neveu leur paraissant une ressource capable de réparer !a perte qu'elles avaient faite dans la personoo de

I oncle. II n'y eut presque personne nonseulement è Monte-Pulciano, mais dans tout le pays d'alentour, qui ne se dit ou son parent ou son allié; il se vit assiégé de ces sangsues do l'Eglise, qui su persuadèrent qu'elles auraient, dans les revenus du cardinal, de quoi satisfaire leur cupidité. Bellarmin était dans bien d'autres sentiments.

II leur déclara nettement qu'il était résolu d'observer inviolablcment le premier chapitre de la réformation, où le saint concile de Trente, dans sa dernière session, instruit les évêques et les ecclésisaliques de leurs obligations : « Lisez-le vous-mêmes, » leur dit-il, « vous verrez la défense expresse qu'il leur fait d'enrichir leurs proches de leurs revenus, et la seule permission qu'il leur donne, s'ils sont pauvres, d'en soulager leur indigence. Il ne leur permet pas d'augmenter leurs richesses. Voilà ma loi, » leurajootal-il, « prenez vos mesures là-dessus, les miennes sout prises; et n'allez pas n'alléguer sur cela la conduite des autres ; je vous le répèle : ma loi sont les saints canons, et non pas les exemples d'autrui. »

Il ne laissa pas de soulager la nombreuse famillo de Thomas Bellarmin, son frère, el il lui assigna dix écus par mois, pour aider è l'éducation de ses enfants. Il en avait deus,

entre nuire*, propres a sert ir l'Eglise; ils avaient de l'esprit, de l'étude, de la piété et de réinigncmetit pour le monde. Ces rares oalités leur gagnèrent la tendresse du carinal; mais elle n'aPa pas jusqu'à leur procurer d*s bénéfices. Il sccon'cnta de les leur (aire mériter parle soin qu'il prit du les perfectionner. Il ne tenait qu'à lui de faire de l'un on de l'autre son successeur b l'archevêché de Capoue , Paul V l'en ayant rendu le maître. Oubliant cependant tout' ce qu'ils avaient de mérite, il en nomma d'autres à Sa Sainteté, pour occuper lo siège auquel il renonçait; et c'est sans doute pour se venger obligeamment du désintéressement héroïque ile l'ourle, que le Saint-Père prit plaisir à pourvoir les deux neveux, en nommant Nicohis Bellarmin à l'abbaye de S.-tint- Bdnoil, et Angelo de la Coït, à févêché de Téano.

Celui-ci ayant pensé depuis, par la sollicitation de ses amis, a passer, par échange, de son siège épisropal à l'archevêché de Chieli, que l'an-hevêquo Volpi s'offrait volontairement à lui reiiietrc. à la seule condition du retenir mille éens, qui n'étaient que lo quart des revenus de son église, Bollarmin, à qui la condition déplut encore plus que la permutation, refusa absolument d'y employer ses offices auprès do Sa Sainteté, et (it convenir Angelo de la Caïa, qui avait l'âme admirablement bien fuite, et qui préférait les avis et les inclinations de soiiouclo aux avantages qu'on lui proposait, que cette espèce de tralic est peu digue d'un ministre de I Eglise et d'un successeur des apôtres.

Il ne se mettait guère en {teine de voir ses

[i roches dans des rangs élevés; cl comme il es appréhendait pour lui, il n'avait garde, ni de les solliciter pour eux, ni de les leur procurer. 11 ne regardait les dignités de l'Eglise que comme des charges; et fermant les jeux a tout I éclat qui les environne, il ne 1rs ouvrait que pour voir les terribles obligji lions qu'elles imposent. Il en redoutait surtout la pluralité, comme contraire à l'esprit de l'Eglise. A peine fut-il à Capoue que Clément<Vill lui envoj'a les bulles de la riche abbaye de Saint Benoit. Le dessein de ce Pontife, en la lui conférant, n'était pas seulement d'augmenter ses revenus, mais do la retirer des mains d'uno des premières familles de Naples, qui la tenait depuis longtemps par droit de patronage, fondé sur un pur privilège, auquel Sa Sainteté voulait absolument déroger. C'était un procès à soutenir contre forte partie, et c'est pour cela qu'il fut bien aise d y engager Bellarmin sur le crédit et l'aulurilé duquel il crût avec rai* soo les droits do I Eglise fort assurés. Lo s» r ri leur de Dieu s'en défendit autant qu'il put, il en écrivit foriemeut au Saint-Père en lui disant que « multiplier ses titres, c'était aggraver son fardeau, qd'H suppliait Sa Sainteté d'avoir également égard et a la faiblesse de ses épaules, et à la sainteté des canons au sujet de la pluralité.— Je sais ce que vous pouvez, • répondit le Pontife, « et je sais ce que je puis uaoi même: j'ai mes raisons, elles

DlCTlOH!». DKS GiADKUll.

sont Irès-imporlanles; c'est à vous uo porter le joug que je juge selou Dieu devoir vous imposer. »

Co Papo. qui aurait vouiu combler de biens 1e saint cardinal, fut aussi inflexible aux instances qu'il lui Ht de reeevoir sa démission d'une autre abbaye qu'il l'avait déjh obligé de prendre, c'était celle do Saint-Michel de Procida.Touti'expédientqu'il trouva, ce fut de lui permettre d'y nommer u'n vicaire perpétuel, à qui il donnerait une bonne pension, eu le chargeant du soin des âmes et de la résidence, deux points sur lesquels Bellarmin ne croyait jamais devoir passer. Le saint nomme, loul obéissant qu'il fût au vicaire de Jésus-Christ, ne laissa pas de gémir sous le poids de ces bénéfices, pendant la vie de Clément; cl le Pontife n eut pas plutôt les yeux fermés, qu'il s'en déchargea aux pieds de Paul V, au.jucl il remit les deux abbayes aussi bien que l'archevêché de Capoue, n'accoptant qu'a celte condition l'honneur qu'il lui faisait dé le retenir h Rome pour son service el pour celui do l'Eglise.

Dans le temps qu'il se vil en danger d'être porté malgré lui sur le trône de Saint-Pierre, il protesta au P. André Crée, son intime ami, que, si celle redoutable couronno tombait sur sa tête, avant de la prendre, à l'instant où on déclarerait son élection, il était résolu, en présence de tout le Sacré Collège, de faire hautement vœu, do ne se revêtir ja-s mais de ta pourpre, et de n'agrandir en aucune manière aucun île ses parents. S'éiant cependant rendu à sa retraite ordinaire do septembre, ot ayant fuit réflexion sur l'inconstance humaine, il craignit que, s'il attendait à s'engager, que le moment de son élévation fût venu, la lueur éblouissante de colle éminento dignité, lui faisant peul-êlre apercevoir les choses loul auirement, il ne vint 5 changer de volonté, il crut qu'il était de la sagesse de prévenir le danger en prenant l'engagement en un temps où n'ayant que Dieu seul devant les yeux, il avait tout lu sang-froid nécessaire à un vœu de celte nature. Il laissa par écrit la pièce suivante, traduite li ièlemenl du lalin : « Le 26 septembre 1614, vaquant aux exercices spirituels dans la maison du noviciat do Saint- André, après une mûro délibération, élant sur le point de prend ro le sacré corps de Notrc-Seigneur, je lui fais vœu en ces termes: Je Robert, cardinal Bellarmin, religieux nrolès de la Compagnie de Jésus, promets à Dieu Tout-Puissant, en présence do la trèssainte Vierge et de toute la cour céleste, si par hasard il arrivait que je fusse fait Pape (ce que je ne désire nullement, el ce que je supplie très-instamment le Seigneur de ne pas permettre), que je n'élèverai aucun de mes parents ou alliés, ni au cardinalat, ni à aucune principauté temporelle, ni à tilro de duché, de comté, ou de quelque nuire seigneurie que ce puisse être; je m'engage de même à n'en enrichir aucun, me contentant de lus aider h vivre dans leur état. Ce n'est oas que le oiélendc par la condamner les

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Souverains Pontifes, qui en ont usé autrement, donnant le chapeau a ceux rie leurs parents ou de leurs alliés qu'ils ont trouvés capables de lo porter dignement ; mais c'est que j'ai cru, devant Dieu, que les lemps, où nous sommes, exigent cela pour avancer sa gloire, faciliter la réforme de l'Eglise, et contribuer è la pro|«agalion de la sainte foi. »

Bellarmin n'eut jamais d'autres intérêts que ceux de l'Eglise, et il chercha partout h les procurer, sans se soucier de toutes les considérations humaines, auxquelles il n'eut d'égarri qu'autant que l« prescrivait la loi rie Dieu. Rien n'est plus admirable que la conduite du saint cardinal dans les conclaves. Sa dignité l'obligea de s'y trouver trois fois, et il y fut toujours le même, fermant ForehMe au bruit des sollicitations, do quelque côté qu'elles vinssent, cl donnant toute son attention h écouter le Seigneur, pour apprendre do lui quel était l'homme qui méritait le mieux d être son vicaire sur la terre. On ne put ni ébranler ta résolution

au'il avait prise, de n'en nommer jamais 'autre, ni le détourner le moins du monde de cette ligne d'équité que lui avaient tracée 1ès saints canons. Ce que l'auteur de la Vie ■du cardinal de la Rochefoucauld raconte à -ce -propos, est une preuve éclatante, et du mérite de celui dont il écrit l'histoire, et de '•l'inflexible fermeté de Bellarmin a suivre les règles et l'esprit de l'Eglise. Ce prélnl français, dont la haute naissance fut la moindre qualité, était sous-doyen du Sacré Collège et grand aumônier de France ; il avait signalé son zèle, en travaillant a faire recevoir lo concile de Trente dans sa patrie, à y détruire l'hérésie, et à y former deux grands ordres. Bellarmin le connaissait à fond, et il n'en jugeait point de plus capable de gouverner I Eglise : aussi lut donna-t-il constamment sa voix, dans tous les scrutins, au troisièmo conclave, auquel il assista pour élire un successeur è Paul V. Le cardinal Hippolyte Aldobrandin, son ami, et celui <qui fut, après sa mort, l'exécuteur do son testament, s'élant aperçu de cette détermination do Bellarmin h nommer toujours le même, et sachant d'ailleurs la disposition du conclave, qui n'était nullement pour le ■cardinal français, qu'il portait. « Que vous sert, • lui dit-il, «de perdre tant rie fuis votre suffrage? — Cela me sert extrêmement, répondu le serviieur do Dieu, et voulez-vous «avoir h quoi î Nousavons tous juré de choisir le plus digne; je n'en connais pas qui le soit plus que le cardinal de la Rochefoucauld; ainsi je satisfais et h mon serment et a ma conscience, en lui donnant toujours ma voix. Qu'elle soit perdue, si vous vou- 1ez,.selon les vues que vous avez; elle ue l'est nullement selon les miennes. »

C'est ainsi qu'attentif uniquement a ses devoirs, il suivait Qdèlement les lumières de la vérité, qui éclairait ses pas, et qui le conduisait infailliblement a la justice. On lo voyait au Ira* ers des intrigues des cours,

qu'il se faisait honneur d'ignorer, aller droit son chemin, et parvenir heureusement où les autres avaient bien de la peine d'nrrivcr après tous les détours que la politique leur faisait prendre. Ce qu'il avait sur les lèvre*, il l'avait dans le cœur; et il était si connu a Rome pour ce caractère de sincérité, qu'un comptait plus sur sa simple parole que sur le serment rie tout autre. Un notaire du Saint- Office en donna une preuve fort singulière, et qui Ht un grand éclat. Accusé d'infidélité rians son emploi, il fut jugé et condamné a mourir sur un gibet. Lorsqu'on vint h lui lire sa sentence, il entra en fureur, il so récria contre l'injustice prétendue de ses juges. «Ce n'est pas,« disaitil. en criant comme un riéses|>éré, » que je n'aie mérité la mort pour mes péchés; pour y satisfaire, je la souffrirais patiemment en toute conjoncture, soit par le glaive, soit par la corde: mais je n'en ferai rien ici; je sais le fait dont on me charge; il n'y a pas de quoi me condamner; il no sera pas dit que je meure pour si peu de chose, comme un infâme. » On eut beau lui représenter qu'il no s'agissait plus de justifier des chefs d'accusation, dont il était atteint et convaincu ; qu'il ne lui restait plus que le temps de songer au salut de son Ame; il n'entendit rien a ce langage, et toutes les personnes de piété qui l'exhortèrent, ne purent rien gag'ier sur son esprit. Comme il perdait le temps, et que celui de l'exécution était venu, on se mettait en devoir de le traîner au supplice, malgré les cris lamentables dont il taisait retentir la prison, lorsq n'inspiré subitement, il demanda à voir un moment le cardinal Bellarmin, protestant qu'il était résolu dn s'en tenir a son jugement, et que, s'il lui déclarait qu'il fût digne de mort, il l'accepterait è l'instant même. On court au cardinal : on n'avait que faire de le prier, il s'agissait du salut éternel d'une âme; pour cela il aurait volé d'un pôle à l'autre, il ne

I >erri pas un moment, il se transporte où on 'appelle, il se renri auprès rie ce malheureux, illuiparle avec une bunté rie père,il l'écoute aveu douceur, et, après avoir entendu ses raisons, so penchant sur son cou et l'embrassant tendrement: « Voulez-vous savoir rie moi,» lui dit-il, « mon très-cher frère, ce que jo pense rie votre affaire? je la connais parfaitement; comme chef do la congrégation du Saint-Office, je me suis trouvé «lao-s Ja nécessité d'examiner toutes les pièces du procès; je nu voudrais ni mentir, ni vous tromper: en vérité la sentence portée rouira vous est juste. — Votre Seigneurie dit qu'elle est juste, ■ répond sur-le champ je coupable ; je le crois, je m'y soumets, je n'ai pas de réplique. — Il faut donc employer à gagner l'éternité co qui vous reste de lemps, »ajoule affectueusement Bellarmin.

11 n'eu fallut pas davantage : le criminel entrant rians la pensée du saint homme profila rie ses avis, et, après une exacte et vive confession rie ses taules, il alla tranquillement les expier au li u du supplice, où il mourut eu vrai pénitent, ayant en!eodu de

DES CAHD1N.UIX.

la bouche de Bcllarniin qu'il était vraiment erimioel.

Il fallait que le serviteur de Dieu en fût bien persuadé, pour l'en avoir assuré si positivement; far il lui fallait des évidences pour juger que quelqu'un fût coupable. Il ne pouvait croire dans les antre* le mal qu'il n'aurait pas voulu faire lui-même, et il aimait mieut se tromper dans le jugement qu'il faisait de leur innocence, que de donner la moindre atteinte à la charité qu'il avait pour eux. Cette vertu chrétienne ajoutée a la bonté de son naturel, avait élevé dans son cœur une espèce de tribunal, où M trouvait toujours de quoi se condamner et justifier le prochain. Cela paraissait quelquefois simplicité aux personnes do la cour, d«*it la politique n'a. guère coutume do prendre pour règles les pures mai iuies do l'Evangile. Son attachement h la morale du Jésus-Christ , sa fidélité inviolable à suivre les saints canons, son exactitude dans ladisf entai ion des biens du l'Eglise, I.» refus qu'il Ûl do les retenir en quittant Capoue, et mille autres traits de sa vie passôienl quelquefois, chez de faux sages, pour du scrupuleux excès d'une Ame simple : m*is les plus habiles et les plus pieux du Sacré Collège et de Rome les regardaient comme des effets solides d'une vérilable sagesse, et l'admiraient lui-même comme un modèle de conduite donné par la divine Providence a tous les prélats do son temps. Les cardinaux les plus considérables convenaient tous qu'ils ne connaissaient point d'homme en qui Ton vit une plus parfaite alliance de la simplicité avec .a prudence. Rien ne prouve mieux cet heureux accord , que la manière sage el modesto avec laquelle il se conduisit en France dans les conjonctures les plus difficiles, que l'expédient qu'il trouva jour réconcilier la république de Lucques avec son évéque, contre l'espérance de toute l'Italie, qui regardait cetto réunion comme impossible; que les ménagements avec lesquels il sut remédier aux plus grands désordres, sans offenser ceux qui semblaient être en possession de les commettre; réduire à la docilité chrétienne les esprits les plus intraitables, faire servir à l'honneur du l'Eglise l'autorité des grands de la terre, elsc concilier si souverainement les vico-roisdeNanles et les officiers du roi catholique que, dans les différends presque inévitables entre les deux puissances, l'ecclésiastique et la séculière, les ministres d'Espagne s'en rapportaient à lui, persuadés qu'il était incapable de rien prétendre qui ne tût juste.

Les règlements qu'il Ht à Capoue dans les synodes qu'il assembla chaque année parurent à son successeur comme dos oracles do sagesse. L'ouverture que lui faisaient de leurs cceurs tant de prélats ctta. l de cardinaux; les avis que lui demandaient les princes non-seulement sur des points de conscience, mais dans les affaires les plus délicatos du gouvernement, seront à jamais desiémoigiingesde sa profonde sagesse; mais quand il n'y en aurait point d'autre que la

constante confiance qui détermina trois ou quatre des plus grands Papes è vouloir le retenir auprès do leurs personnes, celte confinnee peut nous dispenser de rien ajouter. Nous nous bornerons a rapporter encore une lettre que le grand-duc de Toscane écrivit de Florence a Bellarmin, le 21 mai 1612, pour l'attirer à sa cour, au moins pendant quelques jours : « J'apprends que Votre Seigneurie illustrissime, ayant fini le chapitre général des Célestins, vient faire un tour à Assise; ainsi on peut dire qu'elle va passer fort près de mes Etats. A celte nouvelle, jo n'ai pu retenir ma joie, et je vous ai déjà do rœur baisé Irès-afToclueusumenl les mains. Je ne yous dirai pas que je vous invile ici : c'est ainsi qu'on en use envers un étranger, et non pas avec une personne que j'aime, que j'honore, et que j'ai toujours désiré de servir, comme vous. Tout mou dessein est de vous faire ressouvenir que vous pouvez disposer de mon palais comme d'un hôtel qui est à vous, el où je souhaite de vous posséder, pour vous y rendre tout l'honneur qui vous est dû, el vous mieux marquer do vive voix l'affectueuse el sincère dis|X>siiian de mon cœur à tout ce qui est de votre service. Si vous m'accordez ce que je vous demande, et qui vous est si aisé, vous trouvant hors de Rome el h deux pas de mes Etals, j'aurai une satisfaction toute particulière de m'enlrelenir avec vous, comme avec mon père. Voire Seigneurie illustrissime trouvera, selon les ordres que j'en ai donnés , toutes les commodités propres à lui faciliter ce voyage. Je puis presque dire qu'elle est même obligée on conscience de ne pas refuser celle consolation à mes désirs. Je biise encore une fois les mains de Votre Seigneurie illustrissime, avec la plus vive affection de mon cœur. Cosme, grandduc de Toscane. » i

Dans la congrégation ou il fut traité île la béatification du vénérable serviteur de Dieu, le cardinal Bellarmin, le 27 juillet 1077, il y eut plus des deux tiers dos suffrages en faveur du saint homme. On peut dire qu'il les aurait eu tous, si celte assemblée se fût tenue aussitôt après sa mort, et qu'elle n'eût été composée que des cardinaux qui venaient d'être les témoins oculaires, el les admirateurs de ses vertus : c'est de quoi on tombera aisément d'accord pour peu qu'on se souvienne des témoignages que lui rendit alors tout le Sacré Collège.

Tel était le cardinal Bollariiiin. Neveu d'un grand P.ipe

aurait égalé son

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était monté, comme lui, sur le trône pontifical , auquel il méritait d'autaut plus d'être élevé, qu'il s'en croyait moins dignn, et qu'il en redoutait plus sincèrement les devoirs, dont il connaissait le poids mieux que tout aulro. La Providence cependant 1 ayant fait nattre pour l'honneur et l'avantage do l'Eglise, on peut dire qu'rl lui fut aussi utile en l'illustrant el en la défendant par ses ouvrages, qu'il l'aurait été en la gouvernant par sa sagesse, et qu'il ôlai» d'un égal intérêl au Saint-Siège qu'il fût

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ou le conseil des Souverains Pontifes , ou Souverain Pontife lui -môme. Religieux, théologien des Papes et de leurs légats, •cardinal, archevêque, et partout le même, il changea souvent d'état, et jamais de conduite; ayant toujours porté la piété la plus tendre dans les éludes les pta» sèches, dans l'omborras des affaire* le recueillement le plus profond, une innocence d'ange dans le commerce du monde, l'humilité dans les grandeurs, le même dégagement dans la possession et dans la perle de ses revenus, ne les avant possédés que pour en nourrir les membres de Jésus-Christ, et les ayant perdus fans chagrin pour redevenir plus semblable à Jésus-Christ même ; ayant uni surtout, dans sa personne, une simplicité d'enfant avic la plus hauto prudence, la modestie d'un disciple avec la science d'un excellent maître et ayant mérité, par une union si merveilleuse, d'être estimé de tous les sages comme un miracle continuel.

Nous ajouterons ici un compte rendu qui a été fait à l'occasion «le la traduction des Strmoni et des Conlrover$e$ de Bellarmin; nous donnerons aussi quelques citations du premier ouvrage.

Parmi les grands hommes qui, au ivr* siècle, furent suscités pour défendre I Eglise contre l'invasion du protestantisme, l'un des plus admirables est sans doute Robert Rellarmin, de la Compagnie de Jésus et cardinal. Il a été donné 5 peu d'écrivains de présenter une telle réunion de qualités rares. Erudition vaste, logique irrésistible, pensées sublimes, éloquence entraînante , tout cela couronné par une sainteté dont il y a peu d'exemples; tels sont les principaux traits qui rayonnent de cette grande figure. Ajoutons que Bellarmin mena do front et .avec un égal succès l'action et l'élude.

Nous avons sur la vie de Bellarmin des documents autenthiques, émanés de lui-mèmo et adressés à l'un de ses confrères dans la Compagnie de Jésus, Eudémon Jean. Nous savons par là qu'il naquit a Montepulciano, «•n Toscane, le & octobre 15fc2. Il était âgé de treize ans lorsque son oncle monta sur le trône de saint Pierre, sous le nom du Marcel il: celle élévation faisait déjà concevoir les plus brillantes espérances a la famille de Bellarmin, pauvre quoique noble, lorsque Marcel 11 mourut le viugl-deuxième jour de son pontifical, au moment où il se préparait a réaliser d'importantes rélormes, dont la conception sullil pour révéler en lui une hauteur de vues et une fermeté des plus remarquables. Dieu permit sans doute celle mort inopinée pour une foule de motifs que pous ignorerons toujours, parce que nous ne

Ëouvons sonder les abîmes do sa sagesse, lais u'esl-il pas permis de penser qu'une de ces raisons fut l'intérêt du jeune Bellnrmin, ou plutôt l'intérêt qu'avait I Eglise à ce qu'il pût, dans la retraite, préparer les armes qui devaient plus lard frapper de si grands coups sur l'hérésie. Si Marcel II eût vécu, Bellarmin, élevé aux honneurs dès son

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