DINA IX. BEL
« Il naquit a Montpnlcian, ville de Toscane, do parents recommandâmes tant pour la noblesse du sang que pour leurs vertus chrétiennes. Sa mère était de l'illustre famille des Cervins , sœur de Marcel II, Pape vraiment très-grand et très-saint, qui ayant donné en sa création de grandes espérances au monde par la rare prudence et la constance qu'il avait montrée au concile de Trente, et pour les fondements que cet esprit si capable de choses grandes avait déjà jetés de l'honneur et delà grandeur de l'Église, laissa des regrets immortels de la perle trop soudaine et non altenJue qui fut faite d'une personno digne de voir les soleils des siècles entiers. Il laissa néanmoins après lui, poursoulag-r le regret de su perte, un neveu digne de lui à qui le Ciel voulant départir largement ses faveurs, lui fit présent d'une belle el riche nature, qui servit de fonds et d'assiette a tous les beaux ornements de la grâce et des vertus qui le rendirent singulièrement aimable aux hommes et aux anges. Ou ne vit jamais un esprit plus doui, plus tempéré, plus trailable, plus porté aux inclinations de l'honnêteté, plus ployable à la vertu qu'était notre Robert. En l'âge même de six ans, il ne prenait plaisir qu'à imiter ce qu'il voyait faire aux prêtres è l'autel et aux prédicateurs à la chaire; et depuis que la raison se fût déployée en lui, on ne le vit jamais jouer, courir et folâtrer comme font ordinairement les autres enfants; mais se comporter toujours dans une sévère retenue et dans une composition si ajustée comme 's'il portait déjà la pourpre sur l'épaule; de sorte qu'en ce bas âge il servait déjà non-seulement de pédagogue pour réduire au devoir de la modestie l'humeur frétillante et éparpillée de ses compagnons, miis encore d'exemplaire aux plus grands qui voulaient jeter les yeux sur lui pour y prendre les règlements de l'honnêteté.
« Aussitôt qu'il fut appliqué à l'étude dos lettres il lit paraître, avec les qualités éminenles d'esprit, de jugement et do mémoire dont Dieu l'avait avantagé pour le rendre capablo de toutes les hautes sciences, une ardeur incroyable d'apprendre, qui le faisait lever la nuit tant pour prier, que pour étudier, et allumer lui-même la chandelle pour cet effet. El ce ne fut pas sans Tins, tiucl particulier de l'amour qu'il avait à la pureté, que les premiers vers qui sortirent de sa plume innocente, furent dédiés à la louange de la virginité. Avec les progrès avantageux qu'il faisait aux sciences humaines, il conduisait demôiue pas ses avancéments à la dévotion , et à l'exercice de . toutes les vertus propres de sa condition, sans qu'il omit jamais d'employer tous les jours un hou espace do temps a la méditation, cl d'en faire le sceau de toutes ses actions journalières. Dont réussissait un contentement singulier à ses bous parents, et à tous ceux qui avaiont charge de son instruction, de voir ainsi lever el croître à l'œil celle triante de bénédiction, qui atli-
475 BEL mono
mit à soi l'amour et l'admiration du tous ceux qui le considéraient, et Taisaient déjà des présages do quelque glorieuse forlune que le Ciel lui tenait préparée. Il lui arriva même quelquefois en ce temps, comme il était saintement saisi de l'esprit de Dieu, de mouler sur un chêne pour prêcher à quelques villageois d'auprès de Mnntpulcian, et ce avec une telle efficace qu'il faisait de grandes impressions en tous ceux qui régulaient. D'où il passa a foire des exhortations dans les principales confréries de la ville, se faisant admirer de tous comme un mire Daniel, et comme un petit oracle embouché ilu l'esprit de Dieu.
« Il était déjà mûr pour les plus hautes sciences, quaml, sur lu projet que sou père svail fait de l'envoyer à l'université de Padoue, cl de l'appliquer à des éludes plus sérieuses, pour lui ouvrir par là un plus large chemin aux grondeurs du monde, il en Qt lui un autre, de se retirer du inonde, cl de porter la visée de sus ambitions où les grâces divines, el la foi assignaient ses plus certaines espérances.
« Ce jeune cœur tout en fleur était souvent piqué de quelque belle et glorieuse fortune que l'affection de sus parents lui promettait: mais ce fut par là même qu'il entra bien ayant dans la haine et dans le mépris du monde pour qui on sollicitait si pressamment ses amours; s'étant sérieusement représenté, que toute la pompe des honneurs dont on le tenait eu attente était extrêmement fuyante el passagère, el comnio l'éclat d'une roso de mai qui tombe lorsqu'elle a pris son plus beau jour, et ne laisse ni l,i main que du poignantes épine*. Voiro il prit de là occasion de demander d'être reçu en la Compagnie de Jésus, où il savait que l'on faisait vœu particulier de fuir toutes sorte* de dignités, se figurant de se préparer un obstaclo éternel à ce qu'il avait lu plus eu aversion.
« 11 fil donc de si pressantes instances pour son eutréo à la religion qu'il y fut reçu, ut retiré eu peu de temps du noviciat de Kome où il était, pour les notables avancements qu'il y avait faits à la mortification et à I oraison, pour être appliqué aux études de la philosophie el de la théologie. Mais il arriva dans les premières années, qu'il fut travaillé de si fortes cl du si dangereuses maladies, qu'un chacun commença à craindre que Robert en qui lu Ciel semblait avoir caché un trésor do belles espérances, no fût bientôt enlevé du monde. Ce mauvais jugement que l'on faisait de sa sauté ne put lui être caché, dont ressentant d'un coté en son âme de vifs aiguillons do travailler |K>ur la gioiro de Dieu7 cl de l'aulro n'ignorant pas qu'il so pouvait tout promettre du la favorable bonté de Dieu, à qui il se sentait chèrement recommandé, il se résolut un jour qu'il était devant le Saint-Sacrement, de lui faire une douce force, protestant avec grande affection, qu'il ne voulait point mourir sitôt mais quM demandait contidemment la sauté, seulement pour pouvoir travailler