‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 71 sur 457 · MAIRE BEL 4M · texte numérisé non relu

MAIRE BEL 4M

jeune Age, n'eût pas sans doule été entière* inenl perdu pour la science; un génie eomme lésion eût toujours trouvé sa voie; mais on peut croire que ce génie n'eût pas été fécondé an degré où il le fut parla vie de prière et d'éludé que Dieu lui fit la grâce d'embrasser.

A l'Anode dix-huit ans, Bellarmin entra è Rome dans le noviciat de la Compagnie de Jésus, non sans avoir eu à lutter contre l'opposition do sa famille qui , tout en le . destinant à l'état ecclésiastique, ne le voyait pas sans répugnance embrasser une carrière qui lui fermait la route des honneurs. Après avoir étudié quelque temps la théologie au collège Romain , il fut envoyé successive» nient a Florence et è Mondovi, où il se fit également remarquer comme prédicateur el comme professeur de littérature. Ayant ensuite a Padoue achevé ses études en théologie, prêché h Venise et à Gênes, et visité les Irois célèbres sanctuaires de l'Apennin, consacrés 5 Saint-François, 5 Saint-Romoald et a Saint- Jean Gualbert, il fut envoyé en Flandre par François de Borgia, qui venait de succéder è Layr.ez dans le gouvernement de la Compagnie de Jésus.

Arrivé a Louvain, il remplit aussitôt 11 Flandre du bruit de son nom. Tous les récits du temps sont des témoignages de l'impression profonde que produisait son éloquence. Une foule de protestants se conver^ tirent à sa voix, et la Flandre, aujourd'hui si catholique, lui doit en grande partie d'ivoir pu résister aux assauts de l'hérésie.

Bellarmin resta sept ans en Flandre; il fol ordonné prêtre en 1570, et occupa longtemps une chaire à l'université do Louvain. Il contribua grandement h faire reconnaître à Baius, chancelier do celte université, la fans* seté des opinions qu'il soutenait, malgré la condamnation de saint Pie V; il se livra, en outre, pendant ces sept années, à d'immenses études dont M. Daras parle ainsi, dans une intéressante Notice : a Pour mieux saisir le sens de la sainte Ecriture, if avait d'abord appris l'hébreu; un savant Jésuite, le P. Arlémius, lui en avait enseigné les premiers éléments, el bientôt Bellarmin avait si bien deviné le génie de cette langue, qu'il «vail pu composer une grammaire è l'aide du laquelle il mettait en huit jours ses élèves en état de traduire la Bible. Il voulut ensuite étudior les Pères, et non - seulement Us saints docteurs, mais lous ceux qui ont écrit sur la religion, lanl avant qu'après Jésus-Christ. L'immense étendue des opinion* humaines et des doctrines diverses, fui ainsi parcourue par un seul homme dans l'espace do six années. Il lisait lentement, et annotait avec soin, et sa vasto mémoire retenait tout ce qu'elle saisissait une fois.

« Les philosophes de l'antiquité, la collection des saints Pères, les histoires, la jurisprudence sacrée, rien ne lui échappa, il s'é* tail fait une chronologie que les savants ont admirée, pour relier dans son esprit tout l'ensemble des faits historiques. Un monument nous est reslé de ses gigantesques

DES CAUDINAUX.

travaux; c'est un livre Des écrivains ecclésiastiques, uo.il porto soit jugement sur plus de quatre ceuls auteurs. »

Quand Bellarmin quitta Lonvain, l'université de Paris et saint Charles Borrnmée se le disputaient; mais Grégoire XIII le chargea de faire au collège Romain un cours dé controverses contre les erreurs du lomns, ei cette mission que lui ronflait un des plus grands Papes du xvi* siècle, fut, pour lésa» vant et éloquent Jésuite, l'occasion de la composition de son elief-d'œuvre : Disputa* tiones de conlroversiis fidei adversité nujus tempori* hmreticos , k volumes in-folio, Paria, 1688.

Dans notre siècle positif et prosaïque, nous ne pouvons nous fairo une idée du retentissement que ce livre eut un Europe. La lutte entre le protestantisme et le catholicisme était alors dans toute sa force. I.e livre de Bellarniin fut comme un coup de foudre qui fil Uemblor les douleurs et tes partisans couronnés du protestantisme, et qui ranima la confiance dans les rangs catholiques. Elisabeth en défendit la lecture sous peine de mort. Le cardinal du Perron le fil traduire en français ; Théodore de Bèze s'écria : Nous sommes perdus 1 Mais c'est en Allemagne snrloul que les résultats de cette publication furent immenses, el nombreuses les conversions des protestants. Celle popularité d'un livre latin au xvr siècle, d'un livre si srrieox et si considérable, nous révêle la vigueur des esprits à celte époque, et nous rappelle l'inQueuce étonnante que saint Bernard avait conquise par sa parole quatre cents ans plus tôt. De nos jours la voix des apôtres el la plume des docteurs, lors même qu'elles arrivent à ce qu'on appelle le succès , n'ont plus d'action que sur une partie fort restreinte de la société. Le don de passionner les multitudes n'appartient plus guère qu'à des feuilles volatiles, surtout à celles qui se font les organes do l'irréligion el de l'iguorance.

Après avoir dirigé les novices, parmi lesquels se trouvait saint Louis do Gonzague, Bellarmin dut accompagner en Franco le cardinal Cajelan, envoyé par Sixle-Quiut pour diriger la ligue.

La ligue, dit 11. l'abbé Daras, que nous nous plaisons encore à ciler, a valu à la France I abjurelioo de Henri IV. Sans la résistance qu'elle lui opposa, jamais ce grand homme, tout occupé de sa gloire et de ses plaisirs, n'eût voulu approfondir les questions de religion. La papauté qui soutint et approuva ht ligue détendait donc en cela les vrais intérêts do la France et du catholicisme. Aucune passion personnelle ne s'y mêla. Du jour où l'on put espérer le retour Ju roi, Sixte-Quint se montra disposé à la paix. S!al«ré les intrigues de l'Espagne, Clément VIII accomplit bientôt celte grande réconciliation. Bellarmin n'alla pas aussi loin que lecardiual Cajelan daus l'opposition a Henri IV; il comprenait que la lutte ne pouvait finir que |»ar la conversion du roi.

De retour à Borne, il travailla î> l'édition du

la Bible qui fut publiée sous Clément VHI, Puis il fut successivement recteur du collège Romain, provincial de Naplcs, théologien de Clément VIII, et enfin, en 1599, cardinal. Sa promotion à celte dernièro dignité fut approuvée de tout le monde, excepté de lui-même. En 1601, il devint archevêque de Crtpoue, cl il lui suffit de trois ans pour opérer dans son diocèse los réformes les plus utiles. Après la mort de Clément VIII, il fut plusieurs fois sur le point de parvenir h la papauté. Ecarté par l'Espigne, il fut nommé, en 1605, bibliothécaire du Vatican, ce qui le décida a donner sa démission d'archevêque do Capouo. Depuis ce moment jusqu'à sa mori, qui arriva le 16 août 1621, sa vie ne fut pas moins bien remplie que par le passé. Malgré le temps que lui prenaient les travaux des congrégations dont il était membre, ses études particulières, Je soin des pauvres, les longues heures données à la prière, il trouva le moyen de mener à bonne fin un grand nombre d'importantes affaires, dont les princi|>ales furent le différend occasionné

Çar les empiétements de la république de énise sur les droits du Saint-Siège, et celui que fit naître la persécution que Jacques 1", roi d'Angleterre, dirigea contre ses sujets catholiques, en exigeant d'eux le serment du test. El réfula successivement fra Paolo Sarpi, qui prétendait justifier la révolte de Venise contre l'interdit do Paul V, el Jacques 1" lui-même qui avait fait un livre pour défendre le serment du test. Li première réfutation facilita à Venise le suc- (ès de la mission du cardinal de Joyeuse envoyé par Hunri IV, et la seconde produisit uae profonde impression en Angleterre, où- l'on avait déjà une si haute idée de l'auteur dos Controverses.

L'inlluenco do Bellarmin au xvi* siècle fut donc iiiruenso, mais cette influence lui a survécu. Ses écrits ont été pendant deux siècles l'arsenal où les défenseurs de la vérité allaient puiser les armos les plus efficaces contre le protestantisme. Aujourd'hui, cependant, les écrits de ce grand docteur sont peu connus à cause de la langue dans laquelle ils on; été composés. Les sermons que Bellarmin publia à Lnuvain, comme ses Controverses, commis sou fameux Catéchisme et son ouvrage &ir l'autorité du Souverain Pontife, sont également eu latin. Or, si les sermons latins sont aujourd'hui impossibles, les livres latins sont insuffisants. C'est donc une bonne pensée que d'avoir traduit en notre langue les principaux ouvrages de Bellarmin. Grâce à ses traducteurs l'illustre cardinal va inaugurer comme une nouvelle série de prédications et de controverses, et verser sur le xix' siècle une partie des bienfaits que lui dut le xvt*. C est ce dont se convaincra quiconque voudra jeter un coup d'oail sur ceux de ses ouvrages qui ont élé traduits en dernier lieu.

Les sermons do Bellarmin, traduits par M. Elie Berlon, en 4 vol. in-8", sont divisés en dou&c séries comoivnant ensemble 87 Jis-

DICTIONNAlriE

cours. La 1" série roui* sur tes fins dernières, la 2* sur ta snbile Vierge, la 3* sur les motifs de crédibilité, la 4* sur les tribulations, la S* sur le psaume xc. la (!' snr les fêtes des saints, la T sur tes fêles de Noire-Seigneur, Nativité, Epiphanie, Résurrection , Ascension, Pentecôte, Saint-Sam ment; la 8* ut la 9m S"iil deux Arents, la 10' une Dominicale de Noël au Carême, la 11* est un Carême, et la 12* est une Dominicale de Pâques à VAtent. Le cadre, comme on le voit, est Irès-hrge. La manière dont il est rempli ne laisse ri» n à désirer. Nous n'apprendrons rien à personne en disant que In doctrine du ces sermons est irréprochable, quo In logique en est irrésistible; eu sont dus qualités que l'on s'attend à trouver dans tous les ouvrages de bVllarmin; mais ce qui étonnera plus d'un de nos contemporains, ce sera d'entendre parler non-seulement du pathétique, mais du l'imagination vive, hardie, variée, quelquefois même excentrique, qui anime Ja plupart de ses sermons. Ce uu sont que paraboles ingénieuses, métaphores inattendues, eipressions pittoresques, apostrophes véhémentes; il faut même avouer que l'on trouve ça et la des peintures un peu crues, qui paraîtraient aujourd'hui indignes de la chaire, quoiqu'elles ajoutent beaucoup à l'intérêt de la lecture et qu'elles expliquent , jointes aux autres qualités dont nous avons parlé, comment ses sermons, bien que prononcés en latin, attiraient o Louvaiu laul d'auditeurs.

Nous croyons qu'on lira avec plaisir quelques citations des Sermons de Belhirmin.

Nous empruntons, pour les extraits qui suivent la traduction de M. Elie Berton. Le ' premier morceau est extrait d'un Sermon sur le jugement, qui fait partie du tome 1" :

«Les hommes sécheront dans la terreur qui s'emparera de l'univers. Quelle emphase I Les hommes sécheront 1 que nous veulent ces prodiges, diront-ils, ces monstres?

que va-t-if sortir do cet enfantement du moude? quello sera la tin de ces révolutions incounues? Et, parlant do la sorte, ils se regarderont les uns les autres; et leur faco blêuie comme le linceul multipliera leurs terreurs, les fera sécher d'épouvanlo. Alors, plus d'offices publics; personne au forum, au portique, au sénat ; plus de passion des honneurs, do désir de la richesse, de chasse à la volupté. Si immenses seront ces terreurs, qu'oublieux d'un père, d'une épouse, d'un ami, d'un roi, de la faim qui consume, delà soif qui brûle, les hommes ne songeront plus qu'a chercher un asile «outre Tes gouffres de la terre cl le débordement des eaux. Que vont engendrer les monstres? que sortira- l-il de cet ébranlement universel ? crieront-ils, et l'épouvante présente servant du mesure aux épouvantes prochaines, leur désolation ne connaîtra plus de bornes.

«Mais une voix d'homme ne peut tracer dignement ce tableau. J'en appelle au matelot que la tempêtu a ballotté sur l'Océan. Qui pourrait expiimer ses angoisses, quand

le navire était le jouet du dot insensé, que de fréquents éclairs déchiraient le eiel noir aux lugubres roulements delà foudre, au sifflement du vent qui fouillait ta mer, cl que, tantôt sur le sommot d'une vague, tantôt au fond d'un ablnie, l'équipage livide, tremblant, criait miséricorde, multipliait ses vœux, implorait le tennis de faire pénitence, songeait entin è châtier sa vie et a suivre les voies meilleures 1 Imaginez donc le tumulte de l ame au milieu des éléments excitant leur propre tempête. Lu soleil, plus horrible quo la nuit, ut la lune sanglante inspireront la terreur comme Ta prédit le prophète; les étoiles, ébranlées de leurs bases, tomberont sur le sol comme une grêle serrée, et le ciel ne sera plus qu'un cadavre immense privé de sus yeux, tandis que des serpents de feu se croiseront dans les airs, que des mugissements 6e répandront dans l'espace, que la tuer féroce, secouant sa crinière d'écume, s'exaltera, se dressera comme une montagne, et que la terre, stupéfaite au fracas de ses collines croulantes, se précipitera follement dans le» flots pour y achever le suicide des inondes Qui pourra songer h ses besoins

et à «■ n repos au milieu de pareilles tour* nu nies? O pécheurs infortunés, à qui ces présages annonceul la mort t O justes, mille fois heureux, que voire conscience rassurera contre l'ouragan ; les pronostics d'hiver et de tempête pour l'impie sont pour vous lus courriers du bonheur et du printemps: ce début de toutes les infortunes pour les pervers, c'est pour vous l'aurore des plus douces joies

«Je ne blême pas la science ou les éludes littéraires sans doute, mais pourquoi s'y absorber aux dépens de la vertu 1 Oui, replions-nous sur nous-mêmes, disons-nous sérieusement qu'il faut délaisser les vains jouets, et appliquer toutes nos puissances aux oeuvres qui seront discutées devant notre juge. Si le monde nous convie à ses faux honneurs, si la chair nous appelle à ses trompeuses délices, répondons fièrement que nous n'avons pas lo loisir de nous attarder è des misères, qu'un jugement sévère menace, et que nous ne sommes pas jaloux de perdre les plaisirs éternels pour une jouissance d'un jour. Si nous lu faisons, la mort nous trouvera sereins et tranquilles et notre jugement tout préparés a répondre è celui qui est le béni des siècles. »

Dans le tome quatrième nous lisons :

« Il faut imiter les i rétendants au prix dans la carrière: nous abstenir du tout ce qui est nuisible a la course, d'autant plus que ceux-ci ne prétendent qu'à uno couronna mortelle, taudis que nous espérons la couronne du l'immortalité.

« C'est toujours lu conseil de l'Apôire : il couliiiuo la même comparaison pour rester plus clairet plus saisissable. Que font donc les prétendauls au prix de la course? ils s'abstiennent de la fornication qui débilita les forces, des viandes tendres qui rendent les chairs trop délicates, des vêlement* trop

JUS CARDNAL'X.

BIX

chauds qui énervent, du vin trop abondant

2 ni attarde les yeux, les pieds et l'esprit, omme un ivrogne courrait avec succès au but, a IVstrême carrière 1 si ce but so dressait a l'Orient, vous les verriez incliner peu à peu et se diriger bientôt vers l'Occident. Imitons donc le coureur habile; lui n'aspire qu'à une couronne de verdure; et, i«t)ur mériter ce feuillage, il se prive de tous (es plaisirs; ne sovons pas moins généreux que le coureur antique, nous qui osons élever notre espoir jusqu'à Dieu. Je comprends la confusion immense qui couvrira la face des mauvais Chrétiens au dernier jour, en présence de ces païens de la Grèce, qui, [mur un branchage de l'arbre de Vénus, ou de l'olivier de Minerve, ou du laurier d'Apollon. — les déesses et les dieux du lugubre abîme, — s'imposaient sans murmure toutes lea privations évangéliques. Que leur servait ce myrte fané après quelques soleils, tandis que, sous sa couronne de gloire, l'âme se couvrira de fleurs immortelles? Tout nous invite, d'ailleurs, à y songer sérieusement ; la foudre gronde à l'horizon sombre, les peuples sont émus, l'Europe s'ébranle ; que de calamités peut-être, dans cet orage aux lianes uoirst que je redoute si nous renouvelons les folies des saturnales anciennes, l'explosion des colères qu'il recèle! Qui a détruit la Grèce, sinon les crimes que nous prodiguons dans ces jours? Lisez saint Sasile, saint Chrysosloine : c'était une terre perdue, p.itrie de l'ivresse chancelante, delà danse elfrontée, du la luxure aux yeux hagards. Lisez saint Basile, saint Jérôme : c'était un peuple ind lièrent au milieu de toutes les sectes pullulant a leur gré, sans entraves salutaires ; il ne haïssait que Rome, la reine des nations lidèles ; il grandissait peu a peu son patriarche, le dernier naguère dp* évéques, à la taille de noire S-ui- Vt-rain Pontife, dan* sa jalousie dévorante. Due fit alors Dieu? il donna pour maîtres, à ce peupla buveur, les Turcs destructeurs superstitieux de la vigne de Noé. 11 donna pour roi à ce peuple danseur un sultan, tyran terrible qui courbait jusqu'à terre les têtes gémtssaules sous son joug; il enleva la vraie foi à ce peuple tiède. Il soumit ce révolté à un imposteur, à Mahomet lofaux prophète. Tel fut le sort dos Grecs du bas empire. Je ne voudrais pas vous prédire des infortunes pareilles, mai4, je vous en conjure, ne provoquons pas le Ciel; en fait d'ivresse, la Germanie est bien sœur delà Grèce, c'est évident. On commence tout avec lo vin, ou 6»it de même. Visitez quelqu'un, il vous salue avec la coupe, et vous devez répoudre avec la coupe. On ne sait pas honorer autrement les amis, on ne peut leur témoigner son affection qu'à table, et l'on ne sait las Inviter à ta table que pour les congédier |vre»-morts. Quels usages I je bois deux ou ti ois fois dans mon repas cl je me sens bien d'eiprit et du corps : vous me couviez à un festin, sans douto pour m'êtru agréable, et von* voulez que je vide dix coupes Que ie ruiuc mon estomac en épuisant rvlre cave,

et, si je refuse, vous entrez en colère ? quellesottise, permettez-moi de l'appeler par son nom. La sobriété est mère de la santé, bu. vez pour éteindre votre soif; peu suflii àla nature, la passion seule est insatiable...

■ On sait aussi que beaucoup viennent à Louvain pour prendre leurs grades et s'occuper de passer maîtres dans la danse et aux salles d'armes. Combien pourraient répondre aux interrogations de leurs parents,, une fois de retour dans la famille : J'ai ai»— pris à errer des nuits entières sur les places publiques, à combattre vaillamment* contre les murailles aven l'épéo; je saisdanser do mille façons. Je vide d'un traitmon flacon, et je dissipe dans une heure ma pension du mois. Science admirable I sans doute. Que de maux pourtant elle enfante 1 Si telle est la conduite des lumières futures des hommes ; si telles sont les mœurs qu'ils pratiquent au sein de cette docte et pieuse cité, que fera le vulgaire, lo> foulo? Us deviendront docteurs, magistrats; ils gouverneront leurs villes natales : qu'en seigneront-ils? ce qu'ils ont appris. Veillez , veillez, jo vous conjure, vous à qui est commise la garde de la jeunesse, sur cette espérance ou cette ruine prochaine do la république des hommes. •

Parlant ailleurs des causes de la prétendue réforme, il dit : « Us no se souveuaient plus de l'exemple laissé par les apôtres; ils ne so déchargeaient point sur des ministres inférieurs des soins matériels de leur vie y l>our prêcher la parole divine sans outra vo. L'usage contraire, un usage infâme, prévalait dans l'Eglise, et plûtauCiel qu'il n'existai plu$ dans ces jours lOo administrait ses revenus soi-même, et on abandonnait à un vicaire obscur la lèche de patlro spirituellement ses brebis pour un modique salaire. Voilà I origine , la source de tous uns maux. »

Nous ne pouvons dire qu'un mot des Controversti. Heureusement cet ouvrage est beaucoup plus connu que celui dont nous venons de parler. Ce chef-d'œuvre de Bellaroiin, malgré sa haute valeur intrinsèque , est trop considérable pour être d'un usage facile ; il forme quatre volumes infolio. Aussi depuis longtemps il eu existe un abrégé laliu, abrégé fort bien fait, d'une forme un peu sècho sans doute , si on le compare aux sermons, mais très-complet, et offrant ou trois volumes in-8", non-seulement une discussion solide sur les questions controversées entre l'Eglise- et les protestants , mais ei.core , on peut le dire, une véritable théologie. C'est cet abrégé qui vient d'être traduit par M. l'abbé Ducruet , et qui nous paru H appelé à rendre de grands services. La sécheresse dont nous venons de parlor ot qui vioul uniquement de la masse des uolions qui sont accumulées dans cet ouvrage , n'empêche paa la lecture d'en être fort agréable. Ou retrouvo toujours dans lo ton de la pensée , dans la vivacité de l'expression , une empreinte du génie si oi igi-

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ont de Bellarmin. 1> fait do fréquents appels è l'histoire, ainsi qu'a la discipline, a l'Ecri turc sainte, a la liturgie, elc. La variété de ses discussions n'eu est pas le moindre ebarnie.

— Quelques- unes des rases qui précèdent ont paru dans l'Univers. Elles ont élé coin* piétées plus tard par l'article suivant:

Explication des Psaumes, par le cardinal Beixarui*, de la Compagnie de Jésus; précédée d'un Estai historique sur le eorrfïnal Bellarmin , par M. l'abbé E. Daras» (Trois vol. in-8\ Paris , chez Vives, nie Cassette, 23.)— Nous avons fait connaître dernièrement deux publications qui ont pour but de mettre à la portée de tous les lecteurs les sermons et les cont m verses du caidinal Bellarmin. Nous compléterons noire œuvre en disant quelques mots d'un travail semblable entrepris sur l'explication des Psaume* du même auteur.

Tout lo monde sait que la partie de notre Vulgale, qui s'éloigne le plus du texte hébreu , est celte qui a les Psaumes pour objet. La cause n'en est pas difficile à indiquer. Dès le commencement de l'ère chrétienne, il était difficile de traduire l'Ancien Testament sur l'original. L'hébreu avait cessé depuis plusieurs siècles d'être une langue vulgaire. • Les Juifs cux-mâmrstBdil M. l'abbé Cramponnions un excellent travail exégétique sur le Psaume Exur* gat Deus, inséré dans I Université catholique de juin 1853, les Juifs eux-mêmes, du temps de Noire-Seigneur, ne parlaient plus le langage de leurs pères , les patriarches et les

n diètes; l'ancien hébreu élail tombé dans omaine de la science et devenu l'apanage de quelques rabbins instruits. Ainsi , de nos jours , les sous majestueux de la belle langue sanscrite ne parlent plus a l'oreille de l'Indien ; il faut que la science de quelques brabmes lui traduise, dans un idiome dégénéré , les Védas et leurs mystères. »

If en résulta que lu première version latine des Psaumes fut faite sur le texte rec, très-défectueux pour cette partie de la ible. Celte version , faite au premier siècle, ou au commencement du second par des auteurs inconnus, et dont les fragments qui restent ont été recueillis par dom Sabntier et par le P. Bianchiui, s'étaul altérée peu à peu , saint Jérôme , à la prière du Pape Datnnse, la corrigra assez rapidement. Cette version est le Psuutier romuin , supprimé par saint Pie V.

Une seconde révision de la version latine des Psaumes , révision faite par saint Jérôme avec plus de soin sur le texte grec dei Btxaples, h Bethléem, a la demande de sainte Paule et de sainte Éustochie, fut apportée au vin* siècle par saint Boniface clans les Gaules, d'où lui vient le nom de Psautier gallican. C'est cette seconde révivi»ion de l'Ancienne Italique, qui forme notre Vulgate pour les Psaumes , et qui a été déclarée authentique par le concile du Trente. Dans un troisième travail , saint

NUIRE BEL 47i

Jérôme traduisit le Psautier de* l'hébreu en lalin, à la demande de Sophronius; mais cetio version, qui est bien préférable aux précédentes, et que l'on trouve dans les OEuvres de Bossuet, ne put jamais prévaloir dans la liturgie, tant les fidèles s'étaient lait mie habitude de réciter et de chauler les Psaumes dans leur ancienne forme.

Au xvi' siècle, les Papes Sixte-Quint et Clément VIII ûrent encore une tentative pour rapprocher du texte original le Psautier de la Vulgate. Bellarmin fut du uombre des savants -qui s'occupèrent de ce travail ; mais il nous apprend lui-même, dans une lettre li Jear. de Lurques, que beau* coup de fautes avaient été laissées a dessein par lui et |»ar ses collaborateurs, pour les mêmes raisons qui avaient empêché le troisième travail de saint Jérôme de devenir populaire : Mtilta enim de industria justii de causis perlransivimus.

La conclusion à tirer de tous ces faits , c'est que le Livre des Psaumes étant celui de la Vulgate qui s'éloigne le plus du sens de l'hébreu, est celui qui a le plus besoin d'un commentaire. Bellarmin le sentit. N'ayant pu corriger le texte latin aussi complètement qu'il l'aurait voulu , il entreprit de l'expliquer, et il apporta dans ce travail ses deux qualités ordinaires : l'exactitude et l'onction. Son explication contient la moëlle des réflexions pieuses que le Litre des Psaumes a suggérées aux Pères de l' Eglise 1 mais là n'en est pas le seul mérite. Au point de vue de l'élude de l'Ecriture saint» , elle offre l'immense avantage de s'appuyer toujours sur le sens du texte hébreu , et elle ouvre ainsi à la fois une sourcod'édificeliou et de science.

Nous ne tomberons pas dans la ridicule exagération de prétendre que l'Explication des Psaumes de Bellarmin peut dispenser de recourir, sur le même sujet , aux travaux des savants modernes. Nul n'ignore que la connaissance de la langue hébraïquo a fait des progrès depuis Cénebrard , Buxtorf, Sondes Pagnini, Arias Monlanus et Houbiganl. Nous pouvons avouer avec d'autant plus de sincérité celle insuffisance des anciens commentateurs, que do nos jours le clergé catholique, emporté par la noble ardeur de la science, s'est maintenu à la hauteur des développements de l'exégèse. On connaît dans nos séminaires les travaux de Rosenmuller, de Micbaélis, de Hody, d'Hitzig, de Botlcher, d'Amyraldus , et surtout de Hengstemberg , qui a relevé les erreurs de plusieurs des autres. Mais enfin s'il est certain que, pour les Psaumes, Bellarmin n'est pas suflisaut , il n'est pas moins cerlaiu que Bellarmin est nécessaire, d'autant plus que Cornélius a Lapide n'a pas commenté cette partie de la Bible. Si Bellarmin n'a pas pu devancer son époque et deviner toutes les ressources que devaient trouver ses successeurs dans une science plus profonde de la langue hébraïque, il est incontestable qu'il a élé è même de remarquer un grand nombre des défauts de

U Volgate, el de les signaler dans son Commeniaire.

Noos n'avons pas besoin de dire que la traduction qu'on offre au public ne laisse rien à désirer. M. l'abbé Dams a prouvé surabondamment qu'il est capable de mener à bonne ûn de plus difficiles entreprises. Mais il pourrait s'élever quelques doutes sur l'utilité ou sur l'opportunité de traduire un Commentaire desPtaumes, quelque excelloiil qu'il soit. Nous sommes de ceux, il faut ] avouer, qui aiment mieux lire dans l'original ces sortes de livres. Mais tous les goûts ue sont pas les mêmes, et il faut bien que tes traductions que nous voyons surgir en foule répondent à un besoin réel ; autrement ou ue «'expliquerait pas leur succès. Ce qu'il y a d« certain, c'est que, grâce au traducteur, l'ouvrage de Bellarmin sera lu par dis hommes qui » 'aéraient jamais affronté les in-folios poudreux qui recèlent l'original. Et ce qu'il y a de probable, pouvons-nous •jouter, c'est que l'original lui-même devra plus d'une réimpression au soin qu'on a pris de le rappeler par une traduction au souvenir de la génération actuelle.

Noublions pas, en terminant, de remercier M. l'abbé Daras de l'intéressante No tire biographique dont il a fait précéder YExpli~ cation de$ Psaumes. Peut-être le commentaire, quoique traduit, quoique si digne de I être, rt'buiera-l-il certains lecteurs qui ne demandent a ut écrivains qu'un seul mérite, celui d'amuser. Mais ces lecteurs, que nous sommes bien obligés d'appeler frivoles, aimeront eux-mêmes à suivre dans tous ses détail» la vie si accidentée du cardinal Bellarmin. Et peut-être le plaisir qu'ils auront éprouvé a lire la préfaco les déeidera-t-il à aller plusJoin; peut-être l'impulsion qu'ils recevront de ce récit attrayant, dont Bellarmin est le héros, les entralnera*l*elle jusqu'au milieu de ces pages où c'est Bellarmin qui parle et où il s'agit des merveilles de l'amour divin.

Voici enfin l'éloge historique de Bellarmin, par le P. Alby (16U).

« Ce qui n'arrive pas au monde sans un miracle de vertu et comme la naissance d'un phénix dnns la révolution de plusieurs siècles, qu'il se puisse heureusement accoupler ensemble et atremper dans une âme une doctrine en tout relevée avec une profonde humililé; une exquise prudence, avec une simplicité innocente; une accnrlise déliée, avec une blanche sincérité ; une intégrité incorruptible, avec une douceur extrêmement pliante, un recueillement d'esprit continuel et un tendre mouvement do dévotion, avec de perpétuelles occupations et des soins tendus è toutes sortes de grandes et importâmes affaires; une vie commune éloiguée de parade et de singularité, avec une vertu raie et singulièrement pat faite. C est ce qui fait le sujet principal ue l'incomparable louange du cardinal Bellarmin, dont la gloire portée au-devant de la posté* rilé, gardée do l'éternité demeurera toujours vive en la mémoire des siècles a venir.

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